Breviloquium (Résumé de la foi catholique) (page 2)
6. Parce que la théologie traite de Dieu et du premier principe, parce que, comme la science et la doctrine la plus élevée, elle résout toutes choses en Dieu comme dans le principe premier et souverain, dans l’assignation des raisons, en tout ce qui est contenu dans ce petit traité, je me suis efforcé de chercher l’explication dont le premier principe pour montrer ainsi que la vérité de la sainte Ecriture vient de Dieu, traite de Dieu, est conforme à Dieu, a Dieu pour fin, de façon que justement cette science apparaisse une, ordonnée et, non à tort, nommée théologie.
Si l’on trouve en cet opuscule quoi que ce soit d’imparfait, d’obscur, de superflu ou de moins correct, qu’on m’en accorde le pardon à cause de mes occupations, de mon manque de temps et de la pauvreté de ma science. Si l’on y trouve quelque chose de correct, qu’on en rende à Dieu seul l’honneur et la gloire.
Pour que la suite apparaisse plus clairement, j’ai pris soin de présenter d’abord les titres particuliers des chapitres, afin d’en faciliter la mémoire et d’en rendre plus claire une vue d’ensemble. Ces chapitres sont groupés en sept parties et sont au nombre de soixante-douze.
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PARTIE I: LA TRINITE DE DIEU
Chapitre 1: Les sept parties de la théologie
Enoncé
1. Il faut comprendre pour commencer que la sainte doctrine, c’est-à-dire la théologie, qui parle principalement du premier principe, Dieu trois et un, traite dans son universalité de sept sujets:
1. La Trinité de Dieu.
2. Le monde créature de Dieu.
3. La corruption introduite par le péché.
4. L’incarnation du Verbe.
7. L’aboutissement du jugement final.
Explication
2. La sainte Ecriture ou théologie est la science qui donne une connaissance suffisante du premier principe pour l’homme ici-bas, selon que l'exige son salut. Or, Dieu n’est pas seulement le principe des choses et l’exemplaire effectif de la création, il est aussi principe et exemplaire réparateur dans la rédemption, principe et exemplaire perfectif dans la rétribution.
La théologie ne traite donc pas seulement de Dieu créateur, mais aussi de la création et de la créature. La créature raisonnable qui est d’une certaine façon, fin de toutes les autres créatures, n’a pas maintenu son état originel, mais en raison de sa chute a eu besoin d’être réparée; la théologie traite donc aussi de la corruption du péché, puis du médecin, de la santé et de la médecine, et enfin de la guérison parfaite qui sera donnée dans la gloire, tandis que les impies seront rejetés dans le châtiment.
La théologie est donc, et elle seule, la scier parfaite, puisqu’elle commence au commencement, qui est le premier principe, et parvient jusqu’au terme, la récompense éternelle. Elle commence au sommet, le Dieu très haut, créateur de toutes choses, et s’étend jusqu’au plus bas, le supplice de l’enfer.
3. Elle seule est la sagesse parfaite, car elle commence à la cause suprême, en tant que principe de tout ce qui a une cause, — là où se ter mine précisément la connaissance philosophique —, elle passe par la cause suprême qui est aussi remède des péchés, et retourne à la cause suprême en tant que celle-ci est la récompense des mérites et la fin des désirs.
Dans cet acte de connaissance se trouvent la par faite saveur, la vie, et le salut des âmes. C’est à s’y appliquer que doit donc s’enflammer le désir de tous les chrétiens.
4. Ainsi est-il manifeste que la théologie, qui traite de questions si nombreuses et diverses, ne constitue pourtant qu’une seule science, dont le sujet, tour à tour:
— est Dieu, de qui viennent tous les êtres,
— est le Christ, par qui tous passent,
— est l’oeuvre rédemptrice, vers laquelle tendent, est l’unique lien de la charité qui enserre et unit tous les êtres, célestes ou terrestres, est le donné de la foi en tant que tel, tout entier contenu dans les livres canoniques,
— est le donné de la foi en tant qu’il est intelligible, c’est ce dont traitent les livres des commentateurs comme le dit saint Augustin dans son traité De utilitate credendi: « ce que nous croyons, nous le devons à l’autorité, mais l’exercice de notre intelligence sur notre foi, nous le devons à notre raison »
Chapitre 2: Ce qu’il faut admettre sur la trinité des personnes et l’unité de l’essence.
1. Au sujet de la Trinité de Dieu, trois points sont à considérer: comment l’unité de substance et de nature s’accorde avec la pluralité des personnes, comment elle s’accorde avec la pluralité des apparitions, comment elle s’accorde avec la pluralité des appropriations.
Enoncé
2. Sur la pluralité des personnes dans l’unité de nature, la foi droite nous dit que dans une unique nature il y a trois personnes, le Père, le Fils et l’Esprit Saint. La première ne tient son origine d’aucune autre, la deuxième vient de la première par génération, la troisième de la première et de la deuxième par spiration ou procession. Mais la Trinité des personnes n’exclut pas de l’essence di vine une unité, une simplicité, une immensité, une éternité, une immutabilité, une nécessité, et encore une primauté souveraine. Qui plus est, elle inclut au plus haut point, fécondité, charité, libéralité, égalité, parenté, conformité et inséparabilité. La foi saine comprend que tout ceci se trouve dans la bienheureuse Trinité.
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Explication
3. La foi, parce qu’elle est principe du culte de Dieu et fondement de « la doctrine conforme à la piété », exige que l’on ait de Dieu un sens très haut et très pieux. On n’aurait pas de Dieu un sens très haut si l’on ne croyait pas que Dieu peut se communiquer souverainement. On n’aurait pas de lui un sens très pieux en croyant qu’il le pour rait et ne le voudrait pas. Ayant donc de Dieu un sens très haut jet très pieux, on dira qu’il se communique souverainement en ayant éternellement un aimé et un « autre-aimé-ensemble ». Ainsi Dieu est Un et Trine.
4. De cette foi qui veut un sens très pieux de Dieu, témoigne toute la sainte Ecriture, doctrine conforme à la piété. Car elle déclare que Dieu a un Fils qu’il aime souverainement, le Verbe égal à lui, « qu’il a engendré de toute éternité et dans lequel il a disposé toutes choses », par lequel il a produit toutes choses et les gouverne. Par lui fait chair, à cause de sa souveraine bonté, il a racheté les hommes de son sang précieux et a nourri l’homme racheté. Par lui, à la fin du monde, communiquant sa miséricorde souveraine, il libèrera de toute misère afin que par le Christ tous les élus soient les fils du Père souverain en qui toute piété sera consommée, celle de Dieu envers nous et la nôtre envers Dieu.
5. De cette foi en tant qu’elle veut un sens très haut de Dieu, non seulement la sainte Ecriture témoigne, mais aussi toute créature, selon ce que dit Augustin au livre XV De Trinitate, chapitre: « Non seulement l’autorité des livres divins professe que Dieu est, mais aussi toute la nature qui nous entoure et à laquelle nous appartenons, proclame qu’elle a un créateur munificent qui nous a donné un esprit et une raison naturelle par laquelle nous jugeons préférables les vivants aux non-vivants, les êtres doués de sens à ceux qui n’en ont pas, les êtres intelligents à ceux qui ne le sont pas, les êtres immortels aux mortels, les êtres doués de puissance aux impuissants, les justes aux injustes, les êtres beaux aux difformes, les bons aux mauvais, les incorruptibles aux êtres sujets à la corruption, les êtres immuables aux êtres changeants, les choses invisibles aux visibles, les êtres incorporels aux corporels, les bienheureux aux misérables.
Et ainsi, puisque sans l’ombre d’un doute, avant les êtres créés nous plaçons le créateur, il faut que nous proclamions qu’il vit en plénitude, qu’il pense et comprend toutes choses, qu’il ne peut ni mourir ni se corrompre, ni changer, qu’il n’a pas de corps mais est un esprit tout puissant, très juste, très beau et très heureux »
Voici incluses dans ces douze termes les très hautes prérogatives de l’être divin. Saint Augustin montre ensuite que ces douze se réduisent à trois:
l’éternité, la sagesse et la béatitude, et ces trois se réduisent à une seule, la sagesse qui comprend un esprit engendrant, le Verbe engendré, et l’Amour reliant l’un et l’autre; en eux, la foi le déclare, se tient la Trinité bienheureuse. Et parce que la souveraine sagesse suppose la Trinité, elle suppose en même temps toutes les nobles conditions précédemment énumérées, l’unité, la simplicité et les autres. Il est nécessaire que toutes les prérogatives susdites de l’être divin s’accordent avec la bien heureuse Trinité.
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Chapitre 3: L’intelligence sensée de cette foi.
Enoncé
1. Pour l’intelligence sensée de cette foi, la théologie enseigne qu’en Dieu, il y a
— deux émanations
— trois hypostases
— quatre relations
— cinq notions
— et seulement trois propriétés personnelles.
Explication
2. Le premier et souverain principe, par le seul fait qu’il est premier, est absolument simple. Par le fait qu’il est souverain, il est très parfait. Donc il se communique parfaitement parce que parfait, et conserve une indivision absolue puisque souverainement simple. Etant sauve l’unité de nature, il y a donc en lui des modes parfaits d’émanation. Or il n’existe que deux modes parfaits d’émanation, selon la nature et selon la volonté. Le premier est la génération, le second la spiration ou procession. Ces deux modes se trouvent donc en Dieu.
3. Par ces deux émanations substantielles, émanent nécessairement deux hypostases; il est nécessaire aussi de poser une première hypostase qui, produisant en premier, n’émane d’aucune autre — sinon il faudrait remonter à l’infini. Il existe donc en Dieu trois hypostases.
4. A chaque émanation répond une double relation. Il y a donc en Dieu quatre relations, la paternité, la filiation, la spiration et la procession.
5. Par ces relations, les hypostases divines se font connaître à nous. Mais la première hypostase en qui se trouve la raison première de toute origine, se fait connaître à nous par le fait qu’elle n’a pas elle-même d’origine. C’est là sa propre excellence. Nous comptons ainsi cinq notions: les quatre relations susdites et en plus, l’innascibilité.
6. Chaque personne possède une propriété par laquelle elle est principalement connue. Il n’y a donc que trois propriétés personnelles qui sont exprimées proprement et principalement par les noms Père, Fils, et Saint-Esprit.
7. Le propre du Père est d’être innascible ou inengendré, d’être principe sans principe, et d’être Père. L’innascibilité le désigne négativement, bien que conséquemment le sens en soit positif, car elle suppose dans le Père la plénitude fontale. Principe sans principe désigne le Père positivement et négativement. Père le désigne proprement, d’une manière complète et déterminée, par une affirmation positive qui dit en même temps une relation.
8. De même, le Fils est Image, Verbe et Fils. Image désigne la personne comme similitude exprimée,
Verbe comme similitude expressive, Fils comme similitude hypostatique, Image comme similitude conforme, Verbe comme similitude intellectuelle, Fils comme similitude connaturelle
9. L’Esprit
Saint est proprement le Don, il est le lien ou charité des deux, il est aussi l’Esprit Saint. Don le désigne comme étant volontairement donné, Charité ou lien, comme étant donné volontairement et à titre de principe, Esprit Saint, comme donné volontaire, principal et hypostatique.
De là, ces trois noms, Père, Fils, Saint Esprit nous conduisent aux propriétés personnelles des trois personnes. Tel est ce qu’il faut tenir pour l’intelligence sensée de la foi à la Trinité.
Chapitre 4: L’expression catholique de cette foi
Enoncé
1. Voici, selon les documents des saints docteurs, l’expression catholique de cette foi: quand on parle des personnes divines,
— il y a deux modes de prédication, soit quant à la substance, soit quant à la relation; trois modes de supposition on vise l’essence, ou la personne, ou la notion;
— quatre modes de désignation de la substance, par le nom d’essence, par le nom de substance, par le nom de personne, et par le nom d’hypostase;
— cinq modes de parler, quis (la personne), qui (le suppôt), quae (la notion), quod (la substance) et quid (la quiddité).
— trois modes de différenciation: différence dans la façon d’exister (c’est-à-dire selon l’origine), différence dans la situation (relative ou non), différence dans la connaissance que nous en avons.
Explication
2. Le premier principe est parfait en même temps que très simple. Tout ce qui implique une perfection doit être affirmé de lui proprement et vraiment. Mais on ne peut affirmer à son sujet quoi que ce soit qui comporte quelqu’imperfection, à moins que cette affirmation ne concerne la nature humaine assumée (par le Verbe), ou qu’on ne veuille parler dans un sens métaphorique.
Il y a dix catégories, la substance, la quantité, la relation, la qualité, l’action, la passion, le lieu, le temps, la situation et l’avoir Les cinq dernières, parce qu’elles concernent en propre les choses corporelles ou sujettes au changement, ne peu vent être attribuées à Dieu sinon par transposition et par manière de figure. Mais les cinq premières sont attribuées à Dieu en ce qu’elles signifient sa perfection sans cependant contrarier sa simplicité divine. C’est pourquoi ces catégories sont identiquement ce dont elles sont affirmées; et ainsi, par comparaison avec le sujet en qui elles sont, on dit qu’elles passent dans la substance en s’identifiant avec elle, sauf cependant la relation. Celle-ci en effet a deux termes de comparaison, le sujet en qui elle se trouve et le terme auquel elle se rapporte. Elle passe, en effet, dans la substance pour ne pas y introduire de composition, et néanmoins de meure pour fonder la distinction. C’est pourquoi (selon Boèce) « l’unité réside dans la substance, et la Trinité trouve son nombre dans la relation ».
En conséquence, il ne reste ici que deux modes différents de prédication, dont on peut donner la règle Suivante:
— ce qui est affirmé selon la substance est affirmé par le fait même de toutes les personnes, une
à une, ensemble ou isolément.
— ce qui est affirmé selon la relation n’est pas affirmé des trois personnes, et i on l’affirme de plus d’une, pluralement, c’est en tant qu’elles sont relatives, distinctes, semblables, égales, à cause de leur relation intrinsèque.
— Quant au nom de Trinité, il comprend à la fois les deux modes de prédication, selon la substance et selon la relation
3. Et parce qu’il peut y avoir plusieurs relations dans une seule personne comme il y a plu sieurs personnes dans une seule nature, la distinction des notions n’implique pas la diversification de la personne dont on parie, pas plus que la distinction des personnes n’entraîne la multiplication de la nature. Et c’est pourquoi ne convient pas à l’essence ce qui convient à la notion ou à la personne, ni inversement. En conséquence de quoi, il y a trois façons de « supposer » dont on a coutume de donner la règle suivante:
— Si l’on suppose l’essence, on ne suppose pas en même temps la notion ni la personne;
— si l’on suppose la notion, on ne suppose pas en même temps l’essence ni la personne;
— si l’on suppose la personne, on ne suppose pas en même temps l’essence ni la notion; comme le montrent les exemples.
4. Tandis que l’essence demeure unique, on trouve une vraie distinction dans les suppôts de la substance. Il faut donc qu’ici la substance soit désignée de plusieurs façons, soit en tant qu’elle est communicable, soit en tant qu’incommunicable.
En tant qu’elle est communicable, on la désigne dans l’abstrait par le nom d’essence, et dans le concret par le nom de substance; en tant qu’in communicable, soit par le nom d’hypostase, si elle est susceptible de distinction, soit par le nom de personne, si elle est effectivement distincte. Ou bien, en d’autres termes, si elle est distincte de quelque façon, c’est l’hypostase, si elle est claire ment et parfaitement distincte, c’est la personne. Voici des exemples tirés de la créature: humanité, homme, un certain homme, Pierre. Le premier mot dit l’essence, le deuxième la substance, le troisième l’hypostase, le quatrième la personne.
5. Dans la personne qui est distinguée, on ne considère pas seulement celui qui est distingué, mais aussi ce par quoi il est distinct. C’est la propriété ou notion. Il y a donc nécessairement cinq manières de parler ou de s’enquérir des personnes divines: quis pour la personne, qui pour l’hypostase parce qu’elle est, sans plus de précision, le suppôt de la substance, quae pour la notion, quod pour la substance, quid ou quo pour l’essence.
6. Tous ces modes s’enracinent dans l’unité de l’essence divine, car tout ce qui est en Dieu est Dieu lui-même seul et un Ces modes ne posent donc ici de différence ni selon l’essence, ni selon l’être.
C’est pourquoi il y a en Dieu que trois manières de se différencier, selon les modes d’être ou d’émaner, ainsi une personne diffère-t-elle d’une personne; selon les modes d’être en relation, ainsi la personne diffère de l’essence car une personne se réfère à une autre, elle en est donc distinguée, mais l’essence ne se réfère pas à une autre, il n’y a donc pas lieu à distinction; enfin selon les modes dont nous pensons Dieu, ainsi une propriété substantielle diffère d’une autre, par exemple la bonté et la sagesse.
La première différence est la plus grande qui puisse être trouvée en Dieu, c’est celle qu’il y a entre les suppôts, au point que l’un ne peut être nommé pour l’autre. La deuxième différence est plus petite car elle est entre les attributs, bien que l’un d’eux puisse être affirmé d’un autre, comme la personne peut l’être de l’essence, quelque chose cependant est affirmé de l’un qui ne l’est pas de l’autre, par exemple: la personne est distincte et relative à une autre personne, l’essence non.
La troisième différence, celle qui est dans les connotés, est la plus petite. Car même si l’on peut employer l’un pour l’autre et réciproquement, et dire la même chose de l’un et de l’autre, cependant la même chose n’est pas connotée de part et d’autre et tout te qui est signifié par deux connotés ne peut pas être compris à la lumière d’un seul.
Du premier mode de différenciation sort la pluralité des personnes; du deuxième mode, la pluralité des affirmations concernant la substance et les relations; du troisième mode, la pluralité des propriétés essentielles et des notions, soit de toute éternité, soit dans le temps, soit proprement, soit métaphoriquement, soit communément, soit par appropriation Les exemples en sont manifestes. Si l’on comprend ceci, alors apparaît ce qu’il faut penser et comment il faut parler de la souveraine Trinité des personnes divines.
Chapitre 5: L’unité de la nature divine dans ses multiples apparitions
Enoncé
1. On doit tenir selon la divine doctrine que:
— Dieu est sans limite, invisible et immuable;
— Néanmoins, -il habite spécialement dans les hommes sanctifiés;
— Il -a apparu aux Patriarches et aux Prophètes;
— Il est descendu des cieux;
— Il a envoyé son Fils et son Esprit Saint pour le salut du genre humain.
Bien qu’en Dieu la nature, la puissance et l’opération de la Trinité soient indivises, cependant la mission ou l’apparition de l’une des personnes n’est pas la mission ou l’apparition d’une autre.
Bien qu’aussi demeure en Dieu une souveraine égalité, cependant seul le Père envoie sans être envoyé, l’Esprit Saint est seulement envoyé par rap port aux deux autres personnes, encore que parfois on dise de lui qu’il envoie l’homme assumé; mais le Fils envoie et est envoyé, comme on peut le lire dans l’Ecriture
Explication
2. Bien que le premier principe soit immense et sans limites, bien qu’il soit incorporel et invisible, bien qu’il soit éternel et immuable, il est ce pendant le principe des choses spirituelles et corporelles, naturelles et surnaturelles, et par là des choses sujettes au changement, des choses sensibles et limitées. Par elles, il se rend manifeste et se fait connaître, bien qu’il soit lui-même immuable, insensible, et sans limites. Il se rend manifeste et se fait connaître en général par l’universalité des effets émanant de lui dans lesquels il est si l’on peut dire par son essence, sa puissance et sa présence, ce qui s’étend à toutes les choses créées. Il se fait spécialement connaître par certains effets qui conduisent spécialement à lui, en raison des quels il est dit habiter, apparaître, descendre, être envoyé et envoyer.
— Habiter désigne un effet spirituel auquel ré pond une acceptation, comme l’est l’effet de la grâce sanctifiante qui rend semblable à Dieu, conduit à Dieu et nous fait posséder Dieu et nous fait en Dieu possédés: par là Dieu habite en nous. Par ce que l’effet de la grâce est commun à toutes les personnes, l’une d’elles n’habite pas sans les autres, c’est toute la Trinité qui habite en nous.
3. —
Apparaître désigne un effet sensible avec une signification exprimée, comme l’Esprit Saint apparaissant sous la forme d’une colombe. Or les personnes divines sont distinctes, elles peuvent donc être distinguées par des signes et des noms. Donc chaque personne peut apparaître par elle-même et toutes ensemble, ou chacune d’elles peut faire l’objet d’une apparition. Ainsi quand on dit que l’Esprit Saint a apparu sous la forme de langues de feu ou d’une colombe, ce n’est pas à cause d’un nouveau lien ou d’un effet spécial, mais à cause de l’union qui existe entre celui qui est signifié et le signe à lui assigné conformément au mode et à l’origine.
4. —
Descendre signifie chacun des deux effets précédents en y incluant une idée de commence ment. Car Dieu est toujours présent aux anges bienheureux dans les cieux, car il habite toujours en eux et leur apparaît. Mais aux pécheurs sur cette terre, il est comme absent quant à la grâce et quant à la connaissance qu’ils ont de lui. Donc, lorsqu’il a commencé d’apparaître ou d’habiter, de présent dans les cieux et comme absent à nous, il devient présent sur terre. Bien qu’il n’y ait en lui aucune mutation, cependant, pour nous, il est dit descendre.
5. —
Etre envoyé signifie les effets précédents avec l’idée de production éternelle. Car lorsque le Père envoie le Fils en le rendant présent à nous par la connaissance ou la grâce, il insinue que le Fils procède de lui. Et parce que le Père ne procède de personne, il ne peut donc jamais être dit envoyé Le Fils, par contre, produit et est produit, il envoie donc et est envoyé. Quant à l’Esprit Saint, il est éternellement produit mais il ne produit que dans le temps. Il est donc proprement envoyé, mais en voyer ne lui revient qu’à l’égard de la créature.
D’où il apparaît que les propositions suivantes sont impropres et à rejeter: l’Esprit Saint s’envoie lui-même, l’Esprit Saint envoie le Fils, le Fils s’en voie lui-même, sauf si l’on veut parler du Fils en tant que né de la Vierge.
Il est clair aussi qu’envoyer et être envoyé ne conviennent pas à tous, car ces mots qui signifient un effet dans la créature expriment d’abord une relation intrinsèque de sorte qu’envoyer signifie l’autorité, être envoyé la « sous-autorité » quant à la procession éternelle intrinsèque.
Chapitre 6: L’unité de la nature divine dans ses multiples appropriations.
Enoncé
Selon l’enseignement de la sainte Ecriture, que toutes les propriétés essentielles conviennent également et indifféremment aux trois personnes,
— L’unité est cependant appropriée au Père, vérité au Fils, la bonté à l’Esprit Saint;
— A partir de là on tire, selon saint Hilaire, une seconde série d’appropriations: « l’éternité au
Père, la beauté à l’Image, la jouissance au Don ».
— Et de là une troisième série: au Père d’être la raison même de toute principiation, au Fils d’être la raison de toute exemplarité, au SaintEsprit d’être la raison de tout achèvement.
— Enfin une quatrième série: au Père la toute-puissance, au Fils l’omniscience, au Saint Esprit la bienveillance.
On dit que ces attributs sont appropriés ion parce qu’ils deviennent propres alors qu’ils demeurent communs, mais parce qu’ils nous conduisent à l’intelligence et à la connaissance des propriétés, c’est-à-dire; des trois personnes.
Explication
2. Le premier principe est noble et parfait. Les conditions de l’être, les plus nobles et les plus générales sont donc suprêmement en lui. Ce sont l’un, le vrai, le bien qui n'affectent pas l’être selon les suppôts mais selon notre raison. Car l’un désigne l’être en tant qu’il est connumérable, du fait qu’en lui-même il n’est plus susceptible de division; le vrai en tant qu’il est connaissable, parce qu’il n’est pas susceptible d’être divisé de sa propre espèce; le bien en tant que communicable parce qu’il n’est pas susceptible d’être divisé de sa propre espèce; Or, cette triple indivision comporte un ordre logique de sorte que le vrai présuppose l’un, et le bien présuppose l’un et le vrai. Ces conditions sont attribuées au premier principe, souverainement, par ce qu’elles sont parfaites et générales. Elles sont appropriées aux trois personnes parce qu’ordonnées l’une à l’autre. L’un souverain est approprié au Père, origine des personnes; le vrai souverain au Fils, qui vient du Père en tant que Verbe; Te bien souverain à l’Esprit Saint, qui vient des deux en tant qu’Amour et Don.
3. L’un souverain est souverainement premier parce qu’il manque de tout commencement, le vrai souverain est souverainement égal et beau, le bien souverain est souverainement utile et profitable. De là vient la seconde appropriation de saint Hilaire, l’éternité dans le Père qui n’a pas de commence ment mais est absolument premier, la beauté dans l’Image, c’est-à-dire dans le Verbe car il est souverainement beau, la jouissance dans le Don, c’est-à-dire dans l’Esprit Saint, parce qu’il est souveraine ment profitable et communicatif. Augustin insinue la même chose en termes différents: Dans le Père l’unité, dans le Fils l’égalité, dans l’Esprit Saint la concorde de l’unité et de l’égalité »
4. Ce qui est souverainement un et premier possède la raison d’être le principe et l’origine. Ce qui est souverainement beau possède la raison d’exprimer et d’être exemplaire; ce qui est souverainement profitable et bon possède la raison d’être la fin, car le bien et la fin sont une seule et même chose. Donc, ressort la troisième raison d’appropriation: l’efficience au Père, l’exemplarité au Fils, la finalité à l’Esprit Saint.
5. Du principe premier et souverain découle tout pouvoir, du premier et souverain exemplaire tout savoir, de la fin souveraine tout vouloir Il est donc nécessaire que le premier soit tout-puissant, omniscient et bienveillant. L’unité première et souveraine, revenant sur elle-même par un retour complet et parfait est toute-puissante, de même la vérité revenant sur elle-même est omnisciente et la bonté revenant sur elle-même atteint la plus haute bienveillance. Ces attributs sont appropriés parce qu’ils insinuent un ordre. Car la volonté donne d’entrer préalablement dans la connaissance, la volonté et la connaissance présupposent une puissance et une vertu, car « pouvoir savoir, c’est un pouvoir»
Ce raisonnement manifeste les appropriés, les personnes auxquelles ils sont appropriés et la raison de ces appropriations. Les derniers attributs, puissance, sagesse et volonté sont surtout ceux par lesquels la sainte Ecriture glorifie la souveraine Trinité. II faut donc en parler maintenant brièvement.
Chapitre 7: La toute-puissance de Dieu
Enoncé
1. Dieu est tout-puissant de telle sorte cependant que ne lui sont pas attribués les actes coupables, comme mentir ou vouloir le mal, ni les actes pénaux, (c’est-à-dire consécutifs au péché originel) comme craindre et souffrir, ni l actes corporels ou matériels, comme dormir et marcher, sinon par métaphore, ni les actes contradictoires, comme pouvoir faire plus grand que soi, ou un autre Dieu égal à soi, ou un infini en acte, et autres choses semblables car, comme dit Anselme: « tout ce qui ne convient pas, fût-ce quelque chose de minime, est impossible en Dieu ». Bien qu’il ne puisse faire ces choses, Dieu est cependant tout-puissant proprement et parfaitement.
Explication
2. Le premier principe est puissant d’une puissance qui est pure et simple. C’est pourquoi l’adjectif distributif qu’on y ajoute « tout » (toute puissance) concerne toutes ces choses pour les quelles pouvoir est pouvoir purement et simple ment. Ces choses sortent d’une puissance à la fois complète et ordonnée.
J’appelle puissance complète celle qui ne peut défaillir ni succomber ni manquer de quoi que ce soit. Or la puissance défaille en péchant, succombe en souffrant, inclut l’indigence dans les actions corporelles. La puissance divine, parce que souveraine et parfaite, ne vient donc pas du néant, n’est subordonnée à rien et n’a besoin de rien d’autre, et par là elle ne peut opérer d’actes coupables, ni d’actes pénaux ni d’actes matériels. Et ceci parce qu’elle est puissance complète.
3. Il y a trois aspects selon lesquels la puissance peut être dite ordonnée
— selon l’acte
— selon l’aptitude du côté de la créature
— selon l’aptitude du côté de la seule incréée.
Ce qui est possible à la puissance sous le premier aspect est non seulement possible mais actuel.
Ce qui est possible à la puissance sous le deuxième aspect et non sous le premier, est possible pure ment et simplement bien que non actuel.
Ce qui est possible à la puissance sous le troisième aspect, et non sous le premier et le deuxième, est possible à Dieu mais impossible à la créature.
Ce qui n’est possible sous aucun des aspects précédents, comme par exemple ce qui répugne directement à l’ordre selon les raisons et les causes primordiales et éternelles est impossible purement et simplement: que Dieu fasse un infini en acte, qu’il fasse qu’un être Soit en même temps qu’il n’est absolument pas, qu’il fasse que ce qui a été n’ait pas été, et autres choses semblables. Pouvoir ainsi est contre l’ordre et la perfection de la puissance divine.
De ceci apparaît tout ce qui a trait à la puissance divine. Il apparaît aussi ce qui doit être appelé possible purement et simplement, et impossible purement et simplement. Il apparaît enfin que l’impossibilité de faire certaines choses ne contredit pas la vraie toute-puissance.
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Chapitre 1: La sagesse, la prédestination et la prescience de Dieu
1. La sagesse divine connaît clairement toutes les choses bonnes et mauvaises, passées, présentes et futures, actuelles et possibles et par là les choses qui nous sont incompréhensibles et les infinies. Elle les connaît cependant de telle sorte qu’en Dieu la sagesse n’est nullement diversifiée bien qu’elle soit assortie de divers noms.
Enoncé
En effet, en tant qu’elle connaît tous les possibles, on l’appelle science ou connaissance,
En tant qu’elle connaît tout ce qui arrive dans l’univers, on l’appelle vision,
En tant qu’elle connaît tout ce qui est bien, on l’appelle approbation,
En tant qu’elle connaît tout ce qui arrivera, on l’appelle prescience ou prévision,
En tant qu’elle connaît tout ce que Dieu fera, on l’appelle disposition,
En tant qu’elle connaît tout ce qui est digne de récompense, on l’appelle prédestination,
En tant qu’elle connaît tout ce qui mérite d’être condamné, on l’appelle réprobation.
2. Or, elle n’est pas seulement connaissance, mais aussi raison du connaître. Donc, en tant qu’elle est raison de connaître toutes les choses connues, on l'appelle lumière.
En tant qu’elle est raison de connaître les choses vues et approuvées, on l’appelle miroir.
En tant qu’elle est raison de connaître les choses prévues et disposées, on l’appelle exemplaire.
En tant qu’elle est raison de connaître les choses prédestinées et réprouvées, on l’appelle livre de vie.
Le livre de vie se rapporte donc aux choses en tant qu’elles retournent à Dieu.
l’exemplaire, en tant qu’elles sortent de lui, le miroir, en tant qu’elles se passent devant la lumière se rapporte à toutes les choses.
A l’exemplaire se rapporte l’idée, le verbe, l’art et la raison l’idée selon l’acte qui prévoit, le verbe selon l’acte qui propose, l’art selon l’acte qui réalise,
la raison selon l’acte qui achève, parce que s’y ajoute l’intention de la fin.
Mais parce que tous ces actes sont un en Dieu, l’un est fréquemment pris pour un autre.
3. Et bien que la sagesse divine en raison de la diversité des objets de connaissance soit assortie de divers noms, elle n’est cependant pas diversifiée pour une raison intrinsèque. Car elle connaît infailliblement les contingents, immuablement les choses sujettes au changement, les futurs comme étant présents, éternellement les choses temporelles, les choses dépendantes d’une manière indépendante, les choses créées d’une connaissance incréée, les choses autres qu’elle-même, en elle-même, et par elle-même.
Et puisque la sagesse divine connaît les contingents infailliblement, la liberté et la possibilité qu’a la volonté créée de changer ses décisions existent en même temps que la prédestination et la prescience.
Explication
4. Le premier principe, par le fait qu’il est premier et souverain, possède une connaissance à la fois simple et parfaite.
Parce que cette connaissance est parfaite, elle connaît toutes choses distinctement sous toutes les conditions que les choses ont ou peuvent avoir. Elle connaît donc les futures comme futures, les présentes comme présentes, elle sait les choses bonnes qui doivent être récompensées et les mauvaises réprouvées. De là, elle est assortie de divers noms selon qu’il a été dit plus haut.
5. Mais la perfection de la sagesse subsiste avec la souveraine simplicité. De là, elle connaît toutes les choses autres qu’elle-même, en elle-même et par elle-même.
Il suit de là qu’elle connaît les choses créées d’une manière incréée, les choses qui dépendent d’autres, d’une manière indépendante,
les choses temporelles dans l’éternité,
les futures dans le présent,
les choses sujettes au changement, immuablement,
les contingents infailliblement.