Le Barbier de Séville (page 5)
Figaro.
Ah, ah ! les bonbons de ce matin ? Que je suis bête, moi ! j’avais perdu tout cela de vue… Oh ! excellents, madame ! admirables !
Bartholo.
Excellents ! admirables ! Oui, sans doute, monsieur le barbier, revenez sur vos pas ! Vous faites là un joli métier, monsieur !
Figaro.
Qu’est-ce qu’il a donc, monsieur ?
Bartholo.
Et qui vous fera une belle réputation, monsieur !
Figaro.
Je la soutiendrai, monsieur.
Bartholo.
Dites que vous la supporterez, monsieur.
Figaro.
Comme il vous plaira, monsieur.
Bartholo.
Vous le prenez bien haut, monsieur ! Sachez que quand je dispute avec un fat, je ne lui cède jamais.
Figaro lui tourne le dos.
Nous différons en cela, monsieur ; moi, je lui cède toujours.
Bartholo.
Hein ? qu’est-ce qu’il dit donc, bachelier ?
Figaro.
C’est que vous croyez avoir affaire à quelque barbier de village, et qui ne sait manier que le rasoir ? Apprenez, monsieur, que j’ai travaillé de la plume à Madrid, et que, sans les envieux…
Bartholo.
Eh ! que n’y restiez-vous, sans venir ici changer de profession ?
Figaro.
On fait comme on peut : mettez-vous à ma place.
Bartholo.
Me mettre à votre place ! Ah ! parbleu, je dirais de belles sottises !
Figaro.
Monsieur, vous ne commencez pas trop mal ; je m’en rapporte à votre confrère qui est là rêvassant…
Le Comte, revenant à lui.
Je… je ne suis pas le confrère de monsieur.
Figaro.
Non ? Vous voyant ici à consulter, j’ai pensé que vous poursuiviez le même objet.
Bartholo, en colère.
Enfin, quel sujet vous amène ? Y a-t-il quelque lettre à remettre encore ce soir à madame ? Parlez, faut-il que je me retire ?
Figaro.
Comme vous rudoyez le pauvre monde ! Eh ! parbleu, monsieur, je viens vous raser, voilà tout : n’est-ce pas aujourd’hui votre jour ?
Bartholo.
Vous reviendrez tantôt.
Figaro.
Ah ! oui, revenir ! Toute la garnison prend médecine demain matin, j’en ai obtenu l’entreprise par mes protections. Jugez donc comme j’ai du temps à perdre ! Monsieur passe-t-il chez lui ?
Bartholo.
Non, monsieur ne passe point chez lui. Eh ! mais… qui empêche qu’on ne me rase ici ?
Rosine, avec dédain.
Vous êtes honnête ! Et pourquoi pas dans mon appartement ?
Bartholo.
Tu te fâches ? Pardon, mon enfant, tu vas achever de prendre ta leçon ; c’est pour ne pas perdre un instant le plaisir de t’entendre.
Figaro, bas au comte.
On ne le tirera pas d’ici. (Haut.) Allons, l’Éveillé ? la Jeunesse ? le bassin, de l’eau, tout ce qu’il faut à monsieur !
Bartholo.
Sans doute, appelez-les ! Fatigués, harassés, moulus de votre façon, n’a-t-il pas fallu les faire coucher ?
Figaro.
Eh bien ! j’irai tout chercher. N’est-ce pas dans votre chambre ? (Bas au comte.) Je vais l’attirer dehors.
Bartholo détache son trousseau de clefs, et dit par réflexion :
Non, non, j’y vais moi-même. (Bas au comte, en s’en allant.) Ayez les yeux sur eux, je vous prie.
Scène VI
FIGARO, LE COMTE, ROSINE.
Figaro.
Ah ! que nous l’avons manqué belle ! il allait me donner le trousseau. La clef de la jalousie n’y est-elle pas ?
Rosine.
C’est la plus neuve de toutes.
Scène VII
BARTHOLO, FIGARO, LE COMTE, ROSINE.
Bartholo, revenant.
(À part.) Bon ! je ne sais ce que je fais, de laisser ici ce maudit barbier. (À Figaro.) Tenez. (Il lui donne le trousseau.) Dans mon cabinet, sous mon bureau ; mais ne touchez à rien.
Figaro.
La peste ! il y ferait bon, méfiant comme vous êtes ! (À part, en s’en allant.) Voyez comme le ciel protège l’innocence !
Scène VIII
BARTHOLO, LE COMTE, ROSINE.
Bartholo, bas au comte.
C’est le drôle qui a porté la lettre au comte.
Le Comte, bas.
Il m’a l’air d’un fripon.
Bartholo.
Il ne m’attrapera plus.
Le Comte.
Je crois qu’à cet égard le plus fort est fait.
Bartholo.
Tout considéré, j’ai pensé qu’il était plus prudent de l’envoyer dans ma chambre que de le laisser avec elle.
Le Comte.
ils n’auraient pas dit un mot que je n’eusse été en tiers.
Rosine.
Il est bien poli, messieurs, de parler bas sans cesse. Et ma leçon ?
(Ici l’on entend un bruit, comme de la vaisselle renversée.)
Bartholo, criant.
Qu’est-ce que j’entends donc ? Le cruel barbier aura tout laissé tomber dans l’escalier, et les plus belles pièces de mon nécessaire !…
(Il court dehors.)
Scène IX
LE COMTE, ROSINE.
Le Comte.
Profitons du moment que l’intelligence de Figaro nous ménage. Accordez-moi, ce soir, je vous en conjure, madame, un moment d’entretien indispensable pour vous soustraire à l’esclavage où vous alliez tomber.
Rosine.
Ah ! Lindor !
Le Comte.
Je puis monter à votre jalousie ; et quant à la lettre que j’ai reçue de vous ce matin, je me suis vu forcé…
Scène X
ROSINE, BARTHOLO, FIGARO, LE COMTE.
Bartholo.
Je ne m’étais pas trompé ; tout est brisé, fracassé.
Figaro.
Voyez le grand malheur pour tant de train ! On ne voit goutte sur l’escalier. (Il montre la clef au comte.) Moi, en montant, j’ai accroché une clef…
Bartholo.
On prend garde à ce qu’on fait. Accrocher une clef ! L’habile homme !
Figaro.
Ma foi, monsieur, cherchez-en un plus subtil.
Scène XI
Les acteurs précédents, don BASILE.
Rosine, effrayée, à part.
Don Basile !…
Le Comte, à part.
Juste ciel !
Figaro, à part.
C’est le diable !
Bartholo va au-devant de lui.
Ah ! Basile, mon ami, soyez le bien rétabli. Votre accident n’a donc point eu de suites ? En vérité, le seigneur Alonzo m’avait fort effrayé sur votre état ; demandez-lui, je partais pour vous aller voir, et s’il ne m’avait point retenu…
Basile, étonné.
Le seigneur Alonzo ?
Figaro frappe du pied.
Eh quoi ! toujours des accrocs ? Deux heures pour une méchante barbe… Chienne de pratique !
Basile, regardant tout le monde.
Me ferez-vous bien le plaisir de me dire, messieurs… ?
Figaro.
Vous lui parlerez quand je serai parti.
Basile.
Mais encore faudrait-il…
Le Comte.
Il faudrait vous taire, Basile. Croyez-vous apprendre à monsieur quelque chose qu’il ignore ? Je lui ai raconté que vous m’aviez chargé de venir donner une leçon de musique à votre place.
Basile, plus étonné.
La leçon de musique !… Alonzo !…
Rosine, à part, à Basile.
Eh ! taisez-vous.
Basile.
Elle aussi !
Le Comte, bas à Bartholo.
Dites-lui donc tout bas que nous en sommes convenus.
Bartholo, à Basile, à part.
N’allez pas nous démentir, Basile, en disant qu’il n’est pas votre élève, vous gâteriez tout.
Basile.
Ah ! ah !
Bartholo, haut.
En vérité, Basile, on n’a pas plus de talent que votre élève.
Basile, stupéfait.
Que mon élève !… (Bas.) Je venais pour vous dire que le comte est déménagé.
Bartholo, bas.
Je le sais, taisez-vous.
Basile, bas.
Qui vous l’a dit ?
Bartholo, bas.
Lui, apparemment !
Le Comte, bas.
Moi, sans doute : écoutez seulement.
Rosine, bas à Basile.
Est-il si difficile de vous taire ?
Figaro, bas, à Basile.
Hum ! Grand escogriffe ! Il est sourd !
Basile, à part.
Qui diable est-ce donc qu’on trompe ici ? Tout le monde est dans le secret !
Bartholo, haut.
Eh bien, Basile, votre homme de loi ?…
Figaro.
Vous avez toute la soirée pour parler de l’homme de loi.
Bartholo, à Basile.
Un mot : dites-moi seulement si vous êtes content de l’homme de loi ?
Basile, effaré.
De l’homme de loi ?
Le Comte, souriant.
Vous ne l’avez pas vu, l’homme de loi ?
Basile, impatienté.
Eh ! non, je ne l’ai pas vu, l’homme de loi.
Le Comte, à Bartholo, à part.
Voulez-vous donc qu’il s’explique ici devant elle ? Renvoyez-le.
Bartholo, bas au comte.
Vous avez raison. (À Basile.) Mais quel mal vous a donc pris si subitement ?
Basile, en colère.
Je ne vous entends pas.
Le Comte lui met à part une bourse dans la main.
Oui, monsieur vous demande ce que vous venez faire ici, dans l’état d’indisposition où vous êtes ?
Figaro.
Il est pâle comme un mort !
Basile.
Ah ! je comprends…
Le Comte.
Allez vous coucher, mon cher Basile : vous n’êtes pas bien, et vous nous faites mourir de frayeur. Allez vous coucher.
Figaro.
Il a la physionomie toute renversée. Allez vous coucher.
Bartholo.
D’honneur, il sent la fièvre d’une lieue. Allez vous coucher.
Rosine.
Pourquoi êtes-vous donc sorti ? On dit que cela se gagne. Allez vous coucher.
Basile, au dernier étonnement.
Que j’aille me coucher !
Tous les acteurs ensemble.
Eh ! sans doute.
Basile, les regardant tous.
En effet, messieurs, je crois que je ne ferai pas mal de me retirer ; je sens que je ne suis pas ici dans mon assiette ordinaire.
Bartholo.
À demain, toujours, si vous êtes mieux.
Le Comte.
Basile, je serai chez vous de très bonne heure.
Figaro.
Croyez-moi, tenez-vous bien chaudement dans votre lit.
Rosine.
Bonsoir, monsieur Basile.
Basile, à part.
Diable emporte si j’y comprends rien ! et, sans cette bourse…
Tous.
Bonsoir, Basile, bonsoir.
Basile, en s’en allant.
Eh bien ! bonsoir donc, bonsoir.
(Ils l’accompagnent tous en riant.)
Scène XII
Les acteurs précédents, excepté BASILE.
Bartholo, d’un ton important.
Cet homme-là n’est pas bien du tout.
Rosine.
Il a les yeux égarés.
Le Comte.
Le grand air l’aura saisi.
Figaro.
Avez-vous vu comme il parlait tout seul ? Ce que c’est que de nous ! (À Bartholo.) Ah çà, vous décidez-vous, cette fois ?
(Il lui pousse un fauteuil très loin du comte, et lui présente le linge.)
Le Comte.
Avant de finir, madame, je dois vous dire un mot essentiel au progrès de l’art que j’ai l’honneur de vous enseigner.
(Il s’approche, et lui parle bas à l’oreille.)
Bartholo, à Figaro.
Eh mais ! il semble que vous le fassiez exprès de vous approcher, et de vous mettre devant moi pour m’empêcher de voir…
Le Comte, bas à Rosine.
Nous avons la clef de la jalousie, et nous serons ici à minuit.
Figaro passe le linge au cou de Bartholo.
Quoi voir ? Si c’était une leçon de danse, on vous passerait d’y regarder ; mais du chant !… ahi, ahi !
Bartholo.
Qu’est-ce que c’est ?
Figaro.
Je ne sais ce qui m’est entré dans l’œil.
(Il rapproche sa tête.)
Bartholo.
Ne frottez donc pas !
Figaro.
C’est le gauche. Voudriez-vous me faire le plaisir d’y souffler un peu fort ?
(Bartholo prend la tête de Figaro, regarde par-dessus, le pousse violemment, et va derrière les amants écouter leur conversation.)
Le Comte, bas à Rosine.
Et quant à votre lettre, je me suis trouvé tantôt dans un tel embarras pour rester ici…
Figaro, de loin, pour avertir.
Hem ! hem !…
Le Comte.
Désolé de voir encore mon déguisement inutile…
Bartholo, passant entre eux deux.
Votre déguisement inutile !
Rosine, effrayée.
Ah !…
Bartholo.
Fort bien, madame, ne vous gênez pas. Comment ! sous mes yeux mêmes, en ma présence, on m’ose outrager de la sorte !
Le Comte.
Qu’avez-vous donc, seigneur ?
Bartholo.
Perfide Alonzo !
Le Comte.
Seigneur Bartholo, si vous avez souvent des lubies comme celle dont le hasard me rend témoin, je ne suis plus étonné de l’éloignement que mademoiselle a pour devenir votre femme.
Rosine.
Sa femme ! moi ! passer mes jours auprès d’un vieux jaloux qui, pour tout bonheur, offre à ma jeunesse un esclavage abominable !
Bartholo.
Ah ! qu’est-ce que j’entends ?
Rosine.
Oui, je le dis tout haut : je donnerai mon cœur et ma main à celui qui pourra m’arracher de cette horrible prison, où ma personne et mon bien sont retenus contre toute justice.
(Rosine sort.)
Scène XIII
BARTHOLO, FIGARO, LE COMTE.
Bartholo.
La colère me suffoque.
Le Comte.
En effet, seigneur, il est difficile qu’une jeune femme…
Figaro.
Oui, une jeune femme, et un grand âge, voilà ce qui trouble la tête d’un vieillard.
Bartholo.
Comment ! lorsque je les prends sur le fait ! Maudit barbier ! il me prend des envies…
Figaro.
Je me retire, il est fou.
Le Comte.
Et moi aussi ; d’honneur, il est fou.
Figaro.
Il est fou, il est fou…
(Ils sortent.)
Scène XIV
BARTHOLO, seul, les poursuit.
Je suis fou ! Infâmes suborneurs ! émissaires du diable, dont vous faites ici l’office, et qui puisse vous emporter tous… Je suis fou !… Je les ai vus comme je vois ce pupitre… et me soutenir effrontément !… Ah ! il n’y a que Basile qui puisse m’expliquer ceci. Oui, envoyons-le chercher. Holà ! quelqu’un… Ah ! j’oublie que je n’ai personne… Un voisin, le premier venu, n’importe. Il y a de quoi perdre l’esprit ! il y a de quoi perdre l’esprit !
(Pendant l’entr’acte, le théâtre s’obscurcit : on entend un bruit d’orage exécuté par l’orchestre.)
ACTE QUATRIÈME
(Le théâtre est obscur.)
Scène I
BARTHOLO, don BASILE, une lanterne de papier à la main.
Bartholo.
Comment, Basile, vous ne le connaissez pas ? ce que vous dites est-il possible ?
Basile.
Vous m’interrogeriez cent fois que je vous ferais toujours la même réponse. S’il vous a remis la lettre de Rosine, c’est sans doute un des émissaires du comte. Mais, à la magnificence du présent qu’il m’a fait, il se pourrait que ce fût le comte lui-même.
Bartholo.
Quelle apparence ? Mais, à propos de ce présent, eh ! pourquoi l’avez-vous reçu ?
Basile.
Vous aviez l’air d’accord ; je n’y entendais rien ; et, dans les cas difficiles à juger, une bourse d’or me paraît toujours un argument sans réplique. Et puis, comme dit le proverbe, ce qui est bon à prendre…
Bartholo.
J’entends : est bon…
Basile.
À garder.
Bartholo, surpris.
Ah ! ah !
Basile.
Oui, j’ai arrangé comme cela plusieurs petits proverbes avec des variations. Mais, allons au fait : à quoi vous arrêtez-vous ?
Bartholo.
En ma place, Basile, ne feriez-vous pas les derniers efforts pour la posséder ?
Basile.
Ma foi non, docteur. En toute espèce de biens, posséder est peu de chose ; c’est jouir qui rend heureux : mon avis est qu’épouser une femme dont on n’est point aimé, c’est s’exposer…
Bartholo.
Vous craindriez les accidents ?
Basile.
Hé, hé, monsieur… on en voit beaucoup cette année. Je ne ferais point violence à son cœur.
Bartholo.
Votre valet, Basile. Il vaut mieux qu’elle pleure de m’avoir, que moi je meure de ne l’avoir pas.
Basile.
Il y va de la vie ? Épousez, docteur, épousez.
Bartholo.
Ainsi ferai-je, et cette nuit même.
Basile.
Adieu donc. — Souvenez-vous, en parlant à la pupille, de les rendre tous plus noirs que l’enfer.
Bartholo.
Vous avez raison.
Basile.
La calomnie, docteur, la calomnie ! Il faut toujours en venir là.
Bartholo.
Voici la lettre de Rosine que cet Alonzo m’a remise, et il m’a montré, sans le vouloir, l’usage que j’en dois faire auprès d’elle.
Basile.
Adieu : nous serons tous ici à quatre heures.
Bartholo.
Pourquoi pas plus tôt ?
Basile.
Impossible ; le notaire est retenu.
Bartholo.
Pour un mariage ?
Basile.
Oui, chez le barbier Figaro ; c’est sa nièce qu’il marie.
Bartholo.
Sa nièce ? Il n’en a pas.
Basile.
Voilà ce qu’ils ont dit au notaire.
Bartholo.
Ce drôle est du complot : que diable !…
Basile.
Est-ce que vous penseriez…
Bartholo.
Ma foi, ces gens-là sont si alertes ! Tenez, mon ami, je ne suis pas tranquille. Retournez chez le notaire. Qu’il vienne ici sur-le-champ avec vous.
Basile.
Il pleut, il fait un temps du diable ; mais rien ne m’arrête pour vous servir. Que faites-vous donc ?
Bartholo.
Je vous reconduis ; n’ont-ils pas fait estropier tout mon monde par ce Figaro ! Je suis seul ici.
Basile.
J’ai ma lanterne.
Bartholo.
Tenez, Basile, voilà mon passe-partout ; je vous attends, je veille ; et vienne qui voudra, hors le notaire et vous, personne n’entrera de la nuit.
Basile.
Avec ces précautions, vous êtes sûr de votre fait.
Scène II
ROSINE, seule, sortant de sa chambre.
Il me semblait avoir entendu parler. Il est minuit sonné ; Lindor ne vient point ! Ce mauvais temps même était propre à le favoriser. Sûr de ne rencontrer personne… Ah ! Lindor ! si vous m’aviez trompée !… Quel bruit entends-je ?… dieux ! c’est mon tuteur. Rentrons.
Scène III
ROSINE, BARTHOLO.
Bartholo, tenant de la lumière.
Ah ! Rosine, puisque vous n’êtes pas encore rentrée dans votre appartement…
Rosine.
Je vais me retirer.
Bartholo.
Par le temps affreux qu’il fait, vous ne reposerez pas, et j’ai des choses très-pressées à vous dire.
Rosine.
Que me voulez-vous, monsieur ? n’est-ce donc pas assez d’être tourmentée le jour ?
Bartholo.
Rosine, écoutez-moi.
Rosine.
Demain je vous entendrai.
Bartholo.
Un moment, de grâce !
Rosine, à part.
S’il allait venir !
Bartholo lui montre sa lettre.
Connaissez-vous cette lettre ?
Rosine la reconnaît.
Ah ! grands dieux !…
Bartholo.
Mon intention, Rosine, n’est point de vous faire de reproches : à votre âge on peut s’égarer ; mais je suis votre ami, écoutez-moi.
Rosine.
Je n’en puis plus.