Œuvres spirituelles (page 24)
1 Ad tit.
2.— 2 Philip., 4. — 3 I Cor., 14.
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vigilance sur Nos inférieurs; à une justice parfaite par l'adhésion à toute vérité, par l'amour de tout ce qui est bien, par la haine de toute méchanceté, et cela non-seulement en votre coeur , mais en vos paroles et en vos actions, ne faisant jamais à personne ce que vous ne voudriez pas vous être fait, ne refusant jamais à un autre ce que vous verriez avec peine vous être refusé. Vous serez de la sorte une imitatrice parfaite de ceux à qui il a été dit : « Si votre justice n'est plus abondante que celle des Scribes et des Pharisiens , vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux (1). »
Enfin, exercez-vous à la piété, car l'Apôtre a dit: « La piété est utile à tout : elle a pour elle les promesses de la vie présente et celles de la vie future (2). » Exercez-vous, dis-je, à la piété qui a pour but le culte divin , apportant une vive attention , une dévotion sincère et un respect profond à réciter les heures canoniales , à confesser chaque jour et à pleurer vos péchés , à recevoir la très-sainte Eucharistie aux temps marqués et à entendre tous les jours la messe; à la piété qui a pour but le salut des âmes, en leur venant en aide par des prières fréquentes, par de bonnes exhortations, et par la prédication de vos saints exemples, en sorte que celui qui vous entend s'écrie : « Je marche à votre suite. » Agissez cependant en cela avec une sagesse telle que votre propre salut n'en éprouve aucun dommage. Exercez-vous à la piété qui a pour but le soulagement des
1 Mat., 5. — 2 I Tim.,
4.
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souffrances corporelles , en les supportant avec patience, en leur prodiguant les consolations avec tendresse, en leur venant en aide avec humilité, avec joie et compassion. C'est ainsi que vous serez parfaite en la loi divine , car l'Apôtre a dit : « Portez les fardeaux les uns des autres , et de la sorte vous accomplirez la loi de Jésus-Christ (1). »
Maintenant, si vous voulez mettre en pratique tout ce que je viens de vous indiquer, je crois que le moyen le plus puissant, c'est de vous souvenir sans case de Jésus crucifié, c'est de porter en tout temps votre Bien-aimé, comme un bouquet de myrrhe, sur votre coeur (2). Daigne vous accorder cette grâce celui qui est béni dans tous les siècles. Ainsi soit-il.
1 Galat., 6. — 2 Cant.,
1.
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VERTUS
VERTUS
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DEGRÉS DES VERTUS.
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DEGRÉS DES VERTUS.
PROLOGUE.
CHAPITRE PREMIER. Degrés de la charité.
CHAPITRE II. Degrés de l'obéissance.
CHAPITRE III. Degrés de l'humilité.
CHAPITRE IV. Degrés de la chasteté.
CHAPITRE V. Degrés de la patience.
CHAPITRE VI. Degrés de la miséricorde.
CHAPITRE VII. Degrés de la vérité.
CHAPITRE VIII. Degrés de la pauvreté.
CHAPITRE IX. Degrés de la prudence.
CHAPITRE X. Degrés de la force.
CHAPITRE XI. Degrés de la justice.
CHAPITRE XII. Degrés de la tempérance.
CHAPITRE XIII. Degrés de la paix.
CHAPITRE XIV. Degrés de la constance.
CHAPITRE XV. Degrés de la libéralité.
CHAPITRE XVI. Degrés de la compassion.
CHAPITRE XVII. Degrés de la congratulation.
CHAPITRE XVIII. Degrés de l'abstinence.
CHAPITRE XIX. Degrés de la concorde.
CHAPITRE XX. Degrés de la reconnaissance.
CHAPITRE XXI. Degrés de la religion.
CHAPITRE XXII. Degrés de la contrition.
CHAPITRE XXIII. Degrés de la confession.
CHAPITRE XXIV. Degrés de la satisfaction.
CHAPITRE XXV. Degrés de la contemplation.
CHAPITRE XXVI. Degrés de la discrétion.
CHAPITRE XXVII. Degrés de l'espérance.
CHAPITRE XXVIII. Degrés de la crainte.
CHAPITRE XXIX. Degrés de la douleur en tant qu'elle a rapport à la vertu.
CHAPITRE XXX. Degrés de la joie.
PROLOGUE.
« Approchez-vous du Seigneur et vous serez éclairés, et vos visages ne seront point couverts de confusion. » Ainsi parlait le roi David (1). C'est à l'homme qu'il appartient de s'approcher de Dieu ; c'est à Dieu qu'il appartient d'éclairer l'homme. Or, celui-là s'approche de Dieu en esprit, dui dirige vers lui ses affections, soupire après ses louanges, redoute ce qui l'offense, se réjouit de tout ce qu'il sait lui plaire, s'attriste de tout ce qui lui déplaît, aime les vertus et leur pratique, déteste les vices et leurs oeuvres, rougit de l'iniquité, de tout ce qu'elle produit et de tout ce qui lui donne occasion de se montrer. Dieu, qui est la vraie lumière, éclaire, de son côté , celui qui s'approche de lui afin de connaître les vertus et les degrés de ces vertus , qui sont la voie la plus assurée pour arriver au royaume des cieux. Si quelqu'un trouve à reprendre dans ces degrés que je vais exposer, et qu'il en connaisse de meilleurs, je ne le regarderai pas comme un adversaire, et je ne v eux nullement entrer en dispute avec lui à ce sujet. J'avertis aussi que dans la plupart des vertus leurs
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degrés se coordonnent ou selon leur rareté ou selon leur perfection , et que cependant ils arrivent sous ces divers aspects à ce qu'il y a de plus élevé.
CHAPITRE PREMIER. Degrés de la charité.
I. Il nous faut commencer par exposer les degrés de la charité, car l'Epouse a dit dans les Cantiques : « Il a réglé en moi la charité (1). » Or, le degré le plus faible de la charité consiste à aimer celui qui nous aime, nous honore, nous vient en aide, et nous rend tous les services dont nous avons besoin. Faire le contraire , c'est agir tout-à-fait contre la nature; car, dit saint Chrysostome, aimer celui qui nous aime est dans la nature même.
C'est un degré plus élevé que d'aimer sincèrement son ennemi à cause de Dieu, qui l'a créé à son image, qui l'a nourri de son corps et racheté de son sang. En effet, dit le même saint Chysostôme, aimer celui qui ne nous aime pas, c'est l'oeuvre de la grâce. Celui qui ne s'applique pas à agir ainsi, refuse d'être enfant du Dieu qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants (2).
Mais le degré le plus élevé de la charité, c'est de forcer nos ennemis à nous aimer en leur faisant du bien. Voilà pourquoi sur ce passage : « Afin que vous
1 Cant., 2. — 2 Mat., 5.
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soyez les enfants de votre Père, etc. (1), la Glose dit : « Le comble de la perfection , c'est d'aimer ses ennemis et de prier pour eux avec ardeur comme l'a fait Jésus-Christ. » Et une autre Glose, sur ces paroles : Faites du bien à ceux qui vous haïssent, dit : « N'étendez pas seulement les oeuvres de votre charité jusqu'à vos amis, mais encore jusqu'à vos ennemis , afin qu'ils commencent aussi à devenir pour vous des amis. »
Dans le premier degré sont les païens et les publicains, qui aiment ceux qui les aiment; dans le second les chrétiens parfaits, qui bénissent ceux qui les maudissent; dans le troisième les religieux arrivés au faite de la perfection, ou plutôt Jésus-Christ lui-même, qui chercha à attirer Judas à son amour en lui donnant un baiser si plein de charité, en lui lavant les pieds, en le nourrissant de sa chair, et qui pria sur la croix pour ceux qui le faisaient mourir.
II. C'est un haut degré de la charité de chercher l'avantage de son ami en cherchant sa propre utilité. C'en est un plus élevé de chercher l'avantage de celui que l'on aime à son propre détriment. mais c'est le degré le plus élevé de chercher le bien de cet ami par le sacrifice même de sa vie. C'est pour cela qu'il est écrit : « Personne n'a une charité plus grande que celle qui consiste à donner sa vie pour ses amis (2). » Celui qui agit de la sorte a donc la charité la plus sublime que l'on puisse imaginer. C'est dans ce degré que fut Jésus-Christ lorsqu'il s'est fait pauvre
1 Mat., 5. — 2 Joan., 15
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de riche qu'il était , afin de nous enrichir par sa pauvreté, comme dit l'Apôtre (1); lorsque par ses opprobres il nous obtint la gloire céleste ; lorsque par ses souffrances il offrit un remède à nos maux ; lorsque par sa mort ignominieuse il nous acquit la vie éternelle.
III. C'est encore un haut degré de charité d'aimer celui qui nous ravit les biens temporels. C'en est un plus élevé d'aimer celui qui nous enlève l'honneur, ou bien celui qui nous ôte la vie ou nous prive de quel-qu'un de nos membres. Mais c'en est un très-élevé d'aimer celui qui s'efforce de nous ravir la vertu et les biens spirituels, ou autrement de nous ôter Dieu même, soit en nous poussant au péché d'une manière quelconque , soit en nous détournant des oeuvres de sainteté.
CHAPITRE II. Degrés de l'obéissance.
I. C'est un haut degré d'obéissance que d'obéir à celui qui est notre Créateur, notre Rédempteur, notre Rémunérateur, qui veut notre bien commun dans la vie présente et dans la vie future. C'est justement que nous lui devons obéissance en tout ce qu'il nous commande et en tout ce qu'il nous défend, puisque chacun de ses préceptes a pour but de nous conduire
1 II Cor., 8.
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au bien suprême; chacune de ses défenses de nous éloigner du souverain mal.
Mais il me semble que c'est un degré plus élevé de cette vertu d'obéir à celui qui nous commande en la personne de Dieu, comme nous obéirions à Dieu lui-même ; car nous devons l'obéissance à Dieu à cause des motifs que nous avons exposés, mais nous ne la devons à l'homme qu'en vue de Dieu seul. Cette obéissance s'entend lorsque nous nous soumettons à un homme parfait et sage qui commande toutes choses avec maturité et discernement.
Aussi le degré le plus élevé, je crois, consiste à obéir à un homme sans raison, à un homme difficile et sans considération, qui commande une infinité de choses avec violence , sans discernement et sans réflexion, et qui cependant nous représente la personne de Dieu. C'est pourquoi saint Pierre a dit : « Serviteurs, soyez soumis à vos mitres avec toutes sortes de respects, non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais encore à ceux qui sont rudes et fâcheux; car c'est là ce qui est agréable à Dieu (1). » C'est comme s'il eût voulu dire qu'il n'y avait pas un grand mérite à se soumettre à ceux qui sont doux et faciles. Cependant il faut soigneusement prendre garde que cette obéissance ne soit point contraire à notre conscience.
II. Il y a aussi un certain degré d'obéissance à se soumettre à ce qui nous est facile et agréable. Il y en a un plus élevé à embrasser ce qui est pénible , mais
1 Petr., 3.
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de peu de durée , et il y en a un très-élevé à accepter ce qui est pénible pour un long temps et même jusqu'à la mort. C'est dans ce degré qu'a vécu Jésus-Christ lorsqu'il a obéi à son Père en souffrant depuis le commencement de sa vie jusqu'à sa mort les choses les plus humiliantes.
III. Il y a également un certain degré d'obéissance à agir par la crainte du châtiment que la désobéissance entraîne, et c'est là l'obéissance de beaucoup. C'en est un plus haut que d'obéir par l'espérance de la grâce dans le temps présent, et par le désir de la gloire en l'autre : ce qui est aussi l'obéissance d'un grand nombre. Mais le degré le plus élevé c'est de laisser de côté ces motifs et d'obéir simplement à cause de Dieu, parce qu'il est notre Maître et que nous sommes ses serviteurs.
IV. C'est encore un haut degré d'obéissance que d'accomplir l'ordre d'un supérieur à cause de Dieu. C'en est un plus élevé d'accomplir le désir qu'il nous manifeste. C'en est un très-élevé que d'accomplir ce que l'on sait lui être agréable, selon cette parole de Jésus-Christ : « Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé (1). » Ou bien selon cette autre : « S'il se peut, que ce calice passe loin de moi. Cependant qu'il soit fait non comme il me plaît, mais compte il vous plaît, à vous.(2) »
V. Il y a enfin quelque degré d'obéissance à accomplir un ordre tout en différant son accomplissement. Mais c'en est un plus élevé de l'accomplir
1 Joan., 6. — 2 Marc., 14.
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de suite bien qu'avec murmure et contre sa volonté: et c'en est un très-élevé que de s'y soumettre sans retard , de plein gré et avec joie.
CHAPITRE III. Degrés de l'humilité.
I. C'est un haut degré d'humilité de se soumettre volontairement à celui qui est au-dessus de nous; mais c'est justice. C'en est un plus haut de se soumettre à son égal , et c'est abondance. Enfin c'en est un très-haut de se soumettre à son inférieur, et c'est surabondance. C'est en ce dernier degré que fut Jésus-Christ lorsque , venant au Jourdain, il se soumit à Jean , en lui disant : « Laissez pour le moment, car il convient que nous accomplissions toute justice (1), » c'est-à-dire que nous pratiquions une humilité surabondante, comme dit la Glose.
II. C'est de même un haut degré d'humilité d'être humble en ses paroles. C'en est un plus haut de l'être en ses actions, et c'en est un très-haut de l'être en son coeur. C'est là que réside la vertu , et non dans les paroles ni dans les actes, puisqu'il y en a qui s'humilient d'une manière perverse dans leurs discours, leurs actions, leur maintien, leurs vêtements et leurs démarches. Pour Jésus-Christ, il a été humble en son coeur , car il a dit : « Apprenez de moi que je
1 Mat., 3.
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suis humble de coeur (1); humble en ses paroles, car il s'est écrié : Je suis un ver de terre et non un homme (2) ; et aussi : Ma doctrine n'est pas ma doctrine. mais la doctrine de celui qui m'a envoyé (3); et encore: Les paroles que j'annonce ne sont pas de moi-même (4). Humble en ses actions, car il s'est abaissé devant ses Apôtres pour leur laver les pieds.
III. C'est aussi un haut degré d'humilité de s'humilier à cause de la grandeur et de la multitude de ses défauts, selon cette parole du Prophète : « Que votre humiliation soit au milieu de vous (5), c'est-à-dire, que le sujet de votre humiliation soit en votre coeur, que ce soit vos défauts. C'est un degré plus élevé de s'humilier à cause de l'abondance des vertus et des dons spirituels, de même qu'un arbre excellent s'incline sous l'abondance de ses fruits , et c'est pour cela qu'il est dit : « Plus vous êtes grand, plus vous devez vous humilier en toutes choses (6). » Enfin c'en est un très-élevé que de s'abaisser pour suivre les exemples d'humilité donnés par Jésus-Christ.
IV. C'est encore un degré élevé de cette vertu de s'humilier de tout le mal qu'on a commis; un plus élevé de s'humilier de tout. le bien qu'on a omis et de toutes les choses qu'on a profanées, et un très-élevé de s'humilier de tous les bienfaits reçus inutilement. Cet ordre se tire de la rareté, car un degré est d'autant plus élevé qu'il est plus rare. Rien de tout cela ne put avoir lieu en Jésus-Christ, car il ne
1 Mat.,11.— 2 Ps. 21.— 3 Joan., 7. — 4 Joan., 14.— 5. Mich., 6. — 7 Eccl., 3.
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connut jamais le mal , il ne négligea aucun bien , de même qu'il n'en profana aucun, et jamais il ne reçut un bienfait en vain.
V. Enfin c'est un haut degré d'humilité de s'estimer aussi vil qu'on l'est réellement aux yeux de Dieu. C'en est un plus haut de se considérer devant Dieu aussi vil qu'on l'eût été s'il ne nous eût soutenu de sa grâce. Et c'est un degré très-haut de se regarder comme aussi vil qu'on pourrait le devenir encore si le Seigneur ne nous gardait contre les tentations.
CHAPITRE IV. Degrés de la chasteté.
C'est une chasteté élevée que la chasteté conjugale. C'en est une plus élevée que celle de la viduité. C'en est une très-élevée que celle de la virginité. On le voit par la différence de leurs fruits : à l'une on accorde trente, à l'autre soixante, et cent à la troisième. C'est dans ce dernier degré que fut Jésus-Christ, ainsi que la bienheureuse Vierge, sa Mère ; et saint Jean Damascène a dit : « Renoncer au mariage, c'est imiter les anges. »
II. C'est un haut degré de chasteté d'avoir en horreur tout mouvement, tout acte d'impudicité. C'en est un plus haut de détester les paroles impures, ou bien encore toute volonté contraire à la chasteté, toute concupiscence déréglée. C'est ainsi que Sara a
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dit : « Vous savez, Seigneur, que je n'ai jamais eu de désir pour aucun homme, et que j'ai conservé mon âme pure de toute concupiscence (1). » Enfin c'est un degré très-haut de réprouver même toute pensée déshonnête. Ainsi Job a dit : « J’ai fait un pacte avec mes yeux pour ne penser pas seulement à regarder une vierge (2).»
La chasteté court un grand danger en écoutant les discours qui l'outragent ; un plus grand en contemplant des objets qui la blessent, ainsi que nous le voyons par l'exemple de David et des trois vieillards de Babylone; et un beaucoup plus grand encore quand elle souffre des attouchements honteux.
Et par le contraire cette vertu trouve un puissant secours dans l'éloignement de tout lieu dangereux. Elle en trouve mi plus puissant dans la fuite de tout homme corrompu , et un beaucoup plus puissant lorsqu'elle se tient en garde contre toute familiarité suspecte, et contre tout ce qui y donne occasion, comme les lettres trop tendres, les civilités excessives, les attentions trop obséquieuses, les paroles douces et flatteuses, et les présents fréquents. L'amour pur et innocent, dit saint Jérôme, ignore les présents sans cesse renouvelés, les lettres de douceur, les vêtements coquets et les petits liners artistement préparés (3).
III. C'est encore un haut degré de chasteté que de garder la pureté du corps. C'en est un plus haut de garder la pureté de l'âne , puisque tout péché impur
3. — 2 Job., 31. — 3
Epist. ad Nepol.
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souille le corps et l'âme , selon cette parole de l'Apôtre : « Quelqu'autre péché que l'homme commette, il est hors du corps, mais celui qui commet le péché impur, pèche contre son corps (1). » Mais le degré le plus élevé c'est de garder cette même pureté par le désir d'imiter la chasteté de Jésus-Christ.
CHAPITRE V. Degrés de la patience.
1. C'est un haut degré de patience de souffrir sans se plaindre la perte de ses biens, comme fit Job (2). C'en est un plus élevé de souffrir ainsi la perte de son honneur, comme fit David lorsqu'il reçut les outrages de Séméi (3) Mais c'en est un très-haut de supporter sans murmure la mutilation de ses membres ou la perte de la vie corporelle. C'est dans ce degré que fut. Jésus-Christ lorsqu'il sacrifia volontairement sa vie pour nous.
II. C'est encore un haut degré de patience de se soumettre avec calme à l'affliction que nos péchés nous ont méritée. « Quelle gloire aurez-vous, dit saint Pierre, si c'est pour vos fautes que vous endurez les coups et les soufflets (4)? C'en est un plus haut de la supporter sans être coupable, mais pour la justice; et c'est ce qui a fait dire au même Apôtre : « Si vous souffrez pour la justice, vous êtes bienheureux (5).
5 Ibid.
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Mais le degré le plus élevé c’est de désirer l'affliction. C'est dans ce degré que se trouvait Jésus-Christ quand il disait : « Mon coeur a attendu toutes sortes d'opprobres et de misères (1). »
III. C'est également un haut degré de patience de ne pas se venger d'une injure par des actes. C'en est un plus haut de ne pas sc venger par des paroles; et c'en est un très-haut de ne point se venger en désirs.