Breviloquium (Résumé de la foi catholique) (page 3)
6. Ainsi les contingents, demeurant contingents, n’en sont pas moins infailliblement prévus par la sagesse divine, tant les contingents qui sont soumis à la nature que ceux qui sont soumis à la liberté de la volonté humaine.
De là, celui qui veut comprendre vraiment comment demeurent en même temps la liberté de la volonté créée et l’infaillibilité de la prédestination éternelle, doit commencer à résoudre le dernier degré puis remonter les sept degrés susmentionnés jusqu’à la première proposition que nous avons établie, à savoir que le premier principe connaît parfaitement toutes choses par lui-même, ce qui est certainement vrai. A partir de cette proposition, se conclut par un raisonnement infaillible tout ce qui a été dit plus haut.
7. De même que la certitude de la connaissance divine coexiste avec la contingence des choses connues, parce que la sagesse divine est à la fois simple et parfaite, ainsi, pour la même raison, l’unité de la sagesse divine demeure en même temps que la diversité des raisons et des idées. En effet, la sagesse divine est parfaite, elle connaît donc distinctement toutes choses et chacune, les représente toutes distinctement et parfaitement. On dit donc qu’elle possède de chacune, des raisons et des idées comme similitudes parfaitement expressives de ces choses.
Parce que la sagesse divine est simple, toutes ces similitudes sont une en elle. Il s’ensuit que de même que Dieu, par sa puissance une, produit dans le temps, tous les êtres selon leur parfaite intégrité, ainsi en une unique vérité exprime-t-il toutes choses éternellement. Et de même qu’en Dieu très-haut et tout-puissant, une est l’opération active considérée en elle-même, cependant on dit qu’il y a plusieurs productions à cause de la pluralité des choses produites; ainsi une est la vérité de l’acte unique d’intelligence en Dieu et cependant on distingue plusieurs similitudes, idées et raisons, à cause de la pluralité des choses pensées ou existantes, ou futures ou possibles. Ces raisons ou idées, bien qu’elles soient une vérité, une lumière et une essence, ne sont pas cependant appelées une seule raison, ou une seule idée. En effet, dans l’ordre de la connaissance, la raison ou l’idée est ainsi appelée pour autant qu’elle se rapporte à un objet, car elle désigne la similitude de la chose connue. Cette similitude est réellement en Dieu, bien que dans l’ordre de la connaissance elle semble appartenir au monde idéal.
8. Si l’on recherche quelque chose de semblable dans la créature, on devra y renoncer, car il faut dire que cela est propre à cet exemplaire divin. Comme on l’a dit, il est à la fois simple, infini et parfait. Cela étant compris, tout le reste suit par voie de conséquence. Car parce que cet exemplaire est simple et parfait, il est donc acte pur. Et parce qu’il est infini et immense, il est donc en dehors de tout genre. C’est pourquoi cet exemplaire, alors qu’il est un, peut devenir la similitude expressive de tous les autres êtres.
Chapitre 9: La volonté et la providence de Dieu
Enoncé
1. La volonté de Dieu est droite de sorte qu’elle ne peut dévier en aucune manière. Elle est efficace au point que rien ne peut l’entraver. Elle est une, de telle sorte cependant qu’elle puisse être signifiée de multiples façons.
2. La volonté divine, qui est volonté de bon plaisir, est signifiée par la volonté de l’un de ces cinq signes différents qui sont: l’ordre, la défense, le conseil, l'accomplissement et la permission. Tout ce qui arrive dans l’univers est disposé par la volonté de bon plaisir selon ces cinq signes, « car la volonté de Dieu est cause première et souveraine de toutes les formes et motions. Rien n’arrive visiblement et sensiblement dans cette vaste et immense république de la création qui ne soit ou ordonné ou permis depuis la cour intérieure et invisible et intelligible de l’empereur suprême, selon l’ineffable justice des récompenses et des peines, des grâces et des rétributions» .
3. Et parce que cette volonté, réglée par la rai-. son est appelée providence, tout ce qui arrive dans l’univers est fait et réglé par la divine providence qui est par-dessus tout irrépréhensible parce qu’elle n’ordonne, ne défend ou ne conseille rien que de juste, ne fait rien que de bon, ne permet rien d’in juste.
Explication
4. Le premier principe, souverainement noble, possède une volonté et la possède de manière noble. Or, de soi, la volonté signifie ce par quoi, dans les êtres qui agissent selon leur propos, est observée la règle de la rectitude et est obtenu l’efficace de l’opération. Donc, la volonté en Dieu est droite et efficace. Elle est droite parce qu’en Dieu volonté et vérité sont une seule et même chose. Elle est efficace, parce qu’en Dieu volonté et puissance sont aussi une seule et même chose.
La volonté divine ne peut faillir à la vérité. Elle est donc non seulement droite, mais elle est règle de rectitude.
Elle ne peut non plus manquer de puissance. Elle est donc non seulement efficace, mais source et origine de toute efficacité. Ainsi, rien sans elle ne peut être fait, rien ne peut arriver contre elle, rien n’existe qui puisse l’entraver.
5. Elle est droite. Rien donc ne peut être droit qui ne lui soit conforme”. Mais rien ne peut lui être conformé si cette volonté ne se fait connaître. Il a donc fallu que la volonté divine nous soit connue comme règle de rectitude.
Or, il est une rectitude de nécessité, celle qui fait le bien nécessaire et évite le mal. Il est une rectitude de perfection, celle qui surajoute à ce qui est dû. Cette rectitude nous est connue par un triple signe, l’ordre, la défense et le conseil. Cela signifie que le bon plaisir divin accepte comme juste ce qui arrive selon le précepte divin, ce qui est omis en raison de la défense divine, ce qui est accompli selon le conseil divin. Ces signes sont les infaillibles signes de la volonté divine en tant qu’elle est la règle de toute rectitude.
6. La volonté divine est efficace. Personne ne peut absolument rien faire sans qu’elle opère et agisse en même temps. Personne ne peut défaillir ou pécher sans en être abandonné justement. En ce sens, deux signes existent, l’accomplissement, qui est signe de la volonté efficiente et la permission qui est signe de la volonté à bon droit délaissante. Elle délaisse justement car il est juste qu’elle ad ministre les choses qu’elle a créées sans pour au tant enfreindre les lois qu’elle a édictées. Ainsi coopère-t-elle « aux choses qu’elle a créées en les laissant agir de leurs propres mouvements ». Donc, si elle laisse faillir dans le mal le libre-arbitre capable de se tourner par la loi de nature vers le bien ou le mal, elle ne le permet qu’en toute justice.
7. En outre, si la volonté divine prévient et sou tient par la grâce, elle ne fait injure à personne. Elle n’agit donc pas injustement ni en justice absolue selon l’exigence des mérites, car les mérites n’y suffisent pas, mais gratuitement et avec miséricorde et de quelque façon avec justice, en tant que cela provient de la convenance de sa bonté.
Donc, lorsqu’elle damne et réprouve, elle opère selon la justice, lorsqu’elle prédestine, elle opère selon la grâce et la miséricorde qui n’exclut pas la justice car tous, appartenant à la masse de perdition, devaient être damnés. Plus nombreux sont les réprouvés que les élus, pour montrer que le salut vient d’une grâce spéciale et la damnation de la justice commune. Nul donc ne peut se plaindre de la volonté divine, car elle fait tout avec rectitude. Bien plus devons-nous rendre grâces et honneur à l’ordonnance de la providence divine.
Si quelqu’un se demande pourquoi la grâce est donnée plus largement à un pécheur qu’à un autre, il faut imposer silence à la loquacité humaine et s’exclamer avec l’Apôtre: « O abîme de la riches se, de la sagesse et de la science de Dieu! Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles! Qui en effet a jamais connu la pensée du Seigneur? Qui en fut jamais le conseiller? Ou bien qui l’a prévenu de ses dons pour devoir être payé de retour? Car tout est de lui et par lui et pour lui. A lui soit la gloire éternellement! Amen »
PARTIE II: LE MONDE CRéATURE DE DIEU
Chapitre 1: La production du monde comme un tout
1. Après nous être fait une idée sommaire de la Trinité de Dieu, il faut parler quelque peu du monde, créature de Dieu.
Enoncé
La totalité de la machine du monde a été produite dans l’être, dans le temps, et de rien, par un unique premier Principe, seul et souverain, dont la puissance, bien qu’incommensurable a disposé « toutes choses dans un certain poids et nombre et mesure ».
2. Il faut entendre dans leur sens général, ces affirmations touchant la production des choses: à partir d’elles peut se conclure la vérité et se dissiper l’erreur.
En disant: dans le temps, on exclut l’erreur de ceux qui professent l’éternité du monde.
En disant: de rien, on exclut l’erreur de ceux qui professent l’éternité de la matière.
En disant: par un unique principe, on exclut l’erreur des Manichéens qui proposent la pluralité des principes.
En disant: seul et souverain, on exclut l’erreur de ceux qui professent que Dieu a produit les créatures inférieures par le ministère des intelligences.
En ajoutant: dans un certain poids et nombre et mesure, on montre que là créature est l’oeuvre de la Trinité sous une triple causalité: efficiente, d’où la créature reçoit l’unité, le mode et la mesure exemplaire, par laquelle se trouve dans la créature, la vérité, la beauté et le nombre; finale, par laquelle se trouve dans la créature, la bonté, l’ordre et la pesanteur.
Et tout cela se retrouve dans toutes les créatures comme vestiges du Créateur, soit dans les choses corporelles, soit dans les choses spirituelles, soit dans les choses à la fois corporelles et spirituelles.
3. Explication
Pour que l’ordre des choses soit parfait et définitif, il faut que toutes choses soient reconduites à un seul principe. Ce principe doit être le premier pour donner aux autres leur existence, il doit être le plus parfait pour les conduire à leur achèvement.
Or ce premier principe en qui se trouve l’existence ne peut être qu’unique. S’il crée le monde, il ne peut le créer à partir de lui-même, il le crée donc de rien.
De plus, la production « de rien » signifie l’être après le non-être pour ce qui est produit et, pour le principe, l’infinité de la puissance créatrice. Parce que cela n’appartient qu’à Dieu seul, le monde a été nécessairement produit dans le temps par cette puissance sans limite, agissant par elle-même et immédiatement.
4. En outre, parce que le principe parfait dont découle la perfection de toutes choses, agit nécessairement par lui-même, selon lui-même et pour lui-même — il n’a besoin de rien en agissant hors de lui —, il faut qu’il ait à l’égard de toute créature un dessein selon la triple causalité efficiente, exemplaire et finale. Il faut aussi que toute créature puisse être comparée à la cause première selon cette triple causalité. Toute créature, en effet, est constituée dans l’être par la cause efficiente, elle est conformée à l’exemplaire, elle est ordonnée à une fin.
Par là, elle est une, vraie et bonne; conforme, belle et ordonnée; mesurée, distincte et pesante (la pesanteur est, en effet, une tendance ordonnée). Tout ceci s’applique en général à toute créature corporelle, incorporelle, ou composée de corps et d’esprit comme l’est la nature humaine.
Chapitre 2: La nature corporelle dans sa genèse
1. Il nous faut considérer la nature corporelle dans sa genèse, dans son être et dans son agir.
Enoncé
La nature corporelle a été produite en six jours, de sorte qu’au commencement, avant tout temps, Dieu créa le ciel et la terre Le premier jour a été formée la lumière; le deuxième jour, le firmament a été créé au milieu des eaux; le troisième jour, les eaux ont été séparées de la terre et amassées en un seul lieu; le quatrième jour, le ciel a été orné de luminaires; le cinquième jour, les airs et les eaux ont été peuplés d’oiseaux et de poissons; le sixième jour, la terre a été peuplée d’animaux et d’hommes; le septième jour, Dieu se reposa, non pas de son travail et de son oeuvre, car il continue toujours d’agir, mais il s’arrêta de produire de nouvelles espèces. Il avait fait toutes choses, soit dans leur prototype, ainsi les choses qui se propagent par génération, soit dans leur raison séminale, ainsi les choses qui viennent à l’être autrement.
2. Explication
Les choses viennent du principe premier et par fait. Or, ce principe est tout-puissant, infiniment sage et souverainement bienveillant. Il fallait donc que les choses viennent à l’être de façon que dans leur création éclate cette triple perfection. L’opération divine a donc revêtu une triple forme dans la production du monde:
la création qui, par appropriation, répond à la toute-puissance, la distinction qui répond à la sagesse,
l’ornement qui répond à la bonté très généreuse.
Et parce que la création est à partir de rien, elle a donc été au commencement, avant tout temps, comme fondement de toutes les choses et de tous les temps.
3. En outre, parce que la distinction des corps peut être considérée selon un triple aspect, elle a donc été accomplie en trois jours. Elle est, en effet, distinction de la nature lumineuse, de la nature limpide et de la nature opaque: ceci eut lieu le premier jour, dans la division de la lumière et des ténèbres. Elle est aussi distinction entre les natures limpides: ceci eut lieu le deuxième jour, dans la division des eaux avec les eaux. Elle est enfin distinction entre la nature limpide et la nature opaque: ceci eut lieu le troisième jour, dans la division des eaux et de la terre. Ainsi comprend-on implicitement la distinction entre les cieux et les éléments, comme on l’expliquera plus loin. Ainsi donc, cette distinction a dû se faire en trois jours.
4. L’ornement correspond à la distinction. Il a donc été semblablement achevé en trois jours. Il est, en effet, ornement de la nature lumineuse: ceci eut lieu le quatrième jour dans la formation des étoiles, du soleil et de la lune. Il est aussi ornement de la nature limpide: ceci eut lieu le cinquième jour, lorsque les eaux produisirent les poissons et les oiseaux pour l’ornement des eaux et des airs. Il est enfin ornement de la nature opaque, c’est-à-dire de la terre: ceci eut lieu le sixième jour, lorsque furent créés les animaux et les reptiles et lorsque fut créée, pour l’achèvement de toutes choses, la nature humaine.
5. Toutes ces choses, Dieu aurait pu les faire en un instant. Il préféra cependant les créer dans la succession des temps et ceci pour trois raisons. Tout d’abord, pour donner une représentation distincte et claire de sa puissance, de sa sagesse et de sa bienveillance. Ensuite, pour établir une correspondance convenable entre les jours du temps et les opérations. Enfin, comme dans la création du monde, les semences devaient être jetées des oeuvres à venir, de même devaient être préfigurés les temps futurs.
Ainsi, dans ces sept jours, la distinction de tous les temps était en germe; on l’explique par le déroulement des sept âges. C’est pour cela qu’aux six jours d’opération est ajouté le septième jour de repos. L’Ecriture ne dit pas que ce jour ait eu un soir. Ce n’est pas que ce jour n’ait pas été suivi d’une nuit, mais c’est pour préfigurer le repos des âmes qui n’aura jamais de fin. Si l’on dit, par contre, que toutes les choses ont été faites en même temps, on réfère les sept âges à un point de vue angélique. Cependant, la première manière de parler est plus conforme à l’Ecriture et aux autorités des saints qui ont précédé et suivi le bienheureux Augustin.
Chapitre 3: La nature corporelle dans son être
1. Enoncé
La nature corporelle, dans sa totalité, est tout entière dans les cieux et dans les éléments.
De sorte que la nature céleste est divisée en trois ciels principaux, l’empyrée, le cristallin et le firmament.
Dans le firmament, qui est le ciel étoilé, se trou vent les sept orbites des sept planètes: Saturne, Jupiter, Mars, Soleil, Vénus, Mercure et Lune.
Dans la nature élémentale, on distingue les quatre sphères du feu, de l’air, de l’eau et de la terre. Ainsi, en allant du sommet du ciel au centre de la terre, on trouve dix mondes célestes et quatre sphères élémentales, par quoi est constitué dans son intégralité, distinctement, parfaitement et avec ordre, le monde sensible tout entier.
2. Explication
La nature corporelle, pour être parfaite et pour exprimer la sagesse multiforme du premier principe, requiert une multiplicité de formes, comme on le voit chez les minéraux, les plantes et les animaux. Il était donc nécessaire de créer quelques corps simples qui puissent se mélanger de façon multiple pour introduire une multiplicité de formes. Telle est la nature sujette à la combinaison des contraires, la nature élémentale. Il était nécessaire aussi qu’il y ait une nature par laquelle ces contraires puissent être conciliés dans un composé. Cette nature, libre de toute contrariété, est celle de la lumière et du corps supracéleste
3. Et parce que le mélange ne peut se faire que par des contraires actifs et passifs, il a donc fallu une double contrariété dans les éléments, dans les qua lités actives qui sont le chaud et le froid, et dans les qualités passives qui sont l’humide et le sec. Et parce que chaque élément agit et subit, il possède donc deux qualités, l’une active et l’autre passive de façon cependant que l’une soit principale et propre. Ainsi, n’y a-t-il que quatre éléments correspondant aux quatre qualités précédentes, combinées de façon quadruple.
4. La nature céleste est soit uniforme et immobile, c’est l’empyrée, qui est pure lumière; soit mobile et multiforme, c’est le firmament; soit mobile et uniforme, c’est le ciel moyen entre l’empyrée et le ciel étoilé, le ciel cristallin. La quatrième combinaison qui serait multiforme et immobile est impossible car la multiplicité donne la variété au mouvement et non le repos uniforme.
5. Il y a trois ciels, dont le premier est tout entier lumineux, l’empyrée; le deuxième tout entier clair, le cristallin; le troisième lumineux et clair, le firmament. Donc, puisqu’il y a trois ciels incorruptibles et quatre éléments variables, pour que s’établisse la connexion nécessaire, la concorde et la correspondance, Dieu a disposé sept orbites de planètes pour que, par la variété de leurs mouvements et l’incorruptibilité de leurs formes, elles soient comme un certain lien et un assemblage entre les orbites des éléments inférieurs et celles des corps célestes supérieurs pour achever et orner l’univers. Cet uni vers est ordonné selon des proportions numériques et se compose des dix orbites célestes et des autres éléments qui le rendent proportionnellement aussi beau que parfait et ordonné de façon qu’à sa manière, il représente son principe.
Chapitre 4: La nature corporelle dans son agir et dans son influence
1. Enoncé
Les corps célestes influent sur les corps terrestres et élémentaux dans la désignation distincte des temps, jours, mois et années. L’Ecriture dit, en effet, qu’ils servent de signes pour les saisons, les jours et les années. Ils influent encore dans la production effective des choses engendrables et corruptibles, telles que les minéraux, les végétaux, les sensibles et les corps humains.
Cependant, ils ne servent pas de signes aux temps et ne gouvernent pas les opérations au point d’être les signes certains des futurs contingents et d’in fluer sur le libre-arbitre par la force des constellations, ce que certains philosophes ont appelé le « fatum »
2. Explication
Dans les corps célestes, en raison de leur proximité avec le premier principe, il y a lumière, mouvement, chaleur, force: lumière à cause de sa forme et de sa beauté, mouvement en raison de l’influence d’en-haut, chaleur par rapport à la nature inférieure qui la reçoit, force en raison de tout ce qui vient d’être dit.
Ceci étant, les corps célestes servent, par la lumière et le mouvement, à la distinction des temps, à savoir: du jour selon la lumière du soleil et le mouvement du firmament, du mois selon le mouvement de la lune dans son chemin elliptique, de l’année selon le mouvement du soleil dans le même chemin, des saisons selon le mouvement des diverses planètes, leur opposition et leur conjonction, leur ascension et leur descente, leur disparition et leur repos, qui donnent naissance à la diversité des saisons.
3. Par leur force et leur chaleur, les corps célestes influent sur la production des choses qui naissent à partir des éléments, en les excitant, en les poussant et en les unissant. Ainsi, selon une conciliation inégale des contraires, ils influent sur les minéraux selon une conciliation moins inégale, ils influent sur les végétaux; selon une conciliation presque égale, ils influent sur les animaux; selon une conciliation égale, ils influent sur les corps humains qui sont faits pour la forme la plus noble, l’âme raisonnable, laquelle est ordonné et se termine le désir de toute la nature sensible et corporelle. Par l’âme raisonnable qui est une forme existante, vivante, sensible et intelligente, toute la nature sensible et corporelle est ramenée, à la manière d’un cercle intelligible, à son principe dans lequel elle trouve sa perfection et sa béatitude.
4. Et parce que l’âme raisonnable tend à cela par son libre-arbitre, elle dépasse en perfection toute puissance corporelle en raison de la liberté de son arbitre. A cause de cela, toutes choses sont faites pour la servir. Rien ne peut la dominer sinon Dieu seul et non pas le « fatum », ni quelque force venant de la position des astres.
5. Ainsi, il est indubitablement vrai que nous sommes la fin de toutes choses qui existent. Toutes les choses corporelles sont faites pour le service de l’homme, de sorte que par toutes ces choses, l’homme est poussé à aimer et à louer l’auteur des mondes, dont la providence a disposé toutes choses.
Cet univers sensible des choses corporelles est donc une maison édifiée pour l’homme par le souverain artisan jusqu’à ce qu’il rejoigne la demeure qui n’est pas faite par des mains d’homme et qui est dans les cieux. De la sorte, comme l’âme, en raison du corps et de l’état de mérite, se trouve maintenant sur terre, ainsi plus tard, le corps, en raison de l’âme et de l’état de récompense, sera dans les cieux.
Chapitre 5: La manière dont la sainte Ecriture décrit la création
1. Enoncé
De tout ce qui a été dit, il faut conclure que, comme Dieu a créé les choses avec ordre dans le temps et les a disposées avec ordre dans l’espace, il les gouverne aussi avec ordre dans leur influence. C’est avec le même ordre que l’Ecriture nous en donne une doctrine suffisante, bien qu’elle ne décrive pas si explicitement la distinction des orbites célestes et élémentales et qu’elle dise peu de choses ou rien des mouvements et des formes des corps supérieurs et des mélanges entre les éléments et les composés. Qui plus est, elle ne raconte rien explicitement de la création des esprits supérieurs parce qu’elle décrit surtout notre univers parvenant à l’être.
2. Explication
Le premier principe se fait connaître à nous par l’Ecriture et par la créature. Par le livre de la créature, il se manifeste comme principe effectif; par le livre de l’Ecriture, comme principe de réparation. Le principe de réparation ne peut être connu que s’il est connu aussi comme principe effectif. Donc, la sainte Ecriture, bien qu’elle traite principalement des oeuvres de réparation, doit néanmoins traiter de l’oeuvre de création en tant que celle-ci conduit à la connaissance du premier principe créateur et réparateur. L’Ecriture est donc la connaissance sublime et salutaire: sublime, parce qu’elle traite du principe effectif, Dieu créateur; salutaire, parce qu’elle traite du principe réparateur, le Christ sauveur et médiateur.
3. Et parce que l’Ecriture est sublime, en traitant du premier principe et être souverain, elle ne s’abaisse pas à décrire les natures spéciales, les mouvements, les forces et les différences des êtres. Mais elle se tient dans une certaine généralité dans laquelle est impliqué tout ce qui est spécial, en décrivant la création du monde quant à la disposition et à l’in fluence à l’égard de la nature lumineuse, opaque et limpide.
4. Le premier principe dont traite l’Ecriture possède en soi un ordre de nature en étant principe d’existence, un ordre de sagesse en étant principe de disposition, un ordre de bonté en étant principe d’influence; de sorte que l’ordre de la nature possède la simultanéité et l’égalité, l’ordre de l’influence, la supériorité et l’infériorité.
Donc, pour insinuer l’ordre de la nature, l’Ecriture détermine comme il convenait que Dieu opère: au commencement, avant le déroulement du temps, cette triple nature fut produite du non-être à l’être, lorsqu’il est dit: Dans le principe, Dieu créa le ciel et la terre et l’Esprit de Dieu planait sur les eaux. Le mot « ciel » insinue la nature lumineuse, le mot « terre », la nature opaque, le mot « eaux », la nature limpide sujette à la contrariété ou élevée au-dessus. La Trinité éternelle est aussi insinuée, le Père par le mot « Dieu créateur », le Fils par le mot « Principe », l’Esprit Saint par le mot « Esprit de Dieu » Ainsi faut-il comprendre ce qui est dit: Celui qui vit éternellement a créé tout ensemble. Non qu’il ait créé dans le chaos d’une confusion absolue, comme l’ont écrit les poètes, puisqu’il a produit cette triple nature, la supérieure au sommet, la médiane au milieu, l’inférieure en bas. Il ne l’a pas créée non plus dans l’être dans une distinction absolue, puisque le ciel était parfait et la terre vague, la nature moyenne comme tenant le milieu, n’ayant pas encore atteint la distinction parfaite.
5. Pour insinuer l’ordre de la sagesse dans la disposition des choses, l’Ecriture détermine que cette triple nature ne fut pas en même temps distincte et ornée. Mais selon l’exigence de cette triple nature créée, elle fut distincte en trois jours et ornée en trois autres jours. De sorte que, comme Dieu a créé au commencement la nature triple simultanément au début du temps, ainsi avec la succession du temps en une triple mesure temporelle, c’est-à-dire en trois jours, Dieu a fait la triple distinction de la triple nature créée. En trois autres jours, il a fait le triple ornement de la triple nature distincte.
6. Pour insinuer l’ordre de la bonté dans l’in fluence, l’Ecriture détermine que cette triple nature a été placée dans le monde selon sa dignité et son influence. La nature lumineuse ayant la plus grande beauté, il lui revenait d’entourer toutes choses. La nature opaque ayant moins de beauté, il lui revenait d’être au centre. La nature limpide tenant le mi lieu, il lui revenait d’être au milieu. Et parce que la nature limpide est commune à la nature céleste et à la nature élémentale et qu’en outre la nature lumineuse convient aux deux, il est donc dit juste ment que le firmament a été créé au milieu des eaux, non parce que les eaux qui sont au-dessus des cieux sont liquides, froides, pesantes et corruptibles, mais parce qu’elles sont subtiles et incorruptibles, limpides et élevées au-dessus de toute contrariété et par là de nature céleste et devant se situer parmi les natures célestes en raison de la dignité de leur forme.
7. Ces eaux occupent cette place en raison aussi de leur forme et de leur influence. En effet, toute action corporelle dans les choses inférieures tire sa règle, son origine et sa force de la nature céleste. Puisqu’il y a deux qualités actives, le chaud et le froid et qu’il y a un certain ciel principalement influent et chaud, le ciel sidéral en raison de sa luminosité, il convenait qu’un certain ciel influe sur le froid, c’est le cristallin. Et comme le ciel sidéral, bien qu’il influe pour créer la chaleur, n’est pas formellement chaud, ainsi le ciel qu’on appelle aqueux ou cristallin, n’est pas essentiellement froid.
De là, lorsque les saints disent que les eaux sont placées là pour réprimer la chaleur des corps supérieurs et autres choses semblables, il faut l’en tendre non pas formellement, mais selon l’efficience et l’influence.
La production des créatures, selon l’ordre que nous venons de dire, correspond à l’ordre de la sagesse créatrice et de la divine Ecriture, car elle est la science sublime.
8. En outre, I’Ecriture est la science salutaire. Elle ne traite donc de l’oeuvre de création qu’en vue de l’oeuvre de réparation. Et parce que les anges ont été ainsi créés qu’ils n’ont pas été rachetés après leur chute, comme on le dira plus loin, l’Ecriture, si on la prend à la lettre, se tait donc sur la chute et la création des anges, car leur chute ne devait pas être suivie de réparation.
9. Parce qu’il ne convenait pas à la sublimité de l’Ecriture qu’elle se taise absolument sur la création de la créature la plus sublime, elle décrit donc la création des choses comme l’exige la science sublime et salutaire, de façon cependant que, selon le sens spirituel de l’Ecriture, toute la création décrite par la lettre se rapporte spirituellement à la hiérarchie angélique et ecclésiastique. Selon le sens spirituel, dans ces trois natures sont décrites la hiérarchie angélique par le mot « ciel », la hiérarchie ecclésiastique par le mot « terre » et la grâce qui irrigue les deux hiérarchies par le mot « eaux ».
10. En outre, par les sept jours, on entend l’état septiforme de l’Eglise dans le déroulement des sept âges On entend aussi la conversion septiforme des anges, de la créature à Dieu.
Ainsi, dans tout ce que l’on vient de dire, apparaît la suffisance et la vérité de l’Ecriture dans les diverses opinions des saints, Augustin et autres, opinions qui ne se contredisent pas, puisqu’elles sont vraies si on les comprend bien.
Chapitre 6: La création des esprits supérieurs