Villard de Honnecourt et la géométrie des bâtisseurs

Chapitre 4 : L'art de bâtir et l'arpentage · cours « Géométrie » · 7 questions

Villard de Honnecourt et les secrets géométriques des bâtisseurs de cathédrales.

Villard de Honnecourt

Geometria fabrorum

Villard de Honnecourt

Villard de Honnecourt (vers 1225-1250) est un architecte picard dont le carnet de dessins, conservé à la Bibliothèque nationale de France, est le seul témoignage direct nous étant parvenu d'un maître d'œuvre médiéval. Ce carnet contient des tracés régulateurs, des schémas de cathédrales, des machines et des figures humaines inscrites dans des formes géométriques : preuve que la géométrie pratique était l'outil quotidien du bâtisseur gothique.

Suger et la lumière divine

Suger de Saint-Denis (1081-1151), abbé de Saint-Denis et conseiller des rois de France, est le théologien de la lumière divine. Inspiré du Pseudo-Denys l'Aréopagite, il voyait dans la lumière qui entre par les vitraux un reflet de la lumière incréée de Dieu.

C'est entre 1140 et 1144 que l'abbé Suger fit reconstruire le chœur de l'abbaye de Saint-Denis, inaugurant ainsi ce que l'on appellera plus tard le style gothique. Dans son traité De Administratione, Suger raconte lui-même cette entreprise et expose sa vision théologique : chaque vitrail, chaque colonne élancée vers le ciel doit conduire l'âme du fidèle de la matière vers la lumière immatérielle de Dieu.

La croisée d'ogives

L'innovation structurelle qui rend possible cette aspiration est la croisée d'ogives, technique par laquelle les voûtes reposent sur des arcs entrecroisés en diagonale. En concentrant les poussées sur des points précis (les piliers et les arcs-boutants), la croisée d'ogives allège considérablement les murs, qui n'ont plus besoin de soutenir tout le poids de la couverture. Dès lors, il devient possible d'ouvrir de grandes fenêtres et d'inonder l'édifice de cette lumière divine si chère à Suger.

La géométrie des bâtisseurs

Les tracés régulateurs, que l'on retrouve abondamment dans le carnet de Villard de Honnecourt, jouaient un rôle fondamental dans cette géométrie pratique : ils permettaient aux maîtres d'œuvre de déterminer les proportions harmonieuses d'un édifice sans recourir au calcul arithmétique, par la seule manipulation de la règle et du compas. Ainsi la géométrie sacrée gouvernait toutes les proportions, depuis les grandes travées de la nef jusqu'aux figures humaines inscrites dans les portails sculptés.

La pierre obéit à la géométrie, et la géométrie sert la lumière divine : de Villard de Honnecourt à Suger de Saint-Denis, les bâtisseurs médiévaux unissaient le geste technique et la vision théologique.

Testez-vous : 7 questions

1. Où est conservé aujourd’hui le carnet de dessins de Villard de Honnecourt ?

  • À la BnF, à Paris
  • À la cathédrale de Reims
  • Aux archives de Picardie
  • Au musée du Louvre
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Réponse : À la BnF, à Paris

Le carnet de Villard de Honnecourt est conservé à la Bibliothèque nationale de France (BnF), à Paris, sous la cote ms. fr. 19093. Ce manuscrit de 33 feuillets de parchemin, datant des années 1220-1240, contient des dessins d’architecture, de géométrie, de machines et de figures humaines et animales. C’est l’un des trésors de la BnF.

2. Quel philosophe néoplatonicien a inspiré la théologie de la lumière de Suger de Saint-Denis ?

  • Le Pseudo-Denys l’Aréopagite
  • Boèce, consul de Rome
  • Aristote de Stagire
  • Saint Augustin d’Hippone
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Réponse : Le Pseudo-Denys l’Aréopagite

Le Pseudo-Denys l’Aréopagite inspira la théologie de la lumière de Suger : la lumière sensible élève l’âme vers la lumière divine.

3. Quel édifice Suger a-t-il reconstruit entre 1140 et 1144, inaugurant ainsi le style gothique ?

  • Le chœur de Saint-Denis
  • L’abbaye du Mont-St-Michel
  • La cathédrale de Chartres
  • Notre-Dame de Paris
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Réponse : Le chœur de Saint-Denis

L’abbé Suger reconstruisit le chœur de l’abbaye de Saint-Denis entre 1140 et 1144, inaugurant ainsi le style gothique. Ce chœur, avec ses chapelles rayonnantes inondées de lumière à travers de grandes verrières, matérialisait la théologie de la lumière de Suger. Saint-Denis est considéré comme le premier édifice gothique et le modèle qui inspira toutes les cathédrales ultérieures.

4. Dans le carnet de Villard de Honnecourt, les figures humaines sont inscrites dans des formes géométriques. Que révèle cette pratique ?

  • Géométrie de toutes choses
  • Pur décor sans sens
  • Bâtir sans mesure
  • Figure humaine ignorée
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Réponse : Géométrie de toutes choses

Villard inscrit les figures humaines dans des formes géométriques, montrant que la géométrie régit toutes les proportions, du corps à l’édifice.

5. Dans quel traité Suger a-t-il lui-même raconté la reconstruction de Saint-Denis et sa vision théologique ?

  • Summa Theologiae
  • De Architectura
  • De Administratione
  • Didascalicon
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Réponse : De Administratione

L’abbé Suger raconte lui-même la reconstruction de la basilique de Saint-Denis et expose sa vision théologique de la lumière dans son traité De Administratione (Sur l’administration). Ce texte fondateur de l’esthétique gothique explique comment l’architecture doit rendre visible la lumière divine, en ouvrant les murs par de grandes verrières.

6. Quel est le rôle des tracés régulateurs dans la géométrie pratique des bâtisseurs médiévaux ?

  • Proportions sans calcul
  • Calculer le coût total
  • Décorer les façades
  • Tracer le plan au sol
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Réponse : Proportions sans calcul

Les tracés régulateurs permettaient aux bâtisseurs médiévaux de déterminer les proportions d’un édifice sans calcul arithmétique. À l’aide du compas et de la corde, ils généraient des rapports harmonieux par des constructions géométriques. Cette méthode graphique était le cœur du savoir-faire des maîtres d’œuvre.

7. Quelle innovation structurelle gothique, en allégeant les murs, permet d’ouvrir de grandes fenêtres pour la lumière divine chère à Suger ?

  • La voûte en berceau
  • L’arc en plein cintre
  • Le mur-rideau de pierre
  • La croisée d’ogives
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Réponse : La croisée d’ogives

La croisée d’ogives concentre les poussées de la voûte sur quatre piliers, libérant les murs de leur rôle porteur. Ceux-ci peuvent alors être percés de grandes fenêtres. C’est cette innovation qui permit de réaliser le rêve de l’abbé Suger : inonder l’église de lumière divine.

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Dans ce chapitre : L'art de bâtir et l'arpentage

  1. Les instruments du bâtisseur : compas, équerre et fil à plomb
  2. La corde à treize noeuds et le tracé régulateur
  3. L'arpentage des terres : l'agrimensura romaine
  4. Gerbert d'Aurillac et le renouveau de la géométrie pratique
  5. La mesure des hauteurs et des distances : triangulation et similitude
  6. Villard de Honnecourt et la géométrie des bâtisseurs