Œuvres spirituelles (page 25)

Bonaventure · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Œuvres spirituelles de saint Bonaventure · 76 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

IV. C'est avoir une patience élevée de ne montrer aucune impatience en ses paroles ; c'est en avoir une plus élevée de ne point en révéler dans les traits de son visage; c'en est une très-élevée de n'avoir en son coeur aucun mouvement violent.

V. C'est encore un haut degré de patience de ne point se venger lorsqu'on peut le faire, bien qu'il nous en coûte quelque chose. C'en est un plus haut de ne point se venger lorsqu'on peut le faire sans supporter aucun tort; et c'en est un très-élevé lorsqu'on rend grâces pour l'affliction qu'on a reçue, â l'exemple de Tobie, qui s'écriait : « Je vous rends grâces, ô Seigneur! de ce que vous m'avez châtié et de ce que vous m'avez guéri (2). »

VI. C'est un degré élevé de patience de souffrir sans se plaindre les adversités, afin d'être purifié de ses péchés, selon cette parole : « L'or est éprouvé dans la fournaise (3). » C'en est un plus élevé de les souffrir en vue de la récompense glorieuse, selon cette parole du Sauveur : « Vous serez bienheureux lorsque les bananes auront pour vous de la haine, qu'ils vous

1 Ps. 68. — 2 Tob., 11.

— 3 Prov., 27

persécuteront , et qu'ils diront faussement toute sorte de mal contre vous (1). » Mais c'est un degré très-élevé de souffrir ainsi par reconnaissance pour Jésus-Christ. Elle est heureuse , dit saint Jérôme, l’âme qui désire souffrir pour le nom de Jésus autant qu'il a souffert lui-même pour nous. »

VII. Enfin c'est un haut degré de patience, de ne jamais se plaindre d'une injure reçue; c'en est un plus haut de ne jamais chercher à s'en justifier ; et c'en est un très-haut de n'en jamais parler pour en tirer ainsi au moins quelque vengeance,

CHAPITRE VI. Degrés de la miséricorde.

I. C'est un haut degré de miséricorde d'avoir compassion du prochain , selon cette parole : « Soyez miséricordieux (2); » et cette autre de Job : « Je n'ai point refusé aux pauvres ce qu'ils me demandaient; » et encore : « J'ai été l'oeil de l'aveugle et le pied du boiteux (3). » C'en est un plus haut d'avoir pitié de soi-même, ainsi qu'il est dit : « Ayez pitié de votre âme en vous rendant agréable à Dieu (4). » Et c'en est un très-haut d'avoir pitié de Dieu , ainsi qu'il le demande lui-même par ces paroles de Job : « Ayez pitié de moi! ayez pitié de moi! vous au moins qui ides mes amis (5). »

II. C'est aussi un haut degré de miséricorde d'avoir pitié de ses parents dans l'affliction. C'en est un plus haut d'avoir pitié de ceux qui nous sont étrangers et que nous voyons aussi dans la peine ; et c'en est un très-haut d'avoir pitié de ses ennemis réduits à un pareil état. C'est dans ce dernier degré que se trouvait Jésus-Christ lorsqu'il dit : « J'ai compassion de cette foule (1) ; » et quand il s'écria : « Mon Père ! pardonnez-leur (2). »

III. C'est encore un haut degré de miséricorde d'avoir pitié des vivants dans leurs souffrances corporelles. C'en est un plus haut d'avoir pitié des besoins de leur âme ; et c'en est un très-haut d'avoir pitié des morts qui sont dans le purgatoire.

IV. C'est également un degré de miséricorde d'avoir pitié de ceux qui , en bonne santé, sont dans le besoin. C'en est un plus élevé d'avoir pitié de ceux qui sont malades sans cependant se trouver dans la gêne; et c'en est un très-élevé d'avoir pitié de ceux qui sont malades et en même temps dans l'indigence.

V. Un autre degré élevé de miséricorde consiste à donner libéralement ses biens temporels, comme fit Abraham , qui ne refusa l'hospitalité à personne. Un plus élevé consiste à pardonner les injures, comme il arriva à David à l'égard de Saül et de Séméi. Et un très-élevé consiste à prier avec ardeur pour ceux qui nous outragent, ainsi que nous en ont donné l’exemple Jésus-Christ et saint Etienne.

1 Marc., 8. — 2. Luc., 23.

326

miséricorde que sa nature porte à prendre pitié des autres; dans un plus haut celui qui agit ainsi par le commandement ou l'avis d'un autre; et dans un très-haut celui qui le fait par la pensée et l'inspiration de Dieu.

CHAPITRE VII. Degrés de la vérité.

I. C'est un haut degré de la vérité d'aimer à penser à la vérité et à la méditer. C'en est un plus haut de l'annoncer volontiers et d'aimer à le faire connaître ; et c'en est un très-élevé de vivre avec joie selon la vérité et de porter les autres à faire de même.

II. C'est aussi un haut degré de connaître la vérité; c:en est un plus haut de l'aimer; c'en est un très-haut de se juger soi-même et les autres selon la vérité. Jésus-Christ a été dans tous ces degrés.

III. C'est encore un haut degré de la vérité de la faire connaître librement, sans flatterie et sans voile, quand cela est nécessaire. C'en est un plus haut de la défendre avec liberté quand il convient de le faire. Et ceux qui en prennent ainsi la défense sont souvent remplis d'angoisses , car la vérité est une chose amère. Mais saint Bernard a dit : « Il vaut mieux subir un supplice pour la vérité, que de recevoir un bienfait pour prix d'une adulation. »

327

C'est un degré très-élevé de la vérité de la défendre sans crainte en présence de ses ennemis.

IV. Enfin c'est un haut degré de la vérité de mettre pour elle en danger ses biens temporels. C'en est un plus grand d'y exposer son honneur; et c'en est un très-grand d'y exposer son corps. Et cependant c'est avec raison qu'on agit ainsi , car la vérité, c'est Jésus-Christ.

CHAPITRE VIII. Degrés de la pauvreté.

I. C'est un haut degré de la pauvreté, qui est une des huit béatitudes, d'abandonner les biens de la terre. C'en est plus élevé de renoncer aux amis selon le monde et aux amis selon l'esprit. C'en est un très-élevé de se renoncer soi-même, c'est-à-dire son jugement propre , son amour-propre , sa volonté propre. Jésus-Christ a passé par tous ces degrés, car il s'est renoncé lui-même; il a abandonné les siens et tout ce qu'il possédait.

II. C'est encore un haut degré de la pauvreté de ne pas travailler pour des choses passagères et de ne pas s'en inquiéter. C'en est un plus élevé de ne point les désirer ; et c'en est un très-élevé de les repousser lorsqu'elles nous sont offertes. C'est dans le second degré qu'était l'Apôtre lorsqu'il disait : « Je n'ai

328

désiré ni l’or, ni l'argent, ni le vêlement d'aucun de vous (1). » Et dans le dernier que se trouvait le prophète Daniel lorsqu'il méprisa les présents de Balthazar (2), parce que l'Ecriture reprend celui qui donne et celui qui reçoit des présents.

III. C'est encore un degré élevé de la pauvreté de ne vouloir point avoir de demeure assurée , à l'exemple de Jésus-Christ, qui ne trouva point de place dans une hôtellerie (3). C'en est un plus élevé de ne point vouloir s'assurer de la nourriture ni du vêtement au temps de la santé. Mais c'en est un très-élevé de vouloir demeurer dans la même incertitude au temps de l'infirmité. C'est dans ce dernier degré que fut Jésus-Christ; car il n'eut pas où reposer sa tête, il manqua d'un verre d'eau et d'un vêtement et il fut étendu nu sur la croix.

IV. Celui-là est encore dans un haut degré de cette vertu , qui la choisit afin d'échapper aux sollicitudes de la vie. Dans un plus haut degré celui qui en fait, son partage pour s'enrichir de vertus et de dons spirituels. Et dans un très- haut celui qui agit de n'élue, afin qu'au jour où il paraîtra devant Jésus-Christ pour être jugé , Dieu soit glorifié en lui.

V. Enfin celui-là est dans un degré élevé de pauvreté qui n'a rien de propre en particulier , comme beaucoup de religieux ; dans un plus haut degré celui qui n'a rien de propre en commun pour une année entière ou pour un temps plus long, comme un petit nombre de religieux ; et dans un très-haut degré celui

5. — 3 Luc., 2.

329

qui n'a rien de propre en communauté ni pour une semaine pour un jour , comme les frères mineurs.

CHAPITRE IX. Degrés de la prudence.

I. C'est un haut degré de prudence de connaître Dieu par ses créatures, selon cette parole de l'Apôtre: « Ce qui est invisible en Dieu est devenu visible par les choses qui ont été créées (1). » C'en est un plus haut de le connaître par les Ecritures ; et un très-haut de le connaître par la foi.

II. C'est

, eu second lieu , un haut degré de prudence de régler sa conduite extérieure selon la volonté de Dieu ; un plus haut de commander à ses affections intérieures; et un très-haut de diriger la puissance de son âme selon le bon plaisir de Dieu.

III. C'est, en troisième lieu, un haut degré de cette vertu de conformer sa vie intérieurement et extérieurement aux exemples des saints; un plus haut de la conformer aux exemples de Jésus-Christ; et du très-haut de la conformer à tout ce qu'il y eut de perfection dans la vie du Sauveur.

IV. C'est aussi un haut degré de prudence de considérer l'amertume de l'âme lorsqu'elle se sépare du corps : un plus haut de considérer l’amertume de

1 Rom., 1

330

l'âme lorsqu'elle se sépare de l'amitié de Dieu pour un peu de temps seulement ; et un très-haut de considérer l'amertume qu'elle ressent lorsqu'elle est retranchée de sa jouissance pour l'éternité.

V. C'est encore un haut degré de prudence de réfléchir au bonheur de l'âme lorsqu'elle est unie à Dieu pendant un long temps ; un très-haut de réfléchir à sa félicité lorsqu'elle y est unie pour l'éternité.

VI. Enfin c'est un haut degré de prudence de remarquer comment Dieu se communique par les biens spirituels ; et un très - haut de remarquer comment il se donne tout entier et en tout ce qu'il est, soit dans la nature divine, soit dans la nature humaine.

CHAPITRE X. Degrés de la force.

I. C'est un haut degré de force de vaincre le monde et ses délices en les méprisant, selon ce que dit l'Apôtre : « J'ai regardé toutes choses comme de la boue (1). » C'en est un plus haut de vaincre la chair et de réprimer sa concupiscence à l'exemple du même Apôtre, qui disait : « Je châtie mon corps (2). » Et c'en est un très-haut de se vaincre soi-même en obéissant avec simplicité et de bon coeur jusqu'à la mort, ainsi

331

que l'a fait Jésus-Christ, qui a pratiqué également les deux premiers degrés.

II. C'est encore un degré élevé de force de résister courageusement aux péchés du corps, comme la luxure , la gourmandise, etc. C’en est un plus élevé de résister aux péchés de l'esprit, comme l'amour-propre, l'antipathie pour les autres, l'hypocrisie, l'acception des personnes, l'ingratitude. Et c'en est un très élevé de résister à toutes les occasions de pécher, tant du corps que de l'esprit, comme sont les petits présents, les familiarités, les paroles tendres, etc.

Tous les livres