Sermons du curé d'Ars (page 49)
3 Le moyen le plus puissant pour hâter leur bonheur, c'est la sainte Messe, parce qu'alors ce n'est plus un pécheur qui prie pour un pécheur, mais un Dieu égal à son Père qui ne lui refusera jamais rien. Jésus-Christ nous l'assure dans l'Evangile quand il dit : « Mon Père, je vous rends grâce, parce que vous m'écoutez toujours ! » Afin de mieux vous en convaincre, je vais vous citer un exemple des plus touchants, et qui vous montrera combien est grand le pouvoir de la sainte Messe. Il est rapporté dans l'histoire de l'église que, peu de temps après la mort de l'empereur Charles , un saint homme du diocèse de Reims, nommé Bernold, étant tombé malade et ayant reçu les derniers sacre-ments, demeura près d'un jour sans parler, à peine pouvait-on s'apercevoir qu'il fut en vie ; il ouvrit enfin les yeux et commanda à ceux qui le gardaient de faire venir au plus tôt son confesseur. Le prêtre accourut, et trouva le malade tout en pleurs, qui lui dit : « J'ai été transporté en l'autre monde, je me suis trouvé dans un lieu où j'ai vu l'évêque Pardule de Laon, qui passait vêtu de haillons crasseux et noirs, et souf-frait horriblement dans les flammes ; il m'a tenu ce lan-gage : « Puisque vous avez le bonheur de retourner sur la terre, je vous prie de m'aider et de me soulager ; vous pouvez même me délivrer et me procurer le grand bonheur de voir le bon Dieu. – Mais, lui ai-je répondu, comment pourrai-je vous procurer ce bonheur ? – Allez trouver ceux à qui j'ai fait du bien pendant ma vie, dites- leur qu'en retour ils prient pour moi, et le bon Dieu m'aura en pitié. » Après avoir fait ce qu'il a ordonné, je l'ai revu beau comme un soleil, il ne paraissait plus souf-frir, et, dans son contentement, il m'a remercié en disant: « Regardez combien les prières et la sainte Messe m'ont procuré de biens et de bonheur. »
Un peu plus loin, j'ai vu le roi Charles, qui me parla en ces termes : « Mon ami, que je souffre ! Va trouver l'évêque Hincmar, dis- lui que je souffre pour n'avoir pas suivi ses conseils, mais que je compte sur lui pour m'aider à sortir de ce lieu de souffrances ; recommande aussi à tous ceux à qui j'ai fait du bien pendant ma vie, de prier pour moi, d'offrir le saint sacrifice de la Messe, et je serai délivré. » J'allai trouver l'évêque, qui se préparait à dire la messe, et qui, avec tout son peuple, se mit à prier dans cette intention. Je revis ensuite le roi couvert de ses habits royaux et tout brillant de gloire : « Regarde, dit-il, quelle gloire tu m'as procurée, maintenant me voilà heureux pour toujours. » Dans ce moment, je sentis l'odeur d'un parfum exquis, qui venait du séjour des bienheureux. Je m'en approchai, dit le Père Bernold, j'ai vu des beautés et des délices que le langage humain ne peut expri-mer . »
Voilà qui nous prouve combien nos prières et nos bonnes oeuvres, et surtout la sainte Messe, sont puissantes pour tirer ces pauvres âmes de leurs souffrances. Mais en voici un autre exemple, que nous trouvons aussi dans l'histoire de l'église : il est encore plus frappant. Un saint prêtre ayant appris la mort de son ami qu'il aimait uniquement pour le bon Dieu, ne trouva point de moyen plus efficace pour sa délivrance, que d'aller promptement offrir le saint sacrifice de la Messe. Il commença avec toute la ferveur possible et la douleur la plus vive. Après avoir consacré le Corps adorable de Jésus-Christ, il le prit entre ses mains, et, levant les mains et les yeux au ciel : « Père éternel, dit-il, voilà que je vous offre le corps, l'âme de votre très cher Fils. 0 Père éternel ! ren-dez-moi l'âme de mon ami, qui souffre dans les flammes du purgatoire ! Oui, mon Dieu, je suis libre de vous offrir ou non votre Fils, vous pouvez m'accorder ce que je vous demande ! Mon Dieu, faisons échange : délivrez mon ami, et je vous donnerai votre Fils ; ce que je vous présente vaut infiniment mieux que ce que je vous demande. » Cette prière fut faite avec une foi si vive, qu'à l'instant même il vit l'âme de son ami sortir du pur-gatoire et monter au ciel. Il est encore rapporté qu'un prêtre, disant la sainte Messe pour une âme du purga-toire, l'en vit sortir sous la forme d'une colombe et monter au ciel. Sainte Perpétue recommande fortement de prier pour les âmes du purgatoire. Dans une vision, Dieu lui fit voir son frère qui brûlait dans les flammes, et qui, cependant, était mort à peine âgé de sept ans, après avoir souffert presque toute sa vie d'un cancer qui le faisait crier nuit et jour. Elle fit beaucoup de prières et de pénitences pour sa délivrance, aussi le vit-elle monter au ciel brillant comme un ange. Oh ! qu'ils sont heureux, M.F., ceux qui ont de pareils amis !
A mesure que ces pauvres âmes s'approchent du ciel, elles semblent encore souffrir davantage. Elles font comme Absalon : après être resté quelque temps en exil, il revient dans son pays, mais sans avoir la permission de voir son père qui l'aimait tendrement. Quand on lui annonça qu'il resterait près de son père, mais qu'il ne le verrait pas : « Ah ! s'écria-t-il, je verrai les fenêtres et les jardins de mon père, et je ne le verrai pas lui-même ? Dites-lui que j'aime mieux mourir, que de rester ici sans avoir le bonheur de le voir. Dites-lui que ce n'est pas assez de m'avoir pardonné ; mais qu'il faut encore qu'il m'ac-corde le bonheur de le voir . » De même aussi ces pauvres âmes se voyant près de sortir de leur exil, leur amour pour Dieu, le désir de le posséder deviennent si ardents, qu'elles semblent ne plus pouvoir y résister. « Seigneur, s'écrient-elles, regardez-nous des yeux de votre miséricorde, nous voilà à la fin de nos souffrances. Oh ! que vous êtes heureux, nous crient-elles du fond des flammes qui les brûlent, vous qui pouvez encore éviter ces tourments !... » Il me semble encore entendre ces pauvres âmes qui n'ont ni parents ni amis : « Ah ! s'il vous reste encore quelque peu de charité, ayez pitié de nous, qui, depuis tant d'années, sommes abandonnées dans ces feux allumés par la justice de Dieu ! Oh ! si vous pouviez comprendre la grandeur de nos souf-frances, vous ne nous abandonneriez pas comme vous le faites ! Mon Dieu ! personne n'aura-t-il donc compas-sion de nous ? »
Il est certain, M.F., que ces pauvres âmes ne peuvent rien pour elles-mêmes, mais elles peuvent beaucoup pour nous. Cela est si vrai qu'il n'y a presque personne qui ait invoqué les âmes du purgatoire, sans avoir obtenu la grâce demandée. Cela n'est pas difficile à comprendre : si les saints qui sont dans le ciel et n'ont pas besoin de nous, s'intéressent à notre salut, combien plus encore les âmes du purgatoire, qui reçoivent nos bienfaits spiri-tuels à proportion de notre sainteté.
« Ne refusez pas cette grâce, Seigneur, disent-elles, à ces chrétiens qui donnent tous leurs soins à nous tirer des flammes ! » Une mère pourrait-elle refuser de demander au bon Dieu une grâce pour des enfants qu'elle a aimés et qui prient pour sa délivrance ? Un pasteur, qui, pendant sa vie, n'aura eu que du zèle pour le salut de ses parois-siens, pourra-t-il ne pas demander pour eux, même en purgatoire, les grâces dont ils ont besoin pour se sauver ? Oui, M.F., toutes les fois que nous aurons quelque grâce à demander, adressons-nous avec confiance à ces saintes âmes, et nous sommes sûrs de l'obtenir. Quel bonheur pour nous d'avoir, dans la dévotion aux âmes du purgatoire, un moyen si excellent pour nous assurer le ciel ! Voulons-nous demander au bon Dieu la douleur de nos péchés ? Adressons-nous à ces âmes, qui, depuis tant d'années, pleurent dans les flammes ceux qu'elles ont commis. Voulons-nous demander au bon Dieu le don de la persévérance ? Invoquons-les, M.F., elles en sentent tout le prix ; car il n'y a que ceux qui persé-vèrent qui verront le bon Dieu. Dans nos maladies, dans nos chagrins, tournons nos prières vers le purgatoire, elles obtiendront leur effet.
Que conclure de tout cela, M.F. ? Le voici. Il est cer-tain qu'il y a très peu d'élus qui n'aient passé par les flammes du purgatoire, et que les peines qu'on y endure sont au-delà de ce que nous pourrons jamais compren-dre. Il est certain encore que nous avons entre les mains tout ce qu'il faut pour soulager les âmes du pur-gatoire, c'est-à-dire nos prières, nos pénitences, nos au-mônes et surtout la sainte Messe ; et enfin, nous sommes sûrs que ces âmes étant pleines de charité, elles nous obtiendront mille fois plus que nous ne leur donnerons. Si un jour nous sommes dans le purgatoire, ces âmes ne manqueront pas de demander au bon Dieu la même grâce que nous aurons obtenue pour elles ; car elles ont senti combien l'on souffre dans ce lieu et combien est cruelle la séparation de Dieu. Donnons quelques ins-tants, pendant cette octave, à une oeuvre si bien placée. Combien vont aller au ciel par la sainte Messe et nos prières !... Que chacun de nous pense à ses propres pa-rents, et à toutes les pauvres âmes délaissées depuis de longues années. Oui, M.F., offrons toutes nos actions pour les soulager. Nous plairons ainsi à Dieu, qui désire tant les délivrer, et nous leur procurerons le bonheur de la jouissance de Dieu même. C'est ce que je vous souhaite.
AUTRE SERMON
POUR LE JOUR DES MORTS
Miseremini mei miseremini mei, saltem vos amici mei, quia manus Domini tetigit me.
Ayez pitié de moi, vous au moins qui êtes mes amis, car la main du Seigneur s'appesantit sur moi.
(Job., IX, 2l.) D'où sortent, M.F., ces prières touchantes, ces tristes accents ? Serait-ce des profondeurs d'un sépulcre ? Non, car si les sépulcres nous instruisent, c'est sur le néant des grandeurs humaines ; les morts qui y sont étendus, ne nous parlent que par leur silence. Serait-ce du haut de ce beau ciel, l'heureux séjour des élus, que se font entendre ces tristes gémissements capables de fendre les rochers les plus durs ? Non, M.F., la même main qui leur a distribué ces brillantes couronnes, a en même temps essuyé leurs larmes ; l'on n'y entend plus que chants de joie et d'allégresse éternelle. Serait-ce du fond des enfers, de ces lieux d'horreur et de tourments, que se font entendre ces cris si tendres et si déchirants ?
Hélas ! M.F., non ; les noirs habitants de ces lieux de ténèbres ne demandent ni n'espèrent aucun soulage-ment ; ils sont damnés, ils sont séparés de leur Dieu, ils le seront pour jamais. Ils ont fait un adieu éternel au ciel et à tous ses biens ; ils sont très assurés que jamais ils ne sortiront de ces abîmes ; la main du Seigneur ne les touche pas seulement, mais les foudroie et les écrase. C'est donc du purgatoire que se font entendre ces pressantes sollicitations, ces tendres gémissements.
Mais à qui, M.F., s'adressent ces larmes et ces san-glots ? écoutez l'église, cette tendre mère qui pleure amèrement sur les tourments qu'endurent ses enfants... Elle prie et nous conjure d'avoir pitié d'eux et de leur porter secours. Oui, après nous avoir fait le tableau du bonheur dont jouissent les bienheureux dans le ciel, elle nous transporte dans cette région de larmes et de tourments, pour nous faire la triste peinture des peines qu'y endurent ces pauvres âmes. Quoi de plus digne et de plus capable d'attendrir nos cœurs, que les cris de ces âmes souffrantes ? écoutez-les : « O vous, mes amis, arrachez-nous, arrachez-nous de ces flammes qui nous dévorent ! » Voyez-vous cette mère ? Elle vous tend ces mains qui tant de fois vous ont porté. Voyez-vous cette pauvre enfant, dont la séparation vous fut si cruelle ? En l'embrassant pour la dernière fois, vous lui avez promis de ne jamais l'oublier... Nous pouvons, M.F., les soulager, que dis-je ? nous pouvons leur ouvrir les portes du ciel, et les faire jouir d'un bonheur qui n'aura point de fin. Pour vous y engager, je vais vous montrer, autant qu'il me sera possible, 1 la grandeur des tour-ments qu'elles endurent, et 2 la facilité des moyens que nous pouvons employer pour les soulager.
I. – Si je parlais, M.F., à des impies, à des incrédules, ou bien à des personnes croupissant dans une ignorance grossière, qui ne croient à rien et qui nient tout, je com-mencerais par leur prouver l'existence de ce lieu destiné à expier les fautes vénielles, et les péchés mortels qui ont été pardonnés dans le tribunal de la pénitence, et qui n'ont pas encore entièrement été expiés par des peines temporelles ; mais, puisque je parle à des chrétiens ins-truits, et parfaitement convaincus de cette grande vérité, je n'en donne donc point d'autres preuves que celles que vous avez trouvées dans votre catéchisme. Je vous dirai qu'il est certain, très certain qu'il y a un purgatoire, c'est-à-dire un lieu de tourments, où les âmes des justes achèvent d'expier leurs fautes, avant d'être admises à la gloire du paradis qui leur est assurée. Rien n'est mieux prouvé que l'existence de ce lieu. Nous lisons dans l'écriture que « rien de souillé n'entrera dans le ciel »
– « Il y a des péchés qui ne seront remis ni dans le siècle présent ni dans le siècle à venir », mais dans le purga-toire. Saint Paul nous dit encore que plusieurs ne seront sauvés, qu'après avoir passé par les flammes du purga-toire . Oh ! combien d'âmes justes la mort surprend dans quelques fautes vénielles ! Où vont-elles, ces pauvres âmes, puisqu'elles ne sont pas assez pures pour entrer dans le ciel ? Seront-elles jetées en enfer ? Si cela était, où seraient donc les élus ? Non, non, ce sont des âmes justes, et les flammes des abîmes ne sont point pour ceux qui brillent du feu de la charité ; c'est donc dans les flammes du purgatoire qu'elles vont achever l'expiation de leurs fautes, avant d'être réunies à leur cher et céleste époux, qu'elles aiment et dont elles sont aimées.
Oui, M.F., c'est une vérité de foi, que, quoique nos péchés nous soient pardonnés dans le tribunal de la pé-nitence, nous ne sommes pas pour cela exempts de souffrir des peines temporelles. Voyez le saint roi David, à qui Dieu même envoya son prophète pour l'assurer que son péché lui était pardonné. Le Seigneur fit cepen-dant mourir l'enfant qui était pour lui l'espérance d'une heureuse vieillesse . La justice de Dieu, non contente de cette punition, frappa encore tout son royaume des fléaux les plus terribles. La peste semble le vouloir laisser seul dans le monde , il se voit chassé de son trône par celui-là même à qui il avait donné le jour.
Ce malheureux fils ne craint pas de le poursuivre ; il veut ôter la vie à celui dont Dieu s'est servi pour la lui don-ner . Jusqu'à sa mort, David passa les jours et les nuits dans les larmes et les pénitences. Il les porta à une telle rigueur, que ses pieds ne pouvaient plus le sou-tenir . Voyez encore le pieux roi ézéchias ; pour une légère pensée d'orgueil, le Seigneur mit son royaume en proie à mille malheurs . Voyez saint Pierre et sainte Madeleine. Personne ne doit douter que, quoique nos péchés soient pardonnés au tribunal de la pénitence, il nous reste encore des peines temporelles à souffrir, ou dans ce monde ou dans les flammes du purgatoire. Il nous est aussi nécessaire de croire cette vérité pour être sauvés, que le mystère de l'Incarnation .
Arrêtons-nous là, M.F., descendons en esprit dans ces lieux de tourments ; soyons témoins des maux qu'endurent ces pauvres âmes, elles vont elles-mêmes nous faire la triste peinture des peines qui les rongent et les dévorent.
Deux supplices leur sont très sensibles : 1 la peine du dam, c'est-à-dire la privation de la vue de Dieu, et la peine du sens. L'amour qu'elles ont pour Dieu est si grand, la pensée qu'elles en sont privées par leur faute, leur cause une douleur si violente, que jamais il ne sera donné à un mortel d'en concevoir la moindre idée. Du milieu de ces flammes qui les brûlent, elles voient les trônes de gloire qui leur sont préparés et qui les atten-dent, une voix semble leur crier : « Ah ! que vous êtes privées de grands biens ! si vous aviez eu le bonheur de redoubler vos pénitences et vos larmes, vous seriez au-jourd'hui assises sur ces beaux trônes tout rayonnants de gloire ; ah ! que vous avez été aveugles de retarder un tel bonheur par votre faute ! » Ce seul langage aug-mente leur douleur et le désir d'être réunies à leur Dieu ; elles s'en prennent au ciel et à la terre ; elles in-voquent et les anges et les hommes. « Ah ! mes amis, nous crient-elles, s'il vous reste encore quelque amitié pour nous, ayez pitié de nous, arrachez-nous de ces flammes : vous le pouvez !... Beau ciel, quand te ver-rons-nous ? » Il est rapporté dans l'histoire de Cîteaux, qu'un religieux, après avoir été toute sa vie un modèle de vertu, apparut à un religieux, en lui disant qu'il avait été en purgatoire ; et la plus grande souffrance qu'il y avait ressentie, était la privation de la vue de Dieu.
2 L'autre peine de ces pauvres âmes, c'est la douleur du sens, c'est-à-dire du feu. Les saints Pères nous assu-rent que c'est un feu matériel, ou plutôt que c'est le même que celui qui brûle les malheureux damnés. Ce feu est si violent, qu'une heure semble à ceux qui l'en-durent, des millions de siècles. Oui, nous disent-ils, si l'on pouvait comprendre la grandeur de leurs supplices, nuit et jour nous crierions miséricorde pour elles. Un autre saint va encore plus loin, en nous disant que leurs souffrances surpassent même celles que Jésus-Christ a endurées pendant sa cruelle et douloureuse passion ; et cependant, si les souffrances que Jésus-Christ a endurées eussent été partagées entre tous les hommes, nul mortel n'eût pu les soutenir . Ah ! pauvres âmes, qui pourra donc jamais raconter la grandeur de vos peines ! Nous lisons dans l'histoire ecclésiastique, qu'un saint resta six jours en purgatoire avant d'entrer dans le ciel. Il apparut ensuite à un de ses amis en lui disant qu'il avait enduré des souffrances si grandes, qu'elles surpassaient toutes celles qu'ont endurées et qu'endureront jusqu'à la fin des siècles, tous les martyrs réunis ensemble. O mon Dieu, que votre justice est redoutable pour le pécheur !... Cependant, M.F., qui peut entendre sans frémir le récit de ce qu'ont enduré les martyrs chacun en particulier. Les uns sont plongés dans des chaudières d'huile bouil-lante, d'autres sciés avec des scies de bois, celui-ci étendu sur un chevalet, déchiré avec des crochets de fer lui arrachant les entrailles, d'autres que l'on foule aux pieds. Celui-là étendu sur des brasiers ardents, auquel il ne restait que ses os tout noircis et brûlés ; enfin, d'au-tres ont été mis sur des tables armées de lames tran-chantes, et qui perçaient de part en part ces innocentes victimes. Peut-on bien penser à tout cela sans se sentir pénétré de douleur jusqu'au fond de l'âme ? Ah ! si une âme en purgatoire souffre encore plus que tous les mar-tyrs ensemble, qui pourra donc y tenir ?... Mon Dieu, mon Dieu, ayez pitié de ces pauvres âmes !...
Mais pour nous en convaincre encore d'une manière plus sensible, écoutons : sainte Brigitte, à qui Dieu fit connaître les douleurs qu'endurent ces pauvres âmes, assure que leurs peines sont si grandes et leurs dou-leurs si violentes, que jamais l'homme ne pourra s'en former la moindre idée. Dieu lui en fit voir qui étaient condamnées à y rester jusqu'à la fin du monde. Le pape Innocent III apparut après sa mort à sainte Lutgarde sous une forme sensible. Effrayée d'une telle vision, elle se jeta la face contre terre, demandant au bon Dieu de lui dire ce que cela pouvait être. Le mort lui répon-dit qu'il était le pape décédé récemment.
« Mon Dieu, s'écria-t-elle en pleurant amèrement, si un pape qui a été un modèle de vertu souffre de tels maux, malheur à moi 1 » Le pape lui dit que, sans la sainte Vierge pour qui il avait fait bâtir une église, il était damné et con-damné à brûler dans les enfers ; mais avant de mourir la sainte Vierge avait prié son Fils pour lui obtenir une véritable contrition de ses péchés.
« Je resterai dans les flammes jusqu'à la fin du monde, ajouta-t-il, je viens réclamer le secours de vos prières, » et il disparut en s'écriant : « Ah ! que je souffre ! arrachez-moi des flammes qui me dévorent. » Saint Vincent Ferrier nous dit que Dieu lui fit voir une âme condamnée à un an de purga-toire pour un seul péché véniel. écoutez encore ce que nous dit saint Louis, de l'ordre de Saint Dominique. Son père lui apparut sous une forme sensible, poussant des cris épouvantables et de profonds gémissements. Il ve-nait implorer le secours de ses prières. Aussitôt saint Louis se livra aux larmes et à la pénitence, aux macéra-tions les plus affreuses ; il célébra tous les jours pour lui la sainte Messe, et ne resta pas un jour sans implorer le secours de la sainte Vierge. Malgré cela, chaque matin son père apparaissait, en jetant les mêmes cris et les mêmes sanglots : « Ah ! que je souffre ! mon fils, ayez pitié de moi ! »
Saint Louis ne cessait de demander jour et nuit, miséricorde pour son père. « Mon Dieu, mon Dieu, s'écriait-il, ne vous laisserez-vous pas toucher par mes prières et mes larmes ? » Sept ans après seulement, Dieu lui fit connaître que son père était délivré. – Mais, me direz-vous peut-être, que pouvait donc avoir fait ce malheureux père pour tant souffrir ? – Oh ! mon ami, si vous connaissiez bien ce que c'est que le péché, je n'oserais vous le dire, de peur de vous jeter dans le désespoir. Saint Louis rapporte que son père avait fait peu de chose : une personne lui avait rendu de grands services, et il cherchait à lui en témoigner sa reconnais-sance, ne pensant pas assez peut-être que c'était Dieu qu'il devait remercier de ses bienfaits…
Que d'années de purgatoire, M.F., pour nous, qui commettons ces sortes de fautes si souvent et avec si peu de scrupule ! Que de mensonges pour éviter une petite humiliation ou pour servir de divertissement ! Que de petites médisances ! Que de bonnes inspirations aux-quelles nous n'avons pas répondu ! Que de distractions volontaires dans nos prières ! Que de fois le bon Dieu ne nous a-t-il pas donné la pensée de lui élever notre cœur, à notre réveil, pendant le jour, et nous ne l'avons pas fait ! ou si nous l'avons fait, avec quelle peine et quelle négligence ? Que de fois n'avons-nous pas eu la pensée de faire quelque mortification dans nos repas, dans notre démangeaison de parler ? Que de fois nous aurions pu aller à la Messe, tandis que, par paresse ou par crainte de perdre un moment, nous n'y sommes pas allés ! Que de fois le bon Dieu nous a donné la pensée de ne plus rester dans le péché, d'aller promptement nous con-fesser ! Que de fois nous avons eu la pensée de nous corriger, pour avoir le bonheur de nous approcher plus souvent du sacrement adorable de l'Eucharistie ! Que de bonnes œuvres, de pénitences nous aurions pu faire, et que nous n'avons pas faites ! O mon Dieu, que d'années, ou plutôt que de siècles il faudra souffrir dans ces flam-mes ! Mon Dieu, que nous sommes aveugles !...
Nous lisons dans l'histoire qu'une personne, après avoir vécu chrétiennement, apparut à une de ses amies, toute environnée de flammes, et souffrant cruellement, pour avoir négligé de fréquenter les sacrements. Dieu, en effet, lui avait souvent donné sur la terre, le désir de se corriger de ses petites fautes vénielles, et de recevoir plus souvent le sacrement de son amour ; aussi avait-il permis qu'elle apparût à son amie pour l'exhorter à faire ce qu'elle n'avait point fait elle-même, à mener une vie plus pure et plus sainte ; à offrir ses communions pour elle, et qu'ainsi Dieu lui ferait miséricorde. En effet, après plusieurs communions, elle lui apparut encore, mais toute rayonnante de gloire, et la remercia des com-munions qu'elle avait offertes pour sa délivrance. Un jour viendra, M.F., que nous regretterons de n'avoir pas mené une vie assez pure et assez chrétienne, pour nous procurer le bonheur de venir plus souvent nous asseoir à la table des anges, ce qui abrégerait bien les peines du purgatoire.
Mais revenons à nos pauvres prisonnières, qui, du mi-lieu des flammes, nous tendent leurs mains suppliantes, et nous conjurent de ne pas les laisser souffrir plus longtemps. Qui sont ces pauvres âmes, sur lesquelles la jus-tice de Dieu s'appesantit ? Hélas ! ce sont peut-être nos parents, qu'une mort cruelle a séparés de nous il n'y a que quelques jours. Ce sont des amis chéris, qui vien-nent de descendre dans le tombeau où nous les suivrons bientôt. Ces pauvres âmes sont détenues dans des tor-rents de flammes qui les inondent et les dévorent ; la main du Seigneur les poursuit, les frappe et les châtie rigoureusement. « O vous, nos amis, nous crient-elles, soyez sensibles aux maux que nous souffrons ! « Voyez--vous, entendez-vous ces pauvres âmes ? Chacune s'a-dresse à ceux qu'elle a aimés et protégés pendant sa vie, pour les porter à avoir pitié d'elle. Entendez-vous cette épouse qui lève les yeux et tend ses mains suppliantes vers son époux : « Ah ! si vous pouviez, dit-elle, com-prendre mes souffrances, pourriez-vous oublier une épouse qui vous aimait si tendrement ! Avez-vous oublié mes derniers adieux, quand, vous serrant entre mes bras, je vous donnais les dernières preuves de ma ten-dresse ? Vous m'aviez promis de ne jamais m'oublier ; seriez-vous insensible aux tourments que j'endure ? Ah ! de grâce, arrachez-moi de ce feu qui me dévore, vous le pouvez... ah ! que je souffre ! » écoutez les cris déchi-rants de cette pauvre mère à son fils : « Mon enfant, pourquoi me laissez-vous endurer des tourments si af-freux ? avez-vous déjà oublié tout ce que j'ai fait pour vous ? moi qui ai eu tant de peine à mourir, craignant que, séparé de moi, vous fussiez malheureux ! Vous m'abandonnez dans un lieu où je souffre cruellement. De grâce, délivrez-moi, délivrez celle qui a tant versé de larmes pour vous, qui a si souvent demandé à Dieu de la faire souffrir à votre place ! Mon fils, ayez pitié de votre pauvre mère qui vous a tant aimé, et qui est digne d'être payée de retour !... » écoutez cette pauvre enfant, dont la séparation vous fit tant verser de larmes : « Ah ! ma mère, vous crie-t-elle , avez-vous oublié nos derniers adieux, avez-vous oublié ce moment où nous mêlions nos larmes ensemble, quand la mort nous forçait de nous séparer ? me laisserez-vous dans ces flammes qui me dévorent, tandis qu'il vous serait facile de me déli-vrer ! Oh ! de grâce, ne m'abandonnez pas ! Lorsque votre tour viendra et que vous serez jugée, je ne vous oublierai pas, j'irai moi-même me jeter aux pieds de votre juge, dont je serai alors l'amie et l'enfant bien--aimée. Si je ne suis pas moi-même assez puissante, j'appellerai toute la cour céleste à mon secours, afin de demander votre grâce. »
Mais à qui vont s'adresser ces pauvres âmes qui n'ont ni parents, ni amis pour penser à elles ? Il me semble que je les entends crier : « Pasteur charitable, dites à tous les chrétiens, combien nos souffrances sort longues et cruelles, non, il n'y a que Dieu pour connaître la rigueur des supplices que nous endurons ; ah ! dites-leur bien que nous ne serons pas des ingrates. » Hélas ! ces pauvres âmes sont dans les flammes comme des pri-sonnières, qui, depuis un grand nombre d'années, gé-missent au fond de cachots ténébreux, soupirant après le moment de leur délivrance. Mais c'est en vain, on les abandonne, elles subissent de point en point l'arrêt de leur condamnation ; elles voient venir des âmes beau-coup plus coupables qu'elles, et qui sont plutôt déli-vrées, parce qu'elles ont des amis pour satisfaire à la justice de Dieu. « Mon Dieu, s'écrient-elles à chaque instant, n'aurons-nous donc personne pour nous déli-vrer ? »
Combien dureront les peines de ces pauvres âmes ?- Hélas ! M.F., quand de tels supplices ne dureraient qu'un jour, qu'une heure, qu'une demi-heure, cela leur paraîtrait infiniment plus long, que des millions de siè-cles dans les supplices les plus rigoureux que l'on puisse souffrir en ce monde. – Et pourquoi cela : – Mon ami, le voici. Quand Dieu punit quelqu'un en ce monde, ce n'est que sous le règne de sa miséricorde et de sa bonté car, si Dieu nous envoie une infirmité, une perte de biens ou d'autres misères, tout cela ne nous est donné que pour nous faire éviter les peines du purgatoire, ou pour nous faire sortir du péché. En effet, si le Seigneur a traité le saint homme Job si durement sur cette terre, n'est-ce pas parce qu'il l'aimait d'une manière particu-lière ? Ce saint homme ne dit-il pas lui-même que « le bout du doigt du Seigneur l'a touché ? » L'ange ne dit-il pas aussi à Tobie, que si Dieu l'avait affligé, ce n'était que parce qu'il lui était agréable ? Ainsi donc, si dans ce monde Dieu nous fait souffrir, ce n'est que par amour et par charité. Dans l'autre, au contraire, Dieu n'est conduit que par sa justice et sa vengeance ; nous avons péché, nous avons passé le temps de sa mi-séricorde ; il nous avait mille fois menacés, il faut que sa justice soit accomplie et sa vengeance satisfaite. Oh ! qu'il est terrible de tomber entre les mains d'un Dieu vengeur !
Mais ce qui devrait nous porter à ne rien négliger pour délivrer ces pauvres âmes, c'est que nous sommes la cause du malheur de la plupart d'entre elles. En voici la raison. Cette épouse sera dans les flammes, parce qu'elle a eu pour son époux trop de faiblesse, peut-être même des complaisances contraires à la loi du Seigneur. Ce pauvre père, cette pauvre mère souffrent dans le purga-toire, parce qu'ils n'ont pas assez corrigé leurs enfants, et leur ont permis ce qu'ils n'auraient jamais dû leur permettre. Cet ami ou ce voisin souffre aussi parce qu'étant en votre compagnie, il n'a pas osé vous reprendre, lorsque vous avez médit du prochain ou que vous avez dit des paroles peu décentes. Enfin, une mul-titude d'autres brûlent dans ces brasiers, parce que vous leur avez donné mauvais exemple, ce qui les a portés à pécher. Ah ! pauvres âmes, c'est nous qui sommes cause de vos tourments, et nous vous laissons, nous vous abandonnons !... Ingrats, un jour viendra que nous pleu-rerons notre insensibilité pour ces pauvres âmes souf-frantes ! Quoi ! nous les laissons brûler, pouvant si faci-lement les conduire au ciel ! Ah ! M.F., laissons-nous toucher, puisque Dieu a mis leur délivrance entre nos mains .
SERMON POUR LA FêTE DU SAINT PATRON Quæsivi de eis virum, qui interponeret sepem et staret oppositum contra me pro terra, ne dissiparem eam.
J'ai cherché parmi eux un homme qui se présentât comme un rempart entre moi et eux, qui s'opposât à moi pour la défense de cette terre, afin que je ne la détruise point.
(ézéch., XXII, 30.)
Dieu, M.F., peut-il nous montrer son amour et sa tendresse pour les hommes d'une manière plus claire que dans ces paroles : « Lorsque ma justice me forcera à vous punir, cherchez parmi vous un de mes amis, afin qu'il s'oppose à ma vengeance, et m'empêche de vous punir. » Qui pourra donc raconter les prodiges de l'amour d'un Dieu pour ses créatures ? Il ne s'est pas contenté d'envoyer son Fils unique, l'objet de ses plus tendres complaisances ; il a consenti à ce qu'il perdît la vie pour nous sauver et nous délivrer de sa vengeance éternelle. Non content de nous avoir fait naître dans le sein de son église, qui nous nourrit du Corps adorable de Jésus-Christ et nous abreuve de son Sang précieux ; non con-tent de nous avoir confié à un ange de la cour céleste, qui, depuis le premier instant de notre vie, nous pro-digue ses soins ; il a voulu encore nous donner à chacun un saint Patron pour veiller continuellement sur nous pour être notre modèle, notre défenseur. Non content de donner à chacun de nous un protecteur, son amour veut encore que chaque paroisse soit dédiée à un saint du ciel, qui lui sert de patron, et auquel les fidèles peuvent recourir comme des enfants à leur père. Notre saint Pa-tron est un bon roi, ne désirant que le bonheur de ses sujets, et n'oubliant rien pour leur procurer tout ce qui peut les rendre heureux. Il éloigne de nous les fléaux de la justice de Dieu, que nous avons mérités par nos pé-chés, et nous procure les moyens nécessaires pour opé-rer notre salut. Quel est mon dessein, M.F. ? le voici. C'est d'abord de vous montrer tous les bienfaits que nous recevons par la protection de notre saint Patron, et d'examiner ensuite comment nous y correspondons.
I. – Pour vous faire comprendre le besoin que nous avons de la protection de notre saint Patron pendant notre vie, à l'heure de notre mort, et après notre mort, il faudrait pouvoir vous faire comprendre aussi les dangers auxquels nous sommes exposés pendant notre vie. Dési-rez-vous connaître nos ennemis les plus redoutables ? C'est le monde, par ses mauvais exemples ; le démon, par ses tentations ; notre chair, par sa pente au mal. Tout l'enfer a juré notre perte éternelle, et, tant que nous resterons sur la terre, il faut nous attendre à combattre ; nous sommes très assurés que nos combats ne finiront qu'avec notre vie. Job, ce grand saint de l'Ancien Testament, nous fait le plus beau portrait de la vie de l'homme, en disant que « nous naissons en pleurant, nous vivons en gémissant et nous quittons la vie en souffrant » ce qui lui fait dire que le moment de notre mort est préférable à celui de notre naissance. Nous vivons peu, nous souffrons beau-coup, et notre vie n'est qu'une guerre continuelle . Nous n'aurons pas quitté une croix que nous en trouve-rons une autre. élie fuyant la colère de la reine Jézabel, alla se cacher dans une caverne ; là, accablé d'ennuis et de misères, il s'adressa à Dieu en lui disant : « Mon Dieu, pourquoi me laissez-vous souffrir si longtemps ? Vous avez bien retiré mes pères de ce monde, retirez--moi aussi, puisque séparé de vous l'on ne fait que souf-frir. »
Le Seigneur lui répondit: « Il te reste encore bien des années à souffrir . » Un jour que Jérémie consi-dérait combien l'homme est misérable en ce monde, il s'écria en pleurant : « Oh ! Seigneur, m'allez-vous laisser encore bien longtemps sur la terre ; de grâce, faites que mes maux finissent bientôt ! » Le saint roi David disait en se couchant : « Ah ! Seigneur, si du moins cette nuit était la dernière de ma vie ! Mon Dieu, jusqu'à quand prolongerez-vous mon exil ; puisque les ennemis de mon salut ne cherchent que ma perte ; de quel côté que je me tourne, je ne vois que péchés. Ah ! qui me donnera des ailes comme à la colombe pour sortir de cette terre étrangère, pour voler vers vous . Si nous lisons l'évangile, nous voyons Jésus-Christ ne promettre que des croix, des persécutions et des souf-frances Un jour une mère se présenta à lui, en disant: « Seigneur, j'ai une grâce à vous demander : faites que mes deux enfants soient l'un à votre droite et l'autre à votre gauche dans votre royaume. » Le Sauveur la regarda d'un air de compassion, et lui dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez ; cette grâce appartient à mon Père, pour moi, voilà tout ce que je puis vous donner : c'est ma croix, mon calice d'amertume et toutes mes souffrances. » Un jour que Jésus-Christ était suivi d'une multitude de peuple, voulant bien lui montrer en quoi consistait le bonheur de l'homme, il s'assit et dit : « Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'un jour ils seront consolés ; bienheureux les pauvres, bienheureux ceux qui sont méprisés et persécutés, parce que le royaume des cieux leur appartient. En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous gémirez, pendant que les gens du monde se réjouiront ; mais leur joie se changera en tristesse, et votre tristesse se changera en une joie éternelle » Dites-moi, M.F., qui de nous pourra échapper à tant de dangers, à tant d'artifices du monde et du démon ? « Hélas ! s'écrie saint Antoine, quel est celui qui ne tombera pas dans les pièges que Satan et le monde tendent continuellement ? »
Mais quel bonheur pour nous, d'avoir pour Patron un si grand saint , dont toute l'occupation est de veiller sur nous, d'éloigner de nous les dangers dans lesquels nous pourrions tomber ; un Patron, dis-je, qui est chargé non seulement de cette paroisse, mais encore de tout le monde chrétien ! Il est si puissant maintenant dans le ciel ! Dieu, qui l'aime infiniment, lui accordera tout ce qu'il demandera. Il a versé son sang pour son Dieu ; il n'est monté sur le premier trône du monde chrétien que dans l'espérance d'y donner sa vie pour son Dieu ; s'il est riche, c'est parce qu'il a été pauvre des biens de ce monde ; s'il est si élevé en dignité, c'est parce qu'il s'est méprisé lui-même ; aussi est-il maintenant élevé sur le premier trône de la cour céleste, attendant le bonheur de nous voir tous auprès de lui dans le ciel. Il nous dit, à tous, pour nous encourager : « Faites ce que j'ai fait, vivez comme j'ai vécu, méprisez le monde comme je l'ai méprisé moi-même. » Ne vous semble-t-il pas que toute l'année, notre saint Patron n'a cessé de ramasser des trésors de grâces célestes, pour avoir le plaisir de nous enrichir, au jour consacré à honorer le triomphe de son martyre et de toutes ses pénitences ? Ne sentez-vous pas en vous-mêmes une voix intérieure qui vous dit que tout vous sera accordé ? Ah ! bonheur ! ah ! grâce pré-cieuse et jour de bénédiction ! Que de biens, de faveurs et de forces nous sont accordés en ce jour !
Notre Patron veille non seulement à notre salut, en nous procurant tous les moyens nécessaires pour nous sauver ; mais encore, il veille sur nos biens et notre santé. Le démon, notre ennemi, est tellement furieux de nous voir gagner le ciel qu'il a perdu, qu'il fait tout son possible pour nous rendre malheureux, même dès ce monde. Souvent Dieu, en punition de nos péchés, lui donne le pouvoir de provoquer la grêle, les tempêtes, les pluies torrentielles, les sécheresses ; tout cela, afin de nous faire périr de misère. Plusieurs maladies que nous éprouvons ne viennent, pour la plupart, que du démon, et si nous n'avions pas notre saint Patron qui s'oppose à la justice de Dieu, nous serions réduits à la dernière misère, par des fléaux qui détruiraient nos ré-coltes, et des maladies qui nous affligeraient continuelle-ment. Voyez ce que le démon fit au saint homme Job, par ce petit pouvoir qu'il avait reçu de Dieu. Satan fit tomber sur ses troupeaux le feu du ciel qui les brûla tous ; il souleva des voleurs qui lui enlevèrent toutes ses au-tres bêtes ; il excita une tempête si furieuse, qu'elle ren-versa sa maison et écrasa tous ses enfants ; il le frappa lui-même d'un ulcère, qui le tenait depuis la tête jus-qu'aux pieds ; son corps pourrissait, sa chair tombait par morceaux, il répandait une telle puanteur, que per-sonne n'osait l'approcher ; les vers le mangeaient tout vivant ; il fut contraint d'aller se mettre sur un fumier, là il ôtait avec des têtes de pots cassés les vers qui le mangeaient:
tout cela ne lui arriva que par la permis-sion de Dieu, et cependant c'était un grand saint, puisque Dieu lui-même dit au démon, que Job était alors sans égal sur la terre . Hélas ! que de fois, sans notre saint Patron, Dieu nous aurait punis, soit dans nos biens en faisant périr nos récoltes, soit en nous accablant de- maladies ou d'infirmités ?
Et que fait donc notre saint Patron lorsqu'il voit que Dieu va nous punir ? Il court se jeter à ses pieds, lui rappelle les tourments qu'il a endurés, et le sang qu'il a répandu pour son amour. Il lui demande grâce pour nous, afin que nous nous convertissions et que nous changions de vie. Après cela, il nous inspire de bonnes pensées, avec le désir de sortir du péché et de nous convertir. Mais dans quelle inquiétude n'est-il pas lors-qu'il voit que, malgré tout, nous continuons à pécher ? Saint Bernard a bien raison de dire, que le saint Patron est le médiateur entre Jésus-Christ et les fidèles : « Nous sommes trop criminels, dit ce grand saint, pour pouvoir nous adresser directement à Dieu ; nous avons besoin d'avoir recours à un autre médiateur que Jésus-Christ pour demander notre grâce. » « J'ai cherché parmi eux, dit le Seigneur par le prophète ézéchiel, un homme qui mette une haie et qui s'oppose à moi, de crainte que je ne perde cette terre » Cette terre c'est la paroisse, qui, souvent, a mérité d'être détruite à cause des péchés qui s'y commettent. Mais Dieu s'est choisi dans notre saint Patron, un homme selon son cœur, pour s'opposer à sa colère, comme fit autrefois Moïse. Dieu, irrité contre son peuple à cause de ses péchés, voulait le détruire ; mais Moïse pria le Seigneur d'avoir compas-sion de son peuple, préférant être puni à sa place. « Moïse, dit le Seigneur, ne prie pas, parce que je ne veux pas le pardonner. » – «Seigneur, lui dit Moise, de grâce, pardonnez ce peuple ! » – « Eh bien ! je le pardonne, lui dit le Seigneur . » Oh ! combien de fois notre saint Patron ne nous a-t-il pas obtenu la même grâce !
Saint Cyprien dit que les saints patrons des églises ont grand soin du salut de notre âme. Hélas ! que de personnes, dans une paroisse, sont adonnées les unes à la colère, les autres à la gourmandise, d'autres à l'impu-reté ou à l'ivrognerie ; Dieu a résolu de les perdre en les abîmant dans les enfers. Que fait notre saint Patron, en voyant tant de maux prêts à nous accabler ? II fait comme ce jardinier dont il est parlé dans l'évangile . Son maître ne trouvant point de fruit sur un certain arbre pendant plusieurs années, dit au jardinier : « Cou-pez cet arbre et mettez-le au feu, puisqu'il ne porte pas de fruit et qu'il occupe la place d'un autre. » Le jardi-nier se jette aux pieds de son maître : « Seigneur, laissez-le encore un an ! Je le fumerai ! je travaillerai la terre, j'y mettrai mes soins, peut-être portera-t-il du fruit ; si une autre année il ne porte rien, je le couperai et le jetterai au feu. » Hélas ! depuis combien d'années Dieu attend-il que vous portiez du bon fruit, et il n'en voit en vous que du mauvais ? Combien de fois avait-il résolu de vous jeter dans le feu, si votre saint Patron n'avait pas, comme le jardinier, demandé grâce pour vous, toujours dans l'espérance que vous vous conver-tiriez ?
Notre saint Patron, M.F., ne se contente pas de nous secourir pendant notre vie, il redouble encore ses soins à l'heure de la mort, afin de nous défendre contre le démon, qui fait ses derniers efforts pour nous perdre. Nous lisons dans l'histoire du Canada, qu'une bonne religieuse vit le saint Patron de sa paroisse venir, avec plusieurs saints et même la sainte Vierge, au secours d'un mourant ; ils prièrent tant le bon Dieu pour lui, qu'il lui obtinrent sa grâce. Disons mieux : notre saint Patron regarde tous les habitants de la paroisse comme un père regarde ses enfants, les aimant tous d'un amour sans égal ; il n'a point de repos qu'il ne nous ait tous conduits dans le ciel avec lui. Si nous allons en purga-toire, il priera pour nous, il viendra nous visiter pour nous consoler, et nous faire espérer qu'un jour nous jouirons du bonheur des saints. Il inspirera à nos pa-rents, à nos amis la, pensée de prier pour nous, de faire dire des messes. Vous conviendrez avec moi, M.F., que nous sommes bien heureux d'avoir un tel protecteur, pour solliciter la miséricorde de Dieu en notre faveur ; car, sans lui, depuis bien longtemps Dieu nous aurait accablés de maux en punition de nos péchés. II. – Vous venez de voir l'empressement et le désir qu'a notre saint Patron de nous rendre heureux, soit en écartant de nous les tempêtes, soit en faisant tout ce qui dépend de lui pour nous faire recouvrer l'amitié de Dieu, lorsque nous avons eu le malheur de la perdre, ou pour la conserver en nous, lorsque nous avons le bon-heur de l'avoir. Mais quelles sont, M.F., nos obligations envers notre bienfaiteur ? Les voici. Nous devons passer saintement le jour de sa fête, et la célébrer comme celle de Pâques ou de Noël ; nous occupant à prier le bon Dieu et à faire de bonnes œuvres ; nous mériterons ainsi les grâces qui nous sont promises dans ce grand jour de triomphe. Ne manquons pas ce jour-là de nous con-fesser et de communier. Il faut nous entretenir sur les vertus que le saint a pratiquées, et tâcher de les imiter. Comme notre Patron est un saint martyr, nous devons imiter sa patience dans les souffrances. Il a souffert la mort avec tant de courage et de joie, qu'il semblait porter envie à saint Laurent, car Dieu lui avait fait con-naître que le martyre de ce saint serait plus rigoureux. Lorsqu'il nous arrive quelques peines, rappelons-nous les souffrances du saint Patron que nous avons pris pour modèle, et prions-le de nous obtenir la grâce de faire un bon usage de nos épreuves ; remercions-le encore des grâces qu'il nous obtient pendant l'année, grâces que nous ne connaîtrons bien qu'après notre mort ; prions de ne pas regarder notre ingratitude, mais de nous recevoir sous sa sainte protection. Que surtout les pères et mères lui demandent avec instance de recevoir sous sa protection leurs enfants, leurs domestiques et tous leurs biens ; afin que Dieu les bénisse, et que le démon n'ait point d'empire sur eux. Prions-le enfin de nous assister à l'heure de la mort, car il est certain qu'à ce moment où il faudra rendre compte de toute notre vie, nous serons saisis de crainte. Demandons-lui alors ce grand amour qui nous donnera la force de mourir pour Dieu, comme i1 l'a fait lui-même.
Aux premiers temps de l'église, les fidèles d'une même contrée venaient en foule le jour de la fête d'un saint, pour avoir le bonheur de participer aux grâces que Dieu accordait en ce jour. L'on commençait l'office la veille ; le soir et la nuit, on priait sur le tombeau du saint, on entendait la parole de Dieu, on chantait des hymnes et des cantiques en son honneur. Après avoir passé la nuit si pieusement, on entendait la messe, où tous les assistants avaient le bonheur de communier ; ensuite chacun se retirait en louant Dieu des victoires qu'il avait fait remporter au saint, et le remerciaient des grâces qu'il avait accordées par son intercession. D'après cela, M.F., qui pourrait douter que Dieu ne répandit ses grâces avec abondance sur cette réunion de fidèles, et que les saints eux-mêmes ne fussent heureux de les pro-téger ? Voilà la manière dont autrefois se célébraient les fêtes des saints patrons.
Que pensez-vous de cela ? Est-ce bien ainsi que nous les célébrons maintenant ? Hélas ! si les premiers chré-tiens reparaissaient sur la terre, pourraient-ils nous reconnaître pour leurs imitateurs ? Ne nous diraient--ils pas que nos fêtes ne diffèrent en rien de celles des païens ? N'est-ce pas ordinairement en ces saints jours, que Dieu est le plus offensé ? Ne semblons-nous pas réunir nos biens et nos forces pour multiplier le péché presque à l'infini ? De quoi nous occupons-nous la veille et même plusieurs jours d'avance ? N'est-ce pas à faire des dépenses folles et superflues ? Et pendant ce temps--là, des pauvres meurent de faim, et nos péchés appellent sur nous la colère de Dieu, à ce point que l'éternité ne suffira pas à y satisfaire. Vous devriez passer la nuit à gémir, en considérant combien peu vous avez imité votre saint Patron ; et cependant vous consacrez ce temps-là à préparer tout ce qui pourra flatter votre gourmandise. Ne dirait-on pas que ce jour est un jour de débauche ? Les parents et les amis viennent-ils, comme autrefois, pour avoir le bonheur de participer aux grâces que Dieu nous accorde par l'intercession du saint Patron ? Ils viennent, mais pour passer ce jour presque tout entier à table. Autrefois, les saints offices étaient bien plus longs qu'aujourd'hui, et pourtant ils semblaient toujours trop courts ; maintenant l'on voit même des pères de famille qui, pendant les offices, sont à table à se remplir le corps de viandes et de vin. Les premiers chrétiens s'invitaient mutuellement, afin de multiplier leurs bonnes œuvres et leurs prières ; aujourd'hui, ne semble-t-il pas qu'on s'in-vite pour multiplier les péchés par les orgies, les excès qui se font dans le boire et le manger ? Pense-t-on bien que Dieu demandera compte même d'un centime dépensé mal à propos ! Ne semble-t-il pas que nous ne faisons la fête que pour outrager notre saint Patron, et multi-plier notre ingratitude ?
Regardons de plus près, M.F., et nous reconnaîtrons que nous sommes loin d'imiter celui que Dieu nous a donné pour modèle. Il a passé sa vie dans la pénitence et les larmes, il est mort dans les tourments ; or, je suis sûr qu'il y a des paroisses où il se commet plus de pé-chés ces jours-là que dans toute l'année. Le Seigneur disait aux Juifs, que leurs fêtes lui étaient en abomina-tion , et qu'il prendrait l'ordure de leurs fêtes pour la leur jeter au visage. Il veut nous faire ainsi comprendre combien il est offensé en ces jours qui devraient se passer dans les larmes et la prière. Nous lisons dans l'évangile, que Jésus-Christ est venu sur la terre pour allumer dans les âmes le feu de l'amour divin ; mais nous pouvons croire que le démon roule aussi sur la terre, pour allumer le feu impur dans le cœur des chrétiens ; et ce qu'il pro-voque avec le plus de fureur, ce sont les bals et les danses. J'ai longtemps balancé, si je vous parlerais d'une matière si difficile à faire comprendre, et si peu méditée par les chrétiens de nos jours, aveuglés par leurs passions. Si la foi n'était pas éteinte dans vos cœurs, d'un seul coup d’œil, vous comprendriez la grandeur de l'abîme où vous vous précipitez, en vous abandonnant avec tant de fureur à ces malheureux plaisirs. – Mais vous me direz : Vou-loir nous parler de la danse et du mal que l'on y fait, c'est perdre son temps ; nous n'en ferons ni plus, ni moins. – Je le crois, vraiment, puisque Tertullien assure que plusieurs refusaient de se faire chrétiens, plutôt que de se priver de tels plaisirs.
J'entends encore quelqu'un me dire : Quel mal peut-il y avoir à se récréer un moment ? Je ne fais tort à per-sonne, je ne veux pas être religieuse ou religieux. Si je ne fréquente pas les danses, je resterai dans le monde comme une personne morte ? – Mon ami, vous vous trompez : ou vous serez religieux, ou vous serez damné. Qu'est-ce qu'une personne religieuse ? Ce n'est pas autre chose qu'une personne qui remplit ses devoirs de chré-tien. Vous dites que je ne gagnerai rien en vous par-lant de la danse, et que vous n'en ferez ni plus ni moins. Vous vous trompez encore. En méprisant les instructions de votre pasteur, vous vous attirerez un nouveau châtiment de Dieu, et moi, en remplissant mon devoir j'y gagnerai beaucoup. Dieu ne me deman-dera pas à l'heure de la mort, si vous avez rempli vos devoirs ; mais si je vous ai enseigné ce que vous deviez faire pour les bien remplir. Vous dites encore que je ne viendrai jamais à bout de vous faire croire qu'il y a du mal à se récréer un moment en dansant ? Vous ne voulez pas croire qu'il y ait du mal ? c'est votre affaire ; pour moi, il me suffit de vous le dire de manière à vous le faire comprendre, si toutefois vous le voulez. En agissant ainsi, je fais tout ce que je dois faire. Il ne faut pas que cela vous irrite : votre pasteur fait son devoir. – Mais, me direz-vous, les commandements de Dieu ne défendent pas la danse, l'écriture sainte non plus ? – Peut-être ne l'avez-vous pas bien examiné. Suivez-moi un instant, et vous allez voir qu'il n'est pas un commandement de Dieu que la danse ne fasse transgresser, ni un sacrement qu’elle ne fasse profaner.
Vous savez aussi bien que moi que ces sortes de folies et d'extravagances ne se font ordinairement que les dimanches et les fêtes. Que fera donc en pareil jour une fille ou un garçon qui ont résolu d'aller danser ? Quel amour auront-ils pour Dieu ? leur esprit ne sera-t-il pas tout occupé de leurs parures, afin de plaire aux person-nes avec lesquelles ils espèrent se trouver ? Supposez qu'ils fassent leur prière, comment la feront-ils ? Hélas ! Dieu seul le sait !... D'ailleurs quel amour de Dieu peut avoir une personne qui ne respire que l'amour des plai-sirs et des créatures ? Vous conviendrez avec moi qu'il est impossible de plaire à Dieu et au monde ; non, jamais cela ne sera. Dieu nous défend le jurement. Hélas ! que de querelles, de jurements et de blasphèmes, causés par la jalousie que font naître les jeunes personnes, quand elles sont dans de telles assemblées ? N'y avez-vous pas sou-vent des disputes ou des batailles ? Qui pourrait compter tous les crimes qui se commettent dans ces réunions in-fernales ? Le troisième commandement nous commande de sanctifier le saint jour du Dimanche. Peut-on croire qu'un garçon qui aura passé plusieurs heures avec une fille dont le cœur est semblable à une fournaise, satisfera ainsi au précepte ? Saint Augustin a bien raison de dire que les hommes feraient bien mieux de labourer leur terre, et les filles de filer leur quenouille, que d'aller dan-ser ; le mal serait moindre. Le quatrième commandement de Dieu ordonne aux enfants de respecter leurs parents. Ces jeunes gens qui fréquentent les danses, ont-ils le respect et la soumission qu'ils doivent à leurs parents ? Non sans doute: ils les font mourir de chagrin, soit en les méprisant, soit en dépensant leur argent mal à propos, soit même en leur reprochant leur conduite passée. Quel chagrin ne doivent pas concevoir ces parents, si leur foi n'est pas encore éteinte, en voyant leurs enfants livrés à de tels plaisirs, ou, pour parler plus clairement, à ces liber-tinages ? Ces enfants ne sont plus pour le ciel, mais des victimes engraissées pour l'enfer. Supposez que les pa-rents n'aient pas encore perdu la foi, … hélas ! je n'ose aller plus loin ! que de parents aveugles !... que d'enfants réprouvés !...
Y a-t-il un lieu, un temps, une occasion, où il se commette tant de péchés d'impureté que dans les danses et à la suite des danses ? N'est-ce pas dans ces assemblées que l'on est le plus violemment porté au péché contraire à la sainte vertu de chasteté ? N'est-ce pas là que tous les sens sont portés à la volupté ? Pourrait-on examiner cela un peu de près, et ne pas mourir d'horreur à la vue de tant de crimes qui se commettent ? N'est-ce pas dans ces assemblées, que le démon allume avec fureur le feu impur dans le cœur des jeunes gens, pour anéantir en eux la grâce du baptême ? N'est-ce pas là que l'enfer se fait des esclaves autant qu'il en veut ? Si, malgré l'éloi-gnement des occasions, et les secours de la prière, un chrétien a encore tant de peine pour garder la pureté du cœur ; comment pourrait-il conserver cette vertu, au milieu de tant d'objets capables de la faire succomber. « Voyez, nous dit saint Jean Chrysostome, voyez cette fille mondaine et volage, ou plutôt ce tison infernal, qui, par sa beauté et ses vaines parures, allume dans le cœur de ce jeune homme le feu impur de la concupiscence. Ne les voyez-vous pas, aussi bien l'un que l'autre, chercher à se charmer par leurs airs, leurs gestes et leurs autres manières ? Comptez, malheureux, si vous le pouvez, le nombre de vos mauvaises pensées, de vos mauvais désirs et de vos mauvaises actions. N'est-ce pas là où vous entendez ces airs qui flattent les oreilles, enflamment et brûlent les cœurs, et font de ces assemblées des four-naises d'impudicité ? » N'est-ce pas là, M.F., que les garçons et les filles s'abreuvent à la source du crime, qui va bientôt, comme un torrent ou une rivière débordée, inonder, perdre et empoisonner tous les environs ?... Allez, pères et mères réprouvés, allez dans les enfers où la fureur de Dieu vous attend, vous et les belles actions que vous avez faites, en laissant courir vos enfants. Allez, ils ne tarderont pas à vous y rejoindre, puisque vous leur avez si bien tracé le chemin ! Allez compter le nombre d'années que vos garçons et vos filles ont per-dues, allez devant votre juge rendre compte de votre vie, et vous verrez si votre pasteur avait raison de défendre ces sortes de joies infernales !...
Ah ! me direz-vous, vous en dites plus qu'il y en a ! – J'en dis trop ! Eh bien ! écoutez les saints Pères en disent-ils trop ? Saint Ephrem nous dit que la danse est la perdition des filles et des femmes, l'aveuglement des hommes, la tristesse des anges et la joie des démons. Mais, mon Dieu, peut-on bien avoir les yeux fascinés jusqu'à ce point, que de vouloir croire qu'il n'y a point de mal ; tandis que c'est la corde, par laquelle le démon traîne le plus d'âmes en enfer ?... Allez, pauvres parents, aveugles et réprouvés, allez mépriser ce que vous dira votre pasteur ! Allez ! continuez votre route ! écoutez tout, et ne profitez de rien ! Il n'y a point de mal ? Mais dites-moi, à quoi avez-vous donc renoncé le jour de votre baptême ? ou plutôt, à quelles conditions vous l'a-t-on donné ?
N'est-ce pas en vous faisant prêter ser-ment à la face du ciel et de la terre, en présence de Jésus-Christ sur l'autel, que vous renonciez pour toute votre vie, à Satan, à ses pompes et à ses oeuvres, c'est--à-dire, au péché, aux plaisirs et à toutes les vanités du monde ? N'est-ce pas en vous faisant promettre que vous vouliez marcher à la suite d'un Dieu crucifié ! Dites--moi, n'est-ce pas véritablement violer les promesses de votre baptême, et profaner ce sacrement de miséricorde ? Ne profanez-vous pas aussi celui de la Confirmation, en changeant la croix de Jésus-Christ que vous y avez reçue, contre de vains ajustements ; en rougissant de cette croix qui devrait être votre gloire et votre bonheur ? Saint Augustin assure, que ceux qui vont aux danses, renon-cent véritablement à Jésus-Christ pour se donner au démon. Quelle horreur ! chasser Jésus-Christ après l'avoir reçu clans votre cœur ! « Aujourd'hui, nous dit saint Ephrem, ils s'unissent à Jésus-Christ et demain au démon. » Hélas ! que de Judas, après l'avoir reçu, vont le vendre à Satan, dans ces assemblées où se réunit tout ce qu’il y a de plus vicieux ! Quant au sacrement de Péni-tence, quelle vie contradictoire ! Un chrétien qui, après un seul péché, ne devrait plus que pleurer toute sa vie, ne pense qu'à se livrer à toutes ces joies mondaines ! Plu-sieurs ne profanent-ils pas le sacrement de l'Extrême-Onction, en faisant des mouvements indécents des pieds, des mains et de tout le corps, qui doit être sanctifié par les huiles saintes ? N'outrage-t-on pas le sacrement de l'Ordre, par le mépris que l'on fait des instructions de son pasteur ? Mais pour le sacrement du Mariage, hélas ! que d'infidélités ne médite-t-on pas dans ces assemblées ? il semble qu'alors tout soit permis. Qu'il faut être aveugle pour croire qu'il n'y a point de mal !...