Le Barbier de Séville (page 9)
Compositeurs ! chantez comme il danse, et nous aurons, au lieu d’opéras, des mélodrames ! Mais j’entends mon éternel censeur (je ne sais plus s’il est d’ailleurs ou de Bouillon) qui me dit : Que prétend-on par ce tableau ? Je vois un talent supérieur, et non la danse en général. C’est dans sa marche ordinaire qu’il faut saisir un art pour le comparer, et non dans ses efforts les plus sublimes. N’avons-nous pas…
— Je l’arrête à mon tour. Eh quoi ! si je veux peindre un coursier et me former une juste idée de ce noble animal, irai-je le chercher hongre et vieux, gémissant au timon du fiacre, ou trottinant sous le plâtrier qui siffle ? Je le prends au haras, fier étalon, vigoureux, découplé, l’œil ardent, frappant la terre et soufflant le feu par les naseaux ; bondissant de désirs et d’impatience, ou fendant l’air qu’il électrise, et dont le brusque hennissement réjouit l’homme, et fait tressaillir toutes les cavales de la contrée. Tel est mon danseur.
Et quand je crayonne un art, c’est parmi les plus grands sujets qui l’exercent que j’entends choisir mes modèles ; tous les efforts du génie… Mais je m’éloigne trop de mon sujet ; revenons au Barbier de Séville… ou plutôt, monsieur, n’y revenons pas. C’est assez pour une bagatelle. Insensiblement je tomberais dans le défaut reproché trop justement à nos Français, de toujours faire de petites chansons sur les grandes affaires, et de grandes dissertations sur les petites.
Je suis, avec le plus profond respect,
Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
L’Auteur.