Commentaire sur Isaïe (page 2)
2. Et sans s'arrêter là, il énumère tous les bienfaits dont ils les a comblés; il commence par indiquer le choix du lieu : " Comme sur une corne, en un lieu fertile, " indiquant par le second mot la nature du terrain et par le premier sa position; c'est aussi ce que David, dans ses psaumes dit de Jérusalem : " Jérusalem est environnée de montagnes et le Seigneur est autour de son peuple. " (Ps. CXXIV, 2. ) il l'a fortifiée, veut-il dire, par le choix même du lieu, mais, sans se contenter de cela, il est devenu lui-même sa principale défense : il indique en effet par ce mot, comme sur une corne, que ce lieu est inexpugnable ; mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'il indique la protection divine par la métaphore dont il se sert, métaphore empruntée à la corne d'un boeuf.
C'est un proverbe dont on se sert communément en parlant de ceux qui se sont réfugiés en un lieu sûr. Comme en effet le taureau est le plus fort des animaux et qu'en lui la partie la plus forte est la corne, dont il se sert comme d'une arme, beaucoup se servent de cette figure, et l'Ecriture désigne souvent par keras monokerotos, ceux qui sont en sûreté. Ces mots: " Sur une corne " signifient donc, en sûreté, en un lieu élevé: ce qui revient à ce qui est dit dans le premier chapitre: " J'ai engendré des fils et je les ai élevés. " — " En a un lieu fertile, " ou comme dit Moïse, " dans une terre où coulent le lait et le miel. " (Exod. III, 8.) " Je l'ai entourée d'une haie et d'une palissade. " La haie, c'est ou un rempart, ou la loi, ou la Providence; car la loi était pour eux la plus forte des murailles. " Je l'ai entourée d'une palissade, " c'est-à-dire je lui ai donné un rempart assuré; car, comme il est souvent facile de franchir le mur d'une ville, je les ai entourés, dit-il, d'un autre moyen de défense. " Et je l'ai plantée de sorec. " Il continue sa métaphore, qu'il ne nous faut pas interpréter mot à mot, mais dont nous devons nous contenter de voir le but. Par sorec il désigne ici une vigne franche et de bonne race, dont le plant est choisi, éprouvé et d'excellente qualité, car il y a bien des sortes de vignes. " J'ai bâti une tour et fait un pressoir au milieu. "
Quelques-uns entendent par là le temple et par le pressoir le sanctuaire , parce que là étaient recueillis les fruits de la vertu de chacun, les offrandes et tous les sacrifices ; pour moi, comme je l'ai déjà dit et le répète encore, je ne m'attache qu'au but de l'allégorie. Par tous ces détails il ne veut faire entendre qu'une chose ; c'est qu'il les a comblés de tous ses bienfaits, et qu'il leur a montré, en tout, son amour. Je ne les ai pas écrasés de travaux, je ne les ai pas accablés de fatigues, je ne les ai (373) fait ni bâtir, ni creuser la terre, ni planter; je leur ai au contraire livré l'ouvrage entièrement achevé. Et sa charité ne s'est pas bornée à cela, mais " j'ai attendu qu'elle produisît des raisins, " et j'ai attendu avec bien de la patience le temps où elle porterait des fruits. J'ai usé de patience , ce mot : " J'ai attendu " le marque assez. " Elle n'a porté que des épines. " Il montre leur vie stérile, désolante et sans vertu. De quelle indulgence seront-ils donc dignes ceux qui cultivés avec tant de soins ne donnent que ces fruits ? " Et maintenant, homme de Juda et habitants de Jérusalem, soyez les juges entre moi et ma vigne (3). " Il faut avoir un droit bien assuré pour établir les coupables même juges de ce qu'ils ont fait. " Et maintenant; " je ne parle pas de choses anciennes, c'est aujourd'hui que je suis prêt à me soumettre à votre jugement, car je ne cesse de vous combler de bienfaits, et jamais vous ne remplissez vos devoirs. " Que ferai-je de plus à ma vigne? Car j'ai attendu qu'elle produisît des raisins et elle n'a produit que des épines (4). " La construction de cette phrase peut paraître un peu obscure : aussi il faut la rendre plus claire. Voici ce qu'il veut dire: Que fallait-il faire que je n'aie pas fait? C'est-à-dire, quel motif leur ai-je donné de pécher ainsi? Que peuvent-ils prétexter? Peuvent-ils prétendre qu'ils ont péché parce qu'on les oubliait en certaines choses? " Que ferai-je de plus à ma vigne que je n'aie fait ? Ce que j'ai fait, le voilà, dit-il; cependant je ne me contente pas du témoignage des faits ni même de celui de rua parole; mais si je n'ai pas fait tout ce qu'il y avait à faire, je vous demande de me le dire, je vous en fais juges vous qui avez joui de ces bienfaits, vous qui en êtes témoins, vous qui les avez connus par expérience , vous qui n'êtes pas étrangers et pour qui ce ne sont pas des choses inconnues. — " Maintenant donc je vais vous annoncer ce que je ferai à ma vigne (5). " Comme il a remporté la victoire, gagné sa cause et démontré leur ingratitude, il porte maintenant sa sentence, il dit ce qu'il va faire, non simplement pour les condamner, mais pour que la crainte de ces menaces les rende plus modérés. "J'en arracherai la haie et elle sera exposée au pillage; je détruirai sa muraille et elle sera foulée aux pieds. "
3. Je la priverai de mon aide, de mon secours, je ne leur accorderai plus ma bienveillance, et l'expérience du contraire leur apprendra de quels biens ils jouissaient autrefois; ils le sauront, quand ils seront exposés au pillage. — " J'abandonnerai ma vigne; elle ne sera ni taillée ni labourée (6)." Je répète qu'il se sert de la même métaphore. Cependant en cherchant avec plus de soin, on voit qu'il parle de la doctrine et des commandements. Ils ne jouiront plus des mêmes biens qu'auparavant, ils n'auront plus de docteurs, de chefs, de prophètes pour les corriger et prendre soin d'eux. Car de même que ceux qui soignent une vigne creusent, taillent, de même ceux qui dirigent les âmes menacent, effrayent, enseignent, accusent; mais, dit-il, ils seront privés de tout cela, transportés sur une terre étrangère. " Et les ronces la couvriront comme une terre abandonnée, et je commanderai aux nuages de ne plus répandre leur pluie sur elle." Il veut indiquer soit la désolation de la ville, soit l'abandon où ils seront eux-mêmes, où sera leur âme à chacun; par les nuages quelques-uns entendent les prophètes qui apportent la pluie d'en-haut et transmettent au peuple ce qui leur a été révélé. Mais ceux-là, dit-il, ne rempliront plus leur ministère habituel. S'il y en eut un ou deux qui les accompagnèrent dans leur exil, du moins la foule des prophètes se taisait.
" La vigne du Seigneur des armées, c'est la maison d'Israël et les hommes de Juda sont le plant qui fait ses délices. J'ai attendu qu'Israël fit des actions justes, et il a fait l'iniquité ;
au lieu de la justice, il n'a produit que l'injustice criante (7)." Comme ces noms présentent des métaphores nombreuses, vignes, tours, pressoir, haie, sillon, taille de la vigne, de peur que quelqu'insensé de ce temps-là ne crût qu'il s'agît en effet d'une vigne, le Prophète a eu soin de donner à .la fin l'interprétation de tout. " La vigne du Seigneur des armées c'est la maison d'Israël." Je ne parle pas de plantes, veut-il dire, d'une créature inanimée, de pierres, de murailles, mais de notre peuple. C'est pour cela qu'il a ajouté : " Et les hommes de Juda sont le plant qui fait ses délices; " car Juda surpassait les dix tribus; le temple et tout ce qui servait au culte était là; il florissait plus que le reste d'Israël, et cette tribu était plus royale et plus puissante. Il s'est servi du mot " qui fait ses délices " pour leur adresser un nouveau reproche, de ce qu'ils s'étaient montrés tels envers celui qui les aimait tant. (374) En effet quand des personnes s'aiment, elles ne peuvent pas, même dans des reproches, cacher l'excès de leur amour.
Ceci nous fait découvrir un second enseignement qui n'est pas à dédaigner. Quel est-il? C'est de savoir quand et four quels endroits de l'Ecriture on peut se servir de l'interprétation allégorique ; qu'il n'est pas en notre pouvoir de régler cette manière à notre gré, qu'il faut avant tout nous attacher à la pensée même des Ecritures, et n'user de l'interprétation allégorique qu'autant que nous y serons autorisés par le texte sacré lui-même.
Ce que je veux dire, le voici. L'Ecriture se sert des termes de vigne, de haie, de pressoir; et, au lieu de laisser l'auditeur libre d'appliquer ces figures aux choses ou aux personnes qu'il voudrait, elle en indique elle-même par avance l'interprétation, en disant: " La vigne " du Seigneur des armées, c'est la maison d’Israël. " Quand Ezéchiel parle d'un aigle énorme, aux grandes ailes, qui se dirige vers le Liban et qui enlève l'extrémité des branches d'un cèdre (Ezéch. XVII, 3), il ne laisse pas à l'auditeur le soin d'interpréter cette allégorie, mais il indique lui-même ce qu'il veut désigner par cet aigle et par ce cèdre. Notre prophète, un peu plus loin, parle d'un fleuve qui se répand avec violence sur la Judée , et ne voulant pas laisser à chacun la liberté d'appliquer cette figure selon sa guise à qui il voudrait, il déclare quel est le roi qu'il désigne par ce fleuve. Et telle est la pratique constante des saintes Ecritures, qu'à l'allégorie se trouve jointe son interprétation, de peur que l'imagination déréglée des chercheurs d'allégorie n'aille à tout propos et sans motif s'égarer et se précipiter à l'aventure. Et vous étonnerez-vous si les prophètes l'ont fait, quand l'auteur des Proverbes n'a pas agi autrement? Après avoir dit, " qu'une biche chérie, qu'un faon de délices soit avec vous; que la source de cette eau soit pour vous seul (Prov. V, 19), " il indique à qui s'appliquent ces paroles, à une épouse légitime et libre, et non à une femme de fornication, à une adultère.
De même Isaïe déclare ici qui cette vigne représente.
Puis après avoir rappelé les crimes, il annonce le châtiment; et à la fin il dit encore pour expliquer sa conduite : " J'ai attendu qu'ils fissent des actions justes et je ne vois qu'iniquité, et qu'ils portassent des fruits de justice et ils ne produisent que l'injustice criante. " C'est avec justice , veut-il dire , que je les punirai. Car j'ai attendu qu'ils fissent des actions justes , c'est-à-dire pleines d'équité ; et ils n'ont produit que le contraire, l'impiété, l'injustice, de criantes iniquités. Par ces iniquités criantes, il entend la passion des richesses, la colère injuste, les fureurs insensées , les luttes, les disputes. " Malheur à ceux qui joignent maison à maison, qui ajoutent terre à terre , pour enlever quelque chose à leur voisin (8) ! " Après avoir dit qu'ils se rendent coupables d'iniquités criantes parla passion des richesses, il indique une espèce de péché qui renferme une iniquité monstrueuse. Et il recommence ses gémissements, pour montrer combien sont grandes leurs fautes et incurables leurs maladies.
4. Ces crimes, nous les voyons encore maintenant commis par ceux qui abusent de leurs richesses, qui veulent s'emparer des possessions de leurs voisins, non pour se mettre en sûreté, mais pour nuire aux autres et qui, semblables à un feu envahisseur, ruinent tous leurs voisins. " Habiterez-vous donc seuls sur la terre? Tout cela est monté aux oreilles du Seigneur des armées. " Ce qui veut dire que leurs efforts seront vains, inutiles et sans résultat. Comme en effet les châtiments et-les fléaux sont moins propres à convertir ces pécheurs, que de savoir qu'ils ne jouiront pas de leurs rapines, le Prophète leur adresse cette menace et leur dit qu'ils travaillent, qu'ils se rendent malheureux, qu'ils accumulent injustice sur injustice, mais que la jouissance de leurs crimes leur sera ravie. Car, veut-il dire, cet œil qui ne connaît pas le sommeil ne se fermera pas sur leurs fautes. Ce mot " est monté " ne marque pas que les crimes viennent d'être manifestés à Dieu, mais bien que le châtiment est proche, qu'ils vont recevoir leur récompense. " S'ils ont beaucoup de maisons, toutes grandes et toutes belles qu'elles seront, elles deviendront désertes, sans qu'un seul homme y habite. "
Voilà l'effet de la passion d'amasser; lorsqu'elle apporte des richesses nouvelles, elle fait négliger les premières. C'est ce qu'Isaïe indique en disant: Lorsque vous élèverez de splendides édifices et que vous acquerrez les biens des autres, vous perdrez les vôtres. Elles seront debout, ces maisons que personne n'habitera, mais qui accuseront si clairement les ravisseurs, car leur solitude même , si grande et si prolongée, sera comme un monument de (375) leur péché. " Car dix arpents de vigne rempliront à peine un petit vase de vin, et celui qui aura semé six mesures n'en recueillera que trois (10). " De la désolation de la ville il passe à celle de la campagne, afin de faire sur l'auditeur plus d'impression. Car, dit-il, les maisons auront perdu leurs habitants, et la terre sa force productive. Au commencement, en punition de la faute d'Adam , elle porta des ronces et des épines, et ensuite, à cause du crime de Caïn, elle ne donna que des produits disproportionnés avec la culture qu'elle recevait et la fertilité native qui lui restait. Il y a encore bien d'autres circonstances où l'on peut voir la terre châtiée à cause des crimes des hommes.
Et pourquoi vous étonner de ce que l'iniquité des hommes empêche sa fécondité et sa fertilité, quand vous savez que par nous elle est devenue corruptible et que par nous elle deviendra incorruptible? Car puisqu'elle n'existe qu'à cause de nous et pour nous servir, les modifications de son existence lui viennent aussi du même principe.
Il en arriva de même sous Noé. Quand la malice des hommes fut arrivée à son dernier terme, tout se corrompit, semences, plantes, animaux, terre, mer, air, montagnes, forêts, collines, villes, remparts, maisons, tours, et tout fut recouvert par ce terrible déluge. Et quand le genre humain dut se multiplier de nouveau, la terre rentra dans l'ordre ancien et recouvra sa beauté première. Tous ces événements eurent lieu à cause des hommes, comme il est facile de le voir. Caria mer se retira et elle apparut ensuite, le soleil et la lune s'arrêtèrent et quittèrent leur course accoutumée , le feu reçut les mêmes propriétés que l'eau , la terre que la mer, la mer que la terre; tout enfin, pour le dire en un mot, se transforme pour s'accommoder aux besoins de l'homme. Aussi l'homme étant plus précieux que tout le reste et tout n'existant que pour lui , aujourd'hui que le peuple juif a péché, Dieu arrête la fertilité de la terre, et, malgré les fatigues et les travaux réitérés, il ne laisse pas ses entrailles donner leur produit habituel , afin qu'on sache que ce n'est pas l'art de la culture, ni les boeufs et la charrue , ni rien de semblable , mais le Maître de toutes ces choses qui répand les biens d'une main libérale et qui, quand il le veut, arrête le cours de ces largesses. — " Malheur à ceux qui se lèvent le matin pour courir après le vin de palmier et qui restent jusqu'au soir, en sorte que le vin les échauffe ! Le luth et la harpe, les flûtes et les tambours ne manquent pas dans leurs orgies; mais ils n'ont aucun égard à l'ombre du Seigneur, et ils ne considèrent point les ouvrages de ses mains (11 et 12.) " En leur reprochant leur orgueil, il indique la source du mal. C'est l'ivrognerie, mère de mille maux, surtout quand elle est audacieusement portée jusqu'à un tel excès.
5. Voyez avec quel soin il formule ses reproches. C'est tout le jour, dit-il, qu'ils emploient à cela. Ce n'est pas seulement pendant les repas nécessaires qu'ils le font ; mais toute heure est pour eux une heure d'ivresse; dès le commencement du jour, alors surtout qu'ils devraient faire un retour sur eux-mêmes, ils s'abandonnent au vin, et qu'ils le veuillent ou ne le veuillent pas, ils demeurent jusqu'au soir rivés à cette chaîne. Quant une fois ils se sont enfoncés dans l'abîme de l'ivresse, qu'ils ont perdu leur raison, qu'ils ont réduit leur âme sous le dur esclavage de cette passion, semblables à un navire sans lest, privé de pilote et de matelots, qui erre ça et là, que le courant des eaux emporte partout, le gouffre de l'ivresse les engloutit. C'est pourquoi le Prophète dit : " Malheur à ceux qui se lèvent le matin pour courir après le vin de palmier !" Ils ne satisfaisaient pas à un besoin, ils n'attendaient pas que la nécessité se fit sentir, mais c'était leur unique affaire et leur occupation que de s'enivrer sans cesse. C'est pour cela qu'il dit : " Pour courir après le vin de palmier. " Le vin de palmier , c'est le suc qu'on extrait du fruit de cet arbre, en l'écrasant et le pilant, suc qui a la nature du vin. Il est soporifique et produit l'ivresse. Mais sans faire attention à rien de tout cela, ils poursuivaient toujours leur plaisir et restaient jusqu'au soir. "En sorte que le vin les échauffe. " Telle est en effet la nature de l'ivresse; plus on la satisfait, plus elle augmente, et plus la soif qu'elle produit est difficile à supporter. Puis il leur adresse une seconde accusation qui n'est pas moindre que la première. " Le luth et la harpe, les flûtes et les tambours ne manquent pas dans leurs orgies. " C'est ce qu'un autre prophète leur reproche en ces termes : " Vous buvez le vin purifié, vous vous parfumez des huiles les plus précieuses, vous accordez vos voix avec le son des instruments de musique. Vous regardez cette vie comme (376) stable et comme ne devant point finir. " (Amos, VI, 6, 5.) C'est la marque d'une extrême folie et d'une âme sans vigueur que de faire de sa maison un théâtre et de se livrer à de tels chants. Si l'ivresse obscurcit, la musique affaiblit la vigueur de l'esprit, elle brise la force de l'âme et la porte aux dernières iniquités.
" Ils n'ont aucun égard à l'oeuvre du Seigneur et ils ne considèrent point les ouvrages de ses mains. " Il entend par là ou ses miracles ou le spectacle de la nature. Comment pourraient-ils le contempler, eux qui font du jour la nuit, et qui la nuit ressemblent à des cadavres? Comment pourraient-ils voir le lever du soleil, l'éclatante beauté du ciel, la variété - des astres qui brillent le soir, l'ordre et la subordination qui règnent dans toute la création, eux qui ont perdu la vue extérieure et la vire intérieure? C'est donc un grand crime qu'ils ont commis de passer leur vie sans contempler les merveilles que Dieu a produites, et de consumer leur temps dans les ténèbres de l'ivresse.
" Mon peuple est devenu esclave, parce qu'il n'a pas connu le Seigneur (13). " Il parle de l'avenir comme d'un passé et il annonce le châtiment de ce crime. L'ivresse seule peut déjà tenir lien de châtiment, puisqu'elle remplit l'âme de trouble, et l'intelligence de ténèbres, qu'elle la rend captive, qu'elle lui cause mille maladies et au dedans et au dehors. Paul savait bien que la malice seule est un châtiment ; c'est pour cela qu'il dit: " Recevant ainsi en eux-mêmes la récompense qui était due à leur égarement. " (Rom. I, 27.) Mais comme leur insensibilité était portée à ce point qu'ils étaient punis et ne le sentaient pas, qu'ils étaient malades et ne le savaient pas, il ajoute la menace d'un châtiment corporel : " Mon peuple a été emmené captif, parce qu'il n'a pas connu le Seigneur. Et une foule d'hommes moururent par la faim et le manque d'eau. "
Remarquez que l’ordre même de ses menaces est un avertissement, et qu'il n'inflige pas (le suite le plus grave châtiment. Ce n'est pas la captivité qui les punit d'abord, mais la faim et la soif, afin qu'ils restent chez eux en devenant meilleurs et que leurs vices incorrigibles n'attirent pas l'armée des barbares. Mais comme ils n'ont cédé en rien et qu'ils n'ont point profité de ce délai, il leur inflige enfin le dernier châtiment. Et pourtant, avant d'en arriver là, il dépeint en termes vifs et énergiques le supplice de la faim : " L'enfer, " dit-il, " a élargi son âme; " non que l'enfer ait une âme, mais le Prophète use d'une prosopopée pour mieux menacer, il veut rendre sa parole expressive et jeter une vive crainte dans l'esprit des auditeurs. Aussi il ajoute dans le même but : " Et il a ouvert sa gueule pour ne plus la refermer, " comme s'il parlait de quelque monstre et qu'il leur mit sous les yeux le châtiment qui les attendait. Et ce qu'il v a de plus grave, c'est qu'il ne se contente pas d'ouvrir la gueule, mais qu'il la tient toujours béante, sans jamais être rassasié partout ce qui y tombe. " Et tous y descendront, illustres, grands, riches, ceux qui sont la peste d'Israël (14). " — Et pour nous apprendre que ce n'est pas le cours de la nature qui amènera cet événement, mais que ce fléau viendra de Dieu, que ce châtiment sera envoyé par le ciel, le Prophète annonce qu'il atteindra les illustres, les puissants , ceux qui bouleversent tout, qui jettent la confusion dans la nation juive.
6. Il appelle la " peste " d'Israël ceux qui, loin de conserver en eux-mêmes leur méchanceté, la communiquent aux autres.
Tel est en effet le caractère de la peste. Dès qu'elle est sortie d'un corps, elle se répand parmi les autres. " Et ceux qui s'y réjouissent. " Celui qui vit dans les délices et la joie, qui croit être à l'abri de tout événement, celui-là même tombera et sera captif. " L'homme sera humilié, les grands seront méprisés et les yeux dus superbes seront abaissés.
Et seul, le Seigneur des armées sera glorifié par ce jugement (15, 16). " Voyez encore comme Dieu cherche leur bien. Il ne cherche pas leur ruine complète, il ne veut pas que tout le peuple périsse, mais il en laisse quelques-uns, pour que la vue du châtiment de ceux qui ont été exterminés les rende meilleurs. C'est ce qu'il donne à entendre en disant : " L'homme sera humilié, " c'est-à-dire celui qui restera, qui demeurera. " Et le Seigneur des armées sera glorifié par ce jugement, et le Dieu saint sera glorifié dans la justice. " il indique deux biens qui en résulteront, à savoir, que les hommes se dépouilleront de leur orgueil et deviendront meilleurs, et que Dieu sera pour tous un sujet d'admiration ; car, s'il est " exalté et glorifié, " ce sera par cette punition, par ce châtiment. Que veut dire ce mot " par (377) ce jugement? " C'est-à-dire par cette vengeance.
" Et ils paîtront dispersés comme des taureaux, et les agneaux se nourriront dans les déserts qu'ils auront quittés (17). " Il indique par là le petit nombre de ceux qui resteront, et l'immense désolation du pays. " Malheur à vous qui tirez comme avec une corde vos iniquités et comme avec une courroie vos péchés; qui dites : Arrive bientôt ce que Dieu doit faire afin que nous le voyons; que les projets du saint d'Israël se réalisent afin que nous les connaissions (18, 19). " Les prophètes avaient beau menacer continuellement et prédire des choses terribles, les faux prophètes qui ne parlaient que pour être agréables, et qui ôtaient au peuple toute énergie, disaient que ceux-là trompaient, et qu'eux-mêmes étaient seuls dans la vérité.
Beaucoup, séduits parleurs mensonges, ne croyaient pas. D'ailleurs les prophéties ne se réalisant pas au moment où elles, étaient annoncées, puisque le propre de la prophétie est. d'annoncer les événements longtemps à l'avance, comme les prophètes menaçaient sans cesse de famines, de pestes, de guerres, sans pouvoir jamais les montrer, beaucoup prenaient de là occasion de n'y pas traire et disaient : Vienne ce que vous annoncez; si vous dite: vrai, que vos paroles se réalisent; montrez-nous dans les événements actuels la volonté de Dieu. Puis donc qu'ils se faisaient de la patience divine un prétexte pour ne pas croire et qu'à leurs péchés ils en ajoutaient deux autres, d'abord l'incrédulité, puis l'indifférence qu'amenait cette incrédulité, c'est avec raison que le Prophète gémit sur eux en disant: Vous attirez sur vous comme par une longue corde la colère de Dieu et vous aggravez votre malice. Puisque vous n'ajoutez pas foi à nos paroles, il ne vous reste qu'à subir l'épreuve des événements. Ainsi c'est vous qui vous attirez des maux, en refusant de croire à nos paroles. C'est pourquoi il dit : " Malheur à vous qui tirez comme avec une corde vos iniquités! " c'est-à-dire le châtiment de vos iniquités. Vous attirez de loin, veut-il dire, comme avec une corde la punition que vos péchés ont méritée, comme avec la courroie qui fixe une génisse sous le joug, marquant ainsi le zèle et l'ardeur qu'ils mettent à pécher. Vous ressemblez à celui qui traîne un fardeau au moyen d'une forte courroie , et c'est ainsi que par votre incrédulité vous attirez sur vous la colère de Dieu. Il indique ensuite comment ils l'attirent: "Arrive bientôt ce que Dieu doit faire, afin " que nous le voyions ! " C'est ce qu'un autre prophète leur reproche en ces termes: " Malheur à vous qui désirez voir le jour du Seigneur. De quoi vous servira-t-il, ce jour? Il n'est que ténèbres sans lumière, qu'obscurité sans clarté. " (Amos, V,18, 19.) Ces incrédules aussi disaient : " Quand viendra le jour du châtiment et de la vengeance? Malheur à vous qui appelez le mal bien et le bien mal, qui changez la lumière en ténèbres et les ténèbres en lumière, qui transformez la douceur en amertume et l'amertume en douceur (20). " C'est toujours la même pensée. Après leur avoir reproché d'insulter les prophètes et de les appeler trompeurs, d'honorer les faux prophètes et de renverser l'ordre des choses, il les appelle encore malheureux parce que leurs jugements sont corrompus. " Malheur à vous qui appelez le mal bien (il désigne par là les paroles des faux prophètes), et le bien mal ( les paroles des prophètes), qui changez la lumière en ténèbres et les ténèbres en lumière, qui transformez la douceur en amertume et l'amertume en douceur ! " Les paroles des prophètes sont dures, il est vrai, mais il n'y a rien de plus doux qu'eux, puisque leurs menaces doivent détourner les événements fâcheux. Les paroles des faux prophètes sont douces : mais il n'y a rien de plus amer qu'eux, puisque ces paroles agréables amèneront des punitions trop réelles.
7. Voyez avec quelle sagesse le Prophète a montré la fausseté de leurs jugements. Comme ils s'éloignaient des uns, parce que leurs paroles étaient dures et qu'ils se rapprochaient des autres, parce qu'ils montraient plus de douceur et de complaisance, il leur fait voir que c'est tout le contraire, que les prophètes n'ont que de la douceur et les faux prophètes que de l'amertume. Nous raisonnerons de même sur la lumière et l'obscurité. Les uns conduisaient à l'erreur, les autres à la vérité; les uns, leur liant pour ainsi dire les mains, les livraient enchaînés à l'obscurité de l'esclavage; les autres n'omettaient rien pour les amener à la lumière de ta liberté. Comme donc les Juifs avaient de ceux-ci une opinion fausse et défavorable, c'est avec raison qu'il les reprend en disant: " Malheur à ceux qui font de la lumière les ténèbres et des ténèbres la lumière ! (378) Malheur à ceux qui sont sages à leurs propres yeux a et prudents devant eux-mêmes (21) ! " Ce n'est pas un léger défaut que de se croire sage et de ne savoir pas contenir ses pensées. C'est de là que vient ce qu'il reproche, je veux dire d'appeler le mal bien et le bien mal, etc. C'est aussi ce que Paul reproche aux philosophes profanes " En se disant sages, ils sont devenus fous. " (Rom. I, 22.) Et les Proverbes disent encore : " J'ai vu un homme qui se croit sage; il y a plus à espérer de celui qui n'a point de sens. " (Prov. XXVI,12.) C'est ce que Paul rappelle encore en ces termes : " Ne soyez point sages à vos propres yeux (Rom. XII, 16) ; " et encore : " Si quelqu'un de vous paraît sage selon ce siècle, qu'il devienne fou pour être sage. " (I Cor. III, 18.) Qu'il ne se confie pas, veut-il dire, à sa propre sagesse ni en ses propres pensées, mais qu'il les rejette et qu'il livre son âme aux leçons de l'Esprit-Saint. Puis donc qu'il y avait parmi les Juifs des hommes qui méprisaient les prophètes, parce que ceux-ci étaient bergers et chevriers, des hommes qui ne voulaient tirer leur sagesse que d'eux-mêmes, marque évidente de leur folie, et qui rejetaient la parole prophétique, c'est avec raison qu'Isaïe gémit sur eux en disant: " Malheur à ceux qui sont prudents en eux-mêmes et sages à leurs propres yeux ! Malheur à ceux d'entre vous qui sont forts et qui boivent le vin, qui sont puissants et, qui s'enivrent du vin de palmier (22). " Ne vous étonnez pas de ce qu'après avoir tant parlé de l'ivresse un peu plus haut, il revienne de nouveau sur le même sujet. Car comme cette blessure est grave et difficile à fermer, il faut la laver souvent. Elle est grave et difficile à fermer, parce que la plupart ne la regardent pas comme un péché, bien qu'elle soit le plus grave de tous les péchés, et qu'elle amène à sa suite mille dérèglements. C'est pour cela qu'il dit: " Qui buvez le vin, qui êtes puissants et qui vous enivrez du vin de palmier. " C'est un double danger que la tyrannie de l'ivresse et l'excès de la puissance, Tous les hommes ont besoin de garder leur présence d'esprit, mais surtout ceux qui sont revêtus de dignités et d'une grande puissance. afin de ne pas être emportés dans le précipice par le poids de leur charge comme par un irrésistible courant d'eaux furieuses. " Qui, pour des présents, justifient l'impie et qui ravissent au juste sa propre justice (23). " C'est un double crime que d'absoudre le coupable et de condamner l'innocent, et ce double crime vient d'une même origine, les présents.
" C'est pourquoi comme la paille se consume par le feu et est dévorée par la flamme ardente... " La punition sera prompte et la vengeance facile; cette image montre bien que leur ruine sera complète.
8. C'est ce que signifient et le feu et la flamme, et la paille, et tout le reste. " Leur " racine sera réduite en cendres et leur fleur tombera comme la poussière. " f e qui est solidement fixé périra, ce qui est brillant sera flétri, ce qui est beau passera et s'écoulera. " Car ils n'ont pas voulu observer la loi du Seigneur des armées et ils se sont indignés contre la parole du saint d'Israël. " Cette parole, c'est la loi. " Et le Seigneur des armées s'est irrité contre son peuple; il a étendu sa main contre eux et il les a frappés; il s'est irrité contre les montagnes et leurs cadavres ont été jetés comme du fumier au milieu de la route. Et tout cela n'a pas satisfait sa colère, " mais son bras est encore levé (25.) " Le Prophète indique par là une guerre terrible où il ne leur sera pas permis d'ensevelir les cadavres, non que Dieu veuille se venger sur les morts, mais pour que le châtiment d'autrui apprenne aux vivants à se corriger. Et voyez comme ce langage est sévère. Il ne dit pas qu'ils seront privés de sépulture, mais que les morts seront jetés avec plus de mépris que le fumier, ce qui est pour les vivants le spectacle le plus terrible, plus terrible même que la mort. Mais ce qu'il y a de plus grave, c'est que tous ces châtiments ne les ont pas rendus meilleurs et qu'ils ont persévéré dans la même conduite., Puis donc qu'ils ne sont pas devenus meilleurs, il les menace de nouveau du plus grave fléau, des barbares. C'est pour cela qu'il ajoute : " Donc il élèvera son étendard parmi les nations éloignées (26.) " De peur que la longueur de la route ne laisse les coupables dans leur indifférence, il ajoute que Dieu amènera les barbares aussi facilement que celui qui, levant l'étendard, est aussitôt suivi par des gens armés et équipés : il en est de même pour des chevaux dressés au combat. Car aussitôt que l'étendard est levé pour le départ, ils se précipitent hors des barrières.
Le Prophète fait donc entendre deux choses, qu'il est facile aux barbares de venir à l'appel de Dieu, et que depuis longtemps ils seraient (379) accourus, si sa longue patience ne les avait retenus. Puis il continue et leur montre que cela est plus facile encore : " D'un coup de sifflet il les appellera des extrémités de la terre. " Ne vous étonnez pas si, parlant de Dieu, il se sert de paroles si grossières; il proportionne son langage à la stupidité des auditeurs, et ne veut qu'une chose, leur faire comprendre que cela est facile à Dieu et qu'ils n'échapperont pas à la punition ; aussi ajoute-t-il : " Et aussitôt ces nations accourront avec rapidité; elles ne " sentiront ni faim ni fatigue; elles ne dormiront point. " Ce langage est hyperbolique. Comment ces étrangers pouvaient-ils échapper à la faim et au sommeil, puisqu'ils étaient hommes, et soumis aux misères communes de notre nature? Mais comme je l'ai dit plus haut, il ne veut par tous ces détails que montrer la promptitude de l'armée d'invasion, sa facilité, sa rapidité. Ils ne quitteront pas les baudriers dont leurs reins sont ceints et les cordons de leurs soulier ne se rompront pas. Leurs flèches sont aiguës et leurs arcs toujours tendus. Les pieds de leurs chevaux sont durs comme le rocher et les roues de leurs chars rapides comme la tempête. Ils se précipitent comme des lions et se présentent comme les petits du lion. Ils saisiront leur proie en criant comme une bête féroce, et l'emporteront sans que personne la leur puisse ôter. En ce jour-là ils s'élanceront sur Israël avec des cris semblables au bruissement des flots de la mer. Ils jetteront les yeux en haut vers le ciel, en bas vers la terre, et il n'y aura qu'obscurité profonde dans leur désolation (27-30.)
Le Prophète emploie tous ces détails pour rendre son langage plus imposant, et la terreur plus forte, en parcourant successivement chaque partie, d'abord la résolution, puis la force, les armes, les chevaux, les chars ; il veut par cette longue énumération imprimer une crainte plus profonde, et par ces images frappantes mettre la chose sous les yeux. Aussi compare-t-il les envahisseurs à des lions, et sans s'arrêter là il fait entendre le rugissement, montre la colère du monstre; il continue la métaphore et n'emploie que des figures. De là il passe à la mer, disant qu'il y aura un bruit, un tumulte, comme quand la mer est en fureur et que ses flots sont soulevés; en un mot, il a recours à tout pour augmenter la frayeur et faire que ces événements funestes soient évités. Et ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est que ces malheureux ne trouveront aucun secours ni sur la terre ni dans le ciel, mais privés de toute aide d'en-haut, de toute aide d'en-bas, ils deviendront la proie de leurs ennemis. Leur malheur sera pour eux une affreuse obscurité , non que le soleil disparaisse à leurs yeux, mais parce qu'en plein midi leur disposition d'esprit leur fait trouver les ténèbres au lieu de la lumière : effet que l'affection et la douleur produisent souvent en nous. Et pour vous apprendre que cette obscurité vient, non de l'air, mais de la disposition d'esprit des Juifs, le Prophète ajoute : " Obscurité profonde dans leur angoisse. "
CHAPITRE SIXIèME. 1. " ET IL ARRIVA L'ANNéE QUE MOURUT OZIAS. " ANALYSE.
3. Les séraphins ne peuvent supporter la vue de Dieu ; quelle n'est donc pas la démence des hérétiques anoméens qui se vantent de contempler Dieu à leur aise et de le connaître parfaitement!
1. Pourquoi le Prophète qui désigne ordinairement les armées parla vie des rois, désigue-t-il celle-ci par la mort d'Ozias? Car il ne dit pas " Il arriva pendant la vie d'Ozias, " ni " sous le règne d'Ozias, " mais bien " Lorsqu'il mourut. " Pourquoi en agit-il ainsi en cet endroit? Ce n'est pas sans raison ni motif, mais par un dessein caché. Quel est-il? Cet Ozias que sa bonne fortune avait exalté, que sa prospérité avait enivré, était devenu trop orgueilleux. Parce qu'il était roi, il avait cru pouvoir sacrifier, il s'était jeté dans le temple, avait pénétré dans le saint des saints, et bien que le grand prêtre voulût l'en empêcher et lui défendre l'entrée du sanctuaire, il n'en avait pas tenu compte, et persistant dans sa folle entreprise, il avait rejeté les paroles du pontife. Pour le punir de cette impudence, Dieu l'avait frappé de lèpre sur le front. Pour avoir voulu usurper l'honneur d'autrui il avait perdu le sien. Car non-seulement il n'obtint pas le sacerdoce, mais devenu impur, il fut chassé du palais, et il passa le reste de sa vie, caché dans une maison, ne pouvant supporter sa honte. Le peuple tout. entier fut aussi puni, parce qu'il avait méprisé les lois du Seigneur et qu'il n’avait pas vengé l'honneur du sacerdoce outragé. Et comment fut-il puni? Par la cessation du ministère des Prophètes : Dieu dans sa colère ne leur répondit plus rien à quoi que ce fût. Il ne le fit cependant pas pour toujours, mais il assigna pour terme à cette punition le terme de la vie du roi. Quand celui-là fut sorti de la vie, Dieu sortit aussi de sa colère et ouvrit en quelque sorte de nouveau les portes de la prophétie. C'est pour nous faire souvenir de cela que le Prophète rappelle l'année de la mort du roi.
Voici le commencement de sa prophétie : " Il arriva que, l'année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis. " Et cependant le Christ dit : " Personne n'a jamais vu le Père; le Fils unique qui est dans le sein du Père est celui qui l'a fait connaître. " (Jean, II, 18.) Et encore : " Non que personne ait vu le Père, si ce n'est celui qui est de Dieu , car celui-là a vu le Père. " (Jean, vil, 46.) Et il dit lui-même à Moïse : " Personne ne pourra voir ma face et vivre encore. " Comment donc Isaïe peut-il dire qu'il a vu le Seigneur? " J'ai vu," dit-il, " le Seigneur. " Il n'a rien dit de contraire aux paroles du Christ, rien qui ne leur fût conforme. Le Christ parle en effet d'une vue claire, telle que personne ne l'a eue; or nul autre que le Fils n'a vu cette nature divine à découvert et sans ombre, et le Prophète dit qu'il en a eu une vue conforme à sa propre nature. Il n'a pas vu ce que Dieu est, mais il l'a vu comme en figure, et Dieu avait bien voulu s'abaisser autant que le demandait la faiblesse du Voyant. Que ni lui ni les autres prophètes n'aient vu la divinité à découvert, leurs paroles le montrent clairement. " J'ai vu, e dit-il, " le Seigneur assis. " Priais Dieu ne s'assied point ; c'est une figure empruntée au corps. Et non-seulement " assis, " mais " sur un trône. " Or, rien ne peut contenir Dieu comment pourrait-il être contenu quelque part, Celui qui est présent partout, qui remplit tout, " dans la main duquel sont les limites de la terre? " (Ps. XCIV, 4.) Ce qui montre que si cette vision avait lieu, c'est parce que Dieu s'abaissait. C'est ce qu'indique encore un autre prophète, parlant au nom de Dieu : " J'ai multiplié les visions (Osée, XII, 10) ; " c'est-à-dire, je me suis laissé voir de diverses manières. Si c'était sa substance pure que l'on eût découverte, on ne l'eût pas vu de diverses manières. Mais pour marquer que c'était par condescendance qu'il se laissait voir aux prophètes, tantôt de cette manière, tantôt de cette autre, conformant ces visions aux diverses circonstances, il dit : " J'ai multiplié les visions, et les prophètes m'ont représenté à vous sous des images différentes.
" Je n'ai pas paru comme j'étais, veut-il dire, mais je me suis conformé à la faiblesse de ceux qui me regardaient. Aussi vous le voyez, tantôt assis, tantôt armé, tantôt couvert de cheveux blancs, tantôt au grand air, tantôt dans le feu, tantôt st; détournant, tantôt sur les chérubins, tantôt enfin, plus éclatant que les métaux les plus brillants. Dire pourquoi il apparaît tantôt armé et couvert de sang, tantôt dans le feu, tantôt se détournant, tantôt dans le ciel, tantôt sur un trône, tantôt sur les chérubins, ce n'en est pas ici le lieu, de peur que le hors-d'oeuvre n'absorbe l'oeuvre. Cependant la vision présente demande que (381) nous l'examinions. Pourquoi donc apparaît-il assis sur un trône, et entouré de séraphins? Il emprunte les usages des hommes, parce qu'il s'adresse à des hommes. Comme il allait parler de grandes choses qui concernaient soit toute la terre, soit Jérusalem en particulier, il rend une double sentence, l'une par laquelle il annonce un grand châtiment à la capitale et à la nation tout entière, l'autre par laquelle il promet à la terre un grand bienfait, de grandes espérances et un honneur immortel.
2. Quand on rend une sentence, il est d'usage de ne pas le faire en secret, mais de s'asseoir sur une tribune élevée, de se faire entourer de tous et d'ouvrir les rideaux. C'est pour imiter ces juges de la terre que Dieu se fait entourer de séraphins, et qu'il s'assied sur un trône élevé pour prononcer son arrêt.
Et pour vous montrer que ceci n'est pas une conjecture, mais que c'est la coutume du Seigneur d'agir ainsi, je veux vous faire voir la même chose dans un autre prophète. Quand, dans le prophète Daniel, il est sur le point de rendre une sentence importante au sujet des châtiments et des punitions, que se sont attirés les Juifs et des grands biens qui vont être donnés à la terre, nous voyons là aussi un trône éclatant et splendide, des légions d'anges qui l'entourent, des multitudes d'archanges, le Fils unique assis à côté du Père, des livres qui sont ouverts, des fleuves de feu qui roulent leurs ondes terribles, tout l'appareil enfin d'un redoutable tribunal. Et notre passage est tout à fait semblable à celui-là, ou plutôt celui-là est plus clair encore, les temps étant devenus plus proches et la prophétie étant arrivée à sa fin. Mais laissons aux hommes studieux le soin de comparer ces prophéties, d'en saisir la ressemblance, hâtons-nous de revenir à la première, et arrêtons-nous à chaque mot autant qu'il est possible. C'est ainsi que tout ce que nous avons dit deviendra plus clair et pour vous et pour nous. Que dit donc le Prophète ? " J'ai vu le Seigneur assis. " S'asseoir sur un trône, c'est toujours la marque d'un juge, selon cette parole de David : " Vous vous êtes assis sur un trône, vous qui jugez les justices; " et celle-ci de Daniel : " Les trônes furent apportés et les juges s'assirent." Cet état seul d'être assis marque encore autre chose, selon le même prophète. Quoi donc? La fixité, ta fermeté, la solidité, l'éternité, la vie sans fin. C'est pourquoi il est dit : Vous êtes assis pour l'éternité, et nous, nous périssons (1). Vous, vous demeurez, vous êtes, vous vivez, vous restez toujours le même. Il ne parle pas du siège, le membre opposé le montre bien. Il ne dit pas en effet, nous sommes debout, mais bien nous périssons. S'asseoir sur un trône, c'est donc juger; c'est pourquoi le Prophète voit Dieu assis sur un trône haut et élevé; peut-être que la signification de ces deux mots n'est pas la même. Le trône était haut, c'est-à-dire grand, très-long; élevé, c'est-à-dire placé à une hauteur indicible. " Et la maison était " remplie de sa gloire. " Quelle maison? Dites-moi. Le temple. Comme de là provenait le sujet de sa colère, il était juste que ce fût là qu'il se montrât en cette admirable vision.
Ce qu'il appelle sa gloire, c'est cette splendeur, cette lumière inaccessible que , désespérant de pouvoir rendre par la parole, il appelle gloire, et non-seulement gloire, mais gloire de Dieu. " Des séraphins se tenaient encerclé au" tour de lui. " Qu'appelle-t-il séraphins? Ces puissances incorporelles et célestes , dont le nom seul indique la vertu et le bonheur. Car ce mot de la langue hébraïque s'interprète par bouches de feu.
Que nous apprend cette circonstance? La pureté de cette nature, sa vigilance, sa diligence, son agilité, sa force, sa simplicité. De même le prophète David, pour montrer combien le ministère des puissances d'en-haut est prompt, rapide, actif, dit : " Qui vous servez des vents pour en faire vos envoyés, et des flammes brûlantes pour en faire vos ministres (Ps. CIII, 4) ; " paroles par lesquelles il nous montre leur vélocité, leur légèreté, leur rapidité. Il en est de même de ces puissances qui, par des chants purs, louent le Seigneur, remplissent continuellement cet office, lui offrant sans cesse leurs louanges et leurs hommages. Ce qui montre leur dignité , c'est qu'elles sont placées près du trône. De même qu'au service des rois de la terre, ceux qui sont plus élevés en dignité, se tiennent près du trône ; ainsi ces puissances célestes, à cause de leur vertu supérieure, entourent le trône d'en-haut, jouissant sans cesse d'un bonheur indicible, et faisant éternellement leurs délices de ce sublime ministère. " L'un avait six ailes et l'autre six, de deux ils voilaient leurs pieds, de, deux ils se voilaient la face, et des deux autres ils volaient. Ils criaient l'un à l'autre 1 Ces paroles qui ont l'air d'une citation. ne se trouvent nulle part dans la sainte Ecriture.
382 et ils disaient: Saint, Saint, Saint est le Seigneur des armées. La terre est pleine de sa " gloire. " (Is. III.) Que nous indiquent, que signifient ces ailes? Ces puissances n'ont pas d'ailes puisqu'elles n'ont pas de corps; mais par ces figures sensibles, le Prophète veut nous faire comprendre des choses cachées, il condescend par là à la faiblesse de ceux qui l'écoutaient, et cependant, par cette condescendance il nous fait entendre excellemment des pensées qui surpassent toute intelligence.
3. Que signifient donc ces ailes? La nature élevée et sublime de ces puissances. Ainsi nous montre-t-on Gabriel volant et descendant des cieux, pour nous apprendre sa promptitude et sa légèreté. Et vous étonnerez-vous si le Prophète se sert de ces expressions en parlant des puissances qui servent Dieu, quand il n'a pas dédaigné de s'abaisser à ce moyen, en parlant de Dieu même, du Dieu de l'univers ? Car, voulant montrer soit son incorporéité, soit la rapidité avec laquelle il est présent partout, David dit : " Celui qui marche sur les ailes des vents (Ps. CIII , 3) ; " les vents n'ont cependant pas d'ailes, et Dieu ne marche pas sur leurs ailes. Comment, en effet, cela se ferait-il, puisqu'il est présent partout? Mais, comme je l'ai déjà dit, le Prophète condescend à la faiblesse des auditeurs et se sert de choses qu'ils peuvent comprendre pour élever leur pensée. C'est encore ainsi que, pour montrer le secours qu'il reçoit et la sûreté que ce secours lui procure, il se sert des mêmes expressions, disant " Vous me protégerez à l'ombre de vos ailes. " (Ps. XVI, 8.) Ici le Prophète ne veut pas seulement, au moyen de ces ailes, nous faire comprendre l'élévation et la sublimité de ces puissances, mais encore une autre chose qui doit nous frapper de terreur. Il nous montre que, bien que, cette vision ne fût qu'une ombre, un acte de condescendance, cependant les puissances célestes elles-mêmes étaient incapables de s'élever jusqu'à cette hauteur de Dieu qui s'abaissait. Car si elles se cachaient les pieds et le dos, c'est qu'elles étaient effrayées, .qu'elles redoutaient la splendeur, qu'elles ne pouvaient supporter l'éclat qui sortait du trône. Aussi se faisaient-elles comme un rempart de leurs ailes pour assombrir l'éclat de cette vision; elles éprouvaient ce que nous éprouvons quand le tonnerre gronde et que les éclairs brillent, et que nous nous inclinons vers la terre.
Or, si les séraphins, ces grandes et admirables puissances, ne pouvaient regarder qu'avec tremblement Dieu assis et assis sur un trône, s'ils se cachaient la face et les pieds, qui dira la folie de ceux qui se vantent de parfaitement connaître Dieu et qui font sur cette nature immortelle des recherches curieuses? " Des deux autres ils volaient, et ils criaient. " Qu'est-ce que ce vol et que veut-il signifier? Qu'ils sont sans cesse autour de Dieu, qu'ils ne s'éloignent pas de lui, que leur office est toujours le même, chanter sans cesse auprès de lui et louer continuellement leur Créateur. Car il n'a pas dit: " Ont crié, " mais "criaient, " c'est-à-dire qu'ils remplissent sans cesse ce devoir. " L'un à l'autre et ils draient : Saint, Saint, Saint. " Ceci marque que leur entente était parfaite et leur accord à louer Dieu complet. Ce chant n'est pas seulement une louange, mais une prophétie des biens que recevra la terre et une très juste expression du dogme. Mais pourquoi, après avoir dit " Saint " une fois, ne faisaient-ils pas silence? pourquoi ne s'arrêtaient-ils pas même après l'avoir dit deux fois? pourquoi le répétaient-ils trois fois de suite avant de faire une pause? N'est-il pas évident que c'est parce qu'ils chantaient un hymne à la Trinité?
Aussi saint Jean applique-t-il cet hymne au Fils, saint Luc au Saint-Esprit, et le Prophète au l'ère. Et le reste exprime la même pensée. Car après ce chant ils ajoutent : " Toute la terre est remplie de sa gloire. " Ces paroles sont une prophétie exacte ; elles prédisent la connaissance future qui devait remplir toute la terre de la gloire de Dieu, tandis qu'au contraire, dans l'antiquité et au moment même où ces paroles étaient prononcées, toute la terre, et même la Judée, était remplie d'iniquité, et personne ne glorifiait Dieu. Et le Prophète en rend témoignage, lui qui dit : " A cause de vous, mon nom est blasphémé parmi les nations. " (Ps. LII, 5.) Quand donc la terre a-t-elle été remplie de sa gloire? Quand cet hymne a été apporté sur la terre, quand les hommes ont chanté avec les puissances célestes, qu'ils n'ont plus fait entendre qu'un même chant, retentir qu'une même louange. (lue si un juif impudent refuse de me croire, qu'il me montre quand la terre a été remplie de la gloire de Dieu, de cette gloire qui vient de la connaissance , mais jamais il ne pourrait me le montrer, quand il me démentirait mille fois. " Le dessus de la (383) porte fut ébranlé par le retentissement de ce grand cri. " Voyez-vous la clarté de la prophétie et comme les choses se suivent? Quand ce chant eut retenti et que la terre eut été remplie de la gloire de Dieu, la nation juive disparut, ce qu'indique le dessus de la porte ébranlé.
4. En effet, c'est un signe que le temple sera abandonné et renversé ; or le temple étant renversé, tout le reste disparaîtra.
Et pour vous apprendre que le Nouveau Testament a abrogé l'Ancien, le Prophète dit : " Le dessus de la porte fut ébranlé par le retentissement de ce grand cri , " c'est-à-dire que quand cet hymne de louange se fit entendre, quand la grâce brilla, quand la gloire de Dieu se répandit sur toute la terre, les ombres s'évanouirent. " Et la maison fut remplie de fumée. " A mon sens, ceci prophétise la ruine qui l'atteindra, le feu que les étrangers y mettront, et l'incendie qui la dévorera. "Alors je dis: Malheureux que je suis ! mon affliction est grande, moi qui suis homme, qui ai des lèvres impures, qui habite au milieu d'un peuple dont les lèvres sont impures, et qui ai vu de mes yeux le Seigneur des armées (5) ! " Cette vision a terrifié, stupéfié le Prophète ; elle lui a imprimé une vive crainte, elle lui fait faire des aveux, et grâce à elle, il connaît mieux là faiblesse de sa nature.
" C'est ainsi que sont tous les saints; plus ils sont honorés et plus ils s'humilient; Abraham, quand il parle à Dieu, s'appelle terre et poussière,; Paul, après avoir été jugé digne de cette admirable vision, s'appelle avorton ; de même Isaïe déplore sa condition, d'abord à cause de sa nature : " Malheureux que je suis ! Mon affliction est grande, moi qui suis homme ; " puis à cause de ses dispositions: " Moi qui aides lèvres impures." Il appelle ses lèvres impures relativement, me semble-t-il, aux langues enflammées de ces puissances excellentes , relativement aussi à leurs hommages si parfaits. Puis, sans s'arrêter là, il fait d'humiliants aveux au nom de tout le peuple, et ajoute : " Moi qui habite au milieu d'un peuple dont les lèvres sont impures. " Pourquoi accuse-t-il ici leurs lèvres? Pour marquer qu'il n'ose pas parler. Les trois enfants dans la fournaise se servirent presque des mêmes expressions : " Il ne nous est pas permis d'ouvrir la bouche. " Et lorsque le temps était venu de chanter et de louer, qu'il voyait les anges accomplir cet office, ce n'est pas sans raison qu'il parle des lèvres, puisque c'était à elles surtout de remplir ce ministère. Voilà pour quel motif il appelle ses lèvres impures; et s'il appelle aussi impures celles du peuple, ce n'est pas pour la même raison, mais parce que le peuple était adonné à l'iniquité. " Et j'ai vu de mes propres yeux le Roi, le Seigneur. " Voilà ce qui me fait gémir et pleurer; c'est que j'ai été jugé digne de cet honneur, moi qui en suis indigne, de cet honneur qui surpasse à la fois et mes mérites et ma nature. Et lorsqu'il dit : "J'ai vu, " il n'entend pas parler d'une vue complète, mais de celle qui lui était possible.
Et voyez comme ses aveux sont récompensés. Il s'est accusé et aussitôt il a été purifié ; car, quand il eut prononcé ces paroles, " un des séraphins, dit-il, fut envoyé vers moi ; il avait dans sa main un charbon qu'il avait pris avec des pincettes de dessus l'autel. Et m'en ayant touché la bouche, il me dit : Voilà que ce charbon a touché tes lèvres, qu'il a enlevé tes péchés et purifié tes iniquités (6, 7.) " Quelques-uns disent que c'étaient là des symboles des mystères futurs: l'autel, le feu qui y brûlait, les serviteurs, cette bouche purifiée par le feu, et ces péchés effacés;
pour nous, attachons-nous au récit, et disons pourquoi cela est arrivé. Le Prophète va être envoyé au peuple juif pour lui annoncer des choses terribles et affreuses. Des séraphins lui sont envoyés pour le remplir de crainte et de franchise. Et afin qu'il n'aille pas prétexter, comme Moïse, qu'il avait une voix grêle, ou comme Jérémie qu'il était trop jeune et dire qu'il avait des lèvres impures, qu'il ne pouvait exécuter l'ordre qu'il avait reçu , les séraphins viennent effacer ses péchés, non par leur propre puissance (cela n'appartient qu'au Père, au Fils et au Saint-Esprit) , mais par la mission qu'on leur avait donnée et les charbons qu'ils lui apportent. Car le séraphin ne dit pas " j'efface, " mais " voici que ce charbon efface tes péchés et purifie tes iniquités."
par le commandement de Celui qui m'a envoyé. Pourquoi le séraphin, pour prendre ce charbon, se sert-il d'une pincette? Une puissance incorporelle ne peut craindre de se brûler avec un charbon. Pourquoi cela arrive-t-il ? C'est encore une nouvelle condescendance. Aussi va-t-il le prendre sur l'autel là où on offrait des sacrifices d'adoration et d'expiation. Si vous demandez pourquoi la bouche du (384) Prophète n'a point été brûlée, je vous répondrai d'abord que ce feu n'était pas un feu sensible, bien qu'il en eût les apparences, ensuite que quand Dieu opère quelque chose , il ne faut pas faire sur son opération des recherches curieuses et difficiles.
5. Que dis-je, on a parfois vu un feu ardent et sensible reproduire l'effet qui lui est propre sur des corps qu'on lui livrait. Si donc dans cette fournaise remplie de sarments et de poix la flamme oublia sa propre nature, pourquoi vous étonner que dans une circonstance si extraordinaire, le feu, loin de consumer, n'ait servi qu'à purifier? " J'entendis la voix du Seigneur qui disait: Qui enverrai-je et qui ira vers ce peuple (8) ? " Voyez-vous ce qu'a produit la vision , le bien que la crainte a opéré? La même chose est arrivée à Moïse.
S'il ne vit ni les séraphins ni Dieu assis sur un trône, le spectacle qui lui apparut n'était pas moins étrange, il était même si étonnant que personne n'eût pu le contempler.
Car " le buisson brûlait., sans se consumer. " (Exod. III, 2.) Et pourtant après ce grand prodige et bien que Dieu l'eût beaucoup encouragé , le grand Moïse hésitait , il imaginait mille prétextes pour se soustraire à sa mission: " J'ai, " dit-il, " la voix grêle et la langue embarrassée." (Exod. IV, 10, 13.) Un autre prophète dit . " Choisissez-en un autre, Seigneur, pour l'envoyer. " C'est Jérémie qui parle ainsi en alléguant sa jeunesse (Jérém. I, 16.) Ezéchiel, bien qu'il eût reçu un ordre précis, reste encore sept jours auprès du fleuve, rempli d'hésitation et ne se sentant point la force d'accomplir sa mission. Aussi Dieu lui dit-il encore : " Je t'ai établi pour surveiller la maison d'Israël ; " et encore : " Je te redemanderai leur âme " (Ezéch. III, 17, 18.) Jonas fit plus que de refuser, il s'enfuit. Quoi donc ! Isaïe est-il plus hardi qu'eux tous, plus hardi que le grand Moïse? Qui oserait le dire? Pourquoi donc l'un hésite-t-il après avoir reçu l'ordre , tandis que l'autre, sans un commandement évident, embrasse avec ardeur cet office de prophète? Dieu ne lui dit pas: Va , mais il dit seulement: " Qui enverrai-je? " et Isaïe part aussitôt. Quelques-uns disent qu'après avoir péché en ne reprenant pas Ozias de son audace sacrilège, il voulut réparer sa faute, en acceptant avec empressement la mission que lui. donnait Dieu , afin de l'apaiser: c'est pour cela que ses lèvres, disait-il, étaient impures, parce qu'il n'avait pas parlé avec franchise. Mais je ne saurais me ranger à cet avis ; Paul est plus digne de foi , lui qui appelle Isaïe homme sans crainte : " Isaïe ne craint pas de dire. " (Rom. X, 20.) C'est peur cela qu'il ne termina pas sa vie par une mort naturelle, mais les Juifs lui infligèrent le dernier châtiment, parce qu'ils ne pouffaient supporter son tannage énergique. D'ailleurs l'Ecriture ne dit nulle part qu'il fût présent quand Ozias montra son audace, ni que le voyant il se soit tu : ceux qui l'affirment ne font qu'une conjecture sans fondement. Que dirons-nous donc ? Que le ministère de Moïse et celui – ci ne se ressemblent pas. L'un est envoyé clans un pays étranger et barbare , à un roi furieux et insensé , l'autre est envoyé vers ses compatriotes, qui avaient souvent entendu les prophètes et reçu longtemps leurs instructions l'obéissance de l'un n'exigeait pas le même courage que celle de l'autre. Quelques-uns disent encore que ce fut une autre cause qui lui donna cette hardiesse. Comme il avait fait des aveux en son nom et au nom du peuple, et qu'un séraphin avait été envoyé vers lui pour purifier ses lèvres , il espérait que la même faveur serait accordée au peuple et qu'il serait député pour le lui annoncer: telle serait la raison pour laquelle il aurait montré tarit d'empressement. Si les saints aiment Dieu , ils sont aussi ceux qui aiment le plus les hommes. Aussi comme Isaïe espérait qu'il aurait à annoncer au peuple le pardon de ses péchés, il s'empressa de s'écrier: " Me voici : envoyez-moi.
"
D'ailleurs il avait une âme hardie contre le danger, c'est ce que nous montre tout son ministère. Comme, après sa promesse, il n'osait plus refuser, il reçut son triste message. Mais voyez avec quelle sagesse Dieu le manie ! Il ne lui dit pas dès l'abord : Va et dis, mais il le tient un instant en suspens avant de lui révéler quel ordre il va lui donner, quelle mission il doit lui confier. Puis, quand il le voit disposé à obéir, il lui déclare les maux qui vont foudre sur les Juifs. Quels sont-ils? " Va et dis à ce peuple: Vous entendrez et vous ne comprendrez pas; vous regarderez et vous ne verrez pas. Car le coeur de ce peuple est endurci, ses oreilles sont bouchées, et ses yeux fermés, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n'entendent, que leurs coeurs ne comprennent, qu'ils ne se convertissent (385) et que je ne les guérisse (9, 10)." Tout commentaire est inutile, puisque ce passage a eu des interprètes si éminents, je veux dire, Jean, le fils du tonnerre, et Paul,qui connaissait si bien l'Ancien et le Nouveau Testament. Celui-ci, s'adressant à Rome à des personnes qui l'avaient écouté, mais qui ne pouvant supporter sa doctrine s'étaient éloignées, leur disait : " Le Saint-Esprit a bien dit : Vous entendrez et ne comprendrez pas. " (Act. XXVIII, 23, 26.) Quant au fils du tonnerre, comme les Juifs- voyaient des miracles et ne croyaient pas, entendaient la doctrine et ne l'embrassaient pas, ils avaient vu Lazare ressuscité et ils voulaient, tuer le Christ qui l'avait rendu à la vie; Jésus avait chassé les démons et ils l'appelaient possédé du démon;
il les avait offerts à son Père et ils l'appelaient séducteur; ils adoptaient à son sujet des opinions contraires à la vérité. Jean leur rappelait cette prophétie dans les termes suivants: " Le prophète Isaïe l'a bien dit: Vous entendrez et ne comprendrez pas; vous verrez et ne discernerez pas. " (Jean, XII, 38, 40.)
6. Comme en eux les yeux intérieurs de l'âme étaient aveuglés, il ne leur servait de rien d'avoir les yeux du corps ouverts, si leur jugement était corrompu. Voilà pourquoi ils entendaient sans comprendre et voyaient sans discerner; et le Prophète en indique la cause qui résidait non dans la corruption de leurs sens, ni dans la dépravation de leur nature, mais dans l'aveuglement de leur coeur. " Le coeur de ce peuple est endurci ; " or cet endurcissement est causé par les péchés et les passions. C'est de lui que saint Paul dit : " Je ne pouvais pas vous parler comme à des hommes spirituels; vous n'auriez pas pu supporter ce langage et vous ne le pouvez pas encore. " (I Cor. III, 1.) Et il en indique la cause en ces termes: " Puisqu'il y a entre vous des procès, de la jalousie, des rivalités, " n'êtes-vous pas des hommes charnels ? " (Ibid. 3.) Ceux-là aussi , aveuglés par la haine et l'envie, en proie à mille autres passion,-, avaient comme perdu l'œil de leur intelligence et ne pouvaient plus avoir des choses une vue claire: aussi leurs pensées, au sujet des choses qu'ils voyaient, s'éloignaient-elles de la vérité et se contredisaient-elles. Le prophète, qui connaissait parfaitement leur état, découvrit par avance la cause du mal. Mais voyez à qui sont confiées les deux prophéties! ce sont les séraphins qui manifestent celle qui regarde l'Eglise et les biens promis à la terre, en disant : " Saint, saint., saint est le Seigneur des armées, toute la terre est remplie de sa gloire ; " quant à celle qui regarde la captivité et les châtiments des Juifs;
ils la laissent au Prophète et nous apprennent ainsi la supériorité de l'Eglise.
" Et je dis : Jusques à quand, Seigneur ? " Voyez-vous que nos conjectures étaient bien fondées, quand nous disions que le Prophète avait montré beaucoup d'empressement à obéir? Après avoir appris des choses fort contraires à celles qu'il attendait, je veux dire des fléaux, des désastres, il veut savoir jusqu'oit ira la punition; car il n'ose pas entreprendre de détourner d'eux toute la colère du Seigneur, parce que Dieu lui avait montré d'abord que leurs péchés ne méritaient pas de pardon. Leur crime, en effet, ce n'était ni le vol ni l'esprit de rapine, mais une désobéissance affectée, un esprit de contradiction qui s'opposait par système et de parti pris à ce que Dieu faisait. C'est ce que le Prophète indique en ces termes : " De peur que leurs yeux ne voient, que leur coeur ne comprenne, qu'ils ne se convertissent et que je ne les guérisse. " Comme s'ils craignaient, veut-il dire, d'apprendre ce qu'il faudrait savoir, ils ont mis tous leurs soins à aveugler leur intelligence. Comme le crime était grave et la punition inévitable, le Prophète désire apprendre ce qu'il en ignore encore; mais tout en voulant s'en instruire il supplie. Comme il n'osait pas faire voir manifestement qu'il suppliait, il imagine d'interroger sous prétexte d'apprendre : " Jusques à quand, Seigneur?" et il dit : "Jusqu'à ce que les villes soient désertes et privées d'habitants, jusqu'à ce que les maisons n'aient plus personne qui y demeure; et la terre sera déserte. Et ensuite Dieu bannira les hommes loin de leur pays, et ceux qui auront été laissés sur la terre se multiplieront:
car il en demeurera un dixième. Et cette partie même sera frappée, et elle deviendra comme le fruit du térébinthe ou comme le gland sorti de son enveloppe, et la race qui en naîtra sera sainte (11-13). " Après cette prophétie, il revient de nouveau au récit, prédit la défaite des dix tribus, puis la patience dont Dieu, à cause de cette captivité, usera envers les deux tribus; puis comment ces dernières seront emmenées , à leur tour parce qu'elles n'auront (386) retiré de la patience céleste aucun profit, comment enfin leurs débris refleuriront. Lorsqu'il dit en effet " jusqu'à ce que leurs villes soient désertes et privées d'habitants, " il annonce la ruine des dix tribus. En effet tous, tous, je le répète, avaient disparu, et violemment enlevés, tous avaient été emmenés dans un pays étranger, de sorte que toutes les villes étaient désertes et que personne n'était plus là pour faire produire à la terre les fruits nécessaires à ceux qui étaient restés. En disant donc "jusqu'à ce que les villes soient désertes et privées d'habitants, jusqu'à ce que les maisons n'aient plus personne qui les habite, " il annonce la captivité. Et lorsqu'il dit: " Ensuite Dieu bannira tes hommes loin de leur pays," il annonce ou un bonheur complet pour tous, ou la prospérité des deux tribus après le départ des dix autres. Et en effet, après avoir été délivrés de Sennachérib et de l'armée des barbares, après avoir obtenu cette victoire inespérée, ils virent leur nombre s'accroître prodigieusement, et leur vie se prolonger, parce qu'aucune guerre ne les troublait plus. Puis en disant " il s'éloigna, " il veut parler des hommes ou des armées. Et pour vous faire voir qu'il parle des deux tribus, il ajoute, " il en demeurera un dixième," appelant dixième ce qui dépasse dix, ce qui est au-dessus de dix, c'est-à-dire les deux tribus. C'est ainsi que Paul dit " plus de cinq cents frères (I Cor. XV,10), " c'est-à-dire un nombre plus grand que cinq cents. " Et cette partie même sera frappée, et a elle deviendra comme le térébinthe, " c’est-à-dire les deux tribus. " Ou comme le gland sorti de son enveloppe. " De même que ce fruit, une fois sorti de son enveloppe, est désagréable à voir, de même ils seront un objet de raillerie et de moquerie, lorsqu'ils seront bannis de leur ville et privés de leur gloire. " Et la race qui en naîtra sera sainte. " Ces maux, veut-il dire, ne seront ni sans guérison ni sans terme; leur race sera sainte et elle demeurera, c'est-à-dire elle sera ferme, fixe, immobile, et elle pourra attendre que la face des événements change. Il est vrai qu'ils perdront leur prospérité ; mais ils n'auront pas à subir les maux extrêmes ; ils demeureront et resteront jusqu'à ce qu'ils reviennent à leur première manière de vivre et à leur première sainteté.
CHAPITRE SEPTIèME. 1. " ET IL ARRIVA PENDANT LES JOURS D'ACHAZ, FILS DE JOATHAN, FILS D'OZIAS, ROI DE JUDA. "
ANALYSE.
1. Dieu se sert des prophéties déjà accomplies pour faire croire à celles qui ne recevront que dans un temps éloigné leur accomplissement. Quelquefois, comme dans le Nouveau Testament, il unit un miracle et une prophétie, afin que ceux qui voient le miracle ajoutent foi à la prophétie, et que ceux qui seront témoins de la réalisation de la prophétie croient aussi au miracle opéré en union avec la prophétie.
2 et 3. Prédiction de la ruine d'Ephraim et de la Syrie.
4-7. Promesse de l'Emmanuel : C'est pourquoi le Seigneur vous donnera lui-même un signe. Voici que la Vierge concevra dans son sein et enfantera un fils auquel on donnera le nom d'Emmanuel, etc. Commentaire très-intéressant de cet important passage. 8-9. Prédiction de l'invasion des Assyriens.
1. Je répéterai ici ce que j'ai déjà dit bien des fois, que le but des prophéties n'était pas seulement d'apprendre aux Juifs l'avenir, mais de faire en sorte que cette connaissance leur fût avantageuse, que la crainte causée par les menaces les rendît plus sages, que l'espoir des récompenses les rendît plus zélés pour la vertu et qu'ils connussent par là quelle est la puissance et quelle était la providence de Dieu sur eux. Telle est la raison de l'espèce de prologue qui ouvre cette prophétie ; c'était pour empêcher de croire que ces événements arrivaient (387) au hasard et sans règle, d'après le cours de la nature ou un certain ordre des choses, et apprendre aux Israélites qu'ils étaient dirigés d'en-haut et par la volonté de Dieu, ce qui devait singulièrement les aider à connaître Dieu. Mais comme, ce que du reste j'ai déjà dit plus haut, la prophétie n'avait pas sa preuve au moment même et que les paroles précédaient de beaucoup les événements, de sorte que, quand ils arrivaient, quelques-uns étaient déjà morts et ne pouvaient pas juger de la vérité de ce qu'ifs avaient entendu, voyez ce que Dieu fait et quel moyen il prend. Il joint prophétie à prophétie, les plus rapprochées aux plus éloignées, montrant ainsi par celles dont la génération actuelle verra la réalisation, la foi qu'il faut accorder à celles qui n'arriveront que beaucoup plus tard. Dans l'Evangile, c'est par un autre moyen qu'il arrive au même but; là il lie les miracles aux prophéties et confirme les unes par les autres. Voici ce que je veux dire: un lépreux s'approche de Jésus et il est purifié; puis le serviteur du centurion est délivré de sa maladie; c'étaient là de grands miracles ; mais sans s'arrêter aux miracles, il y joint une prophétie. Car lorsque le centurion eut montré cette foi si vive, si admirable, par laquelle il mérita que son serviteur fût guéri, le Christ ajouta:
" Beaucoup viendront de l'Orient et de l'Occident et auront place dans le royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob, tandis que les enfants du royaume en seront bannis. " (Matth. VIII, 11.) Par ces paroles, Jésus prophétise la vocation des Gentils et la réprobation des Juifs, événements qui maintenant sont des réalités et sont aux veux de tous plus clairs que le soleil; mais alors ils étaient obscurs et les incrédules refusaient de les admettre ; aussi le Christ, par le miracle qu'il fit alors, amena ses auditeurs à croire fermement ce qu'il annonçait pour un temps plus éloigné, de même qu'en voyant aujourd'hui l'accomplissement de la prophétie, nous en croyons plus fermement le miracle qui eut lieu alors. Que pourrait répondre l'incrédule? Que le lépreux n'a pas été purifié ? Qu'il voie la vérité de la prophétie et que celle-ci le fasse croire au miracle. Qu'auraient pu répondre les Juifs contemporains ? Que ce qu'il annonçait n'était pas vrai? Mais ils n'avaient qu'à voir le lépreux purifié, et apprendre, d'après ce qui s'était opéré sur lui, à ne pas refuser de croire ce qu'ils ne voyaient pas; pour les assurer de la prophétie ils avaient le miracle, comme ceux d'aujourd'hui ont la prophétie pour les assurer du miracle. Voyez-vous comme une chose confirme l'autre?
La même conduite se voit dans l'Ancien Testament. Quand Jéroboam se laissa aller à ces excès de folie et qu'il eut élevé ces veaux d'or, un prophète vint pour lui annoncer l'avenir et en arrivant il fit un miracle, pour que personne ne refusât de croire à des choses qui ne devaient arriver qu'au bout de trois cents ans; il brisa l'autel, jeta la graisse des sacrifices et paralysa la main du roi, donnant ainsi, par les prodiges de ce moment, une preuve évidente de la réalité des choses qui devaient arriver longtemps après. Telle a été souvent la conduite (le Dieu dans l'Ancien et le Nouveau Testament, de Dieu qui, par ces moyens divers, pourvoyait à notre salut. C'est ce qui arrive ici et même d'une manière plus extraordinaire; au lieu d'un miracle seulement, il fit et une prophétie et un miracle. Mais pour mieux interpréter ce récit, parcourons-le avec attention. " Il arriva au temps d'Achaz, fils de Joathan, fils d'Ozias, roi de Juda; il arriva, dis-je, que Basin, roi de Syrie, et Phacée, fils de Romélie, roi d'Israël, se portèrent sur Jérusalem pour l'attaquer et ils ne purent la prendre, et l'on vint dire à la maison de David qu'Aram s'était ligué avec Ephraïm (1, 2). " C'est un récit que ces paroles, une exposition de faits; mais pour celui qui a de l'intelligence, de la pénétration, il y a là beaucoup à recueillir; il verra la sagesse de Dieu et sa providence sur les Juifs. Il ne réprima pas cette guerre dès son origine, et il ne permit pas aux ennemis de s'emparer de la ville ; mais, tout en faisant des menaces, il en empêcha l'effet, car il voulait seulement réveiller les Juifs, les faire sortir de leur torpeur et montrer sa puissance, puisque, même quand le danger est devenu imminent, il peut en délivrer aussi facilement que si ce même danger était encore à naître, chose que vous pouvez remarquer en bien des circonstances , par exemple, dans la fournaise de Babylone, dans la fosse aux lions et en raille autres occasions. Ces rois vinrent, ils assiégèrent la ville, mais tous leurs efforts n'aboutirent qu'à attaquer des murailles et à effrayer les assiégés.
2. Et ceci nous fait voir que le crime des dix tribus ne fut pas seulement d'avoir allumé une guerre civile et d'avoir pris les armes (389) contre leurs frères, mais encore de s'être liées avec ales peuples issus d'une autre famille, d'une autre race, d'avoir pris pour alliées des nations avec lesquelles toute communication leur était interdite, d'avoir placé leur camp à côté d'elles et d'avoir avec elles assiégé la ville. Car ils firent marcher Basin , un étranger, contre, leur métropole. Et les forces des combattants étaient inégales. Chez les uns, une multitude innombrable, des villes, des nations, des peuples; chez les autres, rien de tout cela, mais une seule ville, la capitale, afin que la force de Dieu parût avec plus d'éclat. Personne, en effet, ne leva les armes contre ces ennemis, personne ne les attaqua, personne ne les inquiéta, et pourtant leurs efforts pervers n'aboutirent à rien. " Car, dit le Prophète, ils ne purent la prendre. " Et qu'est-ce donc qui les en empêchait? Rien que la main de Dieu, qui les repoussait invisiblement. Toutefois, comme je l'ai dit, il fit disparaître le mal sans faire disparaître aussitôt la crainte. " Et l'on vint dire à la maison de David, qu'Aram s'était ligué avec Ephraïm. Et le cœur du roi et le cœur de son peuple furent saisis. " Quand Dieu se prépare à faire quelque chose d'étonnant, il n'opère pas aussitôt le prodige, mais il laisse d'abord sentir à ceux qui doivent en recueillir le fruit, combien leurs maux sont graves, afin qu'après leur délivrance, ils se gardent bien de montrer la moindre ingratitude. Comme, en effet, la plupart des hommes, soit par orgueil, soit par négligence, oublient leurs maux quand ils en sont délivrés, ou, s'ils ne les oublient pas, s'attribuent à eux-mêmes toute la gloire, Dieu les laisse d'abord sentir leurs maux et les délivre ensuite de leurs ennemis, ce qu'il fit particulièrement en cette circonstance. Il laissa la crainte s'emparer des coeurs, il les livre en proie à un grand abattement, et ensuite il envoie la délivrance. C'est ce qui est arrivé au grand David. Le Seigneur devait le conduire au combat et élever par ses mains un brillant trophée; mais il ne le fit pas dès le commencement de la guerre; il laissa d'abord les Israélites en proie à la crainte pendant quarante jours, et lorsqu'ils regardèrent leur salut comme désespéré, que le barbare Goliath leur lançait mille injures sans que personne osât se lever et marcher contre lui; alors, dis-je, alors qu'ils avouaient eux-mêmes leur défaite et que leur impuissance était devenue évidente, il envoya à la guerre ce tout jeune homme et lui fit remporter cette étonnante victoire. Et si après tout cela, après une telle preuve d'impuissance, Saül, quand il fut délivré, se laissa aller à la haine et à la jalousie, et dressa des embûches à David ; s'il se laissa vaincre par sa passion et se montra ingrat. envers son bienfaiteur, que n'aurait-il pas fait si lui, si son armée n'avaient pas avoué si hautement leur lâcheté ?
Vous verrez Dieu agir ainsi en beaucoup d'autres circonstances, et surtout en celle-ci. Il se proposait de délivrer les Israélites de cette guerre et d'éloigner d'eux tout danger; mais il les laisse d'abord sentir leurs maux. " Le coeur du roi et le cœur de son peuple furent saisis et tremblèrent, comme tremblent les arbres des forêts agités par le vent. " C'est le propre de la prophétie de révéler les choses cachées. Elle nous montre la disposition d'esprit de chacun et, pour plus de clarté, elle ajoute une image pour faire voir combien cette crainte était extrême. Leur coeur, dit-elle, était agité ; ils étaient dans une entière prostration, ils désespéraient de leur salut, ils pensaient être dans un danger extrême, ils n'attendaient plus rien de bon, tous étaient trahis par leurs propres pensées. Que fait Dieu? Il prédit leur délivrance, et aussitôt il l'opère, afin qu'ils ne puissent attribuer à aucun autre la levée du siège, et il envoie son prophète pour annoncer l'avenir. " Le Seigneur dit à Isaïe: Va au-devant d'Achaz, toi et Jasub ton fils qui t'est resté, à la piscine qui se trouve au haut du champ du Foulon, et tu lui diras : Ne sois ni dans l'agitation ni dans la terreur, et que ton âme ne tombe pas dans l'abattement et n'aie aucune crainte de ces deux bouts de tisons fumants; car lorsque ma colère sera montée, je vous sauverai encore (3, 4). " Qu'est-ce à dire : " Va au-devant? ". Le roi, agité pair la crainte et la frayeur, n'était pas tranquille, il ne pouvait rester dans son palais; mais, chose que les assiégés font ordinairement, il sortait continuellement pour visiter les remparts, les portes, courant de tous côtés, sens cesse dans l'agitation pour savoir où en étaient les ennemis; c'est pourquoi il lui dit : "Va au-devant. " Qu'est-ce à dire: " Toi et Jasub ton fils qui t'est resté?" Jasub, en langue hébraïque, veut dire conversation et manière de vivre. C'est ainsi que Jessé en envoyant David lui dit : " Tu connaîtras leur état, " c'est-à-dire tu (389) m'annonceras comment ils se portent et ce qu'ils font.
3. Et ici encore, me semble-t-il, le Prophète reçoit l'ordre de prendre un grand nombre de témoins, afin qu'après l'événement le roi ne puisse pas se montrer ingrat, comme si le prophète ne lui avait rien annoncé. Voici donc ce qu'il veut dire : Va au-devant, toi et ceux qui sont avec toi, ceux du peuple qui sont restés. Ne vous étonnez pas s'il appelle le peuple son fils; car il a dit auparavant: " Me voici, " moi et les enfants que Dieu m'a donnés " (Isaïe, VIII, 18.) Et certes les saints se montraient vraiment pères et surpassaient, par leur charité et leur amour pour ce peuple, tous ceux à qui la nature fait donner le nom de père. Il dit :
" qui sont restés, " parce que la guerre en avait enlevé beaucoup, " sur le chemin du champ du Foulon. " Ceci rie paraît bien difficile à expliquer, que des assiégés enfermés dans leur ville et n'osant même regarder au delà des murs, se soient montrés hors des portes, car aujourd'hui ce chemin est situé hors des portes. Quelle est donc la solution de cette difficulté ? C'est qu'autrefois la ville avait un second mur; elle avait deux enceintes de fortifications, et vous le verrez facilement par les paroles d'un autre prophète, si vous voulez y faire attention. Ce prophète sort donc pour relever ces courages abattus et il tâche de leur rendre bon espoir pour l'avenir. Sois tranquille, dit le Seigneur, et ne crains pas; il appelle tisons ces deux rois; et ainsi il marque d'un seul trait et leur force et leur faiblesse. Car il ajoute " fumants, " c'est-à-dire près de s'éteindre. Ensuite, pour montrer que ce n'était pas par leur puissance, mais par la permission de Dieu qu'ils étaient venus attaquer la ville, il dit: " Lorsque ma colère sera montée, je vous sauverai encore. Le fils d'Aram et le fils de Romélie, unis dans un dessein funeste ainsi qu'Ephraïm ont dit contre toi : " Nous monterons vers la Judée et nous la ravagerons; agissant d'un commun accord, nous la ferons tomber dans nos piéges et nous y établirons pour roi le fils de Tabéel. Voici ce que dit le Seigneur des armées : Ces pensées ne subsisteront pas et n'auront pas d'effet. Damas demeurera la capitale de la Syrie et Basin régnera dans Damas, et dans soixante-cinq ans, Ephraïm cessera d'être au rang des peuples. Samarie sera la capitale d'Ephraïm, et le fils de Romélie règnera dans Samarie. Et si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas (5, 9). "
Ici encore, le Prophète donne de sa prophétie une excellente confirmation. Après qu'il a excité la crainte, mis sous les yeux des maux imminents, fait espérer des biens encore fort éloignés et surpassant toute attente, comme les auditeurs n'étaient pas très-fermes dans leur foi, voici le moyen qu'il emploie : Il donne, de la réalité des événements futurs, la preuve la plus frappante, en faisant connaître les desseins mêmes des ennemis. Il fait connaître la pensée qu'ils avaient en marchant sur la ville, ce qu'ils se disaient les uns aux autres, le pacte qu'ils avaient fait avant de partir et il montre ou que c'était une trahison (agissant d'un commun accord, nous la ferons tomber dans nos piéges), ou qu'un orgueil insensé s'était emparé d'eux, puisqu'ils croyaient n'avoir besoin ni d'armes, ni de lutte, ni de combat pour prendre la ville. Il nous suffit de nous montrer, de parler; nous les prendrons tous et nous nous en irons. Puis, comme il arrive souvent aux fanfarons, enflés d'orgueil par cette espérance même, ils pensent à un roi, comme si déjà la ville était prise, et ils cherchent quel maître il faudra donner à cette capitale. Voilà, dit-il, ce qu'ils font; mais Dieu va confondre ces projets. C'est pourquoi il dit: " Voici ce que dit le Seigneur, " et sans s'arrêter là, il ajoute : " des armées. " Lorsqu'en effet il veut annoncer quelque chose de grand, il rappelle la puissance de Dieu, sa domination sur toutes choses, cette force étonnante et admirable. Que dit Dieu ? " Ces pensées ne subsisteront pas et n'auront pas d'effet : Damas demeurera capitale de la Syrie. " Sa puissance, veut-il dire, son autorité se bornera à Damas et n'ira pas plus loin. " Et Basin régnera dans "
Damas, " et Basin continuera d'être le roi de Damas, c'est-à-dire il restera dans ses possessions actuelles, sans acquérir une puissance plus grande. " Et dans soixante ans Ephraïm cessera d'être au rang des peuples. "
4. C'est une bien grande preuve de la vérité que de voir les prophètes assigner d'avance l'époque précise, et donner ainsi à ceux qui le désirent le moyen de s'assurer de la valeur de la prophétie. Pour aujourd'hui, dit-il, ils ne feront que se retirer de devant la ville; mais dans soixante-cinq ans le royaume d'Israël périra; les ennemis les prendront et les emmèneront tous. Mais jusqu'à cette ruine ils ne (390) posséderont rien de plus que ce qu'ils ont actuellement. Ces paroles sont dites pour rassurer entièrement Achaz. En effet si le Prophète se fût contenté de dire : dans soixante-cinq ans vos ennemis périront, le roi peut-être se serait dit en lui-même : Mais quoi ! s'ils ne doivent périr qu'après nous avoir vaincus, quel avantage nous en reviendra-t-il ? Sois tranquille , dit Isaïe , même pour le moment présent;
plus tard ils périront entièrement, et pour le moment actuel ils ne pourront s'agrandir. Mais Samarie sera la capitale d'Ephraïm, c'est-à-dire des dix tribus (là était leur gouvernement), et ils ne s'étendront point au delà ; et le roi d'Israël régnera dans Samarie : il répète ici ce qu'il a dit de Damas, pour montrer qu'ils ne posséderont rien de plus que ce qu'ils ont actuellement. Puis , comme les choses qu'il venait d'annoncer surpassaient toute intelligence humaine et toute espèce de raisonnement, il a raison d'ajouter. " Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas. " Ne cherche pas, veut-il dire, comment ni de quelle manière ces choses arriveront ; car c'est Dieu qui les fera, il ne faut que croire et penser à la puissance de celui qui agira : voilà toute la preuve de ce que j'ai annoncé. C'est aussi pour cela que le prophète David dit : "J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé. " (Ps. CXV, 10.) Et Paul s'emparant, non sans raison , de cette parole , lui donne encore une plus grande signification, en disant : " Ayant le même esprit de foi , comme il est écrit : J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé, et nous aussi nous croyons et c'est " aussi pourquoi nous parlons. " (II Cor. IV, 13.) En effet, si la foi était nécessaire pour ces choses anciennes, aussi éloignées de celles du Nouveau Testament que la terre est éloignée du ciel, combien plus n'est-elle pas nécessaire pour ces vérités si élevées et qu'aucune intelligence n'a jamais comprises. C'est ce qu'indique l'Apôtre dans ce qui suit: " Ce que l'œil n'a point vu, ce que l'oreille n'a point entendu, ce qui n'est point monté dans le coeur de l’homme, voilà ce que Dieu a préparé à ceux qui l'aiment. " (I Cor.
II, 9.)
" Et le Seigneur parla encore à Achaz et il dit : Demandez au Seigneur votre Dieu qu'il vous fasse voir un prodige ou au fond de la terre ou au plus haut des cieux. Et Achaz dit: Je n'en demanderai point et je ne tenterai point le Seigneur. Et Isaïe dit : Ecoutez donc, maison de David : Est-ce peu pour vous de lasser la patience des hommes, sans lasser celle de Dieu. Aussi le Seigneur vous donnera-t-il lui-même un signe. Voilà que la Vierge concevra et elle enfantera un fils qu'on appellera Emmanuel " (10 - 14.) Grande est la condescendance de Dieu et grande aussi l'ingratitude du roi. Celui-ci devait, en entendant le Prophète, ne plus douter de ses paroles; que s'il conservait du doute, il aurait dû, à la vue d'un miracle , le chasser comme firent beaucoup de Juifs. Car Dieu, dans son amour pour les hommes, n'a pas refusé des prodiges à ces hommes grossiers, rampants et attachés à la terre; c'est ce qui arriva, par exemple, à Gédéon (1). Comme Achaz était très-grossier, très-incrédule, voyez combien Dieu montre de condescendance.
Lui- même l'attire et l'excite à lui demander un miracle ;
certes ce n'était pas déjà un petit prodige que d'avoir révélé ses secrets, d'avoir dévoilé toutes ses pensées, d'avoir manifesté toute son hypocrisie.
Quand le Prophète lui eut dit : Demande un miracle, cet impie fit le croyant et dit: Je n'en demanderai pas et je ne tenterai pas le Seigneur; voyez avec quelle véhémence le Prophète le reprend ; et c'est à bon droit qu'après avoir montré son hypocrisie, il l'accuse avec plus de sévérité. C'est pourquoi il ne le juge même pas digne d'une réponse et s'adressant au peuple il dit : " Ecoutez donc, maison de David : Est-ce peu pour vous de lasser la patience des hommes, sans lasser celle de Dieu ? " Et comment lassez-vous celle de Dieu ? Cela est obscur; aussi faisons tous nos efforts pour éclaircir ce mot. Voici donc ce qu'il veut dire: sont-ce mes paroles? Sont-ce mes pensées? Si c'est une faute digne de blâme que de refuser sans aucun motif, sans aucune raison, de croire les hommes, combien plus de croire Dieu ! Lasser la patience, ce n'est donc pas autre chose qu'être incrédule. Est-ce là, dit-il, un faible crime ? Est-ce une légère faute que de refuser de croire les hommes ? Mais si cela est grave, combien plus de refuser de croire Dieu !
5. Le Prophète a parlé ainsi pour apprendre à tous qu'il n'avait pas été trompé, et qu'il jugeait non d'après les paroles qu'il avait entendues, mais d'après les pensées d'Achaz. C'est ce que le Christ a fait bien souvent aussi dans l'Evangile. Avant de se manifester par des miracles, il reproche aux Juifs leur méchanceté
1. Il manque ici quelque chose très-probablement.
391 bien qu'ils ne l'eussent pas encore montrée au dehors: c'est ce qui arriva par exemple lors de la guérison du paralytique. En effet, après lui avoir dit: " Mon fils, aie confiance; tes péchés te sont remis, " comme ils disaient en eux-mêmes: " Celui-ci blasphème ", le Christ, avant de raffermir le paralytique, leur adresse ces paroles : " Pourquoi pensez-vous mal en vos coeurs? " (Matth. IX, 2, 3, 4.) Il leur donne ainsi de sa divinité la preuve la plus grande en leur montrant qu'il connaît les pensées secrètes. " Car il est écrit, seul vous connaissez les cours. " (III Rois, VIII, 39.) Et David dit encore: " Dieu qui scrute les coeurs et les reins. " (Ps. VII, 10.) Dieu donna souvent cette connaissance aux prophètes pour montrer que leurs paroles n'avaient rien d'humain, mais qu'elles leur venaient d'en-haut, du ciel. C'est pourquoi cet Isaïe à la grande voix, après avoir montré tant de douceur en parlant au roi, l'avoir retiré du danger, l'avoir rassuré pour le présent, et lui avoir donné pour gage de la vérité de sa prophétie la révélation des desseins formés par l'ennemi , la découverte d'une trahison, l'annonce d'une ruine entière et absolue pour Israël , la détermination précise de l'époque, Isaïe, dis-je, sans se contenter de cela, va plus loin encore, il n'attend pas que le roi lui demande un miracle, il l'y exhorte malgré son excessive incrédulité; bien plus, il le laisse maître du choix: il ne lui dit pas " tel ou tel miracle, " mais bien " celui que tu veux. " Le Maître est riche, son pouvoir infini, sa force indicible. Le veux-tu dans le ciel, rien ne s'y oppose ; sur la terre , aucun obstacle. C'est ce que signifient ces mots " ou au fond de la terre ou au plus haut des cieux. " Comme cela même ne le décidait pas, le Prophète, loin de se taire, ajoute un blâme sévère, et cela, pour convertir le roi, pour lui montrer qu'il n'avait pas réussi à tromper, à donner le change sur ses sentiments , et il annonce un événement ineffable, il prophétise le salut de la terre et la rénovation de toutes choses, et il dit que ce signe ne sera pas pour le seul Achaz, mais pour tout le peuple.
Au commencement il adressait la parole au roi; mais quand il eut dévoilé son indignité, il parla à tout le peuple: " Aussi, dit-il, il donnera un signe, non pas à loi, mais à vous. " A vous, à qui donc? A vous qui êtes dans la maison de David. C'est de là comme d'une tige que sortira ce signe. Et quel signe? " Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel. " Il faut observer, comme je l'ai dit plus haut, que ce n'est plus à Achaz qu'est donné ce signe. Ce n'est pas là une conjecture : car voyez les accusations et les blâmes du Prophète: " Est-ce peu pour vous que de lasser la patience des hommes?" et il ajoute : " C'est pourquoi le Seigneur vous donnera un signe. Voici que la vierge concevra. " Si elle n'eût pas été vierge, ce n'eût pas été un signe. Car un signe doit sortir de l'ordre habituel des choses, du cours ordinaire de la nature, avoir quelque chose d'insolite, d'étrange même, pour être remarqué par chacun de ceux qui le voient et l'entendent. C'est pour cela qu'on l'appelle signe, parce qu'il signifie. Or il ne signifierait pas, s'il restait caché dans l'ordre habituel des choses. Aussi si le Prophète avait parlé d'une femme enfantant selon le cours ordinaire de la nature , pourquoi appeler " signe " une chose qui arrive tous les jours ? Aussi il ne dit pas au commencement, voici qu'une vierge, mais " voici que la vierge ", voulant marquer par l'addition de l'article que cette vierge était remarquable et seule entre toutes. Que cette addition ait bien la signification indiquée, nous pouvons le voir dans l'Evangile. Lorsqu'en effet les Juifs envoyèrent demander à Jean : " Qui es-tu ? " ils ne lui dirent pas: " Es-tu Christ, " mais bien: " Es-tu le Christ? " Ils ne dirent pas: " Tu es prophète, " mais: " Es-tu le Prophète ! " (Jean, I, 19-25.) C'est-à-dire le Christ, le Prophète par excellence. Saint Jean ne dit pas en commençant sors Evangile: "Au commencement était un Verbe," mais: " Au commencement était le Verbe et le Verbe était en Dieu. " (Jean, I, 1.) De même ici, Isaïe ne dit pas: Voici qu'une vierge, mais " Voici que la vierge, " et il met en tête, comme il était digne d'un prophète de le faire, " Voici que. " Ces événements en effet, il les voyait presque, il se les représentait par l'imagination, ils étaient pour lui évidents. tes prophètes voyaient les événements futurs plus clairement que nous ne voyons ce qui se passe sous nos yeux. Nos sens peuvent se tromper; la grâce de l'Esprit-Saint les éloignait de toute erreur.
6. Et pourquoi ne pas ajouter que cette conception aurait lieu par la vertu de l'Esprit-Saint? C'était une prophétie et il fallait parler d'une manière obscure, comme je l'ai dit souvent, à cause de la grossièreté des auditeurs, de peur qu'une connaissance exacte des (392) choses ne les portât à brûler les Livres saints. S'ils n'ont pas épargné les prophètes, à plus forte raison n'eussent-ils pas épargné leurs livres.
Ceci n'est pas une simple conjecture car un autre roi, du temps de Jérémie, déchire la Bible et la livre aux flammes (Jérémie, XXXVI, 23.) Voyez-vous cette folie intolérable, cette colère insensée? Il ne lui suffit pas de faire disparaître le livre, il le brûle pour satisfaire une passion délirante. Toutefois cet admirable prophète , même en restant obscur, a su tout indiquer. Une vierge , tout en restant vierge , comment peut-elle concevoir si ce n'est par la vertu de l'Esprit-Saint? Car enfreindre les lois de la nature ne saurait appartenir qu'à celui qui les a faites. Ainsi, en disant que la vierge enfantera, le Prophète a tout dévoilé. Après cet enfantement, il prédit le nom de l'enfant , non celui qui lui fut donné , mais celui qui lui convenait. De même qu'il appelle Jérusalem ville de la justice, non pas qu'elle ait jamais porté ce nom, mais parce que toutes les choses le lui donnaient, parce qu'elle devait se changer et devenir meilleure et accomplir toute justice, de même encore qu'il l'appelle prostituée, non qu'elle ait été ainsi désignée, mais parce que sa perversité lui méritait ce nom , comme sa vertu celui de ville de justice, de même, pour le Christ, il lui donne le nom que la nature des choses indiquait. Car c'est alors que Dieu fut avec nous, lorsqu'il parut sur la terre, conversant avec les hommes, et leur montrant la plus grande affection. Ce n'est pas un ange, ce n'est pas un archange qui se fait notre compagnon, mais c'est le Maître lui-même qui descend et vient tout redresser, qui parle aux courtisanes, qui mange avec les publicains, qui entre dans les maisons des pécheurs, qui permet tus larrons de lui parler avec confiance, qui attire à lui les mages, qui va partout et réforme tout, et s'unit notre nature. Or le Prophète annonce tout et cet enfantement et les biens ineffables, immenses, qui en découlent. En effet, lorsque Dieu est avec les hommes, il n'y a plus à craindre, à trembler, mais tout nous devient rassurant: c'est ce qui nous est arrivé. Ces maux anciens et inguérissables nous ont été enlevés, cette sentence portée contre tout le genre humain a été effacée, le péché a perdu toute force et le démon toute tyrannie; le paradis fermé à tous s'est ouvert pour la première fois à un meurtrier et à un brigand, les voûtes des cieux nous ont livré passage, l'homme s'est mêle; aux choeurs des anges, notre nature à été conduite jusqu'au trône du roi; la prison de l'enfer est devenue inutile; de la mort il n'est plus resté que le nom, la chose a disparu; les chœurs des martyrs, des femmes ont brisé l'aiguillon de l'enfer.
C'est dans la prévision de ces événements que le Prophète tressaillait de joie et d'allégresse, et d'une parole il nous indique tout, en nous annonçant l'Emmanuel. " Il mangera le beurre et le miel ; avant de connaître ou de choisir le mal, il choisira le bien. Car avant de distinguer le bien et le mal, l'enfant s'éloignera du mal, pour rechercher le bien (15, 16). " Comme cet enfant ne devait pas être simplement un homme, ni seulement un Dieu, mais un Dieu dans un homme, c'est avec raison que le Prophète présente la chose sous plusieurs faces, tantôt sous celle-ci, tantôt sous celle-là, et parle de choses étranges, de peur que la grandeur du miracle n'empêche d'y croire. Après avoir dit que la Vierge enfantera, ce qui déjà est au-dessus de la nature, que cet enfant sera appelé Emmanuel, ce qui est au-dessus de toute attente, il veut empêcher qu'en entendant ce mot Emmanuel, on n'aille embrasser sur l'Incarnation les erreurs de Marcion et de Valentin, et il donne de l'Incarnation la meilleure preuve, il la tire du besoin de nourriture auquel sera assujetti le Dieu homme. Que dit-il en effet? " Il mangera le beurre et le miel. " Cela ne convient pas à la divinité, mais bien à notre nature. C'est encore pour la même raison que le Verbe ne forma pas immédiatement un homme pour habiter en lui, mais qu'il se renferma dans le sein d'une femme, et cela pendant neuf mois, qu'il naquit, fut enveloppé de langes , fut nourri comme on l'est dans le premier âge, pour fermer la bouche à ceux qui essayeraient de nier l’Incarnation. Eclairé par la grâce divine, le Prophète voyait tout cela ; mais au lieu de parler seulement de cette naissance et de cet enfantement miraculeux, il parle de la nourriture que prendra l'homme-Dieu dans son premier âge, encore revêtu de ses langes, nourriture semblable à celle des autres hommes, et qui n'aura rien d'extraordinaire. En lui tout n'était pas différent de nous, mais tout n'y était pas semblable. Naître d'une femme, c'est notre condition; d'une vierge, c'est au-dessus de notre nature. Prendre de la nourriture (393) selon les lois ordinaires de la nature et la même nourriture que les autres hommes, c'est notre condition ; mais être étranger à tout vice, n'avoir jamais donné la moindre marque de perversité, voilà qui est extraordinaire, étonnant et qui ne convient qu'à lui. C'est pourquoi le Prophète mentionne l'une et l'autre chose. Ce n'est pas, dit-il, après avoir goûté le mal qu'il s'en éloigne, mais dès l'origine et parla vertu d'en-haut il a pratiqué toute vertu. C’est ce que le Christ a dit lui-même : " Qui de vous me convaincra de péché ? "
et encore : " Le prince de ce monde vient et il n'a rien en moi. " (Jean, VIII, 46 et XIV, 30.)
7. Le Prophète même que nous expliquons n'a-t-il pas dit
. " Il n'a point commis l’iniquité et le mensonge ne s'est point trouvé dans sa bouche? " (Isaïe, LIX, 9.) C'est aussi ce qu'il dit dans le passage actuel qu'avant même de connaître ou de choisir le mal, lorsqu'il sera encore dans cet âge de l'innocence, au commencement de sa vie, il embrassera la vertu et n'aura rien de commun avec le vice. " Car, avant de distinguer le bien et le mal, l'enfant s'éloignera du mal pour rechercher le bien. " Il répète dans les mêmes termes la même pensée et insiste sur la même idée.
Comme ses paroles annonçaient une chose sublime, il s'efforce, en la répétant, de la faire croire. Ce qu'il a dit plus haut : avant de connaître ou de choisir le mal, c'est ce qu'il redit en ces termes : " L'enfant, avant de distinguer. " Et il insiste encore en disant : " Le bien et le mal, s'éloignera du mal pour rechercher le bien. " Ce fut là le caractère distinctif de l'enfant-Dieu. C'est celui que saint Paul fait continuellement remarquer, et saint Jean, en voyant le Christ, élève la voix pour crier : " Voici l'Agneau de Dieu, celui qui ôte le péché du monde. " (Jean, I, 29.) Mais celui qui enlève le péché des autres est à plus forte raison sans péché lui-même.
C'est aussi ce caractère sur lequel, comme je l'ai dit plus haut, saint Paul insiste continuellement. Comme le Christ devait mourir, l'Apôtre, de peur qu'on ne crût que cette mort était la punition de son péché, rappelle sans cesse son innocence, pour montrer que sa mort était la rançon de notre péché.
Aussi il dit : " Le Christ, ressuscité d'entre les morts, ne meurt plus : car s'il est mort, c'est pour le a péché qu'il est mort. " (Rom. VI, 9, 10.) Et cette mort, veut-il dire, il ne l'a pas endurée comme y étant soumis et à cause de son péché, mais à cause des péchés de tous. Si donc il n'était pas soumis à la première, il est plus que démontré qu'il ne mourra plus.
" Le pays pour lequel tu trembles devant ces deux rois sera abandonné. " Ce que le Prophète fait en toute circonstance, il le fait ici encore. Après avoir annoncé les événements futurs, il revient aux présents. J'ai longuement montré qu'il en avait agi, à propos des séraphins, comme il agit ici.
Il prophétise d'abord les biens que la terre entière devait recevoir, et ensuite il s'adresse au roi. C'est pourquoi il dit : " Le pays sera abandonné. " Qu'est-ce à dire, " abandonné?
" Il ne sera pas attaqué, il sera libre, il n'aura rien à craindre, rien à souffrir des maux de la guerre. " Le pays pour lequel tu trembles, " pour lequel tu es dans la terreur et les angoisses " devant ces deux rois " de Syrie et d'Israël. Mais pour que l'annonce d'événements heureux n'amollisse pas le roi, et que la paix ne le rende pas indolent, le Prophète jette dans son âme une nouvelle inquiétude partes paroles : " Mais le Seigneur fera venir sur toi, sur ton peuple, sur la maison de ton père des jours tels qu'il n'y en a pas eu de semblables depuis qu'Ephraïm a fait venir de Juda le roi d'Assyrie (17). " Par là il indique cette invasion dans laquelle les barbares renversèrent la ville de fond en comble et enlevèrent tous les habitants captifs. Et il l'annonce, non pour qu'elle arrive, mais pour que la crainte les rendant meilleurs, ils éloignent ces maux de leur tête. Comme en effet rien n'avait pu les corriger, ni les biens qui leur avaient été départis sans aucun mérite de leur part (ce que montre la disposition d'esprit du roi et l'excès de son incrédulité), ni la menace de dangers effrayants, et qu'ils avaient résisté à ces deux remèdes salutaires, Isaïe annonce désormais un désastre plus profond, et cela pour retrancher toute corruption et guérir ces malades incurables. Que veulent dire ces mots, " depuis le jour où Ephraïm aura fait venir de Juda le roi d'Assyrie? " Les barbares vinrent dans le dessein d'enlever toute la nation; mais ils laissèrent Juda et ses deux tribus pour se jeter sur Israël. Voici donc ce que veut dire le Prophète : A partir du jour où les dix tribus attireront sur elles, par l'énormité de leurs fautes, l'armée des barbares qui sera venue d'abord contre vous, et où elles seront emmenées (394) captives, à partir de ce jour il vous faut craindre et trembler : car cette armée s'avancera et viendra contre vous, si vous ne changez. Et il dit : A partir de ce jour Dieu les amènera. Car ce ne fut pas en même temps que les Israélites que les deux tribus furent enlevées; mais l'intervalle ne fut pas long.
8. Voici donc ce qu'il dit : Ces jours étaient fixés;
mais Dieu attendait, prenait patience bien que leurs fautes méritassent dès lors châtiment : souvent, quand le jour de la punition est fixé, Dieu attend, il temporise encore, preuve bien évidente de sa charité pour les hommes, signe bien manifeste contre ceux qui ne veulent pas profiter de sa longanimité. Déjà, dit le Prophète, la menace est faite, déjà la sentence est portée, déjà la colère de Dieu s'allume, il leur montre la vengeance, pour ainsi dire, à leurs portes, pour les exciter au repentir, les rendre meilleurs, leur imprimer une vive crainte par la ruine des autres, et pour empêcher qu'en se voyant épargnés par le châtiment qui en avait frappé d'autres ils ne devinssent encore plus négligents que par le passé.
" Et en ce jour-là, le Seigneur fera venir d'un coup de sifflet les mouches qui dominent sur l'extrémité du fleuve de l'Egypte (18). " Vous le voyez, j'avais raison en disant que c'est pour augmenter leur frayeur que Dieu leur fait dès ce jour ses menaces. Ce qui suit produit le même effet, il accroît par ses paroles leur terreur en leur montrant ces armées qu'ils redoutaient tant , cette invasion si facile (ce qui devait les épouvanter), le grand nombre de ces barbares, ce qui devait leur faire perdre toute assurance; toutes ces choses, il les indique dans ce qui va suivre. Voyez : " En ce jour-là le Seigneur fera venir d'un coup de sifflet les mouches. " Il appelle mouches les Egyptiens, à cause de leur impudeur et de leur effronterie, et aussi parce que repoussés continuellement ils revenaient continuellement à la charge, sans les laisser respirer, leur tendant mille piéges, les harcelant sans cesse dans l'infortune, comme les mouches s'attaquent aux blessures. Dieu, dit-il, les amènera. Mais au lieu de dire il les amènera, il dit : " Il les fera venir d'un coup de sifflet, " pour faire voir combien sera facile cette invasion, combien est invincible la puissance de Dieu, à qui il suffit de faire signe pour que tout le suive. Et c'est avec raison qu'il profite de cela pour les menacer des maux qu'ils ont éprouvés déjà. " Et l'abeille qui est au pays d'Assur. " Le syrien et l'hébreu lisent, diton, non pas les " abeilles, mais les guêpes. " Comme les Juifs ne connaissaient pas bien ces peuples, le Prophète leur imprime par cette figure une plus vive crainte, leur faisant voir par cet animal combien les ennemis seront terribles, effrayants, inévitables, combien leurs blessures seront profondes et leur présence soudaine.
" Ils viendront et se reposeront tous dans les gorges de ce pays, dans les creux des rochers, dans les cavernes, dans tous les trous, sur tous les arbres (19). " Après avoir annoncé combien la présence des ennemis sera effrayante et leur marche rapide, il dit quelle sera leur multitude. Il ne dit pas, ils camperont, mais " ils se reposeront, " non comme s'ils étaient venus dans un pays ennemi, mais comme s'ils habitaient leurs propres demeures, non comme s'il leur fallait travailler et combattre, mais comme s'ils couraient au-devant d'une victoire certaine et d'un butin assuré. C'est pour cela qu'il dit: " Ils viendront et se re" poseront, " ce qui ne convient qu'à des vainqueurs, à des hommes qui ont remporté une victoire, et qui reposent après des luttes et des fatigues nombreuses. Et ce ne sera pas dans les plaines seulement qu'ils se reposeront; mais comme cette multitude est innombrable et que le pays ne suffit pas à la contenir, abîmes, rochers, montagnes, forêts, tout, en un mot, est un asile pour ces barbares. Quand même les ennemis ne seraient pas si terribles ni les Juifs si faibles, il suffirait de ce grand nombre pour les effrayer; mais quand ces deux choses se trouvent réunies , la multitude et la puissance, quand (chose plus redoutable encore) c'est la colère de Dieu qui les conduit, quel espoir de salut peut-on conserver? Ces mots " dans tous les trous, sur tous les arbres" renferment une hyperbole : car ils n'allaient pas se reposer sur des arbres; mais, comme je l'ai indiqué plus haut, il y a tout à la fois hyperbole et continuation de la métaphore tirée des guêpes.
" En ce jour-là le Seigneur se servira comme d'un rasoir enivré (20). " Il vient d'imprimer une vive crainte de ces armées; il la renouvelle maintenant, en faisant agir le ciel même, en montrant que ce ne sont pas quelques barbares Egyptiens ou Perses , mais Dieu (395) lui-même qui combat contre les Juifs. Il appelle rasoir sa colère devant laquelle rien ne peut résister, que personne ne peut soutenir, qui s'avance et ruine tout sans éprouver la moindre difficulté. De même que les cheveux ne peuvent supporter le tranchant du rasoir, mais qu'ils cèdent et tombent aussitôt, de même les Juifs ne pourront nullement résister à la colère de Dieu.
9. Ce rasoir enivré désigne donc la colère d'un
Dieu plein de fureur, prêt à se venger, une sentence qui va s'exécuter. " Au delà du fleuve du roi des Assyriens, " c'est-à-dire au delà de l'Euphrate, comme était la Judée et toute la Palestine par rapport à ceux qui viennent de la Perse. Tout cela, dit-il, sera détruit entièrement. Par ces mots tête, cheveux, barbe, pieds, il désigne tout le pays sous une métaphore empruntée du corps humain, et il embrasse dans ces paroles la contrée tout entière , comme il l'a fait au commencement lorsqu'il disait : " Toute tête est languissante et tout coeur abattu. Des pieds jusqu'à la tête, il n'y a rien d'intact en lui (Isaïe, I, 5, 6); " là il parlait non d'un homme, mais de tout le pays qu'il comparait à un seul corps. C'est encore ce qu'il veut dire ici, savoir que toute la terre aura à subir un châtiment exemplaire. Il emprunte d'un côté ses images à un rasoir, de l'autre côté au corps humain, pour montrer que l'arrêt porté par Dieu produira un effet plus terrible que le rasoir, qu'il fera disparaître les hommes et tout ce que porte la terre, pour la laisser déserte et inhabitée. Il se sert encore d'une autre image pour exprimer cette désolation. Il le fait pour que la crainte grandisse toujours et reste, et pour éviter que la terreur ne diminue par suite d'un si long discours. Il semble à quelques-uns que ces paroles renferment la promesse de certains biens; mais un examen plus profond fait voir qu'il n'y a que la description d'une désolation extrême. Que dit-il en effet? " En ce temps-là un homme nourrira une vache et deux brebis, et à cause de l'abondance de leur lait, il se nourrira de beurre; car tous ceux qui auront été laissés sur la terre mangeront le beurre et le miel (21, 22). "
Cela indique, comme je l'ai dit plus haut, une grande solitude. En effet, la terre qui produit du blé et de l'orge, étant dépourvue d'habitants fournira aux animaux une nourriture abondante et si abondante que deux brebis et une vache s'en nourrissant donneront à leur possesseur des fontaines de lait. Ainsi l'abondance de vivres pour les animaux est une marque évidente que les hommes auront disparu. Et voici ce qu'indique le miel; les abeilles aiment ordinairement à habiter dans les lieux déserts parce qu'elles y trouvent une nourriture abondante et que personne ne les trouble. Et pour mieux vous convaincre que le Prophète parle d'une solitude extrême, voyez la suite : " Et en ce temps, dans les lieux où l'on avait vendu mille pieds de vigne mille sicles, il ne croîtra que des ronces et des épines. On n'entrera qu'avec l'arc et les flèches , parce que les ronces et les épines couvriront toute la terre (23-24)." C'est la marque d'un grand malheur quand non-seulement les montagnes et les forêts, mais la terre arable elle-même et celle qui n'attend que la culture produit des ronces. Ce n'est pas sans raison qu'il a parlé du prix des vignes, c'est pour nous montrer la fertilité de la terre et les soins des cultivateurs. Eh bien ! dit-il , même ces lieux si fertiles, si dignes des soins des laboureurs seront tellement abandonnés qu'ils produiront au lieu de vignes des épines, et causeront à ceux qui les aborderont tant de terreur que nul n'osera y entrer sans défense et sans armes. Ces paroles marquent combien le lieu sera désert et comme les bêtes féroces y habiteront. Après avoir porté le trouble dans les âmes et jeté la crainte dans les coeurs, le Prophète s'adoucit un peu, pour annoncer aussi des événements heureux , la prospérité qui suivra, et faire comprendre par l'une comme par l'autre situation la puissance de Dieu. Mais il insiste suc les choses effrayantes et ne fait qu'effleurer les heureuses. Pourquoi cela ? Parce que c'était surtout par là réprimande que le peuple avait besoin d'être traité. à ce moment :
aussi après avoir administré sans ménagement ce remède, voulant laisser respirer quelque peu les auditeurs et les exciter encore par là à la vertu, il annonce des événements heureux en disant: " Toute montagne sera cultivée par la charrue. " De même en effet que, pendant la colère de Dieu, même la terre arable a été abandonnée, de même quand il sera apaisé, la terre dure deviendra comme la terre meuble, et comme elle , sera labourée et ensemencée. Quand ces choses arriveront , leurs conséquences se produiront aussi, la paix, l'abondance, la confiance, la sécurité, en un mot, l'état d'autrefois, (396) " La crainte sera bannie. Cette terre infertile et couverte de ronces se changera en pâturages pour les brebis et sera foulée par les boeufs (25). " Par ces détails le Prophète indique encore l'abondance, comme il dira plus loin . " Heureux qui ensemence toutes les eaux et qui envoie le boeuf et l'âne dans ses pâturages. "
(Is. XXXII, 20. ) En effet, de même que pour dépeindre la solitude, il parle de sirènes et d'onocentaures, de même, pour dépeindre la paix et la tranquillité, il ne parle que d'animaux domestiques et apprivoisés, propres au travail des champs; il les montre remplissant tous les lieux, pour faire entendre par là la culture et ses conséquences.
CHAPITRE HUITIèME. 1." ET LE SEIGNEUR ME DIT : PRENDS UN LIVRE DE PAPIER NEUF, GRAND, ET éCRIS-Y EN CARACTèRES CONNUS, QU'IL FAUT SE HATER DE PRENDRE LE BUTIN ET LES DéPOUILLES. — 2. VOICI LE TEMPS : PRENDS-MOI POUR TéMOINS DES HOMMES FIDèLES, URIE LE PRèTRE ET ZACHARIE, FILS DE BARACHIE. — 3. JE ME SUIS APPROCHé DE LA PROPHéTESSE ET ELLE CONçUT ET ELLE ENFANTA UN FILS. ET LE SEIGNEUR ME DIT : APPELLE-LE : HATEZ-VOUS DE PRENDRE LES DéPOUILLES ET DE PARTAGER LE BUTIN. — 4. CAR AVANT QUE L'ENFANT SACHE NOMMER SON PèRE ET SA MèRE, ON EMPORTERA LA PUISSANCE DE DAMAS ET LES DéPOUILLES DE SAMARIE DEVANT LE ROI DES ASSYRIENS. "
ANALYSE.
1. But du ministère prophétique. Précaution à prendre par le Prophète pour qu'on ne puisse révoquer en doute sa prophétie et pour lui assurer un caractère irréfragable d'authenticité. 2. Au premier signal que Dieu leur donnera, les Assyriens arriveront en foule comme des mouches.
1. D'après le sens littéral, il semble que ces prescriptions sont différentes et n'ont entre elles rien de commun; mais si vous voulez examiner les pensées, vous trouverez qu'elles se rapprochent et n'ont qu'un même but. Mais il faut dire d'abord dans quel dessein le ministère prophétique a été introduit dans le monde. Quelle est la mission de la prophétie; voilà ce qu'il faut dire. Ordinairement, Dieu est lent et tardif à punir les méchants, comme il est prompt à récompenser la vertu. Aussi les hommes doués de peu d'énergie se laissent-ils entraîner, en voyant que le châtiment ne suit pas immédiatement les fautes. Or, pour taire voir qu'il est patient et que l'on ne doit pas se faire de sa longanimité un prétexte pour le vice, Dieu se sert de la prophétie, non pour infliger des peines, mais pour apprendre aux pécheurs ce qui les attend, afin que la menace les rende meilleurs et leur fasse éviter des punitions réelles ; et c'est seulement lorsqu'ils restent insensibles qu'il finit par les châtier. Le démon , voyant ce dessein et sachant combien ce ministère est profitable aux hommes, envoie des faux prophètes , pour contredire ceux qui annoncent des famines, des pestes, des guerres, et pour prophétiser de grandes prospérités. Comme Dieu veut, en inspirant la crainte des paroles, faire éviter de réelles punitions, le démon s'efforce de faire le contraire; ses discours plaisent, ils amollissent les hommes et Dieu se voit dans la nécessité de leur (397) infliger des châtiments.
Puis, lorsque ceux qui ont cru les faux prophètes, et qui, ne faisant aucun cas de la vertu, ont persévéré dans leurs fautes, se sont attirés de graves châtiments, et qu'enfin la vérité est mise en évidence tandis que le mensonge est confondu, le démon emploie d'autres piéges encore pour achever la ruine de ceux qui se laissent prendre. Il leur persuade à eux qui se laissent facilement tromper, qu'il faut attribuer ces événements fâcheux à la colère des démons rejetés et méprisés.
C'est pour empêcher cette ruse que Dieu fait annoncer longtemps à l'avance aux hommes les maux qui leur arriveront ou plutôt qui les saisiront, pour qu'il ne soit pas possible à ceux qui trompaient les hommes, d'attribuer les événements à la colère des démons. Ce n'est pas par conjecture que je le dis : car entendez les paroles d'Isaïe : " Je sais que tu es dur, que ton cou est comme une barre de fer, que tu as un front d'airain. C'est pourquoi je t'ai parlé dès le commencement afin que tu ne dises pas: Ce sont mes idoles qui ont fait ces choses, ce sont mes images taillées et jetées en fonte qui me l'ont donné. Tu ne les as ni connues ni entendues. " (Isaïe, XLVIII, 4, 5, 8.)
Comme donc, selon ce que j'ai dit plus haut et ce qu'atteste ce passage, les Juifs opposaient les prophéties les unes aux autres, la vraie prophétie se hâte de remédier à cette erreur, en annonçant les événements longtemps à l'avance.
Comme il était à présumer que les ingrats auraient dit : Vous ne l'avez pas prédit, nous ne l'avons pas entendu, vous forgez ces prophéties après l'événement : car vous ne connaissez pas l'avenir; comment saurons-nous que vous avez parlé d'avance? à ce langage, Dieu oppose une réponse péremptoire et ferme ces bouches impudentes. Il n'ordonne pas seulement à ses prophètes de parler, mais il ordonne d'écrire les prophéties sur le papier et non-seulement d'écrire, mais encore pour qu'on ne puisse pas dire que cela a été fait après coup, il ordonne de prendre pour témoins des hommes que leur dignité et leur conduite rendaient dignes de foi. " Prends-moi pour témoins, dit-il, des hommes fidèles, Urie le prêtre et Zacharie, "
afin que, quand les événements se réaliseront et que les méchants diront : Ces choses n'ont pas été prédites par avance, le livre soit produit et que les hommes qui ont été témoins de sa composition ferment ces bouches impudentes. C'est pourquoi Dieu dit : " Prends-moi un livre de papier neuf, " afin qu'il ne périsse pas ait bout de quelque temps, mais qu'il reste longtemps et que ses caractères même accusent les détracteurs.
"Et écris-y avec un style d'homme, avec une plume , ce qui doit arriver. Et que doit-il arriver? Il y aura guerre, victoire remportée par les barbares , partage des dépouilles, enlèvement du butin. Ecris, dit-il, toutes ces choses, qu'il faut se hâter de prendre le butin : car voici le temps. " Qu'est-ce à dire, " Voici le temps? " Cette parole nous fait entendre deux choses, que déjà la grandeur des fautes demandait châtiment, et que la punition est imminente. La patience de Dieu le fait temporiser : car il désire qu'ils se corrigent et rendent la punition inutile, et d'un autre côté il lui est facile par sa seule volonté de faire que tout s'exécute. En effet , lorsqu'il s'agissait des barbares qui devaient faire invasion , il dit : Ne pensez pas que la longueur de la route et la multitude de l'armée soient des causes de retard , comme il arrive souvent dans ce que font les hommes.
2. Mais pour Dieu, même ce qui est éloigné est présent, tant il lui est facile en un instant, en une seconde, d'amener et de faire arriver des extrémités de la terre même des multitudes innombrables. " Prends-moi pour témoins des hommes fidèles, Urie le prêtre et Zacharie, fils de Barachie. " Témoins de quoi ? De l'époque, afin que si l'on vient à récuser ces livres, les hommes qui auront assisté à leur composition et en connaissent par conséquent bien l'époque, puissent, lorsqu'il s'élèvera des contradicteurs impudents, leur fermer la bouche. Ce qui suit a le même but et contient une preuve plus manifeste encore. Comment et de quelle manière? " Il s'est approché , dit-il, de " la prophétesse. " Il appelle ainsi sa propre femme, peut-être parce qu'elle participait à l'esprit prophétique : car ce n'est pas seulement aux hommes que les grâces sont communiquées, mais aussi aux femmes. Ce n'est pas comme dans les choses temporelles où les sexes sont distingués, où les uns ont à remplir les devoirs des hommes, lés autres ceux des femmes, sans pouvoir changer de rôle; i1 n'en est pas ainsi dans les choses spirituelles; mais tout est commun, couronnes et combats. Volts verrez cela dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament et pour toutes les positions tic la vie. S'étant approché d'elle selon la loi du (398) mariage, il la rendit enceinte. Et lorsque cette femme eut mis au monde un fils, il lui donne un nom étrange, extraordinaire, un nom prophétique. Que dit-il en effet? " Appelle-le, hâtez-vous de prendre les dépouilles et de partager le butin, " afin que si l'on récuse le livre, du moins le nom même de l'enfant, nom prophétique , imposé bien avant la réalisation des événements , et depuis lors toujours en usage, fasse taire même les plus audacieux. Il sera évident que le Prophète ne l'a pas forgé après coup, mais qu'il avait prévu dès longtemps ces événements, et ceux même qui s'étudient à méconnaître les soins dont ils sont l'objet seront forcés de croire, puisque, même avant les événements , ils auront vu l'enfant porter ce nom , et par suite annoncer sans cesse les malheurs à venir.
Ensuite il précise le sens de la prophétie en indiquant avec exactitude l'époque de ces infortunes - " Car avant que l'enfant sache nommer son père et sa mère, on emportera la puissance de Damas et les dépouilles de Samarie devant le roi des Assyriens. " Voici ce qu'il veut dire : à l'époque où son âge sera bien peu avancé, où il ne pourra parler encore, la victoire sera remportée, les trophées seront élevés, non que cet enfant puisse lui-même ranger l'armée et vaincre les ennemis, mais dans ce temps, c'est-à-dire avant que l'enfant puisse parler; tout sera livré aux ennemis. " Le Seigneur me parla encore et me dit : Parce que ce peuple a rejeté les eaux de Siloë qui coulent doucement et qu'il a mieux aimé avoir pour roi Basin et le fils de Romélie, le Seigneur fera fondre sur lui le roi des a Assyriens, comme les grandes et violentes eaux d'un fleuve (5-7.) " Dieu, le plus souvent, n'annonce pas seulement le châtiment, mais il en indique la cause pour l'instruction des auditeurs; c'est ce qu'il fait également ici. Après avoir parlé du pillage exercé par des étrangers et de l'invasion des barbares, il indique quelle est la cause de cette guerre. Quelle est-elle? L'ingratitude des habitants de la ville. Comme ils avaient, dit-il , un roi doux, facile, humain, et qu'ils s'en sont séparés pour appeler des tyrans, pour essayer de passer sous une domination étrangère, parce qu'ils étaient fatigués de leur bonheur, eh bien ! j'accomplirai surabondamment leur désir, en amenant au milieu d'eux un homme barbare et cruel. Il emploie des expressions métaphoriques pour dépeindre le caractère du roi indigène et la puissance du roi barbare;
il en agit ainsi, comme je l'ai déjà dit, pour donner à sa parole plus de force et d'expression. C'est pour cela qu'il dit : " Parce que ce peuple a rejeté les eaux de Siloë, " passage où il n'entend pas parler de l'eau, mais où, pour faire comprendre le caractère doux et humain du roi, il le compare au courant toujours tranquille de cette source aux eaux paisibles et sans bruit, et il désigne le roi par le mot de Siloë, cause de sa douceur et de sa modération : grande leçon pour les sujets qui, n'ayant à supporter qu'un joug léger, voulaient se soulever et se donner à des rois étrangers. Puisqu'ils ne veulent pas, dit-il, d'un roi doux et humain, mais qu'ils demandent Basin et le fils de Romélie, je leur enverrai le roi de Babylone; et la violence de ,on armée, il la rend par l'image d'un fleuve aux eaux abondantes et impétueuses.
3. Puis, interprétant sa métaphore, il dit: " Le roi des
Assyriens. " Voyez-vous combien est certain ce que j'ai dit plus haut, que partout l'Ecriture donnait elle-même la clef des métaphores qu'elle employait? C'est ce qu'elle fait encore ici. Elle a parlé d'un fleuve, mais, sans continuer sa métaphore, elle dit quel fleuve, " le roi des Assyriens, avec toute sa gloire. Il descendra dans toutes vos vallées et il entourera tous vos murs. Et il enlèvera de la Judée tous ceux qui peuvent lever la tête ou faire quelque chose. Et son armée sera si nombreuse qu'elle couvrira toute votre contrée. " Pour montrer que tout cela arrivera, non par la vertu de l'homme, mais à cause de la colère de Dieu, il ne le représente pas comme un ennemi qui a besoin de combattre en bataille rangée, mais comme un homme qui vient enlever un butin tout préparé.
Il ne se tiendra pas sous les armes, il ne se mettra pas, dit le Prophète, en ordre de bataille; mais cette multitude couvrira la face de la terre et vaincra facilement. Puis, même au milieu de la colère, il y a encore de la clémence. Dieu ne menace pas les Juifs de la ruine de leur capitale, il leur annonce seulement l'exil et la captivité, voulant que le châtiment de ceux qui seront enlevés corrige ceux qui resteront. " Il enlèvera de la Judée tous ceux qui peuvent lever la tête. " Tous les puissants, veut-il dire, ceux qui pillent et emportent tout, ceux qui sont les fléaux du (399) peuple, il les jettera dans les fers et l'esclavage, afin que leurs sujets puissent respirer un peu et que la crainte qu'ils éprouveront en voyant emmener les autres ainsi que la conservation de leur propre liberté les rende meilleurs. C'est pourquoi il dit : " Qui peut faire quelque chose, " c'est-à-dire celui qui est fort, qui peut agir, qui est capable de quelque travail. Et avant même qu'ils soient enlevés, dit-il, peut-être serez-vous assez effrayés à la vue de ce barbare qui couvrira de ses troupes votre pays. C'est pourquoi il ajoute : " Son armée sera si nombreuse qu'elle couvrira toute votre contrée. Dieu est avec nous. Sachez-le, nations, et vous serez vaincues : entendez-le jusqu'aux extrémités de la terre, et malgré votre force vous serez vaincues; et si vous prévalez une seconde fois, vous serez vaincues une seconde fois. — Les desseins que vous aurez formés, le Seigneur les dissipera; les paroles que vous aurez dites n'auront point d'effet, parce que Dieu est avec nous (8-10). "
Il me semble prophétiser ici la victoire d'Ezéchias, ce brillant fait d'armes et sa cause. S'ils ont, semble-t-il dire, des armes, de nombreux soldats , l'expérience militaire , nous avons, nous, le plus puissant des auxiliaires, c'est-à-dire, Dieu. Le barbare vint, comme le Prophète en avait fait la menace, et il s'en alla après avoir pris beaucoup de villes; mais quand il revint de nouveau, il éprouva un sort tout contraire. C'est ce que le Prophète annonce, ainsi que la cause de cette victoire, et il s'adresse aux barbares eux-mêmes. Que cette première victoire, dit-il, ne vous enorgueillisse pas : car dans votre incursion présente nous avons un puissant auxiliaire. Sachez-le donc et retirez-vous: car vous entreprenez une chose impossible. Puis il montre la cause de cette victoire, il dit que la renommée publiera ces hauts faits jusqu'aux extrémités de la terre "Entendez-le jusqu'aux extrémités de la terre." Personne en effet n'a été sans apprendre ce qui s'est passé alors à Jérusalem; c'est pourquoi le Prophète dit : " Entendez-le jusqu'aux extrémités de la terre, malgré votre force vous serez vaincues. " Le barbare eut une grandi; renommée à cause de sa puissance. Or, en cet endroit il appelle forts non ceux dont le corps est robuste, mais ceux que l'abondance de leurs richesses et l'éclat de leur gloire font remarquer. " Et si vous prévalez une seconde fois vous serez vaincues une seconde fois. Les desseins que vous formerez, le Seigneur les dissipera ; les paroles que vous aurez dites n'auront point d'effet, parce que Dieu est avec nous. " Comme leurs desseins étaient mauvais, qu'ils se proposaient de ne retourner chez eux qu'après avoir renversé la ville de fond en comble, le Prophète parle de leurs projets et dit : Tout en restera aux parole; Puis comme les choses qu'il annonce dépassent la nature humaine, il a recours, afin de faire croire à sa parole, à la grandeur de celui qui accomplira tout, et répète souvent " parce que Dieu est avec nous, " et qu'il dissipera lui-même toutes ces machinations. Qu'à lui soit la gloire.
Traduit par M. FANIEN.
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