Le Chevalier Des Touches (page 7)
— Ce fut un grand jour à Touffedelys, reprit mademoiselle de Percy, que le jour qui précéda notre départ pour Coutances, et, pour moi, je vivrais cent ans que je me rappellerais le plus léger détail de cette espèce de veillée d’armes ! On commença, bien entendu, par panser les blessés, les blessés qui plaisantaient et riaient de leurs blessures, la meilleure manière de s’en parer ! Le plus blessé de tous, et pour cette raison celui qui de tous plaisantait et piaffait davantage, était M. de Cantilly, à qui, par parenthèse, vous donnâtes si joliment votre mouchoir à la Marie-Antoinette, ma chère Sainte ! Vous le rappelez-vous ? Oui, n’est-ce pas ? Il n’eut qu’à vous dire galamment : « Si vous voulez que mon bras ne me fasse plus souffrir, mademoiselle, donnez-moi votre mouchoir de cou pour en faire une écharpe. Mon autre bras n’en ira que mieux ; » et vous, sans vous faire prier davantage, vous l’ôtâtes de votre cou, mon innocente, et vous le lui donnâtes, tiède de vos épaules. Après les blessés, on s’occupa des armes. Ces armes, que nous avions cachées, et en réserve, dans ce château, tombé, à ce qu’il semblait, en quenouille, furent mises en état de bien faire. Une vingtaine de belles mains, parmi lesquelles il y avait les deux belles qui festonnent là-bas, sous cette lampe, monsieur de Fierdrap, se noircirent à faire des cartouches pour nos hommes. Nous étions à peu près, à ce moment-là, une quinzaine de femmes à Touffedelys. Quoique les Douze n’eussent pas réussi dans leur entreprise sur Des Touches, nous avions (l’inquiétude sur leur sort une fois passée et l’événement connu) repris cette gaieté qui nous revenait toujours après les catastrophes, et qui est peut-être l’obstination de l’espérance ! Toutes nous avions foi en nos héros. « Ils n’ont pas réussi hier, eh bien, ils réussiront demain ! » disions-nous, et chacune de vous autres, qui étiez plus femmes que moi, mesdemoiselles, retrouvait les rires et les légers propos de la jeunesse, au milieu de nos guerrières occupations.
Aimée elle-même, toujours sérieuse comme une reine, mais qui avait vu revenir de la première expédition son fiancé sans une seule blessure, s’épanouit, malgré sa réserve, dans un sentiment qui était plus que de l’amour, qui était de la fierté heureuse ! Oui, le seul jour où j’aie vu Aimée, cette magnifique rose fermée et toute sa vie restée en bouton, nous montrer un peu de l’intérieur de son calice, fut ce jour qui précéda notre départie pour Coutances et le malheur qui allait la frapper !
Nul pressentiment ne l’avertit de ce qui devait sitôt suivre…, et quand M. Jacques, triste ce jour-là plus que les autres jours, parmi ses compagnons joyeux, nous dit, à lui, son pressentiment, c’est-à-dire qu’il mourrait dans cette seconde expédition…
— Oui, interrompit mademoiselle Ursule de Touffedelys, c’est à moi qu’il le dit et à Phœbé de Thiboutot, qui étions ses voisines de table, au souper après lequel vous deviez partir dans la nuit. On était au dessert. Tous ces messieurs, très-animés, parlaient du lendemain comme d’un jour de fête. On avait bu à la santé du Roi et à l’enlèvement du chevalier Des Touches. Lui seul, M. Jacques, restait sombre, son verre plein. Phœbé de Thiboutot, qui n’était que depuis peu à Touffedelys, et qui d’ailleurs, était légèrement follette, lui dit, comme une enfant qu’elle était : — « Pourquoi êtes-vous si triste, vous ? Vous ne croyez donc pas au succès de l’enlèvement du chevalier ?… » Et il lui répondit en regardant Aimée, comme si cela expliquait tout : — « Pardon, mademoiselle ; je crois très-fort à l’enlèvement de Des Touches, mais je suis sûr que j’y mourrai. — Alors pourquoi y allez-vous ? lui dis-je. Car après tout ce qu’il avait fait et qu’on racontait de lui, dans le Maine, il n’y avait pas à douter de sa grande bravoure. Mais je me sentis coupée par le ton qu’il prit, et je me souviendrai toujours de l’expression de sa figure, quand il me répondit : — « Mademoiselle, c’est une raison de plus ! »
— Eh bien, reprit mademoiselle de Percy, ce pressentiment de M. Jacques, qui fut un avertissement de sa destinée, ce pressentiment dont j’aurais haussé les épaules alors, et auquel j’ai bien pensé sérieusement depuis, Aimée ne le partagea pas, et elle crut, sans doute, qu’elle pourrait le lui ôter du cœur en réalisant, comme elle fit ce soir-là, l’idée qui devait le plus enivrer un homme épris comme il l’était, et lui faire oublier toutes les chances de l’avenir dans la minute présente, qui lui apportait un tel bonheur ! À partir du jour où elle nous avait appris, avec la simplicité d’un amour si résolu et si dévoué dans une âme aussi pudique que l’était la sienne, que sa foi était engagée à M. Jacques, tout avait été dit et compris entre elle et nous… Elle, elle était trop imposante dans sa réserve, et nous, nous étions trop confiants dans la noblesse de son âme pour lui adresser jamais la moindre question sur M. Jacques. Quoi qu’il fût, il avait l’honneur d’être le fiancé d’Aimée de Spens, et cela suffisait… Mais ce jour-là, Aimée voulut qu’il fût davantage. Elle voulut qu’il fût son mari aux yeux de tous et que le mariage, impossible dans ce temps où il n’y avait plus de chapelle à Touffedelys pour le faire, et à dix lieues à la ronde de prêtre pour le célébrer, s’accomplît au moins par la promesse et par le serment, devant ces dix hommes, ses frères d’armes, avec qui, peut-être, le lendemain il allait mourir.
— Eh ! elle commence à m’intéresser, votre demoiselle Aimée ! fit candidement le baron de Fierdrap.
— C’est bien heureux ! dit plaisamment l’abbé. Préfères-tu encore ton dauphin, qui n’en était pas un, ô pêcheur plein de sagacité ?…
— Ah ! elle vous intéresse ? dit impétueusement mademoiselle de Percy, qui tira son histoire des parenthèses de l’interruption, comme elle tirait son aiguille à laine de sa tapisserie ; je ne m’en étonne pas, monsieur de Fierdrap ! Nous n’avons vu agir qu’une fois cette Aimée, et c’était ce soir-là, mais je vous jure que ce soir-là, elle ne descendit pas sa race… Cette soirée paya toute sa vie. Toute sa vie depuis a été le malheur, le veuvage, la surdité, un bout de feston derrière lequel on cache sa rêverie et la pauvreté d’une violette au pied d’un tombeau ; mais, ce soir-là, où elle voulut se fiancer publiquement à M. Jacques, comme elle s’y était déjà fiancée en secret, elle nous donna, en une fois, la mesure de ce qu’elle aurait pu être si, comme à tant d’autres, le cadre des circonstances ne lui avait pas manqué et n’eût pas été plus petit qu’elle !
Ce qu’elle avait voulu eut lieu comme elle l’avait voulu et donna un caractère d’exaltation nouvelle à cette journée d’enthousiasme et de joie virile. Aimée n’avait dit à personne le projet qui devait donner à l’homme dont elle était aimée un bonheur à essuyer toutes ses tristesses et à lui mettre au front les rayonnements des cœurs heureux. Avait-elle entendu ce que M. Jacques vous avait répondu, Ursule, ou même avait-elle besoin de l’entendre pour savoir ce qu’il y avait dans ce cœur triste où elle vivait ?… mais toujours est-il qu’elle se leva de table, peu d’instants après, et que sa meilleure amie, Jeanne de Montevreux, la suivit. On n’y prit pas garde ; on parlait de l’expédition du lendemain et de ce départ attendu, souhaité, qui aurait lieu dans quelques heures…, lorsqu’au bout d’un certain temps qu’on ne calcula pas, elle rentra avec Jeanne de Montevreux dans la salle de Touffedelys. En rentrant, dès le seuil, elle nous fit l’effet d’une apparition. Ce n’était plus la même femme. Elle était tout en blanc et en voile… Et, par la manière dont elle marcha vers la table où nous étions, nous sentîmes, et moi toute la première, baron, que quelque chose de grand allait se passer.
— Messieurs, dit-elle d’une voix altérée, pleine d’émotion, mais de résolution aussi, vous allez partir tout à l’heure. Quand reviendrez-vous et combien reviendrez-vous ?… Dieu seul le sait. Un de vous, de douze que vous étiez, n’est pas revenu d’Avranches. Il peut en manquer un… peut-être plusieurs, à votre prochain retour. Eh bien, j’ai voulu, pendant que vous êtes tous ici encore, vous prier d’être les témoins de mon mariage avec M. Jacques… Acceptez-vous ? »
Elle dit si bien cela, cette Aimée ! elle fut si bien la comtesse Aimée-Isabelle de Spens, en disant ces simples paroles, que, sous le dais féodal de sa maison, elle n’aurait pas été plus comtesse…, et que tous, romanesques comme des héros, se levèrent spontanément et l’acclamèrent, quoique plusieurs d’entre eux fussent devenus pâles, car je vous l’ai déjà dit, monsieur de Fierdrap, tous l’aimaient… avec un espoir fou ou sans espoir… mais tous l’aimaient ; et je crois vous l’avoir dit encore, sa cousine madame de Portelance m’a assuré qu’ils avaient tous demandé sa main.
Quand elle avait fini de parler, j’avais regardé M. Jacques. Vous savez ! il ne me plaisait pas. Mais, dans ce moment-là, j’en fus contente ; sa physionomie était indescriptible. Dieu m’est témoin que si elle lui avait mis une couronne de roi sur la tête, il n’aurait pas eu l’air plus fier !…
Surpris, plus surpris qu’eux, il s’était levé avec les autres, et il alla, en chancelant, à elle…
— Voici ma main qui est à vous ! lui dit-elle en la lui tendant.
Peut-être serait-il tombé de joie et d’orgueil à ses pieds, mais il se retint à cette main.
— Soyez témoins, messieurs, dit-elle, encore plus touchante et plus majestueuse à chaque mot, que moi, Aimée-Isabelle de Spens, comtesse de Spens, marquise de Lathallan, ici présente, je prends aujourd’hui pour époux et pour maître M. Jacques, actuellement soldat au service de Sa Majesté notre Roi. Forcée par la nécessité de ces tristes temps, qui n’ont plus ni églises, ni prêtres, d’attendre des jours meilleurs pour ratifier et consacrer l’engagement solennel que je contracte aujourd’hui, j’ai voulu au moins devant vous, qui êtes chrétiens et gentilshommes, — et des chrétiens, en temps d’épreuve, sont presque des prêtres, — jurer, en pleine liberté d’âme, obéissance et fidélité à M. Jacques et lui engager ma foi et ma vie. »
Ils se tenaient tous deux, l’un à côté de l’autre, elle splendide, et lui comme éclairé de sa splendeur.
— Et, dit-elle avec la tristesse du regret, il n’y a pas seulement une croix sur laquelle je puisse prononcer mon serment !
— Si, madame ! reprit fougueusement Beaumont, qui eut une idée de soldat.
— Croise ton épée avec la mienne, » dit-il à la Varesnerie, qui était en face de lui.
Et ils les croisèrent. Et cela fit une croix.
Et devant ces deux lames nues entrecroisées, qui pouvaient être rouges dans quelques heures, Aimée de Spens et M. Jacques se jurèrent l’un à l’autre ce qu’ils se seraient juré devant un autel, si à Touffedelys il y avait eu un autel encore. Et tout cela fut si rapide et si sublime dans sa rapidité, monsieur de Fierdrap, qu’après trente ans, ce moment-là m’est resté flamboyant dans la pensée, comme l’éclair de ces deux épées qui leur tomba sur le front, à ces deux fiancés d’avant la bataille, défiancés par la mort, le lendemain !
— « Voilà de belles noces ! fit la Bochonnière, qui était le plus jeune des Douze. Mais on danse aux noces. Si nous dansions ? »
Cette idée tomba comme une étincelle sur la poudre dans ces esprits qui flambaient à toute étincelle. En un clin d’œil, la table fut enlevée et chacun d’eux sur place, tenant sur le poing sa danseuse. S’il y avait là des cœurs brisés, les jambes ne l’étaient pas, et ils dansèrent… comme ils s’étaient battus à la foire d’Avranches, et ils cassèrent des bras encore, mais ce furent les deux miens…
— Comment ? fit le baron de Fierdrap, qui, de ce coup, ne comprit pas, et dont le nez devint le plus beau point d’exclamation qui ait jamais dessiné son crochet sous la giroflée d’une engelure.
— Oui, baron, reprit-elle, car c’est moi qui les fis danser comme des perdus jusqu’à trois heures du matin, sans reprendre haleine. C’est moi qui fus le ménétrier de cette noce. Quoique je ne fusse pas alors, grâce à la guerre, aussi ventripotente qu’aujourd’hui, je n’avais pas cependant, dès ce temps-là, une taille de danseuse, et je n’étais guère bonne qu’à faire, dans un coin de bal, un ménétrier. Je jouais assez bien du violon, comme beaucoup de femmes de ma jeunesse ; car vous vous rappelez, baron, que les femmes du siècle passé eurent un jour la fantaisie de jouer du violon, et qu’elles inventèrent même une manière d’en jouer qu’elles appelaient : jouer par-dessus viole, et qui consistait à tenir son instrument sur le genou, maintenu par la main gauche qui arrondissait le bras, pendant que la droite menait magistralement l’archet, dans une pose de sainte Cécile. C’était même assez gracieux, cela, quand on était jolie ; mais vous vous doutiez bien que ce n’était pas ainsi que je jouais. J’aurais fait, moi, une drôle de sainte Cécile. Je n’étais pas si fière de montrer mon gros bras, qu’on voyait déjà bien assez, et je n’avais pas de menton à gâter. Je tenais donc mon violon et j’en jouais comme j’ai fait tant de choses… comme un homme. Et c’est ainsi que j’en jouai à cette noce d’Aimée, qui a été mon dernier coup d’archet dans ce monde. Je ne touche plus maintenant à cet alto qui allait si bien à ma figure de polichinelle, disiez-vous, mon frère, et je me suis punie, en l’accrochant à mon lambris, d’avoir, à cette noce d’Aimée, si follement accompagné les derniers moments de son bonheur et sonné si joyeusement une agonie.
— Tu es une bonne fille après tout, Percy, que le bon Dieu a mise dans le fond d’un vaillant homme, dit l’abbé, que sa sœur touchait, malgré lui… Elle n’avait plus sa fanfare de voix. Les ciseaux ne battaient plus aux champs.
— Et, en effet, reprit-elle, c’était une agonie. Mais qui donc, excepté M. Jacques, qui peut-être n’y pensait plus, aurait eu l’idée de la mort sous la joie de ce singulier bal de noces, animé par l’enthousiasme des cœurs et les grandioses illusions du courage ?… Aimée, selon l’usage, l’avait ouvert en dansant la première contredanse avec celui dont elle venait de faire son époux. Elle avait désiré qu’on ne l’appelât cette nuit-là que Madame Jacques, et nous ne lui donnâmes pas d’autre nom. Elle y resta éblouissante dans cette robe de mariée, dont elle a fait plus tard un suaire, pour l’homme heureux qu’elle tenait alors par la main. Vers trois heures du matin, il fallut songer au départ et à l’expédition projetée… Je changeai tout à coup l’air de la contredanse que je jouais :
— Voici la diane qui sonne, messieurs ! » leur dis-je en attaquant brusquement un air militaire et royaliste que nous avions souvent chanté.
En trois secondes, chacun fut prêt. J’allai prendre les vêtements de chouan sous lesquels j’avais fait, en divers temps, plus d’une expédition nocturne. Le seul plan que nous eussions alors était de marcher réunis jusqu’au grand jour pour nous disperser et nous rejoindre près de Coutances, dans la campagne, à une place que La Varesnerie, qui connaissait bien le pays, nous indiqua, chez des paysans sûrs, chouans même à l’occasion, et où nous pourrions cacher nos armes. Deux ou trois au plus d’entre nous devaient se risquer dans la ville et prendre des renseignements sur le prisonnier et sur la prison.
C’était à la tombée de la nuit que nous avions résolu de nous armer et d’entrer dans Coutances, car, avec une ville aussi calme, où la moindre chose était toujours sur le point de faire événement, et qui de plus avait pour se garder une forte garnison d’infanterie, ce n’était vraiment que pendant la nuit et par surprise qu’on pouvait enlever Des Touches.
VII La seconde expédition.
ien de particulier, monsieur de Fierdrap, ne marqua l’espèce de marche forcée que nous fîmes de Touffedelys à Coutances, — continua la vieille chroniqueuse, qui avait repris son aplomb, un instant troublé, à présent et à mesure qu’elle entrait dans le récit d’un fait de guerre auquel elle avait pris part, et qui lui faisait dire nous avec un bonheur qui touchait presque à la sensualité. — Dans ces temps-là, les routes étaient plus mauvaises qu’aujourd’hui, et, pour cette raison, bien moins fréquentées. D’ailleurs, ce n’était pas la route départementale, qu’on appelait la grande route, que nous avions prise. La grande route voyait deux fois par jour la diligence, escortée de gendarmes à cheval, car les Chouans avaient une idée qui motivait cette bandoulière de gendarmes : c’est que la guerre paye partout la guerre, et que l’argent du gouvernement, qu’ils voulaient mettre par terre, leur appartenait. Malgré ce principe, ce jour-là nous avions évité soigneusement cette diligence et ses gendarmes protecteurs, et nous avions pris la traverse, qu’en notre qualité de chouans nous connaissions très-bien pour l’avoir longtemps pratiquée… Nous arrivâmes donc d’assez bonne heure chez les paysans de la Varesnerie, et bien nous prit de n’avoir rencontré sur notre route personne de contrariant et d’avoir eu la jambe assez leste, malgré la danse d’où nous sortions, puisqu’à notre arrivée, ces paysans, qui demeuraient à un quart de lieue des faubourgs de la ville, nous apprirent que Des Touches avait été condamné la veille au soir par le tribunal révolutionnaire de Coutances, et qu’il devait être raccourci le lendemain. Il paraît, du reste, qu’il s’était conduit avec le tribunal révolutionnaire de manière à exaspérer davantage un fanatisme de haine politique qui n’avait pourtant pas besoin d’être exaspéré. Du caractère incompressible qui était le sien et qu’il ne démentit jamais, il avait dédaigné de répondre aux questions des juges, et il était resté ferme et rebelle à toutes les interrogations et même à toutes les supplications de ceux-là qui semblaient prendre intérêt à son destin, leur opposant un silence qu’il ne rompit point, même par un cri ou par un soupir, et une impassibilité de sauvage… De pareilles nouvelles, confirmées d’ailleurs par les deux ou trois d’entre nous qui étaient entrés dans Coutances, et qui avaient vu la guillotine déjà dressée et prête sur la place des exécutions, nous mettaient dans la nécessité d’agir comme la foudre et de ne plus compter que sur l’énergie seule, l’énergie, en ligne droite et courte, qui n’avait plus le temps de se replier dans la ruse (comme on l’avait fait à Avranches), et qui devait tout simplifier, comme le coup droit dans le maniement de l’épée, par la rapidité de son action.
— Il n’y a pas deux partis à prendre, nous dit M. Jacques, et c’était à tous notre avis. Il faut cette nuit, à l’heure où la ville commencera d’être endormie, tenter d’ensemble une brusque entrée dans la prison et y prendre ou y délivrer Des Touches par la force. Ce sera rude, messieurs ! La prison est située au centre de trois cours spacieuses qui s’enveloppent les unes les autres. Dans la première et la plus extérieure de ces cours est une sentinelle qui, en tirant son coup de fusil, fera sortir tout le corps de garde placé dans la rue à côté, lequel, en faisant décharge sur nous, fera venir à son tour toute la garnison de la ville. Si les bourgeois s’en mêlent, ils peuvent nous jeter par leurs fenêtres les premières choses venues qui leur tomberont sous la main, ou par leurs portes entrebâillées nous fusiller au détour de ces rues dont nous ne connaissons pas le réseau.
— Bourreau ! s’écria Desfontaines, dont c’était le juron, quel programme ! » Il trouvait Vinel-Aunis charmant et il l’imitait. Il en était le clair de lune. « Nous dansions hier soir, camarades, ajouta-t-il, nous pourrions bien la danser cette nuit.
— Vous faites le plan de l’ennemi, monsieur, dit La Varesnerie à M. Jacques, mais le nôtre, monsieur, quel est-il ?
— Le nôtre, répondit M. Jacques, est celui des boulets, des obus et des balles, qui entrent partout et brisent tout, quand ils ne sont pas aplatis.
— Eh bien, dit Juste Le Breton, dont le surnom était le Téméraire, soyons donc des projectiles, et entrons !
J’ai toujours dans les oreilles, continua mademoiselle de Percy, la voix claire de Juste Le Breton, quand il dit ce mot d’entrons ! qui fut réalisé quelques heures après, car nous entrâmes et même nous sortîmes, ce qui était plus fort. Je n’ai jamais entendu de plus joyeux son de trompette. Juste Le Breton était vraiment heureux de ce que venait de dire M. Jacques. Nous autres, les dix autres, nous n’en souffrions pas ; nous n’en tremblions pas, mais Juste, il en était heureux ! C’était un contempteur absolu de toute prudence que ce Juste Le Breton. L’idée qu’il n’y avait plus, dans cette question de l’enlèvement de Des Touches, que de la force, et qu’en fait de stratagème et de précautions humaines, nous étions au bout du fossé, et qu’il n’y avait plus qu’à sauter, cette idée, formidable aux plus braves, le ravissait. J’ai vu bien des gens braves dans ma vie, je n’en ai pas vu exactement de ce genre de bravoure-là ! M. Jacques, qui avait le génie du général, sous l’officier intrépide, — Des Touches lui-même, cet homme inouï parmi les énergiques, qui n’a peut-être jamais senti en toute sa vie un seul battement de cœur dans sa poitrine de marbre, admettaient, en une foule de circonstances, la prudence humaine ; mais Juste Le Breton, jamais ! Ils l’appelaient le Téméraire, ils auraient tout aussi bien pu l’appeler : « Rien d’impossible ! » Voulez-vous en juger ? Un jour, ici, sur la place du Château, il était entré à cheval chez un de ses amis qui logeait Hôtel de la Poste, et, ayant monté ainsi les quatre étages, il avait forcé à sauter par la fenêtre son cheval, qui, en tombant, se brisa trois jambes et s’ouvrit le poitrail, mais sur lequel il resta vissé, les éperons enfoncés jusqu’à la botte, n’ayant pas, pour son compte, une égratignure !
— Deux secondes de sensation d’hippogriphe, dit l’abbé ; mais l’hippogriphe avait des ailes, ce qui fait le Roger de l’Arioste, d’un mérite moins grand que ton héros, mademoiselle ma sœur.
— Une autre fois, reprit-elle, — toute palpitante du succès de celui que son frère venait d’appeler son héros, — s’ennuyant chez un de ses amis un jour de pluie (je crois que c’était chez ce coq batailleur de Fermanville), il lui dit : « Si nous nous battions pour passer le temps ? » car, à cette époque-là, on était ainsi à Valognes, on y tuait le temps à coups d’épée ; et Fermanville n’ayant pas d’autre objection à faire à cette proposition, qu’il n’y avait là qu’un seul sabre : « Prends la lame et laisse-moi le fourreau, » dit Juste ; et comme l’autre, qui avait du cœur, ne voulait pas de ce partage, Juste Le Breton le força bien à se servir de la lame, car il se jeta sur lui et l’écharpa avec le fourreau.
— Je ne ferai plus de réflexions, Percy, dit l’abbé éternellement taquin, parce que tu me donnerais encore une anecdote sur ton favori Juste, et Fierdrap, qui tortille son manchon d’impatience, attendrait son histoire trop longtemps.
— J’ai fini, dit-elle, mais ce n’était pas une digression, mon frère. Il fallait bien, dans l’intérêt même de mon histoire, que je vous fisse comprendre ce Juste Le Breton, qui aimait le danger, non pas comme on aime sa maîtresse, car on la trouve toujours assez jolie…
— Et assez dangereuse, fit cette fine langue d’abbé.
— Tandis que lui, continua-t-elle, ne trouvait jamais le danger assez grand, comme il le prouva, du reste, une fois de plus ce jour-là, dans cette affaire de Des Touches, où il l’augmenta par une imprudence qui fut la cause de la mort de M. Jacques, et qui pouvait nous faire, dans les murs de Coutances, massacrer tous jusqu’au dernier !
Elle dit cela ardemment, comme elle disait tout, cette vieille lionne, mais au ton qu’elle avait, on voyait bien qu’elle ne gardait pas grande rancune à son sublime cerveau brûlé de Juste Le Breton !
— C’est entre onze heures et minuit, reprit-elle, que nous quittâmes la ferme des Mauger, ces paysans de la Varesnerie qui nous avaient donné asile. Nous la quittâmes pour n’y pas revenir. Si nous réussissions, nous ne pouvions ramener Des Touches dans un endroit si près de la ville ; si nous ne pouvions pas réussir, nul des Douze ne devait revenir ni là ni ailleurs. Nous avions, chacun, une bonne carabine très-courte, avec de la poudre et des balles en suffisance, et à la ceinture un couteau à éventrer les sangliers. Seul, Cantilly, à cause de son bras en écharpe, dans votre mouchoir, Sainte, avait des pistolets au lieu de carabine. Il marchait, lui, le pistolet à la main. Lorsque nous sortîmes de la ferme des Mauger, un traître de clair de lune fit dire à notre loustic en second de Desfontaines :
— Phœbé pour Phœbé, j’aimerais mieux pour cette nuit mademoiselle Phœbé de Thiboutot que celle-là ! »
Cette lune de mauvais augure pouvait, en effet, nous jouer plus d’un méchant tour. Mais, en nous approchant de la ville, nous fûmes un peu rassurés par un petit brouillard qui commença à s’élever du sol, comme la fumée d’un feu de tourbière dans un champ. Nous eûmes l’espoir que ce brouillard s’épaissirait assez du moins pour qu’on ne pût rien distinguer de bien net dans ces rues de Coutances, plus étroites que celles d’Avranches, par conséquent plus plongées dans l’ombre tombant des maisons. Nous entrâmes dans la ville à minuit moins un quart, qui tinta à la Cathédrale, et que répétèrent pour les échos seuls les autres horloges de cette ville, qui dormait comme une assemblée de justes, quoique ce fût une ville de coquins révolutionnaires. Les rues étaient muettes ; pas un chat n’y passait. Que fût-il arrivé de nous tous, de Des Touches, de notre projet, si nous avions rencontré seulement une patrouille ? Nous savions bien ce qui, dans ce cas, serait arrivé ; mais nous n’avions la liberté d’aucun choix ; il fallait aller, s’exposer à tout, jouer son va-tout enfin, ou, pas de milieu, demain Des Touches serait guillotiné ! Heureusement, nous n’aperçûmes pas l’ombre d’une patrouille dans cette ville, morte de sommeil. Des réverbères très-rares et à de grandes distances les uns des autres, tremblaient au vent à l’angle des rues. Suspendus à de longues perches noires, transversalement coupées par une solive, et figurant un T inachevé, ils avaient assez l’air de potences. Tout cela était morne, mais peu effrayant. Nous enfilâmes une rue, puis une autre. Toujours même silence et même solitude. La lune, qui se brouillait de plus en plus, se regardait encore un peu dans les vitres des fenêtres, derrière lesquelles on ne voyait pas même la lueur d’une veilleuse expirante. Nous assoupissions le bruit de nos pas, en marchant.
Le moment était pour nous si solennel, monsieur de Fierdrap, que j’ai gardé les moindres impressions de cette nocturne entrée dans Coutances et le long de ces rues où nous avancions comme sur une trappe dont on se défie et qui peut s’ouvrir tout à coup et vous avaler, et que je me rappelle parfaitement une vieille femme en cornette de nuit et en serre-tête, le seul être vivant de cette ville ensevelie toute entière dans ses maisons comme dans des tombes, laquelle, à la fenêtre d’un haut étage, vidait, au clair de la lune, une cuvette avec précaution et mystère, et mettait à cela une telle lenteur, que les gouttes du liquide qu’elle versait auraient eu le temps de se cristalliser avant de tomber sur le sol, s’il avait fait un peu plus froid. Elle en accompagnait la chute de l’avertissement charitable : « gare l’eau ! gare l’eau ! » prononcé d’une voix tremblotante, qu’elle veloutait pour n’éveiller personne, et qui disait à quel point elle était consciencieuse dans ce qu’elle faisait, et même timorée. À chaque goutte qui tombait ou qui ne tombait pas, elle répétait du même ton dolent son gare l’eau ! monotone… Nous nous rangeâmes contre le mur d’en face, craignant qu’elle ne nous aperçût… Mais, trop occupée pour cela, elle continua d’épancher sa source éternelle, en diésant toujours son gare l’eau !
— Dans mon pays, dit à voix basse La Bochonnière, les moulins à eau s’appellent des Écoute-s’il-pleut ; mais, du diable ! en voilà un comme je n’en avais jamais vu.
— Cela l’étonnerait un peu si d’une balle on lui cassait sa cuvette au rez de la main, » fit Cantilly, très-fort au pistolet, qui jetait en l’air une paire de gants et la perçait d’une balle avant qu’elle ne fût retombée.
Nous rîmes et nous passâmes, oubliant la bonne femme, en tournant le coin de la rue et en nous trouvant nez à nez avec la guillotine, droite et menaçante devant nous, attendant son homme… Embuscade funèbre ! C’était la place des exécutions. La prison n’était pas loin de là. Nous descendîmes, comme des gens qui dévalent à l’abîme, cette rue qui va de la prison à la place de l’échafaud, et qu’on appelle dans toute ville la rue Monte-à-Regret, cette rue qu’il nous fallait empêcher Des Touches de monter le lendemain. La prison blanchissait au bout de cette espèce de boyau sombre, sur une autre place. Nous nous arrêtâmes… le temps de respirer…
Elle contait comme quelqu’un qui a vécu de la vie de son conte. L’abbé et le baron, eux, ne respiraient plus.
— Ah ! c’était le moment ! fit-elle ; le moment terrible où l’on va casser le vitrage et où l’on serait perdu si, en le brisant, une seule vitre allait faire du bruit… La sentinelle, dans sa houppelande bleue, se promenait nonchalamment, son fusil penché dans l’angle de son bras, de l’un à l’autre côté du porche, comme un chappier d’église, à vêpres. Le dernier rayon vaillant de cette lune qui devait ressembler une heure après à un chaudron de bouillie froide, et qui nous rendit ce dernier service, tombait à plein dans la figure du soldat en faction et l’empêchait de distinguer nos ombres mobiles dans l’ombre arrêtée des maisons. « Je me charge de la sentinelle, » dit à voix basse Juste Le Breton à M. Jacques, et d’un bond il fut sur elle et l’enleva, houppelande, fusil, homme et tout, et disparut avec ce paquet, sous le porche de la prison, en nous faisant le passage libre. Comment s’y était-il pris, ce diable de Juste ?… Mais la sentinelle n’avait pas poussé un seul cri.
— Il l’aura poignardée ! fit M. Jacques. Allons, c’est à notre tour, messieurs. Nous pouvons avancer !… »
Et tous, avec lui, serrés les uns contre les autres comme les grains d’une grappe, nous nous précipitâmes sous le porche nettoyé par Juste, et nous entrâmes dans la première cour de la prison.
C’était une cour parfaitement ronde, dont l’enceinte intérieure ressemblait à la cour d’un cloître, avec des arcades très-basses et des piliers trapus. Elle était vide. Où était passé Juste ?… Nous fouillâmes du regard sous ces arcades noires où l’on ne voyait rien, entre ces piliers blancs où il avait porté peut-être la sentinelle égorgée ; mais bah ! il saurait bien nous retrouver, et nous franchîmes au pas accéléré la deuxième cour, aussi déserte que la première, pour arriver d’une haleine à la prison qui était au fond de la troisième… Ah ! nous allions vite ! Nous avions aux reins la pique de la nécessité ! Nous vîmes vaciller une lueur à un petit corps de bâtiment avancé, attenant à la geôle et qui ressemblait à ce qu’on appelle, en terme de construction militaire, une poivrière. Le geôlier n’était pas couché. Ce n’était plus l’énergique Hocson d’Avranches, avec son cœur désolé et implacable ; c’était tout simplement, celui-là, une bête brute à bonnet rouge, savetier, pour les gens de la ville, entre deux tours de clefs. Comme c’était jour de décade ce jour-là, et qu’il avait à livrer le lendemain des chaussures à ses pratiques, il veillait… Sa femme et sa fille, une enfant de treize ans, dormaient dans une espèce de soupente très élevée et à laquelle on montait avec une échelle. Nous vîmes tout cela à travers une vitre crasseuse qu’une lampe à crochet éclairait d’un jour rouge et fumeux… Nous ne le prévînmes pas ; nous ne l’appelâmes pas ; nous ne frappâmes pas doucement à sa porte ; mais, poussés par cette nécessité d’agir à la manière des boulets, comme l’avait dit M. Jacques, des onze crosses de nos carabines, qui ne firent qu’un seul coup dans cette porte, nous la fîmes voler sur ses gonds et nous tombâmes comme un tonnerre sur cet homme terrassé d’abord, puis relevé de terre, mis sur ses pieds et tenu au collet par deux poignes vigoureuses, avec injonction, le couteau sur le cœur, de livrer ses clefs et de nous conduire à Des Touches. Vous le savez, monsieur de Fierdrap, les Chouans avaient une renommée sinistre, et parfois ils l’avaient méritée. On les voyait toujours un peu à la lueur des horribles feux qu’ils allumaient sous les pieds des Bleus. L’épouvante publique leur donnait un des noms du diable : on les appelait Grille-pieds. Nous profitâmes de cette affreuse réputation des Chouans pour terrifier le misérable que nous tenions, et Campion, qui avait les sourcils barrés et la face terrible, le menaça de le faire griller comme un marcassin de basse-cour seulement s’il osait résister. Il ne résista pas. Il était dissous par la surprise et par la peur, une peur idiote et livide. Il livra ses clefs, et traîné par deux d’entre nous, il nous mena au cachot de Des Touches. Sa femme et sa fille étaient restées plus mortes que vives dans leur soupente ; mais pour qu’elles n’en descendissent pas et n’allassent avertir, nous renversâmes l’échelle. La terreur leur coupait la gorge. Elles ne crièrent pas, mais elles auraient crié que peu nous importait. Ce n’était pas comme la sentinelle. Les murs de la prison étaient épais. Il y avait trois cours, toutes trois désertes. On n’aurait pas entendu leurs cris.
— Vive le Roi ! » fîmes-nous en entrant dans le cachot de Des Touches… Prisonnier une semaine à Avranches, prisonnier à Coutances depuis quelques jours, maltraité par ses ennemis, qui voulaient broyer son énergie sous les tortures de la faim et le montrer sur l’échafaud dans une déshonorante faiblesse, Des Touches était assis sur une espèce de soubassement de pierre, tenant au mur de la prison et qui avait la forme d’une huche ; lié de chaînes, mais fort calme.
Il savait les chances de la guerre comme il savait les inconstances de la vague, ce partisan et ce pilote ! Pris un jour, délivré l’autre, repris peut-être ! il avait usé cette pensée…
— Eh bien, dit-il avec son beau sourire, — ce ne sera pas pour demain encore ! — Tenez, ajouta-t-il, déferrez cette main et je vous aiderai pour le reste ! »
Il avait tordu la chaîne qui attachait ses deux bras, mais pincés dans des bracelets d’acier qui paralysaient, en les comprimant, le jeu de ses muscles, il n’avait pas pu la briser !
— Non, chevalier, lui dit M. Jacques, scier tout cela serait trop long ! Nous sommes pressés, nous vous enlèverons avec vos fers ! »
Et comme il avait été dit, il fut fait, baron de Fierdrap ! Trois d’entre nous le prirent sur leurs épaules et l’emportèrent, comme sur un pavois !
Nous roulâmes sur la dalle de cette prison, à la place de Des Touches, le geôlier auquel nous laissâmes la vie, mais que, par prudence, nous enfermâmes à double tour dans le cachot. Je mets plus de temps à vous conter toutes ces choses que nous n’en mîmes à les exécuter. Les zigzags de l’éclair ne sont pas plus rapides. Nous retraversâmes les trois grandes cours, toujours solitaires ; mais à la rue…, à la rue, le danger allait recommencer !
Et cependant tout était au mieux ! Nous tenions Des Touches ! La lune n’était plus qu’un œil vide. Elle tachait le ciel au lieu de l’éclairer, et le brouillard commençait à mettre, entre les objets et nous, comme une espèce de voile de soie… Les profils des maisons fondaient dans la vapeur. Nous reprîmes les rues que nous avions suivies déjà, toujours sans rencontrer personne ! Hasard prodigieux ! C’était presque de la féerie ! Cette ville, immobile dans son sommeil, semblait enchantée. Quand nous repassâmes dans la rue de la bonne femme qui vidait sa cuvette, elle était encore à la même place, faisant le geste de la vider toujours ! Nous la vîmes moins à cause du brouillard : mais elle disait, sans discontinuer, son gare l’eau ! prudent et plaintif. Était-ce une statue qui parlait ? Ce que nous entendîmes tout à coup l’interrompit-elle ? Dans l’immense silence de la ville, un coup de fusil éclata.