Itinéraire de Paris à Jérusalem (page 9)

François-René de Chateaubriand · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Itinéraire de Paris à Jérusalem · 42 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Villes. ______

Juifs.

Barcelone chefs. 4

Narbonne

300

Bidrasch chefs. 3

Montpellier chefs. 6

Lunel

300

Beaucaire

40

Saint-Gilles

100

Arles

200

Marseille

300

Gênes

20

Lucques

40

Rome

200

Capoue

300

Naples

500

Salerne

600

Malfi

20

Bénévent

200

Malchi

200

Ascoli

40

Villes. Juifs.

Report 3,373

Trani 200

Tarente 300

Bardenis 4

Otrante 300

Corfou 1

Leptan 100

Achilon 10

Patras 30

Lépante 100

Crissa….* 200

Corinthe 300

Thèbes 2, 000

Egiifou 100

Jabustérisa 100

Sinon-Potamon 40

Gardegin (quelques juifs).

Armilon 500

Bissine 400

Séleucie oOO

Mitricin 20

Darman 440

Canistliol 20

Constantinople 1,000

Doroston 4 00

Galipoline 200

Galas 50

Mitylen (une université).

Giliam 500

Ismos 300

Rliodes 500

Dophros (assemblée de juifs).

Laodicée 200

Gébal 120

Birot 40

Sidon 20

Tyr 500

Akadi 100

Césarée 10

Luz I

Belligcbarin 3

Torondolos (autrefois Sunam) 30

A reporter. 12,338

Villes. Juifs.

Report 12,338

Nob 2

Ramas 3

Joppé 4

Ascalon 240

Dans la même ville, juifs samaritains 300

Ségura 4

Tibériade 50

Tirain 20

Ghalmal 50

Damas 3,000

Thadmur 4,000

Siha 1,500

Kelagh-Geher 2,000

Dakia 700

Hharan 700

Achabor 2,000

Nisibis 1,000

Gezir-Ben Ghamar 4,000

Al-Mutsal (autrefois Assur) 7,000

Rahaban 2,000

Karkésia 5,000

Al-Jobar 2,000

Hhardan 15,000

Ghukbéran 10,000

Bagdad 1,000

Géhiaga 5,000

Dans un lieu à vingt pas de Géhiaga 20,000

Hhilan 10,000

Naphahh 200

Alkotsonath 300

Rupha 7,000

Séphitbib (une synagogue].

Juifs qui habitent dans les villes et autres lieux du pays de Théma. 300,000

Chibar " 50,000

Vira, fleuve du pays d’Eliman (au bord) 3,000

Néasat 7,000

Bostan 1,000

Samura 1,500

Chuzsetham 7,000

Robard-Bar 2,000

Vaanath 4,000

A reporter. 171,905

Pays de Molhhaalh (deux synagogues).______________

Charian

25,000

Hhamdan

50,000

Tabarethan

4,000

Asbaham

45,000

Scaphas

40,000

Ginat

8.000

Samarcant

50,000

Dans les montagnes de Nisbon, appartenant au roi de Perse, on dit qu'il y a quatre tribus d’Israel, savoir : Dan, Zabulon, Aser et Nephtali.

Cherataan

500

Kathiphan

50,000

Pays (le Haalam (les juifs, au nombre de vingt familles).

Ile de Cheneray

23,000

Gingalan

4,000

L’Ynde (une grande quantité de juifs).

Hhalavan

4,300

Kita

30,000

Misraïm

2,000

Gossen

4,000

Al-Bubug

200

Ramira

700

Lamhhala

500

Alexandrie

3,000

Damiette

200

Tunis

40

Messine

20

Palerme

4,500

-------

Total

448,865

Benjamin ne spécifie point le nombre des juifs d’Allemagne, mais il cite les villes où se trouvaient les principales synagogues ; ces villes sont : Coblentz, Andernach, Caub, Creutznach, Bengen, Germersheim, Munster, Strasbourg, Mantern, Freising, Bamberg, Tsor et Reguespurch. En parlant des juifs de Paris, il dit : In qua sapientium discipuli sunt omnium qui hodie in omni regione sunt doctissimi. (N.d.A.)

NOTE XIII. — page 348.

Josèphe parle ainsi du premier temple :

" La longueur du Temple est de soixante coudées, sa hauteur d’autant, et sa largeur de vingt. Sur cet édifice on en éleva un autre, de même grandeur ; et ainsi toute la hauteur du Temple était de six vingts coudées. Il était tourné vers l’orient, et son portique était de pareille hauteur de six vingts coudées, de vingt de long et de six de large. Il y avait à l’entour du Temple trente chambres en forme de galeries, et qui servaient au dehors comme d’arcs-boutants pour le soutenir. On passait des unes dans les autres, et chacune avait vingt coudées de long, autant de large, et vingt de hauteur. Il y avait au-dessus de ces chambres deux étages de pareil nombre de chambres toutes semblables. Ainsi, la hauteur des trois étages ensemble, montant ensemble à soixante coudées, revenait justement à la hauteur du bas édifice du Temple dont nous venons de parler ; et il n’y avait rien au-dessus. Toutes ces chambres étaient couvertes de bois de cèdre, et chacune avait sa couverture à part, en forme de pavillon ; mais elles étaient jointes par de longues et grosses poutres, afin de les rendre plus fermes, et ainsi elles ne faisaient ensemble qu’un seul corps. Leurs plafonds étaient de bois de cèdre fort poli, et enrichis de feuillages dorés, taillés dans le bois. Le reste était aussi lambrissé de bois de cèdre, si bien travaillé et si bien doré, qu’on ne pouvait y entrer sans que leur éclat éblouît les yeux. Toute la structure de ce superbe édifice était de pierres si polies et tellement jointes, qu’on ne pouvait pas en apercevoir les liaisons ; mais il semblait que la nature les eût formées de la sorte, d’une seule pièce, sans que l’art ni les instruments dont les excellents maîtres se servent pour embellir leurs ouvrages y eussent en rien contribué. Salomon fit faire dans l’épaisseur du mur, du côté de l’orient, où il n’y avait point de grand portail, mais seulement deux portes, un degré à vis de son invention pour monter jusqu’au haut du Temple. Il y avait dedans et dehors le Temple des ais de cèdre, attachés ensemble avec de grandes et fortes chaînes, pour servir encore à le maintenir en état.

" Lorsque tout ce grand corps de bâtiment fut achevé, Salomon le fit diviser en deux parties, dont l’une, nommée le Saint des Saints ou Sanctuaire, qui avait vingt coudées de long, était particulièrement consacrée à Dieu, et il n’était permis à personne d’y entrer ; l’autre partie, qui avait quarante coudées de longueur, fut nommée le Saint Temple, et destinée pour les sacrificateurs. Ces deux parties étaient séparées par de grandes portes de cèdre, parfaitement bien taillées et fort dorées, sur lesquelles pendaient des voiles de lin, pleins de diverses fleurs de couleur de pourpre, d’hyacinthe et d’écarlate…

" Salomon se servit, pour tout ce que je viens de dire, d’un ouvrier admirable, mais principalement aux ouvrages d’or, d’argent et de cuivre, nommé Chiram, qu’il avait fait venir de Tyr, dont le père, nommé Ur, quoique habitué à Tyr, était descendu des Israélites, et sa mère était de la tribu de Nephtali. Ce même homme lui fit aussi deux colonnes de bronze qui avaient quatre doigts d’épaisseur, dix-huit coudées de haut et douze coudées de tour, au-dessus desquelles étaient des corniches de fonte en forme de lis, de cinq coudées de hauteur. Il y avait à l’entour de ces colonnes des feuillages d’or qui couvraient ces lis, et on y voyait pendre en deux rangs deux cents grenades aussi de fonte. Ces colonnes furent placées à l’entrée du porche du Temple ; l’une nommée Jachim, à la main droite, et l’autre nommée Boz, à la main gauche…

" Salomon fit bâtir hors de cette enceinte une espèce d’autre temple, d’une forme quadrangulaire, environné de grandes galeries, avec quatre grands portiques, qui regardaient le levant, le couchant, le septentrion et le midi, et auxquels étaient attachées de grandes portes toutes dorées ; mais il n’y avait que ceux qui étaient purifiés selon la loi et résolus d’observer les commandements de Dieu qui eussent la permission d’y entrer. La construction de cet autre temple était un ouvrage si digne d’admiration, qu’à peine est-ce une chose croyable ; car pour le pouvoir bâtir au niveau du haut de la montagne sur laquelle le Temple était assis il fallut remplir jusqu’à la hauteur de quatre cents coudées un vallon dont la profondeur était telle qu’on ne pouvait la regarder sans frayeur. Il fit environner ce temple d’une double galerie soutenue par un double rang de colonnes de pierre d’une seule pièce ; et ces galeries, dont toutes les portes étaient d’argent, étaient lambrissées de bois de cèdre. "

Il est clair par cette description que les Hébreux lorsqu’ils bâtirent le premier temple n’avaient aucune connaissance des ordres. Les deux colonnes de bronze suffisent pour le prouver : les chapiteaux et les proportions de ces colonnes n’ont aucun rapport avec le premier dorique, seul ordre qui fût peut-être alors inventé dans la Grèce ; mais ces mêmes colonnes, ornées de feuillages d’or, de fleurs de lis et de grenades, rappellent les décorations capricieuses de la colonne égyptienne. Au reste, les chambres on forme de pavillon, les lambris de cèdre doré, et tous ces détails imperceptibles sur de grandes masses, prouvent la vérité de ce que j’ai dit sur le goût des premiers Hébreux.

NOTE XIV. — page 358.

Le plus ancien auteur qui ait décrit la mosquée de la Roche est Guillaume de Tyr : il la devait bien connaître, puisqu’elle sortait à peine des mains des chrétiens à l’époque où le sage archevêque écrivait son histoire. Voici comment il en parle :

" Nous avons dit, au commencement de ce livre, qu’Omar, fils de Calab, avait fait bâtir ce temple (…) et c’est ce que prouvent évidemment les inscriptions anciennes gravées au dedans et au dehors de cet édifice. (…) "

L’historien passe à la description du parvis, et il ajoute :

" Dans les angles de ce parvis il y avait des tours extrêmement élevées, du haut desquelles, à certaines heures, les prêtres des Sarrasins avaient coutume et inviter le peuple à la prière. Quelques-unes de ces tours sont deme urées debout jusqu’à présent ; mais les autres ont été ruinées par différents accidents. On ne pouvait entrer ni rester dans le parvis sans avoir les pieds nus et lavés. (…).

" Le Temple est bâti au milieu du parvis supérieur ; il est octogone et décoré, en dedans et en dehors, de carreaux de martre et d’ouvrages de mosaïque. Les deux parvis, tant le supérieur que l’inférieur, sont pavés de dalles blanches pour recevoir pendant l’hiver les eaux de la pluie qui descendent en grande abondance des bâtiments du Temple, et tombent très limpides et sans limon dans les citernes au-dessous. Au milieu du Temple, entre le rang intérieur des colonnes, on trouve une roche un peu élevée ; et sous cette roche il y a une grotte pratiquée dans la même pierre. Ce fut sur cette pierre que s’assit l’ange qui, en punition du dénombrement du peuple, fait inconsidérément par David, frappa ce peuple jusqu’à ce que Dieu lui ordonnât de remettre son épée dans le fourreau. Cette roche, avant l’arrivée de nos armées, était exposée nue et découverte ; et elle demeura encore en cet état pendant quinze années ; mais ceux qui dans la suite furent commis à la garde de ce lieu la recouvrirent, et construisirent dessus un chœur et un autel pour y célébrer l’office divin. "

Ces détails sont curieux, parce qu’il y a huit cents ans qu’ils sont écrits ; mais ils nous apprennent peu de chose sur l’intérieur de la mosquée. Les plus anciens voyageurs, Arculfe dans Adamannus, Willibaldus, Bernard de Moine, Ludolphe, Breydenbach, Sanut, etc., n’en parlent que par ouï-dire, et ils ne paraissent pas toujours bien instruits. Le fanatisme des musulmans était beaucoup plus grand dans ces temps reculés qu’il ne l’est aujourd’hui, et jamais ils n’auraient voulu révéler à un chrétien les mystères de leurs temples. Il faut donc passer aux voyageurs modernes et nous arrêter encore à Deshayes.

Cet ambassadeur de Louis XIII aux lieux saints refusa, comme je l’ai dit, d’entrer dans la mosquée de la Roche ; mais les Turcs lui en firent la description.

" Il y a, dit-il, un grand dôme qui est porté au dedans par deux rangs de colonnes de marbre, au milieu duquel est une grosse pierre, sur laquelle les Turcs croient que Mahomet monta quand il alla au ciel. Pour cette cause, ils y ont une grande dévotion ; et ceux qui ont quelque moyen fondent de quoi entretenir quelqu’un, après leur mort, qui lise l’Alcoran à l’entour de cette pierre, à leur intention.

" Le dedans de cette mosquée est tout blanchi, hormis en quelques endroits, où le nom de Dieu est écrit en grands caractères arabiques. "

Ceci ne diffère pas beaucoup de la relation de Guillaume de Tyr. Le père, Roger nous instruira mieux ; car il paraît avoir trouvé le moyen d’entrer dans la mosquée. Du moins voici comment il s’explique :

" Si un chrétien y entrait (dans le parvis du Temple), quelques prières qu’il fit en ce lieu, disent les Turcs, Dieu ne manquerait pas de l’exaucer, quand même ce serait de mettre Jérusalem entre les mains des chrétiens. C’est pourquoi, outre la défense qui est faite aux chrétiens non seulement d’entrer dans le Temple, mais même dans le parvis, sous peine d’être brûlés vifs ou de se faire Turcs, ils y font une soigneuse garde, laquelle fut gagnée de mon temps par un stratagème qu’il ne m’est pas permis de dire, pour les accidents qui en pourraient arriver, me contentant de dire toutes les particularités qui s’y remarquent. "

Du parvis il vient à la description du Temple.

" Pour entrer dans le Temple, il y a quatre portes situées à l’orient, occident, septentrion et midi ; chacune ayant son portail bien élabouré de moulures, et six colonnes avec leurs pieds-d’estail et chapiteaux, le tout de marbre et de porphyre. Le dedans est tout de marbre blanc : le pavé même est de grand,es tables de marbre de diverses couleurs, dont la plus grande partie, tant des colonnes que du marbre, et le plomb, ont été pris par les Turcs, tant en l’église de Bethléem qu’en celle du Saint-Sépulcre, et autres qu’ils ont démolies.

" Dans le Temple il y a trente-deux colonnes de marbre gris en deux rangs, dont seize grandes soutiennent la première voûte, et les autres le dôme, chacune étant posée sur son pied-d’estail et leurs chapiteaux. Tout autour des colonnes, il y a de très beaux ouvrages de fer doré et de cuivre, faits en forme de chandeliers, sur lesquels il y a sept mille lampes posées, lesquelles brûlent depuis le jeudi au soleil couché jusqu’au vendredi matin ; et tous les ans un mois durant, à savoir, au temps de leur ramadan, qui est leur carême.

" Dans le milieu du Temple, il y a une petite tour de marbre, où l’on monte en dehors par dix-huit degrés. C’est où se met le cadi tous les vendredis, depuis midi jusqu’à deux heures, que durent leurs cérémonies, tant la prière que les expositions qu’il fait sur les principaux points de l’Alcoran.

" Outre les trente-deux colonnes qui soutiennent la voûte et le dôme, il y en a deux autres moindres, assez proches de la porte de l’occident, que l’on montre aux pèlerins étrangers, auxquels ils font accroire que lorsqu’ils passent librement entre ces colonnes, ils sont prédestinés pour le paradis de Mahomet, et disent que si un chrétien passait entre ces colonnes, elles se serreraient et l’écraseraient. J’en sais bien pourtant à qui cet accident n’est pas arrivé, quoiqu’ils fussent bons chrétiens.

" A trois pas de ces deux colonnes il y a une pierre dans le pavé, qui semble de marbre noir, de deux pieds et demi en carré, élevée un peu plus que le pavé. En cette pierre il y a vingt-trois trous où il semble qu’autrefois il y ait eu des clous, comme de fait il en reste encore deux. Savoir à quoi ils servaient, je ne le sais pas : même les mahométans l’ignorent, quoiqu’ils croient que c’était sur cette pierre que les prophètes mettaient les pieds lorsqu’ils descendaient de cheval pour entrer au Temple, et que ce fut sur cette pierre que descendit Mahomet lorsqu’il arriva de l’Arabie Heureuse, quand il fit le voyage du paradis pour traiter d’affaires avec Dieu. "

NOTE XV. — page 398.

" Cependant la barque s’approcha, et Septimius se leva le premier en pieds qui salua Pompeius, en langage romain du nom d’imperator, qui est à dire souverain capitaine, et Achillas le salua aussi en langage grec, et luy dit qu’il passast en sa barque, pource que le long du rivage il y avoit force vase et des bans de sable, tellement qu’il n’y avoit pas assez eau pour sa galère ; mais en mesme temps on voyoit de loing plusieurs galères de celles du roy, qu’on armoit en diligence, et toute la coste couverte de gens de guerre, tellement que quand Pompeius et ceulx de sa compagnie eussent voulu changer d’advis, ils n’eussent plus sceu se sauver, et si y avoit d’avantage qu’en monstrant de se deffier, ilz donnoient au meurtrier quelque couleur d’exécuter sa meschanceté. Parquoy prenant congé de sa femme Cornelia, laquelle desjà avant le coup faisoit les lamentations de sa fin, il commanda à deux centeniers qu’ilz entrassent en la barque de l’Egyptien devant luy, et à un de ses serfs affranchiz qui s’appeloit Philippus, avec un autre esclave qui se nommoit Scynes. Et comme jà Achillas luy tendoit la main de dedans sa barque, il se retourna devers sa femme et son filz, et leur dit ces vers de Sophocle :

Qui en maison de prince entre devient

Serf, quoy qu’il soit libre quand il y vient.

" Ce furent les dernières paroles qu’il dit aux siens, quand il passa de sa galère en la barque ; et pource qu’il y avoit loing de sa galère jusqu’à la terre ferme, voyant que par le chemin personne ne lui entamoit propos d’amiable entretien, il regarda Septimius au visage, et lui dit : " Il me semble que je te recognois, compagnon, pour avoir autrefois esté à la guerre avec moy. " L’autre luy feit signe de la teste seulement qu’il estoit vray, sans luy faire autre réponse ne caresse quelconque : parquoy n’y ayant plus personne qui dist mot, il prist en sa main un petit livret, dedans lequel il avoit escript une harengue en langage grec, qu’il vouloit faire à Ptolemaeus, et se met à la lire. Quand ilz vindrent à approcher de la terre, Cornelia, avec ses domestiques et familiers amis, se leva sur ses pieds, regardant en grande détresse quelle seroit l’issue. Si luy sembla qu’elle devoit bien espérer, quand elle aperceut plusieurs des gens du roy, qui se présentèrent à la descente comme pour le recueillir et l’honorer ; mais sur ce poinct ainsi comme il prenoit la main de son affranchy Philippus pour se lever plus à son aise, Septimius vint le premier par derrière qui luy passa son espée à travers le corps, après lequel Salvius et Achillas desgaisnèrent aussi leurs espées, et adonc Pompeius tira sa robe à deux mains au-devant de sa face, sans dire ny faire aucune chose indigne de luy, et endura vertueusement les coups qu’ilz luy donnèrent, en soupirant un peu seulement, estant aagé de cinquanteneuf ans, et ayant achevé sa vie le jour ensuivant celuy de sa nativité. Ceulx qui estoient dedans les vaisseaux à la rade, quand ilz aperceurent ce meurtre, jettèrent une si grande clameur, que l’on l’entendoit jusques à la coste ; et levant en diligence les anchres se mirent à la voile pour s’enfouir à quoy leur servit le vent, qui se leva incontinent frais aussi tost qu’ilz eurent gaigné la haute mer, de manière que les Egyptiens qui s’appareilloient pour voguer après eulx, quand ilz veirent cela, s’en déportèrent, et ayant coupé la teste en jettèrent le tronc du corps hors de la barque, exposé à qui eut envie de veoir un si misérable spectacle.

" Philippus, son affranchy, demoura toujours auprès, jusques à ce que les Egyptiens furent assouvis de le regarder ; et puis l’ayant lavé de l’eau de la mer, et enveloppé d’une sienne pauvre chemise, pource qu’il n’avoit autre chose, il chercha au long de la grève, où il trouva quelque demourant d’un vieil bateau de pescheur, dont les pièces estoient bien vieilles, mais suffisantes pour brusler un pauvre corps nud, et encore non tout entier. Ainsi comme il les amassoit et assembloit, il survint un Romain, homme d’aage, qui en ses jeunes ans avoit esté à la guerre sous Pompeius : si luy demanda : " Qui es-tu, mon amy, qui fais cest apprest pour les funerailles du grand Pompeius ? " Philippus lui respondit qu’il estoit un sien affranchy. " Ha ! dit le Romain, tu n’auras pas tout seul cest honneur, et te prie, veuille-moy recevoir pour compagnon en une si saincte et si dévote rencontre, afin que je n’aie point occasion de me plaindre en tout et par tout de m’estre habitué en pays estranger, ayant, en récompense de plusieurs maulx que j’y ay endurez, rencontré au moins ceste bonne adventure de pouvoir toucher avec mes mains et aider à ensepvelir le plus grand capitaine des Romains. " Voilà comment Pompeius fut ensepulturé. Le lendemain Lucius Lentulus ne sachant rien de ce qui estoit passé, ains venant de Cypre, alloit cinglant au long du rivage, et aperceut un feu de funerailles, et Philippus auprès, lequel il ne recogneut pas du premier coup : si luy demanda : " Qui est celuy qui, ayant ici achevé le cours de sa destinée, repose en ce lieu ? " Mais soubdain, jettant un grand soupir, il ajouta : " Hélas ! à l’adventure est-ce toi, grand Pompeius ? " Puis descendit en terre, là où tantost après il fut pris et tué. Telle fut la fin du grand Pompeius.

" Il ne passa guère de temps après que Caesar n’arrivast en Égypte ainsi troublée et estonnée, là où luy fut la teste de Pompeius présentée ; mais il tourna la face arrière pour ne la point veoir, et ayant en horreur celui qui la luy présentoit comme un meurtrier excommunié, se prit à plorer : bien prit-il l’anneau duquel il cachettoit ses lettres, qui luy fut aussi présenté, et où il y avoit engravé en la pierre un lion tenant une espée, mais il feit mourir Achillas et Pothinus : et leur roy mesme Ptolomaeus ayant esté defaict dans une bataille le long de la rivière du Nil, disparut, de manière qu’on ne sceut oncques puis ce qu’il estoit devenu. Quant au rhétoricien Theodotus, il eschapa la punition de Caesar ; car il s’enfouit de bonne heure, et s’en alla errant çà et là par le pays d’Égypte, estant misérable et haï de tout le monde. Mais depuis, Marcus Brutus, après avoir occis Caesar, se trouvant le plus fort en Asie, le rencontra par cas d’adventure, et après lui avoir faict endurer tous les tourments dont il se peut adviser, le feit finalement mourir. Les cendres du corps de Pompeius furent depuis rapportées à sa femme Cornelia, laquelle les posa en une sienne terre qu’il avoit près la ville de Alba. "

NOTE XVI. — page 414.

Fragment d’une Lettre de J.-B. d’Ansse de Villoison, membre de l’Institut de France, au professeur Millin, sur l’inscription grecque de la prétendue colonne de Pompée.

Le professeur Jaubert vient de rapporter d’Alexandrie une copie de l’inscription fruste qui porte faussement le nom de Pompée. Cette copie est parfaitement conforme à une autre, que j’avais déjà reçue. La voici avec mes notes et avec ma traduction :

1 TO…WTATONAUTOKRATORA

2 TONPOLIOUCONALEXNDREIAC

3 DIOK H. IANONTON …TON

4 PO … EPARCOCAIGUPTOU.

Ligne première, TO. Il est évident que c’est l’article ton.

Ibidem, ligne première,…WTATONAUTOKRATORA. Il est également clair que c’est une épithète donnée à l’empereur Dioclétien ; mais pour la trouver il faut chercher un superlatif qui se termine en wtaton, par un oméga (et non par un omicron, ce qui serait plus facile et plus commun), et ensuite qui convienne particulièrement à ce prince. Je crois que c’est osiwtaton, très-saint. Qu’on ne soit pas surpris de cette épithète : je la vois donnée à Dioclétien sur une inscription grecque découverte dans la vallée de Thymbra (aujourd’hui Thimbrek-Déré), près la plaine de Bounar-Bachi, et rapportée par Lechevalier, N o 1, page 256 de son Voyage dans la Troade, seconde édition, Paris, an VII, in-8. On y lit : TWN OCIWTATWN HMWN AUTOKRLTORWN DIOKLHTIANOU KAI MAXIMIANOU ; c’est-à-dire de nos très-saints empereurs Dioclétien et Maximien. Sur une autre inscription d’une colonne voisine, ils partagent avec Constance Chlore ce même titre, osiwtatoi, très-saints, dont les empereurs grecs et chrétiens du Bas-Empire ont hérité, comme je l’ai observé ibidem, page 249.

Ligne 2, TON POLIOUCON ALEXANDREIAC. C’est proprement le protecteur, le génie tutélaire d’Alexandrie. Les Athéniens donnaient le nom de polioucox à Minerve, qui présidait à leur ville et la couvrait de son égide. Voyez ce que dit Spanheim sur le 53e vers de l’hymne de Callimaque, sur les bains de Pallas, p. 668 et suiv., t. II, édition d’Ernesti.

Ligne 3, DIOK. H. IANON. Le L et le T sont détruits ; mais on reconnaît tout de suite le nom de Dioclétien, DIOKLHTIANON.

Ibid., ligne 3, TON … TON. Je crois qu’il faut suppléer cebacton, c’est-à-dire Auguste, ton sebaston. Tout le monde sait que Dioclétien prend les deux titres d’eusebhx et de sebastox, pius augustus, sur plusieurs médailles, et celui de sebastox, Auguste, sur presque toutes, notamment sur celles d’Alexandrie, et le place immédiatement après son nom. Voyez M. Zoëga, p. 335 et suiv. de ses Nummi Aegyptii imperatorii, Romae, 1787, in-4 o.

Quatrième et dernière ligne, PO. C’est l’abréviation si connue de Pobliox, Publius. Voyez Corsini, p. 55, col. 1, De notis Graecorum, Florentioe, 1749, in-folio ; Gennaro Sisti, p. 51 de son Indirizzo per la lettura greca dalle sue oscurita rischiarata, in Napoli, 1758, in-8 o, etc. Les Romains rendaient le même nom de Publius par ces deux lettres PV. Voyez p. 328 d’un ouvrage fort utile, et totalement inconnu en France, intitulé : Notae et siglae quae in nummis et lapidibus apud Romanos obtinebant, explicatae, par mon savant et vertueux ami feu M. Jean-Dominique Coletti, ex-jésuite vénitien, dont je regretterai sans cesse la perte. Ses estimables frères, les doctes MM. Coletti, les Alde de nos jours, ont donné cet ouvrage classique à Venise, 1785, in-4 o.

Peut-être la lettre initiale du nom suivant, entièrement effacé, de ce préfet d’Égypte, était-elle un M, qu’on aura pu joindre mal à propos dans cette occasion aux lettres précédentes PO. Alors on aura pu croire que POM était une abréviation de POMPHIOC, Pompée, dont le nom est quelquefois indiqué par ces trois lettres, comme dans une inscription de Sparte, rapportée N o 248, p. XXXVIII des Inscriptiones et Epigrammata graeca et latina, reperta a Cyriaco Anconitano, recueil publié à Rome, in-fol., en 1654, par Charles Moroni, bibliothécaire du cardinal Albani. Voyez aussi Maffei, p. 66 de ses Sigloe Groecorum lapidarioe, Veronoe, 1746, in-8 o ; Gennaro Sisti, l. c., p. 51, etc. Cette erreur en aurait engendré une autre et aurait donné lieu à la dénomination vulgaire et fausse de colonne de Pompée. Les seules lettres PO suffisaient pour accréditer cette opinion dans les siècles d’ignorance.

Quoi qu’il en soit de cette conjecture, les historiens qui ont parlé du règne de Dioclétien ne m’apprennent pas le nom totalement détruit de ce préfet d’Égypte, et me laissent dans l’impossibilité de suppléer cette petite lacune, peu importante et la seule qui reste maintenant dans cette inscription. Serait-ce Pomponius Januarius, qui fut consul en 288, avec Maximien ?

Je soupçonne, au reste, que ce gouverneur a pris une ancienne colonne, monument d’un âge où les arts fleurissaient, et l’a choisie pour y placer le nom de Dioclétien et lui faire sa cour aux dépens de l’antiquité.

A la fin de cette inscription, il faut nécessairement sous-entendre, suivant l’usage constant, aneqhxen, anesthsen, ou timhsen, ou afierwsen, ou quelque autre verbe semblable, qui désigne que ce préfet a érigé, a consacré ce monument à la gloire de Dioclétien. L’on ferait un volume presque aussi gros que le recueil de Gruter si l’on voulait entasser toutes les pierres antiques et accumuler toutes les inscriptions grecques où se trouve cette ellipse si commune, dont plusieurs antiquaires ont parlé, et cette construction avec l’accusatif sans verbe. C’est ainsi que les Latins omettent souvent le verbe posvit.

Tous les livres