Les sophismes verbaux : pièges du langage
Équivoque, amphibolie, composition, division.
Fallaciæ in Dictione
Les six sophismes in dictione
Aristote, dans les Réfutations sophistiques, distingue six sophismes « dans le mot » (in dictione) :
- l'équivocation (glissement entre deux sens d'un même mot)
- l'amphibolie (ambigüité de la construction grammaticale)
- le sophisme d'accent (changement de prononciation modifiant le sens)
- la figure de mots (confusion entre termes de forme semblable mais de mode de signification différent)
- la composition (attribuer au tout ce qui n'est vrai que de la partie)
- la division (attribuer à la partie ce qui ne vaut que du tout)
Accent et figure de mots
Le sophisme d'accent, particulièrement redoutable dans les langues anciennes, résulte d'un changement de prosodie, c'est-à-dire de l'accentuation ou de l'intonation d'un mot, qui en altère le sens sans en modifier l'écriture. C'est un piège qui relève de la dimension orale du langage. La figure de mots, qu'Aristote désigne sous le nom latin de figura dictionis, exploite quant à elle la ressemblance formelle entre des termes qui n'ont pas le même mode de signification : par exemple, confondre un nom de substance avec un nom de qualité parce qu'ils se déclinent de manière semblable.
Les enjeux théologiques
L'importance de ces distinctions pour la théologie chrétienne est considérable. Les Pères de l'Église et les docteurs médiévaux ont dû sans cesse démasquer les sophismes des hérétiques qui abusaient des mots de l'Écriture. Ainsi, lorsqu'un arien prétend que le Christ est une créature en s'appuyant sur le titre de « premier-né de toute créature » (Col 1, 15), il commet une équivocation : le terme « premier-né » ne signifie pas ici « première chose créée » mais désigne la primauté absolue du Fils sur toute la création, son antériorité éternelle en tant que Verbe engendré du Père.
Le chrétien doit connaître ces pièges pour défendre la foi contre les hérétiques qui abusent des mots de l'Écriture.
Testez-vous : 8 questions
1. Dans quel traité Aristote catalogue-t-il les sophismes, ces raisonnements qui ne sont vrais qu’en apparence ?
- Réfutations sophistiques
- Les Analytiques
- De Interpretatione
- Les Catégories
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Réponse : Réfutations sophistiques
Les Réfutations sophistiques d’Aristote cataloguent les sophismes, raisonnements faussement valides.
2. Comment appelle-t-on le sophisme qui exploite les plusieurs sens d’un même mot pour tromper l’auditeur ?
- La figure de mots
- L’équivocation
- L’amphibolie
- L’accent
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Réponse : L’équivocation
L’équivocation exploite les multiples sens d’un mot pour tromper l’auditeur par un faux raisonnement.
3. Quand c’est la phrase entière, et non un seul mot, qui peut se lire de deux façons différentes, quel sophisme commet-on ?
- L’amphibolie
- L’accent
- La composition
- L’équivocation
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Réponse : L’amphibolie
L’amphibolie porte sur la phrase entière dont la construction grammaticale permet deux lectures.
4. Le sophisme d’accent résulte d’un changement dans la prononciation d’un mot. Quel élément du langage est en cause ?
- La ponctuation
- La grammaire
- Le vocabulaire
- La prosodie
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Réponse : La prosodie
Le sophisme d’accent exploite un changement de prosodie (prononciation) pour altérer le sens d’un mot.
5. La « figure de mots » fait croire que deux termes semblables ont le même mode de signifier. Autre nom chez Aristote ?
- Error vocis
- Figura dictionis
- Fallacia sensus
- Vitium sermonis
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Réponse : Figura dictionis
La figura dictionis exploite la ressemblance de forme entre des mots de signification différente.
6. Aristote distingue les sophismes « dans le mot » des sophismes « hors du mot ». Combien de sophismes verbaux recense-t-il ?
- Six
- Dix
- Trois
- Quatre
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Réponse : Six
Aristote recense six sophismes verbaux (dans le mot) et sept sophismes extra-verbaux (hors du mot).
7. Le sophisme de composition consiste à attribuer au tout ce qui ne vaut que de la partie. Quel est son contraire ?
- L’accent
- L’équivocation
- L’amphibolie
- La division
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Réponse : La division
Le sophisme de division attribue à la partie ce qui ne vaut que du tout, inverse de la composition.
8. Un hérétique dit : « L’Écriture affirme que le Christ est créature, car il est "premier-né de toute créature" ». Quel sophisme commet-il ?
- L’équivocation
- L’accent
- La figure de mots
- L’amphibolie
Voir la réponse
Réponse : L’équivocation
L’équivocation exploite les sens multiples d’un mot : « premier-né » ne signifie pas « créature ».
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Dans ce chapitre : Sophismes, paralogismes et réfutation
- Les sophismes verbaux : pièges du langage
- Les paralogismes courants : erreurs de raisonnement
- La réfutation selon Aristote : l'art de démasquer l'erreur
- Le syllogisme appliqué à la morale