Œuvres spirituelles (page 71)

Bonaventure · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Œuvres spirituelles de saint Bonaventure · 76 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

1 Tim., 6. — 2Mat., 22.

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venant en ce monde comme il le dit lui-même en ces paroles : Je suis descendu du ciel non pour faire ma volonté, mais la volonté de mon Père qui m'a envoyé (1). Il l'a enseignée en demeurant au milieu du monde, car, dit l'Apôtre, il s'est fait obéissant jusqu'à la mort (2). Il l'a enseignée en sortant du monde, quand, dans sa Passion , il a dit à son Père : Qu'il soit fait non comme je le veux, mais comme vous le voulez (3).

L'obéissance est un genre de martyre glorieux et la palme du triomphe. En effet elle donne la mort à l'homme et lui enlève la tête de sa volonté propre. Il est écrit de ce martyre au premier livre des Rois : L'obéissance vaut mieux que les victimes (4).

Elle est l'échelle du paradis, et saint Bernard lui assigne sept degrés. Le premier consiste à se soumettre volontiers et sans regimber à l'exemple de saint Paul quand il dit : Seigneur, que voulez-vous que je fasse (5) ? — Le second à obéir avec simplicité et sans dissimulation , comme David en ce passage du psaume : Je suis devant vous comme une bête de somme (6). — Le troisième, à obéir avec joie et sans murmure , comme Simon le Cyrénéen qui a porté la croix de Jésus quand on la lui imposa outrageusement (7). — Le quatrième, à obéir promptement et sans retard , à l'exemple de Pierre et d'André qui , à la voix seule du Seigneur, laissèrent leurs filets et le suivirent (8). — Le cinquième, à obéir courageusement sans considérer le danger : telle fut l'obéissance de saint Pierre quand il dit :

2. — 3 Mat., 26. — 4 I Reg., 15 . — 5

Act., 9. — 6 Ps. 72. — 7 Mat., 27. — 8 Mat., 4.

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Seigneur, je suis prêt à aller avec vous en prison et à la mort (1). —Le sixième, à obéir humblement et sans orgueil , comme le Sauveur l'a recommandé en ces paroles : Lorsque vous aurez accompli tout ce qu'on vous aura commandé, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles (2). — Le septième enfin, à obéir avec persévérance sans jamais s'arrêter, à l'exemple de Jésus-Christ dont l'Apôtre a écrit : Il s'est fait obéissant jusqu'à la mort. Ces sept degrés étaient renfermés spirituellement en l'échelle de Jacob dont il est parlé dans la Genèse. Cette échelle nous représente l'obéissance : par elle les anges montaient et descendaient , et ainsi l'obéissance nous apparaît une vie angélique; ensuite elle touchait au ciel, et par là nous reconnaissons que la vie de l'obéissance est une vie céleste.

Considérez aussi que l'obéissance est un vaisseau qui conduit dans les cieux , une clef qui en ouvre l'entrée, un oiseau qui nous y transporte. Et d'abord l'obéissance est un vaisseau : celui qui voyage sur un vaisseau s'avance toujours et cependant il se tient en repos. Ainsi dans le vaisseau de l'obéissance on fait des progrès continuels sur la mer du monde, en dormant et en veillant , en mangeant et en gardant l'abstinence, en marchant et en se reposant, car , à l'instar du marin , on n'agit point de son propre mouvement , mais par l'impulsion d'autrui. C'est de ce vaisseau de l'obéissance qu'il est dit au livre des Proverbes : Elle est comme le vaisseau d'un marchand (3).

1 Luc., 22. — 2 Luc., 17. — 3 Prov., 31.

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On peut de la même manière comparer l'homme obéissant à celui qui voyage à cheval. Celui-ci parcourt sa route sans avoir besoin de se donner aucune fatigue; il est emporté par le mouvement de son cheval et non par le sien propre. Ainsi l'homme voué à l'obéissance mérite en demeurant en repos , parce qu'il n'est point appuyé sur sa volonté, mais sur celle de son supérieur. De là cette parole des Cantiques : O ma bien-aimée, je vous ai comparée à l'équipage conduit par mes chevaux (1).

L'obéissance est comme la clef du paradis. De même que la désobéissance a fermé le paradis terrestre , de même l'obéissance a ouvert le paradis céleste. Le Seigneur nous a montré une figure de cette vérité quand il a donné les clefs du royaume des cieux à Simon, dont le nom veut dire obéissant. Et comme Dieu a maudit la désobéissance du premier homme lorsqu'il lui dit : La terre sera maudite à cause de ce que vous avez fait, de même il a béni l'obéissance de Simon en ces paroles : Vous êtes bienheureux, Simon, fils de Jean (2).

L'obéissance est semblable à un oiseau qui s'élève dans les airs. L'oiseau s'appuie sur ses deux ailes pour traverser les régions élevées au-dessus de la terre , de même l'homme voué à l'obéissance fait usage de l'aile de la pauvreté et de l'aile de la chasteté pour atteindre les hauteurs célestes. De là cette parole de l'Apocalypse : Deux ailes furent données à la femme afin qu'elle s'envolait dans un lieu retiré (3). Cette femme

3. — Mat., 16. — 3

Apoc., 12.

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peut bien figurer l'obéissance, et les deux ailes les voeux qui lui sont joints, la chasteté et la pauvreté volontaire.

Remarquez encore comment cette vertu est souveraine en son mérite, voisine de Dieu et proche du ciel. Elle est souveraine en son mérite, et pour le faire connaître, Jésus-Christ a établi Simon, l'homme obéissant, au-dessus des autres disciples. Le Créateur veut que tout soit soumis à un tel homme; et il n'y a rien d'étonnant en cela , puisque Dieu lui-même a voulu obéir à celui qui était obéissant. Nous en avons une preuve dans ce passage de Josué où il est dit : Il n'y eut point avant ni après de jour aussi long, le Seigneur obéissant à la voix d'un homme (1). — Elle est voisine de Dieu. En effet, le Sauveur s'est reposé dans la maison de Simon, et il aimait tous ceux qui demeuraient à Béthanie , dit saint Jean (2). Or, Béthanie signifie la maison de l'obéissance. — Enfla elle est proche du ciel, elle en est l'échelle. C'est pour cela que le Seigneur partit de Béthanie pour monter au ciel, comme le rapporte saint Luc (3).

L'obéissance est assistée de secours divers. Nous en trouvons six : une humilité flexible, une habitude fréquente, une charité ardente, le mépris des choses terrestres , l'onction de la grâce intérieure et le commandement d'un supérieur plein de réserve. L'obéissance est donc aidée et l'homme devient obéissant au moyen de ces secours. L'humilité le rend flexible : de même que la légèreté et la

1 Jos.,10.— 2 Luc., 7. —

Joan., 11.— 3 Luc., 24.

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délicatesse d'une tige permettent de l'incliner facilement, de même la tendre délicatesse de l'humilité parte l'homme à obéir sans la moindre résistance. C'est pourquoi l'Apôtre dit de Jésus-Christ : Il s'est humilié lui-même et il s'est fait obéissant jusqu'à la mort. — L'habitude vient ensuite en aide à l'obéissance : de même qu'on accoutume par diverses évolutions un cheval à se plier à tous nos désirs , ainsi l'habitude de l'obéissance conduit l'homme à obéir au moindre signe. C'est d'un cheval si bien dressé qu'il est dit au livre des Proverbes : On prépare le cheval au jour du combat, et le Seigneur accorde le salut (1). — L'amour de Dieu prête aussi son secours à l'obéissance : le feu amollit la cire et la rend maniable; ainsi l'amour embrasé du Seigneur rend l'homme obéissant. De là cette parole du Sauveur : Je suis venu apporter le feu sur la terre (2), je suis venu l'allumer en l'âme dévote. — L'obéissance trouve un autre secours dans le mépris du monde et l'éloignement de notre volonté de tout objet corporel. L'écorce, tant qu'elle est jointe à l'arbre, est dure et inflexible; mais une fois qu'elle en est séparée, on la plie à sa volonté. De même l'esprit de l'homme se plie sans difficulté à l'obéissance quand il est devenu étranger aux choses de la terre. C'est en la disposition où se trouve un tel homme que le Prophète a dit : Je suis prêt, et je n'éprouve aucun trouble (3). — L'onction de la grâce intérieure prête encore à l'obéissance un puissant secours : de même qu'une peau devient molle et flexible sous l'action de

1 Prov., 21. — 2 Luc., 12. — 3 Ps. 118.

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l'huile, tandis qu'auparavant elle était dure et re-belle, ainsi l'homme devient facile à l'obéissance quand son âme a été pénétrée de l'onction de la grâce. C'est de cette onction que saint Jean a parlé dans ce passage : Conservez en vous l'onction que vous avez reçue (1). — Enfin la réserve de celui qui commande est un encouragement à l'obéissance. Dieu lui-même a donné l'exemple d'une telle conduite, il a défendu seulement le fruit d'un seul arbre du paradis, et il a permis tous les autres : Mangez, a-t-il dit, du fruit de tous les arbres du paradis , mais ne mangez pas du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal (2).

L'obéissance a des devoirs à remplir, et ils lui sont imposés par trois sortes de préceptes. Elle doit se soumettre aux préceptes de droit naturel , et nous les trouvons renfermés en ce passage de Tobie : Prenez garde de ne point faire à autrui ce que vous souffririez avec peine de sa part; et dans cet autre de saint Matthieu : Faites aux hommes ce que vous voulez qu'ils vous fassent (3). Nous devons en second lieu obéir aux commandements contenus dans la sainte Ecriture, tels qu'ils sont exprimés dans l'Exode et commençant par ces mots : Vous n'aurez point de dieux étrangers (4). Nous devons obéir enfin aux préceptes inspirés par la grâce , comme en ce qui concerne l'amour de Dieu et du prochain. Nous en avons parlé en traitant de la charité.

7. — 5 Exod., 20.

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CHAPITRE III. De la pauvreté.

Il y a trois choses à considérer spécialement touchant la pauvreté : elle a un prix céleste au moyen duquel les pauvres peuvent acheter le ciel ; elle est un festin divin auquel sont invités les pauvres; elle est un trône glorieux sur lequel les pauvres sont placés.

La pauvreté a un prix céleste au moyen duquel il est au pouvoir des pauvres d'acheter le royaume des cieux. En effet, saint Augustin a dit : « Le royaume des cieux s'achète par la pauvreté. » Et remarquez bien que ce royaume appartient véritablement aux pauvres à titre d'achat , car ils en paient réellement le prix marqué par Jésus-Christ quand il a dit : Quiconque aura quitté sa maison, ou ses frères, ou ses soeurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres, à cause de moi, aura pour héritage la vie éternelle (1).

La pauvreté est un festin céleste où les pauvres sont rassasiés. Quand on appelle à l'aumône, les pauvres seuls viennent et se hâtent. De même au banquet du ciel , ou autrement aux félicités du paradis auxquelles Jésus-Christ nous invite, les pauvres seuls sont admis: Nous le voyons par l'exemple donné dans saint Luc à l'endroit où il est dit : Un homme fit un grand repas (2) , etc..., Trois sortes d'hommes , remarquez-le

1 Mat., 19. — 2 Luc., 14.

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bien , refusèrent de se rendre à ce repas , mais eu apportant des excuses frivoles : les avares engraissés par leurs richesses , les impudiques remplis de l'embonpoint de leurs iniquités , et les orgueilleux enflés par les honneurs. De même, selon la parole de Moïse (1), le peuple de Dieu , après avoir été engraissé, surchargé de ses dons et mis dans une pleine abondance, a abandonné son Créateur et s'est éloigné de Dieu, son Sauveur. Les avares sont figurés par celui qui avait acheté cinq paires de boeufs; les impudiques, par celui qui s'était marié; les superbes , par celui qui avait acquis une maison. Aussi tous ces hommes ont-ils été exclus à juste titre de ce festin , et les pauvres seuls y furent-ils admis, selon qu'il est dit en ces paroles : Appelez les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux (2).

La pauvreté est , en troisième lieu , un trône glorieux sur lequel les pauvres sont appelés à s'asseoir. En effet , le Seigneur a dit : Je vous dis en vérité que vous, qui avez tout abandonné et m'avez suivi… vous serez assis sur douze trônes et vous jugerez les douze tribus d'Israël. Un homme placé dans les hauteurs célestes regarderait ce monde terrestre comme un point dans l'espace; ainsi les pauvres, ayant un trône et une demeure dans le ciel , considèrent cette terre comme un objet médiocre et méprisable. Ils disent avec l'Apôtre : Notre demeure est dans les cieux (3).

La pauvreté offre encore une vie exempte de périls, un repos profond pour l'âme et un vêtement brillant,

VI. — 3 Phil., 5.

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de splendeur. Les pauvres passent leur vie dans une sécurité profonde , parce que leur pauvreté les met à l'abri des procès; elle ne leur laisse rien à redouter de la part des voleurs , et ils ne craignent aucun malheur dans leurs biens , tandis que les riches sont exposés à toutes ces tribulations. Caïn , dont le nom veut dire possession , avait toujours la tête tremblante et agitée , et il représente les inquiétudes des riches et les sollicitudes de l'avare. — Les pauvres jouissent, en second lieu, de la paix de l'âme : ils ne sont point déchirés par les épines des richesses, ils n'ont point à en supporter le poids, ils sont purs de leurs souillures. Les biens temporels produisent les trois calamités suivantes: leur possession est un fardeau, leur amour une tache à l'âme, et leur perte une angoisse. Pour figurer ce repos dont jouit l'esprit du pauvre et les inquiétudes attachées aux richesses, Dieu donna à son peuple le sabbat et il laissa aux Egyptiens les anxiétés et les peines. C'est pourquoi l'Apôtre dit : Le jour du sabbat est réservé au peuple de Dieu (1).—Enfin les pauvres sont couverts d'un vêtement brillant de splendeur, ils sont environnés d'honnêteté. C'est pourquoi le Sage joint ces deux choses en disant : La pauvreté et l'honnêteté viennent de Dieu (2). En effet , dans les sentiers du pauvre brille spirituellement le signe de Jésus-Christ , dont il est dit dans saint Luc : Il sera un signe de contradiction (3). Le signe de Jésus-Christ a été contredit de trois manières par les partisans du monde : sa pauvreté a été contredite par les avares,

1 Hebr., 4. — 2

Eccli., 11. — 3 Luc., 2.

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sa chasteté par les impudiques , son humilité par les orgueilleux.

La pauvreté possède encore trois autres biens : elle est étroitement unie à Jésus-Christ , parfaitement égalée au ciel et comblée des biens les plus grands. Et d'abord elle est étroitement unie à Jésus-Christ; en effet , Dieu traite les pauvres comme des amis intimes et des personnes de sa maison ; les riches , au contraire, sont à ses yeux comme des inconnus et des étrangers. Pour mieux faire connaître cette vérité , le Seigneur, en venant sur la terre , a appelé les pauvres avant les riches, les pêcheurs avant les marchands , les bergers avant les rois; il a appelé les pauvres qui étaient autour de lui , il a fait venir les mages des extrémités de l'Orient. — La pauvreté est ensuite égalée parfaitement au ciel : la raison en est qu'elle est souverainement éloignée du monde. Le pauvre, en effet, s'élève jusque dans les cieux et il foule aux pieds toutes les choses de ce monde. Quand un homme veut atteindre un endroit placé à une grande hauteur, il a coutume de mettre sous ses pieds un escabeau. Ainsi le pauvre , afin de toucher le ciel de sa main, se fait par son mépris des choses terrestres un escabeau ; il les foule à ses pieds et en lui s'accomplit cette parole : Tout lieu où vous aurez mis le pied sera à vous (1). Enfin la pauvreté est comblée des biens les plus grands , car elle s'entend parfaitement à amasser des trésors. Elle laisse la terre aux taupes qu'elle recouvre, c'est-à-dire aux avares; la boue aux

1 Deut., 11.

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animaux immondes , ou autrement aux impudiques; et la poussière aux serpents, c'est-à-dire aux superbes, car , dit Isaïe, la poussière sera la nourriture du serpent (1). Elle dédaigne de faire un trésor de la fange d'une étable ; or, cette fange, ce sont les richesses du monde, et le monde est vraiment une étable, le séjour d'hommes animaux et menant la vie de la bête. Elle garde pour elle les biens immeubles, les biens du ciel , et elle est prodigue des biens passagers , des biens terrestres. Ainsi Abraham transmit à Isaac tout ce qu'il possédait en bien-fonds, et il se contenta de faire des présents à ses autres enfants (2).

CHAPITRE IV. De la chasteté.

Nous avons trois considérations à faire touchant la chasteté. Elle fleurit comme un lis au milieu des épines, un lis incorruptible, d'une valeur inestimable et dont les feuilles ne sauraient s'altérer. Elle est précieuse parmi les perles du prix le plus élevé et son trône est placé au-dessus des étoiles.

En premier lieu, la chasteté fleurit comme un lis au milieu des épines. En effet , il est dit au livre des Cantiques : Tel qu'est le lis entre les épines, telle est ma bien-aimée entre les autres filles (3). La fleur du lis se divise en six parties blanches comme la neige,

1 Is., 65. — 3

Gen., 25. — 3 Cant., 2.

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et elle renferme six graines ayant la couleur de l'or. Ces feuilles, d'une blancheur admirable dont la lieur se compose, marquent la pureté de la chair, et les graines, semblables à l'éclat de l'or, l'innocence de l'âme. La fleur, disons-nous, est formée de six parties distinctes comme d'autant de feuilles, et elles représentent six choses nécessaires à la pureté. La première est la sobriété dans le boire et dans le manger. Ce qui a fait dire à saint Jérôme : « qu'une vierge fuit le vin comme un poison. » En effet, le vin et la jeunesse sont comme un double incendie de concupiscence. De là cette parole des Proverbes : Le vin est une source d'intempérance (1). Et ensuite Loth a commis un inceste au milieu de l'ivresse causée par le vin (2). — La seconde de ces feuilles est la grossièreté dans les vêtements. Souvenez-vous, dit saint Bernard, que plus l'ouvrier chargé de travailler la laine se sert d'un instrument rude, plus l'étoffe sortie de ses mains est moëlleuse. C'est ainsi qu'un habit grossier rend le corps plus chaste. Au contraire, les enfants d'Israël sont tombés dans le crime avec les filles de Moab , dont les vêtements étaient somptueux (3).—La troisième feuille est un travail laborieux , tandis que la paresse et le repos sont l'aliment principal de la luxure. Voici, dit Ezéchiel, quelle a été l'iniquité de Sodome, votre soeur: ç'a été l'orgueil et l'excès des viandes, l'abondance de toutes choses et l'oisiveté (4). David est devenu coupable également au sein du repos (5). — La quatrième

1 Prov., 20. — 2 Gen., 19. — 3 Num., 25. — 4

Ezech., 16. — 5 II Reg., 11.

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feuille est la garde des sens, surtout de la vue et de l'ouïe, car la curiosité qui nous porte à voir et à entendre est une voie au péché. Ainsi Dina, fille de Jacob, était sortie pour voir les femmes du pays où elle demeurait, et elle devint la victime de Sichem, fille d'Hémor (1). — La cinquième feuille est la modestie dans les paroles, et principalement l'éloignement des paroles impures, parce qu'un langage dissolu et déshonnête excite à la luxure. De là cette recommandation de l'Apôtre : Ne vous laissez point séduire par de vaines paroles, car les entretiens mauvais corrompent les bonnes moeurs (2). « Que les discours « d'une vierge, dit également saint Jérôme, soient pudiques , modestes , peu empressés , rares , et moins remarquables par leur éloquence que par leur timidité » — « Que la vierge, dans la vie « nouvelle dont elle fait profession , dit-il encore ailleurs, soit grave, d'une honnêteté admirable, d'une modestie étonnante, d'une patience mer- veilleuse; que sa pureté brille en sa démarche et que ses vêtements annoncent une pudeur véritable; que ses discours soient pleins de réserve et émis en temps opportun (3). » — La sixième feuille est la fuite des occasions diverses et surtout des personnes d'un autre sexe. Ne vous arrêtez point, dit la Genèse, dans la contrée qui est voisine d'un tel pays (4). Les animaux qui vivent dans les forêts ont un poil plus délicat que les animaux domestiques. Nous lisons aussi aux livres des Rois que Thamar souffrit violence

1 Gen., 34.

— 2 I Cor., 15. — 3 Ad Demet. epist. — 4 Gen., 19.

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d'Amon, son frère, parce qu'il demeura seul avec elle en sa demeure. De là cette parole de saint Bernard (1) : « Les vierges qui sont vraiment vierges doivent toujours être tremblantes et jamais en pleine sécurité; elles doivent craindre même là où elles n'ont rien à redouter. »

Le lis renferme six graines ayant l'éclat de l'or, et par là il figure les trois manières dont nous devons aimer Dieu et les trois motifs de cet amour. Et d'abord l'esprit chaste doit aimer Dieu de trois manières; il doit, dis-je, l'aimer avec prudence, de peur que, se laissant séduire, il ne vienne à s'éloigner de lui; avec douceur, afin de ne point tomber dans l'orgueil et de rie point devenir étranger à son amour; avec force, afin de ne point se laisser abattre et de ne point voir cet amour lui être ravi. — Trois motifs ensuite nous portent à l'aimer : nous devons l'aimer de tout notre coeur comme Créateur, de toute notre âme comme Rédempteur, de tout notre esprit comme Rémunérateur.

En second lieu, la chasteté l'emporte sur toutes les pierres précieuses par la grandeur de son prix. On ne saurait, dit l'Ecriture, estimer dignement une âme chaste (2). En effet, la chasteté est un trésor dont la valeur s'unit à celle de la charité; c'est pourquoi on doit l'aimer souverainement; c'est de lui qu'il est dit : Le royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ. Celui qui l'a trouvé, le cache; ensuite il s'en va plein de joie, il vend tout ce qu'il a et achète ce champ (3). C'est un trésor placé dans un

25. — 3 Mat., 13.

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vase très-fragile , et il faut veiller avec le plus grand soin à sa conservation. Nous portons, dit l'Apôtre, ce trésor en des vases d'argile (1). Mais aussi il y a une vertu bien grande à garder la chasteté dans une chair corruptible. C'est un trésor toujours assiégé par un ennemi pervers; c'est pourquoi il faut craindre souverainement, mais en même temps nous acquérons un grand honneur à le préserver de toute atteinte. Ainsi est digne de louange celui qui défend un camp exposé de toutes parts contre les assauts d'une armée puissante.

En troisième lieu la chasteté a son siége élevé au-dessus des étoiles , et il est figuré par ce grand siége d'ivoire dont il est parlé aux livres des Rois (2). L'ivoire est froid , il est solide et éclatant de blancheur. Il est froid contre la concupiscence, solide par la fermeté de sa persévérance, et blanc par la candeur de son innocence. Ensuite l'ivoire, quand il est enfermé dans une étoffe de lin bien pur, préserve cette étoffe de l'incendie. De même la chasteté placée dans une âme tient le corps à l'abri des flammes de la volupté.

Remarquez aussi que la chasteté a un fruit très-abondant, une course très-rapide et une auréole brillante de beauté. Et d'abord elle a un fruit très-abondant; elle est en effet ce bon grain de l'Evangile qui a donné tantôt trente , c'est la chasteté conjugale ; tantôt soixante , c'est la chasteté de la viduité; et tantôt cent, c'est la chasteté virginale (3). — La chasteté a une course très-rapide; elle atteint Dieu de

12. — 3 Mat., 15.

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trois manières différentes : en courant, en nageant , en volant. Elle l'atteint en courant par l'accomplissement des bonnes oeuvres , en nageant à travers les eaux de la dévotion intérieure, en volant au moyen d'une contemplation sublime; et ainsi, selon la parole de saint Jean, elle suit l'Agneau partout où il va (1). Elle est environnée d'une auréole admirable, car ce n'est pas seulement l'auréole d'une récompense accidentelle, mais l'auréole d'une gloire spirituelle.

Il y a une triple auréole : celle des vierges , des martyrs et des docteurs. L'auréole des vierges est composée de fleurs, celle des martyrs de pierres précieuses, et celle des docteurs est toute brillante d'or. L'auréole des vierges est composée de fleurs; c'est d'elle qu'il est dit (2) : Venez des hauteurs du Liban, ô mon épouse, venez, vous serez couronnée; et cette couronne est l'auréole de la chasteté. L'Ecriture appelle la chasteté une fleur; c'est donc avec raison qu'une couronne de fleurs est donnée aux âmes chastes. Ensuite, cette vertu se flétrit, comme la fleur , au moindre contact, elle se flétrit au souffle d'une délectation impure, elle se corrompt entièrement. La fleur brille ensuite de tout son éclat aux rayons du soleil et se ferme durant la nuit pour s'ouvrir de nouveau sous l'action de la lumière. Ainsi l'homme vraiment chaste se glorifie de sa vertu en présence de Dieu et non en présence des hommes : Notre gloire, dit l'Apôtre, c'est le témoignage de notre conscience (3).

L'auréole des martyrs est formée de pierres

4. — 3 II Cor., 1.

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précieuses, car il est écrit : Vous avez placé sur sa tête une couronne de pierres précieuses (1). Celle des docteurs est brillante d'or : Une couronne d'or, dit également l'Ecriture, environne sa tête (2).

Remarquez enfin que la chasteté a besoin d'un rempart bien fermé , qu'elle doit être ornée d'une ceinture d'un prix inestimable et d'une peinture éclatante. Elle a besoin d'un rempart bien fermé; en effet, il est dit : Ma soeur, mon épouse, est un jardin fermé (3). On ne saurait arriver que d'en haut à un jardin ceint tout entier de murailles; ainsi l'homme chaste, s'il est bien fortifié par le mur de la continence, ne doit-être accessible qu'aux désirs célestes. Si cependant ce jardin était rempli de bêtes féroces, il lui servirait peu d'être fermé de la sorte, ou plutôt ce ne serait d'aucun profit pour notre corps si notre âme était en proie aux mouvements immondes de la luxure. C'est pourquoi l'Epouse n'est pas appelée seulement un jardin fermé, mais une fontaine scellée. Elle est un jardin fermé par la chasteté corporelle et une fontaine scellée par la pureté de son âme.

La chasteté doit porter une ceinture précieuse, car il est écrit : Que vos reins soient ceints, et ayez en vos mains des lampes allumées (4). Daniel vit un homme ayant autour des reins une ceinture d'or très-pur, ou autrement d'un prix très-élevé. Saint Jean vit de même le Fils de l'homme ceint d'une ceinture d'or au-dessous des mamelles (5). Or, ces deux ceintures

45. — 3 Cant., 4. — 4 Luc., 12. — 5 Dan., 10. — Apoc.,

1.

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représentent la chasteté : la première signifie la chasteté corporelle, et la seconde la pureté du coeur; car, dit Aristote, le coeur de l'homme est placé au-dessous des mamelles et un peu plus du côté gauche.

La chasteté doit être ornée d'une peinture précieuse : la couleur blanche est le principe et la base des autres couleurs, ainsi la chasteté est le principe et la base des autres vertus et des bonnes oeuvres, et même sans elle , dit saint Grégoire , il n'y a pas d'oeuvre bonne (1).

1 Hom. 4, in ev.

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PERFECTION

PERFECTION

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DE LA PERFECTION DE LA VIE.

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DE LA PERFECTION DE LA VIE.

PROLOGUE.

CHAPITRE PREMIER. Comment l'homme parvient à la connaissance de soi-même.

CHAPITRE II. De l'humilité , et par quels degrés on y arrive.

CHAPITRE III. De la pauvreté religieuse.

CHAPITRE IV. Du silence et de sa nécessité pour tous les religieux.

CHAPITRE V. De l'application a l'oraison, et comment il faut prier Dieu.

CHAPITRE VI. Un souvenir de la Passion de Jésus-Christ.

CHAPITRE VII. Du parfait amour de Dieu.

CHAPITRE VIII. De la persévérance finale.

PROLOGUE.

Bienheureux l'homme que vous avez vous-même instruit, Seigneur, et à qui vous avez enseigné votre loi (1). Je ne regarde personne comme sage, je l'avoue, si ce n'est seulement l'homme éclairé par l'onction de l'Esprit-Saint. Le prophète David, en effet, déclare seul vraiment heureux et par là nième seul véritablement doué de sagesse celui que le Seigneur a instruit. La loi seule du Seigneur est immaculée, seule elle est irrépréhensible , seule elle conduit les âmes au salut. Mais on ne doit pas en chercher la science uniquement au dehors et dans la lettre ; il faut la demander encore aux saintes affections d'une âme dévote. Il faut désirer la vertu et l'esprit de cette loi , si nous voulons l'apprendre intérieurement de celui qui sait changer sa sévérité extérieure en une suavité toute intérieure.

La loi du Seigneur nous enseigne ce que nous devons faire, éviter, croire , demander , désirer et craindre. Elle nous apprend à nous conserver innocents et à l'abri de tout reproche, à être fidèles aux engagements contractés vis-à-vis du Seigneur et à

1 Ps. 93.

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pleurer les fautes dont nous sommes coupables. à mépriser les choses du monde et à fouler aux pieds celles de la chair, à tourner enfin tout notre coeur, toute notre âme , tout notre esprit vers Jésus-Christ seul. Comparée à cette loi , toute la sagesse du monde est folle et insensée. Qu'on appelle de quel nom l'on voudra , dit saint Bernard , l'homme qui n'a pas la crainte du Seigneur et ignore son amour; pour moi , je ne lui donnerai pas le nom de sage. Celui-là est vraiment sage et heureux , qui n'écoute pas cette loi pour l'oublier aussitôt , mais pour la mettre avec zèle en pratique. Bienheureux donc, Seigneur, l'homme que vous avez vous-même instruit et à qui vous avez enseigné votre loi.

Vous m'avez demandé , ô ma bien-aimée et vénérable soeur, vous qui êtes consacrée à Dieu , vous m'avez demandé de tirer de la misère extrême de mon coeur et d'écrire quelques enseignements dont vous puissiez vous aider selon le temps pour exciter en votre âme la ferveur de la dévotion. Ma pauvreté, je le confesse, réclamerait plutôt un pareil service , car je reconnais surtout combien ma vie est indigne de considération au dehors , combien la ferveur est faible en moi , combien ma science est insuffisante à une telle entreprise. Cependant je me sens entraîné par l'ardeur de vos pieux désirs et l'humilité de vos supplications. Je prie donc votre béatitude, ô ma très-sainte soeur, de considérer la bonne volonté de mon intention et non la perfection de mon travail. la vérité de lues paroles et non l'élégance du style.

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Je la prie , en ce moment où je cherche à satisfaire à ses demandes, de regarder avec une indulgence pleine de bénignité et de me pardonner la brièveté de cet écrit : mes occupations en sont la cause. Afin que vous puissiez trouver plus aisément ce que vous cherchez, j'ai mis un titre au commencement de chaque chapitre. Je traiterai donc de la vraie connaissance de soi-même , de l'humilité, de la parfaite pauvreté , du silence, de l'application à l'oraison, du souvenir de la Passion de Jésus-Christ et du parfait amour de Dieu.

CHAPITRE PREMIER. Comment l'homme parvient à la connaissance de soi-même.

L'épouse de Jésus-Christ, éprise du désir d'atteindre au sommet de la perfection, doit commencer par elle-même , oublier tous les objets extérieurs , entrer dans le secret de sa conscience , et là , sonder ses défauts , ses habitudes, ses affections , ses actes, ses péchés présents et passés, les examiner et les considérer avec un soin diligent. Si elle découvre en elle la faute la plus légère , qu'elle la pleure aussitôt dans l'amertume de son coeur. Pour vous aider à arriver plus intimement à cette connaissance, souvenez-vous, nia soeur bien-aimée , que toutes nos fautes et nos maux ont leur principe dans notre négligence , notre

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concupiscence et notre perversité. Votre pensée doit s'arrêter à ces trois choses en toutes vos actions autrement vous ne parviendrez jamais à vous connaître parfaitement. Si donc vous avez réellement le désir d'avoir cette connaissance de vous-même, considérez les péchés dont vous vous êtes rendue coupable , et déplorez-les avec la douleur la plus vive. Examinez s'il n'y a aucune négligence en vous , s'il n'y en a pas eu par le passé. Voyez comment vous gardez votre coeur, si vous avez employé votre temps avec humilité , si dans vos actions vous ne vous êtes proposé aucune fin mauvaise. Il faut apporter une attention souveraine à ces trois choses : la garde du coeur, l'utile emploi du temps, et en toute oeuvre une fin bonne et convenable. Ensuite n'avez-vous eu aucune négligence en Nos prières, en vos lectures et en vos diverses occupations ? Vous devez vous exercer et vous perfectionner avec une diligence sans bornes en ces trois choses si vous voulez produire des fruits de salut et les recueillir dans le temps : une de ces trois choses est insuffisante sans le concours des autres. Avez-vous été fidèle à vous repentir, à résister aux tentations, à avancer dans le bien? Vous devez vous attrister profondément des fautes commises, repousser les efforts du démon et marcher de vertu en vertu , si vous voulez arriver à la terre promise. C'est ainsi qu'il faut vous exercer à connaître votre propre négligence.

Mais pour avoir une connaissance plus intime de vous-même, vous devez en second lieu considérer si

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en vous a vécu ou vit encore la triple concupiscence : la concupiscence de volupté. de curiosité et de vanité. La première de ces concupiscences subsiste sans le moindre doute dans l'homme religieux quand il soupire après des mets savoureux, des vêtements luxueux et les délices de la chair. La concupiscence de curiosité est encore dans toute sa force en la servante de Dieu quand elle désire connaître ce qui lui est caché , voir des choses magnifiques , posséder des objets rares. L'épouse de Jésus-Christ est certainement en proie à la concupiscence de vanité quand elle ambitionne les Faveurs des hommes, les louanges de la terre, les honneurs mondains. Une vraie servante du Seigneur doit fuir de telles choses comme un poison : elles sont la source de tout mal.

Si vous voulez maintenant que cette connaissance de vous-même soit certaine et parfaite , pensez encore avec un soin extrême si en vous il n'y a ni colère , ni envie, ni paresse. Apportez , je vous en prie, une vive attention à mes paroles. L'homme est véritablement l'esclave de la colère quand en son esprit, en sou coeur, en ses affections , il éprouve la plus faible indignation , quand il la laisse paraître par des signes , l'altération de ses traits , des paroles ou des cris , et qu'il témoigne ainsi à son prochain l'irritation de son coeur. Il est soumis à l'envie quand il se réjouit du mal des autres et s'attriste de leur bonheur, quand les infortunes de ses frères le pénètrent d'allégresse et que leur bien le fait sécher de dépit. Il est sous l'empire de la paresse quand il est tiède , enclin au

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sommeil, oisif, lent à se rendre au choeur, négligent dans la psalmodie , peu empressé à secouer sa langueur, sans réserve dans les conversations , sans dévotion à la messe, triste en tout son extérieur et ennuyé de sa cellule. Vous devez , ô épouse de Jésus-Christ. , avoir ces choses en horreur comme propres à vous donner la mort : elles sont la ruine du corps et de l'âme.

Si donc, ô servante amiable à mou Dieu , vous voulez vous connaître parfaitement et ne rien ignorer de ce qui vous concerne, revenez à vous-même, descendez jusque dans les profondeurs de votre coeur et apprenez à sonder entièrement votre esprit. Examinez ce que vous êtes , ce que vous avez été. ce que vous avez dû être, ce que vous pouvez devenir. Examinez, dis-je, ce que vous avez été par la nature, ce que vous êtes par votre péché , ce que vous pouvez devenir par la grâce. Ecoutez encore, ô ma soeur, écoutez le prophète David, et considérez comme il s'offre à vous en exemple : Je méditais durant la nuit au fond de mon coeur, dit-il, je m’entretenais en moi-même et je sondais mon esprit (1). Il méditait en son coeur; méditez , vous aussi , en votre coeur. Il sondait son esprit; sondez aussi le vôtre, fouillez entièrement ce champ. Tenez vos regards abaissés sur vous-même , et en persévérant en cet examen , vous trouverez , n'en doutez pas , un trésor nouveau , un trésor caché et précieux. En un pareil exercice on voit l'abondance de l'or s'accroître , la science étendre

1 Ps. 76.

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ses découvertes, et la sagesse aller en grandissant. L'ail du cœur y devient plus pur, l'esprit plus pénétrant et la diligence plus universelle. Celui-là ne peut rien estimer à sa juste valeur, qui s'ignore soi-même et ne sait point apprécier la grandeur de sa dignité. Il est dans une ignorance entière, il est impuissant, à juger sainement de l'être spirituel , de l'être angélique, de l'être divin , celui qui n'a pas arrêté d'abord sa pensée sur son propre esprit. En effet, si vous n'êtes point capable de revenir à vous-même , si vous n'êtes point digne d'entrer dans la partie antérieure du tabernacle, de quel front oseriez-vous pénétrer dans le saint des saints? Si vous voulez vous élever jusqu'au second , jusqu'au troisième ciel , passez par le premier, par votre coeur; ce qui précède vous a enseigné à parcourir cette voie.

Cependant écoutez de quelle manière excellente saint Bernard vous apprend à diriger vos pas: «Soyez, dit-il à l'homme, soyez un explorateur curieux de l'état de votre âme ; soumettez votre vie à un examen assidu ; pensez avec soin combien vous avez acquis, combien vous avez perdu ; ce que vous êtes eu vos moeurs, ce que vous êtes en vos affections; combien vous êtes semblable à Dieu, combien vous lui ressemblez peu, combien vous êtes proche de lui, combien vous en êtes éloigné.

Oh ! quel péril immense pour un religieux de vouloir connaître une multitude de choses et de s'ignorer soi-même! Oh! combien il est proche de sa ruine et de la mort , le religieux ardent à tout

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savoir, empressé à juger les consciences des autres , et n'ayant pas de lui-même la connaissance la plus légère ! O mon Dieu , d'où vient un tel aveugle- ment en un tel homme? La raison en est facile : une âme distraite par une foule de sollicitudes n'entre pas en elle-même par sa mémoire; une âme environnée des ténèbres de vains fantômes ne revient pas à soi par son intelligence; une âme devenue le jouet de ses concupiscences coupables ne va plus chercher en soi les douceurs des délices intérieures , ni les joies de l'esprit ; elle est plongée tout entière dans les choses sensibles et incapable de pénétrer en elle-même comme en l'image de Dieu; ainsi elle s'ignore entièrement , l'infortunée! elle ne se connaît pas (1).» Laissez donc tout le reste de côté pour vous souvenir de vous, pour arriver à la connaissance de vous-même. Le même saint Bernard adressait à Dieu cette prière : « Que le Seigneur m'accorde de ne rien faire , de ne rien savoir, si ce n'est de me connaître moi-même. »

CHAPITRE II. De l'humilité , et par quels degrés on y arrive.

Celui qui veut tenir le regard de son coeur abaissé sur ses propres défauts, doit s'humilier nécessairement et en toute vérité sous la main puissante de

1 Medit., c. 5.

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Dieu. Je vous exhorte donc, ô servante de Jésus-Christ , après avoir acquis la connaissance de vos défauts, je vous exhorte à tenir votre esprit dans lin abaissement profond et à vous regarder comme une créature méprisable. L'humilité , dit saint Bernard , est une vertu par laquelle l'homme se connaissant véritablement lui-même, devient vil à ses propres yeux (1). Notre père saint François s'est regardé de la sorte, il a aimé une pareille humilité , il l'a recherchée dès son entrée en la vie religieuse , il l'a gardée jusqu'à la fin et par elle il a rompu entièrement avec le monde. Mais c'est surtout le Fils de Dieu qui vous enseignera cette vertu , ô ma soeur, âme consacrée au Seigneur; lui-même vous dira : Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur (2). « Recueillir les autres vertus sans l'humilité , ajoute saint Grégoire , c'est porter de la poussière contre le vent. » L'orgueil est le principe de tout péché; de même l'humilité doit être la base de toutes les vertus. Apprenez donc à être humble en réalité et non faussement, non connue celui qui s'humilie avec une intention perverse et hypocrisie. Tel est celui dont parle le Sage en ce passage : Il est un homme qui s'humilie malicieusement , et le fond de son acier est plein de fourberie (3). « L'homme vraiment humble, dit saint Bernard, ne désire pas être considéré comme tel , mais comme digne de mépris. »

Si donc, ô ma soeur bien-aimée, vous voulez parvenir à la perfection de l'humilité , vous devez vous

1 De grad.

hum. — 2 Mat., 11. — 3 Eccl., 19.

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y acheminer par une triple voie. La première , c'est la considération de Dieu. Il vous faut le regarder comme l'auteur de tout bien et lui dire : C'est vous, Seigneur, qui avez fait en nous toutes nos oeuvres (1). Ainsi vous lui renverrez tout le bien qui est en vous , et vous ne vous l'attribuerez pas à vous-même. Votre puissance et la force de vos mains n'ont pu produire un tel bien, car c'est le Seigneur qui nous a faits et non nous-mêmes. Une semblable pensée renverse tout l'orgueil de ceux qui s'écrient : Ce n'est point le Seigneur, mais notre main puissante qui a fait toutes ces choses (2). Cet orgueil a chassé Lucifer de la gloire ; il ne se considérait pas comme tiré du néant , mais il contemplait sa splendeur , sa beauté , les pierres étincelantes dont son vêtement était couvert; son coeur s'éleva , et comme l'humiliation suit de près l'orgueil , il fut jeté aussitôt du siége de sa gloire dans les profondeurs d'un abaissement extrême; après avoir été le plus excellent parmi les anges , il devint le plus misérable entre les démons. Oh !combien de Lucifers aujourd'hui , combien d'imitateurs de Satan, combien d'enfants d'orgueil supportés avec patience pal le Seigneur ! Mais ce défaut , dit saint Bernard , est plus intolérable dans le riche que dans le pauvre. La servante de Jésus-Christ doit clone en tout temps apparaître bien humble : elle doit posséder dans les cieux la place de l'homme déchu. Or, dans l'homme comme dans l'ange, l'humilité seule est agréable aux yeux de Dieu. La virginité elle-même , croyons-le , ne

1 Is., 29. — 2

Deut., 32.

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saurait lui plaire salis l'humilité , et la vierge Marie n'eût point été choisie pour être la Mère du Seigneur si elle eût été orgueilleuse. « Sans l'humilité, s'écrie saint Bernard, Marie n'eût point trouvé grâce devant Dieu , je ne crains pas de le dire (1). » Elle est donc une grande vertu, cette vertu sans laquelle toute autre cesse d'en être une et se change en orgueil.

La seconde voie est le souvenir de Jésus-Christ. Vous devez vous rappeler que le Seigneur a été humilié jusqu'à souffrir le genre de mort le plus honteux , il a été humilié jusqu'à être regardé comme un lépreux. De là cette parole d'Isaïe : Nous l'avons considéré cantine un lépreux, cantine un homme frappé de Dieu et humilié (2). Ou plutôt il s'est abaissé jusqu'à être considéré compte l'être le plus vil de son temps. Le jugement a été éloigné de lui dans son humilité, dit l'Ecriture ; ou autrement: son humilité a été telle, il s'est tellement abaissé qu'on ne l'a plus jugé selon la vérité et qu'aucun ne l'a cru Fils de Dieu. Si donc Notre-Seigneur et Maître a été regardé comme si vil et si méprisable , si le serviteur n'est pas plus grand que le Seigneur, ni le disciple au-dessus du Maître , si vous êtes la servante de Jésus-Christ , si vous êtes sa disciple , vous devez être humble , vous devez être environnée de mépris. Oh! combien est abominable l'homme consacré à Dieu qui se couvre d'un habit d'humilité et conserve un coeur superbe. Combien inutile est ce chrétien qui voit son Seigneur dans l'humiliation et l'abjection et s'enfle d'orgueil, marche

2 , sup. missus est. —

Is., 53.

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d'une manière pompeuse et au-dessus de sa condition ! Peut-on trouver quelque chose de plus détestable dans une épouse de Jésus-Christ? Peut-on rencontrer un crime plus digne de punition en la servante du Sauveur? Le Dieu suprême est descendu au dernier degré de l'abaissement, le Dieu immense s'est fait petit, et l'homme, une vile poussière, un ver misérable, entreprend de s'exalter ! A la vue de tels excès, saint Augustin s'écrie : O enveloppe de cadavre , pourquoi chercher à t'étendre? Boue fétide, pourquoi t'enfler ainsi ? Quoi ! un chef humilié et un membre superbe!

La troisième voie que vous devez parcourir si vous désirez arriver à une humilité parfaite, c'est votre propre considération. Vous vous considérez vous-même, ma soeur bien-aimée, lorsque vous pensez d'où vous venez et où vous allez. Remarquez donc d'où vous venez : vous êtes sortie de la niasse de perdition , vous avez été formée de poussière et du limon de la terre, vous êtes restée dans le péché et l'on vous a chassé de la béatitude du paradis. Une pareille considération est propre à éloigner et à faire disparaître de votre coeur l'esprit d'orgueil et à vous porter à crier avec les trois enfants de la fournaise :Vous sommes humiliés aujourd'hui dans toute la terre à cause de nos crimes (1).

Pensez ensuite où vous allez ; c'est à la corruption , à la poussière du tombeau : Vous êtes poussière et vous retournerez en poussière (2). Pourquoi vous enorgueillir.

1 Dan., 3. — 2 Gen., 3.

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ô terre et poussière? Vous êtes aujourd'hui, et demain volis ne serez plus. Aujourd'hui votre santé est florissante , et demain peut-être vous serez en proie à la maladie. Aujourd'hui on admire votre sagesse , et demain vous serez peut-être un insensé. Aujourd'hui vous êtes riche en vertus , et demain peut-être vous serez un pauvre et un misérable. Quel chrétien osera donc s'exalter, en se voyant environné de tant de misères et de calamités ?

Apprenez , ô saintes vierges , apprenez à être humbles en votre esprit, humbles en votre démarche, humbles en vos vêtements : l'humilité seule apaise la colère divine , seule elle trouve grâce aux yeux du Seigneur. Plus vous êtes grand, dit l'Écriture, et plus vous devez vous humilier en toutes choses, et vous trouverez grâce devant Dieu (1). Ainsi Marie a trouvé grâce ; elle l'atteste elle- même quand elle dit : Il a regardé l'humilité de sa servante (2). Et en cela rien d'étonnant : l’humilité prépare un lieu à la charité , elle débarrasse l'âme de la vanité. C'est pourquoi saint Augustin s'écrie : Plus nous sommes vides de l'enflure de l'orgueil , plus nous sommes remplis d'amour. L'eau prend son cours vers les vallées , et l'Esprit-Saint vers les coeurs l'inutiles; plus la pente est rapide, plus l'eau coule avec force ; ainsi l'homme qui s'humilie de tout son coeur, s'approche davantage de Dieu et obtient sa grâce. Voilà pourquoi il est écrit : La prière de celui qui s'humilie traverse les nuées. Il, ne se consolera point qu'elle n'ait été jusqu'à

1 Eccles., 3. — 2 Luc., 1.

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Dieu, car le Seigneur fera la volonté de ceux qui le craignent, et il exaucera leur prière (1).

Soyez donc, ô vous qui êtes consacrées à Dieu , soyez les humble servantes de Jésus-Christ. Ne permettez jamais à l'orgueil d'avoir accès en vos coeurs, parce que vous avez un Maître plein d'humilité, vous avez pour maître Jésus-Christ Notre-Seigneur. Soyez humbles , parce que vous avez une souveraine vraiment humble , la vierge Marie, la Reine de tous les hommes. Soyez humbles, parce que vous avez un père humble, le bienheureux François. Soyez humbles, parce que vous avez une mère humble , la bienheureuse Claire , le modèle éclatant de l'humilité. — Soyez humbles de façon à avoir la patience pour témoin de votre humilité. La vertu d’humilité se perfectionne par la patience, et elle ne saurait être réelle si celle-ci ne lui est unie. Saint Augustin confirme cette vérité quand il nous dit : « Il est facile de placer un voile devant ses yeux, de porter des habits pauvres et méprisables, de marcher la tête baissée ; nuis la pierre de touche d'une humilité réelle, c'est la patience, selon cette parole du Sage : Conservez la patience en voire humilité (2). » Et cependant, je le dis avec douleur, beaucoup d'entre nous veulent s'élever orgueilleusement dans le cloître, qui dans le monde eussent été dans l'abjection. « J'en vois, dit saint Bernard , et je ne saurais les contempler sans une amertume profonde , j'en vois qui , après avoir méprisé les pompes du siècle, apprennent l'orgueil

2 Ps. 144. — 3 Eccli., 2.

à l'école de l'humilité et deviennent plus insolents sous les ailes d'un maître doux et humble , plus impatients dans le cloître qu'ils n'eussent été dans le siècle. Mais ce qui est pire encore, plusieurs dans la maison du Seigneur ne peuvent souffrir d'être peu considérés , et dans leur propre demeure ils fussent restés plongés dans le mépris (1). »

Je vous conseille donc , ô ma soeur bien-aimée, je conseille à toutes les vierges consacrées à Dieu de garder la virginité unie à l'humilité et l'humilité unie à la virginité. « C'est un beau mélange, dit encore saint Bernard , que celui de la virginité avec l'humilité. Elle ne plaît pas médiocrement au Seigneur, l'âme où l'humilité exalte la virginité et où la virginité sert d'ornement à l'humilité (2). » Écoutez enfin le conseil de votre frère , écoutez , ô nia soeur, et il sera agréable à vos yeux : Fuyez comme des vipères les servantes de Dieu en proie à l'orgueil : fuyez comme des démons les vierges superbes; ayez en horreur, comme on a en horreur un poison mortel, la société des orgueilleux. Et pourquoi? le voici : Un vertueux personnage nous fait de l'homme livré à l'orgueil le tableau suivant : « L'orgueilleux est intolérable; il est superflu en ses habits et prétentieux en sa démarche ; il s'avance le front élevé, l'air menaçant, le regard farouche: il dispute la préséance et cherche à l'emporter sur ceux qui lui sont supérieurs; il vante ses pensées , ses paroles , ses actions; il oublie tout respect dans l'accomplissement

1 Hom., 4, sup.

missus est. — Id., id.

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des emplois dont il est chargé. » Ainsi, ô épouse de Jésus-Christ , vierge du Seigneur, vous devez fuir la société des orgueilleux , de peur que vous ne deveniez semblables à eux ; car le Sage a dit : Celui qui se joint au superbe, deviendra superbe (1).

CHAPITRE III. De la pauvreté religieuse.

La pauvreté est aussi une vertu nécessaire à l'intégrité de la perfection , et nul , sans elle , ne saurait être véritablement parfait, comme le Seigneur nous l'atteste quand il dit : Si vous voulez être parfait, allez, vendez tout ce que vous avez et donnez-le aux pauvres (2). Puisque la somme de la perfection évangélique consiste en l'excellence de la pauvreté , qu'il ne s'imagine donc pas en avoir atteint les hauteurs celui qui n'est pas encore devenu un imitateur parfait de la pauvreté enseignée par l'Evangile. « Quelque perfection que vous puissiez trouver dans les religieux, dit Hugues de Saint-Victor, ne la considérez pas comme entière si elle ne renferme l'amour de la pauvreté. »

Or, deux choses doivent exciter tout religieux à cet autour de la pauvreté : l'exemple de notre Maître , il est irrépréhensible; et la promesse du Seigneur, elle est inestimable. Je dis donc d'abord que la servante

1 Eccli., 13. — 2 Mat.,

19.

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de Jésus-Christ doit se sentir portée à aimer la pauvreté par l'amour de son Sauveur. Eu effet , il fut. pauvre en sa naissance, pauvre en sa vie, pauvre en sa mort. Considérez quel exemple de pauvreté il vous a laissé afin de vous exciter à devenir une amie de cette vertu. Il fut si pauvre qu'il n'eut en propre ni maison , ni vêtement, ni aliments; mais sa demeure fut une étable, son vêtement de misérables langes, sa nourriture le lait de la Vierge. L'Apôtre , considérant une semblable pauvreté , s'écrie : Vous savez quelle a été la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ : étant riche il s'est rendu pauvre pour l'amour de vous, afin que vous devinssiez riches par sa pauvreté (1). Saint Bernard ajoute : « L'abondance éternelle de tous les biens régnait dans les cieux; mais on n'y trouvait point la pauvreté. Cependant elle abondait , elle surabondait en ce monde , et l'homme n'en connaissait pas la valeur. Le Fils de Dieu s'est donc épris de son amour ; il est descendu pour la choisir en partage et nous la rendre précieuse en l'estimant à un si haut prix. »

Le Seigneur nous a donné l'exemple de la pauvreté en demeurant dans le monde. Ecoutez , ô Vierge bienheureuse , écoutez , vous tous qui faites profession de la pauvreté , combien pauvre fut le Fils de Dieu , le Roi des anges , durant les jours de sa vie mortelle. Sa détresse fut telle que quelquefois même il ne put trouver un lieu pour se réfugier et qu'il dut sortir de la ville avec ses disciples et aller dans les villages pour y

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