Vie de saint Alphonse-Marie de Liguori (page 47)
volonté. Le bienheureux Henri Suzo disait : " J'aime mieux être le ver le plus méprisable de la terre, par la volonté de Dieu, que
d'être un séraphin, par ma propre volonté. " Et sainte Thérèse : " Tout ce qu'il faut chercher dans l'exercice de l'oraison, c'est
de conformer sa volonté à celle de Dieu; en cela consiste la plus haute perfection. Celui qui excellera le plus dans cette
pratique, recevra de Dieu les plus grands dons, et fera le plus de progrès dans la vie intérieure. "
Oh ! de quel mérite est un acte de parfaite résignation à la volonté de Dieu ! il suffit pour faire un saint... L'objet de toutes nos
prières doit être d'obtenir la grâce d'exécuter fidèlement ce que la volonté divine exige de nous. C'est dans cette vue que nous
devons réclamer l'intercession de nos saints patrons et spécialement de la bienheureuse Vierge Marie , afin qu'ils nous
procurent la lumière et la force nécessaires pour nous conformer à la volonté dé Dieu en toutes choses, mais particulièrement en
acceptant de bon courr ce qui mortifie notre volonté propre..... Les maux temporels n'ont de mal que le nom ou que la réalité
que nous leur donnons par notre faute ; car si nous les recevions de la main de Dieu avec résignation , comme il convient , ils ne
seraient plus pour nous des maux, mais des biens... La plus grande satisfaction dont puisse jouir une âme , c'est de voir tous ses
désirs accomplis; car, celui qui veut en tout ce que Dieu veut, a tout ce qu'il veut, puisque tout arrive par la volonté de Dieu...
Celui qui se repose dans la volonté divine, qui se complaît dans tout ce que fait le Seigneur, est comme établi au-dessus des
nuages ; il voit sous ses pieds la tempête , sans en être atteint, ni troublé. "
" O Jésus , mon Rédempteur ! vous avez consumé votre vie sur la croix, dans les douleurs, pour opérer mon salut ! Je vous
offre, dès maintenant même, le sacrifice de ma vie, en acceptant la mort que vous m'enverrez, avec toutes les peines. et les
circonstances qui l’accompagneront. Mon Jésus ! j'unis, dès maintenant, ce sacrifice au grand sacrifice de votre vie, que vous
avez offert sur la croix. Je veux mourir pour faire votre volonté: Ah ! par les mérites de votre passion, donnez-moi la grâce
d'être toujours soumis aux dispositions de votre providence; et, quand la mort viendra , faites que je l'embrasse avec une
entière résignation à votre sainte volonté. Mon Jésus, je veux mourir pour vous plaire ; je veux mourir en disant: Que votre
volonté soit faite ! "
" O Marie ! ô ma mère ! c'est ainsi que vous avez terminé votre sainte vie ; obtenez-moi la grâce de terminer aussi la mienne
dans ces sentiments ! " (Préparation à la mort. XXXVI.)
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III. De la parfaite soumission à Dieu dans les plus grandes peines spirituelles.
" Les désolations d'esprit sont les peines les plus amères que puisse endurer une âme qui aime Dieu. Quand l'âme est inondée
de consolations divines, les douleurs, les maladies, les persécutions sont un baume pour elle; elle offre facilement ses
souffrances au Seigneur, et s'unit plus étroitement à lui. Le plus grand supplice dune âme qui aime Dieu, c'est de se voir sans
dévotion, sans désir, sans ferveur; de se trouver froide et sans goût dans la prière et à la Sainte-Table; " mais, dit sainte
Thérèse, Dieu ne leur envoie ce dégoût mortel que pour les éprouver. " Si elles continuent à marcher avec patience dans la
bonne voie, malgré cette froideur et ces angoisses, elles aiment Dieu véritablement. L'aridité et les tentations sont la pierre de
touche de l'âme. Croyez-vous que les saints aient toujours joui des consolations divines? Ils ont passé la plus grande partie de
leur vie dans les désolations et dans la privation des lumières célestes. L'expérience enseigne à nous défier de ces âmes qui
abondent en douceurs spirituelles: souvent elles ne font le bien que durant le cours des consolations ; quand l'aridité vient les
éprouver, elles abandonnent tout et tombent dans la tiédeur. " (Religieuse sanctifiée. XIII.)
" Lorsque l'âme est moralement sûre d'être dans la grâce de Dieu, fût-elle d'ailleurs privée à la fois des plaisirs du monde et de
ceux du ciel, elle est néanmoins contente de son état, sachant qu'elle aime Dieu et qu'elle est aimée de Dieu. Mais le Seigneur,
voulant la purifier davantage, et la dépouiller de toute satisfaction sensible, pour l'unir entièrement à lui, au moyen du pur amour,
que fait-il? Il la met dans le creuset de la désolation , la plus mère de toutes les peines possibles, intérieures et extérieures. Elle
demeure alors plongée dans des ténèbres si épaisses, qu'elle ne sait plus distinguer si elle est en état de grâce, et qu'il lui semble
ne plus trouver Dieu. Quelquefois même, elle est assaillie de fortes tentations, des sens, accompagnées de mouvements impurs ;
ou bien, elle st tourmentée par des pensées d'incrédulité, de désespoir, ou même de haine contre Dieu; elle s'imagine que Dieu
la repousse et n'écoute plus ses prières. D'un côté, les suggestions du démon sont violentes , et la concupiscence est vivement
excitée ; de l'autre , l'âme , au milieu d'une profonde obscurité , n'apprécie pas bien les résistances de sa volonté, ne discerne
pas suffisamment si elle résiste convenablement ou si elle consent à la tentation; dès lors, elle craint de plus en plus d'avoir
perdu Dieu et de se trouver totalement abandonnée de Dieu par un juste châtiment de ses infidélités dans le combat; il lui
semble enfin qu'elle est réduite à l'extrême malheur de ne plus aimer Dieu et d'être haïe de Dieu. Sainte Thérèse a subi cette
terrible épreuve; elle avoue que, dans cet état, loin de la consoler, la solitude était pour elle un tourment, et l'oraison lui
paraissait un enfer. "
" Quand cela arrive à une âme qui aime Dieu , elle ne doit point se décourager, et le directeur ne doit point s'en effrayer; ces
mouvements sensuels, ces tentations contre la foi et l'espérance, ces agitations qui la pbussent à la haine de Dieu, sont des
efforts de l'ennemi; et non des actes volontaires, ni par conséquent des péchés. L'âme qui aime véritablement Jésus-Christ,
résiste et ne consent nullement à ces suggestions; mais les ténèbres qui l'environnent ne lui permettent plus de rien distinguer et
la jettent dans le trouble; et, comme elle n'aperçoit plus la présence de la grâce, elle craint, elle se désole. On peut aisément
s'assurer que tout, dans les âmes ainsi éprouvées de Dieu, n'est que frayeur et appréhension, sans mal réel; qu'an leur demande;
même au plus fort du délaissement, si elles consentiraient à commettre un seul péché véniel de propos délibéré; elles répondront
sans hésiter qu'elles sont prêtes à souffrir la mort, non une fois, mais mille fois, plutôt que d'offenser Dieu. "
" Sainte Thérèse disait: " C'est par les aridités et les tentations que Dieu éprouve ceux qui l'aiment. Quand même cette épreuve
durerait toute la vie, une âme ne doit jamais abandonner l'oraison; un temps viendra où tout sera payé ! " On doit alors
s'humilier, dans la pensée qu'on mérite d'être ainsi traité à cause de ses péchés, et se résigner entièrement à la volonté de Dieu,
en lui disant : Me voici, Seigneur! Si vous voulez que je sois dans la désolation et l'affliction toute ma vie, et même toute
l'éternité, donnez-moi votre grâce, faites que je vous aime! Ensuite, disposez de moi comme il vous plaira! "
" Et il vous serait inutile, ce serait peut-être même augmenter votre inquiétude, de vouloir vous assurer que vous êtes en état de
grâce, que c'est une simple épreuve, et non pas un abandon de Dieu: car le Seigneur ne veut pas que vous ayez cette
connaissance; et, s'il ne le veut pas, c'est pour votre plus grand bien, c'est pour vous porter à vous humilier, à redoubler vos
prières et les actes de confiance en sa divine miséricorde. Vous voulez voir, et Dieu ne veut pas que vous voyiez. Oh! qu'ils
plaisent au coeur de Dieu, ces actes de confiance et de résignation au milieu des ténèbres de la désolation! Confions-nous en un
Dieu, qui, comme le dit sainte Thérèse, nous aime bien plus que nous ne nous aimons nous-mêmes. "
" Qu'elles se rassurent donc, ces âmes chéries de Dieu, qui sont bien résolues d'être entièrement à lui, et qui se voient en même
temps privées de toute consolation ! Leur désolation est une preuve que Dieu les aime beaucoup, et qu'il leur a préparé une
place en paradis, où les consolations sont pleines et éternelles! " (Pratique de l'amour envers Jésus-Christ, XIII.)
" Ce qui inquiète les personnes scrupuleuses, c'est la crainte d'agir, non avec un simple scrupule, mais avec une conscience
douteuse, et de tomber ainsi dans le péché. Qu'elles se persuadent, avant tout, qu'agir d'après les ordres d'un confesseur instruit
et pieux, non-seulement, ce n'est pas agir avec un doute, mais c'est agir avec la plus grande certitude possible sur la terre;
puisqu'elle est fondée sur la parole de Jésus-Christ, d'après laquelle, écouter ses ministres, c'est l'écouter lui-même. Il faut donc
avoir la ferme confiance qu'en obéissant à son confesseur, on est sûr de ne pas pécher. " Le remède le plus efficace pour les
scrupuleux, dit saint Bernard, c'est l'obéissance aveugle au confesseur. " Gerson ajoute: "Quelqu'un me dira : Plaise à Dieu que
j'aie un saint Bernard pour directeur! mais le mien est un sujet ordinaire. " Il répond : " C'est une erreur; car vous ne vous
confiez point à un homme plus ou moins habile , mais à celui que Dieu établit pour vous conduire; obéissez-lui donc comme à
Dieu même! " Outre le remède ordinaire qui est de s'abandonner en tout et pour tout au jugement de son confesseur, saint
Philippe de Néri en prescrivait un autre qui consiste à mépriser les scrupules. Il défendait aux personnes scrupuleuses de se
confesser souvent; et, lorsque, dans leurs confessions, elles revenaient sur leurs scrupules, il les envoyait à la communion sans
les écouter. "
" Que les âmes affligées de scrupules supportent donc avec résignation cette croix, et ne se découragent pas dans les plus
grandes peines, que Dieu envoie ou permet ordinairement pour leur avantage spirituel. C'est afin de les rendre plus humbles, de
les tenir plus en garde contre les occasions certainement et gravement dangereuses, de les porter à recourir plus souvent au
Seigneur; à se confier plus parfaitement à sa divine bonté. Qu'elles s'adressent fréquemment à Marie, appelée à juste titre la
Mère de la miséricorde et la Consolatrice des affligés. Qu'elles craignent le péché, quand elles le connaissent avec certitude;
mais, dès lors qu'elles ont la ferme résolution de mourir plutôt mille fois que de perdre la grâce de Dieu, qu'elles craignent
par-dessus tout de manquer à l'obéissance qu'elles doivent à leur directeur; qu'elles lui obéissent aveuglément; qu'elles soient
assurées que le Seigneur ne les abandonnera pas; car il veut le salut de tous les hommes, il aime les bonnes volontés, et ne
laisse jamais périr une âme vraiment obéissante. " (Des peines intérieures.)
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IV. De la parfaite soumission à la volonté de Dieu dans les peines extérieures.
" Dans la prospérité, les pécheurs mêmes savent se conformer à la volonté de Dieu; le propre des saints est de s'y conformer
égaiement dans les choses qui leur sont contraires et qui mortifient le plus l'amour-propre. Là, se fait voir la perfection de notre
amour pour Dieu. Le vénérable père Jean d'Avila disait : Un Dieu soit béni! dans les contrariétés, vaut mieux que mille actions
de grâces dans le succès. "
" Il faut se conformer à la volonté divine, non-seulement dans les maux qui viennent directement de Dieu, comme les maladies,
les revers de fortune, mais encore dans les maux qui arrivent par le moyen des hommes, tels que les mépris et les persécutions.
Observons' cependant que , dans le tort fait à nos biens, à notre honneur, Dieu ne veut pas le péché de celui qui nous offense; il
veut seulement notre humiliation, notre appauvrissement, notre mortification.... Aussi les choses fâcheuses, que nous appelons à
tort des maux, sont réellement des biens, quand nous les acceptons comme venant de la main divine.... Viennent la pauvreté, la
persécution, la maladie, la mort! Eh bien! je veux être pauvre, persécuté, malade; je veux mourir, parce que Dieu le veut ainsi!
Telle est la sainte liberté dont jouissent les enfants de Dieu; elle vaut mieux que les principautés et tous les royaumes de la terre.
... La vertu, il est vrai, ne nous rend pas insensibles; on ressentira bien quelque peine des contrariétés, mais seulement dans la
partie inférieure; la partie supérieure de l'esprit ne perdra pas la tranquillité, la paix y régnera toujours, tant que la volonté reste
unie à celle de Dieu! "
" Oh! quelle est la folie de ceux qui refusent de se soumettre à la volonté de Dieu! Ils n'ont pas moins à souffrir; ils souffrent
sans utilité; ou plutôt, ils augmentent les peines qui les attendent en l'autre vie, et les inquiétudes qui les tourmentent dans
celles-ci! Un malade crie dans ses douleurs; un pauvre murmure contre la Providence, il entre en fureur, il blasphème; que lui en
revient-il? un redoublement de son mal. " Faible mortel, s'écrie saint Augustin; que cherches-tu hors de Dieu? tâche de trouver
Dieu, unis-toi à Dieu, embrasse sa volonté sainte; et tu seras toujours heureux, dans cette vie et dans l'autre. "
" Mais venons à la pratique, et voyons en détail en quoi nous devons nous conformer à la volonté de Dieu.
" 1° Nous devons nous résigner dans les contrariétés naturelles qui viennent du dehors , comme le chaud, le froid, la pluie, les
maladies contagieuses.... Nous devons accepter tout comme il se présente, car c'est Dieu qui règle tout. "
" 2° Si nous avons des défauts naturels d'esprit ou de corps, une mauvaise mémoire, une santé délicate, ne nous en plaignons
pas. Avohs-nous mérité, Dieu était-il obligé de nous donner un plus grand esprit, un corps mieux fait? Qui sait si, avec plus de
talents, une santé plus robuste, un extérieur plus agréable, nous n'irions pas nous perdre? "
" 3° Il faut nous résigner surtout, dans les maladies corporelles , les supporter volontiers, de la manière et dans le temps, qu'il
plait à Dieu de nous les envoyer. Nous devons user des remèdes ordinaires, parce que Dieu le veut ainsi; mais, s'ils ne
produisent pas d'effet, unissons-nous à la volonté de Dieu, ce qui nous vaudra beaucoup mieux que la santé. Disons-lui alors:
Seigneur, je ne désire ni guérir ni rester malade; je veux uniquement ce que vous voulez. Sans doute, il est plus parfait de ne pas
se plaindre des douleurs; cependant, quand elles affligent fortement, ce n'est pas une faute de les communiquer à nos amis, ni
même de demander la délivrance au Seigneur. Jésus-Christ, au moment de subir sa douloureuse passion, découvrit à ses
disciples la tristessé mortelle de son âme, et supplia son Père de l'en délivrer; mais ce divin Sauveur nous enseigne en même
temps, par son exemple, ce que nous devons faire après de semblables prières, c'est-à-dire, nous résigner à la volonté divine,
en disant.: Néanmoins, qu'il soit fait, non comme je veux, mais comme vous voulez ! "
"4° Il faut encore savoir supporter la perte des personnes qui nous sont utiles, soit temporellement, soit spirituellement. "
Seigneur, vous m'aviez donné cet appui, et vous me le retirez; que votre volonté soit faite! Maintenant, venez vous-même à mon
secours ; enseignez-moi ce que je dois faire pour vous servir fidèlement! "
" 5° Il faut se résigner dans les désolations spirituelles. Ah ! direz-vous, si je savais que cette désolation vient de Dieu, je la
souffrirais en paix; mais ce qui m'inquiète et m'afflige, c'est la crainte qu'elle ne soit une suite de mes fautes, et un châtiment de
ma tiédeur. — Eh bien! cessez d'être tiède, et montrez plus de zèle 1 Contentez-vous de la manière dont Dieu vous traite ;
continuez l'oraison, poursuivez votre chemin , et craignez que vos plaintes ne viennent du peu d'humilité et du manque de
résignation à la volonté divine! Une semblable oraison, si pénible qu'elle soit, vous fera plus de bien que toutes les consolations!
"
6° Il faut surtout nous unir à la volonté de Dieu en ce qui regarde notre mort, soit pour le temps, soit pour la manière qu'il plaira
à Dieu de déterminer..... Chaque fois que nous pensons à la mort, disons toujours : Seigneur, pourvu que vous me sauviez,
faites-moi mourir comme il vous plait ! "
" En effet, qu'y a-t-il de plus précieux et de plus désirable pour nous, que d'acquérir, par une bonne mort, l'assurance de ne