Le Médecin de campagne (page 3)
— Nous commencerons par aller visiter deux morts, dit Benassis à son hôte en sortant de la salle à manger. Quoique les médecins veuillent rarement se trouver face à face avec leurs prétendues victimes, je vous conduirai dans deux maisons où vous pourrez faire une observation assez curieuse sur la nature humaine. Vous y verrez deux tableaux qui vous prouveront combien les montagnards diffèrent des habitants de la plaine dans l’expression de leurs sentiments. La partie de notre canton située sur les pics conserve des coutumes empreintes d’une couleur antique, et qui rappellent vaguement les scènes de la Bible. Il existe, sur la chaîne de nos montagnes, une ligne tracée par la nature, à partir de laquelle tout change d’aspect : en haut la force, en bas l’adresse ; en haut des sentiments larges, en bas une perpétuelle entente des intérêts de la vie matérielle. À l’exception du val d’Ajou dont la côte septentrionale est peuplée d’imbéciles, et la méridionale de gens intelligents, deux populations qui, séparées seulement par un ruisseau, sont dissemblables en tout point, stature, démarche, physionomie, mœurs, occupations, je n’ai vu nulle part cette différence plus sensible qu’elle ne l’est ici. Ce fait obligerait les administrateurs d’un pays à de grandes études locales relativement à l’application des lois aux masses. Mais les chevaux sont prêts, allons !
Les deux cavaliers arrivèrent en peu de temps à une habitation située dans la partie du bourg qui regardait les montagnes de la Grande-Chartreuse. À la porte de cette maison, dont la tenue était assez propre, ils aperçurent un cercueil couvert d’un drap noir, posé sur deux chaises au milieu de quatre cierges, puis sur une escabelle un plateau de cuivre où trempait un rameau de buis dans de l’eau bénite. Chaque passant entrait dans la cour, venait s’agenouiller devant le corps, disait un Pater, et jetait quelques gouttes d’eau bénite sur la bière. Au-dessus du drap noir s’élevaient les touffes vertes d’un jasmin planté le long de la porte, et en haut de l’imposte courait le sarment tortueux d’une vigne déjà feuillée. Une jeune fille achevait de balayer le devant de la maison pour obéir à ce vague besoin de parure que commandent les cérémonies, et même la plus triste de toutes. Le fils aîné du mort, jeune paysan de vingt-deux ans, était debout, immobile, appuyé sur le montant de la porte. Il avait dans les yeux des pleurs qui roulaient sans tomber, ou que peut-être il allait par moments essuyer à l’écart. À l’instant où Benassis et Genestas entraient dans la cour après avoir attaché leurs chevaux à l’un des peupliers placés le long du petit mur à hauteur d’appui, par-dessus lequel ils avaient examiné cette scène, la veuve sortait de son étable, accompagnée d’une femme qui portait un pot plein de lait.
— Ayez du courage, ma pauvre Pelletier, disait celle-ci.
— Ah ! ma chère femme, quand on est resté vingt-cinq ans avec un homme, il est bien dur de se quitter ! Et ses yeux se mouillèrent de larmes. Payez-vous les deux sous ? ajouta-t-elle après une pause en tendant la main à la voisine.
— Ah ! tiens, j’oubliais, fit l’autre femme en lui tendant sa pièce. Allons, consolez-vous, ma voisine. Ah ! voilà monsieur Benassis.
— Hé ! bien, ma pauvre mère, allez-vous mieux ? demanda le médecin.
— Dame, mon cher monsieur, dit-elle en pleurant, faut bien aller tout de même. Je me dis que mon homme ne souffrira plus. Il a tant souffert ! Mais entrez donc, messieurs. Jacques ! donne donc des chaises à ces messieurs. Allons, remue-toi. Pardi ! va, tu ne ranimeras pas ton pauvre père, quand tu resterais là pendant cent ans ! Et maintenant, il te faut travailler pour deux.
— Non, non, bonne femme, laissez votre fils tranquille, nous ne nous assiérons pas. Vous avez là un garçon qui aura soin de vous, et bien capable de remplacer son père.
— Va donc t’habiller. Jacques, cria la veuve, ils vont venir le quérir.
— Allons, adieu la mère, dit Benassis.
— Messieurs, je suis votre servante.
— Vous le voyez, reprit le médecin, ici la mort est prise comme un accident prévu qui n’arrête pas le cours de la vie des familles, et le deuil n’y sera même point porté. Dans les villages, personne ne veut faire cette dépense, soit misère, soit économie. Dans les campagnes le deuil n’existe donc pas. Or, monsieur, le deuil n’est ni un usage ni une loi ; c’est bien mieux, c’est une institution qui tient à toutes les lois dont l’observation dépend d’un même principe, la morale. Eh ! bien, malgré, nos efforts, ni moi ni monsieur Janvier nous n’avons pu réussir à faire comprendre à nos paysans de quelle importance sont les démonstrations publiques pour le maintien de l’ordre social. Ces braves gens, émancipés d’hier, ne sont pas aptes encore à saisir les rapports nouveaux qui doivent les attacher à ces pensées générales ; ils n’en sont maintenant qu’aux idées qui engendrent l’ordre et le bien-être physique : plus tard, si quelqu’un continue mon œuvre, ils arriveront aux principes qui servent à conserver les droits publics. Il ne suffit pas en effet d’être honnête homme, il faut le paraître. La société ne vit pas seulement par des idées morales ; pour subsister, elle a besoin d’actions en harmonie avec ces idées. Dans la plupart des communes rurales, sur une centaine de familles que la mort a privées de leur chef, quelques individus seulement, doués d’une sensibilité vive, garderont de cette mort un long souvenir ; mais tous les autres l’auront complètement oubliée dans l’année. Cet oubli n’est-il pas une grande plaie ? Une religion est le cœur d’un peuple, elle exprime ses sentiments et les agrandit en leur donnant une fin ; mais sans un Dieu visiblement honoré, la religion n’existe pas, et partant, les lois humaines n’ont aucune vigueur. Si la conscience appartient à Dieu seul, le corps tombe sous la loi sociale, or, n’est-ce pas un commencement d’athéisme que d’effacer ainsi les signes d’une douleur religieuse, de ne pas indiquer fortement aux enfants qui ne réfléchissent pas encore, et à tous les gens qui ont besoin d’exemples, la nécessité d’obéir aux lois par une résignation patente aux ordres de la Providence qui frappe et console, qui donne et ôte les biens de ce monde ? J’avoue qu’après avoir passé par des jours d’incrédulité moqueuse, j’ai compris ici la valeur des cérémonies religieuses, celle des solennités de famille, l’importance des usages et des fêtes du foyer domestique. La base des sociétés humaines sera toujours la famille. Là commence l’action du pouvoir et de la loi, là du moins doit s’apprendre l’obéissance. Vus dans toutes leurs conséquences, l’esprit de famille et le pouvoir paternel sont deux principes encore trop peu développés dans notre nouveau système législatif. La Famille, la Commune, le Département, tout notre pays est pourtant là. Les lois devraient donc être basées sur ces trois grandes divisions. À mon avis, le mariage des époux, la naissance des enfants, la mort des pères ne sauraient être environnés de trop d’appareil. Ce qui a fait la force du catholicisme, ce qui l’a si profondément enraciné dans les mœurs, c’est précisément l’éclat avec lequel il apparaît dans les circonstances graves de la vie pour les environner de pompes si naïvement touchantes, si grandes, lorsque le prêtre se met à la hauteur de sa mission et qu’il sait accorder son office avec la sublimité de la morale chrétienne. Autrefois je considérais la religion catholique comme un amas de préjugés et de superstitions habilement exploités desquels une civilisation intelligente devait faire justice ; ici, j’en ai reconnu la nécessité politique et l’utilité morale ; ici, j’en ai compris la puissance par la valeur même du mot qui l’exprime. Religion veut dire LIEN, et certes le culte, ou autrement dit la religion exprimée, constitue la seule force qui puisse relier les Espèces sociales et leur donner une forme durable. Enfin ici j’ai respiré le baume que la religion jette sur les plaies de la vie ; sans la discuter, j’ai senti qu’elle s’accorde admirablement avec les mœurs passionnées des nations méridionales.
— Prenez le chemin qui monte, dit le médecin en s’interrompant, il faut que nous gagnions le plateau. De là nous dominerons les deux vallées, et vous y jouirez d’un beau spectacle. Élevés à trois mille pieds environ au-dessus de la Méditerranée, nous verrons la Savoie et le Dauphiné, les montagnes du Lyonnais et le Rhône. Nous serons sur une autre commune, une commune montagnarde, où vous trouverez dans une ferme de monsieur Gravier le spectacle dont je vous ai parlé, cette pompe naturelle qui réalise mes idées sur les grands événements de la vie. Dans cette commune, le deuil se porte religieusement. Les pauvres quêtent pour pouvoir s’acheter leurs vêtements noirs. Dans cette circonstance, personne ne leur refuse du secours. Il se passe peu de jours sans qu’une veuve parle de sa perte, toujours en pleurant ; et dix ans après son malheur, comme le lendemain, ses sentiments sont également profonds. Là, les mœurs sont patriarcales : l’autorité du père est illimitée, sa parole est souveraine ; il mange seul assis au haut bout de la table, sa femme et ses enfants le servent, ceux qui l’entourent ne lui parlent point sans employer certaines formules respectueuses, devant lui chacun se tient debout et découvert. Élevés ainsi, les hommes ont l’instinct de leur grandeur. Ces usages constituent, à mon sens, une noble éducation. Aussi dans cette commune sont-ils généralement justes, économes et laborieux. Chaque père de famille a coutume de partager également ses biens entre ses enfants quand l’âge lui a interdit le travail ; ses enfants le nourrissent. Dans le dernier siècle, un vieillard de quatre-vingt-dix ans, après avoir fait ses partages entre ses quatre enfants, venait vivre trois mois de l’année chez chacun d’eux. Quand il quitta l’aîné pour aller chez le cadet, un de ses amis lui demanda : — Hé ! bien, es-tu content ? — Ma foi oui, lui dit le vieillard, ils m’ont traité comme leur enfant. Ce mot, monsieur, a paru si remarquable à un officier nommé Vauvenargues, célèbre moraliste, alors en garnison à Grenoble, qu’il en parla dans plusieurs salons de Paris où cette belle parole fut accueillie par un écrivain nommé Chamfort. Eh ! bien, il se dit souvent chez nous des mots encore plus saillants que ne l’est celui-ci, mais il leur manque des historiens dignes de les entendre…
— J’ai vu des frères Moraves, des Lollards en Bohême et en Hongrie, dit Genestas, c’est des chrétiens qui ressemblent assez à vos montagnards. Ces braves gens souffrent les maux de la guerre avec une patience d’anges.
— Monsieur, répondit le médecin, les mœurs simples doivent être à peu près semblables dans tous les pays. Le vrai n’a qu’une forme. À la vérité, la vie de la campagne tue beaucoup d’idées, mais elle affaiblit les vices et développe les vertus. En effet, moins il se trouve d’hommes agglomérés sur un point, moins il s’y rencontre de crimes, de délits, de mauvais sentiments. La pureté de l’air entre pour beaucoup dans l’innocence des mœurs.
Les deux cavaliers qui montaient au pas un chemin pierreux, arrivèrent alors en haut du plateau dont avait parlé Benassis. Ce territoire tourne autour d’un pic très élevé, mais complètement nu, qui le domine, et où il n’existe aucun principe de végétation ; la cime en est grise, fendue de toutes parts, abrupte, inabordable ; le fertile terroir, contenu par des rochers, s’étend au-dessous de ce pic, et le borde inégalement dans une largeur d’une centaine d’arpents environ. Au midi, l’œil embrasse, par une immense coupure, la Maurienne française, le Dauphiné, les rochers de la Savoie et les lointaines montagnes du Lyonnais. Au moment où Genestas contemplait ce point de vue, alors largement éclairé par le soleil du printemps, des cris lamentables se firent entendre.
— Venez, lui dit Benassis, le Chant est commencé. Le Chant est le nom que l’on donne à cette partie des cérémonies funèbres.
Le militaire aperçut alors, sur le revers occidental du pic, les bâtiments d’une ferme considérable qui forment un carré parfait. Le portail cintré, tout en granit, a un caractère de grandeur que rehaussent encore la vétusté de cette construction, l’antiquité des arbres qui l’accompagnent, et les plantes qui croissent sur ses arêtes. Le corps de logis est au fond de la cour, de chaque côté de laquelle se trouvent les granges, les bergeries, les écuries, les étables, les remises, et au milieu la grande mare où pourrissent les fumiers. Cette cour, dont l’aspect est ordinairement si animé dans les fermes riches et populeuses, était en ce moment silencieuse et morne. La porte de la basse-cour étant close, les animaux restaient dans leur enceinte, d’où leurs cris s’entendaient à peine. Les étables, les écuries, tout était soigneusement fermé. Le chemin qui menait à l’habitation avait été nettoyé. Cet ordre parfait où régnait habituellement le désordre, ce manque de mouvement et ce silence dans un endroit si bruyant, le calme de la montagne, l’ombre projetée par la cime du pic, tout contribuait à frapper l’âme. Quelque habitué que fût Genestas aux impressions fortes, il ne put s’empêcher de tressaillir en voyant une douzaine d’hommes et de femmes en pleurs, rangés en dehors de la porte de la grande salle, et qui tous s’écrièrent : Le maitre, est mort ! avec une effrayante unanimité d’intonation et à deux reprises différentes, pendant le temps qu’il mit à venir du portail au logement du fermier. Ce cri fini, des gémissements partirent de l’intérieur, et la voix d’une femme se fit entendre par les croisées.
— Je n’ose pas aller me mêler à cette douleur, dit Genestas à Benassis.
— Je viens toujours, répondit le médecin, visiter les familles affligées par la mort, soit pour voir s’il n’est pas arrivé quelque accident causé par la douleur, soit pour vérifier le décès ; vous pouvez m’accompagner sans scrupule ; d’ailleurs la scène est si imposante, et nous allons trouver tant de monde, que vous ne serez pas remarqué.
En suivant le médecin, Genestas vit en effet la première pièce pleine de parents. Tous deux traversèrent cette assemblée, et se placèrent près de la porte d’une chambre à coucher attenant à la grande salle qui servait de cuisine et de lieu de réunion à toute la famille, il faudrait dire la colonie, car la longueur de la table indiquait le séjour habituel d’une quarantaine de personnes. L’arrivée de Benassis interrompit les discours d’une femme de grande taille, vêtue simplement, dont les cheveux étaient épars, et qui gardait dans sa main la main du mort par un geste éloquent. Celui-ci, vêtu de ses meilleurs habillements, était étendu roide sur son lit, dont les rideaux avaient été relevés. Cette figure calme, qui respirait le ciel, et surtout les cheveux blancs, produisaient un effet théâtral. De chaque côté du lit se tenaient les enfants et les plus proches parents des époux, chaque ligne gardant son côté, les parents de la femme à gauche, ceux du défunt à droite. Hommes et femmes étaient agenouillés et priaient, la plupart pleuraient. Des cierges environnaient le lit. Le curé de la Paroisse et son cierge avaient leur place au milieu de la chambre, autour de la bière ouverte. C’était un tragique spectacle, que de voir le chef de cette famille en présence d’un cercueil prêt à l’engloutir pour toujours.
— Ah ! mon cher seigneur, dit la veuve en montrant le médecin, si la science du meilleur des hommes n’a pu te sauver, il était donc écrit là-haut que tu me précéderais dans la fosse ! Oui, la voilà froide cette main qui me pressait avec tant d’amitié ! J’ai perdu pour toujours ma chère compagnie, et notre maison a perdu son précieux chef, car tu étais vraiment notre guide. Hélas ! tous ceux qui te pleurent avec moi ont bien connu la lumière de ton cœur et toute la valeur de ta personne, mais moi seule savais combien tu étais doux et patient ! Ah ! mon époux, mon homme, faut donc te dire adieu, à toi notre soutien, à toi mon bon maître ! Et nous tes enfants, car tu chérissais chacun de nous également, nous avons tous perdu notre père !
La veuve se jeta sur le corps, l’étreignit, le couvrit de larmes, l’échauffa de baisers, et pendant cette pause, les serviteurs crièrent : — Le maître est mort !
— Oui, reprit la veuve, il est mort, ce cher homme bien-aimé qui nous donnait notre pain, qui plantait, récoltait pour nous, et veillait à notre bonheur en nous conduisant dans la vie avec un commandement plein de douceur ; je puis le dire maintenant à sa louange, il ne m’a jamais donné le plus léger chagrin, il était bon, fort, patient, et, quand nous le torturions pour lui rendre sa précieuse santé : « Laissez-moi, mes enfants, tout est inutile ! » nous disait ce cher agneau de la même voix dont il nous disait quelques jours auparavant : « Tout va bien, mes amis ! » Oui, grand Dieu ! quelques jours ont suffi pour nous ôter la joie de cette maison et obscurcir notre vie en fermant les yeux au meilleur des hommes, au plus probe, au plus vénéré, à un homme qui n’avait pas son pareil pour mener la charrue, qui courait sans peur nuit et jour par nos montages, et qui au retour souriait toujours à sa femme et à ses enfants. Ah ! il était bien notre amour à tous ! Quand il s’absentait, le foyer devenait triste, nous ne mangions pas de bon appétit. Hé ! maintenant que sera-ce donc lorsque notre ange gardien sera mis sous terre et que nous ne le verrons plus jamais ! jamais, mes amis ! jamais, mes bons parents ! jamais, mes enfants ! Oui, mes enfants ont perdu leur bon père, nos parents ont perdu leur bon parent, mes amis ont perdu un bon ami, et moi j’ai perdu tout, comme la maison a perdu son maître !
Elle prit la main du mort, s’agenouilla pour y mieux coller son visage et la baisa. Les serviteurs crièrent trois fois : — Le maître est mort ! En ce moment le fils aîné vint près de sa mère et lui dit :
— Ma mère, voilà ceux de Saint-Laurent qui viennent, il leur faudra du vin.
— Mon fils, répondit-elle à voix basse en quittant le ton solennel et lamentable dans lequel elle exprimait ses sentiments, prenez les clefs, vous êtes le maître céans ; voyez à ce qu’ils puissent trouver ici l’accueil que leur faisait votre père, et que pour eux rien n’y paraisse changé.
— Que je te voie donc encore une fois à mon aise, mon digne homme ! reprit-elle. Mais, hélas ! tu ne me sens plus, je ne puis plus te réchauffer ! Ah ! tout ce que je voudrais, ce serait de te consoler encore en te faisant savoir que tant que je vivrai tu demeureras dans le cœur que tu as réjoui, que je serai heureuse par le souvenir de mon bonheur, et que ta chère pensée subsistera dans cette chambre. Oui, elle sera toujours pleine de toi tant que Dieu m’y laissera. Entends-moi, mon cher homme ! Je jure de maintenir ta couche telle que la voici. Je n’y suis jamais entrée sans toi, qu’elle reste donc vide et froide. En te perdant, j’aurai réellement perdu tout ce qui fait la femme : maître, époux, père, ami, compagnon, homme, enfin tout !
— La maître est mort ! crièrent les serviteurs.
Pendant le cri qui devint général, la veuve prit des ciseaux pendus à sa ceinture, et coupa ses cheveux qu’elle mit dans la main de son mari. Il se fit un grand silence.
— Cet acte signifie qu’elle ne se remariera pas, dit Benassis. Beaucoup de parents attendaient sa résolution.
— Prends, mon cher seigneur, dit-elle avec une effusion de voix et de cœur qui émut tout le monde, garde dans la tombe la foi que je t’ai jurée. Nous serons par ainsi toujours unis, et je resterai parmi tes enfants par amour pour cette lignée qui te rajeunissait l’âme. Puisses-tu m’entendre, mon homme, mon seul trésor, et apprendre que tu me feras encore vivre, toi mort, pour obéir à tes volontés sacrées et pour honorer ta mémoire !
Benassis pressa la main de Genestas pour l’inviter à le suivre, et ils sortirent. La première salle était pleine de gens venus d’une autre commune également située dans les montagnes ; tous demeuraient silencieux et recueillis, comme si la douleur et le deuil qui planaient sur cette maison les eussent déjà saisis. Lorsque Benassis et le commandant passèrent le seuil, ils entendirent ces mots dits par un des survenants au fils du défunt : — Quand donc est-il mort ?
— Ah ! s’écria l’aîné, qui était un homme de vingt-cinq ans, je ne l’ai pas vu mourir ! Il m’avait appelé, et je ne me trouvais pas là ! Les sanglots l’interrompirent, mais il continua : — La veille il m’avait dit : « Garçon, tu iras au bourg payer nos impositions, les cérémonies de mon enterrement empêcheraient d’y songer, et nous serions en retard, ce qui n’est jamais arrivé ». Il paraissait mieux ; moi, j’y suis allé. Pendant mon absence, il est mort sans que j’aie reçu ses derniers embrassements ! À sa dernière heure, il ne m’a pas vu près de lui comme j’y étais toujours !
— Le maître est mort ! criait-on.
— Hélas ! il est mort, et je n’ai reçu ni ses derniers regards ni son dernier soupir. Et comment penser aux impositions ? Ne valait-il pas mieux perdre tout notre argent que de quitter le logis ? Notre fortune pouvait-elle payer son dernier adieu ? Non. Mon Dieu ! si ton père est malade, ne le quitte pas, Jean, tu te donnerais des remords pour toute ta vie.
— Mon ami, lui dit Genestas, j’ai vu mourir des milliers d’hommes sur les champs de bataille, et la mort n’attendait pas que leurs enfants vinssent leur dire adieu ; ainsi consolez-vous, vous n’êtes pas le seul.
— Un père, mon cher monsieur, dit-il en fondant en larmes, un père qui était un si bon homme !
— Cette oraison funèbre, dit Benassis en dirigeant Genestas vers les communs de la ferme, va durer jusqu’au moment où le corps sera mis dans le cercueil, et pendant tout le temps le discours de cette femme éplorée croîtra en violence et en images. Mais pour parler ainsi devant cette imposante assemblée, il faut qu’une femme en ait acquis le droit par une vie sans tache. Si la veuve avait la moindre faute à se reprocher, elle n’oserait pas dire un seul mot ; autrement, ce serait se condamner elle-même, être à la fois l’accusateur et le juge. Cette coutume qui sert à juger le mort et le vivant n’est-elle pas sublime ? Le deuil ne sera pris que huit jours après, en assemblée générale. Pendant cette semaine la famille restera près des enfants et de la veuve pour les aider à ranger leurs affaires et pour les consoler. Cette assemblée exerce une grande influence sur les esprits, elle réprime les passions mauvaises par ce respect humain qui saisit les hommes quand ils sont en présence les uns des autres. Enfin le jour de la prise du deuil, il se fait un repas solennel où tous les parents se disent adieu. Tout cela est grave, et celui qui manquerait aux devoirs qu’impose la mort d’un chef de famille n’aurait personne à son Chant.
En ce moment le médecin, se trouvant près de l’étable, en ouvrit la porte et fit entrer le commandant pour la lui montrer. — Voyez-vous, capitaine, toutes nos étables ont été rebâties sur ce modèle. N’est-ce pas superbe ?
Genestas ne put s’empêcher d’admirer ce vaste local, où les vaches et les bœufs étaient rangés sur deux lignes, la queue tournée vers les murs latéraux et la tête vers le milieu de l’étable, dans laquelle ils entraient par une ruelle assez large pratiquée entre eux et la muraille, leurs crèches à jour laissaient voir leurs têtes encornées et leurs yeux brillants. Le maître pouvait ainsi facilement passer son bétail en revue. Le fourrage placé dans la charpente où l’on avait ménagé une espèce de plancher, tombait dans les râteliers, sans effort ni perte. Entre les deux lignes de crèches se trouvait un grand espace pavé, propre et aéré par des courants d’air.
— Pendant l’hiver, dit Benassis en se promenant avec Genestas dans le milieu de l’étable, la veillée et les travaux se font en commun ici. L’on dresse des tables, et tout le monde se chauffe ainsi à bon marché. Les bergeries sont également bâties d’après ce système. Vous ne sauriez croire combien les bêtes s’accoutument facilement à l’ordre, je les ai souvent admirées quand elles rentrent. Chacune d’elles connaît son rang et laisse entrer celle qui doit passer la première. Voyez ? il existe assez de place entre la bête et le mur pour qu’on puisse la traire ou la panser ; puis le sol est en pente, de manière à procurer aux eaux un facile écoulement.
— Cette étable fait juger de tout le reste, dit Genestas. Sans vouloir vous flatter, voilà de beaux résultats !
— Ils n’ont pas été obtenus sans peine, répondit Benassis ; mais aussi quels bestiaux !
— Certes ils sont magnifiques, et vous aviez raison de me les vanter, répondit Genestas.
— Maintenant, reprit le médecin quand il fut à cheval et qu’il eut passé le portail, nous allons traverser nos nouveaux défrichis et les terres à blé, le petit coin de ma commune que j’ai nommé la Beauce.
Pendant environ une heure, les deux cavaliers marchèrent à travers des champs sur la belle culture desquels le militaire complimenta le médecin ; puis ils regagnèrent le territoire du bourg en suivant la montagne, tantôt parlant, tantôt silencieux, selon que le pas des chevaux leur permettait de parler ou les obligeait à se taire.
— Je vous ai promis hier, dit Benassis à Genestas en arrivant dans une petite gorge par laquelle les deux cavaliers débouchèrent dans la grande vallée, de vous montrer un des deux soldats qui sont revenus de l’armée après la chute de Napoléon. Si je ne me trompe, nous allons le trouver à quelques pas d’ici recreusant une espèce de réservoir naturel où s’amassent les eaux de la montagne, et que les atterrissements ont comblé. Mais pour vous rendre cet homme intéressant, il faut vous raconter sa vie. Il a nom Gondrin, reprit-il, il a été pris par la grande réquisition de 1792, à l’âge de dix-huit ans, et incorporé dans l’artillerie. Simple soldat, il a fait les campagnes d’Italie sous Napoléon, l’a suivi en Égypte, est revenu d’Orient à la paix d’Amiens ; puis, enrégimenté sous l’Empire dans les pontonniers de la Garde, il a constamment servi en Allemagne. En dernier lieu, le pauvre ouvrier est allé en Russie.
— Nous sommes un peu frères, dit Genestas, j’ai fait les mêmes campagnes. Il a fallu des corps de métal pour résister aux fantaisies de tant de climats différents. Le bon Dieu a, par ma foi, donné quelque brevet d’invention pour vivre à ceux qui sont encore sur leurs quilles après avoir traversé l’Italie, l’Égypte, l’Allemagne, le Portugal et la Russie.
— Aussi allez-vous voir un bon tronçon d’homme, reprit Benassis. Vous connaissez la déroute, inutile de vous en parler. Mon homme est un des pontonniers de la Bérézina, il a contribué à construire le pont sur lequel a passé l’armée ; et pour en assujettir les premiers chevalets, il s’est mis dans l’eau jusqu’à mi-corps. Le général Eblé, sous les ordres duquel étaient les pontonniers, n’en a pu trouver que quarante-deux assez poilus, comme dit Gondrin, pour entreprendre cet ouvrage. Encore le général s’est-il mis à l’eau lui-même en les encourageant, les consolant, et leur promettant à chacun mille francs de pension et la croix de légionnaire. Le premier homme qui est entré dans la Bérézina a eu la jambe emportée par un gros glaçon, et l’homme a suivi sa jambe. Mais vous comprendrez mieux les difficultés de l’entreprise par les résultats : des quarante-deux pontonniers, il ne reste aujourd’hui que Gondrin. Trente-neuf d’entre eux ont péri au passage de la Bérézina, et les deux autres ont fini misérablement dans les hôpitaux de la Pologne. Ce pauvre soldat n’est revenu de Wilna qu’en 1814, après la rentrée des Bourbons. Le général Eblé, de qui Gondrin ne parle jamais sans avoir les larmes aux yeux, était mort. Le pontonnier devenu sourd, infirme, et qui ne savait ni lire ni écrire, n’a donc plus trouvé ni soutien, ni défenseur. Arrivé à Paris en mendiant son pain, il y a fait des démarches dans les bureaux du ministre de la guerre pour obtenir, non les mille francs de pension promis, non la croix de légionnaire, mais la simple retraite à laquelle il avait droit après vingt-deux ans de service et je ne sais combien de campagnes ; mais il n’a eu ni solde arriérée, ni frais de route, ni pension. Après un an de sollicitations inutiles, pendant lequel il a tendu la main à tous ceux qu’il avait sauvés, le pontonnier est revenu ici désolé, mais résigné. Ce héros inconnu creuse des fossés à dix sous la toise. Habitué à travailler dans les marécages, il a, comme il le dit, l’entreprise des ouvrages dont ne se soucie aucun ouvrier. En curant les mares, en faisant les tranchées dans les prés inondés, il peut gagner environ trois francs par jour. Sa surdité lui donne l’air triste, il est peu causeur de son naturel, mais il est plein d’âme. Nous sommes bons amis. Il dîne avec moi les jours de la bataille d’Austerlitz, de la fête de l’Empereur, du désastre de Waterloo, et je lui présente au dessert un napoléon pour lui payer son vin de chaque trimestre. Le sentiment de respect que j’ai pour cet homme est d’ailleurs partagé par toute la Commune, qui ne demanderait pas mieux que de le nourrir. S’il travaille, c’est par fierté. Dans toutes les maisons où il entre, chacun l’honore à mon exemple et l’invite à dîner. Je n’ai pu lui faire accepter ma pièce de vingt francs que comme portrait de l’Empereur. L’injustice commise envers lui l’a profondément affligé, mais il regrette encore plus la croix qu’il ne désire sa pension. Une seule chose le console. Quand le général Eblé présenta les pontonniers valides à l’Empereur, après la construction des ponts, Napoléon a embrassé notre pauvre Gondrin, qui sans cette accolade serait peut-être déjà mort ; il ne vit que par ce souvenir et par l’espérance du retour de Napoléon ; rien ne peut le convaincre de sa mort, et persuadé que sa captivité est due aux Anglais, je crois qu’il tuerait sur le plus léger prétexte le meilleur des Aldermen voyageant pour son plaisir.
— Allons ! allons ! s’écria Genestas en se réveillant de la profonde attention avec laquelle il écoutait le médecin, allons vivement, je veux voir cet homme !
Et les deux cavaliers mirent leurs chevaux au grand trot.
— L’autre soldat, reprit Benassis, est encore un de ces hommes de fer qui ont roulé dans les armées. Il a vécu comme vivent tous les soldats français, de balles, de coups, de victoires ; il a beaucoup souffert et n’a jamais porté que des épaulettes de laine. Son caractère est jovial, il aime avec fanatisme Napoléon, qui lui a donné la croix sur le champ de bataille à Valoutina. Vrai Dauphinois, il a toujours eu soin de se mettre en règle ; aussi a-t-il sa pension de retraite et son traitement de légionnaire. C’est un soldat d’infanterie, nommé Goguelat, qui a passé dans la Garde en 1812. Il est en quelque sorte la femme de ménage de Gondrin. Tous deux demeurent ensemble chez la veuve d’un colporteur à laquelle ils remettent leur argent ; la bonne femme les loge, les nourrit, les habille, les soigne comme s’ils étaient ses enfants. Goguelat est ici piéton de la poste. En cette qualité, il est le diseur de nouvelles du canton, et l’habitude de les raconter en a fait l’orateur des veillées, le conteur en titre ; aussi Gondrin le regarde-t-il comme un bel esprit, comme un malin. Quand Goguelat parle de Napoléon, le pontonnier semble deviner ses paroles au seul mouvement des lèvres. S’ils vont ce soir à la veillée qui a lieu dans une de mes granges, et que nous puissions les voir sans être vus, je vous donnerai le spectacle de cette scène. Mais nous voici près de la fosse, et je n’aperçois pas mon ami le pontonnier.
Le médecin et le commandant regardèrent attentivement autour d’eux, ils ne virent que la pelle, la pioche, la brouette, la veste militaire de Gondrin auprès d’un tas de boue noire ; mais nul vestige de l’homme dans les différents chemins pierreux par lesquels venaient les eaux, espèces de trous capricieux presque tous ombragés par de petits arbustes.
— Il ne peut être bien loin. Ohé ! Gondrin ! cria Benassis.
Genesias aperçut alors la fumée d’une pipe entre les feuillages d’un éboulis, et la montra du doigt au médecin qui répéta son cri. Bientôt le vieux pontonnier avança la tête, reconnut le maire et descendit par un petit sentier.
— Hé ! bien, mon vieux, lui cria Benassis en faisant une espèce de cornet acoustique avec la paume de sa main, voici un camarade, un Égyptien qui t’a voulu voir.
Gondrin leva promptement la tête vers Genestas et lui jeta ce coup d’œil profond et investigateur que les vieux soldats ont su se donner à force de mesurer promptement leurs dangers. Après avoir vu le ruban rouge du commandant, il porta silencieusement le revers de sa main à son front.
— Si le petit tondu vivait encore, lui cria l’officier, tu aurais la croix et une belle retraite, car tu as sauvé la vie à tous ceux qui portent des épaulettes et qui se sont trouvés de l’autre côté de la rivière le 1er octobre 1812 ; mais, mon ami, ajouta le commandant en mettant pied à terre et lui prenant la main avec une soudaine effusion de cœur, je ne suis pas ministre de la guerre.
En entendant ces paroles, le vieux pontonnier se dressa sur ses jambes après avoir soigneusement secoué les cendres de sa pipe et l’avoir serrée, puis il dit en penchant la tête : — Je n’ai fait que mon devoir, mon officier, mais les autres n’ont pas fait le leur à mon égard. Ils m’ont demandé mes papiers ! Mes papiers ?… leur ai-je dit, mais c’est le vingt-neuvième bulletin.
— Il faut réclamer de nouveau, mon camarade. Avec des protections il est impossible aujourd’hui que tu n’obtiennes pas justice.
— Justice ! cria le vieux pontonnier d’un ton qui fit tressaillir le médecin et le commandant.
Il y eut un moment de silence, pendant lequel les deux cavaliers regardèrent ce débris des soldats de bronze que Napoléon avait triés dans trois générations. Gondrin était certes un bel échantillon de cette masse indestructible qui se brisa sans rompre. Ce vieil homme avait à peine cinq pieds, son buste et ses épaules s’étaient prodigieusement élargis, sa figure, tannée, sillonnée de rides, creusée, mais musculeuse, conservait encore quelques vestiges de martialité. Tout en lui avait un caractère de rudesse : son front semblait être un quartier de pierre, ses cheveux rares et gris retombaient faibles comme si déjà la vie manquait à sa tête fatiguée ; ses bras, couverts de poils aussi bien que sa poitrine, dont une partie se voyait par l’ouverture de sa chemise grossière, annonçaient une force extraordinaire. Enfin il était campé sur ses jambes presque torses comme sur une base inébranlable.
— Justice ? répéta-t-il, il n’y en aura jamais pour nous autres ! Nous n’avons point de porteurs de contraintes pour demander notre dû. Et comme il faut se remplir le bocal, dit-il en se frappant l’estomac, nous n’avons pas le temps d’attendre. Or, vu que les paroles des gens qui passent leur vie à se chauffer dans les bureaux n’ont pas la vertu des légumes, je suis revenu prendre ma solde sur le fonds commun, dit-il en frappant la boue avec sa pelle.
— Mon vieux camarade, cela ne peut pas aller comme ça ! dit Genestas. Je te dois la vie, et je serais ingrat si je ne te donnais un coup de main ! Moi, je me souviens d’avoir passé sur les ponts de la Bérézina, je connais de bons lapins qui en ont aussi la mémoire toujours fraîche, et ils me seconderont pour te faire récompenser par la patrie comme tu le mérites.
— Ils vous appelleront bonapartiste ! Ne vous mêlez pas de cela, mon officier. D’ailleurs, j’ai filé sur les derrières, et j’ai fait ici mon trou comme un boulet mort. Seulement je ne m’attendais pas, après avoir voyagé sur les chameaux du désert et avoir bu un verre de vin au coin du feu de Moscou, à mourir sous les arbres que mon père a plantés, dit-il en se remettant à l’ouvrage.
— Pauvre vieux, dit Genestas. À sa place, je ferais comme lui, nous n’avons plus notre père. Monsieur, dit-il à Benassis, la résignation de cet homme me cause une tristesse noire, il ne sait pas combien il m’intéresse, et va croire que je suis un de ces gueux dorés insensibles aux misères du soldat. Il revint brusquement, saisit le pontonnier par la main, et lui cria dans l’oreille : — Par la croix que je porte, et qui signifiait autrefois honneur, je jure de faire tout ce qui sera humainement possible d’entreprendre pour t’obtenir une pension, quand je devrais avaler dix refus de ministre, solliciter le roi, le dauphin et toute la boutique !
En entendant ces paroles, le vieux Gondrin tressaillit, regarda Genestas et lui dit : — Vous avez donc été simple soldat ?
Le commandant inclina la tête. À ce signe le pontonnier s’essuya la main, prit celle de Genestas, la lui serra par un mouvement plein d’âme, et lui dit : — Mon général, quand je me suis mis à l’eau là-bas, j’avais fait à l’armée l’aumône de ma vie, donc il y a eu du gain, puisque je suis encore sur mes ergots. Tenez, voulez-vous voir le fond du sac ? Eh ! bien, depuis que l’autre a été dégommé, je n’ai plus goût à rien. Enfin ils m’ont assigné ici, ajouta-t-il gaiement en montrant la terre, vingt mille francs à prendre, et je m’en paie en détail, comme dit c’t’autre !