Le Barbier de Séville (page 3)
Scène X
ROSINE, accourant ; FIGARO.
Rosine.
Quoi ! vous êtes encore là, monsieur Figaro ?
Figaro.
Très-heureusement pour vous, mademoiselle. Votre tuteur et votre maître à chanter, se croyant seuls ici, viennent de parler à cœur ouvert…
Rosine.
Et vous les avez écoutés, monsieur Figaro ? Mais savez-vous que c’est fort mal !
Figaro.
D’écouter ? C’est pourtant tout ce qu’il y a de mieux pour bien entendre. Apprenez que votre tuteur se dispose à vous épouser demain.
Rosine.
Ah ! grands dieux !
Figaro.
Ne craignez rien ; nous lui donnerons tant d’ouvrage, qu’il n’aura pas le temps de songer à celui-là.
Rosine.
Le voici qui revient : sortez donc par le petit escalier. Vous me faites mourir de frayeur.
(Figaro s’enfuit.)
Scène XI
BARTHOLO, ROSINE.
Rosine.
Vous étiez ici avec quelqu’un, monsieur ?
Bartholo.
Don Basile que j’ai reconduit, et pour cause. Vous eussiez mieux aimé que c’eût été monsieur Figaro ?
Rosine.
Cela m’est fort égal, je vous assure.
Bartholo.
Je voudrais bien savoir ce que ce barbier avait de si pressé à vous dire ?
Rosine.
Faut-il parler sérieusement ? Il m’a rendu compte de l’état de Marceline, qui même n’est pas trop bien, à ce qu’il dit.
Bartholo.
Vous rendre compte ! Je vais parier qu’il était chargé de vous remettre quelque lettre.
Rosine.
Et de qui, s’il vous plaît ?
Bartholo.
Oh ! de qui ? De quelqu’un que les femmes ne nomment jamais. Que sais-je, moi ? Peut-être la réponse au papier de la fenêtre.
Rosine, à part.
Il n’en a pas manqué une seule. (Haut.) Vous mériteriez bien que cela fût.
Bartholo, regarde les mains de Rosine.
Cela est. Vous avez écrit.
Rosine, avec embarras.
Il serait assez plaisant que vous eussiez le projet de m’en faire convenir.
Bartholo, lui prenant la main droite.
Moi ! point du tout ; mais votre doigt encore taché d’encre ! Hein, rusée signora !
Rosine, à part.
Maudit homme !
Bartholo, lui tenant toujours la main.
Une femme se croit bien en sûreté, parce qu’elle est seule.
Rosine.
Ah ! sans doute… La belle preuve !… Finissez donc, monsieur, vous me tordez le bras. Je me suis brûlée en chiffonnant autour de cette bougie ; et l’on m’a toujours dit qu’il fallait aussitôt tremper dans l’encre ; c’est ce que j’ai fait.
Bartholo.
C’est ce que vous avez fait ? Voyons donc si un second témoin confirmera la déposition du premier. C’est ce cahier de papier où je suis certain qu’il y avait six feuilles ; car je les compte tous les matins, aujourd’hui encore.
Rosine, à part.
Oh ! imbécile !…
Bartholo, comptant.
Trois, quatre, cinq…
Rosine.
La sixième…
Bartholo.
Je vois bien qu’elle n’y est pas, la sixième.
Rosine, baissant les yeux.
La sixième, je l’ai employée à faire un cornet pour des bonbons que j’ai envoyés à la petite Figaro.
Bartholo.
À la petite Figaro ? Et la plume qui était toute neuve, comment est-elle devenue noire ? Est-ce en écrivant l’adresse de la petite Figaro ?
Rosine, à part.
Cet homme a un instinct de jalousie !… (Haut.) Elle m’a servi à retracer une fleur effacée sur la veste que je vous brode au tambour.
Bartholo.
Que cela est édifiant ! Pour qu’on vous crût, mon enfant, il faudrait ne pas rougir en déguisant coup sur coup la vérité ; mais c’est ce que vous ne savez pas encore.
Rosine.
Eh ! qui ne rougirait pas, monsieur, de voir tirer des conséquences aussi malignes des choses le plus innocemment faites ?
Bartholo.
Certes, j’ai tort : se brûler le doigt, le tremper dans l’encre, faire des cornets aux bonbons pour la petite Figaro, et dessiner ma veste au tambour ! quoi de plus innocent ? Mais que de mensonges entassés pour cacher un seul fait !… Je suis seule, on ne me voit point ; je pourrai mentir à mon aise. Mais le bout du doigt reste noir, la plume est tachée, le papier manque ; on ne saurait penser à tout. Bien certainement, signora, quand j’irai par la ville, un bon double tour me répondra de vous.
Scène XII
LE COMTE, BARTHOLO, ROSINE.
Le Comte, en uniforme de cavalier, ayant l’air d’être entre deux vins, et chantant : Réveillons-la, etc.
Bartholo.
Mais que nous veut cet homme ? Un soldat ! Rentrez chez vous, signora.
Le Comte chante : Réveillons-la, et s’avance vers Rosine.
Qui de vous deux, mesdames, se nomme le docteur Balordo ? (À Rosine, bas.) Je suis Lindor.
Bartholo.
Bartholo !
Rosine, à part.
Il parle de Lindor.
Le Comte.
Balordo, Barque-à-l’eau, je m’en moque comme de ça. Il s’agit seulement de savoir laquelle des deux… (À Rosine, lui montrant un papier.) Prenez cette lettre.
Bartholo.
Laquelle ! Vous voyez bien que c’est moi ! Laquelle ! Rentrez donc, Rosine ; cet homme paraît avoir du vin.
Rosine.
C’est pour cela, monsieur ; vous êtes seul. Une femme en impose quelquefois.
Bartholo.
Rentrez, rentrez ; je ne suis pas timide.
Scène XIII
LE COMTE, BARTHOLO.
Le Comte.
Oh ! je vous ai reconnu d’abord à votre signalement.
Bartholo, au comte qui serre la lettre.
Qu’est-ce que c’est donc que vous cachez là dans votre poche !
Le Comte.
Je le cache dans ma poche, pour que vous ne sachiez pas ce que c’est.
Bartholo.
Mon signalement ! Ces gens-là croient toujours parler à des soldats !
Le Comte.
Pensez-vous que ce soit une chose si difficile à faire que votre signalement ?
(Air : Ici sont venus en personne.)
Le chef branlant, la tête chauve,
Les yeux vérons, le regard fauve,
L’air farouche d’un Algonquin,
La taille lourde et déjetée,
L’épaule droite surmontée,
Le teint grenu d’un Maroquin,
Le nez fait comme un baldaquin,
La jambe potte et circonflexe,
Le ton bourru, la voix perplexe,
Tous les appétits destructeurs ;
Enfin la perle des docteurs.
Bartholo.
Qu’est-ce que cela veut dire ? Êtes-vous ici pour m’insulter ? Délogez à l’instant.
Le Comte.
Déloger ! Ah ! fi ! que c’est mal parler ! Savez-vous lire, docteur… Barbe à l’eau ?
Bartholo.
Autre question saugrenue.
Le Comte.
Oh ! que cela ne vous fasse pas de peine ; car, moi qui suis pour le moins aussi docteur que vous…
Bartholo.
Comment cela ?
Le Comte.
Est-ce que je ne suis pas le médecin des chevaux du régiment ? Voilà pourquoi l’on m’a exprès logé chez un confrère.
Bartholo.
Oser comparer un maréchal !…
Le Comte.
(Air : Vive le Vin.)
(Sans chanter.)
Non, docteur, je ne prétends pas
Que notre art obtienne le pas
Sur Hippocrate et sa brigade.
(En chantant.)
Votre savoir, mon camarade,
Est d’un succès plus général ;
Car s’il n’emporte point le mal,
Il emporte au moins le malade.
C’est-il poli ce que je vous dis là ?
Bartholo.
Il vous sied bien, manipuleur ignorant, de ravaler ainsi le premier, le plus grand et le plus utile des arts !
Le Comte.
Utile tout à fait, pour ceux qui l’exercent.
Bartholo.
Un art dont le soleil s’honore d’éclairer les succès.
Le Comte.
Et dont la terre s’empresse de couvrir les bévues.
Bartholo.
On voit bien, malappris, que vous n’êtes habitué de parler qu’à des chevaux.
Le Comte.
Parler à des chevaux ? Ah ! docteur, pour un docteur d’esprit… N’est-il pas de notoriété que le maréchal guérit toujours ses malades sans leur parler ; au lieu que le médecin parle beaucoup aux siens…
Bartholo.
Sans les guérir, n’est-ce pas ?
Le Comte.
C’est vous qui l’avez dit.
Bartholo.
Qui diable envoie ici ce maudit ivrogne ?
Le Comte.
Je crois que vous me lâchez des épigrammes, l’Amour !
Bartholo.
Enfin que voulez-vous ? que demandez-vous ?
Le Comte, feignant une grande colère.
Eh bien donc ! il s’enflamme ! Ce que je veux ? est-ce que vous ne le voyez pas ?
Scène XIV
ROSINE, LE COMTE, BARTHOLO.
Rosine, accourant.
Monsieur le soldat, ne vous emportez point, de grâce ! (À Bartholo.) Parlez-lui doucement, monsieur : un homme qui déraisonne…
Le Comte.
Vous avez raison ; il déraisonne, lui ; mais nous sommes raisonnables, nous ! Moi poli, et vous jolie… enfin, suffit. La vérité, c’est que je ne veux avoir à faire qu’à vous dans la maison.
Rosine.
Que puis-je pour votre service, monsieur le soldat ?
Le Comte.
Une petite bagatelle, mon enfant. Mais s’il y a de l’obscurité dans mes phrases…
Rosine.
J’en saisirai l’esprit.
Le Comte, lui montrant la lettre.
Non, attachez-vous à la lettre, à la lettre. Il s’agit seulement… mais je dis en tout bien, tout honneur, que vous me donniez à coucher ce soir.
Bartholo.
Rien que cela ?
Le Comte.
Pas davantage. Lisez le billet doux que notre maréchal des logis vous écrit.
Bartholo.
Voyons. (Le comte cache la lettre, et lui donne un autre papier. Bartholo lit.) « Le docteur Bartholo recevra, nourrira, hébergera, couchera… »
Le Comte, appuyant.
Couchera.
Bartholo.
« Pour une nuit seulement, le nommé Lindor, dit l’Écolier, cavalier au régiment… »
Rosine.
C’est lui, c’est lui-même.
Bartholo, vivement, à Rosine.
Qu’est-ce qu’il y a ?
Le Comte.
Eh bien ! ai-je tort à présent, docteur Barbaro ?
Bartholo.
On dirait que cet homme se fait un malin plaisir de m’estropier de toutes les manières possibles. Allez au diable, Barbaro, Barbe à l’eau ! et dites à votre impertinent maréchal des logis que, depuis mon voyage à Madrid, je suis exempt de loger des gens de guerre.
Le Comte, à part.
Ô Ciel ! fâcheux contre-temps !
Bartholo.
Ah, ah ! notre ami, cela vous contrarie et vous dégrise un peu ! Mais n’en décampez pas moins à l’instant.
Le Comte, à part.
J’ai pensé me trahir. (Haut.) Décamper ! Si vous êtes exempt de gens de guerre, vous n’êtes pas exempt de politesse, peut-être ? Décamper ! Montrez-moi votre brevet d’exemption ; quoique je ne sache pas lire, je verrai bientôt…
Bartholo.
Qu’à cela ne tienne. Il est dans ce bureau.
Le Comte, pendant qu’il y va, dit, sans quitter sa place :
Ah ! ma belle Rosine !
Rosine.
Quoi ! Lindor, c’est vous !
Le Comte.
Recevez au moins cette lettre.
Rosine.
Prenez garde, il a les yeux sur nous.
Le Comte.
Tirez votre mouchoir, je la laisserai tomber.
(Il s’approche.)
Bartholo.
Doucement, doucement, seigneur soldat ! je n’aime point qu’on regarde ma femme de si près.
Le Comte.
Elle est votre femme ?
Bartholo.
Eh ! quoi donc ?
Le Comte.
Je vous ai pris pour son bisaïeul paternel, maternel, sempiternel ; il y a au moins trois générations entre elle et vous.
Bartholo lit un parchemin.
« Sur les bons et fidèles témoignages qui nous ont été rendus… »
Le Comte donne un coup de main sous les parchemins, qui les envoie au plancher.
Est-ce que j’ai besoin de tout ce verbiage ?
Bartholo.
Savez-vous bien, soldat, que si j’appelle mes gens, je vous fais traiter sur-le-champ comme vous le méritez ?
Le Comte.
Bataille ! Ah ! volontiers, bataille ! c’est mon métier, à moi (montrant son pistolet de ceinture) : et voici de quoi leur jeter de la poudre aux yeux. Vous n’avez peut-être jamais vu de bataille, Madame ?
Rosine.
Ni ne veux en voir.
Le Comte.
Rien n’est pourtant aussi gai que bataille. Figurez-vous (poussant le docteur) d’abord que l’ennemi est d’un côté du ravin, et les amis de l’autre. (À Rosine, en lui montrant la lettre.) Sortez le mouchoir. (Il crache à terre.) Voilà le ravin, cela s’entend.
(Rosine tire son mouchoir, le comte laisse tomber sa lettre entre elle et lui.)
Bartholo, se baissant.
Ah, ah !
Le Comte la reprend et dit :
Tenez… moi qui allais vous apprendre ici les secrets de mon métier… Une femme bien discrète, en vérité ! ne voilà-t-il pas un billet doux qu’elle laisse tomber de sa poche ?
Bartholo.
Donnez, donnez.
Le Comte.
Dulciter, papa ! chacun son affaire. Si une ordonnance de rhubarbe était tombée de la vôtre ?
Rosine avance la main.
Ah ! je sais ce que c’est, monsieur le soldat.
(Elle prend la lettre, qu’elle cache dans la petite poche de son tablier.)
Bartholo.
Sortez-vous enfin ?
Le Comte.
Eh bien, je sors : adieu, docteur ; sans rancune. Un petit compliment, mon cœur : priez la mort de m’oublier encore quelques campagnes ; la vie ne m’a jamais été si chère.
Bartholo.
Allez toujours ; si j’avais ce crédit-là sur la mort…
Le Comte.
Sur la mort ? N’êtes-vous pas médecin ? vous faites tant de choses pour elle, qu’elle n’a rien à vous refuser.
(Il sort.)
Scène XV
BARTHOLO, ROSINE.
Bartholo le regarde aller.
Il est enfin parti. (À part.) Dissimulons.
Rosine.
Convenez pourtant, monsieur, qu’il est bien gai, ce jeune soldat ! À travers son ivresse, on voit qu’il ne manque ni d’esprit, ni d’une certaine éducation.
Bartholo.
Heureux, m’amour, d’avoir pu nous en délivrer ! Mais n’es-tu pas un peu curieuse de lire avec moi le papier qu’il t’a remis ?
Rosine.
Quel papier ?
Bartholo.
Celui qu’il a feint de ramasser pour te le faire accepter.
Rosine.
Bon ! c’est la lettre de mon cousin l’officier, qui était tombée de ma poche.
Bartholo.
J’ai idée, moi, qu’il l’a tirée de la sienne.
Rosine.
Je l’ai très bien reconnue.
Bartholo.
Qu’est-ce qu’il te coûte d’y regarder ?
Rosine.
Je ne sais pas seulement ce que j’en ai fait.
Bartholo, montrant la pochette.
Tu l’as mise là.
Rosine.
Ah, ah ! par distraction.
Bartholo.
Ah ! sûrement. Tu vas voir que ce sera quelque folie.
Rosine, à part.
Si je ne le mets pas en colère, il n’y aura pas moyen de refuser.
Bartholo.
Donne donc, mon cœur.
Rosine.
Mais, quelle idée avez-vous, en insistant, monsieur ? est-ce encore quelque méfiance ?
Bartholo.
Mais vous, quelle raison avez-vous de ne pas la montrer ?
Rosine.
Je vous répète, monsieur, que ce papier n’est autre que la lettre de mon cousin, que vous m’avez rendue hier toute décachetée ; et puisqu’il en est question, je vous dirai tout net que cette liberté me déplaît excessivement.
Bartholo.
Je ne vous entends pas !
Rosine.
Vais-je examiner les papiers qui vous arrivent ? Pourquoi vous donnez-vous les airs de toucher à ceux qui me sont adressés ? Si c’est jalousie, elle m’insulte ; s’il s’agit de l’abus d’une autorité usurpée, j’en suis plus révoltée encore.
Bartholo.
Comment, révoltée ! Vous ne m’avez jamais parlé ainsi.
Rosine.
Si je me suis modérée jusqu’à ce jour, ce n’était pas pour vous donner le droit de m’offenser impunément.
Bartholo.
De quelle offense parlez-vous ?
Rosine.
C’est qu’il est inouï qu’on se permette d’ouvrir les lettres de quelqu’un.
Bartholo.
De sa femme ?
Rosine.
Je ne la suis pas encore. Mais pourquoi lui donnerait-on la préférence d’une indignité qu’on ne fait à personne ?
Bartholo.
Vous voulez me faire prendre le change et détourner mon attention du billet, qui sans doute est une missive de quelque amant ; mais je le verrai, je vous assure.
Rosine.
Vous ne le verrez pas. Si vous m’approchez, je m’enfuis de cette maison, et je demande retraite au premier venu.
Bartholo.
Qui ne vous recevra point.
Rosine.
C’est ce qu’il faudra voir.
Bartholo.
Nous ne sommes pas ici en France, où l’on donne toujours raison aux femmes : mais, pour vous en ôter la fantaisie, je vais fermer la porte.
Rosine, pendant qu’il y va.
Ah ciel ! que faire ?… Mettons vite à la place la lettre de mon cousin, et donnons-lui beau jeu de la prendre.
(Elle fait l’échange, et met la lettre du cousin dans sa pochette, de façon qu’elle sorte un peu.)
Bartholo, revenant.
Ah ! j’espère maintenant la voir.
Rosine.
De quel droit, s’il vous plaît ?
Bartholo.
Du droit le plus universellement reconnu, celui du plus fort.
Rosine.
On me tuera plutôt que de l’obtenir de moi.
Bartholo, frappant du pied.
Madame ! madame !…
Rosine tombe sur un fauteuil et feint de se trouver mal.
Ah ! quelle indignité !…
Bartholo.
Donnez cette lettre, ou craignez ma colère.
Rosine, renversée.
Malheureuse Rosine !
Bartholo.
Qu’avez-vous donc ?
Rosine.
Quel avenir affreux !
Bartholo.
Rosine !
Rosine.
J’étouffe de fureur.
Bartholo.
Elle se trouve mal.
Rosine.
Je m’affaiblis, je meurs.
Bartholo lui tâte le pouls et dit à part :
Dieux ! la lettre ! Lisons-la sans qu’elle en soit instruite.
(Il continue à lui tâter le pouls, et prend la lettre, qu’il tâche de lire en se tournant un peu.)
Rosine, toujours renversée.
Infortunée ! ah !…
Bartholo lui quitte le bras, et dit à part :
Quelle rage a-t-on d’apprendre ce qu’on craint toujours de savoir !
Rosine.
Ah ! pauvre Rosine !
Bartholo.
L’usage des odeurs… produit ces affections spasmodiques.
(Il lit par-derrière le fauteuil en lui tâtant le pouls. Rosine se relève un peu, le regarde finement, fait un geste de tête, et se remet sans parler.)
Bartholo, à part.
Ô Ciel ! c’est la lettre de son cousin. Maudite inquiétude ! Comment l’apaiser maintenant ? Qu’elle ignore au moins que je l’ai lue !
(Il fait semblant de la soutenir, et remet la lettre dans la pochette.)
Rosine soupire.
Ah !…
Bartholo.
Eh bien ! ce n’est rien, mon enfant ; un petit mouvement de vapeurs, voilà tout ; car ton pouls n’a seulement pas varié.