Les couleurs de rhétorique

Chapitre 11 : L'ornement du discours · cours « Ars Dictaminis » · 7 questions

Les colores rhetorici — l'ornement de la prose épistolaire.

Rhétorique à Herennius

Colores rhetorici

Les colores rhetorici

Les « colores rhetorici », c'est-à-dire les couleurs de rhétorique, sont les figures de style dont le dictator orne sa prose. Le nom est parlant : comme un peintre colore sa toile, l'écrivain colore son texte. Le terme vient de la Rhetorica ad Herennium, un traité longtemps attribué à Cicéron, qui classe les figures en « couleurs » et en fait un catalogue raisonné. Ce traité fut l'un des plus copiés et des plus étudiés du Moyen Âge : tout étudiant en dictamen le connaissait.

Les figures de mots

On distingue deux grandes familles de figures. Parmi les figures de mots, l'anaphore consiste à répéter un même mot ou groupe de mots en début de phrases ou de propositions successives, créant un effet d'insistance et de solennité qui martèle le propos dans l'esprit de l'auditeur. L'antithèse, quant à elle, oppose deux idées pour les éclairer mutuellement : ce contraste lumineux met en relief la vérité du propos par le jeu des contraires. La prosopopée est une figure d'une audace particulière : elle fait parler un absent, un mort ou une entité abstraite, donnant voix à ce qui ne peut s'exprimer par soi-même et produisant un effet saisissant sur l'auditoire.

Albéric du Mont-Cassin

L'introduction de ces colores dans l'art de la lettre médiévale est largement due à Albéric du Mont-Cassin, moine et maître du XIe siècle qui enrichit le dictamen en y intégrant systématiquement les figures de la rhétorique antique. Son enseignement fit école et se répandit dans toute l'Europe savante.

L'ornement au service du sens

La règle d'or que tous les dictatores rappellent sans relâche est que l'ornement doit servir le sens, jamais le masquer. La beauté du style est au service de la vérité du message. Quand les figures s'accumulent sans nécessité, elles deviennent un poids mort qui alourdit le texte et nuit à sa clarté. Les rhétoriciens médiévaux nomment cet excès un « vitium », c'est-à-dire un vice rhétorique, défaut grave qui trahit un manque de maîtrise et détourne l'auditeur du sens véritable du discours.

L'ornement doit servir le sens, jamais le masquer.

Testez-vous : 7 questions

1. D’où vient le terme "colores rhetorici" ?

  • La Poétique d’Aristote
  • Les Institutiones
  • Le De Oratore
  • La Rhétorique à Herennius
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Réponse : La Rhétorique à Herennius

Le terme colores rhetorici vient de la Rhetorica ad Herennium, manuel antique qui inspira tout le Moyen Âge latin.

2. Qu’est-ce que l’anaphore ?

  • Inverser en miroir
  • Répéter en début
  • Opposer deux idées
  • Question rhétorique
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Réponse : Répéter en début

L’anaphore répète un même mot en début de phrases successives, créant un effet d’insistance et de solennité.

3. Quelle figure oppose deux idées pour les éclairer mutuellement ?

  • L’antithèse
  • L’isocolon
  • L’exclamation
  • La prosopopée
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Réponse : L’antithèse

L’antithèse oppose deux idées pour mieux les éclairer : contraste lumineux au service de la vérité du propos.

4. Qu’est-ce que la prosopopée ?

  • Accumuler des exemples
  • Poser une question
  • Répéter une sentence
  • Faire parler un absent
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Réponse : Faire parler un absent

La prosopopée fait parler un absent ou une entité abstraite, donnant voix à ce qui ne peut s’exprimer par soi-même.

5. Qui introduisit les colores dans l’art de la lettre médiévale ?

  • Albert de Morra
  • Boncompagno da Signa
  • Thomas de Capoue
  • Albéric du Mont-Cassin
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Réponse : Albéric du Mont-Cassin

Albéric du Mont-Cassin enrichit la lettre médiévale en y introduisant les colores, figures de style de la rhétorique antique.

6. Quelle est la règle d’or de l’ornement selon les dictatores ?

  • Multiplier les figures
  • Imiter les Anciens
  • Orner chaque phrase
  • Servir le sens
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Réponse : Servir le sens

L’ornement doit servir le sens, jamais le masquer : la beauté du style est au service de la vérité du message.

7. Comment appelle-t-on l’excès de figures de style en rhétorique médiévale ?

  • Un pléonasme
  • Un barbarisme
  • Un vitium
  • Un solécisme
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Réponse : Un vitium

L’excès de figures de style est un vitium, un vice rhétorique qui alourdit le texte et nuit à sa clarté.

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Dans ce chapitre : L'ornement du discours

  1. Les couleurs de rhétorique
  2. Les figures au service de la lettre