Vie de saint Alphonse-Marie de Liguori (page 46)
l’Eglise n'a remporté un plus beau triomphe! "
Les émotions éveillées dans les coeurs catholiques par la canonisation des martyrs Japonais et par les circonstances
providentielles qui l'accompagnent, nous ont semblé rendre l'actualité aux solennités de la canonisation de saint Alphonse.
Nous avons donné à notre récit quelques développements , pour rappeler aux pieux lecteurs la beauté persévérante, et même
croissante , de la Religion, enfin pour montrer que les magnificences de l'église dans la canonisation des saints sont égalées par
la sagesse , la sûreté et la circonspection de ses procédés.
.
CHAPITRE XIV. Culte public décerné à saint Alphonse; espérance de le voir déclarer docteur de l'église; catalogue de ses
ouvrages.
Bientôt après, la bulle de canonisation était publiée dans le monde catholique: bulle magnifique où l'on retrace substantiellement
les grandes phases de la vie de saint Alphonse, ses vertus, ses miracles, et les principales opérations du procès. Presqu'en
même temps, Sa Sainteté portait le décret spécial sur le, culte publie, devenu bientôt obligatoire dans toute l'église.
La ville de Naples voulut honorer le Saint qu'elle a vu naître elle le choisit pour son patron, avec saint Janvier; lui dédia une
statue en argent; et fit une splendide fête napolitaine, pour cette inauguration. Un plus grand honneur encore était réservé dans
la capitale du monde chrétien au fondateur de la congrégation du très-saint-Rédempteur. Les fondateurs d'ordre reçoivent une
statue dans la basilique de Saint-Pierre. Une niche restait à remplir; bientôt elle reçut la statue de marbre blanc érigée au saint
instituteur par ses enfants. Elle est tellement colossale qu'un homme de la plus grande taille arrive à peine à ses genoux. Le saint
évêque est parfaitement représenté; un génie plein d'expression tient la crosse et la mitre. Ce beau travail est d'un artiste de
premier mérite.
Aujourd'hui, les oeuvres ascétiques de saint Liguori font les délices des âmes pieuses; ses oeuvres dogmatiques étendent leur
renommée hors de l'Italie; et sa Théologie morale est un des principaux oracles dans l'enseignement ecclésiastique.
Il est permis de former encore un voeu pour la gloire de l'humble Alphonse; le voir déclarer quelque jgur Docteur de l'église
par le souverain Pontife. Ce voeu peut devenir un espoir; un grand nombre de prélats ont déjà commencé la démarche, et le
saint paraît avoir rempli les conditions nécessaires : le savoir éminent , la haute sainteté; il manque la déclaration de l'église. Au
vicaire de Jésus-Christ il appartient d'ajouter cette auréole à la gloire du Confesseur-Pontife.
L'éminente sainteté a été décrite dans les vertus, les grandes actions et les miracles; le savoir éminent est consigné dans les
livres publiés par saint Alphonse. La liste en est vraiment étonnante; rien n'échappe à l'infatigable ouvrier. La modestie de
l'auteur les a privés du cachet de l'originalité: toutes les fois qu'une pensée avait été exprimée déjà par un écrivain ecclésiastique,
l'humble Alphonse adoptait l'expression d'autrui , sous la forme de citation. Aussi , ses ouvrages ont plutôt le caractère d'une
immense érudition. Tout y est clair, onctueux; abondant, solide , mais sans éclat , comme doit être, à son avis, la science des
Rédemptoristes. Mais la plus précieuse qualité, c'est l'approbation solennelle du Saint-Siège, qui déclare tous ces ouvrages à
l'abri de toute censure.
Nous en donnerons deux listes: l'une, d'après les années de la publication; l'autre, d'après la nouvelle traduction publiée
présentement , avec une sage lenteur , par le R. P. Dujardin , avec l'approbation du supérieur général.
Catalogue des ouvrages de saint Alphonse, d'après les années de publication.
I. Œuvres ascétiques.
1747. — Visites au Saint-Sacrement. — Aspirations. — Cantiques spirituels.
1750. — Gloires de Marie. — Divers opuscules en l'honneur de saint Joseph. — Avis sur la vocation religieuse. — Avis aux
diverses conditions de personnes. — Avis à un jeune homme; à une jeune personne, sur le choix d'un état.
1758. — Préparation à la mort.
1759. — Du grand moyen de la prière, première partie. — Sermons pour les dimanches. — Discours pour les temps de
calamité. — Discours sur la naissance du Sauveur.
1760. — Réflexions et affections; méditations et pratiques sur la Passion. — Selva , ou recueil de grandes vérités sur le
sacerdoce. — Instructions sur les missions. —- Instructions aux prêtres sur la prédication. — Lettres sur l'utilité des missions.
— Traité de la méditation et de la contemplation.
1768. — Pratique de l'amour de Jésus-Christ. — Réglement du chrétien; du père de famille. — Maximes, ou vérités éternelles.
Méditations pour huit jours d'exercices. — La messe et l'office mal dits. — Du sacrifice de l'autel. — Des cérémonies de la
messe. — Préparation et action de grâces. — Règlement de vie pour un prêtre; avis à un prêtre. — La religieuse sanctifiée, ou
la vraie épouse de Jésus-Christ. — Traits de feu, ou motifs d'aimer Jésus-Christ. — Opuscules relatifs aux religieuses. —
Neuvaine et méditations sur l'enfance de Jésus. — Neuvaine au Sacré-Coeur de Jésus. — Neuvaine au SaintEsprit. —
Neuvaine préparatoire aux fêtes de la sainte Vierge. — Octave du saint-Sacrement. — Neuvaine de saint Joseph. —
Neuvaine de sainte Thérèse. — Chemin de la croix. — Prières diverses.
1772. — Réflexions sur divers points de spiritualité. — Manière de converser continuellement avec Die . — Traité sur la
conformité à la volonté de Dieu. (Cette date n'est pas certaine pour cet opuscule excellent , il paraît plus ancien.) — Avis aux
âmes scrupuleuses; encouragements aux âmes désolées.
1774. — Paraphrase des psaumes et des cantiques de l'office divin.
1775. — Triomphe des martyrs. — Récit d'un miracle au sujet du Saint-Sacrement. — Vies des R. P. Caffaro et Sarnelli ; du
frère Vito-Curzio ; et de la soeur Marie Thérèse de Liguori. — Lettres et règlements pour le gouvernement de son diocèse. —
Lettres spirituelles. — Lettres et instructions aux religieux du saint Rédempteur.
1777. — La fidélité envers Dieu, garant de la fidélité envers les princes. — Réflexions utiles aux évêques. — Réglements pour
les séminaires. — Avis atix jeunes étudiants. — Opuscules relatifs à l'état religieux; sur l'utilité des exercices spirituels. — Avis
et méditations sur la vocation religieuse. — Avis aux Novices. — De l'amour divin. — Octave pour les morts. — Instructions
pour assister les moribonds et lés condamnés à mort. — Règles de la congrégation du saint Rédempteur. — Règles pour les
religieuses du saint Rédempteur.
II. Œuvres morales.
1753 et 1773. — Théologie morale. — Plusieurs opuscules relatifs à la Théologie morale.
1756. — L'homme apostolique, ou abrégé de la Théologie morale. — Instructions pratiques pour les confesseurs. —
Apologies et dissertations relatives à la Théologie morale.
1764. — Le bon confesseur. — Avertissements aux confesseurs.
1767. — Instructions sur le décalogue et les sacrements.
1768. — Dissertation sur l'honoraire des messes. — Diverses apologies et instructions sur la morale. — Abrégé de la doctrine
chrétienne.
III. Œuvres dogmatiques.
1759. — Du grand moyen de la prière , deuxième partie. — Immunité de l'Eglise.
1762. — Vérité de la foi rendue évidente par les signes de érédibilité. — Réfutation du livre de l'Esprit, et de la Prédication. —
Dissertations contre les matérialistes et les déistes. — Apologie de la communion fréquente.
1767. — Vérités de la foi, contre les matérialistes , les déistes et les sectaires. — Traité dogmatique contre les hérétiques.
1772. — Histoire des hérésies. — Dissertations sur les fins dernières. — Dissertation sur l'immaculée conception. —
Réfutation de Fébronius. — Réflexions sur les quatre articles de la déclaration gallicane.
Liste sommaire des oeuvres de saint Alphonse, nouvelle traduction par le R. P. Dujardin.
Edition en 43 volumes, in-12, chez Casterman, à Tournay.
I. Partie dogmatique.
1er , 2 e volume — Vérité de la foi.
3 e, 4 e, 5 e, e 6 e — Triomphe de l'Eglise , ou histoire et réfutation des hérésies.
7 e volume — Conduite admirable de la divine providence, dans la rédemption des hommes. Dissertation sur les fins dernières.
II. Partie morale.
1er à 10 e volume. — Theologia moralis.
11 e à 14e — — Homo apostolicus.
15e — — Compendium Theologia moralis.
16e — — Praxis confessarii. Institutio catechistica de praceptis et sacramenis.
17 e volume. — De usu moderato opinionis probabilis.
18 e — — Apologia.
III. Partie ascétique.
1er volume. — Préparation à la mort.
2 e — — Voie du salut et de la perfection.
3 e — — Grands moyens de salut et de perfection.
4 e , 5 e, 6 e — Amour des âmes.
7e , 8e — — Gloires de Marie, etc.
9 e — — Victoire des Martyrs.
10 e 11e — — La véritable épouse de Jésus-Christ, ou la Religieuse sanctifiée.
12e volume — Congrégation du T. — S. Rédempteur.
13e — — Selva. Dignité et devoirs du prêtre.
14e — — La sainte Messe
15e — — L'office divin.
16e — — La prédication.
17e — — Sermons pour les dimanches.
18e — — Aux évêques. Aux princes.
Le titre sommaire de chaque volume indique seulement les ouvrages principaux; les opuscules sont annexés d'après l'analogie
.
CHAPITRE XV. Conclusion du cinquième livre, tirée des ouvrages de saint Alphonse.
Explication de la suprême perfection de saint Alphonse dans ses dernières années, par l'idée qu'il s'était formée sur les fortes
vertus du christianisme.
I. La vie du chrétien est l'imitation du crucifix et des martyrs.
" Dieu nous a créés par amour; il nous comble de biens, et nous appelle à partager sa gloire. Il nous a donné la plus grande
preuve de son amour , en se faisant homme , en choisissant une vie de souffrances , en se livrant à une mort ignominieuse et
cruelle. Et nous; croirions-nous montrer notre amour à Jésus-Christ par une vie voluptueuse et mondaine? Dieu ne jouit pas de
nos souffrances; il n'est pas assez cruel pour mettre son plaisir à voir les douleurs, à entendre les gémissements de ses
créatures. Au contraire, plein d'une infinie bonté , il veut notre vrai bonheur; car tout nous montre sa douceur, sa bonté, sa
miséricorde envers ceux qui recourent à lui. Mais notre misérable condition de pécheurs, la reconnaissance envers Jésus-Christ
, exigent que nous renoncions pour l'amour de lui aux délices de la terre, que nous embrassions avec amour la croix qu'il nous
offre en cette vie. Pour nous engager à le suivre sur la voie, il nous précède, chargé d'une croix beaucoup plus lourde que les
nôtres, afin de nous conduire, après la mort, dans la véritable vie, dans le bonheur qui n'pura pas de fin. Dieu n'aime donc pas à
nous voir souffrir; mais, comme il est la véritable justice, il ne peut laisser nos fautes impunies. Ainsi, pour que la pénitence soit
faite, et que nous arrivions à la félicité éternelle, il veut que par la patience nous purifiions notre conscience et que nous
méritions le paradis. Quel plus doux moyen pouvait trouver sa divine providènce pour donner en même temps , à nous le
bonheur , à la justice pleine satisfaction? "
" La passion de Jésus-Christ fut entière et complète, considérée en elle-même; elle suffirait un million de fois pour sauver tous
les hommes; toutefois, pour que ses mérites nous soient appliqués, nous devons agir, de notre part, et souffrir avec patience les
croix que Dieu nous envoie pour nous conformer à notre chef... Aussi, il faut souffrir ; les croix nous attendent partout... Quel
saint pourrait entrer dans le ciel sans la croix, puisque la vie de Jésus-Christ, notre Rédempteur et notre guide, a été un
continuel martyre? Jésus innocent , le saint, le Fils de Dieu, a voulu souffrir toute sa vie ; et nous chercherions ici-bas le plaisir et
le repos ? Pour nous donner l'exemple de la patience, il s'est volontairement dévoué à l'ignominie, aux douleurs du corps et de
l'âme; et nous voudrions nous sauver sans souffrir, sans souffrir avec patience? Mais souffrir impatiemment , c'est double
martyre, martyre sans fruit accompagné de châtiment. Comment nous flatterons-nous d'aimer Jésus-Christ, si nous ne voulons
rien souffrir pour l'amour de celui qui a tant souffert pour l'amour de nous? Comment me dire disciple de Jésus crucifié, si je
repousse, ou si j'accepte malgré moi les fruits de la croix, les souffrances, les affronts , la pauvreté , les douleurs, les maladies ,
et tout ce qui mortifie l'amour de moi-même? "
" Jésus-Christ, dit saint Paul , voulut souffrir la mort, pour détruire par elle l'empire du démon qui avait la mort dans son
domaine, et pour nous délivrer de la crainte de la mort éternelle. Sentant que sa fin approchait, il voulut être sujet aux troubles ,
aux angoisses, afin que, si nous sommes troublés dans un pareil moment, nous ne soyons pas désespérés, en songeant qu'il s'y
est assujetti lui-même. Dans ces moments , l'enfer met tout-en oeuvre pour nous faire désespérer de la miséricorde divine, en
mettant sous nos yeux tous nos péchés; mais le souvenir de Jésus mourant nous donnera la force , la confiance dans ses
mérites, et nous verrons la mort sans effroi ! " (Réflexions sur la Passion, Ch. X)
" Ce qui donnait aux martyrs la force de mourir , c'était l'amour ardent qu'ils portaient à Jésus, roi des martyrs, qui a voulu
mourir de douleur, dans la désolation, sur la croix, pour notre amour. Le nombre des martyrs qui donnèrent leur vie pour la foi,
s'élève à onze millions... Oh! la belle moisson pour le ciel! O Dieu! quelle sera, au jugement dernier, la confusion des tyrans rt
des persécuteurs!... Quel sera aussi, dans ce jour de justice, le désespoir de tant de chrétiens morts dans le péché ; quand ils
verront tant de martyrs qui ont préféré perdre tous les biens terrestres, souffrir le comble des tourments et la plus cruelle mort,
pour ne point perdre leur Dieu, tandis qu'eux-mêmes, misérables esclaves d'un faux point d'honneur , d'un vil intérêt, ou d'un
plaisir coupable , ont méprisé la grâce divine et se sont perdus pour une éternité ! "
" A considérer les martyrs, on apprend à souffrir avec patience les contrariétés , les misères de la vie, la pauvreté, les douleurs,
les persécutions, les mépris, et tous les autres maux, bien légers en comparaison des maux endurés par les martyrs! Les saints
héros adoucissaient leurs peines, en pensant qu'ils faisaient la volonté de Dieu, en supportant la douleur pour l'amour de lui. Le
mérite du martyre appartient, non-seulement à celui qui meurt pour la foi, par la main du bourreau, mais encore à celui qui
accepte la mort naturelle, pour remplir la volonté divine, et pour faire le bon,plaisir de Dieu; ce qui est le plus grand acte de
vertu possible , puisque c'est se sacrifier tout entier à l'amour divin... Ainsi, autant de fois fon s'offre à souffrir la mort ou le
martyre, pour ,l'amour de Dieu, autant de fois on en gagne le mérite. "
" Aimons donc le Roi des martyrs, aimons le bon pasteur, qui a donné le premier avec tant d'amour sa vie pour ses brebis,
pour ses brebis ingrates. Si nous l'avons jusqu'ici payé d'ingratitude , tâçhons, tout le reste dé notre vie, de lui plaire, de l'aimer
de toutes nos forces. Pour y parvenir, ayons toujours les yeux sur Jésus crucifié; méditons chaque jour le martyre douloureux
que Jésus-Christ a souffert pour nous, martyre qui contient et surpasse infiniment tous les martyrs! La vue seule du crucifix nous
excitera à aimer, du moins par reconnaissance, un Dieu mort pour notre amour! - O Fils de Dieu, notre Rédempteur,
inspirez-nous, votre amour! O Marie, mère de Dieu, intercédez pour nous; obtenez-nous cet amour! Ainsi-soit-il! " (Triomphe
des Martyrs.)
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II. Pensées générales sur la parfaite conformité à la volonté de Dieu dans les grandes épreuves.
" Toute la perfection et le salut consistent dans l'amour de Dieu; toute la perfection de cet amour consiste dans la conformité de
notre volonté à celle de Dieu ; car , selon saint Denys l'Aréopagite, l'effet principal de l'amour est d'unir ceux qui s'aiment,
jusqu'au point d'en faire une seule âme , un seul coeur , une seule volonté. C'est surtout pour nous enseigner cette vérité par son
exemple, que notre Sauveur est descendu du ciel. Il dit,. en entrant dans le monde: " Mon père ! vous avez refusé les victimes
des hommes; et vous voulez que je vous sacrifie ce corps que vous m'avez donné ! Me voici , prêt à faire votre volonté ! "
" A son exemple , tous les saints, dans toutes leurs oeuvres, n'ont eu qu'un but, un désir unique: l'accomplissement de la divine