Œuvres spirituelles (page 10)
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quelques pas il se tourne vers les femmes qui pleuraient, et leur dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais sur vous (1)… et le reste comme il est rapport; plus longuement dans l'Évangile.
On voit encore, en ces deux endroits, les traces d'églises qui y furent construites pour conserver aux hommes le souvenir de ces laits, selon que je le tiens d'un de nos frères qui y est allé. Le même frère m'a dit aussi que la montagne du Calvaire était éloignée de la porte de la ville, comme notre monastère l'est de la porte de Saint-Germain. Le chemin parcouru par le Seigneur portant sa croit était donc d'une longueur excessive. Aussi, lorsqu'il se fut avancé encore un peu, il se trouva tellement fatigué et abattu, que, ne pouvant plus porter sa Croix, il la déposa. Mais ces hommes pervers, ne voulant point différer sa mort dans la crainte que Pilate ne révoquai la sentence, car il avait monte; la volonté de le renvoyer, ces hommes, dis-je, forcèrent un autre de la porter à sa place, et, après que Jésus eut été ainsi déchargé, ils le conduisirent au Calvaire, lié comme un voleur.
Maintenant, je vous le demande, tout ce que vous venez de méditer de ses souffrances à Matines, Prime et Tierce, et cela en dehors de son crucifiement, ne vous semble-t-il pas renfermer les douleurs les plus acerbes et les plus amères, aussi bien que les horreurs les plus étonnantes? Je suis persuadé, sans aucun doute, que tous ces motifs sont de nature, non-seulement à produire la compassion, mais encore à causer
1 Luc., 23.
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une vive peine. Je crois donc que c'est assez vous avoir parlé de ce qui a rapport à ces trois heures. Voyons à présent ce qui s'est passé au crucifiement et à la mort, c'est-à-dire à la sixième et à la neuvième heure. Ensuite nous verrons ce qui arriva après la mort, c'est-à-dire à l'heure de vêpres et de complies.
CHAPITRE LXXVIII. Méditation sur la Passion de Jésus-Christ pour l'heure de Sexte.
Le Seigneur Jésus, conduit par les impies, arriva enfin à la montagne immonde du Calvaire, où vous pouvez considérer les ouvriers d'iniquité s'empressant d'agir de tous côtés selon la malice de leur coeur. Fixez tous les regards de votre esprit sur ce qui se passe comme si vous y étiez réellement en personne ; re-présentez-vous avec le plus grand soin tout ce qui se fait contre votre Seigneur, et tout ce qu'il dit et fait lui-même. Voyez des yeux de votre âme l'un qui plante la croix, un autre qui prépare les clous et les marteaux, un autre qui dispose une échelle et les autres instruments, un autre qui règle tout ce qu'on doit faire, un autre, enfin, qui dépouille le Sauveur, car on le dépouille encore. Il apparaît nu pour la troisième fois en présence de cette multitude, et. l'on renouvelle ses blessures en arrachant ses vêtements collés à sa chair. C'est alors que Marie voit pour la première fois son Fils semblable à un captif, et, comme tel, prêt à subir
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une mort barbare. Elle en conçoit une tristesse qui passe toute mesure, et elle est couverte de confusion en l'apercevant totalement dépouillé, car on ne lui a pas même laissé ses vêtements de dessous. Elle s'élance donc d'un trait, s'approche de son Fils, l'embrasse et enveloppe sa nudité du voile qui couvrait sa tête. Oh! dans quelle amertume son âme est plongée ! Je ne crois pas qu'elle ait pu alors lui adresser une parole. Si il lui eût été libre de faire plus, sans doute la volonté ne lui eût. pas manqué, mais elle était dans l'impossibilité de lui venir davantage en aide. Car il est arraché de ses mains avec fureur au pied même de la Croix.
Considérez soigneusement comment cette croix est disposée; deux échelles sont dresses, l'une par derrière, au bras droit, l'autre au bras gaucho, et les infimes y montent avec les clous et les marteaux. On place en avant une autre échelle qui atteint l'endroit où doivent être attachés les pieds. Observez maintenant chaque chose. Le Seigneur Jésus est forcé de monter vers la croix, au moyen de cette petite échelle, et il se soumet sans résistance ni contradiction à tout ce qu'ils veulent. Lors donc qu'il est arrivé à la croix, il se tourne, ouvre ses bras royaux, étend ses mains pleines de beauté elles offre à ses bourreaux. Il regarde le ciel et dit à son père : « Enfin me voici en ce lieu, ô mon père; vous avez voulu m'humilier jusqu'au supplice de la croix pour l'amour et le salut du genre humain. Je l'accepte de grand coeur, et je m'offre pour ceux que vous m'avez donnés et que vous avez
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voulu rendre mes frères. Acceptez donc aussi, vous, mon Père, ce sacrifice, et désormais soyez facile à apaiser par amour pour moi. Effacez les taches anciennes dont tous les hommes sont souillés; éloignez-les d'eux ; c'est pour eux que je m'offre à vous, ô mon Père. »
Cependant celui qui est derrière la croix saisit la main droite et la cloue fortement au bois. Ensuite celui qui est à l'autre extrémité prend la main gauche, la tire et l'étend autant qu'il le peut, y place un clou, le frappe et l'enfonce dans la croix. Puis il descend et l'on écarte les échelles. Le Seigneur demeure suspendu de toute la pesanteur de son corps, qui l'entraîne en bas, et il n'est soutenu que par les clous qui lui transpercent les mains. Alors un troisième arrive et le tire par les pieds de toutes ses forces; et après qu'il a été ainsi étendu, un autre vient et les lui perce au moyen d'un clou énorme.
Il y en a pourtant qui croient que ce n'est point de cette manière que le Seigneur fut crucifié , mais que la croix demeura couchée sur le sol, et qu'après qu'il y eut été attaché, on l'éleva et on la fixa en terre. Si cela vous plaît mieux, voyez de quelle façon on le prend pour le plus vil des misérables, comme on le renverse avec fureur sur la croix, comme on saisit ses bras et comme après les avoir étendus avec violence, on les cloue cruellement à la croix. Contemplez de la même manière ce qui se passe pour ses pieds que l'on tire sans pitié le plus qu'il est possible.
Voilà le Seigneur Jésus crucifié, et il est étendu sur
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la croix avec une telle violence, que tous ses ossements pourraient être comptés, ainsi qu'il s'en plaint lui-même par le Prophète (1). Des ruisseaux de son sang vénérable coulent de ses cruelles blessures, et il est dans une gêne telle qu'il ne peut faire aucun mouvement, si ce n'est de la tête. Ces trois clous soutiennent tout le poids de son corps; il endure les douleurs les plus atroces, il est dans l'affliction au delà de tout ce qu'on peut dire, de tout ce qu'un peut imaginer. Il est suspendu entre les deux voleurs. De toutes parts, des peines; de toutes parts, des opprobres, des injures. Car, malgré son oppression, on ne lui épargne aucune insulte ; les uns le blasphèment en disant : « Va ! toi qui détruis le temple de Dieu! » d'autres en s'écriant : « Il ne peut se sauver lui-même ; » et d'autres outrages sans nombre, comme ces paroles : « S'il est le Fils de Dieu, qu'il descende de la croix, afin que nous croyions en lui !» Quant aux soldats qui le crucifièrent, ils partagèrent ses vêtements sous ses yeux.
Et tout cela se fait, tout cela se dit en présence de sa Mère abreuvée de tristesse. La compassion qu'elle porte à son Fils accroît la douleur de sa Passion, et réciproquement. Elle était suspendue avec lui sur la Croix, et elle eût mieux aimé mourir avec lui que de vivre plus longtemps. De toutes parts, ce sont des angoisses. On pourrait sentir ces tourments, mais les raconter est chose totalement impossible. La Mère se tenait auprès de la Croix de son Fils, ayant derrière elle la croix d'un voleur; elle ne détournait point ses
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yeux de dessus son Fils ; elle souffrait de chacun de ses tourments, et elle priait son Père de toute l'ardeur de son âme. « Mon Père, Dieu éternel, disait-elle, il vous a plu que mon Fils fût crucifié ; ce n'est plus le temps de vous le redemander. Mais voyez dans quelle agonie son âme est plongée. Je vous en conjure, adoucissez sa peine, s'il vous plaît. Mon Père, je vous recommande mon Fils. » Le Fils priait de même pour sa Mère, et disait silencieusement en son coeur : « Mon Père, vous voyez en quelle affliction est ma Mère. C'est moi qui dois être crucifié et non pas elle ; cependant elle est avec moi sur la Croix. C'est assez que j'y sois, moi qui suis chargé des péchés de tout le peuple; mais pour elle, elle ne mérite rien de semblable. Voyez sa désolation ; durant tout le jour, elle a été oppressée par la douleur (1). Je vous la recommande; rendez-lui donc ses peines tolérables. »
Il y avait aussi auprès de la Croix Jean et Madeleine, et les deux soeurs de la Mère de Jésus : Marie, mère de Jacques, et Salomé et peut-être plusieurs autres encore. Tontes ces personnes , surtout Madeleine , la bien-aimée Disciple de Jésus, pleuraient amèrement sans pouvoir se consoler de leur tendre Seigneur et Maître, et compatissaient à Jésus, à sa Mère et à elles-mêmes. Leur douleur se renouvelait sans cesse, car leur compassion était entretenue par les injures et les outrages qui venaient ajouter un nouveau tourment à la Passion du Seigneur.
1 Thren., 2.
CHAPITRE LXXIX. Méditation sur la Passion du Seigneur pour l'heure de None.
Le Seigneur, suspendu à la Croix, n'y demeura pas oisif jusqu'au moment où son aine sortit de son corps ; mais il y lit el. enseigna des choses d'une grande utilité pour nous. Ainsi, il prononça sept paroles que nous trouvons écrites dans l'Évangile. La première fut dans l'acte même de son crucifiement, lorsqu'il pria son Père pour ses bourreaux en disant : « Mon Père, pardonner-leur, car ils ne savent ce qu'ils font (1). » Cette parole nous est la preuve d'une grande patience et d'un grand amour, et, en même temps elle exprime une charité ineffable.
La seconde parole fut à sa Mère, lorsqu'il dit : « Femme, voilà votre fils ; » et à Jean : « voilà votre mère (2)» Il ne lui donne pas le nom de mère, de peur que la tendresse de son amour si ardent n'augmente sa couleur.
La troisième fut au larron pénitent, lorsqu'il lui répondit : « Vous serez aujourd'hui avec moi dans le Paradis (3). »
La quatrième fut : « Eli, Eli, lamma sabacthani ! C'est-à-dire : Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m'avez-vous abandonné (4) ? » C'est comme s'il eût dit : « Mon Père, vous avez tant aimé le monde, qu'en me
1 Luc., 23. — 2 Joan., 10. —
Mat., 27. — Id., id.
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sacrifiant pour lui, vous sembler m'avoir abandonné. »
La cinquième fut lorsqu'il dit : « J'ai soif (1). » Cette parole fut, pour sa Mère, les Saintes femmes et Jean, la cause d'une grande compassion, et, pour ces barbares, la source d'une grande joie. Car, bien qu'on puisse expliquer cette soif du salut des aunes qu'il désirait avec ardeur, cependant il eut soif véritablement, car l'effusion de son sang l'avait desséché et rendu tout brûlant. Et, comme ces hommes cruels ne pouvaient plus imaginer comment il serait possible de lui nuire davantage, ils saisirent avec empressement cette nouvelle occasion de le tourmenter. C'est pourquoi ils lui offrirent à boire du vinaigre mêlé de fiel. Maudite soit leur fureur, parce qu'elle fut opiniâtre, et qu'ils s'acharnèrent contre lui autant qu'il fut en eux !
La sixième parole fut : « Tout est consommé (2). » Comme s'il eût dit : mon Père, j'ai accompli parfaitement le commandement que j'ai reçu de vous. Commandez à votre Fils tout ce qu'il vous plaira : je suis disposé à accomplir jusqu'au bout tout ce qui peut s'offrir, car je suis prêt à subir tous les tourments (3). Mais tout ce qui a été écrit de moi est consommé. Si telle est votre volonté, mon Père, rappelez-moi à vous maintenant. « Et son Père lui répondit : « venez mon Fils bien-aimé, vous avez bien fait toute chose, je ne veux point prolonger davantage vos souffrances. Venez et je vous recevrai en mon sein, je nous presserai entre mes bras. » Dès lors il commença à languir à la
1 Joan., 19. — 2 Id., id — 3 Ps. 57.
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manière des mourants, tantôt fermant, tantôt ouvrant les yeux, et à incliner la tête tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, ses forces l'abandonnant tout-à-fait.
Enfin il ajouta une septième parole en jetant un grand cri et en versant des larmes : « Mon Père, dit-il, je remets mon esprit entre vos mains (1). » Et en prononçant ces mots il rendit l'esprit, et baissant sa tête sur sa poitrine, devant son Père, comme pour lui rendre grâces de ce qu'il le rappelait, il lui remit son âme. A ce cri le centurion qui était lit se convertit, et dit en voyant qu'il avait expiré en poussant un tel cri : Il était vraiment le Fils de Dieu (2).» En effet les autres hommes au moment de leur mort sont impuissants à crier; aussi il crut en lui. Or ce cri fut tel qu'il fut entendu jusqu'au fond des enfers.
Oh ! en quel état se trouvait l'âme de Marie, lorsqu'elle voyait son Fils si péniblement s'affaiblir, languir, pleurer et mourir? Je crois qu'elle était absorbée dans la multitude de ses angoisses et rendue comme insensible, ou bien qu'elle était demi-morte en ce moment beaucoup plus que lorsqu'elle se trouva à sa rencontre pendant qu'il portait sa croix. Mais que faisait Madeleine, la fidèle et bien-aimée Disciple ? Que faisait Jean, chéri entre tous les autres? Que faisaient tes deux soeurs de notre Souveraine ? Ou plutôt que pouvaient faire toutes ces saintes personnes remplies d'amertume, abreuvées de douleurs, enivrées d'absinthe ? Toutes elles versaient des larmes irrémédiables.
1 Luc., 23. — 2 Mat., 27.
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Voilà donc le Seigneur suspendu et mort sur la croix. Toute la foule se retire ; mais sa Mère accablée de tristesse demeure en la compagnie de ces quatre personnes. Elles viennent se placer auprès de la croix, contemplent leur bien-aimé, et attendent. que le ciel leur vienne en aide pour avoir son corps et lui donner la sépulture.
Pour vous, si vous avez bien contemplé votre Seigneur, vous pouvez remarquer que, depuis l'extrémité des pieds jusqu'à la tête, il n'y a rien en lui qui soit sans blessures ; qu'il n'est en son corps aucun membre, aucun sens, qui n'ait éprouvé l' affliction ou la souffrance la plus extrême. Je vous ai retracé selon ma faiblesse et selon qu'il m'a paru convenir pour le moment à votre peu de capacité, ce qui est arrivé à la sixième et à la neuvième heure touchant le crucifiement et la mort du Sauveur. De votre côté attachez-vous à toutes ces choses avec dévotion, fidélité et sollicitude. — Maintenant parlons de ce qui a suivi sa mort.
CHAPITRE LXXX. De l'ouverture du côté de Jésus.
Pendant que Marie, notre vénérable Souveraine, Jean, Madeleine et les deux soeurs de la Mère de Jésus demeuraient assis tous ensemble au pied de la Croix, les yeux fixés sans interruption sur le Seigneur
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ainsi suspendu, ainsi crucifié entre deux voleurs, ainsi nu, brisé par les tourments, mort et abandonné de tous, voilà que des hommes aimés viennent en grand nombre de la ville au Calvaire. Ils étaient envoyés afin de rompre les jambes à ceux qui avaient été crucifiés, de hâter leur mort, et de les ensevelir, pour que leurs corps ne demeurassent point en croix pendant le grand jour du Sabbat. Alors Marie et tous les autres se lèvent, regardent et voient ces hommes qui s'approchent. Ils ne savent ce dont il peut s'agir; leur douleur se renouvelle, leur crainte et leur effroi s'accroissent. Marie, surtout, est remplie de frayeur; elle se tourne vers son Fils mort et lui dit : « Mon Fils bien-aimé, pourquoi ces hommes reviennent-ils? Que veulent-ils vous faire de plus? Ne vous ont-ils pas mis à mort ? Mon Fils, je pensais qu'ils s'étaient rassasiés contre vous. Mais, je le vois bien, ils vous poursuivent encore après votre mort. Mon Fils, je ne sais que faire ; je n'ai pu vous défendre de la mort; cependant je viendrai et je me tiendrai à vos pieds auprès de votre Croix. Mon Fils, priez votre Père de les apaiser; pour moi, je ferai ce que je pourrai. » Et tous cinq s'en vont en pleurant et se placent auprès de la Croix du Seigneur Jésus. Or, ces hommes arrivent avec fureur et grand bruit, et, voyant que les voleurs vivent encore, ils leur brisent les jambes, achèvent de les faire mourir, les détachent de leurs croix et les jettent précipitamment dans la première fosse qui s'offre. Ils reviennent ensuite vers Jésus, mais Marie craignant qu'ils ne traitent de même son Fils, et
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percée de douleur jusqu'au plus profond de son coeur, songe à recourir aux armes qui lui sont propres, c'est-à-dire à l'humilité, qui était innée en elle. Se mettant donc à genoux, les bras croisés sur sa poitrine, la voix brisée par la douleur, elle leur parle ainsi : « O vous que j'appelle mes frères! je vous en conjure au nom du Dieu Très-haut, veuillez ne pas m'affliger davantage en la personne de mon Fils bien-aimé. C'est moi qui suis sa Mère infortunée, et vous savez, mes frères, que jamais je ne vous ai offensés, que jamais vous ne reçûtes de moi la moindre injure. Si mon Fils a paru opposé à vos projets, vous vous en êtes vengés par sa mort. Pour moi, je vous pardonne toute injure, toute offense, la mort même de mon Fils. Accordez-moi au moins cette grâce que je vous demande, de ne point rompre ses membres, et permettez-moi de l'ensevelir sans de nouvelles blessures. Il n'y a aucun motif de lui briser les jambes, car vous voyez bien qu'il est mort et que c'en est fait de lui. Il y a une heure déjà qu'il est sorti de ce monde. »
Or, Jean, Madeleine et les soeurs de la Mère du Seigneur étaient à genoux avec elle et tous pleuraient amèrement. O ma Reine! que faites-vous? Vous demeurez aux pieds des scélérats les plus infâmes ; vous priez des hommes inexorables. Croyez-vous fléchir, par la pitié, des barbares et des impies, et, par votre humilité, des coeurs remplis d'orgueil? L'humilité est en abomination aux superbes ; vous vous fatiguez en vain. En effet, l'un d'entre eux, nommé Longin, alors impie et orgueilleux , mais dans la suite chrétien,
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martyr et saint, Longin, méprisant leurs prières et leurs supplications, et agitant de loin sa lance, ouvrit, par une blessure énorme, le côté droit du Seigneur Jésus, et il en sortit du sang et de l'eau. Alors Marie tomba demi-morte dans les bras de Madeleine; mais Jean, poussé par sa douleur, reprenant courage, s'élève contre eux et. leur dit : « Hommes infâmes, pourquoi commettre cette impiété ? Ne voyez-vous pas qu'il est mort? Vous voulez donc aussi faire mourir sa Mère de douleur? Retirez-vous, car c'est nous qui l'ensevelirons. » Alors il plut à Dieu qu'ils s'en allassent. Marie est rappelée à elle, et, se relevant comme une personne qui sort du sommeil, elle demande ce qu'on a fait de son Fils bien-aimé. On lui répond qu'on ne lui a rien fait de plus. Ensuite elle soupire, se livre à l'angoisse, et, regardant son Fils chéri , elle est altérée par une douleur mortelle.
Voyez-vous combien de lois elle a subi la mort en ce jour? fluant de fois sans doute que son Fils a été l'objet d'un nouvel outrage. Aussi a-t-elle vraiment ressenti tout ce que lui avait prédit Siméon, lorsqu'il lui dit : « Pour vous, un glaive transpercera, votre âme (1). » Aujourd'hui, le glaive de cette lance a vraiment percé le corps du Fils et l'âme de la Mère.
Cependant tous reviennent se placer de nouveau au pied de la Croix, ne sachant ce qu'ils doivent faire. Ils ne peuvent descendre le corps ni l'ensevelir, car ils n'ont pas la force suffisante, et ils ne possèdent aucun des instruments nécessaires pour le détacher de
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la Croix. Us n'osent point se retirer et le laisser en cet état ; d'un autre côté, ils ne sauraient demeurer longtemps, car la nuit. approche. Vous voyez dans quel tourment ils sont plongés. O Dieu miséricordieux! comment permettez-vous que celle qui vous est chère entre tous, celle qui est le miroir du monde et le repos de nos coeurs, soit ainsi dans la tribulation? Il serait bien temps qu'il lui frit donné de respirer un peu.
CHAPITRE LXXXI. Méditation pour l'heure de Vêpres.
Cependant ils voient plusieurs personnes qui s'en viennent par le chemin. C'étaient Joseph d'Arimathie et Nicodème, amenant avec eux quelques uns lie leurs gens. Ils arrivaient munis d'instruments pour descendre le corps de la croix, apportaient avec eux environ cent livres de myrrhe et d'aloès, et ils venaient pour ensevelir le Seigneur. Aussitôt tous se lèvent, saisis d'une crainte terrible. O Dieu ! combien grande est l'affliction de ce jour ! Mais Jean regardant attentivement, dit : « Je reconnais parmi ces hommes, Joseph et Nicodème. » Alors Marie, reprenant ses forces, s'écrie : « Béni soit notre Dieu, qui nous envoie un secours! Il s'est souvenu de nous et rie nous a pas abandonnés. Mon fils, allez à heur rencontre. » Jean s'en va donc promptement à leur rencontre, et, arrivé vers eux, ils s'embrassent en versant des larmes abondantes sans pouvoir prononcer une
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pendant plus d'une heure, par l'excès de leur compassion, de leurs sanglots et de leur amertume. Ensuite ils se dirigent vers la Croix. Joseph demande quelles sont les personnes qui se trouvent là avec Marie, et où sont les autres Disciples. Jean lui nomme les personnes présentes; quant aux Disciples, il ne peut donner sur eux aucun renseignement, car aucun d'eux n'a paru en ce lieu aujourd'hui. Nicodème s'informe aussi de ce qui s'est passé, par rapport au Seigneur, et Jean lui fait le récit de tout.
Or, lorsqu'ils furent proches du Calvaire, ils se mirent à genoux et adorèrent le Seigneur en versant des larmes. Enfin arrivés là, ils furent reçus avec respect par Marie et ses compagnes à genoux et inclinées jusqu'à terre. Eux de leur côté se prosternèrent également en pleurant amèrement, et ils demeurèrent en cette position pendant une heure. Enfin Marie leur dit : « Vous faites bien de garder le souvenir de votre Maître, car il vous aimait tendrement ; et je vous avoue qu'à votre arrivée une lumière nouvelle a semblé se lever pour moi ; car nous ne savions ce que nous devions faire. Que le Seigneur vous récompense! » Et eux répondent : «Nous déplorons de tout notre coeur tout ce qui a été fait contre notre Maître. Les impies ont prévalu contre le Juste. Nous l'eussions de grand coeur arraché à une injustice si criante, s'il eût été en notre pouvoir de le faire. Au moins nous rendrons à notre Seigneur et Maître cette faible marque de notre amour.» Se levant donc, ils se disposent à descendre de la croix le corps de Jésus.
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Pour vous, considérez soigneusement et avec attention de quelle manière ils agissent, selon que je vous l'ai dit plus haut. On dresse deux échelles aux extrémités opposées de la croix; Joseph monte sur celle qui est au côté droit et s'efforce d'arracher le clou de la main du Seigneur. Mais il éprouve une grande résistance, car le clou est gros et long, et il est profondément enfoncé dans la croix. Aussi semble-t-il impossible de le tirer sans presser fortement la main ; mais ce n'est pas de la part de Joseph de la violence, car il agit avec amour et le Seigneur agrée tout ce qu'il rait. Ce clou arraché, Jean fait signe à Joseph de le lui remettre afin que Marie ne le voie point. Ensuite Nicodème tire celui de la plain gauche et le remet de même à Jean. Après il descend et va au clou qui retenait les pieds. Pendant ce temps-là joseph soutenait le corps de Jésus. Heureux Joseph qui a mérité de serrer dans ses bras le corps du Seigneur ! Marie alors prend avec respect la main droite qui pendait et la porte à sa bouche ; elle la considère et la baise avec des larmes ineffables et îles soupirs douloureux. Enfin le clou des pieds étant arraché, Joseph descend un peu, et tous reçoivent le corps du Seigneur et le déposent à terre. Marie reçoit la tête et les épaules sur son sein, Madeleine les pieds, ces pieds où autrefois elle avait trouvé une grâce si immense; les autres l'environnent et tous poussent sur lui de grands gémissements; tous le pleurent avec une amertume très-profonde, comme on pleure un fils unique.
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CHAPITRE LXXXII. Pour l'heure de Complies.
Quelque temps après, comme la nuit approchait, Joseph prie Marie de lui permettre d'envelopper le corps dans un linceul et de l'ensevelir. Mais elle s'y opposait et disait : « Je vous en prie, mes amis, ne m'enlevez pas sitôt mon Fils, ou ensevelissez-moi avec lui. » Or, elle pleurait avec des larmes irrémédiables. Elle contemplait les blessures des mains et du côté, tantôt l'une, tantôt l'autre ; elle considérait le visage et la tête du Sauveur, fixait ses regards sur les piqûres des épines, sur sa barbe arrachée violemment, sur sa face souillée de crachats et de sang, sur sa tête sans cheveux, et elle ne pouvait se rassasier de pleurer ni détourner les yeux. On lit dans quelque récit que le Seigneur révéla à une âme dévote, qu'on lui avait coupé les cheveux et arraché la barbe ; mais les Évangélistes n'ont pas tout écrit. En effet, qu'on lui ait coupé les cheveux, et comment cela s'est fait, je ne saurais le montrer par l'Écriture; mais je pourrais prouver qu'on lui arracha violemment la barbe, car Isaïe, parlant en la personne du Seigneur, dit : « J'ai abandonné mon corps à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui n'arrachaient la barbe. » Aussi sa Mère considérait tout cela
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et voulait le voir longuement. Cependant, l'heure pressant. Jean lui dit : « Je vous en prie, ma mère, soumettons-nous à la volonté de Joseph et de Nicodème; permettons-leur de tout disposer et d'ensevelir le corps de Notre Seigneur, car trop de retard pourrait leur attirer quelque accusation calomnieuse de la part des Juifs.
A cette parole, pleine de reconnaissance, guidée par la discrétion, et en même temps se souvenant qu'elle avait été confiée à Jean par son Fils, Marie ne s'opposa pas davantage, et, bénissant ce même Fils, elle voulut bien qu'on le disposât et qu'on l'ensevelît. Alors Jean, Nicodème et les autres, commencèrent à envelopper le corps et à l'appareiller avec des linges, comme c'est l'usage chez les Juifs. Sa Mère cependant tenait toujours la tête dans son sein ; elle se réserva le soin de cette partie de l'ensevelissement, et Madeleine celui des pieds. Lors donc qu'après avoir entièrement disposé les jambes, on en fut arrivé là, Madeleine s'écria : « Je vous en prie, laissez-moi me charger de ses pieds, auprès desquels j'ai obtenu miséricorde. » Étant laissée libre, elle tint ces pieds embrassés et semblait défaillir de douleur. Elle les avait autrefois arrosés des pleurs de son repentir ; mais dans ce moment elle les lava bien plus largement dans des ruisseaux de larmes arrachées à sa douleur et à sa compassion. Elle voyait ces pieds ainsi déchirés, transpercés, desséchés et sanglants, et elle pleurait très-amèrement. Et, comme la Vérité a rendu d'elle ce témoignage, qu'elle aima beaucoup, de même elle pleura
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beaucoup, surtout en ce dernier devoir rendu à son Maître et Seigneur ainsi affligé, ainsi flagellé, ainsi déchiré de blessures, ainsi mort, ainsi réduit au néant. C'est à peine si son aune pouvait demeurer en son corps, tant sa douleur était immense ; d'ailleurs, vous pouvez bien penser que si elle en eût eu le pouvoir, elle serait morte volontiers aux pieds de son Seigneur. Elle ne voyait point de remède à son angoisse ; elle n'était point accoutumée à rendre à Jésus de semblables services; et celui qu'elle lui rend en ce moment, c'est pour la première et la dernière fois. En le rendant, son âme s'oppresse d'amertume, car elle ne peut faire ni autant qu'elle voudrait, ni comme il conviendrait. Elle désirerait laver le corps tout entier, l'oindre, et tout disposer de la manière la plus parfaite; mais ce n'est ni le lieu, ni le temps. Ne pouvant rien de plus, ni autrement, elle fait tout ce qui est en son pouvoir. Elle lave au moins les pieds de ses larmes, elle les essuie pieusement, les embrasse, les couvre de ses baisers, les enveloppe, les arrange avec soin, selon qu'elle peut et qu'elle sait le mieux convenir.
Le corps étant donc ainsi disposé, ils regardent Marie afin qu'elle veuille bien terminer, et ils recommencent à pleurer. Alors voyant quelle ne peut différer plus longtemps, elle pose son visage sur celui de son Fils bien-aimé et s'écrie : « O mon Fils ! Je vous tiens mort contre mon sein. La séparation faite par votre mort est bien dure; nous avons conversé ensemble autrefois avec tant de bonheur et de joie! Nous avons vécu au milieu des hommes sans trouble et saris injure de
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notre part, bien qu'on vous oit ;ait mourir comme un coupable, ô mon très-doux Fils ! Je vous ai servi fidèlement, ô mon Fils, et vous m'avez servie de mène. Mais dans ce combat si douloureux votre père n'a point voulu vous venir en aide, et moi, je ne l'ai pu. Vous vous êtes abandonné vous-même, par amour pour le genre humain, que vous avez voulu racheter. Elle est dure, pénible outre mesure, cette rédemption dont je me réjouis à cause du salut des hommes. Mais j'éprouve sur vos douleurs, sur votre mort, une affliction sans limites, en me rappelant que vous n'avez jamais péché, et que, sans cause aucune, vous avez terminé votre vie par un supplice si honteux et si amer. C'en est donc fait ; notre union est détruite, ô mon Fils ! Il faut que je me sépare de vous maintenant. Je vais vous ensevelir, moi, votre Mère abreuvée de douleurs. Mais ensuite où Irai-je ? Je vous ensevelirais bien plus volontiers, si, en quelque lieu que vous fussiez, il m'était permis d'y être avec vous. Mais puisque je ne le puis faire de corps, au moins je m'ensevelirai d'esprit avec vous ; le tombeau qui recevra votre corps, renfermera mon âme; je vous l'abandonne; je vous la recommande, ô mon Fils! Combien: est poignante cette séparation ! »
Alors, de l'abondance de ses larmes, elle lave la figure de son Fils beaucoup plus igue Madeleine n'avait lavé ses pieds. Ensuite, elle essuie cette face de Jésus, baise sa bouche et ses yeux, enveloppe sa tête dans un suaire particulier et l'ajuste avec le plus grand soin : enfin, elle le bénit de nouveau. Aussitôt tous se prosternent et l'adorent; et, ayant baisé ses pieds, ils le
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prennent et le portent au tombeau. Marie tenait la tête et les épaules, Madeleine les pieds, et les autres soutenaient le corps par le milieu. Il y avait un sépulcre proche le lieu du crucifiement, à la distance de la longueur de notre église environ. Ils l'y déposèrent respectueusement et à genoux, en versant des pleurs, poussant des sanglots et des soupirs sans cesse réitérés. Ensuite, sa Mère le bénit encore, l'embrassa et demeura penchée sur son Bien-Aimé. Mais, l'ayant relevée, ils placèrent une grande pierre à l'entrée du tombeau.
Bède dit de ce tombeau « que c'était une demeure d'une forme ronde, taillée dans le rocher, d'une hauteur qu'un homme, en levant la main, pouvait atteindre à peine. L'entrée était à l'orient, et au nord se trouvait l'endroit où fut placé le corps du Seigneur. Ce dernier lieu faisait partie du rocher même et avait sept pieds de longueur. »
CHAPITRE LXXXIII. Méditation après Complies.
Joseph, voulant revenir à la ville après avoir ainsi accompli ce devoir, dit à Marie : « Ma Mère, je vous en prie pour Dieu et pour l'amour de votre Fils et mon Maître, qu'il vous plaise de venir en ma maison. Je sais que vous n'avez point de demeure à vous ; veuillez vous servir de la mienne comme si elle vous appartenait, car tout ce que je possède est à vous. »
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Nicodème fit les mêmes offres. Oh ! quel sujet de compassion ! la Reine du ciel n'a pas où reposer sa tête, et, dans les jours de son deuil et de sa viduité, il faut la retirer sous un toit étranger. Oui, ces jours sont vraiment les jours de sa viduité, car le Seigneur Jésus était pour elle un fils et un époux, un père et une mère; il était tout son bien, et, par sa mort, elle perdit tout. Elle est vraiment veuve et abandonnée; elle n'a point de demeure pour s'y retirer.
S'inclinant donc humblement à l'offre de Joseph et le remerciant, elle lui répond qu'elle a, été confiée à Jean. Comme ils continuaient leurs prières, Jean leur répondit qu'il voulait la conduire sur la montagne de Sion, en la maison où leur Maître avait fait la Cène la veille avec ses Apôtres, et que c'était là qu'il avait intention de demeurer avec elle. Alors ces hommes, s'inclinant devant Marie, et ayant adoré le Sépulcre, s'en allèrent. Marie, Jean et les saintes femmes demeurèrent assis contre le Sépulcre, selon que le dit l'Évangile. Cependant la nuit approchait ; alors Jean dit à Marie : « Il n'est pas convenable de rester ici trop longtemps et de rentrer de nuit dans la ville; c'est pourquoi, s'il vous plaît, ma Mère, retirons-nous. » Aussitôt Marie se lève, et, fléchissant les genoux, elle ombrasse le Sépulcre, puis s'écrie : « Mon Fils, je ne puis rester plus longtemps avec vous; je vous recommande à votre Père. » Et élevant les yeux au ciel, elle ajoute avec larmes et avec un grand sentiment d'amour : « Père éternel, je vous recommande mon Fils
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et mon âme que je laisse ici, » Alors ils mirent en marche pour s'en aller ; tuais lorsqu'ils furent arrivés à la Croix, Marie se prosterna et l'adora en disant : « C'est ici que mon Fils s'est reposé ; voilà son sang précieux. » Et tous firent de même après elle, car vous pouvez bien vous imaginer que ce fut elle qui la première adora la Croix.
Ils s'avancèrent ensuite vers la ville ; mais, durant le chemin, Marie regardait souvent en arrière. Arrivés à l'endroit au delà duquel ils ne pouvaient. plus voir le Sépulcre ni la Croix, elle se retourna, s'inclina, et, se mettant à genoux là, elle l'adora très-pieusement ; et tous firent de même. A l'approche de la ville, les soeurs de Marie la couvrirent, comme une veuve, d'un voile qui lui cachait presque tout le visage, et. elles marchaient devant elle. Elle les suivait dans une profonde tristesse, ayant à ses côtés jean et Madeleine. Madeleine voulant, à l'entrée de la ville, se diriger par la rue qui conduisait à sa maison elles y amener avec. elle, s'y prit à l'avance et dit : « Ma Mère, je vous en prie pour l'amour de notre Maître, allons à notre maison, nous y serons mieux. Vous savez combien lui-même y venait volontiers ; elle est à vous, et tout ce que je possède vous appartient; je vous en conjure, venez. » Et tous recommencèrent à pleurer. Or, Marie gardant le silence et portant ses regards vers Jean, Madeleine fit au Disciple bien-aimé la même prière. Mais jean répondit : « Il est plus convenable que nous allions jusqu'à la montagne de Sion, d'autant plus que c'est ce que nous avons dit à nos amis ;
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mais vous, venez plutôt avec nous. » Alors Marie ajouta : « Vous savez bien que. j'irai partout où elle ira, et que je ne l'abandonnerai jamais. »
A leur entrée dans la ville accourent de toutes parts des vierges et d'excellentes duales qui viennent s'unir à Marie du plus loin qu'elles l'aperçoivent, et la consolent le long du chemin; ruais aussitôt éclatent de nouveaux gémissements. Les hommes de bien aussi qui se trouvaient sur son passage éprouvaient pour elle une grande compassion, et, touchés jusqu'aux larmes, ils disaient : « Certainement une grande injustice a été commise aujourd'hui par nos Princes contre le Fils de cette femme, et Dieu a opéré de grands prodiges en sa faveur. Qu'ils tremblent pour ce qu'ils ont fait.»
Or, lorsqu'on fut arrivé à la maison, Marie se tourna vers les personnes qui l'avaient accompagnée, les remercia et les salua avec affection et reconnaissance. Elles, de leur côté, s'inclinèrent et se mirent à genoux; et alors recommencèrent les gémissements les plus amers. Marie entra ensuite dans la maison, suivie de Madeleine et de ses deux soeurs. Pour Jean, demeurant sur le seuil, il pria toutes ces bonites personnes de retourner en leurs demeures , parce qu'il se faisait tard, et, les ayant remerciées, il ferma la porte.
Alors Marie, parcourant des yeux cette maison, disait : « O mon très-doux Fils, où êtes-vous, car je ne vous vois plus ici ? O Jean, où est mon Fils ? O Madeleine, où est votre Père, lui qui vous aimait si tendrement ?
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O mes soeurs bien-aimées, oit est nuire Fils ? Celui qui était notre joie, notre douceur, la lumière de nos yeux, s'est retiré de nous ; il s'en est retiré au milieu d'une angoisse extrême ; vous en avez été témoins. Et ce qui accroît encore ma douleur, c'est de l'avoir vu se séparer de nous tout couvert de blessures, accablé d'amertume, desséché par la soif, brisé, oppressé et violenté, sans que nous ayons pu le secourir de rien ; c'est de voir que tous l'ont abandonné, et que son Père, le Dieu Tout-puissant, n'ait point voulu lui venir en aide. Et avec quelle promptitude toutes ces choses se sont accomplies, vous le savez! Jamais condamnation contre l'homme même le plus scélérat ne fut si précipitée ni si foudroyante. O mon Fils ! cette nuit-là même vous avez été pris, à la troisième heure condamné, à la sixième crucifié et vous êtes mort! O mon Fils! Combien amère est volte séparation, combien amer le souvenir d'une mort aussi honteuse ! »
Enfin Jean, la priant de modérer sa douleur, la consola. Pour vous, si vous voulez leur donner une preuve de voire amour, vous saurez sans doute obéir à Marie, la servir, la consoler, la fortifier, afin qu'elle prenne un peu de nourriture et qu'elle engage les autres à en faire autant, car tous sont encore à jeun; et ensuite, ayant recta la bénédiction de votre reine et de tous ceux qui sont présents, vous vous retirerez.
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Jour du Sabbat ou Samedi.
CHAPITRE LXXXIV. Méditation sur Marie et ses compagnes pour le jour du samedi.
Or, le matin du jour du sabbat, Marie et ses compagnes demeurent avec Jean en la maison, les portes fermées. Elles sont affligées et tristes comme des orphelines que la mort d'un père a abreuvées de douleur. Elles ne parlent pas ; mais, assises ensemble, elles se rappellent ce qui s'est passé, se regardant les unes les autres, comme à la dérobée, ainsi qu'il a coutume d'arriver à ceux qui sont en proie à une peine vive et à une grande calamité. Or, on uni frapper à la porte, et elles furent remplies d'une grande crainte, car tout leur inspirait de l'effroi et leur sécurité les avait abandonnées. Cependant Jean alla à la porte, et, regardant qui c'était, il reconnut Pierre, et dit : « C'est Pierre. » Et Marie répondit : « Ouvrez-lui. » Pierre entra donc couvert de confusion , sanglotant amèrement et versant des larmes. Alors tous recommencèrent à pleurer, et l'excès de leur chagrin ne leur permit pas de prononcer une parole. Ensuite arrivent successivement les autres Disciples, aussi les yeux baignés de pleurs. Enfin leurs gémissements étant calmés, ils commencent à s'entretenir de leur Seigneur.
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Pierre dit donc : « Je rougis de honte en moi-même ; je ne devrais point ouvrir la boucle en votre présence, ni même oser me montrer aux regards de qui que ce soit, après avoir abandonné et renié de la sorte mon Seigneur qui avait pour moi tant d'amour.» Les autres Apôtres s'accusaient de même, en frappant des mains et avec effusion de larmes, d’avoir abandonné ainsi leur très-doux Seigneur. Alors Marie prend la parole et dit : « Le bon Maître, le Pasteur fidèle s'est séparé de nous, et nous sommes demeurés comme des orphelins. Mais j'ai l'espérance assurée que nous le reverrons bientôt. Vous savez que mon Fils est bon et qu'il vous aimait tendrement. N'ayez donc aucun doute qu'il ne vous réconcilie avec lui, et qu'il ne vous pardonne volontiers tout ce que vous pouvez avoir commis d'offenses ou de fautes envers lui. Par la permission de son Père, la fureur déchaînée contre lui a été si terrible et l'audace des méchants a tellement prévalu que vous n'eussiez pu lui être d'aucun secours, même en demeurant avec lui. Ainsi ne vous troublez donc pas.»
Et Pierre de répondre : « C'est bien vrai, ma Mère, les choses se sont réellement passées comme vous le dites ; car moi, qui n'en ai vu que le commencement, j'ai été tellement frappé de crainte dans la cour de Caïphe, que c'est à peine si je croyais qu'il me fût possible d'échapper, et que j'ai renié mon Seigneur. Je ne me suis rappelé les paroles par lesquelles il m'avait prédit ce malheur qu'après qu'il m'eut regardé. » Alors Madeleine demande à Pierre ce qu'il lui avait prédit,
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et il lui répond en racontant tout ce qui avait rapport à son reniement, et il ajoute qu'il leur dit beaucoup d'autres choses pendant la Cène, touchant sa Passion. Marie reprend aussitôt : « Je voudrais bien entendre le récit de 'tout ce qu'il a dit et fait pendant la Cène. » Alors Pierre fait signe à Jean de répondre à cette demande. Jean commence donc et raconte tout ce qui a eu lieu ; et ensuite les Disciples se redisent mutuellement, non-seulement ce qui s'est passé dans la Cène, mais aussi les autres actions laites par le Seigneur, rapportant tour-à-tour ce qu'ils en savent. C'est ainsi qu'ils passent tout le jour en s'entretenant de lui. Oh ! avec quelle attention Madeleine écoutait tout ! Mais avec quelle attention plus grande encore Marie prêtait l'oreille ! Combien de fois, au milieu de ces récits, s'écria-t-elle: « Que béni soit mon Fils Jésus !»
Regardez-les donc attentivement, et compatissez-leur, car ils furent, durant tout ce jour, dans une grande affliction, ou plutôt dans une affliction extrême. Quel spectacle, en effet, que de voir la Reine du ciel et de la terre, les Princes des Églises et de tous les peuples, les Chefs de toute l'armée divine, remplis d'effroi, enfermés dans une petite maison, ne sachant que l'aire, si ce n'est se fortifier mutuellement en s'entretenant des actions et des paroles de leur très-doux Seigneur! Pour Marie, elle avait l'âme calme et en paix, car elle conservait l'espérance inébranlable de la résurrection de son Fils ; et la foi demeura intacte en elle en ce jour du Sabbat. C'est pour cela
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que ce jour lui est consacré. Elle ne pouvait cependant goûter aucun sentiment de joie à cause de la mort de son très-doux Fils, Jésus-Christ.
Le soir étant venu, après le coucher du soleil, alors qu'il fut permis de travailler. Marie Madeleine et l'autre Marie s'en furent acheter des aromates, pour en composer des parfums. Le soir précédent, en revenant de la sépulture du Seigneur, elles avaient commencé leurs préparatifs jusqu'au coucher du soleil, et ensuite elles étaient demeurées en repos ; car il fallait observer le sabbat depuis le coucher du soleil du vendredi jusqu'au coucher du soleil du samedi. Considérez-les soigneusement : elles s'avancent, le visage triste, à la manière des veuves, s'arrêtent en quelque boutique, peut-être en celle d'un ami du Seigneur, qui leur portait compassion et était prêt à satisfaire volontiers à leurs désirs. Elles demandent donc des aromates et choisissent, autant qu'elles peuvent, les meilleurs, en soldent le prix et s'en vont afin de composer sans re-tard des parfums pour leur Seigneur.
Remarquez attentivement avec quelle humilité , quelle dévotion, quelle fidélité, elles travaillent pour leur Maître bien-aimé, en versant des larmes abondantes et soupirant amèrement. Marie et les Apôtres les regardent, peut-être même leur viennent en aide. Enfin, leur travail terminé, elles demeurent en repos durant la nuis. Tel est le sujet de votre méditation, pour le jour du Sabbat, sur Marie, ses compagnes et les Disciples.
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CHAPITRE LXXXV. Méditation sur Jésus descendant aux Enfers le jour du Samedi.
Maintenant s'offre à notre méditation ce que le Seigneur a fait le jour même du Sabbat. Aussitôt après sa mort, il descendit aux Enfers vers les saints de l'Ancien Testament, et il y demeura avec eux. Dès ce moment, ils jouirent de la gloire, car la vue du. Seigneur est une gloire parfaite. Considérez donc et re-marquez quelle a été sa bénignité de descendre aux Enfers, quelle a été sa charité, son humilité. Il pouvait envoyer un Ange en ces lieux délivrer ses serviteurs et les faire paraître devant lui où il eût voulu ; mais son amour infini ne l'eût pas permis, son humilité ne l'eût pas souffert. Il est donc descendu lui-même, lui, le Seigneur de toutes choses, non plus pour visiter des serviteurs, mais des amis ; et il est demeuré là, avec eux, jusqu'au dimanche, un peu avant l'aurore. Pensez bien à ces choses, admirez-les et vous efforcez de les imiter.
Or, à son arrivée, les saints Pères tressaillirent de joie et furent remplis d'une allégresse immense ; toute peine disparut; ils firent entendre des louanges et des cantiques eu sa présence. Et ces louanges vous pouvez les méditer de cette façon. Représentez-vous ces saints personnages, connue s'ils avaient leurs corps,
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dans l'état où ils seront après la résurrection. Représentez-vous, de la même manière, l'aine très-douce de Jésus-Christ, notre Seigneur. Aussitôt donc qu'ils pressentirent son arrive très-salutaire, ils allèrent à sa rencontre avec !a joie la plus vice, s'exhortant mutuellement et disant : « Beni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, qui a visité son peuple et opéré sa rédemption. — Levez vos têtes, parce que votre rédemption est proche. — Lève-toi, lève-toi, Jérusalem ; romps les liens qui enchaînent ton cou; voilà le Seigneur qui vient briser nos chaînes. — O princes, élevez vos portes; élevez-vous, portes éternelles, et le Roi de gloire fera son entrée. — O Christ ! nous vous adorons ; nous vous bénissons, ô Dieu plein d'amour ! » Et, se prosternant, ils l'adorèrent avec une grande joie et avec une vice allégresse.
Considérez comme ils l'environnent avec respect, tressaillement de bonheur, et la félicité peinte dans tous leurs traits; comme ils redisent tous ces chants en sa présence. C'est dans ces louanges, ces cantiques, ces jubilations qu'ils demeurèrent jusqu'au jour du dimanche, au lever de l'aurore. Là aussi se trouvait la multitude des Anges, se joignant aux accords de leur joie.
Alors le Seigneur prit tous ces saints, les tira des Enfers au milieu de l'allégresse la plus éclatante, et, marchant devant eux glorieusement, il les plaça dans le Paradis de délices. Après être demeuré quelque temps à partager leur bonheur, en la société d'Élie et d’Hénoch qui le reconnaissaient, il leur dit : « Il est
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temps que je ressuscite mon corps ; il faut que je m'eut aille et que je le reprenne. » Et tous, se prosternant, lui dirent : « Allez, Seigneur, Roi de gloire, et revenez bien vite, s'il vous plaît, car nous avons le désir le plus grand devoir votre corps très-glorieux. »
Vous voyez donc ce que vous pouvez méditer en ce jour du Sabbat, qui précède la résurrection, sur le Seigneur, sa Mère, ses Disciples et les saints Pères. Mais, comme j'ai parcouru toute la Passion du Sauveur sans aucune citation, de peur que votre esprit ne se tournât à autre chose qu'à cette même Passion, j'ai cru qu'il serait bon maintenant de vous rapporter quelques passages, afin de vous exciter à méditer avec plus de ferveur et de dévotion les choses qui nous occupent. Écoutez donc, selon notre coutume, saint Bernard en quelques-unes de ses sentences :
« (1) Vous devez votre vie tout entière à Jésus-Christ, nous dit-il, parce qu'il a sacrifié sa vie pour vous, et enduré des tourments amers, afin que vous n'eussiez point à subir des tourments éternels. En effet, quand même je verrais se réunir devant moi tous les jours des enfants d'Adam, tous les jours des siècles à venir, les travaux de tous les hommes qui ont été et qui sont maintenant, ce ne serait rien en comparaison de ce qu'a souffert ce corps si admirable et si étonnant par les vertus célestes dont il fut orné, par sa conception du Saint-Esprit, sa naissance d'une Vierge, l'innocence de sa vie, l'abondance de sa doctrine, l'éclat de ses miracles, la manifestation
1 Serm. 11 sup. cant.
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de ses sacrements. Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant sa vie est élevée au-dessus de la nôtre, et cependant il l'a sacrifiée. Et comme le néant ne peut être mis en comparaison avec ce qui existe, ainsi notre vie ne peut souffrir aucune proportion avec la sienne ; car l'une ne saurait être plus estimable et l'autre plus remplie de misère. Lors donc que je lui offre tout ce qui est en mon pouvoir, c'est moins que si je comparais une étoile au soleil, une goutte d'eau à un fleuve, une pierre à une montagne, un grain à un amas énorme de blé.
« Non, l'anéantissement de Jésus ne fut pas un anéantissement ordinaire ou de peu de valeur, mais il s'est anéanti jusqu'à se faire chair, jusqu'à mourir, jusqu'à être attaché à une croix. Qui pourra peser dignement quelle humilité, quelle mansuétude, quel amour il a fallu pour que le Dieu de majesté se revêtît de la chair, reçût une sentence de mort, et subit le déshonneur de la Croix ? Quelqu'un dira peut-être : Le Créateur ne pouvait réparer son oeuvre sans cet abaissement. Je dis qu'il le pourrait, mais qu'il a mieux aimé choisir l'humiliation, afin que le plus abominable et le plus odieux des vices, l'ingratitude,ne pût trouver en l'homme aucun motif de s'établir. Il s'est soumis à des fatigues nombreuses assurément, mais c'était afin de constituer l'homme redevable d'un grand autour envers lui; c'était afin que la difficulté de son rachat avertît de l'obligation de la reconnaissance celui que la facilité de sa création
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avait laissé trop peu dévoué. Que disait, en effet, l'homme ingrat après avoir été créé ? C'est, il est vrai, sans aucun mérite de ma part que j'ai reçu l'existence, mais c'est aussi sans fatigue et sans peine pour mon Créateur. Il a parlé, et j'ai commencé à exister comme le reste des créatures.
« (1) Mais la bouche de ceux qui proféraient l’iniquité a été fermée. Maintenant, ô homme, on voit avec une lumière plus brillante que la lumière du jour, combien le Très-haut a dépensé pour toi. Il n'a pas dédaigné de Seigneur se faire esclave, de riche devenir pauvre, de Verbe être chair, de Fils de Dieu être appelé Fils de l'homme. Souviens-toi que si tu as été fait de rien, tu n'as pas été racheté de rien. Le Seigneur a créé l'univers en six jours, et toi avec l'univers. Mais, pour accomplir notre sa- lut, il lui a fallu Le années entières de séjour sur cette terre. Oh ! comme il s'est fatigué en supportant les besoins de la chair, les tentations de l'en- nemi des hommes! N'a-t-il pas aggravé tout cela par l'ignominie de la Croix? N'a-t-il pas mis le comble à tout par l'horreur de sa mort?
« (2) O bon Jésus! sur toute chose le calice que vous avez bu, ce calice, l'oeuvre même de notre rédemption, vous rend aimable à mon coeur. C'est vraiment par là que le Seigneur enchaîne notre amour tout entier ; c'est par là, dis-je, qu'il attire avec plus de suavité notre dévotion, qu'il l'exige avec plus de justice, qu'il l'impose plus étroitement,
1 Ps. 62. — 2 Serm. 20 sup. cant.
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qu'il l'enflamme de plus d'ardeur. C'est dans cette oeuvre que le Sauveur a travaillé prodigieusement, et la création même du monde entier n'a demandé à son Créateur rien de semblable. Car alors il a dit et tout a été fait ; il a commandé et tout a été créé (1). Mais dans l'accomplissement de cette œuvre, il a trouvé des contradictions à ses paroles, des observateurs de ses actions, des dérisions en ses tourments, des injures en sa mort.
« (2) Pour comble de tendresse, Jésus-Christ a livré son âme à la mort, et de son côté il a tiré le prix de notre satisfaction par lequel il devait apaiser son Père. Ainsi il mérité qu'on lui appliquât ce verset : La miséricorde habite dans le Seigneur, et on trouve ers lui une rédemption abondante (3) « Oui, elle est vraiment abondante, car ce n'est pas une goutte, mais ce sont les flots de tout son sang qui se sont écoulés par cinq parties de son corps. Qu'a-t-il dû faire pour vous qu'il n'ait pas fait ? Il a éclairé l'aveugle, délivré celui qui était dans les chaînes,retiré celui qui était dans l'erreur, réconcilié le coupable. Qui ne courra volontiers et avec empresse ment à la suite de celui qui délivre de l'erreur, dissimule nos aveuglements, nous offre les mérites de sa vie et nous assure des récompenses par sa mort? Quelle excuse apportera celui qui ne court point à l'odeur de ses parfums? Peut-être dira-t-il que cette odeur n'a point pénétré jusqu'à lui. Mais le parfum de vie qu'elle renferme s'est répandu dans
1 Ps. 32. — 2 Serm. 22 sup. cant. — 3 Ps. 119.
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le monde entier; car la terre est toute pleine des miséricordes du Seigneur, et sa compassion s'est étendue sur toutes les oeuvres de ses mains (1). Celui donc qui ne s'empresse pas à sa suite, celui-là, dis-je, est mort ou corrompu.
« (2) L'Épouse ne rougit point de cette noirceur qu'elle sait avoir été portée d'abord par son Époux , car quelle gloire pour elle de lui ressembler ! Rien n'est donc plus glorieux que de porter l'opprobre de Jésus-Christ. Voilà pourquoi il vous est donné d'entendre ce cri d'allégresse véritable et de salut : Loin de moi de me glorifier autrement que dans la Croix de Jésus-Christ, notre Seigneur (3). » L'ignominie de la Croix est chère à qui n'est pas ingrat envers celui qui y fut attaché. C'est de la noirceur, il est vrai, mais c'est l'expression, c'est la ressemblance du Seigneur. Allez au saint prophète Isaïe et il vous dira comment il l'a vu en esprit. Quel autre que lui a-t-il appelé un, homme de douleurs, un homme qui connaît les souffrances, et en qui l'on ne trouve plus ni beauté ni éclat ? » Et il ajoute : « Nous l'avons considéré comme un lépreux, comme un homme frappé de Dieu et plongé dans l'humiliation. Or, il a été percé de plaies pour nos iniquités ; il a été brisé pour nos crimes, et c'est par ses meurtrissures que nome avons été guéris (4)... » Enfin, il s'est fait lui-même péché, et je craindrais de dire qu'il est noir !... Regardez-le : il est vraiment déshonoré par les haillons
1. Ps. 36 . — 2 Serm. 25 sup. cant. — 3 Gal., 6. — 4
Ps. 53.
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dont il est revêtu, livide à force de plaies, souillé de crachats et couvert de la pâleur de la mort. Que pouvait rencontrer de plus difforme et de plus noir l'oeil du spectateur, que celui qui était entre deux voleurs, les mains étendues sur la Croix, objet de dérision pour les méchants et de larmes amères pour les fidèles. Seul, il était le terme des moqueries, lui qui seul pouvait inspirer la terreur et qui seul méritait d'être déshonoré (1).
« (2) La pierre est le refuge des hérissons; et où le faible trouvera-t-il un repos assuré et sans crainte, si ce n'est dans les plaies du Sauveur ? J'habite en ces lieux avec d'autant plus de sécurité que je le sais plus puissant à me sauver. Le monde frémit, mon corps m'accable, le démon me tend des pièges, et je ne tombe pas, car je suis établi sur la pierre ferme. J'ai commis de grandes fautes ; ma conscience en sera dans le trouble, mais elle ne sera pas renversée, parce que je me souviendrai des blessures du Seigneur; je me souviendrai qu'il a été percé de plaies pour mon iniquité. Qui sera tellement sous les coups de la mort qui ne puisse être sauvé par Jésus-Christ?
« Les clous nous crient, les blessures nous annoncent que Dieu est vraiment dans le Christ., qu'il y est se réconciliant le monde. Le fer a transpercé son âme, et il s'est approché de son coeur, afin que dès ce jour il sache compatir à nos infirmités. Le secret de son coeur nous est manifesté par les
1 Serm. 28. — 2 Serm. 61.
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blessures de son corps ; le mystère est dévoilé ; les entrailles de la miséricorde par lesquelles le soleil levant est venu des hauteurs célestes pour nous visites, sont mises à découvert. Et pourquoi ses entrailles n'apparaîtraient-elles point à travers ses blessures ? Comment, Seigneur, pourriez-vous nous montrer avec plus d'éclat que par ces mêmes blessures, que vous êtes plein de charité et de douceur , et que vos miséricordes sont innombrables ? Personne, en effet, eut-il jamais une miséricorde plus grande que celle qui porte à sacrifier sa vie pour ceux qui sont voués et condamnés à mort?»
Saint Bernard dit encore ailleurs : « Méditez la passion de ce corps crucifié, et voyez s'il y a quelque chose en lui qui ne soit pas une prière à Dieu le Père. C'est pour vous que cette tête divine, chargée d'épines innombrables, en est transpercée profondément et cruellement, tandis qu'on les y enfonce avec fureur. Ce peuple, dit le Seigneur par son Prophète; m'a environné des épines de ses péchés.
« Afin que votre tête ne fût point en proie à la clou- leur, afin que votre volonté ne fût point blessée, ses yeux ont été voilés des ténèbres de la mort, ces flambeaux qui éclairent l'univers se sont éteints pendant quelque temps. N'est-ce pas lorsqu'ils s'obscurcirent que les ténèbres couvrirent la face de la terre ; et ces deux grands flambeau ; ne disparurent-ils pas avec les autres? Or, tout cela est arrivé afin que vos yeux
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se détournent pour ne point voir la vanité, ou pour ne point s'y laisser attirer dans le cas où elle les aurait frappés. »
« Ces oreilles qui, dans les cieux , entendent ce cantique : « Saint, saint, saint, est le Seigneur le Dieu des armées, » ont entendu sur la terre ces paroles : « Vous êtes possédé du démon ; » et ces autres : «Crucifiez-le, crucifiez-le (1). » Et pourquoi? Afin que vos oreilles ne fussent pas insensibles au cri du pauvre, afin qu'elles ne s'ouvrissent pas à de vains bruits, et qu'elles ne se laissassent point souiller par le venin de la détraction.
« Cette face si belle, la plus belle parmi celles des enfants des honnies, a été souillée de crachais, meurtrie de soufflets, vouée aux dérisions et aux moqueries. Car c'est ainsi qu'il est écrit : « Ils se mirent à cracher sur lui, à lui frapper le visage et à se jouer de lui, en disant : Prophétise qui l'a frappé (2). » Pourquoi tout cela? Afin que votre face fût illuminée; qu'étant illuminée, elle fût affermie, et qu'on pût dire de vous : « Son visage n'a plus été dans la suite sujet à des changements continuels (3).»
« Cette bouche qui enseigne les Anges et instruit les hommes, qui a dit, et tout a été fait ; cette bouche a été abreuvée de fiel et de vinaigre; et cela afin que votre bouche parlât la vérité et la
1 Joan. 7-19. — 2 Mat., 26. — 3 I Reg., 1.
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justice ; afin qu'elle confessât le Seigneur son Dieu.
« Ces mains, qui ont fondé les Cieux, sont étendues sur la Croix ; elles sont percées de clous aigus; et c'est afin que vos mains s'étendent vers l'indigent ; afin que vous puissiez dire avec le Psalmiste : « Mon âme est sans cesse dans mes mains. » Ce que nous portons dans nos mains, nous le mettons difficilement en oubli; ainsi celui qui applique son âme aux bonnes oeuvres, ne saurait l’oublier.
« Ce coeur, dans lequel sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu, a été ouvert par la lance du soldat, afin que votre coeur fût purifié de ses pensées mauvaises, afin qu'étant purifié, il fût sanctifié, et qu'il persévérât en cet état de sainteté.
« Ces pieds, dont nous devons adorer l'escabeau, parce qu'il est,saint, ont été cruellement perds et attachés à la Croix, de peur que vos pieds ne se hâtassent dans les sentiers du mal ; afin qu'ils fussent rapides dans la voie des commandements. Que dirai-je de plus? Ils ont percé mes mains et mes pieds, et ils ont compté tous mes ossements (2) ! Pour vous, il a sacrifié son corps et son âme, afin de posséder votre corps et votre âme ; enfin, en donnant tout, il a acquis un droit à tout. »
« (3) O mon âme! réveille-toi donc maintenant et
1 Ps. 118. — 2 Ps. 21. — 3 Ce qui suit, jusqu'à la fin du chapitre, est tiré de S. Anselme, in spec. Evang. serm., c. 12.
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secoue cette poussière : contemple cet homme que le miroir des paroles évangéliques te montre comme présent à tes yeux. Considère attentivement, ô mon âme, quel est celui qui entre. Il est semblable à un roi, et néanmoins il est couvert de confusion comme le plus méprisé des esclaves. Il s'avance orné d'une couronne; mais cette couronne elle-même est pour lui un tourment, et sa tête si belle est déchirée par des épines nombreuses. La pourpre royale le revêt ; mais, loin de l'honorer, cette pourpre le rend méprisable. Il porte le sceptre en main , mais sa tête vénérable est meurtrie des coups de ce sceptre. On se prosterne devant lui pour l'adorer, on l'acclame comme un roi; mais en mémo temps on s'élance contre lui, on couvre de crachats sa figure si pleine d'amabilité ; ses joues sont meurtries par les soufflets, et son cou si honorable est déshonoré. Vois, ô mon âme, comment cet homme est oppressé et méprisé de toute manière. On lui ordonne de se courber sous le fardeau de la Croix et de porter son ignominie au lieu de son supplice. On l'abreuve de myrrhe et de fiel, on l'élève en Croix, et il dit : « Mon Père, pardonne-leur ; ils ne savent ce qu'ils font. » Quel est-il cet homme qui, dans toutes ses angoisses, n'a pas ouvert une fois la bouche pour faire entendre une plainte ou une excuse, une menace ou une accusation contre ces chiens maudits, mais seulement pour laisser tomber sur ses ennemis, à ses derniers moments, sur des ennemis aussi injustes, une parole
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de bénédiction telle qu'on n'en avait jamais entendu une semblable depuis le commencement du monde? Quand donc as-tu vu, ô mon âme, 'une mansuétude qui égalât la sienne, une bénignité qui pût lui être comparée ?
« Considère-le encore plus attentivement, et tu comprendras combien il se montre digne d'une admiration suprême et de la compassion la plus tendre. Regarde-le nu et déchiré de blessures, au milieu de voleurs , ignominieusement attaché à la Croix avec des clous barbares, abreuvé de vinaigre sur cette Croix, après sa mort le côté pets d'un coup de lance, et répandant des ruisseaux abondants de sang des cinq plaies de ses pieds, de ses mains et de son côté. O mes yeux! versez des torrents de larmes; fonds-toi, ô mon âme, dans l'ardeur de ta compassion, en voyant l'anéantissement de cet homme si digne d'amour, et l'accablement de ses douleurs joint à une mansuétude sans exemple.
« Regardez, ô Père très-saint, de votre sanctuaire et des hauteurs de votre céleste demeure, et contemplez cette victime vénérable que vous offre, pour les péchés de ses frères, notre Grand-Pontife, votre saint Enfant, Jésus-Christ, notre Seigneur, et laissez-vous toucher de compassion sur la multitude de nos perversités. Voici que le sang de Jésus-Christ, notre frère, crie vers vous du haut de la Croix : « J'ai été couronné de gloire et d'honneur. » « Maintenant il est placé à la droite de votre Majesté
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pour supplier en notre faveur, car il est notre chair et notre frère.
« Abaissez vos regards, Seigneur, sur la face de votre Christ, qui s'est rendu obéissant à votre volonté jusqu'à subir la mort. Que ses cicatrices soient sans cesse présentes à von yeux, afin que vous vous sou- veniez quelle satisfaction vous avez reçue de lui pour nos péchés. Ah !plût à Dieu que dans la même balance fussent pesés et ces péchés qui ont allumé votre colère, et les calamités dont votre Fils innocent a été victime pour les expier! Celles-ci l'emporteraient sans contredit, et il vous paraîtrait d'autant plus juste de répandre vos miséricordes sur nous que ces calamités ont eu pour but d'empêcher que votre colère enflammée par nos péchés n'en suspendit le cours. Que toute langue, ô Seigneur, vous rende grâces à la vue de cette bonté excessive qui vous a porté à ne point épargner le Fils unique de votre tendresse, mais à le livrer pour nous à la mort, afin qu'en lui nous eussions auprès de vous, dans les Cieux, un avocat d'une fidélité inaltérable.
« Et vous, Seigneur Jésus, zélateur plein de courage, quelles actions de grâces, quels remerciements dignes de vous pourrai-je vous offrir, moi quine suis qu'un homme, moi cendre et poussière,moi vil amas de boue? Qu'avez-vous dû faire pour mon salut que vous n'ayez fait ? Depuis l'extrémité des pieds jusqu'au sommet de la tête, vous vous êtes plongé tout entier dans les eaux de la tribulation, afin de m'arracher tout entier à leur abîme.
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Les grandes eaux ont pénétré jusqu'à votre âme, car vous l'avez sacrifiée afin de me rendre la mienne, qui était perdue. Voilà que je suis engagé vis-à-vis de vous par une double dette, et pour ce que vous m'avez donné, et pour ce que vous avez perdu à cause de moi. Je vous suis redevable pour la vie que vous m'avez donnée deux fois : une fois par la création, une autre fois par la rédemption. Que pourrai-je trouver qui soit plus digne de vous que cette vie même ? Je ne le sais pas. Mais pour votre âme dont le prix est inestimable, pour votre âme ainsi livrée à la tribulation, qu'est-ce que l'homme vous offrira qui mérite de lui être comparé? Je l'ignore. Quand il serait en mon pouvoir de vous sacrifier le ciel, la terre et toutes leurs splendeurs, assurément je n'atteindrais en aucune sorte la mesure de ce qui vous est dû. Pour vous rendre ce que je vous dois, dans les bornes de ce qui m'est possible, il faut, Seigneur, que je t'obtienne de votre munificence. Je dois vous aimer de tout mon coeur, de tout mon esprit , de toute mon âme, de toutes mes forces, et m'attacher à marcher sur vos traces ; mais comment cela s’accomplira-t-il, si ce n'est par vous? Mon âme s'attache donc à vous, puisque toute vertu dépend de vous. »
Telles sont les paroles pleines de suavité et de magnificence que le bienheureux Bernard, suivant son aimable coutume, a répandues sur la Passion du Seigneur. Prenez garde de ne point les recevoir en
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vain; mais, animée par un tel langage, appliquez-vous à la considération de cette Passion de tout votre coeur et de toute l'étendue de vos affections; car tout en elle l'emporte sur ce que vous pourriez méditer sur la vie même du Seigneur. — Maintenant arrivons à sa résurrection.
CHAPITRE LXXXVI. De la Résurrection du Seigneur , et comment il apparut d'abord à sa Mère le jour du dimanche.
Le jour du dimanche, de grand matin, le Seigneur Jésus s'en vint à son tombeau, environné du cortège glorieux d'Anges innombrables, et reprenant son corps très-saint, le ressuscitant, il sortit de ce tombeau sans en ouvrir l'entrée. A la même heure, c'est-à-dire de grand matin, Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé, après en avoir demandé permission à la Mère du Seigneur, se mirent en route avec des parfums pour aller au lieu de la sépulture. Pour Marie, elle demeura à la oraison et y priait en ces termes ; Père tout clément, Père très-pieux, comme vous le savez, mon Fils est mort attaché à la croix, entre deux voleurs, et moi, je l'ai enseveli de mes mains. Mais, Seigneur, votre puissance peut me le rendre sain et sauf. Je conjure donc Votre Majesté de ne pas différer plus longtemps. Pourquoi tarde-t-il autant à venir me trouver? Accordez-le moi, je vous en supplie, car mon âme ne peut goûter aucun repos qu'elle ne le voie. O mon
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très-doux Fils, qu'êtes-vous devenu? Que faites-vous? Pourquoi tant de retard? Je vous en prie, ne différez pas plus longtemps de me faire jouir de votre présence ; car vous m'avez dit : « (1) Je ressusciterai le troisième jour. » N'est-ce pas aujourd'hui le troisième jour, ô mon Fils ? Ce n'est pas hier, mais avant-hier, qu'a eu lieu ce grand jour, ce jour d'amertume profonde et de calamité, de ténèbres, d'obscurité et de séparation, ce jour de votre mort. C'est donc aujourd'hui le troisième jour, ô mon Fils ! Levez-vous donc, ô ma gloire ! Revenez, vous qui êtes tout mon bien. Sur toute chose, je désire vous voir ; votre départ m'a si cruellement contristée ; que votre retour nie console. Revenez donc, mon bien-aimé; venez, mon Seigneur Jésus; venez, mon unique espérance, ô mon Fils ; venez.»
Pendant qu'elle priait ainsi et versait des larmes de tendresse, voilà que tout-à-coup le Seigneur Jésus apparaît, revêtu d'habits d'une blancheur éclatante et avec un visage serein. Il est brillant de beauté, glorieux et plein de joie ; et, s'approchant de Marie, il lui dit : « Salut, ma vénérable Mère. » Elle, se tournant aussitôt, s'écrie : « Est-ce vous, mon Fils Jésus ? » Et elle se prosterne et l'adore. Jésus lui dit : « C'est moi, ma très-douce Mère; je suis ressuscité, et me voici encore avec vous. »
Alors ils se lèvent tous deux, et Marie, versant des larmes de bonheur, l'embrasse. Elle colle son visage sur le sien, elle le presse avec amour et se repose tout entière sur lui; et, de son côté, il la soutient avec
1 Mat., 27.
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joie. Ensuite, s'étant assis l'un proche de l'autre, elle considère avec empressement et avec ardeur le visage de ce cher Fils et les cicatrices de ses mains, et elle s'informe, à chacune de ses blessures, si tonte douleur s'est éloignée de lui. « Ma vénérée Mère, lui dit-il, toute souffrance a disparu ; j'ai vaincu la mort, là, douleur et toutes les angoisses; je n'ai plus rien à souffrir désormais. » Et Marie de s'écrier : « Béni soit votre Père qui vous a rendu à mon amour. Que son nom soit loué et exalté ; qu'il soit glorifié dans tous les siècles. »
Ils demeurent donc ensemble, s'entretiennent avec une allégresse mutuelle, font tous les deux la Pâque avec bonheur et amour, et le Seigneur Jésus raconte à sa Mère comment il a délivré son peuple de l'enfer, et tout ce qu'il a lait pendant ces trois jours. C'est donc aujourd'hui la Pâque par excellence.
CHAPITRE LXXXVII. Comment Marie-Madeleine et les deux autres Marie vinrent au tombeau, et comment Pierre et Jean y allèrent à leur tour.
Or, Marie-Madeleine et les deux autres Marie s'en allaient, comme je l'ai dit, au tombeau avec des parfums. Étant sorties de la ville, elles rappelaient à leur mémoire les afflictions et les peines de leur Maître, et elles s'arrêtaient un peu aux lieux divers où il avait, souffert ou fait quelque chose de considérable. Elles
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s'agenouillaient, baisaient la terrie, poussaient des soupirs et des gémissements et disaient : « C'est ici que nous l'avons rencontré chargé de sa Croix, quand sa Mère demeura demi-morte ; ici, il s'est tourné vers les femmes de Jérusalem; ici, succombant à la fatigue, il a dépose sa Croix et s'est appuyé un peu sur cette pierre ; ici on l'a poussé cruellement et avec violence, afin qu'il marchât plus vite, et on l'a forcé presque de courir ; ici on le dépouilla de ses vêtements et on le mit tout nu ; ici on l'attacha au gibet de la Croix. » Et alors, poussant un grand cri, versant un torrent de larmes, elles se prosternèrent la face contre terre, adorèrent la Croix encore tonte rouge du sang précieux du Seigneur, et. la couvrirent de leurs baisers. Ensuite, se levant et s'avançant vers le Sépulcre, elles se disaient : « Qui nous enlèvera la pierre qui ferme l'entrée du tombeau ? » Et, élevant les yeux, elles virent la pierre renversée et l'Ange du Seigneur assis dessus, qui leur dit : «Ne craignez point, » et le reste ainsi qu'il est rapporté dans l'Évangile (1).
Mais, trompées dans leurs espérances, car elles pensaient trouver le corps du Seigneur, elles ne firent pas attention aux paroles de l'Ange et s'en revinrent épouvantées vers les Apôtres, en disant que le corps du Seigneur avait été enlevé. Aussitôt Pierre et Jean coururent au tombeau (2). Considérez-les bien ils courent : Madeleine et ses compagnes courent à la suite; tous s'empressent de chercher leur Seigneur, leur
1 Marc., 16. — Mat., 28. — Joan., 20.
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coeur et leur âme. Ils courent avec fidélité, ferveur et anxiété. Lorsqu'ils furent arrivés au tombeau, ils regardèrent dedans et ne trouvèrent pas le corps; mais, ne voyant que lus linceuls et le suaire, ils se retirèrent.
Compatissez-leur, car ils sont dans une grande affliction. Ils cherchent leur Seigneur et ne le trouvent point, et ne savent plus où le chercher ailleurs. Ils se retirèrent donc pleins de tristesse et en versant des larmes.
CHAPITRE LXXXVIII. Le Seigneur apparaît aux trois Marie.
Or, les trois,Marie demeurèrent là, et, regardant dans le tombeau, elles virent deux Anges qui se tenaient debout et vêtus de blanc, lesquels leur dirent : « Pourquoi chercher parmi les morts celui qui est vivant (1)? » Mais elles ne firent aucune attention à ces paroles et ne reçurent, pour le moment, aucune consolation de la vue des Anges, car ce n'étaient point les Anges, mais le Seigneur des Anges qu'elles cherchaient. Deux d'entre elles, effrayées et comme hors d'elles-mêmes, se retirèrent un peu et s'assirent, accablées de douleur, à quelque distance de là. Quant à Madeleine, elle ne savait trop que faire : elle ne pouvait vivre sans son Maître, elle ne le trouvait point en ce lieu et elle ignorait où elle devait le chercher. Elle
1 Luc., 24.
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resta donc auprès du tombeau, versant des larmes. Regardant de nouveau dans le Sépulcre, car elle espérait toujours le rencontrer là où il avait été placé, elle vit les deux mêmes Anges assis qui lui dirent : « Femme, pourquoi pleurez-vous ? Qui cherchez-vous? » Et elle répondit : « Ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l'ont mis (1). »
Voyez l'action admirable de l'amour. Il n'y a que peu de temps, elle avait entendu un des Anges lui annoncer que Jésus était ressuscité, et tous les deux lui dire qu'il était vivant, et elle ne se le rappelle plus, mais elle s'écrie : « Je ne sais où on l'a mis. » C'est l'amour qui opérait ainsi, car, comme dit Origène (2) , son âme n'était point en elle-même, mais elle habitait où résidait son Maître. Elle ne savait penser, dire et entendre autre chose que lui. Mais pendant qu'elle pleurait de la sorte, sans s'inquiéter de ce que les Anges lui disaient, son Maître ne pouvait lui-même se refuser plus longtemps à son amour. Jésus rapporte donc à sa Mère ce qui se passe, et lui dit qu'il veut aller consoler Madeleine; ce que sa Mère agrée de tout sou coeur en lui disant: Mon Fils béni, allez en paix et consolez-la, car elle vous aime beaucoup et elle a été profondément attristée de votre mort ; mais souvenez-vous de revenir vers moi. » Et l'embrassant, elle le laissa partir.
Il vint donc au tombeau, dans le jardin où était Madeleine, et lui dit : « Femme, qui cherchez-vous? Pourquoi pleurez-vous? » Mais elle, ne le reconnaissant
1 Joan., 20. — Orig., in divers. hom. 10.
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pas encore, lui répondit comme une personne ivre : « Seigneur, si c'est vous qui l'avez enlevé, dites-moi où vous l'avez mis, et je l'emporterai. »
Considérez bien comme elle prie avec supplication et ardeur, le visage baigné de larmes, afin qu'on lui dise où est celui qu'elle cherche, car elle espérait toujours apprendre quelque chose de nouveau sur son Bien-aimé. Alors le Seigneur lui dit : « Marie ! » Et soudain, comme si elle eût recouvré la vie, le reconnaissant à la voix, elle s'écria : « Maître, vous êtes le Seigneur que je cherchais. » Pourquoi vous êtes-vous si longtemps caché à moi? » Et s'élançant à ses pieds, elle voulait les embrasser. Mais le Seigneur, afin d'élever son âme aux choses célestes, afin de lui apprendre à ne plus le chercher sur cette terre, lui dit : « Ne me touchez point, car je ne suis point encore monté à mon Père ; mais dites à mes frères de ma part : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Et il ajouta : « Ne vous ai-je pas prédit que je ressusciterais le troisième jour ? Comment donc me cherchez-vous dans le sépulcre ? » Mais elle lui répondit: « Je vous assure, Maître vénéré, que la violence de votre Passion et de votre mort avait rempli mon âme d'une telle douleur que ais tout oublié, excepté votre corps inanimé et le lieu oit je l'avais enseveli. voilà pourquoi j'avais, ce matin, apporté des parfums. Bénie soit votre Magnificence qui a daigné ressusciter et revenir à nous.»
Ces deux bien-aimés demeuraient donc ensemble enivrés d'allégresse et de bonheur. Madeleine considère
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le Seigneur avec l'attention la plus vive, et en reçoit des réponses qui la remplissent de félicité. Maintenant, ici encore il y a une grande Pâque. Et quoique au commencement le Seigneur lui eût répondu comme nous avons vu, je ne saurais croire sans peine qu'elle n'ait satisfait son amour avant de se retirer, en baisant ses pieds et ses mains. S'il a agi ainsi d'abord, ce fut par une disposition particulière : soit que véritablement il manifestât, en cette circonstance, la volonté actuelle de son coeur, selon le sentiment commun; soit, comme je lai dit, qu'il voulût élever son âme aux choses célestes, selon que saint Bernard semble le penser. Au reste , on peut croire pieusement que dans cette visite si pleine d'amour et si privilégiée qu'il lui faisait, avant tous ceux dont il est parlé dans la suite, il se proposait de remplir son âme de joie et non d'y répandre le trouble. Il y a donc là un mystère et non mi refus obstiné, car le très-miséricordieux Seigneur n'est ni sévère à l'excès, ni dur, surtout envers ceux qui l'aiment.
Quelques instants après , le Seigneur se sépara d'elle en lui disant qu'il fallait aussi qu'il allât visiter les autres. Madeleine, comme altérée et comme si elle n'eût plus voulu jamais s'éloigner de lui, s'écria : « Seigneur, je le vois bien; désormais votre vie ne sera plus avec nous comme par le passé ; mais, je vous en prie, ne m'oubliez pas. Souvenez-vous, Seigneur, de quels nombreux bienfaits vous m'avez comblée, et combien vous en avez usé à mon égard avec intimité et amour. Conservez-en le souvenir, je vous
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en supplie, Seigneur mon Dieu. » Et Jésus lui répondit : « Ne craignez rien, ayez confiance et prenez courage : je serai toujours avec vous. » Alors, ayant reçu sa bénédiction, et Jésus-Christ se retirant, elle vient vers ses compagnes et leur raconte ce qui lui est arrivé.
Celles-ci , pleines de joie de la résurrection du Seigneur, mais attristées de ne l'avoir point vu, s'en retournèrent avec Madeleine. Mais, tandis qu'elles revenaient , avant qu'elles n'arrivassent à la porte de la ville, Jésus leur apparut en leur disant : « Je vous salue. » Et elles, heureuses au-delà de tout ce qu'on pourrait exprimer, se prosternant, embrassèrent ses pieds. Ensuite elles l'interrogent et le considèrent comme Madeleine avait fait ; et elles reçoivent des réponses qui les pénètrent de joie. Ainsi elles font une grande Pâque. Or, le Seigneur leur dit : « Allez, dites à mes frères qu'ils aillent en Galilée : c'est là qu'ils me verront, ainsi que je le leur ai prédit. »
Vous voyez que le Maître de l'humilité appelle ses Disciples ses frères. A-t-il maintenant abandonné cette vertu? Pour vous, si vous voulez avoir l'intelligence de toutes ces choses et y trouver de la consolation, rappelez-vous ce que je vous ai dit plus haut; c'est-à-dire ayez soin d'être présente d'âme comme si vous l'étiez de corps, aux lieux dont nous parlons et aux actions qui s'y accomplissent; et agissez de même pour ce que nous avons encore à dire.
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CHAPITRE LXXXIX. Le Seigneur apparaît à Joseph, à Jacques le Mineur et à Pierre.
Le Seigneur s'étant donc éloigné des trois Marie, apparut à Joseph, qui l'avait enseveli. Les Juifs l'avaient arrêté pour cette action et enfermé dans une chambre soigneusement scellée, leur intention étant de le faire mourir après le Sabbat. Le Seigneur Jésus lui apparut donc, lui essuya le visage et l'embrassa ; et ensuite, sans briser les sceaux de sa prison, il le reporta en sa demeure.
(1) Jésus apparut ensuite à Jacques le mineur, qui avait fait voeu de ne point manger avant d'avoir vu le Seigneur ressuscité. Il lui dit donc, ainsi qu'à ceux qui étaient avec lui : « Préparez la table; » et, prenant du pain, il le bénit, le lui présenta et lui dit : « Mangez, mon frère bien-aimé, car le Fils de l'homme est ressuscité d'entre les morts. » C'est saint Jérôme qui rapporte ces circonstances (2).
Or, lorsque Madeleine et ses compagnes furent revenues à la maison et eurent raconté aux Disciples que le Seigneur était ressuscité, Pierre, attristé de n'avoir point vu son Maître et ne pouvant demeurer en place à cause de la véhémence de son amour, quitta les autres et s'en alla seul vers le Sépulcre, car il ne savait trop où le chercher ailleurs. Mais, tandis
1 I Cor., 15. — 2 De scrip Ecclesiast.
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qu'il y allait, le Seigneur lui apparut en lui disant : « La paix soit avec vous, Simon. » Alors Pierre, frappant sa poitrine et se jetant la face contre terre en pleurant, s'écria: « Je vous confesse ma faute, car je vous ai abandonné et renié plusieurs fois. » Et il lui baisa les pieds. Mais le Seigneur, le relevant, l'embrassa et lui dit : « La paix soit avec vous! Ne craignez pas; tous vos péchés vous sont remis. Je savais bien ce qui vous devait arriver et je vous l'ai prédit. Maintenant donc allez, et confirmez vos frères, et ayez confiance, car j'ai vaincu la mort, tous vos ennemis et tous ceux qui vous sont opposés. »
Là aussi il y a une grande Pâque. Ils demeurent et s'entretiennent ensemble ; Pierre le considère attentivement et remarque chaque chose. Ensuite, ayant reçu sa bénédiction, il retourne vers la Mère de Jésus et ses Disciples, et il leur raconte tout.
Vous devez saloir , qu'en ce qui concerne l'apparition faite à Marie, notre Reine, l'Évangile n'en dit rien. Cependant je l'ai rapportée et mise la première, parce que l'Église semble la tenir comme indubitable, ainsi que vous pouvez le voir plus longuement dans la légende de la Résurrection.
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CHAPITRE XC. Du retour de Notre Seigneur vers les saints Pères après sa résurrection.
Cependant le Seigneur Jésus, depuis sa résurrection, n'avait pas encore visité les saints Pères qu'il avait laissés dans le Paradis de délices. Après s'être séparé de Pierre, il revient donc à eux et s'avance revêtu d'une robe blanche et environné de la multitude des Anges. En le voyant briller dune gloire si éclatante, ces Bienheureux le reçoivent avec un tressaillement et une jubilation indicibles, au milieu des cantiques et des concerts de louanges. « Voici, s'écrient-ils, voici notre Roi. Venez, allons à la rencontre de notre Sauveur; il est le grand Principe, et son règne n'aura pas de fin. Un jour saint a brillé pour nous; venez et adorons le Seigneur. »
Et se prosternant contre terre, ils l'adorèrent, puis se levant, ils se rangèrent autour de lui avec respect, et continuèrent à célébrer ses louanges, en disant: « Il a vaincu, le lion de la tribu de Juda. Seigneur, notre chair a refleuri. Vous nous remplissez de joie par l'éclat de votre face, et. l'allégresse découle de votre droite pour toujours. Vous êtes ressuscité, ô notre Gloire ! Nous tressaillerons de bonheur et nous trouverons en vous notre joie. Votre règne est le règne de tous les siècles, et votre domination s'étendra de génération en génération. Et nous, nous ne nous séparerons
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pas de vous; vous nous ressusciterez et nous exalterons votre nom. Un précurseur est entré pour nous ans les Cieux et un Pontife nous a été donné pour l'éternité. C'est aujourd'hui le jour que le Seigneur a fait; réjouissons-nous en ce jour et soyons dans la joie. C'est aujourd'hui qu'a brillé sur nous le soleil de la rédemption, de l'antique réparation, de l'éternelle félicité. Aujourd'hui, par tout l'univers, les cieux ont versé une rosée douce comme le miel, car le Seigneur a régné par le bois sacré de la Croix, et il s'est revêtu de beauté. Le Seigneur s'est revêtu de force et il s'est ceint de puissance. Chantez-lui un cantique nouveau, car il a accompli des merveilles. C'est sa droite, c'est son bras très-saint qui a opéré notre salut pour sa gloire. Nous sommes son peuple ; nous sommes les brebis de ses pâturages; venez et adorons-le. » Or, l'heure du soir approchant, le Seigneur leur dit : « Je porte compassion à mes frères, car ma cornet les a remplis de tristesse et d'effroi ; ils sont dispersés comme des brebis sans pasteur, et ils désirent ardemment de me voir. J'irai donc et je me montrerai à eux ; je les consolerai et je reviendrai bientôt avec vous. » Et les Bienheureux, se prosternant, lui dirent : « Qu'il soit fait, Seigneur, selon que vous l'avez dit. »
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CHAPITRE XCI. Le Seigneur apparaît à deux Disciples qui allaient a Emmaüs.
(1) Deux des Disciples de Jésus s'en allaient au bourg d'Emmaüs. Ils ne conservaient déjà presque plus aucun espoir touchant leur Maître ; aussi s'avançaient-ils, pleins de tristesse, s'entretenant de tout ce qui lui était arrivé. Le Seigneur vint, se joignit à eux sous la forme d'un étranger, et chemina en leur compagnie, les interrogeant, répondant à leurs questions et leur faisant entendre des paroles de salut, ainsi que nous le lisons dans l'Évangile. Enfin, forcé par leurs instances, il entra dans la demeure qu'ils avaient choisie et se manifesta à eux.
Apportez ici une grande attention, et considérez la bonté et la bénignité de votre Seigneur. D'abord, son fervent amour ne peut supporter que les siens soient en proie à l'erreur et à la tristesse. Il agit vraiment en ami sincère, en compagnon fidèle et en Seigneur charitable. Il se joint à eux, s'informe du sujet de leur peine, leur explique les Écritures, enflamme leurs coeurs afin d'en détruire toute la rouille. Ainsi agit-il tous les jours spirituellement à notre égard. Si, en butte à quelque perplexité ou à quelque dégoût, nous nous entretenons de lui, aussitôt il se présente, fortifiant et illuminant nos coeurs et même les enflammant
1 Luc., 24.
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de son amour. Aussi est-ce un remède souverain contre de telles extrémités de s'entretenir de Dieu. C'est pour cela que le Prophète a dit : « Que vos paroles me sont douces, ô Seigneur! Elles sont plus douces à mon coeur que le miel le plus délicieux ne l'est à ma bouche. — Votre parole est comme l'argent véritablement éprouvé par le feu, et votre serviteur l'aime tendrement. — Mon coeur s'est échauffé au-dedans rie moi, et un feu s'y est allumé durant ma méditation (1). »
Considérez, en second lieu, que la bonté du Seigneur non-seulement avait sa source dans son amour, ainsi que je l'ai dit, mais encore dans son humilité profonde. En effet, voyez comme il s'avance humblement avec eux. Il est le Seigneur de toutes choses, et avec les siens il se fait comme l'un d'eux. Ne vous semble-t-il pas qu'il soit revenu aux premiers éléments de l'humilité? C'est un exemple qui nous engage à faire de même. Mais l'humilité du Seigneur se manifeste encore d'une autre manière : c'est qu'il n'a pas dédaigné des Disciples d’un degré inférieur. Ceux-ci n'étaient point au nombre des Apôtres, mais ils faisaient partie du corps moins élevé des Disciples ; et cependant il se joint familièrement à eux , marche et s'entretient avec eux. Ce n'est pas ainsi qu'agissent les superbes ; ils ne voudraient converser et avoir de rapports qu'avec les hommes d'un rang élevé et de grandes richesses. Cette humilité se montre encore sous un autre point
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de vue. Si vous avez bien remarqué les superbes, vous avez dît voir qu'ils ne consentent point à traiter de choses importantes devant un petit nombre d'auditeurs. Mais le Seigneur ne fait nulle difficulté d'expliquer ses secrets à deux hommes. Le petit nombre ne fait rien sur lui ; quand même il n'aurait qu'un seul auditeur, il ne témoignerait aucun dédain, comme nous le voyons pour la Samaritaine.
Considérez, en troisième lieu, la bonté du Seigneur dans l'affaire présente, et voyez comment il instruit ses Disciples en leur conduite, comment il les fortifie et les console. Remarquez comme il feint d'aller plus loin pour augmenter leur désir, s'attirer leurs invitations et être retenu par eux; et comme ensuite il entre avec eux, prend du pain, le bénit, le rompt de ses mains sacrées, le leur présente et se fait reconnaître. C'est ainsi que tous les jours il agit invisiblement avec nous ; car il veut que nous le retenions, que nous l'invitions par des désirs, des prières et de saintes méditations. C'est pourquoi il faut prier et jamais ne nous relâcher (1), ainsi qu'il l'a dit, et agir en toutes ces choses comme il l'a fait lui-même, afin de nous instruire, c'est-à-dire afin de nous porter à nous appliquer aux oeuvres de piété et de charité. Il faut aussi nous souvenir qu'il ne suffit point d'entendre ou de lire les saintes Écritures, mais que nous devons les mettre en pratique. Vous pourrez vous instruire plus amplement sur ce sujet en lisant l'homélie de saint Grégoire sur l'évangile de ce jour.
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Or, le Seigneur ne laissa pas les Disciples jouir longtemps de sa présence ; mais aussitôt qu'il leur eut présenté le pain il disparut de devant eux. C'est qu'il voulait aussi aller consoler les autres ; et ceux-ci, du reste, eurent part à cette consolation.
CHAPITRE XCII. Le Seigneur apparaît aux Disciples renfermés dans le Cénacle le jour de la Résurrection.
(1) Ces deux Disciples s'en retournèrent aussitôt à Jérusalem, et, ayant trouvé les Apôtres rassemblés, à l'exception de Thomas, ils leur racontèrent ce qui leur était arrivé. Mais on leur dit également que le Seigneur était ressuscité et qu'il était apparu à Simon. Alors Jésus, entrant dans le Cénacle, les portes fermées, se plaça au milieu d'eux et leur dit : « La paix soit avec vous! » Les Disciples aussitôt se prosternèrent contre terre, confessèrent leur faute de l'avoir abandonné, et le reçurent avec allégresse. Le Seigneur leur dit donc : « Levez-vous, mes frères, car tous vos péchés vous sent remis. » Ensuite il demeure familièrement au milieu d'eux, leur montre ses mains et son côté, et leur ouvre l'esprit afin qu'ils comprennent les Écritures et sa résurrection. Il leur demande s'ils ont quelque chose à manger, et il mange en leur présence une partie d'un poisson rôti et un rayon de
1 Luc., 2-1. — 2 Joan., 20.
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miel. Ensuite il souffle sur eux et leur dit : « Recevez le Saint-Esprit. »
Vous voyez comme toutes ces choses sont pleines d'allégresse et de joie. Aussi les Disciples sont remplis de bonheur d'avoir vu le Seigneur, et ils se réjouissent en sa présence, eux qui tout-à-l'heure étaient saisis d'effroi. Oh ! avec quel empressement ils lui offrent de quoi manger! avec quelle fidélité ils le servent, et comme ils sont heureux de se tenir auprès de lui ! Considérez aussi Marie présente en ce lieu, car les Disciples avaient coutume de s'assembler auprès d'elle. Voyez comme elle remarque chaque chose avec une félicité indicible, comme elle prend placé familièrement auprès de son Fils, comme elle le sert avec bonheur et selon qu'il convient. Le Seigneur Jésus reçoit volontiers tous les services qu'elle s'empresse de lui rendre, et il l'honore de la façon la plus respectueuse en présence de ses Disciples. N'oubliez pas non plus Madeleine, la Disciple chérie et l'Apôtre des Apôtres. Voyez comme, selon sa coutume, elle est assise aux pieds de son Maître, écoutant ses paroles avec le plus grand soin et le servant aussi avec joie de tout son coeur, autant qu'elle le peut. Oh ! à quoi comparer maintenant cette petite maison? Qu'il fait bon d'y avoir son séjour! Si vous avez quelque sentiment de dévotion, ne vous semble-t-il pas qu'il se fait maintenant une grande Pâque? Vous le comprenez sans doute.
Mais le Seigneur ne demeura pas bien longtemps avec ses Apôtres, car déjà il se faisait tard. Cependant
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peut-être le forcèrent-ils de rester encore un peu, en le priant de ne point se retirer si vite. Croyez-vous flue Madeleine, assise à ses pieds, ne le retint pas par les pans de sa robe, avec confiance et avec une audace respectueuse, pour l'empêcher de s'éloigner si rapidement ? Il était revêtu de vêtements d'une blancheur éclatante, des vêtements de sa gloire. C'est par ces vêtements que Madeleine le retenait, non en agissant avec présomption, mais avec confiance, tant son amour était grand et tant elle se sentait aimée ; et sa hardiesse ne déplaisait point au Seigneur. Il aime à être retenu de la sorte, ainsi que nous l'avons vu pour les deux Disciples d'Emmaüs.
Enfin le Seigneur, ayant offert ses respects à sa Mère et pris congé d'elle, se retira après avoir béni tous ceux qui étaient présents. Pour eux, se prosternant devant lui, ils le conjurèrent de revenir au plus tôt. En attendant, ils demeurèrent affamés et altérés de leur Seigneur dont autrefois ils avaient pu jouir selon tous leurs voeux, et ils le rappelaient par leurs soupirs et les désirs de leurs coeurs.
Vous voyez combien de fois aujourd'hui la Pâque est célébrée ; car toutes ces apparitions eurent lieu le jour de Pâques. Mais peut-être avez-vous entendu et n'avez-vous point senti? Peut-être n'avez-vous point, dans la Passion même, éprouvé de douleur? Car je crois que si vous saviez être touchée en méditant la Passion du Seigneur et posséder une âme recueillie, une fane non répandue sur les choses séculières, sur les objets superflus et de pure curiosité ; je crois, dis-je,
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qu'à chaque fois vous célébreriez une véritable Pâque. Et cela pourrait, se renouveler tous les dimanches, si, tous les vendredis et samedis, vous vous y prépariez avec une résolution bien ferme, par la méditation des tourments du Seigneur, surtout l'Apôtre nous ayant dit (1) : « Si nous sommes les compagnons de ses souffrances, nous le serons de ses consolations. »
CHAPITRE XCIII. Le Seigneur apparaît aux Apôtres le jour de l'Octave de Pâques, et Thomas qui se trouvait avec eux.
(2) Le jour de l'octave de la Résurrection étant arrivé, et les portes du Cénacle étant fermées, le Seigneur apparut de nouveau à ses Disciples; Thomas, qui était absent la première fois, se trouvait avec eux en ce jour. Lorsque les autres lui avaient raconté qu'ils avaient vu le Seigneur, il leur avait répondu : « Si je ne vois dans ses mains les marques des clous, et si je ne mets mon doigt dans le trou des clous et ma main dans la plaie de son côté, je ne croirai point. »
Le bon Pasteur, plein de sollicitude pour son petit troupeau, leur dit donc : « La paix soit avec vous. » Ensuite, s'adressant à Thomas : « Portez, lui dit-il, votre doigt ici, et regardez mes mains ; approchez aussi votre main et la mettez dans la plaie de
1 II Cor., 1. — 2 Joan., 20.
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mon côté, et ne soyez pas incrédule, mais fidèle. » Alors Thomas, se prosternant, toucha les cicatrices du Seigneur et lui dit : « Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu. » Il ne vit que l'homme en Jésus-Christ, et il crut à sa divinité ; il confessa aussi sa faute d'avoir abandonné son Maître, en la manière que l'avaient fait les autres Apôtres. Le Seigneur, le relevant, lui dit : « Ne craignez pas, vos péchés vous sont remis. »
Or, ce fut par une disposition particulière que le doute de Thomas fut permis, afin que la résurrection du Seigneur fût prouvée par des preuves plus évidentes. Considérez ici soigneusement votre Sauveur et remarquez sa bénignité accoutumée, son humilité, son amour ardent ; de quelle manière, pour leur utilité et la nôtre aussi, il montre ses blessures à Thomas et aux autres Apôtres, afin d'enlever toute obscurité de leurs coeurs. Le Seigneur a conservé les cicatrices de ses blessures pour trois raisons surtout : premièrement, pour affermir ses Apôtres en la foi de sa résurrection ; secondement, pour les montrer à son Père, quand il veut l'apaiser et l'invoquer pour nous, car il est notre avocat ; en troisième lieu, afin de les manifester aux réprouvés au jour du jugement.
Le Seigneur Jésus reste donc pendant quelque temps avec sa. Mère et ses Disciples, leur parlant du royaume de Dieu. Pour eux, ils goûtent une joie ineffable en écoutant des paroles si élevées et en contemplant ce visage où respire la gloire et la félicité. Considérez-les bien se tenant debout autour de Jésus ;
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Marie, sa Mère, s'est placée sans crainte tout près de lui. Remarquez aussi Madeleine qui est à ses pieds. Demeurez vous-même en sa présence, mais au loin, à moins que, touché de compassion pour vous, il ne vous fasse appeler. Enfin, il leur dit d'aller en Galilée, sur le mont Thabor, ainsi qu'on le croit, et que là il se montrera à eux. Ensuite, leur ayant donné sa bénédiction, il se retire. Pour eux, ils demeurent, comme auparavant, affamés et altérés de sa présence, mais grandement fortifiés.
CHAPITRE XCIV. Le Seigneur apparaît à ses Disciples en Galilée.
(1) Les Disciples s'en allèrent donc au lieu indiqué, et le Seigneur leur apparut de nouveau et leur dit : « Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer toutes les choses que je vous ai prescrites. Prenez courage, car je suis avec vous toujours et jusqu'à la consommation des siècles. » Ils l'adorèrent à son arrivée, et maintenant ils se tiennent avec lui, enivrés d'une joie extraordinaire. Considérez avec attention et les Disciples, et les paroles qui leur sont adressées, car elles sont vraiment magnifiques. Jésus leur montre
1 Mat., 28.
comment il est le Maître de toutes choses ; il leur donne le commandement de prêcher et la forme du baptême; il leur imprime le courage le plus grand, en leur promettant d'être toujours avec eux. Vous voyez de quelle joie il les comble, et combien de preuves il leur offre de sa charité. Quand tout fut terminé, leur ayant donné sa bénédiction, il se sépara d'eux.
CHAPITRE XCV. Le Seigneur apparaît aux Disciples près de la mer de Tibériade.
(1) Les Disciples demeurèrent en Galilée. Or, un jour, sept d'entre eux s'en allèrent pêcher dans la mer de Tibériade, et, durant toute la nuit, ils ne prirent rien. Le matin étant venu, le Seigneur leur apparut et se tint sur le rivage de la mer.
Remarquez bien ce qui se passe, car tout est de nature à réjouir vivement. Le Seigneur demanda aux Disciples s'ils avaient pris quelque chose, et eux ayant répondu que non, il leur dit : « Jetez votre filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils le jetèrent et prirent une quantité prodigieuse de poissons. C'est pourquoi Jean dit à Pierre : « C'est le Seigneur. » Pierre, qui était alors nu, se couvrit de sa tunique et s'en vint à lui à la hâte en se jetant à l'eau. Pour les autres, ils s'avancèrent avec leur barque.
1 Joan., 21.
Lorsqu'ils furent descendus, ils trouvèrent un poisson placé sur des charbons allumés et du pain tout préparé. C'était le Seigneur lui-même qui avait ainsi tout disposé. Il leur fit apporter encore quelques-uns des poissons qu'ils avaient pris, et, après qu'ils les eurent fait cuire, il mangea avec eux. Ce fut pour eux un grand et joyeux festin que ce repas pris avec Jésus au bord de la mer. Suivant son humilité accoutumée, le Seigneur les servit lui-même, leur rompit et leur présenta le pain, et leur offrit de même du poisson. Ces sept Disciples se tiennent donc respectueusement et pleins de joie en présence de leur Seigneur; ils mangent avec lui, contemplent sa face si désirable et si délectable , et tressaillent d'allégresse en leurs cœurs. La nourriture qu'ils reçoivent de ses mains sacrées est vraiment délicieuse, et leur âme participe non moins que leur corps à ce festin.
Oh ! qui pourra décrire un tel festin ? Considérez bien ce qui s'y passe. Si vous le pouvez, venez y prendre part avec eux. Remarquez néanmoins ce qui suit, car tout y est beau et d'une très-grande utilité. Lorsque ce festin solennel fut, terminé, le Seigneur dit à Pierre : « M'aimez vous plus que ceux-ci ?» Pierre lui répondit : « Seigneur, vous savez bien que je vous aime. » Et le Seigneur lui dit : « Paissez mes agneaux. » Il l'interrogea ainsi par trois fois et lui recommanda son troupeau. En cela reconnaissez la bénignité ordinaire , la charité et l'humilité du Seigneur; car vous voyez avec quel soin affectueux il insiste et revient sur le commandement
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qu'il donne à Pierre de veiller au bien des âmes. Ensuite le Seigneur prédit à Pierre quelle mort il aura à souffrir, en lui disant : « Lorsque vous étiez plus jeune, vous vous ceigniez vous-même, et vous alliez où vous vouliez. Mais lorsque vous serez devenu vieux, vous étendrez vos mains, et un autre vous ceindra et vous conduira où vous ne voudrez pas. » Il marquait par là que c'était par le supplice de la Croix qu'il devait glorifier Dieu. Et comme Pierre disait au Seigneur en parlant de Jean : « Et lui, que deviendra-t-il? » Il lui répondit : « Si je veux qu'il demeure ainsi jusqu'à ce que je vienne, que vous importe ? » C'est comme s'il lui eût dit : Je ne veux pas que celui-ci nie suive par la voie des souffrances, mais il s'endormira en sa vieillesse dans la contemplation. Cependant les autres Disciples comprirent qu'il ne mourrait point ; mais ce n'eût point été une grande faveur, puisqu'il est bien meilleur que notre corps tombe en dissolution et que nous soyons avec Jésus-Christ. Vous avez remarqué les actions et les paroles nombreuses et magnifiques contenues en cette apparition. Après cela, le Seigneur disparut aux yeux de ses Disciples et s'en alla, selon sa coutume, vers les saints Pères. Les Disciples demeurèrent remplis d'une grande joie et ensuite ils s'en retournèrent à Jérusalem.
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CHAPITRE XCVI. Le Seigneur apparaît à plus de cinq cents frères réunis, et de ses autres apparitions.
(1) Le Seigneur apparut de nouveau à plus de cinq cents frères assemblés en un même lieu, selon que le dit l'Apôtre. Mais quel est ce lieu ? Quand se fil celle apparition ? C'est, ce qui n'est point écrit. Le tendre Seigneur se tint au milieu d'eux, les instruisant et leur parlant du royaume de Dieu, et il les remplit d'une grande joie.
Vous avez donc douze apparitions du Seigneur depuis sa Résurrection jusqu'à son Ascension, sans compter deux autres dont nous parlerons en même temps que de son Ascension, ce qui l'ait quatorze en tout. Vous devez cependant savoir qu'on n'en compte que dix écrites dans l'Évangile; car on ne trouve nulle part qu'il apparut à sa Mère, mais on le croit pieusement; qu'il se montra à Joseph, on le trouve dans l'évangile de Nicodème. Pour l'apparition à Jacques le Mineur, c'est l'Apôtre qui nous en parle dans son Épître aux Corinthiens, et après lui, saint Jérôme. C'est encore l'Apôtre qui raconte au même endroit celle qui eut lieu pour les cinq cents frères. Les autres sont écrites dans l'Évangile.
Vous pouvez encore vous en représenter plusieurs autres. Car il est vraisemblable que le très-charitable
1 I Cor. 15.
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Seigneur visitait souvent sa Mère et ses Apôtres, ainsi que Madeleine, sa disciple bien-aimée, aimant ainsi à fortifier et à réjouir les personnes que sa Passion avait si violemment attristées et épouvantées. Saint Augustin semble être de cet avis, quand il dit, en parlant des temps de la Résurrection : « Tout n'a pas été écrit; ses entretiens avec les siens étaient fréquents. » Peut-être aussi les saints Pères, surtout Abraham et David, à qui la promesse du Fils de Dieu avait été faite d'une manière spéciale, venaient-ils avec lui pour voir cette excellente fille sortie de leur race, Marie, la Mère du Seigneur, qui avait trouvé grâce par-dessus tous les autres et avait donné le jour au Rédempteur. Oh! avec quelle joie ils la considéraient! Comme ils s'inclinaient avec respect en sa présence et la comblaient de toutes les bénédictions en leur pouvoir, quoiqu'ils ne fussent point vus d'elle.
Vous pouvez aussi, en toutes ces apparitions, vous représenter, selon la coutume, la bénignité, la charité et l'humilité du Seigneur, vertus dont nous avons fait mention et qui brillent dans toutes ses actions. Souvenez-vous encore qu'après avoir vaincu glorieusement et être ressuscité, il a voulu être voyageur sur cette terre pendant quarante jours, afin d'affermir et de fortifier ses Disciples. Sans doute, après une course de tant d'années, après tant de travaux et d'afflictions, après une mort ignominieuse et cruelle , il pouvait rentrer en triomphateur dans sa gloire, et remettre à ses Anges le soin de confirmer et d'animer ses Apôtres selon sa volonté; mais sa charité ne lui permettait
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point d'agir ainsi, et il voulut converser en personne avec eux, leur apparaissant plusieurs fois d'une manière évidente et les entretenant du royaume de. Dieu qu'ils auraient à établir. C'est peur eux qu'il a agi de la sorte , mais aussi pour nous; et nous n'y faisons point attention. Il nous a aimés avec passion, et nous sommes pour lui sans amour, alors qu'au contact d'un feu si dévorant nous ne devrions pas seulement nous échauffer, mais nous embraser. Maintenant arrivons à l'Ascension.
CHAPITRE XCVII. De l'Ascension du Seigneur.
Il faut que vous redoubliez de vigilance en méditant l'Ascension du Seigneur, et, si jusqu'à cette heure, vous avez réuni tous les efforts de votre âme pour vous rendre présente à ses discours et à ses actions, vous devez maintenant faire beaucoup plus; car cette solennité l'emporte sur toutes les autres, ainsi que vous le verrez plus clairement dans le courant de ce chapitre. Que votre attention soit au moins excitée par cette pensée, que votre Sauveur, ayant terminé le cours de son pèlerinage, va nous priver de sa présence corporelle. Aussi, devons-nous considérer bien plus attentivement ses actions et ses paroles. C'est, en effet, un devoir pour l'âme fidèle d'observer, avec une vigilance sans bornes, son Époux, son Seigneur
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et son Dieu au moment où il va s'éloigner d'embrasser du plus intime de son esprit et ses paroles et ses actes ; de se recommander à lui avec plus de dévotion et d'humilité, et de séparer totalement son coeur de tout le reste.
Ainsi, le quarantième jour après sa Résurrection, Jésus sachant que l'heure est arrivée où il doit passer de ce monde à son Père, comme il avait aimé les siens, il les aima jusqu'à la fin (1). Tirant donc élu Paradis terrestre les saints pères et les autres fortes qui y résidaient, puis, s'arrêtant à Élie et à Hénoch qui devaient demeurer en ce lieu, car ils sont encore vivants, et, les ayant bénis, il vint à ses Disciples qui étaient enfermés dans le Cénacle sur la montagne de Sion avec sa Mère et les autres, leur apparut et voulut, avant son départ, manger encore avec eux, en signe de joie et de l'amour dont il leur laissait le souvenir.
Lors donc que, remplis d'une grande félicité, tous étaient à table en ce dernier festin de leur Seigneur, il leur dit : « Le temps est arrivé où je dois retourner à celui qui m'a envoyé. Pour vous, demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut, car dans peu de jours vous serez remplis de l'Esprit-Saint, selon que je vous l'ai promis. Ensuite vous irez par tout l'univers prêcher l'Évangile et baptiser ceux qui croiront en moi. Vous serez mes témoins jusqu'aux extrémités du monde. » Il leur reprocha aussi leur incrédulité,
1 Joan., 13.
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parce qu'ils n'avaient point voulu ajouter foi à ceux qui l'avaient vu ressuscité, c'est-à-dire à ses Anges. Il leur fit ce reproche en ce moment surtout où il leur parlait de les envoyer prêcher; comme s'il eût voulu leur dire : « C'était pour vous un devoir bien plus grand de croire aux Anges, même avant de m'avoir vu, que pour les nations qui no me verront point, de croire à vos prédications. » Il agit de la sorte, afin qu'ils reconnussent leur tort et demeurassent plus humbles, leur montrant ainsi, au moment de sa séparation, combien l'humilité lui était chère, et leur en faisant comme une recommandation particulière. Ils l'interrogèrent aussi sur les temps à venir; mais il ne voulut point satisfaire à leur demande, parce que cela ne lui importait aucunement. Ils demeurent donc, mangent, parlent, se réjouissent à cause de la présence de leur Seigneur; mais néanmoins son départ ne les laisse pas sans inquiétude. Ils l'aimaient d'un amour si tendre, que ce mot seul de séparation leur était intolérable.
Que dirai-je de sa Mère assise à table auprès de lui et qui l'aimait par-dessus tous les autres d'une affection si intense? Croyez-vous qu'à ces paroles du départ de son Fils, la tendresse de son amour ne fut pas ébranlée et profondément émue? qu'elle n'inclina point sa tête sur son Fils et ne se reposa point sur sa poitrine ? Si Jean l'a fait durant la Cène, avec combien plus de raison pouvez-vous croire qu'elle agit de même? Elle le priait en soupirant et versant des larmes, et lui disait : « Mon Fils, si vous voulez vous en
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aller, emmenez-moi avec vous. » Mais le Seigneur lui répondit en la consolant : « Je vous en prie, ma Mère bien-aimée, que mon éloignement ne vous cause point de douleur, car je m'en vais à mon Père. Pour vous, il est nécessaire que vous demeuriez encore quelque temps afin d'affermir ceux qui croiront en moi : je viendrai ensuite à vous et je vous emmènerai dans ma gloire. » — « Mon Fils bien-aimé, reprit Marie, que votre volonté soit faite. Non-seulement je suis prête à demeurer, mais encore à mourir, s'il le faut, pour les âmes à qui vous avez sacrifié votre vie ; seulement je demande que vous vous souveniez de moi. »
Le Seigneur la consolait donc ainsi que ses Disciples, Madeleine et les autres, en leur parlant ainsi : « Que votre coeur ne se trouble point et soit sans crainte ; je ne vous laisserai point orphelins; je m'en vais et puis je reviendrai à vous, et je serai toujours avec vous. » Enfin, il leur commanda d'aller sur la montagne des Oliviers, parce que c'était en ce lieu qu'il voulait s'élever au Ciel, et il disparut. Sa Mère et tous les autres partirent aussitôt pour cette montagne, qui est à environ un mille de Jérusalem, et là il leur apparut de nouveau. voilà comment vous avez en ce jour deux apparitions. Alors il embrassa sa Mère en lui disant adieu, et sa Mère l'embrassa très-tendrement. Les Disciples, Madeleine et tous les autres, se prosternant, baisèrent ses pieds, mais Jésus releva ses Apôtres et les embrassa avec amour.
Regardez-les bien en ce moment, et voyez tout ce
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qui se passe. N'oubliez pas non plus d'arrêter vos regards sur les saints Pères ici présents, quoique d'une manière invisible, et de remarquer comme ils contemplent Marie avec bonheur et respect ; combien ils bénissent avec amour celle par qui ils ont obtenu un bienfait si grand; comme ils considèrent ces guerriers glorieux, ces chefs de l'armée divine que le Seigneur a choisis entre tous, pour combattre et pour vaincre le monde entier.
Enfin, tous les mystères étant accomplis, le Seigneur Jésus commença à s'éloigner de cette assemblée en s'élevant à travers les airs, et à monter par sa propre ver-tu. Aussitôt sa Mère et tous les autres se prosternèrent contre terre. Marie s'écriait : « Mon Fils bien-aimé, souvenez-vous de moi. » Et elle ne pouvait contenir ses larmes à cause de son départ. Cependant elle éprouvait, d'un autre côté, une joie extrême, en voyant son Fils s'avancer si glorieusement vers les Cieux. Les Apôtres disaient de même : « Seigneur, nous avons tout abandonné à cause de vous, ne nous oubliez pas. » Et lui, les mains élevées, le visage serein et plein de félicité, la tête couronnée à la manière d'un roi, revêtu d'ornements splendides, était porté triomphalement vers les Cieux. Il les bénit, en disant : « Soyez fermes et agissez avec courage, car je serai toujours avec vous. »
Il s'élevait, conduisant cette glorieuse multitude des saints Pères, et lui ouvrant la marche, comme l'avait annoncé le Prophète Michée (1). Il montait
1 Mich., 2.
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glorieux, éclatant de blancheur et de grâce, resplendissant de gloire et de félicité ; il les prés lait, leur montrant la voie, et eux faisaient entendre des chants de jubilation, le suivaient, enivrés de bonheur, et disaient : « Chantons un cantique au Seigneur, qui s'élève vers le couchant. Le Seigneur est son nom. Que les miséricordes du Seigneur confessent sa gloire, et qu'il soit loué des merveilles opérées en faveur des enfants des hommes. Vous êtes béni, ô Seigneur notre Dieu, qui opérez le salut de ceux qui espèrent en vous, qui conduisez votre peuple dans l'allégresse et vos élus dans la joie. Élevez-vous au-dessus des cieux, ô Dieu ! et que votre gloire se répande sur la terre entière, afin que vos enfants bien-aimés voient leur délivrance. En montant ainsi dans les cieux, vous nous ouvrez le chemin de la félicité, vous nous conduisez au lieu du rafraîchissement, vous délivrez, par votre puissance, vos captifs de l'esclavage, vous nous accordez le désir de nos cœurs. Nous entrerons dans votre demeure et nous chanterons vos louanges en présence de vos Anges. Gloire, louange et honneur à vous, ô Jésus-Christ, notre Rédempteur! Royaumes de la terre, chantez un cantique à Dieu, chantez une hymne de joie au Seigneur. »
Cependant Michel, le chef de la cour céleste, étant arrivé dans la patrie glorieuse, annonce l'arrivée du Seigneur. Aussitôt tous les ordres des esprits bienheureux s'élancent, par troupes séparées, à sa rencontre. Il n'en est pas un seul qui ne vienne au-devant de son Seigneur, et, s'inclinant tous avec le respect le plus
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profond, ils le conduisent au milieu d'hymnes et de cantiques ineffables. Qui pourrait, en effet, raconter ces chants et ces jubilations?
Tous les Princes s'avancèrent donc réunis ensemble. Ils chantaient des cantiques et s'écriaient : « Louange à Dieu ! louange à Dieu ! louange à Dieu ! Roi béni, qui venez au nom du Seigneur, nous chantons un cantique d'allégresse à votre triomphe glorieux. Vous êtes béni, ô Seigneur, qui êtes assis sur les Chérubins, et qui sondez les abîmes. »
« Louange à Dieu ! louange à Dieu louange à Dieu ! O Seigneur, vous êtes digne de toute louange et de tout honneur. Louange à Dieu! »
« Vous avez remporté une victoire glorieuse. Louange à Dieu ! Que les cieux, Seigneur, confessent vos merveilles. Louange à Dieu ! Qu'ils confessent votre puissance. Louange à Dieu! C'est maintenant que s'élèvent les tribus du Seigneur. Elles s'élèvent afin de célébrer votre gloire et de dire avec nous : Louange à Dieu! Elles s'élèvent pour prendre partit la joie de votre peuple, afin de joindre, en votre honneur, ses cantiques à ceux que font entendre les héritiers de votre félicité. Louange à Dieu ! louange à Dieu! louange à Dieu ! »
C'est par ces chants et ces hymnes que, tressaillant d'allégresse en sa présence, ils rendaient sans interruption hommage à leur Seigneur, et qu'ils célébraient en son honneur, avec tout la respect possible, une fête éclatante. Qui pourrait raconter la joie de ce jour? Mais surtout qui pourrait dire quels sentiments
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éprouvèrent et ces Esprits bienheureux, et ces Pères si vénérables, lorsqu'ils se rencontrèrent mutuellement ? Ces célestes Esprits, ayant offert d'abord leur respect le plus humble à leur Seigneur et terminé leurs cantiques, disaient aux saints Pères : « Princes des peuples, venez et réjouissons-nous. Louange à Dieu ! Vous êtes réunis en la société de votre Dieu. Louange lui soit rendue ! Vous êtes élevés d'une manière admirable. Louange à Dieu ! Chantez en l'honneur de Celui qui monte au-dessus du ciel des cieux. Louange à Dieu! louange à Dieu ! »
Et les saints Pères leur répondaient avec transport : « Vous êtes les Princes du peuple du Seigneur. Louange à Dieu! Vous êtes nos gardiens et nos aides. Louange à Dieu! A vous la joie et la paix. Louange à Dieu! Et vous aussi, chantez en l'honneur de notre Roi. Louange à Dieu ! Tressaillez d'allégresse en Dieu notre secours. Louange à Dieu ! louange à Dieu! louange à Dieu! »
Et en même temps ils adoraient le Seigneur et se disaient : « Nous nous en allons pleins de joie en la maison du Seigneur. Louange à Dieu! louange à Dieu ! La Cité vénérable de notre Dieu nous réunira dans son sein. Louange à Dieu ! Nous sommes les brebis des pâturages du Seigneur; entrons dans sa demeure, franchissons ses parvis. Louange à Dieu! Franchissons-les au concert des hymnes et des cantiques. Louange à Dieu ! Car le Seigneur des vertus est avec nous. Louange à Dieu ! Il est notre Sauveur. Louange à Dieu ! louange à Dieu ! »
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Vous voyez donc que tous faisaient éclater leur jubilation et chantaient des cantiques d'allégresse ; car selon le Prophète : « Dieu s'est élevé au milieu des jubilations; le Seigneur est monté aux accents de la trompette (1). »
Or, le Seigneur Jésus s'éleva visiblement pour la consolation de sa Mère et de ses Disciples, qui goûtèrent ce bonheur tant qu'ils purent l'apercevoir. Mais aussitôt qu'un nuage l'eut dérobé à leurs yeux, il fut en un instant transporté, avec tous les Anges et les saints Pères, dans la patrie bienheureuse; car c'est ainsi que s'exprime le même Prophète : « Vous assemblez les nuages pour vous élever, et vous marchez sur les ailes des vents (2). » Or, les ailes des vents, ce sont les extrémités des vents, c'est-à-dire ces parties qui s'élancent en avant avec le plus de légèreté. Et le Seigneur s'éleva plus rapidement encore, une fois qu'il eut passé cette nuée. Pendant ce temps, sa Mère, ses Disciples, Madeleine et les autres demeuraient à genoux, et le contemplaient montant vers les cieux, tant qu'il leur fut donné de l'apercevoir.
Oh ! quel spectacle de voir le Seigneur s'élevant d'une manière si glorieuse ! Quel spectacle surtout pour celui qui aurait pu découvrir ces Esprits bienheureux, ces saintes âmes qui lui faisaient cortège ! Peut-être, dans l'excès de sa joie, son âme eût-elle abandonné son corps, et se fût-elle élevée à la suite de cette assemblée glorieuse. Lors donc qu'ils tenaient ainsi leurs yeux fixés vers le ciel, voilà que deux