Œuvres complètes (page 72)

Louis Bourdaloue · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Œuvres complètes de Bourdaloue, 4 volumes · 88 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

IX.   Ce qui doit encore sur cela redoubler notre crainte, c'est de voir combien cette charité, qui nous est si expressément commandée, court néanmoins de risques partout et dans tous les états. Rien de plus difficile à conserver, rien de plus rare que de la maintenir pure et entière. C'est un trésor que nous portons dans des vases fragiles : si nous venons à la perdre, tout est perdu pour nous. Y a-t-il donc attention que nous ne devions avoir, y a-t-il circonspection dont nous ne devions user, y a-t-il mesures que nous ne devions prendre? Et là-dessus ne pensons point à nous prévaloir de la sainteté de notre profession. La retraite religieuse peut nous préserver de tous les autres dangers du monde ; mais la charité n'y est pas toujours plus en assurance qu'ailleurs, et combien y a-t-elle fait de tristes naufrages ?

X.   Rien de plus exposé que la charité à de violentes tentations. Comme c'est l'âme du christianisme et le nœud qui soutient toutes les sociétés, il n'y a point d'efforts que le démon ne fasse pour l'arracher de nos cœurs, et c'est contre elle qu'il emploie tout ce qu'il a d'artifice et de pouvoir. En quoi il n'est que trop secondé par nos dispositions intérieures, pal notre amour-propre, par notre orgueil, par notre sensibilité et notre extrême délicatesse, par les contradictions des autres, par tous les événements qui allument nos passions et qui sont contraires à nos désirs. Il nous faut donc une charité assez solide et assez ferme pour n'être point ébranlés de tous ces assauts, pour réprimer les mouvements les plus vifs, pour nous endurcir contre les traits les plus perçants, pour triompher de tout ce qui punirait lui donner quelque atteinte et l'affaiblir.

§ II. La pratique et les caractères de la charité.

I. Afin que notre charité soit aussi solide et aussi parfaite qu'elle doit l'être, il faut qu'elle ait tous les caractères que saint Paul nous a si bien décrits, et dont il nous a fait un détail si exact et si instructif. La charité, dit ce grand apôtre, est patiente, elle est pleine de bonté, La charité n'est point jalouse, elle ne s'enfle point, elle n'est point ambitieuse, elle ne cherche point ses propres intérêts, elle ne s'emporte point, elle ne pense mal de personne ; elle n’a point de joie de l'injustice, mais elle en a de la vérité; elle endure tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout (1). Excellentes qualités de la charité qui en comprennent toute

1 1 Cor., XIII, 1-8.

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la pratique, et qui lui sont tellement nécessaires, que si une seule lui manque, non-seulement ce n'est plus une chanté complète, mais elle n'est pas  même suffisante pour satisfaire à l'obligation absolue que Jésus-Christ nous a imposée. Reprenons donc par ordre ces différents caractères, et considérons-les chacun tu particulier, pour nous les bien imprimer dans l'esprit et dans le cœur.

II. La charité est patiente.

C'est par là qu'elle se soutient et qu'elle se purifie. Car de la manière que nous sommes tous faits, il n'est pas possible qu'il ne se rencontre mille choses dans la vie qui nous déplaisent, qui nous piquent, qui nous choquent, dont nous nous sentons rebutés, et qui nous porteraient naturellement aux révoltes et aux éclats. Si nous nous modérons et que nous prenions patience, dans un moment tout est étouffé, tout tombe, et l'on n'en parle plus. Mais si nous suivons le premier mouvement qui s'élève, et que la chaleur nous emporte , combien les suites en sont-elles fâcheuses et que n'en coûte-t-il pas à la charité ? De plus, c'est par la patience que notre charité se purifie : comment cela? parce que dans les occasions où nous avons besoin de patience et où nous la pratiquons, il n'y a que la pure charité qui nous retienne. Ce n'est point la nature, ce n'est point l'inclination, ce n'est point le goût, mais la seule vue de Dieu, dont nous voulons garder le précepte, et le seul zèle de la charité que nous ne voulons pas détruire.

III.  La charité est pleine de bonté. Elle est honnête , prévenante , complaisante , obligeante. Ce qu'elle a de plus merveilleux , c'est qu'elle rend tels des gens qui d'eux-mêmes sont des esprits rudes, aigres, sauvages, impraticables. D'où vient que , selon le monde même, il n'y a point de personnes plus sociables, plus civiles, plus accommodantes autant qu'il est permis par la loi de Dieu, que les personnes vraiment dévotes et vertueuses : et si au contraire l'on en voit de chagrines, de farouches, d'inaccessibles, et, pour ainsi dire, de barbares dans toutes leurs manières, c'est à elles-mêmes, et non point à la dévotion, qu'il faut s'en prendre. Car la vraie dévotion est charitable ; et ce que fait le monde par un esprit profane, la charité le fait par un esprit chrétien, qui est d'adoucir les mœurs et de les polir.

IV.  La charité n'est point jalouse. En voici la raison ; c'est que la charité consiste dans une bonne volonté et dans une sincère affection pour le prochain. Or, dès qu'on est touché de

cette affection sincère et qu'on a cette bonne volonté, on souhaite au prochain le bien qu'il n'a pas, et l'on n'a garde, par conséquent, de lui envier celui qu'il possède. Mais du reste, on peut dire et il est certain que la charité n'a pas d'ennemi plus puissant et plus à craindre que cette malheureuse jalousie qui nous infecte de son poison, et dont il n'y a que les esprits fermes et les âmes droites qui sachent bien se défendre. Jalousie des avantages d'autrui, des talents d'autrui, des vertus d'autrui, et des éloges qu'on leur donne. C'est assez pour rompre des amitiés qui semblaient devoir durer jusqu'à la mort. Deux hommes avaient entre eux la liaison la plus étroite ; mais que dans une même profession où la Providence les emploie, l'un vienne à l'emporter sur l'autre, que l'un réussisse et soit applaudi , tandis que l'autre demeure en arrière et qu'il n'en est fait nulle mention, cela suffit pour les diviser, et pour les réduire à ne se plus connaître : pourquoi? parce que la jalousie s'empare du cœur de celui-ci, et qu'elle lui inspire des sentiments avec lesquels une véritable union ne peut subsister. On ne peut comprendre combien de ravages cette passion si lâche et si honteuse a causés jusque dans les états les plus saints et les plus consacrés à Dieu.

V. La charité n'agit point mal à propos. C'est-à-dire qu'elle nous rend vigilants , circonspects, attentifs sur nous-mêmes et sur les autres : sur nous-mêmes, pour prendre garde à tout ce que nous disons et à tout ce que nous faisons ; sur les autres, pour connaître ce qui les offense et pour s'en abstenir. Et en effet, puisqu'il faut si peu de chose pour blesser la charité, et qu'une parole indiscrète, qu'une plaisanterie mal placée, qu'un ton de voix trop élevé, est capable d'aigrir certaines personnes, avec quelle précaution ne devons-nous pas ménager leur faiblesse? C'est une erreur de croire qu'il n'y a que ce qui attaque la réputation qui puisse être contre la charité. Ce n'est pas une moindre erreur de penser que la charité ne soit violée que lorsqu'on parle ou qu'on agit avec réflexion et de dessein prémédité. Ce sont souvent les indiscrétions, les imprudences, les légèretés qui excitent les plus grands troubles. Il est vrai, ce n'est point par malice que vous dites ceci ou cela ; les choses vous échappent avant que vous les ayez bien considérées, et sans que vous y entendiez aucun mal ; mais après tout, avec votre ingénuité prétendue, ou plutôt avec cette ingénuité trop précipitée et trop aveugle, vous faites sur ceux qui vous

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écoutent de très-vives impressions, et vous leur portez des coups très-douloureux. Votre inconsidération vous excuse-t-elle ? non sans doute. Que n'avez-vous plus de retenue? que ne réprimez-vous votre impétuosité? pourquoi vous donnez-vous une telle liberté de déclarer si aisément toutes vos pensées, et que ne mettez-vous un frein à votre langue pour la régler?

VI.  La charité ne s'enfle point. Tous ne sont pas dans les mêmes rangs, n'ont pas les mêmes prérogatives, ne vivent pas dans la même distinction ni les mêmes honneurs : mais quiconque se trouve au-dessus des autres n'a pas droit pour cela de les mépriser, ni de les traiter avec hauteur. Outre que ces airs hautains et dédaigneux ne conviennent qu'à des esprits vains et frivoles, rien ne leur atUre plus l'envie et ne leur suscite plus d'affaires. Qu'on voie dans l'élévation un homme sans faste, sans orgueil, en usant bien avec tout le monde et ne se laissant point éblouir de sa fortune : on ne cherche point à l'humilier, on ne forme point d'intrigues contre lui, il ne se fait point d'ennemis, et chacun, au contraire, est disposé à se déclarer en sa faveur. Mais si l’on y remarque de la fierté et de l'ostentation, et qu'on lui voie prendre un ascendant impérieux, voilà ce qui engage à le rebuter en toutes rencontres, à le chagriner, à le déchirer dans les conversations, à renverser toutes ses entreprises, et à l’abattre lui-même si l’on peut. Plus de charité à son égard, comme il témoigne n'en avoir à l'égard de personne.

VII.  La charité n’est point ambitieuse. Prétendre accorder ensemble la charité et l'ambition, c'est une chimère. Un ambitieux veut toujours monter, il veut être plus considéré que les autres, avoir en tout la préférence, occuper partout les premières places ; et voilà justement ce qui ruine la charité  dans son cœur. Car il ne manque point de compétiteurs et de concurrents. De quel œil les regarde-t-il, et de quel œil en est-il regardé? Ne sont-ce pas ces fatales concurrences qui entretiennent entre les familles des défiances, des haines, des inimitiés éternelles? Concurrences, non-seulement entre maisons et maisons, mais entre particuliers et particuliers ; non - seulement entre les grands, mais entre les petits ; non-seulement entre les séculiers, mais entre les religieux. Il ne faut pas beaucoup d'expérience, soit du monde, soit de la vie religieuse, pour savoir quels désordres sont venus de là, et pour prévoir quels désordres dans la suite il en doit encore venir.

VIII.  La charité ne cherche point ses intérêts.

Voilà de toutes les épreuves la plus sûre, pour démêler la vraie charité de celle qui n'en a que l'apparence et que le nom. Car il n'en faut pas juger par les démonstrations extérieures, même les plus vives et les plus empressées. On voit des personnes donner toutes les marques du plus parfait dévouement et d'une charité sans réserve. A s'en tenir au dehors, on ne peut rien, ce semble, ajouter à leur zèle, et l'on ne doute point qu'ils n'agissent dans les vues les plus pures d'une affection toute chrétienne. Mais si l'on pouvait pénétrer le fond de leur cœur, on se détromperait bientôt, et l’on y apercevrait un intérêt caché qui les conduit. Aussi, que cet intérêt vienne à cesser, et qu'il ne se trouve plus dans ces services qu'on rendait, dans ces assiduités qu'on avait, dans cette ardeur qu'on témoignait, c'est là que le mystère tout à coup se dévoile. Ces gens si serviables et si officieux ne vous connaissent plus, à ce qu'il paraît, et tournent ailleurs leurs soins, parce qu'ils y espèrent un meilleur compte. L'intérêt même est si subtil, que quelquefois on ne le remarque pas soi-même, et qu'on y est trompé comme les autres ; mais l'occasion est, pour ainsi parler, la pierre de touche; c'est elle qui découvre l'âme, et qui en révèle tout le secret.

IX.  La charité ne s'emporte point. Elle peut reprendre, elle peut corriger, elle peut, selon les besoins, s'expliquer avec force et avec fermeté ; mais tout cela se fait ou se doit faire sans violence et sans emportement. Illusion de dire : C'est pour le bien que je m'intéresse, et c'est ce qui m'anime; votre intention est bonne, mais telle n'est pas assez mesurée ; et si vous n'y prenez garde, de ce bon principe suit un mauvais effet, qui est la passion. Car on a beau se flatter, il y a presque toujours de la passion dans ce feu et cette chaleur qui vous agite, et dont vous n'êtes plus maître dès qu'une fois vous vous y abandonnez. La charité, lors même qu'elle est obligée de se montrer plus sévère et d'user de rigueur, ne perd jamais une certaine onction qui tempère toutes choses, et qui en est comme l'assaisonnement. Si cette onction n'y est pas, la charité ne peut y être, ou n'y peut longtemps demeurer.

X.  La charité ne pense point de mal. Elle n'est point défiante, point soupçonneuse. C'est des soupçons et des défiances que naissent les jugements téméraires et les aversions ; et il n'y a guère d'esprits plus dangereux dans la société et le commerce de la vie, que ces imaginations

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fortes et ombrageuses qui se tourmentent beaucoup elles-mêmes, et qui ne tourmentent pas moins les autres. Un esprit de cette trempe envisage toujours les choses par un mauvais côté, et les interprète toujours ou à son propre désavantage, ou à celui du prochain. Ce ne sont communément que des chimères et des fantômes qu'il se forme ; mais ces fantômes et ces chimères, c'est ce qui le prévient, ce qui l'envenime, ce qui l'irrite, ce qui le nourrit dans les ressentiments les plus injustes et les plus mal fondés. Une âme bien faite, et surtout une âme chrétienne et charitable, est au contraire disposée à prendre tout en bonne part. Ce n'est pas qu'elle approuve le mal, mais elle ne le croit pas aisément. Elle se ferait même, et avec raison, une peine de conscience et un scrupule d'écouter d'abord toutes les idées qui se présentent, et de les suivre, avant que de s'être donné le temps de les approfondir. Cependant elle se tient en paix, et elle aime mieux être trompée par une trop grande facilité à bien juger, que de l'être par une trop grande rigueur à condamner.

XI.  La charité n'a point de joie de l'injustice, mais elle en a de la vérité. Si je me réjouis du mal de mon prochain,si je suis bien aise qu'on le blâme, qu'on le mortifie, qu'on le persécute, qu'on se tourne contre lui parce qu'il s'est tourné contre moi, non-seulement c'est une joie basse et indigne d'un cœur généreux, mais c'est une vengeance absolument incompatible avec cette loi d'amour qui nous impose une obligation rigoureuse de pardonner à nos en-m mis et de les aimer. De même, si je n'ai pas une sainte joie de la justice qu'on rend à mes fières, et que je leur dois rendre aussi bien que les autres ; si je ne bénis pas Dieu de leur avancement, de leur progrès, du bien qu'ils font, du crédit qu'ils acquièrent dans le public, c'est une preuve certaine qu'il y a peu de charité en moi, pour ne pas dire qu'il n'y en a point du tout, puisqu'il n'y a pas même de bonne foi, de droiture, ni d'équité. Y en a-t-il plus ailleurs? et suivant ces deux seules règles, où trouverons-nous de la charité parmi les hommes, et n'aurons-nous pas lieu de nous plaindre qu'il n'y en a presque nulle part?

XII.  Enfin, l'Apôtre conclut par ces paroles : La charité endure tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout. Qu'elle supporte et qu'elle endure tout, c'est ce que fait la patience, dont nous avons déjà parlé. Mais comment croit-elle tout? Cela ne se doit entendre que de ce qui est à l'avantage du prochain ; car pour le mal, ainsi que nous l'avons dit, elle est extrêmement réservée et difficile à se le persuader. Tout ce qui va donc à la justification d'autrui, elle le reçoit avec une prévention favorable, et une certaine simplicité, qui, sans être tout à fait aveugle, évite aussi de se rendre trop pointilleuse et trop pénétrante. Mais comme il y a néanmoins des sujets et des occasions où l'évidence des choses ne permet pas de les justifier par aucun endroit, ce que fait du moins la charité, c'est d'espérer tout. Elle espère, par exemple, que cet homme changera de conduite,qu'il reviendra de ses égarements, qu'il se comportera mieux en d'autres rencontres, qu'il reconnaîtra son erreur, qu'il se détrompera de ses préjugés, qu'il réparera le passé, et qu'il en fera une pleine satisfaction. Or cette espérance, dont on ne doit jamais se départir, est une raison de le cultiver, de l'épargner, d'avoir pour lui des égards: et voilà ce qui faisait dire à saint Augustin que nous devons aimer les libertins mêmes et les impies, parce qu'ils peuvent devenir un jour des élus de Dieu et des saints. Ayons la charité dans le cœur, et il ne sera point nécessaire de nous fournir de bons tours et de bonnes pensées en faveur du prochain ; nous les trouverons d'abord nous-mêmes.

XIII. Notre charité ne sera pas sans récompense : et saint Paul lui-même nous la promet, lorsqu'il ajoute que la charité ne doit jamais finir (1). Elle nous conduira au ciel, et nous l'y conserverons éternellement. Tous les autres dons cesseront, celui de prophétie, celui de science, celui des langues, celui des miracles ; mais dans la félicité éternelle, bien loin que la chanté soit détruite, elle n'y sera que plus abondante, et que plus parfaite. Commençons dès ce monde à nous mettre dans l'heureux état où nous espérons être pendant toute l'éternité.

1 1 Cor., XIII, 7.

INSTRUCTION FOI

INSTRUCTION FOI

INSTRUCTION SUR L'HUMILITÉ DE LA FOI (1).

ANALYSE.

Sans une solide humilité on ne peut conserver une foi bien pure.

Deux choses à distinguer dans la foi : ce que nous croyons, et la manière dont nous le croyons. Or, l'un et l'autre a une connexion essentielle avec l'humilité.

Ce que nous croyons se réduit à des mystères et des maximes d'humilité : comment les croire sans avoir quelques principes d'humilité dans le cœur?

La manière dont nous le croyons renferme les actes d'humilité les plus excellents, par la soumission de notre esprit et de notre raison.

C'est nous rendre semblables a des enfants.

C'est nous réduire dans une espèce de servitude.

Servitude ou soumission très-difficile, parce qu'elle nous humilie.

Nous sommes jaloux de nos propres pensées; mais ce n'est point par nos propres pensées que Dieu veut nous conduire.

Nous voulons que Dieu nous rende raison des choses qu'il nous révèle : mais de quel droit le voulons-nous?

Présomption et orgueil qui a précipité dans l'abîme tant d'hérésiarques et leurs sectateurs. Exemple de Luther et de Calvin. Au lieu de s'humilier en se soumettant à l'Eglise, ils ont voulu se faire juges de l'Eglise. Ils l'ont rejetée, et lui ont substitué un fantôme d'Eglise.

Châtiment de Dieu, qui permet que les orgueilleux tombent dans les plus grandes erreurs et qu'ils s'y obstinent.

Le grand moyen de réduire une infinité d'esprits n'est pas de disputer et de raisonner avec eux; mais ce serait de leur inspirer plus d'humilité.

On parle avec trop de liberté de tout ce qui a rapport à la foi.

Conservons l'avantage que nous avons toujours eu sur les hérétiques, qui est l'humilité de la foi. Avis de saint Jérôme.

1 Cette instruction regarde une personne peu soumise aux décisions de l'Eglise.

Comme je ne vous dissimule point mes sentiments, et que d'ailleurs vous me faites l'honneur de m’écouter et de bien prendre ce que je vous dis, je ne vous cèlerai point que je vous trouve un peu trop portée à vous élever contre les décisions de l'Eglise, touchant des matières qui depuis longtemps ont été agitées avec toute la réflexion nécessaire, et sur lesquelles le Saint-Siège a prononcé. Vous en raisonnez, vous en disputez, vous vous échauffez même quelquefois ; et il vous paraît étrange que, pour couper court à des contestations qui n'auraient point de fin, on se contente de vous répondre, en un mot, qu'il n'est plus temps d'examiner, mais de se soumettre. Cependant cette réponse n'est pas moins solide ni moins vraie, qu'elle est courte et décisive ; et vous la goûteriez davantage si vous aviez ce que j'appelle l'humilité de la foi. Avec cette humilité de la foi, que de raisonnements tomberaient tout à coup ! que de difficultés s'évanouiraient ! que de disputes cesseraient ! Car, sans prétendre parler devons en particulier, on a toujours remarqué que, dans ces sortes de divisions au regard de la doctrine, il se mêlait un orgueil secret qui servait infiniment à les entretenir. Je m'estimerais heureux si je contribuais à vous préserver de cet écueil, et j'espère que ce qu'il m'est venu en pensée de vous écrire n'y sera pas inutile. Du moins vous fera-t-il voir la nécessité d'une foi humble : je veux dire que, sans une solide humilité, il n'est pas possible de conserver une foi bien pure.

I.  Vous devez remarquer d'abord qu'il y a deux choses à considérer dans la foi : ce que nous croyons, et  la manière dont nous le croyons : l'un est comme la matière de notre foi, et l'autre en est comme la forme. Or, l'un et l'autre a une connexion essentielle avec humilité et ne subsiste que sur le fondement de l'humilité. Car ce que nous croyons, c'est-à-dire les humiliations d'un Dieu et les maximes humiliantes de son Evangile, qui sont les principaux objets de notre foi, pour être crues, demandent nécessairement de notre part une préparation de cœur et une pieuse affection à l'humilité; et la manière dont nous les croyons n'est rien autre chose qu'un exercice continuel d'humilité. D'où je conclus que c'est donc particulièrement l'humilité qui entretient ce divin commerce qu'il y a entre Dieu et nous, parle moyen de la foi, lorsque Dieu nous parle et que nous croyons à sa parole. Vous pourra mieux entendre ceci par l'éclaircissement que j'y vais donner.

II.  Ce que nous croyons se réduit surtout a

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des mystères et à des maximes : or, ces mystères et ces maximes ne sont la plupart que des mystères et des maximes d'humilité. Un Dieu fait homme, et par là un Dieu humilié jusqu'à l'anéantissement ; un Dieu incarné dans le sein d'une vierge, comme dans le sein de l'humilité; un Dieu né dans une étable et couché dans une crèche, comme dans le berceau de l'humilité; un Dieu inconnu, méprisé sur la terre, et y vivant comme dans le séjour de l'humilité; un Dieu mourant sur la croix, comme sur le théâtre de l'humilité ; un Dieu présent sur nos autels, mais caché sous de viles espèces, comme dans le sacrement de l'humilité : voilà les grands mystères que notre foi nous propose. De plus, un Dieu ne nous prêchant que l'humilité, ne promettant presque ses récompenses qu'à l'humilité, n'agréant nos services et n'acceptant tous nos mérites qu'autant qu'ils sont fondés sur l'humilité ; nous donnant pour règles de nous abaisser, de fuir la grandeur et l'élévation, de prendre partout les dernières places, de préférer aux honneurs les mépris, les outrages, les calomnies : voilà les plus communes maximes de notre foi. Or, comment sera-t-il possible que notre esprit se persuade bien tout cela, et qu'il croie tout cela d'une foi bien vive, à moins qu'il n'y ait dans notre cœur quelques principes d'humilité, et que par l'humilité il ne surmonte sur tout cela ses répugnances naturelles? d'autant plus que c'est du cœur et de la volonté que la foi dépend. Car notre foi doit être libre, et nous ne croyons par une foi divine que ce que nous voulons croire. Il faut donc un acte du cœur et de la volonté, qui détermine l'esprit à croire. Et si c'est un cœur vain, un cœur orgueilleux et présomptueux, sera-t-il en état de faire les efforts nécessaires pour obliger l'esprit de croire des vérités qui toutes condamnent son orgueil et sa présomption? C'est pourquoi le Fils de Dieu reprochant aux Juifs leur incrédulité, au lieu de leur dire qu'ils ne voulaient pas croire en lui, leur disait, en termes plus forts, qu'ils ne pouvaient pas même croire en lui, et cela, pure qu'ils étaient remplis d'orgueil, et qu'ils ne cherchaient que l'honneur du monde. Ce n'est pas , remarque saint Chrysostome , qu'ils Manquassent de lumières, ni qu'absolument ils ne pussent avoir la foi; car Jésus-Christ alors ne leur eût pas fait ce reproche ; mais c'est que l'orgueil qui les possédait, et dont ils ne voulaient pas se défaire , les mettait dans nue espèce d'impuissance de croire, et que dite  impuissance   étant volontaire dans sa cause, elle devenait criminelle dans son effet. Combien y a-t-il de prétendus chrétiens à qui je pourrais adresser ces mêmes paroles du Sauveur : Le moyen que vous puissiez croire, vous qui vous laissez aveugler par la passion de l'honneur (1)? Ce n'est pas qu'ils ne croient les mystères de la religion et les maximes de l'Evangile d'une certaine foi vague et superficielle , du moins font-ils profession de les croire, puisqu'ils se disent chrétiens ; mais en vérité , quand on les voit si entêtés des vanités du siècle, de l'estime du siècle, des pompes du siècle ; si entêtés d'eux-mêmes et de leur propre mérite, peut-on penser qu'ils croient réellement , qu'ils croient solidement, qu'ils croient fermement des mystères et des maximes qui ne les portent qu'à s'avilir dans l'opinion des hommes, et qu'à s'anéantir?

III. Je n'insiste pas davantage sur cet article; mais je m'attache à l'autre, où l'humilité me paraît encore tout autrement nécessaire : c'est la manière dont nous croyons. Car qu'est-ce que la foi, et en quoi consiste la foi? elle consiste à croire sans voir : Heureux ceux qui n'ont point vu, et qui ont cru (2). Elle consiste à croire ce qui nous est révélé, et non pas de Dieu  même immédiatement, mais par le ministère des hommes et par l'organe de l'Eglise : Quiconque refuse d'écouter l'Egise, regardez-le comme un païen et un publicain (3). Voilà l'idée que les apôtres, après Jésus-Christ, que tous les théologiens nous donnent de cette vertu; en voilà l'essence et la nature. Or ne sont-ce pas là les actes d'humilité les plus excellents et les plus parfaits dont soit capable une créature raisonnable , aidée de la grâce de Dieu?

Croire ce qu'on ne voit pas, ce qu'on ne comprend pas, ce qui contredit tous nos sens, tous nos préjugés, toutes nos connaissances naturelles ! Ce n'est pas assez : le croire, à la vérité, parce qu'il est révélé de Dieu ; mais, du reste , sans autre évidence de cette révélation , sinon que des hommes comme nous nous le déclarent ainsi. Je dis des hommes comme nous : non pas qu'ils ne soient d'ailleurs et qu'ils ne doivent être distingués de nous par l'autorité divine dont ils sont revêtus, et que nous sommes obligés de reconnaître et de respecter dans eux ; mais, après tout, à n'en juger que par les apparences, que par les dehors, que par les yeux, nous n'y apercevons rien qui nous représente autre chose que des hommes semblables à nous. Ce sont là ceux qui composent avec le reste des fidèles l'Eglise de

1 Joan., V. — 2 Joan , XX, 29. — 3 Matth., XVIII, 17.

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Jésus-Christ, ce sont ceux qui la gouvernent au nom de Jésus-Christ, et c'est à leurs décisions que nous devons nous soumettre purementet simplement; je veux dire , sans autre preuve , sinon que ce sont des décisions émanées de leur tribunal. Une pareille soumission, dis-je, un tel sacrifice de toutes nos lumières et de toutes nos vues , n'est-ce pas la plus grande humiliation de l'esprit humain ?

IV.  C'est en ce sens que le Fils de Dieu nous a dit dans l'Evangile : Si vous ne devenez semblables d des enfants, vous n'entrerez jamais dans le royaume des cieux (1). Car, selon les interprètes, ce royaume des cieux , c'est l'Eglise militante sur la terre, et triomphante dans le ciel. Afin donc que nous soyons de cette Eglise, il faut nous rendre enfants : et par où enfants? demande saint Augustin. Par la foi. En effet, poursuit ce saint docteur, un enfant n'est différent d'un homme que parce qu'il n'a encore aucun exercice de sa raison , ou qu'il n'en a que très- peu d'usage. Il croit, mais il ne raisonne point; et c'est justement ce que la foi opère dans nous. Quand Dieu a une fois parlé, ou par lui-même directement, ou plus communément par son Eglise , la foi nous défend de douter, d'examiner, d'user d'aucunes recherches ; mais elle nous fait un commandement de croire. Ainsi elle nous réduit à une espèce d'enfance : et le moyen que nous nous y réduisions nous-mêmes par une obéissance chrétienne, si nous ne sommes vraiment humbles !

V.  C'est encore en ce même sens et selon cette même idée de la foi, que l'apôtre saint Paul nous la dépeint comme une sainte servitude, où nous tenons notre entendement lié , pour ainsi dire, et enchaîné. Que veut-il par là nous faire entendre? Saint Chrysostome l'explique d'une manière très-ingénieuse et très-littérale. Voyez, dit ce Père , la condition et l'état d'un prisonnier : il n'est plus en pouvoir d'aller où bon lui semble, ni où il lui plaît : il se trouve resserré dans un lieu obscur et ténébreux, sans qu'il lui soit permis de faire un pas pour en sortir; et s'il fait le moindre effort pour se tirer de cette captivité, on le traite de rebelle. Tel est l'assujettissement de la foi : notre esprit a une faculté naturelle de se répandre sur toutes sortes d'objets, de s'élever à ce qui est au-dessus de lui, d'aller rechercher les choses les plus cachées, de passer d'une connaissance à l'autre, et de faire toujours de nouvelles découvertes. C'est là, si j'ose m'exprimer

1 Matth., XVIII, 3.

de la sorte, un de ses plus beaux apanages ; c'est là qu'il met sa principale gloire, et c'est de quoi il est le plus jaloux. De vouloir le gêner là-dessus, de vouloir le priver d'un droit qu'il se croit propre et qui flatte sa vanité, c'est étrangement le rabaisser et le dégrader. Voilà néanmoins ce que la foi entreprend. Elle lui interdit toute curiosité, toute liberté de discourir sur le fond des vérités que Dieu nous révèle, et par là elle le tient captif et sous le joug. Que 1 humilité vienne à lui manquer, demeurera-t-il dans cette sujétion, et ne cherchera-t-il pas à s'affranchir d'un empire dont son orgueil est blessé?

VI.  Il est certain, et l'expérience nous le fait bien voir, que c'est en cela que la soumission nous paraît plus difficile et moins supportable. Dans tout le reste, nous nous assujettissons et nous nous captivons. Dans nos affaires, dans nos emplois, jusque dans nos divertissements et dans nos inclinations, même les plus fortes, nous nous faisons tous les jours violence. Mais s'agit-il de nos sentiments, et des opinions particulières dont nous nous sommes laissé prévenir; nous ordonne-t-on de les déposer et de les renoncer par le seul respect d'une autorité supérieure, c'est alors qu'il se forme en nous mille contradictions et mille révoltes d'esprit; et ces contradictions intérieures, ces révoltes sont telles, que souvent ni la raison, ni le devoir, ni la crainte, ni l'espérance, ni la nécessité, ni la force, ne sont pas capables de les surmonter. D'où vient cette différence, et d'où arrive-t-il que nous soyons si dociles sur toutes les autres choses, et si peu sur ce qui est opposé à nos idées et à nos préjugés? C'est que la docilité et la condescendance sur toutes les autres choses ne porte point ordinairement avec soi un caractère d'humiliation, et qu'au contraire elle passe pour honnêteté, pour civilité, pour bonté : au lieu que de désavouer ses pensées et de les quitter, pour s'attacher à d'autres qu'on nous oblige de prendre et pour s'y conformer, c'est reconnaître qu'on se trompait, qu'on s'égarait, qu'on n'était point assez éclairé, ni assez bien instruit pour se conduire soi-même : et voilà ce que notre présomption ne peut soutenir, de quoi elle ne peut convenir, à quoi l'on a toutes les peines imaginables de la résoudre et de la faire consentir.

VII.   Prenez garde, s'il vous plaît ; je dis, pour s'attacher à d'autres sentiments et à d'autres pensées, qu'on nous oblige de prendre. Car si c'est de soi-même qu'on vient à changer d'opinion, si c'est avec une pleine liberté de

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choisir celle qu'on veut, et qu'on retienne toujours sa première indépendance, il n'y a rien là qui choque notre orgueil, et c'est pourquoi notre esprit n'y répugne plus. On se fait même une gloire d'être revenu de son erreur, d'avoir mieux approfondi tel point qu'on n'avait pas assez pénétré, d'avoir eu des vues plus justes, et d'avoir enfin découvert la vérité. Mais, encore une fois, il faut que tout cela soit de nous-mêmes, c'est-à-dire que ce soit nous-mêmes qui jugions, nous-mêmes qui décidions, nous-mêmes qui nous détrompions. Si c'est un autre qui veut là-dessus nous diriger et nous entraîner dans son sentiment, surtout si c'est une puissance même légitime et à laquelle nous sommes subordonnés, qui exige de nous ce témoignage de dépendance et d'obéissance, ce sera assez pour nous obstiner plus que jamais dans nos préventions ; et sans le secours d'une humilité sincère et religieuse, on ne peut guère se promettre de nous que nous nous démettions de la possession où nous nous croyons bien établis, de nous en rapporter à nous-mêmes, et d'être maîtres de nos jugements.

VIII. Fausse et malheureuse possession, qui a fait dans les siècles passés, et qui fait encore de nos jours, tant de libertins en matière de créance. Ne croire que ce que l'on voit, ou que ce que l'on connaît par l'évidence naturelle ; ne consulter là-dessus que soi-même, et ne déférer à nul autre que soi-même, voilà le premier principe de l'orgueil de l'homme. On veut comprendre les choses de Dieu avant que d'y ajouter foi ; et Dieu nous dit par son prophète : Je veux que vous les croyiez avant que vous les compreniez. Pourquoi cela ? c'est, remarque saint Augustin, que l'intelligence des choses de Dieu est un don de grâce, qui doit être mérité par l'humilité de la foi, et qui est la récompense de la foi. Les prétendus esprits forts du monde voudraient que Dieu les gouvernât par la raison ; et Dieu leur répond : Je veux que ce soit la foi qui vous gouverne, ou plutôt je veux moi-même vous gouverner par la foi. Toutes sortes de considérations l'y engagent, mais en particulier celle-ci : qu'étant d'aussi faibles et d'aussi petites créatures que nous le sommes, il n'est pas juste que nous soyons les juges et les arbitres de ce qui concerne ses adorables mystères et ses impénétrables conseils; que si c'était par la raison que nous fussions conduits, ce ne serait point précisément à sa divine parole que nous nous soumettrions; mais qu'avec cette raison, qui nous servirait de guide, nous jugerions de sa parole même, et nous nous érigerions un tribunal au-dessus de lui : ce qui sans doute ne nous appartient pas, ni ne nous peut jamais appartenir.

IX.  Quoi donc dit un sage du monde, n'ai-je pas droit de demander la raison des choses que Dieu me déclare, ou qu'on me déclare de sa part, et qu'on m'ordonne de croire? Eh ! qui vous aurait donné ce droit, et pourquoi voudriez-vous vous l'attribuer à l'égard de Dieu et de l'Eglise de Dieu, lorsque tous les jours et en mille sujets vous croyez de simples hommes, sans caractère et sans autorité, sur leur seule parole? Combien y a-t-il de choses dans l'univers qui vous sont inconnues, et dont néanmoins vous ne doutez pas, parce que vous vous en rapportez au témoignage des savants ? Il est étrange, dit saint Hilaire, que nous soyons si humbles dans la profession que nous faisons de ne pas savoir la plupart des secrets de la nature, et qu'il n'y ait qu'à l'égard des mystères de Dieu et des points de la religion, que nous fassions paraître une ignorance présomptueuse et pleine d'orgueil.

X.  Nous savons en quels abîmes cette dangereuse présomption et cet orgueil a précipité tant d'hérésiarques et leurs sectateurs ; nous savons à quelles extrémités et à quels excès ils se sont portés. Ils ont mieux aimé abandonner la religion de leurs pères, déchirer le sein de leur mère, qui est l'Eglise : être séparés de la communion de leurs frères, qui sont les fidèles ; passer pour des anathèmes dans le monde, voir le trouble et la confusion qu'ils y causaient, que de se relâcher d'un sentiment erroné et nouveau, dont ils étaient préoccupés. S'ils avaient pu dire une fois : Je me suis trompé, je me suis trop laissé remplir de mes pensées, et je ne devais pas m'y attacher avec tant d'opiniâtreté ; s'ils avaient pu, dis-je, parler de la sorte, et agir ensuite conformément à cet aveu, combien de maux cette humble confession eût-elle arrêtés? Dieu en eût tiré sa gloire, l'Eglise en eût été édifiée, la foi en eût triomphé, et eux-mêmes ils s'en seraient fait devant tout le peuple chrétien une couronne de mérite et d'honneur. Mais il eût fallu pour cela s'humilier et se soumettre ; et l'esprit d'orgueil qui les dominait n'a pu supporter la moindre sujétion ni la moindre humiliation. Il ne leur est donc plus resté, dit Vincent de Lérins, d'autre parti à prendre que celui de l'apostasie et de l'infidélité.

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