Œuvres spirituelles (page 4)
1 Mat., 9.
affection. Pour le moment, il lui dit : « Votre foi vous a sauvée. » — Vous avez en ce miracle un éloge de la foi. Vous y découvrez en même temps que le Seigneur veut que ses miracles soient connus en vue du bien général ; mais qu'il les cachait autant qu'il était en lui, ainsi qu'on le voit encore ici, car ce qui était un effet de sa puissance divine, il l'attribuait à la foi de la personne qui avait été guérie. Vous avez aussi en cet endroit quelque chose de bien digne de remarque, et propre à aider à la garde de votre humilité. C'est ainsi que s'en exprime saint Bernard : « Celui qui sert parfaitement le Seigneur, peut être appelé la frange ou la portion la plus basse de son vêtement, à cause de l'humble idée qu'il a de soi-même. Que celui donc qui en est arrivé à reconnaître que le Seigneur écoute sa prière pour la guérison des infirmes ou pour l'opération d'autres miracles ; que celui-là, dis-je, ne s'élève point à cause d'une telle faveur, qu'il ne l'attribue point à soi-même; car ce n'est pas lui, mais le Seigneur qui a agi. Marthe, il est vrai, a touché le bord de son vêtement, pleine de confiance que par là elle serait délivrée, et il en est arrivé ainsi ; mais ce n'est pas de ce vêtement, c'est du Seigneur que sortit la vertu qui la sauva. Voilà pourquoi il dit lui-même (1) : J’ai senti qu'une vertu était
1 Serm., de 4 modis orand.
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sortie de moi (1).» Remarquez donc bien cela, et ne vous attribuez jamais aucun bien à vous-même, puisque tout vient du Seigneur Jésus. — Enfin, le Sauveur alla à la maison du prince, et, y étant entré, il ressuscita sa fille qu'il trouva morte à son arrivée.
CHAPITRE XXIII. De la conversion de Madeleine et autres faits.
Le Seigneur, toujours plein d'égards envers tous les hommes, ayant été un jour invité à un repas par Simon le lépreux, s'y rendit (2). Il avait coutume d'en agir ainsi, tant par politesse que par bonté, et aussi par le zèle qu'il éprouvait du salut des âmes pour lesquelles il était descendu du ciel. Ainsi, en mangeant et conversant avec les hommes, il les attirait à son amour. La pauvreté, qu'il chérissait si tendrement, le portait encore à tenir une semblable conduite ; car il était profondément indigent, et il n'avait rien pris des biens de ce monde, ni pour lui, ni pour les siens. Jésus, le miroir de l'humilité, étant invité, acceptait donc humblement et avec actions de grâces, selon le lieu et le temps. Or, Madeleine, qui sans doute l'avait déjà souvent
1 Serm. de 4 modis orand. — 2 Luc., 7.
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entendu prêcher, et qui l'aimait ardemment, bien que cet amour fût demeuré caché jusqu'à ce jour, apprit qu'il était à table dans cette maison de Simon. Pénétrée de douleur jusqu'au fond du coeur à cause de ses péchés, embrasée du feu de l'amour de son Sauveur, pleine de la pensée qu'il n'y avait point de salut pour elle sans Jésus, résolue à ne plus différer davantage, elle se dirigea vers le lieu du festin, et, la tête inclinée, les yeux baissés vers la terre, elle passa devant les convives et ne s'arrêta que lorsqu'elle fut arrivée à celui qui était son Seigneur et son bien-aimé. Alors, se prosternant aussitôt à ses pieds, remplie de honte et d'une douleur sincère de ses péchés, abaissant son front et plaçant ses lèvres sur les pieds même de Jésus, avec une certaine confiance, parce que déjà elle l'aimait en son coeur par-dessus toute chose, elle se prit à pleurer fortement, à éclater en sanglots et à lui dire dans le silence de son coeur : « Mon Seigneur, je crois fermement, je sais et je confesse que vous êtes mon Dieu et mon Maître. J'ai offensé Votre Majesté en une foule de circonstances et par les crimes les plus énormes ; j'ai multiplié nies péchés au-delà du nombre des grains de sable qui couvrent les bords de la mer; mais, coupable et pécheresse, je me réfugie au sein de votre miséricorde. Je pleure et je suis abreuvée d'amertume ; je demande grâce, prête à me corriger de
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mes fautes et inébranlablement résolue à ne jamais me soustraire à l'obéissance que je vous dois. Ne me rejetez pas loin de vous, je vous en prie, car je sais que je ne pourrais trouver aucun refuge ailleurs; je n'en veux point hors de vous ; c'est vous seul que j'aime par-dessus toute chose. Ne me repoussez donc pas de votre présence. Punissez-moi de tous mes crimes comme il vous plaira, seulement faites-moi miséricorde. »
Cependant ses larmes, coulant avec abondance, arrosèrent et lavèrent les pieds de Jésus, d'où vous pouvez conclure clairement que le Seigneur marchait nu-pieds. Enfin elle cessa de pleurer, et le considéra attentivement; puis jugeant indigne que ses larmes touchassent les pieds de son Seigneur, elle les essuya avec ses cheveux. Elle se servit de ses cheveux, parce qu'elle n'avait rien de plus précieux dont elle pût user; parce qu'elle se proposait de tourner vers un but d'utilité cette chevelure qui n'avait servi qu'à nourrir sa vanité, et ne voulait poins éloigner son visage des pieds du Sauveur. Aussi, son amour croissant de plus en plus, baisait-elle ces mêmes pieds avec ardeur et sans interruption. Mais, comme la marche les avait couverts de poussière, elle s'appliquait à les embaumer d'un parfum précieux. Regardez-la donc avec attention, el. contemplez longuement ce qui se passe, à
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cause de la dévotion de cette femme, qui fut aimée du Seigneur d'une façon toute particulière, et aussi parce qu'il y a en tout cela quelque chose de très-solennel. Considérez également le Seigneur Jésus, avec quelle bonté il la reçoit, avec quelle patience il permet tout ce qu'elle fait; il s'arrête et cesse de manger jusqu'à ce qu'elle ait terminé. Les convives s'arrêtent aussi, et ils sont tous dans l'étonnement sur un événement si nouveau. Quant à Simon, voyant que Jésus permettait qu'une femme pareille le touchât, il le jugeait sans aucune réserve en son coeur, comme s'il n'eût pas été un prophète et comme s'il eût ignoré quelle était cette femme. Mais le Seigneur, répondant à ses pensées, se montra plein de l'esprit prophétique et renversa ses jugements par l'exemple des deux débiteurs. Voulant faire voir ensuite ouvertement que tout se consomme dans l'amour, il dit : Beaucoup de péchés lui sont re-mis, parce qu'elle a aimé beaucoup. Et s'adressant à Madeleine : Allez en paix, lui dit-il. O parole délectable et pleine de suavité! avec quel bonheur Madeleine l'entendit et avec quelle joie elle se retira! Mais, comme elle était parfaitement convertie à Jésus, elle vécut dans la suite saintement et purement, et s'attacha avec la persévérance au Sauveur et à sa Mère. Méditez donc avec soin ces choses, et efforcez-vous d'imiter un tel amour que le Seigneur a exalté lui-même d'une façon
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toute particulière, et par ses paroles, et par sa manière d'agir. Vous voyez très-clairement ici qu'entre Dieu et le pécheur, la charité rétablit la paix. C'est pourquoi le bienheureux apôtre saint Pierre dit que « la charité couvre la multitude des péchés (1) » Or, comme la charité anime toutes les vertus et qu'aucune ne saurait plaire à Dieu sans elle, pour vous porter à employer tous vos efforts à l'acquérir, cette vertu qui vous rendra agréable à Jésus, votre époux, je vais vous donner quelques passages de saint Bernard sur ce sujet. C'est donc ainsi qu'il en parle (2) : « La charité est un don tout-à-fait excellent, vraiment incomparable , dont l'Époux céleste s'est efforcé de pénétrer en toute circonstance sa nouvelle Épouse. Tantôt il dit : C'est en cela que tous les hommes connaîtront que vous êtes mes Disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres (3).
Tantôt il s'écrie : Je vous donne un commandement nouveau, c'est que vous vous aimiez mutuellement (4). De même, dans sa prière, il demande
que ses disciples soient un comme lui et son Père sont un (5). Enfin, que pouvons-nous imaginer de comparable à cette vertu, qui est placée au-dessus
1 I Pet., 4. — 2 Serm. 29 sup.
cant. — 3 Joan., 13. — 4 Ibid. — 5 Joan., 15 .
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du martyre et de la foi qui transporte les montagnes ? C'est donc pourquoi je vous dis : que la paix soit avec vous, que la paix vienne de vous, et que tout ce qui semble vous menacer au dehors vous trouve sans effroi ; car vous n'avez rien à craindre (1). — La valeur d'une âme doit s'estimer d'après la mesure de la charité qui l'embrase, et l'on doit regarder comme grande celle dont la charité est grande, comme médiocre, celle dont la charité est faible, et comme de nulle valeur, celle qui en est totalement dépourvue, l'Apôtre disant : Si je n'ai point la charité, je ne suis rien (2). Que si elle commente à en avoir une faible étincelle, si elle s'applique à aimer au moins ceux qui l'aiment, à saluer ses frères et ceux qui la saluent, je ne dirai pas que cette âme n'est rien , puisqu'à raison de ce qui lui est donné et de ce qu'elle reçoit, elle conserve au moins la charité d'égalité. Cependant, selon la parole du Seigneur : Que fait-elle en cela de plus que les autres ? je ne jugerai pasque cette âme ne possède ni largeur ni grandeur, mais qu'elle est étroite et médiocre, puisque sa charité est
aussi minime. Mais si elle grandit et s'accroît, de sorte que, passant les limites de cet amour restreint
1 Serm. 27 sup. cant. — 2 I Cor.,
13.
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et sans profit, elle aborde, avec une entière liberté d'esprit, les larges confins d'une charité toute gratuite ; si, ouvrant le vaste sein de sa bonne volonté, elle s'applique à y renfermer tous les hommes en aimant chacun comme soi-même, pourra-t-on lui dire alors avec justice : Que faites-vous de plus que ce que vous devez ? puisqu'elle s'est tellement rendue vaste, puisque le sein de son amour s'est tellement dilaté qu'elle embrasse tous les hommes, même ceux qui ne lui sont unis par aucun lien de la chair, ceux vers lesquels elle n'est attirée par l'espoir d'aucun avantage personnel, ceux à qui elle n'est assujettie par la réception d'aucun don, ceux enfin à qui elle n'est enchaînée par aucune dette, si ce n'est cette dette dont il est dit : Ne devez rien à personne, si ce n'est un amour mutuel (1). Mais si à cela vous ajoutez de faire une telle violence au
royaume de la charité, que vous arriviez, comme un pieux envahisseur, jusqu'à en occuper les dernières limites, en sorte que vous ne jugiez point devoir fermer à vos ennemis les entrailles de votre miséricorde; que vous fassiez du bien à ceux qui vous haïssent ; que vous priiez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient; que vous vous appliquiez à être pacifique au milieu de ceux qui ont la paix
1 Rom., 13
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en horreur, alors la largeur de votre âme égalera la largeur des cieux ; sa hauteur sera semblable à la sienne, et sa beauté ne sera point inférieure à sa beauté. En cette âme s'accomplira cette parole : C'est vous qui étendez les cieux comme une tente (1) ; car dans le ciel de cette âme se trouve une telle immensité, une telle hauteur, une telle beauté, « que le Maître suprême , immense et glorieux, y habitera , non-seulement avec condescendance , mais s'y promènera comme dans un espace sans bornes. » Ainsi parle saint Bernard.
Vous voyez de quelle utilité, de quelle nécessité est la vertu de charité, puisque sans elle il est certainement impossible de plaire à Dieu, puisqu'avec elle chacun, sans aucun doute, lui est agréable. Appliquez-vous donc de tout votre coeur, de toute votre âme, de toutes vos forces, à posséder une vertu qui vous fera supporter volontiers tout ce qui se présentera de dur et de difficile à souffrir pour Dieu et le prochain.
1 Ps. 103.
CHAPITRE XXIX. Comment Jean-Baptiste envoya ses Disciples à Jésus.
Le glorieux soldat et précurseur du Seigneur Jésus, Jean-Baptiste, avait été jeté dans les fers par Hérode à cause de son zèle à défendre la justice ; car il reprochait à ce prince de retenir en sa demeure l'épouse de son frère encore vivant. Voulant donc amener ses disciples à suivre le Seigneur, il pensa à les lui envoyer, afin qu'ayant entendu ses paroles et y u ses oeuvres, ils s'enflammassent d'amour pour lui et s'attachassent à sa personne. Ils vinrent donc le trouver, et lui dirent de la part de Jean : Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre (1) ? Le Seigneur était alors en présence d'une grande foule. Considérez bien, et voyez comment il reçoit les envoyés de Jean avec un visage plein de douceur, comment il les instruit sagement, d'abord par ses oeuvres, et ensuite par ses paroles. Il guérit donc, en leur présence, des sourds, des muets, des aveugles, fit encore d'autres miracles, prêcha au peuple, et leur dit : « Allez, et rapportez à Jean ce que vous avez vu et entendu.»
1 Mat., 11.
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Ils s'en allèrent et redirent à leur Maître ces choses qu'il apprit avec bonheur. Or, ces disciples, après la mort du précurseur, s'attachèrent inviolablement à Jésus-Christ.
Le Seigneur, après leur départ, donna à Jean les louanges les plus magnifiques. Il dit de lui qu'il était. plus qu'un prophète , que parmi les enfants des hommes, sil n'en avait point paru de plus grand que lui, et autres éloges que vous trouverez dans l'Évangile. Pour vous, tenez sans cesse vos regards attachés sur Jésus, et tandis qu'il prêche et tandis qu'il opère les miracles, toujours suivant la méthode ordinaire.
CHAPITRE XXX. De la mort de saint Jean-Baptiste.
C'est ici que nous pouvons placer une méditation sur la mort du bienheureux Jean-Baptiste. Lors donc qu'Hérode, cet homme pervers, et l'infâme adultère qu'il tenait en sa demeure, eurent pris, sans doute ensemble, la résolution de faire mourir le serviteur de Dieu, afin de ne plus s'entendre reprocher leur péché, il arriva qu'un jour de grand festin la tête de Jean fut
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donnée à une misérable danseuse, fille d'Hérodiade même ; et ainsi il fut décapite dans sa prison (1).
Voyez combien humiliant, combien coupable fut le coup qui frappa un si grand homme, sous le règne et l'empire de la perversité. O Dieu ! comment avez-vous permis un tel forfait? Comment s'imaginer qu'une semblable mort ait été réservée à Jean, cet homme d'une perfection et d'une sainteté telles, qu'on le prenait pour le Christ lui-même? Si donc vous voulez bien fixer dans votre esprit toute cette histoire, après avoir considéré les oeuvres détestables de ceux qui le firent mourir, rappelez-vous la grandeur de Jean, son excellence singulière, et c'est alors que vous pourrez être dans l'étonnement. Je vous ai dit plus haut comment, en diverses circonstances, le Seigneur se plut à faire son éloge ; écoutez maintenant comment le loue saint Bernard dans un de ses discours (2) : « L'Église romaine, dit-il, cette mère et maîtresse de toutes les Églises, cette Église dont il a été dit : J’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille pas, a été consacrée et marquée, après le nom du Sauveur, du nom glorieux de Jean-Baptiste. Il était digne, en effet, que cet ami si particulier de l'Épouse, fût exalté là où elle avait établi sa principauté. Pierre meurt
1 Mat., 14. — Marc., 6. — Luc., 9. — 2 Serm., de privileg. S. Joan. Bapt.
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sur la croix, Paul est frappé par le glaive, et cependant l'honneur principal est réservé au précurseur. Rome est ornée de la pourpre de martyrs innombrables, mais le bienheureux Patriarche revêt une sublimité qui l'emporte sur eux. Jean est plus élevé partout; il tient un rang unique entre Joas, il est admirable par-dessus tous. Quel homme fut jamais annoncé d'une manière aussi glorieuse ? Qui nous apparaît si extraordinairement rempli de l'Esprit-Saint dès le sein de sa mère? Qui trouverez-vous tressaillant d'allégresse avant que d'être né ? Quel
est celui dont la naissance a été un objet de solennité pour l'Église? Qui a témoigné autant d'ardeur pour la solitude du désert? Qui a vécu d'une
vie aussi sublime? Qui a enseigné le premier aux hommes, et la pénitence, et le royaume des cieux? Oui a baptisé le Roi de gloire ? A qui la Trinité s'est-t-elle révélée si ouvertement pour la première fois? A qui le Seigneur Jésus a-t-il rendu un témoignage aussi éclatant? Qui a reçu de l'Église de pareils honneurs? Jean est un Patriarche, ou plutôt il est la fin et le chef des Patriarches ; Jean est un Prophète et plus qu'un Prophète, car il a montré du doigt celui dont il annonçait la venue ; Jean est un Ange, mais un Ange élu entre les Anges, le Seigneur lui ayant rendu ce témoignage : Voici que j'envoie
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mon ange, etc… Jean est un Apôtre, mais il est le premier et le Prince des Apôtres, car c'est lui qui fut le premier envoyé de Dieu; Jean est un Évangéliste, mais c'est le premier prédicateur de l'Évangile, un prédicateur qui annonce l'Évangile du royaume de Dieu; Jean est une vierge, ou plutôt un miroir éclatant de la virginité , le flambeau de la pudeur, le modèle de la chasteté; Jean est un martyr, mais il est en même temps la lumière des martyrs, il est l'exemple le plus brillant du martyre que l'on rencontre entre la naissance et la mort de Jésus-Christ. Il est la voix qui crie dans le désert, le Précurseur du Juge suprême, le Hérault du Verbe. C'est Élie en personne; c'est à lui que la Loi et les Prophètes ont terminé leur cours ; c'est une lumière « qui éclaire et embrase. Je passe sous silence la prérogative qui l'a placé si glorieusement au milieu des ordres de la hiérarchie angélique, et l'a élevé jusqu'à la hauteur des Séraphins. » Ainsi parle saint Bernard.
Écoutez maintenant comment saint Pierre Chrysologue, archevêque de Ravenne, l'exalte, à son tour, dans un de ses discours (1) : « Jean est une école de vertus, un docteur de la vie spirituelle, un modèle
1 Serm. de decoll. S. Joan. Bapt.
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de sainteté, une règle de justice. » Si donc vous mettez en comparaison l'excellence et la dignité de Jean et l'abîme des crimes de ceux qui le firent mourir, vous aurez un juste sujet d'étonnement et de murmure, même contre Dieu, s'il est permis de parler ainsi. En effet, un bourreau est envoyé vers un homme aussi glorieux et aussi grand, afin de lui trancher la tête, comme on ferait au dernier des hommes, à un homicide pervers, à un incendiaire. Arrêtez sur lui vos regards avec respect et douleur; voyez comment, au premier ordre de ce vil et méchant bourreau, il tend le cou et fléchit humblement les genoux ; comment, rendant garces à Dieu, il place sa tête vénérable sur un billot ou une pierre, et reçoit, sans se plaindre, les coups qui le frappent jusqu'à ce que son sacrifice soit consommé. Voilà comment s'en va de cette terre l'ami intime, le proche parent du Seigneur Jésus, le confident le plus illustre de Dieu. Vraiment, c'est pour nous un grand sujet de confusion, d'avoir si peu de patience dans chacune îles tribulations qui nous arrivent. Jean-Baptiste, l'innocence même, souffre sans murmure la mort et une mort ignominieuse, et nous, chargés de péchés, dignes de la colère céleste, nous ne pouvons le plus souvent supporter de légères injures, de faibles contrariétés; bien plus, quelques paroles blessantes nous deviennent un fardeau intolérable.
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Le Seigneur Jésus était alors en Judée, mais non à l'endroit où ces choses se passèrent. Lors donc que cette mort lui eut été annoncée, ce Dieu, plein de tendresse, pleura celui qui était un athlète de sa cause, en même temps que son cousin selon la chair. Les disciples unirent leurs larmes à celles de leur Maître, et la Vierge bienheureuse pleura aussi, car elle avait reçu Jean-Baptiste dans ses bras lorsqu'il vint au monde, et depuis elle l'aima toujours fort tendrement. Le Seigneur consolait sa Mère, et elle disait à son Fils: « Pourquoi donc, ô mon Fils, ne l'avez-vous pas défendu, et avez-vous permis qu'il fût victime d'une semblable mort? » — « Ma Mère vénérée, répondait Jésus, il ne lui était pas avantageux d'être défendu de la sorte. C'est pour mon Père qu'il est mort ; c'est pore le maintien des droits de sa justice ; ainsi il sera bientôt en possession de sa gloire. Mon Père n'a pas l'intention de défendre ouvertement les siens en ce monde, car ils ne doivent point demeurer trop longtemps sur la terre ; leur patrie n'est point ici-bas, elle est dans les cieux. Jean a été délivré des liens de son corps, et il n'y a plus aucune force qui puisse maintenant le frapper en ce monde. L'ennemi a sévi contre lui autant qu'il a été en son pouvoir; mais il régnera avec mou Père durant l'éternité. Consolez-vous donc, ma Mère bien-aimée, car un bonheur sans partage sera la
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récompense de Jean. » Ensuite, quelques jours s'étant écoulés, le Seigneur abandonna ces lieux et revint en Galilée. Pour vous, considérez-vous comme présente à tout ce que nous venons de dire ; méditez-le avec ferveur, et en quelque lieu que le Seigneur aille, marchez à sa suite.
CHAPITRE XXXI. De l'entretien avec la Samaritaine
(1) Lorsque le Seigneur revenait de Judée en Galilée (ce qui fait un voyage de dix-sept milles et plus, ainsi que je vous l'ai dit plusieurs fois), et qu'il passait par la Samarie, il se trouva fatigué de la marche. Pour Dieu, regardez-le et voyez comment en ce lieu il est accablé de fatigue. Il marchait à pied, et il lui arriva souvent d'être ainsi fatigué; car sa vie entière fut une vie de peines. Il s'arrêta donc et s'assit sur le bord d'un puits pour s'y reposer. Ses Disciples s'en allèrent à la ville acheter de quoi manger. Pendant ce temps-là, une femme appelée Lucie, s'en vint à ce puits afin d'y puiser de l'eau. Or, le Seigneur se mit à lui parler, à l'entretenir de choses importantes et à se manifester
1 Joan., 4.
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à elle. Je n'ai pas l'intention d'entrer dans aucun détail sur ce qui fit l'objet de leur entretien, ni sur le retour des Disciples, ni de rapporter comment, sur la parole de cette femme, toute la ville sortit à la rencontre de Jésus, comment il s'en alla avec ce peuple, demeura quelque temps en cet endroit et se retira ensuite ailleurs. Vous avez tout ce récit dans l'Évangile ; lisez-le et considérez le Seigneur en tous ses actes. Mais il y a à faire sur cette histoire quelques belles et utiles remarques.
D'abord , c'est l'humilité de Jésus. Cet humble Seigneur demeure seul, et ses Disciples s'en vont à la ville; car ils agissaient vis-à-vis de lui en toute simplicité. Ensuite il s'entretient humblement avec cette pauvre femme seule des choses les plus élevées et ils parlent ensemble comme si leur condition était semblable. Il n'a aucun dédain pour elle; mais il lui annonce des vérités dignes d'être entendues des hommes les plus sages. Ce n'est pas ainsi qu'agissent les superbes : s'ils répandaient leurs paroles pompeuses, je ne dirai pas en présence d'un seul, vrais en présence d'un petit nombre, ils regarderaient leur temps comme perdu, ils ne jugeraient même pas ce petit nombre digne d'entendre un tel langage.
Considérez, en second lieu, la pauvreté de Jésus et comment il afflige son corps ; l'humilité se trouve encore
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mêlée à tout cela. Vous voyez que les Disciples s'en allèrent à la ville chercher des vivres, et qu'en ayant apporté , ils l'engagèrent à manger. Mais où donc manger? Sans doute sur le bord du puits, ou de quelque ruisseau, ou de quelque fontaine. voilà comment, dans ses fatigues et sa faim, il réparait ses forces. Ne vous imaginez pas qu'il en soit arrivé ainsi cette fois-là seulement et par hasard : c'est de la sorte que les choses avaient coutume de se passer en tout temps. C'est pourquoi vous pouvez conclure de cet endroit que cet humble Seigneur, cet amant de la pauvreté, lorsqu'il allait parle monde, prenait souvent sa nourriture hors des villes et des habitations des hommes, sur le bord d'un ruisseau ou d'une fontaine, bien qu'il fût fatigué et brisé par le travail. Il n'avait pas non plus des mets recherchés, un service précieux, des vins délicats ; il se contentait de l'eau de la fontaine ou du ruisseau. Celui qui fécondait la vigne, qui avait fait jaillir les sources d'eau vive, donné l'être à tout ce qui se meut dans les eaux, celui-là, dis-je, mangeait son pain assis humblement à terre comme le dernier des pauvres.
Considérez, en troisième lieu, comment il était appliqué aux choses spirituelle. Lorsque ses Disciples l'invitent à manger, il leur répond: « J'ai à me nourrir d'une nourriture que vous ne connaissez pas.
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Ma nourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé. » Et il refuse de manger; il attend ceux qui venaient le trouver de la ville, afin de leur annoncer sa parole d'abord , voulant faire passer les choses de l'esprit avant celles du corps , quelque fût son besoin. Considérez-le donc en toutes ces choses, et appliquez-vous à imiter ses vertus.
CHAPITRE XXXII. Comment on voulut précipiter le Seigneur du haut d'une montagne.
Lorsque Jésus fut revenu à Nazareth, les habitants de cette ville lui ayant demandé des miracles, il leur montra qu'ils étaient indignes de pareilles faveurs (1). Alors, enflammés de fureur, ils le chassèrent hors de leurs murs. Ce tendre Seigneur fuyait donc devant eux, et ils le poursuivaient. Que vous en semble-t-il? Leur rage s'alluma et crût à un tel point, qu'ils le conduisirent jusqu'au sommet de la montagne, afin de le précipiter de là. Mais, passant au milieu d'eux par sa vertu divine, il se déroba à leurs desseins, car le moment qu'il avait choisi pour mourir n'était point
1 Luc., 4.
196
encore venu. La Glose dit: « Qu’on rapporte que le Seigneur, s'étant échappé de leurs mains et descendant de la montagne, afin de trouver une retraite sur ses flancs, un rocher lui servit de refuge et s'ouvrit comme s'il eût été de cire, afin de lui fournir l'asile dont il avait besoin , et que les plis de ses vêtements demeurèrent empreints sur ce rocher comme s'ils y eussent été gravés. Regardez-le donc fuyant ainsi devant ces hommes et se cachant dans ce rocher; compatissez à ses afflictions et efforcez-vous de l'imiter dans son humilité et sa patience.
CHAPITRE XXXIII. De l'homme dont la main était aride et que le Seigneur guérit.
(1) Un jour de Sabbat, le Seigneur enseignait dans une synagogue, et il y avait là un homme dont la main était desséchée. Jésus le fit placer au milieu de l'assemblée, et demanda aux sages qui l'entouraient : « S'il était pertuis de faire du bien le jour du Sabbat ; mais ils gardèrent le silence. Jésus dit donc à celui
1 Luc., 6.
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dont la main était desséchée: Étendes votre main, et il fut guéri. » Jésus fit plusieurs fois des miracles le jour du Sabbat, afin de confondre les Juifs , qui ne jugeaient de la loi que selon la chair, alors que Dieu voulait qu'elle fût observée selon l'esprit; car ce n'était point d'accomplir les oeuvres de charité que l'on devait s'abstenir le jour du Sabbat, mais seulement du péché et des actes serviles. Cependant ces sages prenaient de là un grand sujet de scandale; ils conspiraient contre Jésus et ils disaient : « Cet homme ne vient point de Dieu, car il n'observe pas le Sabbat.» Mais le Seigneur ne laissait pas pour cela de faire le bien; au contraire, il le faisait avec plus de zèle, afin de les tirer de leur erreur. Considérez-le donc en toutes ses actions, et, à son exemple , ne vous lassez pas d'accomplir le bien , quand même les autres en seraient scandalisés injustement. Le scandale du prochain ne doit point être un motif de renoncer à une bonne oeuvre nécessaire au salut de votre âme, ou même seulement utile à votre avancement spirituel. Mais selon l'exigence d'une parfaite charité, il faut vous abstenir, pour ne pas scandaliser votre frère, de ce qui vous rapporterait quelque avantage corporel. C'est pourquoi l'Apôtre dit aux Romains : « Il est bon de ne point manger de viande, de ne point boire de vin et de ne rien faire en quoi votre frère puisse
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être blessé , ou scandalisé , ou souffrir quelque chose (1). »
CHAPITRE XXXIV. De la multiplication des pains, et comment le Seigneur vient en aille à ceux qui l'aiment.
(2) Nous lisons que, par deux fois, notre miséricordieux Seigneur a multiplié un petit nombre de pains, et qu'ainsi il rassasia. plusieurs milliers d'hommes. Pour vous, faites de ces deux miracles une seule méditation, et considérez les actions et les paroles du Seigneur en ces circonstances. Il dit d'abord : « J'ai compassion de cette grande multitude d'hommes; car il y a déjà trois jours qu'ils me suivent, et ils n'ont pas de quoi manger. Si je les renvoie à jeun, ils tomberont en défaillance le long du chemin; car plusieurs sont venus de loin. » Ensuite il multiplia les pains de telle sorte que tous eurent de quoi manger en abondance.
Il y a ici à considérer plusieurs choses excellentes et spécialement combien le Seigneur était miséricordieux, bienveillant, reconnaissant, discret et plein de
1 Rom. 14 — 2 Mat. 15. — Marc., 8.
— Joan. 6.
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prudence. Remarquez donc d'abord combien il était miséricordieux; car c'est la miséricorde qui l'a poussé à venir au secours de ces hommes, et voilà pourquoi il dit : J'ai compassion de cette grande multitude. Aussi la terre entière est pleine de sa miséricorde (1).
En second lieu, il était bienveillant et reconnaissant, et il en assigne la raison : « Voilà trois jours, dit-il, qu’ils me suivent. » Voyez sa bienveillance et sa grande et admirable gratitude. Il parle comme s'il avait reçu d'eux un bienfait, lorsque véritablement, dans cette manière d'agir de ces hommes , se trouvait leur bien et non le sien. Mais il en est ainsi selon qu'il le dit ailleurs : « Ses délices sont d'être avec les enfants des hommes (2), » bien qu'il n'en retire aucun profit personnel, et que ce soit pour nous une source de salut. Le Seigneur aime ceux qui le suivent et qui gardent ses commandements et ses conseils; il ne tient pas sa main fermée pour eux, mais il leur vient en aide selon que leurs besoins l'exigent.
En troisième lieu, il fut discret et prudent, car il considérait leur misère, leur impuissance à trouver quelque secours ; il voyait qu'ils pouvaient défaillir et que quelques-uns d'entre eux étaient venus de loin.
1 Ps. 32, — 2 Prov., 8.
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Remarquez combien douces et suaves sont ses paroles. Ainsi nous arrive-t-il tous les jours spirituellement. Nous n'avons pas de quoi manger, si lui-même ne nous le donne ; s'il nous renvoie à jeun, nous tombons en défaillance le long du chemin, et sans lui il n'est pas en notre pouvoir de faire quelque provision pour aucune de nos affaires spirituelles. Ne pre-
nons donc pas sujet de nous élever lorsque nous recevons quelque consolation de la main du Seigneur, ou lorsque nous reconnaissons que nous avons fait , quelque progrès dans la vie spirituelle ; car ce n'est pas à nous, mais au Sauveur, que nous en sommes redevables. C'est pourquoi, si nous y faisons bien attention, nous verrons que plus ceux qui servent Dieu sont parfaits, proches de lui et riches en dons de toutes sortes, plus ils sont humbles ; car ils ne s'attribuent à eux-mêmes que leurs péchés et leurs défauts. En effet, plus quelqu'un s'approche de Dieu, plus il est pénétré intimement de sa lumière ; par elle, il découvre plus clairement sa magnificence et sa miséricorde, et ainsi l'orgueil et la vaine gloire, qui procèdent de l'aveuglement de l'ignorance, ne peuvent trouver place en son coeur : l'homme qui connaîtrait bien Dieu, ou qui se connaîtrait bien soi-même, ne pourrait jamais s'enorgueillir. La voie aussi est bien longue par laquelle nous venons à Dieu (je parle de moi et de ceux
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qui me ressemblent) ; car, en commettant le péché, nous nous sommes en allés dans une région fort éloignée de lui. Lors donc que nous revenons à lui, c'est avec raison qu'il est dit que nous avons parcouru un long chemin.
Après avoir parlé, Jésus-Christ met à exécution ses desseins. Considérez donc comment , prenant ces pains et rendant grâce à son Père, il les donna à ses Disciples, afin qu'ils les servissent à la foule, et comment il les multiplia en telle abondance que tous en mangèrent selon leur désir, et qu'il en resta de nombreux morceaux. Voyez aussi comment il les regarde manger et jouit de leur bonheur. Fixez également votre attention sur ces hommes ; ils sont dans l'étonnement d'un tel miracle ; ils sont heureux de s'entretenir mutuellement; ils mangent avec actions de grâces, appliqués non-seulement à satisfaire la faim de leur corps, mais encore, quelques-uns du moins, à puiser dans cette nourriture la réfection de leur âme. Mais la Vierge, notre Souveraine, ne se trouva-t-elle pas là, ne s'empressa-t-elle pas d'offrir aussi de ces pains aux femmes, et ne prit-elle point sa part de la joie que leur causait ce miracle? L'Écriture n'en dit rien ; pour vous, vous pouvez, dans cette méditation,vous le figurer, selon que le Seigneur vous l'inspirera.
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CHAPITRE XXXV. De la fuite du Seigneur quand on voulut le faire roi, et, à cette occasion, pensées contre les honneurs du monde.
(1) Après que le Seigneur eut nourri cette grande foule d'hommes, ainsi que nous l'avons vu dans le chapitre précédent, ceux-ci voulurent le faire roi. Ils considéraient qu'il pourrait subvenir à leurs besoins, et il leur semblait impossible, sous un tel roi, de jamais manquer de rien. Mais Jésus, connaissant leur dessein, s'éloigna d'eux et s'enfuit sur la montagne, de sorte qu'ils ne surent plus ce qu'il était devenu et qu'ils ne purent le trouver. Le Seigneur ne voulut donc point recevoir d'honneurs temporels, et voyez combien sincèrement et sans arrière-pensée, il s'y déroba en cette occasion. Il envoya ses Disciples par mer, et, pour lui, il se retira sur la montagne, afin que si on le cherchait encore parmi ses Disciples, on ne pût l'y rencontrer. Or, ses Disciples ne voulaient point se séparer de lui, et il fallut qu'il les forçât de monter sur une barque et de traverser la mer. C'était un
1 Joan., 6.
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bon désir que celui qu'ils avaient de rester toujours avec leur Maître; mais il en avait ordonné autrement.
Considérez-les donc comment ils s'éloignent de lui à contre-coeur, et comment le Seigneur les y contraint, leur montrant que telle était sa volonté absolue, qu'ils s'en allassent sur une barque et sans lui, et comment ils lui obéissent avec humilité, quelque dur et pénible que cela leur parût. Ainsi tous les jours agit-il avec nous spirituellement. Nous voudrions qu'en aucun temps il ne se séparât de nous ; mais il se conduit autrement avec notre âme ; il s'en va et il revient selon sa volonté; mais toujours pour notre bien. Aussi je veux vous faire connaître ce que dit saint Bernard sur cette manière d'agir du Seigneur en nous. Voici ses paroles : « Lorsque l'Époux a été cherché au prix de longues veilles, de supplications et d'une pluie abondante de larmes, tout-à-coup, alors qu'on croit le tenir en sa possession, il s'échappe et ensuite il « se présente de nouveau à la rencontre de celui qui pleure et court à sa poursuite. Il se laisse saisir, mais il ne souffre point du tout qu'on le retienne; car il s'enfuit aussitôt et semble s'envoler des mains de celui qui le possède. Cependant si l'âme dévote
1 Serm. 32, sup. cant.
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persiste dans ses prières et ses gémissements, il reviendra encore et il ne permettra pas qu'elle soit frustrée dans les désirs qu'elle lui exprime; puis il disparaîtra bientôt et on ne le verra plus, à moins qu'on ne le cherche de nouveau de toute l'ardeur de ses désirs. Ainsi, pendant que nous habitons ce corps, nous pouvons jouir fréquemment de la présente de l'Époux; mais nous ne pouvons nous en rassasier, et si sa visite nous pénètre de joie, cette vicissitude nous est un tourment. Il est nécessaire que l'Épouse bien-aimée soit toujours soumise à cette peine, jusqu'à ce qu'une bonne fois, ayant déposé le poids de son fardeau corporel, elle prenne son vol, et que, appuyée sur l'aile de ses désirs, elle dirige librement sa marche à travers les champs de la contemplation et suive, avec une volonté exempte de tout soin, son Bien-aimé partout où il ira. Cependant, il n'en sera point ainsi pour toute âme, même en passant, mais seulement pour
celle qu'une grande dévotion, un désir enflammé, une affection pleine de douceur , déclarent une épouse véritable et proclament digne d'être honorée de la visite du Verbe entouré de tout son éclat et revêtu de la forme d'un époux. » Et ailleurs le même saint ajoute (1) : « Peut-être s'est-il retiré afin
1 Serm. 64, sup. cant.
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qu'on le rappelle avec plus d'ardeur, afin qu'on le retienne plus fortement. En effet, quelquefois il feignait d'aller beaucoup plus loin, non que telle fût sa volonté, mais parce qu'il désirait s'entendre dire : «Demeurez avec nous, car il se fait tard (1). Cette pieuse feinte ou plutôt cette condescendance salutaire dont le Verbe donnait corporellement des exemples, il ne cesse pas de s'en servir spirituellement et d'une manière qui lui est spéciale vis-à-vis de l'âme qui lui est dévouée. Il veut être
arrêté lorsqu'il passe; il veut qu'on le rappelle lorsqu'il s'en va. Or, qu'il s'en aille, c'est une économie de ses desseins; qu'il revienne, c'est toujours un acte de sa pure volonté. L'une et l'autre manière d'agir sont toujours pleines d'un jugement secret, et le motif en est connu de lui seul. Maintenant, il est donc bien certain qu'il se passe dans l'âme de telles vicissitudes, que le Verbe s'en va et qu'il revient, selon qu'il le dit (1): « Je m'en vais et je reviens vers vous. — Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, et encore un peu de temps et vous me reverrez. » O temps de peu de durée et de longue durée! O temps si court et si long ! Bon Seigneur, vous appelez court un temps
1 Luc., 24. — Joan., 14-16.
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où nous ne jouissons pas de votre présence ! Sauf le respect que je dois à la parole de mon Dieu, ce temps est long, il est d'une longueur démesurée. Cependant, ces deux choses sont vraies : ce temps est court, si l'on considère nos mérites; il est long, si on le met en rapport avec nos désirs. Le Prophète nous exprime ces deux choses : « S'il se fait attendre, dit-il, prenez patience, car il viendra sûrement et il ne tardera pas (1). » Comment donc ne tardera-t-il pas, s'il se fait attendre, si ce n'est que ce qui est suffisant pour le mérite, ne l'est point pour satisfaire nos désirs (2)? Or, l'âme qui aime à se laisser emporter par ses voeux et entraîner par ses désirs, ne considère point ses mérites; elle ferme ses yeux à la Majesté, elle les ouvre au bonheur, elle place son espérance en celui qui est son salut, et elle agit en toute confiance avec lui. Enfin, pleine d'ardeur et sans considération aucune, elle rappelle le Verbe et lui redemande sans défiance ses délices, le nommant avec sa liberté accoutumée, non son Seigneur, mais son Bien-aimé, et lui criant : Revenez, mon Bien-aimé (2). — Le Seigneur ne cesse point de faire sentir ces alternatives à ceux qui sont spirituels, ou plutôt à ceux qu'il se
1 Habacuc., 3. — 2 cant., 1. — 3 Serm., 17, sup.
cant.
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propose de rendre spirituels ; il les invite dès le matin, et il les éprouve aussitôt. » Ainsi s'exprime saint Bernard.
Vous voyez donc de quelle manière le Seigneur visite l'âme spirituellement, comment il s'éloigne d'elle et ce qu'elle doit faire alors. Il lui faut le rappeler avec sollicitude et avec instance, et cependant supporter avec patience cet éloignement de l'Époux, se soumettre à la tempête, à l'exemple des Disciples qui lui obéissent en entrant sans lui dans la barque, et attendre sa délivrance du secours qu'il voudra bien nous apporter. Mais revenons à la personne même du Seigneur.
Ses Disciples s'étant embarqués, il se retira sur la montagne, et ainsi il échappa à ceux qui le cherchaient. Vous voyez avec quel soin, quelle précaution, il se cache et décline l'honneur de régner. Il nous a donné l'exemple, afin que nous y conformassions notre conduite. Ce n'est pas pour lui, mais à cause de nous qu'il a pris la fuite ; car il connaissait quelle témérité c'est pour nous d'aspirer aux honneurs. L'honneur est, en effet, un des piéges les plus redoutables à la liberté de notre âme, un des fardeaux les plus onéreux et les plus propres à hâter sa ruine que je connaisse, que cet honneur soit un honneur de puissance et de commandement, ou un honneur de science. Il
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est bien difficile que celui qui met sa félicité dans les honneurs, ne soit en péril et sur le bord d'un précipice, ou, ce qui est pire encore, qu'il ne soit déjà tombé dans l'abîme ; et je vous le montrerai par plusieurs raisons:
La première, c'est que l'âme, trouvant dans ces honneurs une joie plus grande qu'elle ne devrait, n'a plus de sollicitude que pour les conserver et les augmenter. Or, selon saint Grégoire, plus un coeur cherche son bonheur dans ce qui est au-dessous de lui, plus il s'éloigne de l'amour céleste (1).
La seconde, c'est que celui qui en est là, s'applique à avoir des amis qui l'imitent et participent à ses goûts, afin que, par leur entremise et leur aide, il affermisse et accroisse les honneurs dont il est en possession; c'est pourquoi bien des circonstances se rencontrent, dans lesquelles, par complaisance pour ces sortes d'amis et pour obtenir leur concours, il agit contre Dieu et sa propre conscience.
La troisième raison, c'est qu'il éprouve de la jalousie pour ceux qui possèdent ces honneurs, il en médit, pensant qu'il sera plus honoré à mesure qu'ils le seront moins, et ainsi il tombe dans la haine et l'envie.
La quatrième raison, c'est qu'il se juge et désire que
1 Hom., 30, in Evang.
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les autres le jugent digne d'honneurs, et ainsi il se rend coupable de vanité et d'orgueil. Selon l'Apôtre : « Celui qui croit être quelque chose, alors qu'il n'est rien, est à soi-même son propre séducteur . » Aussi le Seigneur, dans son Évangile, a-t-il dit : « Lorsque vous aurez fait tout ce que vous devez faire, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles (2).» Mais quand donc celui qui veut être honoré parle-t-il de la sorte ?
La cinquième raison, c'est qu'il ne marche pas selon l'esprit, mais selon la chair; car il n'a point une âme recueillie et élevée vers les choses célestes, mais une âme dissipée et répandue sur une infinité d'objets.
La sixième et dernière raison, c'est que dès lors qu'il commence à prendre son contentement dans les honneurs, il y trouve tant d'attraits qu'il ne peut s'en rassasier, qu'il en cherche tous les jours de nouveaux et de plus grands, et que plus il en obtient, plus ses désirs se multiplient ; car il se croit chaque jour, à ses yeux et aux yeux des autres, plus honorable et plus digne de grandeurs, et ainsi il se précipite dans l'ambition, qui est un vice très-mauvais, la source et la cause d'une foule d'autres vices.
1 Galat., 6. — 2 Luc., 17.
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Écoutez non plus mes paroles, mais ce que dit saint Bernard d'une semblable perversité : « L'ambition, s'écrie-t-il, est un mal subtil, un poison secret, une peste cachée. Elle est une artisanne de fourberie, la
mère de l'hypocrisie, la génératrice de l'envie. En elle vous trouvez la source des vices, le foyer des crimes, la rouille des vertus, la corruption de la sainteté, l'aveuglement des coeurs. D'un remède, elle engendre une maladie; d'une médecine salutaire, elle fait naître une infirmité. Et ceux que cette peste a tristement supplantés, ceux qu'elle fait tomber honteusement, sont en si grand nombre, que les hommes qui sont étrangers jusqu'ici à un tel fléau, doivent trembler en voyant les ruines imprévues qui les environnent. Mais quelle est la nourriture de ce ver rongeur, sinon la dissipation de l'esprit, l'oubli de toute vérité ? Qui recherchera ce traître pour le traduire au grand jour? Qui convaincra de crient cet ouvrier de ténèbres, si ce n'est la vérité ? Et cette vérité, voici son langage (2) : « Que sert à l'homme de gagner le monde entier, s'il
se perd soi-même et s'il est cause de sa ruine (3) ?— Les puissants seront tourmentés puissamment. » C'est cette vérité qui rappelle à l'âme avec
1 Serm. 6 in psalm. Qui habitat — 2 Mat., 16.
— 3 Sap., 6.
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un empresseraient si tendre, combien frivole est la consolation offerte par l'ambition, combien sévère en sera le jugement, de combien de peu de durée en est l'usage, combien cachée et inconnue en est la fin. C'est pour nous instruire de tout cela quo la troisième tentation du Seigneur eut pour objet l'ambition, quand le démon lui promit tous les royaumes du monde si, se prosternant, il voulait l'adorer; et ainsi vous voyez que la voie de l'ambition, c'est l'adoration du démon ; c'est par ce moyen qu'il promet à ses adorateurs de les faire parvenir aux honneurs et à la gloire de ce monde. »
Ailleurs, le même saint s'exprime ainsi : « Nous sommes tous désireux de nous élever, et nous soupirons après ce qui peut nous exalter. C'est que « nous sommes de nobles créatures, et que notre âme est quelque chose de grand, et ainsi nous avons un désir naturel de la grandeur. Mais malheur à nous si nous nous efforçons de suivre celui qui a dit (2) : Je m'assiérai sur la montagne du Testament, du côté de l'Aquilon. Hélas, malheureux! tu veux t'asseoir du côté de l'Aquilon ; cette montagne est glacée, nous ne t'y suivrons pas; car tu n'es possédé que d'un désir insatiable du pouvoir ; tu
1 Serm. In Ascens. Dom., 4. — 2 Ps., 14.
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n'ambitionnes que l'éclat de la puissance. Combien cependant, jusqu'à ce jour, suivent tes traces souillées et honteuses ! ou plutôt combien peu ont
pu se soustraire à la passion de régner sur les autres ! Quelles traces suivez-vous, malheureux? Quel guide avez-vous pris? N'est-ce pas là cette montagne sur laquelle l'Ange s'est élevé, et sur laquelle il est devenu un démon ? Remarquez-le bien : après sa chute, cet esprit pervers, dévoré d'envie, malicieusement préoccupé du désir de supplanter l'homme, lui montra une autre montagne semblable à celle sur laquelle il voulut s'élever. Vous serez, dit-il à nos premiers parents , vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal (1). Cette ambition de la puissance a privé l'Ange de la félicité céleste ; cette passion désordonnée de la science a privé l'homme de la gloire de l'immortalité. Que quelqu'un s'efforce de s'élever sur la montagne du pouvoir, combien, pensez-vous , trouvera-t-il de contradicteurs, combien d'opposants , combien d'obstacles, combien la voie lui sera-t-elle difficile? Et s'il lui arrive d'entrer en possession de ce qui fait l'objet de ses désirs, voici l'Écriture qui lui dit : Les puissants seront tourmentés puissamment (2).
1 Gen., 3. — 2 Sap., 6
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C'est pourquoi je me soustrairai aux sollicitudes de la vie présente et aux anxiétés que la puissance entraîne après soi. En autre est désireux de la science qui enfle : combien il devra travailler! combien son esprit sera en proie aux inquiétudes! Et cependant il s'entendra dire : « Quand tu devrais en mourir, tu n'arriveras pas à l'objet de tes voeux. » Son œil se voilera d'amertume toutes les fois qu'il verra quelqu'un supérieur à lui, ou qu'il croira être jugé ainsi par le monde. Enfin, qu'arrivera-t-il lorsqu'il se sera ainsi gonflé d'orgueil? « Je perdrai, dit le Seigneur, la sagesse des sages, et je réprouverai la prudence des prudents (1).» Et pour ne pas m'étendre plus longuement, vous avez compris, je crois, avec quel soin nous devons fuir ces deux montagnes, si la ruine de l'Ange, si la chute de l'homme nous ont inspiré quelque crainte. Montagnes de Gelboé, que la rosée et la pluie du ciel ne descendent point sur vous (2) ! Cependant que faisons-nous ? Il ne nous est pas avantageux de nous élever, mais la concupiscence nous y contraint. Qui nous enseignera donc un sentie
salutaire que nous puissions gravir? Qui, si ce n'est celui dont nous lisons qu'il est monté, il est vrai,
1 I Cor., 1. — Ps. 29. — Abd., 1. — 2 II Reg., 1.
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mais qu'il a commencé d'aborder descendre (1). C'est lui qui nous montrera la voie par laquelle nous devrons nous élever; c'est lui qui nous empêchera de suivre les traces ou les conseils d'un guide ou plutôt d'un séducteur inique. Comme il n'y avait personne qui pût monter, le Très-Haut est descendu, et, en descendant jusqu'à nous, il a consacré une
élévation où se trouve le salut, et que nous pouvons atteindre avec suavité. Il est descendu de la montagne de la puissance et il s'est revêtu de l'infirmité de notre chair; il est descendu de la montagne de la science, car il a plu à Dieu de sauver ceux qui croiraient par la folie de la prédication (2). Que trouvez-vous, en effet, de plus faible que ce tendre corps et ces membres enfantins? Qui peut apparaître plus ignorant qu'un petit enfant qui ne connaît que le sein de sa mère ? Qui a moins de puissance que celui dont les membres sont cloués à une croix et dont les ossements peuvent être comptés? Qui semblera jamais plus insensé que celui qui a livré sa vie aux coups de la mort, et a payé une dette qu'il n'avait point contractée?
« Voyez-vous combien celui qui était descendu si
1 Ephes., 4. — 2 I Cor., 1.
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profondément, s'est anéanti dans sa puissance ; combien il s'est anéanti dans sa sagesse? Mais il ne pouvait en même temps s'élever plus haut sur la montagne de la bonté; il ne pouvait donner une expression plus éclatante de sa charité ; et ainsi il n'est pas étonnant qu'en s'abaissant, Jésus-Christ se soit élevé, tandis que l'Ange et l'homme, en s'élevant, sont tombés.
« (1) C'est pourquoi, mes bien-aimés, persévérez dans la règle que vous vous êtes imposée d'arriver à vous élever par l'humilité : c'est là la voie, et en dehors de cette voie, il n'en est point d'autre. Celui qui ne la suit point, tombe au lieu de monter; car c'est l'humilité seule qui élève et exalte, elle seule qui conduit à la vie... O perversité, ô ambition des enfants d'Adam ! alors qu'il est si difficile de monter, si facile, au contraire, de descendre, ils montent sans aucune peine et ils ne descendent que très-difficilement. Ils sont toujours prêts à recevoir des honneurs, prêts à entrer en possession des dignités de l'Église, dignités redoutables aux Anges mêmes. Mais s'agit-il de vous suivre, ô Seigneur Jésus, c'est à peine si l'on en trouve un seul qui veuille se laisser entraîner, qui consente à être conduit
1 Serm. 2 de Ascens. Dom.
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par la voie de vos commandements. » Ainsi parle saint Bernard.
Vous voyez donc, par tout ce qui vient d'être dit, quel moyen vous fera arriver au véritable honneur : ce moyen, c'est l'humilité. Vous voyez comment vous devez fuir le faux honneur, l'honneur temporel. Mais peut-être quelques ambitieux de la science et de gloire se flattent-ils sous le prétexte de l'avantage des âmes, comme s'il leur était donné par là de s'appliquer plus utilement au salut du prochain. Écoutez ce que leur répond saint Bernard (1) : « Plût à Dieu, dit-il, que celui qui est entré de la sorte, servît aussi fidèlement, s'il était possible, qu'il a montré de confiance à s'introduire dans le ministère. Mais il est bien difficile, il est impossible même que de la racine amère de l'ambition puisse sortir le fruit
suave de la charité. » Ainsi parle ce saint.
Or, pour avoir des honneurs le mépris qui convient, il est nécessaire que vous possédiez à un degré bien élevé cette excellente vertu d'humilité ; car, selon saint Chrysostome, se bien servir des honneurs, c'est comme si quelqu'un , conversant avec une vierge d'une grande beauté, s'était imposé la loi de ne jamais abaisser sur elle un regard impudique. Aussi
1 De convers. ad cleric.
faut-il, sans aucun doute , une âme vraiment forte pour se conduire dans l'usage du pouvoir ou des honneurs qui nous sont accordés, d'une manière irréprochable.
CHAPITRE XXXVI. Comment le Seigneur a prié sur la montagne, et comment, en étant descendu, il a marché sur les eaux, et ensuite plusieurs instructions sur l'oraison.
(1) Comme vous l'avez vu dans le chapitre précédent, le Seigneur Jésus força ses Disciples à monter sur une barque, et il se retira ensuite sur la montagne. Achevons donc de dire ce que le Seigneur fit après le miracle, car tout cela s'unit naturellement, et ce que nous racontons en ces chapitres s'est passé en même temps. J'ai différé cependant d'en parler, mais c'était afin que vous pussiez mieux saisir, et afin de vous expliquer plus clairement les enseignements qui y sont contenus.
Lors donc que les Disciples furent montés sur leur barque, le Seigneur se retira sur la montagne, et là il
1 Mat., 14. — Marc., 6. — Joan., 6.
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se mit en oraison jusqu'à la quatrième veille de la nuit, c'est-à-dire qu'il passa en prières les trois premières parties de cette nuit. Vous voyez par là que le Seigneur avait coutume de consacrer la nuit à la prière, et on lit en plusieurs endroits qu'il s'appliquait à prier. Regardez-le donc comment il prie et comment il s'humilie devant son Père. Il cherche les endroits solitaires ; il y va seul; il se mortifie et veille pendant un temps considérable. Le Pasteur fidèle intercède pour ses brebis ; car ce n'est pas pour lui, mais pour nous qu'il prie, comme étant notre médiateur et notre avocat auprès de son Père (1). Il prie aussi, afin de nous donner l'exemple de prier souvent; car il a souvent averti ses Disciples sur ce point, et re-commandé par ses actions ce qu'il enseignait par ses paroles; il leur a montra, comment la persévérance dans la prière obtient ce qu'elle demande, en leur proposant l'exemple du juge et de la veuve (2), comme vous pouvez le voir dans saint Luc; il leur inspirait aussi la confiance d'obtenir ce qu'ils demandaient, en leur disant : Demandez, il vous sera donné (3). A cela se rapporte encore un autre exemple qu'il propose d'un ami qui, cédant à l'importunité de son ami, lui prête les pains dont il avait besoin, comme on le voit également