La lectio divina et l'art de lire
La lecture médiévale comme méditation — lire à voix haute, ruminer le texte sacré.
Lire pour prier, prier pour contempler
Scala Claustralium
La lecture médiévale
L'homme médiéval ne lit pas comme nous. Pour lui, lire n'est pas une activité silencieuse et rapide : c'est un acte lent, sonore et méditatif. La lecture médiévale est d'abord une lecture à voix haute : legere signifie littéralement « cueillir » les mots avec les lèvres. Le moine qui lit au réfectoire, le clerc qui étudie son psautier, l'étudiant qui prépare sa leçon : tous lisent en murmurant ou en prononçant distinctement chaque mot. La lecture silencieuse, purement visuelle, est une invention moderne. Saint Augustin, dans ses Confessions, s'étonnait déjà de voir saint Ambroise lire sans remuer les lèvres, preuve que cette pratique était exceptionnelle.
La lectio divina
Cette pratique de lecture lente et orante se cristallisa dans la tradition monastique sous le nom de lectio divina, la « lecture divine » ou lecture priante de l'Écriture sainte. Il ne s'agit pas d'une étude intellectuelle du texte, mais d'une écoute du cœur, d'un dialogue intime avec Dieu à travers sa Parole. Le moine Guigues II le Chartreux, prieur de la Grande Chartreuse au XIIe siècle, formalisa cette pratique dans son traité « L'Échelle des moines » (Scala claustralium) en distinguant quatre degrés ascendants.
Les quatre degrés
- Le premier est la lectio, la lecture attentive du texte sacré, qui cueille les mots comme on cueille un fruit sur l'arbre.
- Vient ensuite la meditatio, la méditation, que les anciens appelaient ruminatio (rumination), car le moine « mâche » et « remâche » intérieurement les paroles lues, les retourne dans son esprit jusqu'à en extraire toute la saveur spirituelle.
- Du troisième degré, l'oratio, jaillit spontanément la prière : touché par ce qu'il a médité, le lecteur élève son âme vers Dieu dans un mouvement de louange, d'action de grâce ou de supplication.
- Enfin, au sommet de l'échelle, la contemplatio (la contemplation) est ce repos silencieux de l'âme en Dieu, où cessent les mots et les pensées, et où l'on goûte simplement la présence divine.
Ces quatre degrés (lectio, meditatio, oratio, contemplatio) forment une échelle spirituelle que tout chrétien est invité à gravir.
La lectio divina transforme la lecture en prière : on ne lit pas un texte, on le rumine.
Testez-vous : 7 questions
1. Qu’est-ce que la lectio divina pratiquée dans les monastères ?
- La lecture priante
- La lecture rapide
- La lecture publique
- La lecture critique
Voir la réponse
Réponse : La lecture priante
La lectio divina est la lecture priante de l’Écriture pratiquée dans les monastères, chemin de contemplation menant l’âme vers Dieu.
2. Qui a formalisé les quatre degrés de la lectio divina dans l’Échelle des moines ?
- Saint Augustin
- Guigues le Chartreux
- Saint Benoît
- Saint Bernard
Voir la réponse
Réponse : Guigues le Chartreux
Guigues le Chartreux formalisa les quatre degrés de la lectio divina (lecture, méditation, prière, contemplation) dans son Échelle des moines.
3. Que désigne la ruminatio dans la tradition monastique ?
- Jeûner en silence
- Chanter les psaumes
- Méditer la Parole
- Copier un manuscrit
Voir la réponse
Réponse : Méditer la Parole
La ruminatio est la méditation lente et priante de la Parole de Dieu, « ruminée » comme une nourriture spirituelle dans la vie monastique.
4. Comment l’homme médiéval lit-il, contrairement au lecteur moderne ?
- En diagonale
- À voix haute
- Très rapidement
- En silence
Voir la réponse
Réponse : À voix haute
L’homme médiéval lit à voix haute, faisant de la lecture un acte corporel et communautaire, bien différent de notre lecture silencieuse.
5. Quel est le premier des quatre degrés de la lectio divina ?
- L’oratio
- La lectio
- La contemplatio
- La meditatio
Voir la réponse
Réponse : La lectio
La lectio (lecture attentive du texte sacré) est le premier degré de la lectio divina, porte d’entrée vers la méditation et la prière.
6. Quel degré de la lectio divina désigne la prière jaillissant de la méditation ?
- La contemplatio
- L’oratio
- La meditatio
- La lectio
Voir la réponse
Réponse : L’oratio
L’oratio est le troisième degré de la lectio divina : après la lecture et la méditation, l’âme s’élève naturellement vers la prière.
7. Quel est le sommet de la lectio divina, où l’âme repose en Dieu ?
- La lectio
- La meditatio
- L’oratio
- La contemplatio
Voir la réponse
Réponse : La contemplatio
La contemplatio est le sommet de la lectio divina : l’âme, au-delà des mots et des pensées, repose silencieusement en la présence de Dieu.
Faites cette leçon dans Apôtre : les questions en mode interactif, votre progression, des rappels pour ne rien oublier. Gratuit, sans publicité. Commencer la leçon ›
Dans ce chapitre : Les arts du langage
- Le Trivium : grammaire, rhétorique, dialectique
- La lectio divina et l'art de lire