Commentaire sur Isaïe

Jean Chrysostome · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr · 2 pages

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Saint Jean Chrysostome

Commentaire sur Isaïe

COMMENTAIRE SUR ISAIE.

Tome VI, p. 336-399

COMMENTAIRE SUR ISAIE. * PRéFACE. * CHAPITRE PREMIER. VISION D'ISAIE. * CHAPITRE DEUXIèME. PAROLE QUI PUT ADRESSéE A ISAIE, FILS D'AMOS. * CHAPITRE TROISIèME. 1. " VOICI QUE LE MAîTRE, LE SEIGNEUR DES ARMéES, VA ENLEVER DE LA JUDéE ET DE JéRUSALEM " L'HOMME FORT ET LA FEMME FORTE. " * CHAPITRE QUATRIèME. " EN CE JOUR-Là SEPT FEMMES PRENDRONT UN HOMME ET ELLES LUI DIRONT : NOUS NOUS NOURRIRONS NOUS-MêMES ET NOUS NOUS ENTRETIENDRONS NOUS-MêMES DE VêTEMENTS. AGRéEZ SEULEMENT QUE NOUS PORTIONS VOTRE NOM ET DéLIVREZ-NOUS DE NOTRE OPPROBRE. " * CHAPITRE CINQUIèME. 1. " JE CHANTERAI A MA VIGNE BIEN-AIMéE LE CANTIQUE DE MON BIEN-AIMé. ". * CHAPITRE SIXIèME. 1. " ET IL ARRIVA L'ANNéE QUE MOURUT OZIAS. " ANALYSE. * CHAPITRE SEPTIèME. 1. " ET IL ARRIVA PENDANT LES JOURS D'ACHAZ, FILS DE JOATHAN, FILS D'OZIAS, ROI DE JUDA. " * CHAPITRE HUITIèME. 1." ET LE SEIGNEUR ME DIT : PRENDS UN LIVRE DE PAPIER NEUF, GRAND, ET éCRIS-Y EN CARACTèRES CONNUS, QU'IL FAUT SE HATER DE PRENDRE LE BUTIN ET LES DéPOUILLES. — 2. VOICI LE TEMPS : PRENDS-MOI POUR TéMOINS DES HOMMES FIDèLES, URIE LE PRèTRE ET ZACHARIE, FILS DE BARACHIE. — 3. JE ME SUIS APPROCHé DE LA PROPHéTESSE ET ELLE CONçUT ET ELLE ENFANTA UN FILS. ET LE SEIGNEUR ME DIT : APPELLE-LE : HATEZ-VOUS DE PRENDRE LES DéPOUILLES ET DE PARTAGER LE BUTIN. — 4. CAR AVANT QUE L'ENFANT SACHE NOMMER SON PèRE ET SA MèRE, ON EMPORTERA LA PUISSANCE DE DAMAS ET LES DéPOUILLES DE SAMARIE DEVANT LE ROI DES ASSYRIENS. " *

PRéFACE.

Eloge du prophète Isaïe. — Que les saints et les prophètes sont animés d'un grand amour envers les peupler.

Le mérite excellent de ce prophète se voit très-bien dans ses oeuvres, mais ce qui le fait voir non moins parfaitement, c'est le témoignage qu'en rend celui qui, plus que tout autre, était capable d'apprécier ses qualités. Je veux dire saint Paul dont l'Esprit-Saint lui-même dictait les paroles. Le langage franc d'Isaïe, sa pensée toujours libre, ses sentiments élevés, la clarté de ses prophéties sur le Christ, toutes ses qualités, l'Apôtre nous les montre par un seul mot, en disant: "Isaïe ne craint pas de dire. j'ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas, je me suis montré à ceux qui ne me demandaient pas. " Sa compassion pour les maux de ses frères est bien grande aussi. il ne s'est pas seulement élevé contre la folie du peuple, il n'a pas seulement, dans un langage libre et avec une pensée élevée, annoncé aux Juifs les châtiments qui les puniraient, mais quand ce qu'il avait prédit est arrivé il souffre, il est tourmenté non moins que ceux que le malheur opprime et il gémit plus douloureusement que ces infortunés. C'est là du reste ce que presque tous les prophètes et les saints ont fait : leur affection pour ceux qu'ils étaient chargés de conduire surpassait la tendresse des pères pour leurs enfants ; la nature est moins forte que n'était leur charité. Il n'est point, non, il n'est point de père qui soit embrasé d'amour pour ses enfants comme ceux-là pour le peuple qu'ils dirigeaient: car pour lui ils étaient disposés à mourir, gémissant, se lamentant, partageant leur captivité et leurs infortunes, faisant et (338) souffrant tout, pour mettre fin à la colère du ciel et aux malheurs qu'ils éprouvaient. Il n'y a rien qui nous rende plus aptes à commander que d'avoir une âme pleine de sagesse et de miséricorde. Aussi le grand Moïse ne fut placé par Dieu à la tête du peuple juif qu'après avoir manifesté par ses actions combien il aimait ce peuple, et plus tard il lui dit: " Si vous leur pardonnez leur faute, pardonnez-la leur ; sinon, effacez-moi aussi du livre que vous avez écrit. " Et Isaïe lui-même voyant les Juifs périr s'écrie: " Laissez-moi aller, je répandrai des larmes amères ; ne vous mettez pas en peine de me consoler sur la ruine de la fille de mon peuple. " Jérémie fit entendre de longs gémissements, quand la ville eut été renversée.

Ezéchiel partit avec les Juifs, regardant comme moins pénible d'habiter sur une terre étrangère que dans sa patrie, et trouvant que le plus grand adoucissement à ses maux c'était d'être auprès des malheureux et de diriger leurs affaires.

Et Daniel pour obtenir leur retour resta sans manger pendant vingt jours et plus et montra tout son amour pour eux en suppliant Dieu de les délivrer de cette captivité. C'est par là en un mot que brillent tous les saints. Par exemple, quand David voit la colère du ciel fondre sur le peuple, c'est sur lui-même qu'il veut appeler ce fléau, disant : " C'est moi pasteur qui ai péché, c'est moi pasteur qui ai fait le mal, et ceux-ci, qui sont mon troupeau, qu'ont-ils fait ? Que votre main s'appesantisse sur moi et sur la maison de mon père. " Et Abraham, loin de tout danger, n'ayant pas à craindre de partager la punition des Sodomites, se mit, comme s'il avait été au milieu du péril, à invoquer et à supplier Dieu, et il n'aurait pas cessé d'employer et actions et paroles pour détourner ce terrible embrasement, si Dieu, après l'avoir congédié, n'était enfin parti. Les saints du Nouveau Testament montrèrent encore plus de vertu, parce qu'ils avaient reçu plus de grâces et qu'ils étaient appelés à de plus longs combats.

C'est pour ce motif que Pierre, en entendant dire au Christ qu'il est bien difficile aux riches d'entrer dans le royaume des cieux, était dans l'anxiété, et tremblait et adressait cette question: " Qui peut donc être sauvé " ? Et cependant, pour ce qui le concernait, il devait être plein de confiance. C'est que ces saints considéraient moins leur intérêt propre qu'ils ne s'occupaient de toute la terre. Et saint Paul, dans tout le cours de ses épîtres, nous montre la même préoccupation, lui qui à la vision du Christ préférait le salut des hommes : " Mourir et être avec Jésus-Christ est le meilleur, mais rester dans ma chair est plus nécessaire à cause de vous. " (Phil. I, 23, 24.) C'est cette même vertu que montre le Prophète quand il expose les révélations de Dieu avec tant de franchise, quand il adresse ses reproches aux pécheurs, quand, dans des circonstances fréquentes et par de longs discours, il tâche d'apaiser Dieu irrité contre les Juifs: ce que l'on peut voir surtout à la fin de la prophétie. Mais enfin abordons le commencement de la prophétie.

CHAPITRE PREMIER. VISION D'ISAIE.

ANALYSE.

2. Le Prophète laissant de côté les hommes adresse la parole aux éléments : c'est une marque de l'indignation qui anime le Prophète et c'est en même temps un moyen d'inspirer aux hommes de la honte de ce qu'étant doués de raison, ils se sont ravalés par le péché au-dessous des créatures privées de sentiment. 3 et 4. Tableau de l'ingratitude et de la dépravation des Juifs. Dieu, par la bouche du Prophète, leur adresse de vifs reproches, où se remarque encore de la tendresse ; c'est le langage d'un ami outragé, mais qu'aucun outrage ne rebute. Les sacrifices de . l'Ancien Testament n'étaient pas agréables à Dieu par eux-mêmes. Raison de leur institution. Pourquoi l'ancienne loi permettait le divorce.

5. La prière ne sert de rien an pécheur qui reste dans son péché. 6 et 7. Pouvoir du libre arbitre, il est la condition essentielle de la vertu.

8. on pèche non pas seulement en faisant le mal, mais encore en omettant de faire le bien. — Réponse à une objection des Juifs. Turpitude et vanité de l'idolâtrie.

1. Il appelle sa prophétie vision soit parce qu'il avait sous les yeux beaucoup d'événements futurs, et c'est ainsi que Michée vit la dispersion du peuple, Ezéchiel la captivité et la prévarication de ceux qui adoraient le soleil et Thamuze ; soit parce que, les choses que les prophètes entendaient leur venant de Dieu, elles n'avaient rien de moins sûr que la vision elle-même et produisaient une certitude égale, ce qui ne saurait avoir lieu en dehors de l'intervention divine. Ils entendaient autrement que le reste des hommes, car Isaïe dit : " Il m'a ajouté une oreille pour entendre. " (Isaïe, L, 4.) En appelant sa prophétie " vision, " il rend son récit plus digne de foi, il excite l'attention de l'auditeur et il le fait penser à l'auteur de la vision. Tous ceux qui nous apportent des oracles de la part de Dieu ont soin avant tout de bien établir ce point, qu'ils ne disent rien qui soit tiré de leur fonds propre, mais que leurs paroles ne sont que des révélations divines, que des écrits descendus du ciel. Ainsi David disait: " Ma langue, c'est la plume d'un écrivain qui écrit rapidement. " (Ps. XLIV, 2.) N'allez donc pas croire que les lettres viennent de la plume, mais de la main qui la tient, c’est-à-dire non de la langue de David, mais de la grâce qui la meut. Un autre prophète voulant montrer la même chose dit: " J'étais un chevrier, arrachant des sycomores. " (Amos, VII, 14.) De sorte que nous ne devons pas juger ces paroles selon les règles de la sagesse humaine. Et cette parole même ne lui suffisait pas, il a ajouté celle-ci : " L'Esprit du Seigneur m'a rempli de force, de jugement et de puissance. " (Mich. III, 8.) Car la grâce les a rendus non-seulement sages, mais forts non selon le corps, mais selon l'âme. Comme ils devaient s'adresser à un peuple audacieux et impudent, altéré du sang des prophètes, se plaisant à massacrer les saints, ils avaient certes besoin de beaucoup de force pour ne pas redouter sa colère. C'est pourquoi le Seigneur dit à Jérémie : " Je t'ai placé comme nue cotonne de fer et comme un mur d'airain ; " et à Ezéchiel " Tu habites au milieu des scorpions, ne crains pas devant eux et ne les redoute pas. " Et quand Moïse fut envoyé, ce n'est pas seulement à mon avis parce qu'il redoutait Pharaon qu'il voulait refuser sa mission, mais parce qu'il craignait le peuple juif. C'est pourquoi en s'entretenant avec Dieu, sans même songer au roi, il s'enquiert avec beaucoup de soin de ce qu'il devra dire à ceux qui ne voudront pas le reconnaître pour envoyé de Dieu, et ce fut pour les convaincre qu'il reçut le pouvoir des miracles; et c'était avec raison. Car si un seul d'entre eus qui avait même été sauvé par lui l'effraya jusqu'à lui faire prendre la fuite, que ne devait-il pas éprouver en pensant à tout ce peuple si turbulent? Aussi outre l'Esprit de sagesse, reçut-il encore l'Esprit de force, comme un autre prophète le disait de lui-même. " L'Esprit du Seigneur m'a rempli de force, de jugement et de puissance (Mich. III, 8); " et un autre " La parole de Dieu se fit entendre à Jérémie, fils de Chelcias (Jérém.

I, 1) ; " et un autre encore: " Inspiration contre Ninive : livre de la vision de Nahum d'Elcesaï. " (Nahum.) Celui-ci, tout en se servant d'un autre terme, fait entendre la même chose que les premiers: il appelle inspirés ceux dont l'Esprit s'est emparé. C'est parce qu'en parlant ainsi ils étaient dominés par le Saint-Esprit qu'il a appelé inspiration l'opération de la grâce.

C'est pour la même raison que saint Paul place en tête de toutes ses épîtres son titre d'apôtre; ce que faisaient les prophètes en se servant des mots vision, discours, inspiration, parole; il le fait en se servant du mot d'apôtre. Si celui qui dit vision, parole de Dieu, n'annonce rien qui vienne de lui, celui qui s'appelle apôtre, c’est-à-dire envoyé, n'enseigne pas non plus une doctrine qui lui soit propre, mais la doctrine de Celui qui l'a envoyé. La fonction d'apôtre, consiste précisément à ne rien donner qui vienne de soi. C'est pourquoi le Christ dit : " N'appelez personne votre maître sur la terre, un seul est votre Maître, et il est dans les cieux (Matth. XXIII, 10) ; " il nous montre par là que ce que nous enseignons a son commencement et sa racine en notre Maître céleste, bien que les ministres de la parole soient des hommes. " Que vit Isaïe? " Comment les prophètes perçoivent-ils ce qu'ils voient, ce n'est pas à nous de le dire : notre parole est impuissante à expliquer le mode de leur vision ; celui-là seul le connaît qui l'a éprouvé. Si (340) notre nature, soit qu'elle agisse, soit qu'elle reste passive, a des secrets dont nul ne saurait rendre compte, comment pourrions-nous expliquer la manière d'opérer du Saint-Esprit? Si toutefois il faut par des images obscures essayer de la montrer non dans une claire lumière, mais comme dans des énigmes, il me semble que les prophètes éprouvent quelque chose d'analogue à ce qui se fait dans une eau pure que viennent illuminer les rayons du soleil, que leurs âmes purifiées d'abord par leurs propres vertus, et aussi rendues aptes à refléter la divine lumière, reçoivent ensuite la grâce du Saint-Esprit, et avec elle la connaissance de l'avenir.

" Fils d'Amos. " Pourquoi mentionne-t-il son père? C'est pour prévenir les équivoques qui résulteraient des homonymies, ou bien pour nous apprendre que la bassesse du père n'offusque pas le mérite du fils : car la noblesse ne consiste pas à être né de parents illustres, mais à se rendre illustre soi-même. Quoique d'une naissance obscure, Isaïe ne laissa pas que de devenir plus illustre entre tous, grâce à l'éclat singulier de son propre mérite : " Qu'il a vue au sujet de la Judée et de Jérusalem. "

Pourquoi nomme-t-il l'un et l'autre lieu séparément? Parce que les châtiments devaient être distincts et infligés en des temps différents; Dieu, en réglant les choses ainsi, avait montré sa sagesse ; il ne voulait pas les faire périr tous d'un seul coup, mais lentement et peu à peu afin que le malheur de ceux qui seraient emmenés captifs inspirât le repentir à ceux qui restaient. Que s'ils ne profitèrent pas du remède comme ils auraient dû, la l'auto en est à ces malades et non pas au divin Médecin. Dieu tient la même conduite en toute circonstance et dans tous les temps, et jamais il ne punit du même coup tous ceux qui ont commis les mêmes crimes; car autrement il y a longtemps que toute notre race aurait disparu ; mais il punit les uns ici-bas, et par là il leur adoucit à eux-mêmes le châtiment de l'autre vie, tandis qu'il donne à ceux qui sont témoins de leur punition, une admirable occasion de se convertir; quant à ceux que ni leur propre nature, ni la sagesse de cette conduite ne peut ramener au bien, il les réserve pour le jour inévitable et terrible du jugement. " Sous le règne d'Ozias et de Joathan et d'Achar et d'Ezéchias qui régnèrent en Judée. " Il a bien fait de mentionner le temps, puisqu'il appelle ainsi l'attention du lecteur studieux sur l'histoire des événements antérieurs. La prophétie n'en sera que plus intelligible et plus claire : car sachant quel était l'état des choses et ce qu'il y avait de mal chez les Juifs, nous jugerons mieux des remèdes que les prophètes y ont apportés. " Ecoute, ciel, et toi, terre, prête l'oreille : car c'est le Seigneur qui a parlé (2). " Ce début est plein de colère ; car s'il n'avait pas été emporté par une indicible fureur, comment aurait-il laissé les hommes pour s'adresser aux éléments? II ne le fait pas seulement pour montrer qu'il est irrité, mais aussi pour couvrir de honte ceux qui devaient l'entendre, en leur montrant que, honorés de la raison, ils se sont cependant dégradés au-dessous des éléments insensibles. C'est là du reste une chose habituelle aux autres prophètes. Ainsi le Prophète envoyé vers Jéroboam, au lieu de s'adresser à celui qu'il vient reprendre, s'adresse à l'autel. Et Jérémie apostrophe la terre en disant : " Terre, terre, terre, écris que cet homme est proscrit. " Et un autre dit encore . " Ecoutez, abîmes, fondements de la terre; j'ai engendré des fils. " Il ne parle pas ici d'un bienfait qu'il a accordé à tous les hommes, celui d'exister, mais d'un bienfait particulier aux Israélites, celui d'en avoir fait ses enfants. Partout le Seigneur commence par des bienfaits ; quand il a créé l'homme, il a comblé d'honneur celui qui n'existait pas encore, en disant: " Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. " Sous le Nouveau Testament il fait plus encore : car ce ne sont pas des hommes qui n'ont rien fait, mais des hommes qui ont commis une infinité de péchés, qu'il régénère dans les eaux du baptême ; ici vous voyez la même chose, puisqu'il honore de son adoption des hommes qui non-seulement n'ont rien fait de bien, mais encore qui étaient tombés dans le mal, et cependant s'il les honore avant qu'ils aient pu mériter, ce n'est pas qu'il les prive de récompense quand ils ont mérité ; c'est alors au contraire qu'il leur accorde de plus grandes récompenses. "Et je les ai élevés.

" Les bienfaits accordés en Egypte, les bienfaits accordés dans le désert, les bienfaits accordés dans la Palestine, il rappelle tout d'un seul mot ; car c'est la coutume de Dieu, dont les bienfaits sont si nombreux de s'abstenir de les rappeler longuement et (341) minutieusement. " Et ils m'ont méprisé. " Ils ont, veut-il dire, transgressé ma loi, abandonné mes préceptes.

" Le boeuf connaît celui à qui il appartient et l'âne l'étable de son maître (3). "

Les comparaisons, celles surtout qui sont prises de choses inférieures, ne fout que rendre l'accusation plus vive; c'est ainsi que le Christ dit : " Les Ninivites se lèveront au jugement avec cette génération et ils la condamneront;" et en un autre endroit : " La reine du midi se lèvera au jugement avec cette génération et la condamnera, parce qu'elle vint des extrémités de la terre entendre la sagesse de Salomon. " (Luc, XI, 31-32. ) Et Jérémie dit encore : " Allez aux îles de Céthim et jetez les yeux sur Cédar.

Envoyez-y pour savoir si ces nations changeront jamais leurs dieux ; mais mon peuple a changé sa gloire et cela ne lui servira de rien. " (Jérém. II,10-11.) II montre que la loi n'est pas dure et combien peu elle exige des hommes, elle que les animaux privés de raison et les plus stupides des animaux observent facilement. — Mais, direz-vous, c'est la nature qui opère en eux. — Ce que la nature accomplit en eux, la volonté libre peut le faire en nous. " Le boeuf connaît celui à qui il appartient. " Ce n'est pas sur l'excellence de ses dons mais sur l'excès de leur malice qu'il fonde son accusation. De même qu'il s'est adressé pour leur confusion à des éléments, de même ce n'est pas à des hommes, mais à des animaux et aux plus stupides des animaux qu'il les compare et il les trouve inférieurs à eux.

3. Ainsi fait Jérémie, lorsqu'il appelle la tourterelle et l'hirondelle (Jérém. VIII, 7), et Salomon lorsqu'il renvoie le paresseux tantôt à la fourmi, tantôt à l'abeille.

(Prov. VI, 6.) " Israël ne m'a pas connu. " Le crime s'aggrave lorsque ce sont des amis intimes, comblés de faveurs, qui, tous ensemble, se précipitent dans le mal. Il ne dit pas Jacob, mais " Israël, " afin que ce nom qui rappelle la vertu du patriarche inspire à ses descendants plus de confusion. A celui-là, sa vertu valut la bénédiction qu'exprime son nom, et ceux-ci par leur malice la rejettent. " Et mon peuple ne m'a pas compris, " moi, dit-il, plus éclatant que le soleil. " Malheur ! nation pécheresse (4). " C'est encore là l'habitude des prophètes, de pleurer sur les hommes atteints de maux incurables. Ainsi fait Jérémie en un grand nombre d'endroits; ainsi le Christ quand il dit: " Malheur à toi, Corozaïn ! malheur à toi, Bethsaïde ! " (Matth. XI, 21.) C'est encore là une manière d'instruire : car celui que la raison n'a pu ramener, souvent les larmes le ramènent. " Peuple rempli d'iniquités. " Voici qui rend l'accusation plus grave; ils ont péché tous et jusqu'aux derniers excès. " Race méchante. " Ce n'est pas qu'il leur reproche leur origine, ruais il montre que depuis leur premier âge ils sont pécheurs. Lorsque Jean dit " Serpents, race de vipères (Matth. III, 7), " il n'accuse pas leur nature : car il ne leur eût pas dit : "Faites donc de dignes fruits de pénitence, " s'ils avaient été méchants par nature de naissance. De même, en disant ici " race méchante, " le Prophète ne leur reproche pas leur naissance. " Fils sans loi ; " il ne dit pas " transgresseurs, " mais " sans loi, " qui ne valent pas mieux que s'ils n'avaient jamais reçu la loi. Il note ainsi la corruption (1) de la volonté. " Vous avez abandonné le Seigneur et vous l'avez irrité. " Il parle ainsi par emphase , car le nom seul de Dieu suffisait pour justifier l'accusation. Jérémie fait le même reproche en ces termes : " Parce qu'ils se sont éloignés de lui et qu'ils se sont attachés aux " démons. " (Bar. IV, 7, 8.)

" Le saint d'Israël." Voici encore qui aggrave l'accusation , c'est qu'ils le connaissaient bien comme le Maître de toutes choses. " Ils se sont retournés en arrière (5). Pourquoi vous frapper encore, vous qui ajoutez sans cesse à vos prévarications?

" Quel triste état lorsque les châtiments mêmes ne rendent pas meilleur ! Certes, c'est une des formes du bienfait que la punition. Ils ne pourront pas dire qu'il ne leur a accordé que des honneurs et des biens, et que, quand ils ont péché, il les a abandonnés; mais par les honneurs il les a attirés, par la crainte des punitions il a voulu les amener à la pénitence, et dans l'un et l'autre cas ils se sont montrés incorrigibles. Il a employé tous les traitements, il a taillé, il a brûlé, et la maladie n'a pas disparu ; ce qui montre que la maladie est incurable , c'est qu'elle soit rebelle aux remèdes. " Toute tête est malade et tout coeur rempli de tristesse (6). Depuis les pieds jusqu'à la tête il n'y a rien de sain en lui, ni blessure, ni tumeur, ni plaie enflammée. " Il rappelle ensuite les punitions

1 Le texte grec parait ici altéré : au lieu de diaphoran le sens demanderait diaphthoran corruption.

342 et les châtiments ; car ce n'est pas là une petite marque de l'amour qu'il leur porte et de l'honneur qu'il leur fait. Je les ai tous frappés, dit-il, je les ai tous accablés de douleur.

Si a toute tète est malade, " comment n'y a-t-il ni blessure, ni tumeur? La blessure ne parait-elle que quand le reste d u corps est sain ; mais s'il est couvert de blessures , on ne pourra plus en distinguer une en particulier. Cela veut donc dire que tout le corps est couvert d'ulcères, qu'il n'y a pas un endroit sain à côté d'un autre malade , mais que tout est enflammé, que tout n'est qu'une tumeur. " On ne peut y appliquer rien d'adoucissant. " Voici qui est plus grave encore. Il est bien moins fâcheux d'être malade seulement que de ne pouvoir, étant malade , subir de traitement, surtout lorsque le médecin est si grand. " Ni huile, ni bandes. " C'est pour parler par emphase qu'il continue la métaphore; c'est là le mérite de cette figure. " Votre terre est déserte (7). " Ces événements, il ne les raconte pas comme passés, il les annonce comme futurs, bien qu'il emploie le temps du passé. Les prophètes en usent ainsi et pour effrayer l'auditeur et pour montrer combien ce qu'ils prédisent est certain. De même que les choses passées ne peuvent pas ne pas avoir existé, de même les choses que les prophètes ont annoncées devoir exister, ne peuvent pas ne pas arriver, à moins que par hasard ceux qui devaient être punis ne se repentent. " Vos villes sont incendiées. " Il ne les a pas détruites entièrement, il a permis que des ruines échappées aux flammes des barbares restassent debout, parce qu'elles toucheraient davantage ceux qui les verraient. " Des étrangers dévorent votre pays sous vos yeux, et il est désert parce a qu'il a été ravagé par des peuples étrangers. " C'est le comble du malheur pour des hommes d'être spectateurs de maux qui les atteignent, au lieu de les apprendre par la renommée seulement. " La fille de Sion demeura abandonnée comme une tente dans une vigne et comme une cabane dans un champ de concombres (8). "

4. Les images font beaucoup , surtout celles de la sainte Ecriture, pour rendre plus frappant ce qu'on dit. Le Prophète appelle Jérusalem fille de Sion parce qu'elle est placée au pied de cette montagne. " Comme une tente dans une vigne et comme une cabane dans un champ de concombres. " Le fruit une fois enlevé, et les vignerons emmenés, à quoi servent les bâtiments de la ville? " Comme une " ville assiégée. " Cette expression figurée marque leur faiblesse et leur abandon. Car n'ayant plus personne qui vint à leur secours, ils étaient dans la nécessité de rester enfermés dans l'enceinte de leurs remparts qui faisaient maintenant toute leur sûreté. " Et si le Seigneur des armées n'en avait laissé quelques-uns de notre race, nous aurions été comme Sodome, et nous serions devenus semblables à Gomorrhe (9). " C'est une habitude constante des prophètes de dire non-seulement ce que les pécheurs vont souffrir de maux, mais encore ce qu'ils mériteraient de souffrir afin que dans le temps même de leur châtiment ils rendent à Dieu de fréquentes actions de grâces de ce qu'il rie leur inflige qu'une punition fort inférieure à leurs crimes. C'est ce qu'Isaïe dit ici , que leurs péchés auraient mérité non les maux qu'il vient de rappeler, mais l'extinction complète de toute la race, comme il était arrivé à Sodome.

Mais la miséricorde de Dieu ne l'a pas permis, elle n'a envoyé qu'une punition bien inférieure aux fautes. Et comme il y a beaucoup de rapport entre l'Ancien et le Nouveau Testament, saint Paul a usé du même moyen, et avec plus de raison que le prophète. Car de même qu'en ce temps-là, sans la miséricorde de Dieu, tous auraient péri, de même au temps du Christ, sans la charité, tous les hommes périssaient d'une manière encore plus affreuse. " Il nous en a laissé quelques-uns de notre race." Il parle de ceux qui furent sauvés de la captivité. " Ecoutez la parole du Seigneur, princes de Sodome ; faites attention à la loi de notre Dieu, peuple de Gomorrhe (10). " Après avoir dit qu'ils étaient dignes du châtiment de Sodome, il montre que leurs crimes n'ont pas été moins audacieux que ceux de Sodome c'est pourquoi il les comprend avec eux dans une seule et même apostrophe. C'est bien là ce que veut dire le Prophète, autrement sa parole serait sans à propos. Par ce nom de princes de Sodome ce ne sont pas les habitants de cette dernière ville , mais les Juifs qu'il veut désigner; ce qui va suivre l'indique clairement. Il parle de sacrifices, d'oblations, de tout ce culte légal, dont il n'y avait pas trace chez les Sodomites. Ces mots : la loi de notre Dieu, prouvent que tel est le sens. " Qu'ai-je à faire de la multitude de vos (343) sacrifices? dit le Seigneur. J'ai assez des holocaustes de vos béliers; la graisse des agneaux, le sang des taureaux et des boucs, je n'en veux plus (11). " Le psaume XLIX tout entier ressemble à ces passages; les termes diffèrent, mais les pensées sont les mêmes. Car ce verset du psaume, " Il appellera le ciel d'en-haut et la terre pour juger son peuple, " ressemble à celui-ci : " Ecoute, ciel, et toi, terre, prête l'oreille, parce que le Seigneur a parlé; " et le reste ne se ressemble pas moins. Si David dit: " Je ne vous reprendrai point pour vos sacrifices, car vos holocaustes sont toujours devant moi, " Isaïe dit de même: " Qu'ai-je à faire de la multitude de vos sacrifices? dit le Seigneur. " David dit encore : " Je ne recevrai point avec plaisir de votre maison les veaux, ni de vos troupeaux les boucs. " Et Isaïe : " Les holocaustes des béliers, la graisse des agneaux, le sang des taureaux et des boucs , je n'en veux plus. " Comme on leur reprochait continuellement de manquer de vertu , et qu'ils répondaient pour toute justification qu'ils offraient continuellement des sacrifices, ces deux prophètes, ou plutôt tous les prophètes leur ôtent ce moyen de défense. D'où il est évident que ces sacrifices étaient institués non pour eux-mêmes, mais pour conduire les hommes à d'autres oeuvres de vertu. Mais parce qu'ils négligeaient les choses nécessaires pour s'arrêter à ces observances, Dieu déclare qu'il ne les acceptera plus. " Pas même lorsque vous viendrez en ma présence (12). " Lorsque vous viendrez au temple, veut-il dire. " Car qui a réclamé ces choses de vos mains?

" Et cependant tout le Lévitique roule là-dessus et règle ce qui regarde les sacrifices. Et dans le Deutéronome comme en bien d'autres livres, on trouve çà et là .quantité de lois sur ce sujet. Comment peut-il donc dire: " Quia réclamé ces choses de vos mains ? " C'est pour vous apprendre que Dieu n'avait pas fait cette législation pour ce qu'elle valait par elle-même, mais pour condescendre à la faiblesse des Juifs. De même qu'il ne voulait pas que la femme, une fois unie à l'homme, pût être répudiée, et qu'il le permit cependant pour éviter de plus grands maux, pour empêcher que les hommes ne tuassent leurs femmes, si, tout en les haïssant, ils étaient obligés de les garder chez eux; de même ici, pour empêcher que les Israélites ne sacrifiassent aux démons, il voulut bien recevoir ce qui ne lui plaisait pas, afin que ce qui lui plaisait se fit. C'est ce que le prophète Amos nous montre par ces paroles : " M'avez-vous offert des sacrifices et des victimes pendant les quarante ans du désert ? " Jérémie dit aussi : " Ce n'est pas là ce que j'ai commandé à vos pères. "

5. Comme c'est de cette manière qu'on honorait les démons, c'est pour ôter aux faibles tout sujet de scandale qu'il parle ainsi par tous les prophètes. Les démons se fâchaient contre ceux qui ne leur offraient pas ces sacrifices, et toujours on nous les représente demandant la graisse et la fumée et disant : "

C'est l'honneur qui nous est attribué (1). " Dieu au contraire ne demanda point dans le principe ces sacrifices, et quand il les ordonna, il fit voir que ce n'était pas pour lui-même qu'il les permettait, et une autre preuve encore , c'est qu'il y mit bientôt fin et que quand on les lui offrait, il ne les acceptait pas; en un mot, il nous montra par tous les moyens possibles que ce mode d'adoration était indigne de la grandeur de son culte. Il nous veut donc dire maintenant: J'ai toléré ces choses à cause de vous, mais je n'en avais pas besoin. " Vous ne viendrez plus fouler mes parvis. " Ou bien il prédit la captivité, on bien il leur défend d'entrer clans ses parvis, parce qu'ils ne le faisaient pas avec un coeur droit. " Si vous m'offrez de la farine, c'est inutile (13). " Car parmi les commandements, les uns ont leur raison d'être en eux-mêmes, les autres en d'autres choses; par exemple, connaître Dieu, ne pas tuer, ne pas commettre d'adultère , etc., tous ces commandements nous sont ordonnés pour eux-mêmes et pour l'utilité qu'ils renferment; au contraire, offrir des sacrifices, apporter de l'encens, garder le sabbat et autres choses semblables, tous ces commandements ne furent pas donnés simplement et absolument pour les choses qu'ils prescrivaient, mais pour que leur observation éloignât les Israélites du culte des démons. Mais puisqu'ils gardaient ces derniers préceptes sans en recueillir le fruit et qu'ils n'en étaient pas moins attachés aux démons, c'est avec raison que Dieu rejette ces observances; car c'est avec raison que l'on abat un arbre, qui se charge de feuilles et de branches, mais qui ne porte point de fruits. Car si le cultivateur donne ses soins à un arbre, ce n'est pas

1. To gar lukhomen geras emeis (Homère, IV, 49.)

344 pour l'écorce et le bois, mais pour le fruit qu'il en attend.

" Votre encens m'est en abomination. " Le voyez-vous ? Il se réjouit moins de la nature de ce qu'on lui apporte que des dispositions de ceux qui offrent. Aussi il appelle la fumée et l'odeur qui s'élevaient du sacrifice de Noé un agréable parfum, et ici il donne à l'encens le nom d'abomination. Car comme je le disais, il regarde moins à la nature des dons qu'aux dispositions de ceux qui donnent. " Vos néoménies et vos sabbats " (14). " Remarquez qu'il ne rejette rien de ce qui est nécessaire, mais seulement ces rites que le Christ descendu parmi nous a fait disparaître. Aussi saint Paul, qui parlait avec véhémence lorsqu'il combattait les Juifs, rappelle non-seulement ces choses, mais d'autres encore, et il dit que ceux qui n'ont en eux-mêmes aucune vertu, gardent inutilement ces observances. " Si tu portes le nom de juif et que tu te reposes sur la loi, et que tu te glorifies en Dieu, et que tu connaisses sa volonté; et que, instruit par la loi, tu saches a discerner ce qui est utile. " (Rom. II, 17, 18). Et encore : " A la vérité, la circoncision est utile si tu observes la loi; mais, si tu la violes , ta circoncision devient incirconcision. " (Ibid. 25.) Et il dit que, si la loi leur a été confiée, leur incrédulité n'en sera pas pour cela moins punie ; c'est aussi ce que David fait entendre en ces termes : " Dieu dit au pécheur : Pourquoi racontes-tu mes justices ? " (Ps. XLIX, 16.) Les voyant s'enorgueillir d'entendre lire la loi, eux qui étaient vides de toute bonne oeuvre, saint Paul abat leur orgueil en disant : " Toi qui instruis les autres, tu ne t'instruis donc pas toi-même ! Toi qui cries aux autres de ne pas voler, tu voles ! " ( Rom. II, 21. ) De même David quand il dit : " Si vous voyiez un voleur, vous couriez avec lui et vous faisiez alliance avec les adultères. " (Ps. XLIX, 18.) " J'ai en abomination vos grands jours, " La Pentecôte, veut-il dire, la fête des Tabernacles,. la Pâque et les autres fêtes.

" Vos jeûnes, votre repos, vos fêtes, mon âme les hait.

" Il leur parle comme le ferait un homme. " Vous m'êtes devenus à charge, " un objet de dégoût, de haine. Voyez son indicible longanimité, de les avoir supportés malgré leurs nombreux péchés et de ne s'être vengé que quand ces pécheurs l'eurent provoqué par l'excès de leurs iniquités.

" Je ne pardonnerai plus vos péchés. " Je ne les souffrirai plus. David dit la même chose : " Vous avez fait ces choses et je me suis tu. "(Ps. XLIX, 21.) " Lorsque vous étendrez vos mains vers moi, je détournerai mes yeux de vous, et lorsque vous multiplierez vos prières, je ne vous écouterai point (15). " D'où il est évident que la prière ne sert de rien, quelque longue qu'elle soit, si celui qui prie reste dans ses péchés. Rien n'est égal à la vertu et au témoignage que rendent les couvres. " Vos mains sont pleines de sang, " c'est-à-dire meurtrières; mais au lieu de meurtrières , il a dit pleines de sang, pour montrer qu'ils font de l'iniquité leur occupation et toujours avec ardeur.

6. C'est encore une preuve de sa douceur, de le voir donner la raison de ces menaces; car il dit pour quelles causes il regrette la prière. " Lavez-vous, soyez purs (16). " Comment, après avoir dit : " Je ne pardonnerai plus vos péchés, " donne-t-il ce conseil et comment, après leur avoir montré qu'ils sont incorrigibles , demande-t-il qu'ils se corrigent? Dieu, quand il menace, fait désespérer du salut, afin d'augmenter la crainte, et loin de garder le silence, ensuite, il tâche de rendre l'espérance pour amener ainsi au repentir.

Partout on peut voir la même conduite. A l'égard des Ninivites, il fit la même chose non point par les paroles, mais par les effets. Dans ses paroles il n'avait rien promis de bon, au contraire, il n'avait laissé voir après la menace que le seul châtiment ;

et quand ces barbares eurent donné ce qu'ils pouvaient, sa colère s'apaisa bientôt. C'est ce que dit encore David dans le psaume XLIXe ; car j'ai dit plus haut que ce psaume ressemble entièrement à ce début d'Isaïe; et de même qu'Isaïe dit après avoir rappelé les menaces du Seigneur. " Lavez-vous, soyez purs, " de même David, après avoir dit : " Je vous reprendrai, je placerai devant vous vos iniquités, " ajoute : " Le sacrifice de louange m'honorera et c'est la voie par laquelle je leur montrerai le salut de Dieu (Ps. XLIX, 21, 23), " appelant louange la gloire qu'on lui rend par les couvres et la connaissance des choses divines.

Et afin que par cet mots " lavez-vous, soyez purs, " ils n'entendent point leurs purifications habituelles, il ajoute: "Otez de devant mes yeux la corruption de vos âmes, et corrigez , " vous de vos péchés. " Il montre par là que la vertu est facile et que la volonté est libre, (345) puisqu'il était en leur pouvoir de se convertir. " Apprenez à faire le bien (17). " Ainsi leur malice était si grande qu'ils ne connaissaient même plus la vertu. C'est ainsi que David dit: " Venez , enfants ; je vous enseignerai la crainte du Seigneur. " (Ps. XXXIII, 12.) De toutes les sciences c'est la plus sublime et celle qui demande le plus d'application , parce qu'elle a à surmonter bien des obstacles, les résistances de la nature, la torpeur de la volonté, les embûches du démon et le tumulte des affaires. Baruch dit de même : " Celui-ci est notre Dieu ; nul ne lui est comparable; il a trouvé toutes les voies de la science. " " Recherchez la justice (Baruch, III, 36, 37); " c'est-à-dire à venger ceux qui éprouvent des injustices, ce qui demande beaucoup de soins et une âme vigilante. C'est pourquoi il dit : " Recherchez. " Il y a bien des choses qui obscurcissent le droit , par exemple, les dons, l'ignorance, la puissance, la honte, la peur, l'acception des personnes : aussi faut-il beaucoup de vigilance, " Délivrez l'opprimé. " Ceci enchérit sur ce qui précède; il demande non-seulement qu'on se propose, mais qu'on exécute ce qui est juste. " Jugez l'orphelin, et faites justice à la veuve. " Dieu prend soin que personne ne soit maltraité, particulièrement parmi ceux qui, outre ces mauvais traitements, ont à supporter un autre malheur. La veuve et l'orphelin sont bien infortunés ; mais quand ils sont maltraités par les autres, c'est comme un double naufrage : " Venez et entrons ensemble en discussion; dit le Seigneur (18)." II est remarquable que partout dans les prophètes, Dieu ne cherche rien tant qu'à venger les opprimés. Il en est ainsi autre part encore que dans Isaïe, par exemple dans Michée, lorsque les Juifs disent : " Lui sacrifierai-je pour mon impiété mon premier-né, et pour l'iniquité de mon âme, le fruit de mon sein?" Le prophète ajoute : "

Je vous dirai, ô homme, ce qui est bon, et ce a que le Seigneur attend de vous, rien autre chose que d'agir selon la justice et d'aimer la miséricorde et d'être prêt à suivre le Seigneur votre Dieu. " Et le prophète David dit aussi : " Je chanterai devant vous la miséricorde et la justice , Seigneur. "

" Venez. " Ce n'est qu'après les avoir munis des moyens de se justifier, qu'il les entraîne au tribunal, et qu'après leur avoir appris comment ils peuvent se dépouiller de leurs crimes, qu'il leur fait rendre compte, de peur que les trouvant sans excuse il ne soit obligé de les condamner. " Et entrons en discussion ; " comme s'il disait, commençons le jugement. Ce bon juge se fait avocat et médecin. Ensuite pour montrer que, quelles que soient nos bonnes actions, nous avons cependant toujours besoin de sa charité pour être délivrés de nos péchés, il dit :

" Quand vos péchés seraient comme l'écarlate; je vous rendrai blancs comme la neige; " vous le voyez, il prend des qualités diamétralement opposées, et promet de changer l'une en l'autre. " Et quand " ils seraient comme du vermillon, je les rendrai blancs comme la laine. " Elle est donc bien méritoire la protection que l'on accorde aux veuves puisque d'une âme si corrompue qu'elle est comme teinte de l'iniquité elle fait une âme non-seulement pure, mais brillante à ce point. " Si vous voulez m'écouter, vous mangerez les biens de la terre (19), et si vous ne voulez pas m'écouter, l'épée vous dévorera : car c'est le Seigneur qui l'a prononcée de sa bouche (20). " Parce que ces hommes grossiers regardaient comme moins désirable et moins doux de se délivrer de leurs péchés que de jouir des prétendus biens de la vie présente, avec la première chose il promet la seconde, et fait dépendre celle-ci de celle-là.

7. Ensuite pour montrer combien la vertu est facile, il la place dans la volonté seule. Mais comme l'espérance de ces biens aurait pu amollir les esprits, il termine par des choses effrayantes pour rendre plus frappante la puissance de celui qui a fait ces révélations. " Comment est-elle devenue une prostituée, la cité fidèle de Sion (21) ? " Cette question montre et la douleur de celui qui la fait et l'insensibilité des Juifs et ce qu'il y a d'inattendu dans cet événement. Saint Paul fait aux Galates une question analogue : " Je m'étonne que vous changiez si vite, " ce qui est comme une accusation et une exhortation pour porter à la vertu. Cette parole étonne sans doute: mais, comme elle est entremêlée de louanges, une nouvelle accusation vient fortifier l'autre. Nous ne cherchons pas tant à corriger ceux qui ne valent rien; qui n'ont jamais mené qu'une vie abjecte, que ceux qui, après s'être montré d'abord vertueux , se sont ensuite tournés vers le mal. Il l'appelle prostituée, non qu'il veuille parler de la prostitution du corps , (346) mais de l'ingratitude de l'âme, ce qui est bien pire que l'autre prostitution. Là c'est sur l'homme, ici sur Dieu que retombe l'injure. Et si Isaïe et les autres prophètes parlent ainsi, c'est que Dieu avait daigné se laisser regarder comme l'époux de cette ville pour montrer son ineffable charité pour les Juifs, et les prophètes parlent souvent du Seigneur et de Jérusalem comme d'un époux et d'une épouse, non pas pour abaisser leur discours jusqu'à la grossièreté humaine, mais pour amener les Juifs par des exemples familiers à la connaissance de l'amour de Dieu; en même temps ils voulaient, par cette appellation honteuse de prostituée, les porter à rougir d'eux-mêmes.

" Fidèle, " c'est-à-dire religieuse et pleine de vertu :

ce qui montre encore qu'il ne parle pas de la prostitution des corps, puisque autrement il aurait dû dire la ville chaste; car ce mot eût été opposé à prostituée; mais pour montrer que par prostitution il voulait désigner l'impiété, il se sert du mot opposé, la foi. " Pleine d'iniquité, "

c'est-à-dire de justice. Voici encore une bien grande accusation portée contre ce peuple , non-seulement il s'était précipité dans toute sorte d'iniquités, mais il avait abandonné toutes les vertus, ce trésor précieux de tous les biens qu'il tenait dans ses mains, il l'avait rejeté pour se réduire aux plus affreuses misères. " Dans laquelle " habitait la justice. " Elle y restait, dit-il, elle y demeurait, c'est-à-dire, elle y était plantée, enracinée, et les citoyens mettaient toute leur ardeur à la garder. En insistant sur les louanges du passé, il fait mieux ressortir ce que, le changement avait de coupable, il rend en même temps de l'espoir puisqu'il montre aux pécheurs qu'il serait facile de regagner ce qu'ils ont perdu. " Et maintenant c'est la demeure des meurtriers; " des homicides, veut-il dire. " Votre argent est impur (22), " c'est-à-dire de faux aloi, altéré, mélangé.

" Vos marchands mélangent leur vin d'eau. " Couine dès l'abord il n'a pas signalé leur méchanceté dans chacune de ses espèces, mais qu'il leur a dit, d'une manière générale, qu'ils sont des contempteurs, une race perverse, dés fils impies, termes qui ressemblent plus à des injures qu'à une accusation, il indique ici les diverses espèces de leurs crimes, et place en premier lieu ce qui est au commencement, au milieu et à la fin des péchés, l'amour de l'argent et la fraude dans les contrats.

Quelques-uns ne comprenant pas l'ineffable charité de Dieu, ont pris ce terme dans le sens apagogique. Jamais, disent-ils, le grand, le sublime Isaïe n'aurait parlé des tromperies des banquiers, des ruses des cabaretiers ; mais il appelle argent les oracles de Dieu, et vin sa doctrine qu'ils mélangeaient de leurs commentaires. Pour moi, sans rejeter cette interprétation, je dis que l'autre est plus vraie. Non-seulement il n'est pas indigne d'un prophète de parler de ces choses, mais cela est très-digne et de lui et de la charité de Dieu. Et pourquoi m'étendre sur ce point? Lorsque le Fils unique de Dieu vint nous apporter ses enseignements sublimes et implanter sur notre terre la vie pure des anges , il parla bien souvent des mesures, et de choses qui paraissent plus petites encore, des salutations, de la place du milieu, du premier rang. Ces choses qui paraissent petites, si elles sont négligées, deviennent la source de grands péchés.

Mais si toutes ces choses devaient être réglées dans le Nouveau Testament , à plus forte raison dans l'Ancien , alors que les auditeurs étaient plus grossiers, et que toute leur vie se bornait à suivre ces lois, puisqu'ils avaient été instruits surtout à s'éloigner de toute injustice, à ne faire aucun tort au prochain , à ne pas écraser la pauvreté des indigents par les mélanges frauduleux.

8. Le mépris de ces lois fut cause que souvent des villes furent renversées , des rois précipités du trône , des guerres implacables allumées, et leur observation amena plus d'une fois la paix, l'ordre et la sécurité nécessaire à la vertu. " Vos princes sont indociles (23). " C'est une preuve que la maladie , que la perversité est bien grande , quand les médecins même travaillent à l'augmenter. C'est aux rois de réprimer les mauvais instincts de leurs peuples, de les diriger vers le bien, et de les rendre soumis aux lois; mais quand eux-mêmes les premiers ils les enfreignent, comment peuvent-ils enseigner aux autres la soumission? En disant " sont indociles , " il veut dire, n'obéissent pas à la loi , rejettent le joug des préceptes ; c'est aussi ce que leur reproche saint Paul en disant: "Toi qui instruis les autres, tu ne t'instruis pas toi-même ? " (Rom. II, 2-1.) Quand donc la racine est corrompue, qu'attendre de bon des rameaux? " Ils sont les " complices des voleurs. " Voici qui aggrave la faute, c'est que, loin d'empêcher les crimes, ils les favorisent; loin de faire la guerre aux voleurs , ils sont de connivence avec eux , et courent à une perversité entièrement opposée à la vertu des princes. " Aiment les présents.

" Voici encore un nouveau vice engendré par l'amour de l'argent, vice qui, sous une apparence honnête, sous les dehors de la bienveillance, cache l'avarice la plus sordide. " Ne cherchent que le gain. " Gardent rancune à leurs ennemis, s'empressent de rendre le mal pour le mal , espèce de péché très-grave. Aussi et le Nouveau et l'Ancien Testament mettent-ils tous leurs soins à le réprimer. " Que nul , est-il dit, ne forme dans son coeur de mauvais desseins contre son frère. " (Zac. VII, 10.) Car il faut que le peuple et à plus forte raison le prince soit pur de toute inimitié, lui qui doit avertir ses sujets de déposer en justice toute haine privée, de peur que le port ne devienne un écueil. " Ne rendent point justice aux orphelins. " C'est-à-dire ne les aident pas à obtenir justice. " Et la cause de la veuve n'a point d'accès auprès d'eux. "

Remarquez que le Prophète signale comme un mal non-seulement de faire de mauvaises actions, mais encore de ne pas en faire de bonnes, doctrine que nous retrouvons dans le Nouveau Testament. Car ceux qui n'ont pas nourri le pauvre dévoré par la faim , quoiqu'ils n'aient pas enlevé le bien d'autrui, mais uniquement parce qu'ils n'ont pas donné leurs biens à ceux qui étaient dans le besoin, sont envoyés au feu de l'enfer; de même le Prophète blâmé les princes de Sion non de ce qu'ils sont ou avares ou tyrans, mais de ce qu'ils n'accordent pas leur protection à ceux qui en ont besoin. " Aussi voici ce que dit le Maître , le Seigneur des armées, le Fort d'Israël (24) , " c'est-à-dire du peuple. Ce n'est pas sans motif qu'il emploie ce terme, le Fort, mais bien pour leur rappeler les bienfaits qu'ils ont obtenus contre toute espérance et les châtiments terribles qu'ils ont endurés; comme après avoir souvent et beaucoup péché, après avoir éprouvé la longanimité de Dieu, ils sont tombés dans la mollesse , il veut leur montrer que Dieu peut se venger quand il lui plaît, qu'il n'a pas besoin de temps favorables, de circonstances opportunes , que tout est sous sa main et à sa disposition. " Malheur à ceux qui commandent en Israël ! ma fureur contre mes ennemis n'aura pas de fin. " Quoi de plus malheureux que ceux qui ont Dieu pour ennemi ! " N'aura plus de fin , " dit-il , non qu'il veuille les jeter dans le désespoir , mais pour qu'une crainte plus fortement imprimée les amène au repentir. Car ces mots " ma fureur n'aura point de fin , " sont moins terribles que ceux-ci, " contre mes ennemis. " Il n'y a rien qui irrite Dieu, comme l'injustice faite aux pauvres. " Malheur à ceux qui commandent ! " dit-il, non pour condamner tout pouvoir, mais le pouvoir qui fait le mal. La force dont il parle ici ce n'est pas la force du corps, mais la force que donnent les circonstances. " Et je ferai justice de mes adversaires. " Je punirai mes ennemis: il appelle ses ennemis les ennemis des pauvres, ceux qui les maltraitent; et il se sert de cette expression pour montrer la grandeur du méfait. " D'appesanti" rai ma main sur vous et je vous purifierai par le feu (25). " Apprenez de là que la colère et la vengeance de Dieu, quelles qu'elles soient, n'ont pas pour but le mal et la punition, mais l'amendement de ceux même qui sont châtiés. " Et je vous purifierai, dit-il, par " le feu. " Ce n'est donc pas quand nous sommes punis, c'est quand trous péchons qu'il faut pleurer, puisque dans le second cas nous nous souillons , tandis que dans le premier nous nous purifions. Quelle est la vertu de cette purification? De faire qu'il n'y ait plus en vous trace de souillure; car ce que le feu est à l'or, la punition l'est aux pécheurs. " Ceux qui désobéiront , je les perdrai , j'enlèverai du milieu de vous tous les impies et j'humilierai tous les superbes. " Les incorrigibles, veut-il dire, et ceux qui ne céderont pas auto châtiments, je les perdrai. Que sert qu'ils vivent puisqu'ils n'emploient leur vie qu'à procurer le mal et d'eux-mêmes et des autres? Et ceux que le châtiment de ces endurcis pourra rendre meilleurs resteront. Il me semble qu'il fait ici allusion à la captivité. " Et je rétablirai vos juges comme ils étaient autrefois, et vos conseillers comme ils étaient dans le principe."

9. Ici il annonce le retour. Quand les incorrigibles auront disparu, et que ceux qui sont capables de s'améliorer seront devenus meilleurs, il montre (et c'est le moment) comment il achèvera la guérison; ce sera en donnant de bons chefs et de bons conseillers, afin que, tout le corps ayant ressenti l'effet des remèdes et de bons médecins continuant leurs soins , tous les membres reviennent de toutes parts à la santé. Ce n'est pas un léger bienfait que de (348) procurer de bons princes. " Et après cela vous serez appelée la cité de la justice et Sion la ville fidèle. " Et cependant nous ne trouvons nulle part que ce nom ait été donné à la ville de Jérusalem. Que dirons-nous donc? Que le Prophète le lui donne à cause des faits dont elle sera témoin.

Ceci ne nous sera pas peu utile , quand les Juifs nous demanderont l'interprétation du nom d'Emmanuel. Comme Isaïe a prédit que le Christ s'appellerait ainsi et que nulle part il n'a reçu ce nom, nous leur dirons qu'il appelle " nom " l'événement lui-même, comme dans le passage que nous examinons. " C'est par la justice et la miséricorde qu'elle sera délivrée de sa captivité (27)." — " Par la justice, " c’est-à-dire par la punition, le châtiment et la persécution que lui feront souffrir ses ennemis. " Par la miséricorde, " c'est-à-dire par la charité. Il leur promet deux grandes faveurs, que captifs il seront punis et qu'ils jouiront ensuite d'une grande paix, deux choses dont une seule suffirait par elle-même à rendre très-heureux , et qui réunies donnent une joie inénarrable. Et pour montrer encore d'une autre manière qu'après cette longue captivité , ils devraient leur retour non à ce qu'ils auraient par un châtiment proportionné, expié leurs fautes , mais à sa seule bonté, que leur salut serait l'oeuvre de sa bonté et non le résultat d'une compensation et d'une sorte d'échange, il ajoute :"par la miséricorde. " — " Les méchants et les pécheurs seront brisés à la fois. " Troisième bienfait: il ne restera personne pour les séduire et les entraîner, les docteurs d'iniquité auront disparu.

" Et ceux qui auront abandonné le Seigneur périront entièrement. " Ces impies, veut-il dire.

" Car ces idoles qu'ils ont recherchées seront leur confusion (29). " Il y en a qui s'efforcent d'adapter ces paroles au temps présent; pour moi , sans m'arrêter à les réfuter, je poursuis.

C'est là ce qu'il prédit devoir arriver lors de l'incursion des ennemis. Et lorsque des barbares parcourront leurs pays, assiégeront leurs villes, les tiendront tous comme pris dans un filet, tandis que personne ne viendra les secourir et mettre fin à cette tempête parce qu'ils seront abandonnés de Dieu , c'est alors que la seule expérience couvrira de honte les serviteurs des idoles. " Qu'ils ont recherchées; " pour lesquelles ils ont montré tant de zèle.

" Et ils rougiront de ces statues, " qu'ils ont faites. Pour accuser, il lui suffit de raconter. Car il suffisait même avant que les malheurs fussent venus instruire ces impies, il suffisait pour les confondre de leur montrer que ces idoles sont l'ouvrage des hommes. Quoi de plus honteux en effet que de se faire un dieu ! " Et ils rougiront des jardins où ils se rendaient avec tant d'empressement. " Non-seulement ils adoraient des statues, mais même des arbres dans les jardins. " Ils seront comme le térébinthe qui a perdu ses feuilles (30)." Ces idoles ou ceux qui habitent la ville. Il emprunte sa comparaison à cet arbre , parce qu'il croît dans ce pays et qu'il n'y est pas rare parce qu'il a beaucoup de fleurs et de feuillages dans la saison favorable, et qu'il est très-laid au contraire quand il a perdu ses feuilles. " Et comme un jardin sans eau. " Cette deuxième image est plus claire que la première et vient confirmer ce que j'ai dit touchant celle-là. Car il n'y a rien de plus agréable qu'un jardin verdoyant, et il n'y a rien de plus triste qu'un jardin dépouillé : or la ville de Sion a été dans ces deux conditions. De tout temps elle avait été bonne, brillante, ornée de mille beautés;

et elle est devenue plus vile, plus déshonorée que toute autre, ayant perdu tout d'un coup tant d'ornements. " Et leur force sera comme l'étoupe sèche (31). " Ses précédentes images ont montré la laideur, celle-ci la faiblesse , toutes sont bien énergiques, bien claires et bien frappantes. " Comme l'étoupe sèche, " c'est-à-dire faible. " Et leurs oeuvres comme une étincelle de feu. " Ici il montre que leurs maux viennent d'eux, qu'ils ont eux-mêmes attiré sur leurs têtes la captivité, qu'ils ont allumé eux-mêmes le feu qui les dévore.

De même que des étincelles allument un incendie là où elles tombent, ainsi leurs péchés, à force de s'accumuler, ont enflammé la colère de Dieu. " Les méchants et les pécheurs brûleront ensemble sans qu'il y ait personne pour éteindre le feu. " S'il semble encore leur ôter tout espoir de salut, c'est toujours pour la même raison , non pour qu'ils désespèrent , mais pour que frappés d'une vive crainte, ils secouent leur mollesse. Et de là nous pouvons retirer une autre leçon, c'est qu'on ne peut vaincre sa puissance, et que, quand il punit et châtie, personne ne peut s'opposer à lui et faire cesser les maux.

CHAPITRE DEUXIèME. PAROLE QUI PUT ADRESSéE A ISAIE, FILS D'AMOS.

ANALYSE.

1. Dans ce chapitre le prophète prédit la vocation des

Gentils, la diffusion de la vérité évangélique dans le monde, et la paix qui régnera alors. Si en parlant de l'établissement de l'Eglise il prononce encore les noms de Judée et de Jérusalem, il ne faut pas s'en étonner, c'est l'Eglise elle-même que ces expressions désignent; c'est ainsi que beaucoup de prophéties concernant les patriarches ne se sont réalisées que bien longtemps après eux dans la personne de leurs descendants. 2. Ce qu'il faut entendre par ces mots : Dans les derniers jours. La montagne du Seigneur, c'est l'Eglise. 3. De ces mots : Et toutes les nations viendront à elle, l'orateur tire contre le judaïsme un argument difficile à réfuter. 4. Antre argument puissant contre les Juifs, tiré de ces paroles : Car de Sion sortira la loi, et de Jérusalem la parole du Seigneur.

1. Ce titre nous apprend avec évidence que les prophètes n'ont pas donné d'un seul coup leurs prophéties, mais qu'inspirés en des temps divers, ils ont publié, à plusieurs reprises, différentes parties qui réunies ensuite ont formé tout le livre qui porte leur nom. C'est pourquoi Isaïe commence comme nous venons de voir. Ce n'est pas du reste la seule preuve qui nous rende ce que nous avançons, clair et évident; le Prophète nous l'indique encore en faisant mention des temps, disant tantôt: "L'année où Nathan vint à Azoth (Isaïe, CCI)

; " tantôt: " Et il arriva, l'année où mourut le roi Ozias, que je vis le Seigneur assis sur un trône élevé et sublime. " (Isaïe, VI, 1.) Car si les épîtres de saint Paul et les évangiles ont été composés d'un seul jet, il n'en est pas de même des prophéties, mais, comme je viens de le dire, elles ont été faites en divers temps.

Aussi le Prophète commence-t-il son récit par un autre titre. Une nouvelle preuve que ce sont des parties détachées, c'est que ce dont il va parler est bien éloigné de ce qu'il a dit plus haut et bien plus sublime. La vocation des gentils, l'éclat de la prédication, la connaissance de la religion répandue par toute la terre, la paix régnant ici-bas, voilà son sujet. Et si tout en se disposant à traiter cette matière, il fait mention de la Judée et de Jérusalem, il ne faut pas vous en étonner, ses paroles étaient une prophétie déguisée sous ces noms. De même David , se mettant à composer le psaume LXXl, lui donna pour titre, Sur Salomon, ce qui ne l'empêche pas plus loin de parler de choses si sublimes qu'elles ne peuvent convenir à Salomon ni même à aucun homme. Ces expressions, "

son nom a existé avant le soleil, son trône a existé avant la lune (Ps. LXXI, 17, 15), " et autres semblables , personne, quelque insensé qu'il soit, ne les appliquera à un homme. De même Jacob: quand il annonça ce dont Isaïe va nous parler ici, et d'autres événements plus grands encore, puisque, outre la vocation des Gentils, il prédit la passion, la résurrection et le temps de l'avènement du Messie, il ne le fit pas d'une manière ouverte, mais en cachant ces choses sous le nom de son fils, comme s'il n'eût fait qu'annoncer ce qui devait arriver à Juda; mais, comme le prouva l'événement, il prophétisait des choses qui ne regardaient que le Christ. En effet Juda ne fut pas l'attente des nations, sa tribu ne brilla pas quand la nation juive perdit l'indépendance ; mais tout cela se réalisa par la venue du Christ.

Que si les Juifs avaient l'impudence de (350) rejeter cette interprétation des prophéties, ce qui vient d'être dit suffirait à les réfuter; qu'on explique avec soin les prophéties, qu'on en pèse tous les termes avec l'attention convenable, et que l'on compare la prédiction avec l'événement. Et afin d'apporter plus de preuves qu'il n'en faut pour leur fermer la bouche, choisissant mes exemples dans ce qui a été prédit non du Christ, mais de leurs patriarches, je m'efforcerai de leur démontrer clairement que la plupart des prophéties ont été faites sous le nom des chefs de tribu et qu'elles ne se sont réalisées que dans leurs descendants. Et quand j'aurai rapporté un ou deux témoignages, j'aurai atteint mon but. Quand Jacob, ayant appelé Siméon et Lévi, leur annonça ce qui devait leur arriver, il dit: " Siméon et Lévi, frères (Genés. XLIX,

5 ) ; " puis, après leur avoir reproché leur iniquité, et l'injuste massacre des Sichémites , il continue en ces termes : " Je les diviserai en Jacob et les disperserai en Israël (7). " Cela ne s'est certes point réalisé pour Siméon et Lévi , mais bien pour les tribus qui descendirent d'eux. Car la tribu de Lévi fut dispersée de telle sorte que chacune des autres tribus en eut le dixième; il en fut presque de même de la tribu de Siméon qui fut dispersée au milieu des autres, et qui n'obtint pas comme elles un territoire compacte. Jacob, qui avait reçu des bénédictions de son père, ne vit se réaliser sur lui-même aucune d'elles. Son père lui avait prédit une longue prospérité, une domination perpétuelle sur Esaü; et cependant il manquait des choses nécessaires, il vivait dans la domesticité, et loin qu'il dominât sur son frère, il courut les plus grands dangers, et une fois l'ayant rencontré, il fut saisi d'une telle crainte qu'il s'estima trop heureux d'avoir pu lui échapper. Que répondrons-nous à cela? Que la prophétie n'est qu'un mensonge? Non, mais qu'elle attribue ordinairement à certaines personnes ce qui doit arriver à d'autres et qu'elle change les noms. C'est ce qui eut encore lieu pour Chanaan. Nous ne le voyons nulle part esclave de ses frères ; et cependant loin que la malédiction fût retirée, elle s'accomplit dans les Gabaonites, descendants de Chanaan. Les paroles de Noé étaient une prophétie sous la forme d'une malédiction.

2. Quand donc tant et de si grands exemples nous montrent que bien des choses prédites pour ceux-ci, se sont accomplies en ceux-là, et que les prophètes changent les noms, qu'y a-t-il d'étonnant à ce qu'Isaïe, quoique parlant de la Judée et de Jérusalem, n'ait en vue que l'Eglise ? Comme il s'adressait à des ingrats qui tuaient les prophètes , brûlaient leurs livres, renversaient les autels, c'est avec raison qu'un voile leur couvrait les yeux, lorsqu'ils lisaient l'Ancien Testament, comme le dit saint Paul. Car ils auraient anéanti la Bible, s'ils avaient compris la force des prophéties qui concernaient le Christ. Si, malgré sa présence, ses miracles, les preuves évidentes de sa puissance, de son union et de son intimité avec le Père, ils ne surent pas le vénérer, s'ils ne cessèrent de le poursuivre jusqu'à ce qu'ils l'eussent crucifié, auraient-ils donc épargné ceux qui parlaient de lui et que, même sans ce motif, ils tourmentaient continuellement ? Aussi, c'est sous des noms qui étaient familiers et connus de tous, qu'ils cachaient leurs prophéties. Que les prophéties ne se rapportent pas à la Judée et à Jérusalem, c'est ce que nous démontrerons parfaitement, en examinant chaque expression. " Dans les derniers jours la montagne du Seigneur se manifestera à tous les regards (2). " Voyez l'exactitude du Prophète qui, ne se contentant pas d'annoncer l'événement, en prédit même le temps. Ce que dit saint Paul " Quand vint la plénitude des temps (Galat. IV, 4), " et encore en un autre endroit, " dans la dispensation de la plénitude des temps (Ephés. I, 10), " c'est ce que le Prophète exprime en ces termes " dans les derniers jours. " La montagne désigne l'Eglise et ses dogmes invincibles. Quand même des armées sans nombre s'attaqueraient à une montagne, dardant des flèches, lançant des javelots, manoeuvrant des machines de guerre, à quoi aboutiraient tous ces efforts qu'à une retraite honteuse de ces armées après le complet épuisement de leurs forces ? Ainsi en a-t-il été de tous ceux qui ont déclaré la guerre à l'Eglise, ils ne l'ont pas ébranlée, et après la perte de leur puissance ils se sont retirés couverts de confusion, épuisés par les coups qu'ils portaient, affaiblis par les traits qu'ils lançaient, vaincus, eux qui exerçaient la persécution par ceux qui la souffraient : victoire étrange, impossible aux hommes et qui n'est donnée qu'à Dieu seul.

Ce qu'il y a d'admirable, ce n'est pas que l'Eglise ait vaincu, mais qu'elle ait vaincu de cette manière. Poursuivie, traquée, frappée de (351) mille manières, non-seulement elle ne s'affaiblissait pas, mais elle prenait de nouveaux accroissements, et sa patience seule abattait ses adversaires; c'est ce que le diamant fait art fer : frappé, il brise celui qui le frappe; c'est ce que fait l'aiguillon aux récalcitrants; il ne s'émousse pas, triais ensanglante les pieds dé, celui qu'il atteint. Voilà pourquoi l'Eglise est appelée une montagne. Si le juif ne veut pas admettre cette métaphore, qu'il soit encore confondu par lui-même. Le Prophète dit que les loups et les agneaux auront des pâturages communs, que Dieu appellera d'un coup de sifflet les mouches et les abeilles, qu'il fera tomber sur les Juifs les violentes eaux d'un fleuve parce qu'ils ont rejeté l'eau de Siloë. (Isaïe, XI, 6 ; LXV, 25 ; VII, 18 ; VIII, 6.) Ces paroles prises à la lettre n'ont rien d'intelligible; mais attachez-vous à ce qu'elles signifient, et c'est alors que vous comprendrez toit différemment la suite des pensées. Que, signifient-elles donc ? Par les loups et les agneaux le Prophète entend les caractères des hommes, les uns cruels, les autres pleins de douceur; par les mouches, l'impudence des Egyptiens; par le fleuve, la violence de l'armée barbare; par la fontaine de Siloë, la clémence et la modération du chef du peuple du Roi des Juifs. Personne, quelqu'insensé qu'il soit, ne nous contredira sur ce point. Donc de même qu'il désigne toutes ces choses sous des noms étrangers, il a aussi exprimé allégoriquement par ce mot de " montagne " la stabilité, la force invincible, la hauteur, l'inexpugnable , l'indomptable puissance de l'Eglise. Un autre prophète aussi compare à une montagne ceux qui croient en Dieu pour montrer qu'ils sont invincibles. " Se manifestera à tous les regards." Nos paroles sont inutiles pour expliquer ces mots, car l'état même des choses fait entendre une voix plu., éclatante que celle de la trompette pour publier la gloire de l'Eglise ; le soleil et sa lumière sont moins visibles qu'elle. " La maison de Dieu sera établie sur le sommet des montagnes. "

3. Comment un juif va-t-il interpréter cela? Car le temple n'est pas sur la cime des montagnes. Mais la puissance de l'Eglise s'élève jusqu'aux cieux, et de même qu'une maison établie sur le sommet d'une montagne peut être aperçue de tous, de même à bien plus forte raison l'Eglise est-elle visible à tous les regards. " Et elle s'élèvera au-dessus des collines. " Voici encore une, circonstance qui n'a jamais été applicable au temple de Jérusalem, même au moment de sa plus grande splendeur.

Comment l'appliquer à un temple que les Juifs eux-mêmes ont souvent déshonoré et que les mains des barbares ont détruit? Mais notre puissante Eglise a été bien plus souvent et plus terriblement éprouvée ; cependant elle n'a jamais cédé aux attaques de ses ennemis et leurs efforts mêmes n'ont servi qu'à la relever et à la rendre plus visible. Alors des légions de martyrs, des multitudes de confesseurs se rencontrèrent, âmes plus dures que le fer et surpassant en éclat les astres: leurs corps étaient mis en pièces, mais leur âme, loin d'être vaincue, triomphait et était couronnée. Qui a jamais vu, qui a jamais entendu dire que des hommes qui recevaient la mort reçussent une couronne , que des hommes égorgés remportassent la victoire et qu'une armée devenait d'autant plus illustre , que les ennemis lui avaient tué plus d'hommes ?

" Et toutes les nations viendront à elle. " A mesure qu'il avance le Prophète devient plus explicite, il révèle plus complètement sa pensée, tient un langage plus clair et plus propre à fermer la bouche aux Juifs. Car , quelle que soit leur impudence, ils ne peuvent appliquer ces paroles à leur temple. En effet, il était défendu , et cette défense était parfaitement suivie , de recevoir les nations dans ce temple. Et que dis-je, de recevoir les nations dans le temple ? Quant aux Juifs eux-mêmes la loi interdisait sous les menaces les plus graves tout commerce avec les nations et punissait sévèrement les transgresseurs !

Le prophète Aggée n'a que ce seul but dans toute sa prophétie, de blâmer, de reprendre, de juger ces alliances illicites. Mais pour nous il n'en est pas ainsi; l'Eglise ouvre son sein avec la plus grande facilité, et elle reçoit à bras ouverts chaque jour toutes les nations de la terre. Car les premiers maîtres de notre doctrine ont reçu cet ordre du Fils, et c'est (le sa bouche qu'ils ont entendu cette parole: " Allez et enseignez toutes les nations. " (Matth.

XXVIII , 19.) Voyez aussi comme le Prophète parle non-seulement de la vocation des Gentils, mais encore de leur obéissance prompte et empressée. Il ne dit pas "seront amenées , " mais " viendront; a vérité qu'un autre prophète nous montre en (352)

des termes plus clairs encore. " Le concitoyen n'enseignera plus son concitoyen , ni le frère son frère , en disant: Apprends à connaître le Seigneur , parce que tous me connaîtront depuis le plus petit jusqu'au plus grand. " Pour les Juifs les éléments changeaient leur nature; c'étaient des menaces continuelles, des châtiments qui se répétaient sans cesse, des prodiges fréquents, des prophètes qui avertissaient, la crainte du législateur, des guerres imminentes, les incursions de barbares, la colère de Dieu qui se manifestait, des fléaux envoyés par le ciel ;

et ils n'en demeuraient pas moins durs de tête et incirconcis de coeur, comme dit saint Etienne, obstinés et entêtés, tandis que pour les nations il suffit d'un mot, d'une parole et toutes accourent à l'église. C'est ce qu'indique David par ces paroles: " Le peuple que je ne connaissais pas s'est fait mon serviteur " (Ps. XVII, 45). Et admirant son obéissance , il ajoute: " A peine m'eut-il entendu qu'il m'obéit. " Jacob indique aussi la même chose sous cette figure : " Il liera à la vigne son ânon, et au sarment le petit de son ânesse. " Qui a jamais lié à un sarment, et attaché à une vigne un ânon qui n'endommageât pas le fruit? Chez les bêtes cela n'arrive pas , mais chez les hommes cela se fait souvent. Les Juifs, que mille chaînes assujettissaient, secouèrent le joug, brisèrent le lien, comme dit le Prophète; mais les nations qui ne connaissaient point cette nécessité écoutèrent avec docilité, comme un ânon lié au sarment, sans que les préceptes leur parussent à charge; loin de là, elles se tenaient près de la vigne et montraient une admirable docilité. " Beaucoup de peuples viendront et diront: Allons, montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob (3). " Voyez-les se livrant à leurs fêtes, tenant leurs assemblées, s'excitant les uns les autres et devenant tous les docteurs les uns des autres ; voyez non pas un, ni deux, ni trois, mais un grand nombre accourant ensemble. Car, dit-il, il viendra beaucoup de peuples et de pays différents, ce qui n'est nullement arrivé pour les Juifs; si quelques-uns sont venus, ce n'était qu'un petit nombre de prosélytes , obtenus avec de grandes difficultés; ce n'étaient pas les nations qui étaient appelées., mais les prosélytes: " Des prosélytes viendront à toi et seront tes serviteurs. " (Isaïe, LIV, 15.) Si le Prophète continue la même métaphore et appelle montagne la maison du Dieu de Jacob, ne vous en étonnez pas. Car, comme je l'ai dit, il rend sa prophétie tantôt plus claire tantôt plus obscure;

plus obscure, pour donner aux plus intelligents le moyen de comprendre ce que l'on dit; plus claire, pour réprimer le mécontentement et les troubles que voudraient exciter les ingrats; c'est ainsi que partout il varie son langage.

4. Ne vous étonnez pas, mon cher frère, de ce qu'il a dit " Dieu de Jacob; " car le Fils unique de Dieu était Dieu de Jacob. C'est lui qui a donné la loi et qui a fait tous les miracles que virent les descendants de Jacob ; c'est ce qu'il est facile de voir dans l'Ancien Testament : car pour le Nouveau les Juifs n'en tiennent aucun compte. Jérémie le dit : " Je ferai avec eux une nouvelle alliance, mais non selon l'alliance que je fis avec leurs pères (Jérém. XXXI, 31, 32), " montrant par là qu'il était l'auteur de l'une comme de l'autre loi. Il ajoute qu'il les a délivrés de la servitude d'égypte : " Au jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir de la terre d'égypte . " Si c'est lui qui les a fait sortir de l'égypte , c'est encore lui qui a opéré tant de merveilles et dans l'égypte et dans le désert. — " Il nous fera connaître sa voie et nous y marcherons. " Voyez-vous comme ils demandent une autre loi ? Car la sainte écriture appelle ordinairement voie les commandements de Dieu ; s'il avait voulu parler de l'Ancien Testament, il n'aurait pas dit: " Il nous fera connaître ; " car cette loi ancienne, tous la connaissaient manifestement, pleinement. Ce ne sont pas là des sophismes, mais bien des preuves solides, faites pour convaincre même les plus obstinés. Non content de mentionner seulement cette voie nouvelle, il dit encore de quelle voie il veut parler et indique bien des signes qui la distinguent. Car il poursuit en ces termes: " La loi viendra de Sion et la parole du Seigneur de Jérusalem. " A cela les juifs les plus impudents ne sauraient que répondre. En effet, que ces paroles aient été dites du Nouveau Testament; c'est ce qu'indiquent avec évidence et le lieu et le temps et la condition de ceux qui reçurent la loi et les événements . qui la suivirent. Et d'abord le lieu, la montagne de Sion. La loi de Moïse a été donnée aux ancêtres des Juifs sur le Sinaï. Comment ici peut-il donc dire " de Sion ?" Et (353) sans se contenter du lieu, il fait encore mention du temps, car il ne dit pas : " La loi est sortie, " mais " la loi sortira, " ce qui regarde le temps futur et non un événement passé. Or quand le Prophète parla ainsi, la loi était donnée depuis bien des années, et le Nouveau Testament ne devait être donné que longtemps après. Aussi ne dit-il pas : " Est sortie , " mais " sortira, " c'est-à-dire dans la suite des temps. Il revient de nouveau sur la mention du lieu et dit: " Et la parole du Seigneur sortira de Jérusalem. " C'est ici surtout qu'il nous indique clairement un des caractères distinctifs du Nouveau Testament. Tantôt c'était assis sur la montagne que Notre-Seigneur dictait des préceptes sublimes et dignes des cieux , tantôt c'était à Jérusalem qu'il le faisait. Après l'indication du lieu et du temps, le Prophète donne celle des personnes qui devaient recevoir la loi nouvelle, et il ferme ainsi absolument et de toute manière la bouche aux contradicteurs. Quels sont donc ceux qui devaient être les disciples de l'évangile? Le peuple hébreu, les enfants des Juifs? Non, mais les nations. Aussi il ajoute " Il exercera son jugement au milieu des nations (4)." L'essence de la loi, c'est surtout de condamner ceux qui la combattent. Or il n'est pas ici question de la loi ancienne; c'est ce que montrent les choses mêmes. Nous ne gardons ni le sabbat, ni la circoncision, ni les fêtes, rien enfin de tout ce que les Juifs observaient. Nous avons entendu Paul nous dire: " Si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien (Galat. V, 2); " et encore: " Vous observez certains jours, certains mois, certains temps et certaines années; je crains d'avoir travaillé en vain parmi vous. " (Galates, IV, 10. ) Il est donc évident qu'il parle de la loi nouvelle , puisqu'il exercera son jugement parmi les nations, selon ce que dit encore saint Paul: "Au jour où Dieu jugera ce qu'il y a de caché dans les hommes.

" (Rom. II, 16 .) Comment jugera -t- il , dites-moi ? selon l'Ancien Testament? Non , mais " selon mon Evangile. " Voyez-vous que, si les paroles sont différentes , tes pensées sont les mêmes? Isaïe dit : " Il exercera son jugement au milieu ries nations. " Saint Paul dit : " Il jugera selon mon Evangile. " " Et il convaincra une grande multitude , " ses adversaires, ceux qui auront transgressé la loi. C'est ce que le Christ nous apprend en ces termes : " Je ne vous jugerai pas; mais la parole que j'ai annoncée sera votre juge. " (Jean, XII, 48.) " Et ils forgeront de leurs épées des socs de charrue et de leurs lances des faux. Un peuple ne tirera plus l'épée contre un autre peuple, et ils ne s'exerceront plus aux combats. " Le Prophète ne s'est pas contenté des premiers indices; comme la vérité est riche en témoignages qui la font connaître , Isaïe nous signale encore le Nouveau Testament par une autre marque, mais si éclatante que toute la terre a pu l'observer. Quelle est cette marque? La paix et la cessation des guerres. Quand ces choses arriveront, dit-il, le monde sera dans une telle tranquillité, que des arrhes de guerre on forgera des instruments d'agriculture. Chose qu'on ne voit nulle part dans l'histoire des Juifs ; loin de là, pendant tout le temps de leur existence comme nation, ils n'ont jamais cessé soit de porter la guerre au dehors, soit de la recevoir cirez eux, et sans cesse ils étaient harcelés par des ennemis, tantôt plus, tantôt moins longtemps. Et les peuples mêmes de la Palestine les attaquaient souvent avec tant de force qu'ils leur firent courir les plus grands dangers.

5. C'est ce que nous attestent les livres des Rois qui ne contiennent que des récits de guerres; c'est ce que nous attestent les prophètes, soit quand ils racontent l'histoire du passé, soit quand ils prédisent les événements futurs; en un mot, depuis ce jour où ils secouèrent le joug des Egyptiens, leur histoire tout entière ne fut qu'une guerre. Mais aujourd'hui il n'en est plus de même; sur toute la terre règne la paix. S'il se fait encore quelques guerres, elles ne ressemblent pas à celles d'autrefois. Alors on allait se briser villes contre villes, pays contre pays, peuples contre peuples ; une même nation se voyait divisée en un grand nombre de partis. Lisez le livre de Josué et des Juges, et vous verrez que de guerres la Palestine eut à soutenir en peu de temps. Quelque chose de plus fâcheux encore, c'est que la loi ordonnait à tout le monde de prendre les armes et que personne n'était exempt de ce devoir. Et ce n'était pas chez les Juifs seulement que cette coutume existait, mais bien par toute la terre ; les rhéteurs mêmes et les philosophes qui ne possédaient que leur manteau, se couvraient, quand la guerre les appelait, du bouclier, et marchaient dans les rangs de l'armée, et ce philosophe (354) d'Athènes si paisible et si sage, Socrate, fils de Sophronique, parut ,jusqu'à deux fois sur les champs de bataille. Et le plus illustre de leurs orateurs, Démosthènes, descendit bien souvent de la tribune pour aller combattre. Mais si la loi n'exemptait ni les orateurs ni lus philosophes, il n'y en avait clone guère qui jouissent de cette exemption. Aujourd'hui vous ne voyez plus les mêmes faits se produire. Depuis que le Soleil de justice a brillé sur nous , cités, peuples, nations, tous sont tellement éloignés de la guerre et de ses dangers qu'ils ne savent plus manier les armes ; mais tranquilles au sein de leurs villes et sous la protection de leurs murs, ils entendent raconter les guerres lointaines, tout le peuple vit en paix, n'ayant plus à s'occuper de ce terrible devoir. S'il y a encore aujourd'hui des guerres , c'est aux extrémités de l'empire romain, et non plus, comme autrefois , dans chaque ville , dans chaque province. Alors, comme je l'ai dit, dans une même nation il y avait continuellement des séditions nombreuses et des guerres de partis; mais maintenant tout ce que le soleil éclaire, depuis le Tigre jusqu'aux Iles Britanniques, et en outre, la Libye, l'Egypte , la Palestine, en un mot tout ce qui est soumis au sceptre des Romains vit en paix; vous savez que les villes jouissent d'une profonde tranquillité et qu'elles ne connaissent plus la guerre que pour en entendre parler. Le Christ pouvait faire disparaître ces derniers restes de guerre; mais il a permis, pour le châtiment des ces indolents que la paix endormirait, il a permis, dis-je, les incursions des barbares. Les paroles du Prophète, pour ceux qui les comprennent bien, annoncent (je l'ai déjà dit) qu'il n'y aura plus que des séditions de peu d'importance. Car il n'a pas dit : " Il n'y aura plus " de guerre ; " mais: " Un peuple ne tirera plus l'épée contre un autre peuple, " et il montre ensuite combien les peuples seront libres, " ils ne s'exerceront plus aux combats, " sauf quelques hommes Noués, à cette profession. " Et maintenant, maison de Jacob, viens et marchons dans la lumière du Seigneur (5.) " Il a rejeté son peuple, la maison de Jacob (6). " Après avoir achevé sa prophétie sur l'Eglise il revient à l'histoire, comme pour reprendre la suite de ses paroles. Car c'était la coutume des prophètes d'envelopper d'ombre les prophéties soit par les termes dont ils se servaient, soit en passant brusquement d'un sujet à un autre . Ainsi interrompant tout à coup sa prophétie, et sans transition, comme s'il continuait le même sujet, Isaïe en vient à donner des avertissements aux Juifs: " Maintenant, maison de Jacob , viens et marchons dans la lumière du Seigneur, " c'est-à-dire, dans ses commandements, dans sa loi : car " le précepte de la loi est une lampe, une lumière, la vie, une réprimande et une discipline (Prov. VI, 23) ; " David dit aussi : " Le précepte du Seigneur est rempli de lumière, il éclaire les yeux (Ps. XVIII, 9) ; " et encore: " Votre loi est une lampe qui éclaire mes pieds et une lumière dans mes sentiers. " (Ps. CXVIII , 105.) Partout vous verrez ce même nom donné à la loi. C'est ainsi que saint Paul dit : " Tu te flattes d'être le guide des aveugles, la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres, le docteur des ignorants." (Rom. II, 19, 20.) Les rayons du soleil n'éclairent pas les yeux de notre corps comme les préceptes de la loi illuminent les yeux de notre âme.

6. Pour montrer que même avant la récompense, avant le jour des rémunérations, les préceptes apportent leur récompense, dans le temps même où on les accomplit, il les appelle lumière. Car de même que l'oeil se fortifie par cela seul qu'il est éclairé, de même notre âme, par cela seul qu'elle obéit à ta loi, en retire le plus grand fruit; elle y est purifiée, éloignée du mal et portée à la vertu. Et au contraire les prévaricateurs, . même avant le jour des vengeances , sont punis par cela seul qu'ils prévariquent, puisqu'ils sont dans une pire condition que des hommes plongés dans les ténèbres, qu'ils sont remplis de crainte, de frayeur, de remords, qu'en plein midi ils craignent tout le monde , ceux qui connaissent leur péché, comme ceux qui ne le connaissent pas. "Il a rejeté son peuple, la maison de Jacob, " c'est-à-dire, il l'a laissé aller, l'a abandonné, méprisé, privé de sa bienveillance. Ensuite, après les avoir effrayés, il leur dit la cause de cet abandon, afin qu'ils corrigent ce qu'ils ont fait de mal. Quelle est cette couse? " Parce que leur terre, comme la terre des étrangers, est couverte de leurs augures. " En premier lieu il leur a reproché leur fraude, leur avarice, leur mépris des veuves; il leur reproche ici leurs croyances mauvaises et ces restes d'impiété qui les entraînaient peu à peu au faux culte des démons.

Ensuite, dans (355)l'intention de les tancer fortement, il dit non-seulement qu'ils se livrent aux augures, mais que "leur pays en est rempli. " Leur malice s'est accrue dans la plus large mesure, veut-il dire; tout à l'heure il disait peuple, non-seulement pécheur, mais plein de péchés, de même ici il dit terre " remplie d'augures. " Ensuite pour faire ressortir l'opprobre de leur conduite, d'une manière plus frappante encore, il ajoute: " Comme dès le commencement. " Dès le commencement ? Quand donc? Quand ils ne connaissaient pas encore le Seigneur, n'avaient pas encore reçu sa loi , ou éprouvé ses bienfaits, quand ils étaient encore au milieu des nations: voilà leur grand crime, de n'être pas devenus, après tant de soins et de bonté, meilleurs qu'ils n'étaient avant d'avoir reçu ses bienfaits. Et sans s'arrêter là, il ajoute, pour les effrayer, " comme la terre des étrangers, " et par cette comparaison il aggrave l'accusation. C'est ce que fait continuellement saint Paul, par exemple, quand il dit: " Je ne veux pas, mes frères, que vous soyez dans l'ignorance touchant ceux qui dorment, afin que vous ne vous attristiez pas comme font tous les autres qui n'ont point d'espérance (I Thess. IV, 72); " et encore : " Que chacun de vous sache posséder son corps saintement et honnêtement, et non dans la passion de la convoitise. " (Ibid. 4. ) Et sans se contenter de cela, il ajoute ces mots: " Comme les autres nations qui ne connaissent pas Dieu. " (Ibid. 5.) Car ce reproche pique ordinairement même ceux qui sont tombés bien bas.

Mais si les Juifs essuient ces reproches, quelle indulgence, quelle excuse trouverons-nous, nous qui, comblés de tant de grâces , revêtus de tant d'honneur, ayant reçu des espérances éternelles, sommes tombés dans les mêmes misères qu'eux? beaucoup, aujourd'hui encore, travaillés par cette maladie, ruinent eux-mêmes leur existence eu s'abandonnant à la folie des augures; outre qu'ils offensent Dieu, ils ne gagnent que des douleurs qu'ils eussent pu éviter et perdent toute la vigueur nécessaire aux combats de la vertu. Car le démon s'efforce par tous les moyens de persuader à ces insensés qu'il ne dépend pas d'eux d'être vertueux ou vicieux, qu'ils n'ont pas été doués du libre arbitre, et cela pour obtenir ces deux choses effrayantes, qu'ils reculent devant les luttes qu'exige la vertu et qu'ils abandonnent leur liberté, une de leurs plus belles prérogatives. C'est là le funeste résultat que , par les augures, par les présages, par l'observance de certains jours , par la détestable croyance au destin et par bien d'autres pratiques, il a déjà atteint:

il a tout bouleversé. C'est là l'objet des véhémentes objurgations du prophète qui veut arracher la racine du mal. " Et bien des fils étrangers leur sont nés. "

7. Qu'est-ce à dire, " des fils étrangers ? " Dieu leur avait défendu, à cause de leur inconstance et de leur fragilité, d'avoir des relations avec le reste des hommes, de peur que par ce commerce ils ne se laissassent entraîner à l'idolâtrie. Comme bien éloignés de pouvoir redresser les autres, ils n'étaient pas même capables de résister à l'entraînement du mauvais exemple. Dieu établit une loi pour les protéger, il les éloigne d'abord du commerce des autres nations, et ainsi séparés du reste du monde il s'applique à les diriger et à les former. Il eût été à souhaiter, qu'avec toutes ces mesures, ils pussent conserver la discipline à laquelle Dieu les avait soumis. S'ils méprisèrent les autres préceptes, ils ne respectèrent pas plus celui-ci, ils entrèrent en relation avec les peuples voisins, prirent des femmes chez les Moabites, les Ammonites, et les autres nations idolâtres, et étant entrés dans leur parenté, ils admirent au milieu d'eux des docteurs d'iniquité et perdirent leur grandeur et leur pureté. " Leur terre fut remplie d'or et d'argent et leurs trésors étaient infinis (7). "

Leur pays fut rempli de chevaux et leurs chars étaient innombrables (8). " Mais que signifie donc, pourrait-on dire, ce reproche d'avoir des richesses, de posséder des chevaux, surtout pour ce peuple qui n'était pas encore appelé à une vie si parfaite? Que répondre à cela? Que ce n'est pas l'usage qu'il blâme, mais leur intention qui n'était pas droite. De même que, quand il dit : " Malheur aux puissants (Is. I, 24) ! " ce n'est pas l'autorité qu'il attaque, mais ceux qui s'en servent mal ; de même ici il blâme les juifs non de ce qu'ils avaient des trésors, mais de ce qu'ils en amassaient de superflus, et bien au delà de ce qui était nécessaire.

"Leurs trésors, " dit-il, " étaient infinis." Et en outre, il les blâme de ce qu'enorgueillis de leurs richesses et de la multitude de leurs chevaux, ils apprenaient peu à peu à ne plus mettre leur espérance en Dieu ; c'est aussi ce que dit un autre prophète: " Malheur à ceux qui se confient dans leur force et qui se (356) glorifient dans l'abondance de leurs richesses! " (Ps. XLVIII, 7.) Et en un autre endroit: " Ce n'est point dans sa grande puissance qu'un roi trouvera son salut, et le géant ne se sauvera point par sa force extraordinaire. " (Ps. XXXII, 16.) Et dans un autre psaume il est dit encore : " Il n'aime point qu'on se fie à la force du cheval, et il ne lui plaît point que l'homme s'assure en l'agilité de ses jambes. Le Seigneur regarde avec plaisir ceux qui le craignent. " (Ps. CXL, 10.)

" Leur pays s'est rempli d'idoles, exécrables ouvrages de leurs mains, et ils ont adoré ce qu'ils avaient formé de leurs doigts. " Comme un habile médecin, le Prophète indique la cause et la source de la maladie. Comme il allait leur reprocher leur impiété, il vient d'indiquer la source de leur maladie, l'avarice, les excès de tout genre, les alliances illicites, et leur montre qu'ils ont ainsi glissé peu à peu jusqu'au fond de l'abîme et fini par adorer les idoles. Ensuite pour se railler de leur culte il ajoute " ouvrages de leurs mains. " Car que peut-il y avoir de plus ridicule que de voir l'homme créateur d'un Dieu? Souvent l'Ecriture appelle les idoles abomination; delà vient qu'elle appelle abomination de la désolation l'idole placée dans le temple: " Quand vous verrez l'abomination de la désolation se tenant dans le lieu saint, que celui qui lit comprenne. " (Matth. XXIV, 15.) Après les avoir détournés des choses sensibles, il leur défend de faire aucune image; et il donne à cela le nom d'abomination pour les éloigner de (impiété. Car avoir une chose en abomination, c'est la détester avec force, comme impure, comme exécrable. Ce qui est haïssable et digne d'exécration, l'Ecriture l'appelle abomination. Or il en est ainsi de toute idole. " Ils ont adoré ce qu'ils avaient formé de leurs doigts (9). " Et ils se sont abaissés et des hommes se sont humiliés." Car si l'adoration de Dieu relève, celle des idoles abaisse et humilie. Quoi de plus bas que l'homme déchu de la route du salut, ayant Dieu pour ennemi, se prosternant devant des choses inanimées et adorant des pierres ! Dieu nous a appelés à un tel honneur, qu'il nous a élevés au- dessus du ciel; mais le démon rabaisse ses serviteurs jusqu'à les rendre plus insensés que les choses insensibles. Aussi le Prophète dit: " Des hommes se sont humiliés. " Ce seul reproche suffit à guérir ceux qui ont encore quelque bon sens. Mais comme la plupart des hommes craignent moins le péché que les châtiments, il annonce en ces termes la punition : " Je ne leur pardonnerai pas. Ils n'auront pas à espérer d'indulgence, de pardon ou de négligence à punir; ils rendront un compte sévère de leurs crimes, ils les expieront. " Et maintenant entrez dans les cavernes, cachez-vous dans la terre pour ne pas voir la face terrible du Seigneur (10). " Après s'être assez moqué de la folie des idolâtres, avoir montré et leur démence et la vanité des idoles, puisqu'elles sont l'ouvrage des hommes, il vient de nouveau les attaquer par ces paroles, et laissant à l'expérience le soin de justifier ce qu'il a dit, il ajoute : Il ne suffisait d'avoir montré l'erreur et la folie des idolâtres, par cela seul que les idoles sont fabriquée; mais puisque, appesantis et aveuglés par l'impiété comme par une sorte d'ivresse, ils n'aperçoivent pas les choses les plus claires et les plus manifestes, tant de calamités vont fondre sur la ville que les plus stupides apprendront combien ils sont insensés et combien grande est la puissance de Dieu.

8. Aussi avant de parler de la guerre, il, en indique les conséquences; leur dit d'entrer dans les cavernes, de se cacher même sous la terre, et pourquoi? Pour leur apprendre combien sera implacable alors la colère de Dieu. " Cachez-vous, dit-il, dans le sein de la terre pour ne pas voir la face terrible du Seigneur, ni la gloire de sa puissance, lorsqu'il se lèvera pour frapper la terre. " Il ne dit pas simplement devant sa grande puissance, mais devant la gloire de sa puissance, tant ses actions, ses victoires seront grandes ! tant elles auront d'éclat et de splendeur ! Il me semble qu'il indique ici la victoire d'Ezéchias, qu'il entend par la terre, la multitude des hommes qui l'habitaient, par la terre frappée leur ruine, par résurrection le secours par lequel Dieu sauva son peuple. Car David dit : " Que Dieu se lève et que ses adversaires soient mis en déroute (Ps. LXVII, 2) ! " et encore : " Lève-toi, ô Dieu, juge la terre " (LXXXI, 8), " passage où il exprime les actes de Dieu par des images empruntées aux hommes. — " Les yeux du Seigneur sont élevés et l'homme n'est rien (11).

" Et afin qu'aucun de ses auditeurs ne refuse d'ajouter foi à ses paroles (car pour beaucoup cet événement était inespéré et tout à fait inattendu), le Prophète rappelle la puissance de Celui qui agit et la faiblesse de celui qui subit. Il n'y a, dit-il, (357) rien de plus élevé que Dieu, rien de plus bas que l'homme. Ne vous étonnez donc pas qu'étant si grand et si fort il puisse humilier à ce point des hommes si faibles. Et c'est avec raison qu'il dit: "Les yeux glu Seigneur sont " élevés ;

" il n'a pas dit la puissance, mais les yeux du Seigneur, parce que sa vue seule suffit pour faire disparaître tous les obstacles c'est ce que David dit en d'autres termes " Celui qui regarde la terre et elle tremble " (Ps. CIII, 32) ; " et un autre prophète encore: " Je le regarderai et je triompherai de lui. " (Osée, XI, 4.)

" La grandeur de l'homme sera abaissée et le Seigneur seul sera exalté en ce jour. " Après cette victoire inattendue, ce triomphe si éclatant et si admirable, les démons furent vaincus, les idoles abattues, les faux prophètes eurent la bouche fermée, les barbares virent leur tyrannie brisée et toute bouche ennemie de Dieu fut fermée. C'est pourquoi il dit: "Le Seigneur seul sera exalté en ce jour. " Désormais il n'y aura ni contradiction ni doute sur la puissance de Dieu, quand les événements l'auront mis en une si grande évidence. Par elle-même elle est élevée, sa grandeur n'a pas en de commencement, elle existe toujours, et si l'on dit qu'elle est exaltée, c'est dans la pensée des hommes, parce que les ennemis et les contradicteurs, se rendant à l'évidence des faits, la reconnaîtront humblement et la béniront comme il convient. " Le jour du Seigneur des armées va éclater sur tous les superbes et les hautains, sur tous les insolents et les hommes altiers, et ils seront humiliés (12). Il va éclater sur ceux des cèdres du Liban qui sont grands et élevés et sur tous les chênes de Casan (13), sur toutes les montagnes et les murailles élevées (14), sur toute tour élevée (15), sur tous les vaisseaux et sur ce qui fait la beauté des navires (16). Et la grandeur de l'homme sera abaissée, et le Seigneur seul sera exalté en ce jour-là (17)." Par murailles, par cèdre, par colline, par chêne, il entend les puissants, et par la hauteur de ces arbres il désigne métaphoriquement leur puissance;

et en parlant de navires et de ce qui fait la beauté des vaisseaux, ce sont les plus riches d'entre le peuple qu'il entend.

9. Ce qu'il veut dire, le voici : C'est que tout grand, tout puissant, tout général, tout riche, tout homme, pour ainsi dire, revêtu de puissance et de dignité, disparaîtra en ce temps et s'évanouira, et dans toutes ces grandeurs rien ne pourra soustraire qui que ce soit à la colère de Dieu, ni la force du corps, ni l'habileté militaire, ni l'abondance des richesses, ni la possession du pouvoir, ni la force d'une grande armée, ni quoi que ce soit de semblable. Il les appelle cèdres du Liban soit parce que ces arbres croissent en abondance sur cette montagne, soit parce que les événements annoncés arriveront bientôt ; par les ornements des navires, il entend la grandeur que donnent aux généraux leurs richesses, leurs armes, leurs satellites. Il me paraît indiquer aussi que l'invasion des barbares sera de longue durée. " Et ils cacheront toutes leurs idoles (18) ; ils les porteront dans les cavernes et les fentes des rochers, dans les antres de la terre, pour les faire disparaître de devant la face terrible du Seigneur, de devant la gloire de sa puissance, lorsqu'il se lèvera pour frapper la terre (19). " Bien loin, veut-il dire, que les dieux apportent aux hommes quelque secours, ils auront eux-mêmes besoin du secours des hommes et de cachettes retirées pour disparaître " de devant la face terrible du Seigneur, de devant la gloire de sa puissance, quand il se lèvera pour frapper la terre. " Car, de peur qu'on n'attribue ces choses à l'incursion des barbares et qu'on ne croie que cette crainte est l'effet de leur puissance, il remonte jusqu'au Dieu de l'univers, disant que c'est lui qui dirige cette guerre et que c'est sa puissance qui, s'appesantissant sur lés pécheurs, les met en ce danger. " En ce jour l'homme rejettera ses abominables idoles d'argent ou d'or qu'il s'était faites pour adorer des choses vaines et des chauves-souris (20), et ils entreront dans les fentes des pierres et les cavernes des rochers pour ne pas voir la face terrible du Seigneur et la gloire de sa puissance lorsqu'il se lèvera pour frapper la terre (21). " Il les a assez raillés, en leur montrant qu'ils se sont cachés avec leurs dieux, qu'ils ont pénétré dans le sein de la terre, que la richesse de la matière de leurs idoles ne les a détendus en rien entre le malheur qui les accablait. Il a appelé leurs idoles chauves-souris, soit à cause de leur faiblesse, soit à cause des ténèbres de l'erreur, soit parce que les démons ne sont rien que dans l'obscurité. Car de même que les chauves-souris détestent le soleil et la lumière, tandis qu'elles aiment les ténèbres, de (358) même les démons et ceux qu'ils ont entraînés aiment et recherchent le vice et tout ce qui est contraire au bien, tandis qu'ils détestent la vertu et les oeuvres de lumière, et quand celles-ci brillent, ils se cachent au plus tôt, tandis que celui qui aime la vertu n'éprouve aucune gêne, aucune fatigue. Il lui suffit de paraître pour dissiper ces ombres. " Cessez d'espérer dans l'homme dont la vie n'est qu'un souffle, " et quel cas en ont-ils fait (22) ? " Ici, il me semble qu'il désigne Ezéchias que la crainte et la terreur avaient réduit à n'avoir plus qu'un souffle de vie. Les barbares l'ayant pris comme dans un filet, croyaient déjà tenir leur proie et regardaient le siège et la prise de la ville comme ne devant leur coûter aucun effort, et il arriva précisément le contraire. C'est pourquoi le Prophète dit : " Cessez de mettre votre espérance dans l'homme dont la vie n'est qu'un souffle, et quel cas en ont-ils fait? " C'est-à-dire, ils n'en out fait aucun cas. Car ils croyaient tout enlever comme à la course, et c'est précisément le contraire qui arriva, et celui qui, parmi nous, ne paraissait plus rien et qu'on croyait facile à attaquer, brilla plus que tous les autres, parce qu'il était appuyé par la puissance de Dieu.

CHAPITRE TROISIèME. 1. " VOICI QUE LE MAîTRE, LE SEIGNEUR DES ARMéES, VA ENLEVER DE LA JUDéE ET DE JéRUSALEM " L'HOMME FORT ET LA FEMME FORTE. "

ANALYSE.

1. Le Prophète continue d'énumérer les châtiments qui éclateront en punition de la corruption et du luxe. Le Seigneur des armées va ôter de Jérusalem et de Juda le courage et la vigueur.

2. Il en ôtera aussi les prophètes et les sages.

3. Il leur donnera pour les conduire des jeunes gens sans prudence. 4. Il n'y aura plus de respect parmi le peuple. Les jeunes gens mépriseront les vieillards , et les hommes obscurs les plus hauts personnages. 5. Les méchants baissent la vertu, et ne supportent qu'avec peine sa présence.

1. De même qu'un habile médecin, soit en brûlant, soit en tranchant, soit en donnant des remèdes amers, ne cherche que la santé des malades qu'il soigne, de même notre Dieu, dans sa charité, relevant par des châtiments divers les juifs inconstants et pécheurs, tantôt effraye ces ingrats par l'invasion des barbares, tantôt avant cette invasion même les arrête par d'autres menaces, pour entretenir en eux une crainte toujours nouvelle en leur montrant toujours de nouvelles calamités qui allaient les frapper. Maintenant donc il les menace de l'infirmité de la famine, de la sécheresse, de la privation non des choses nécessaires, mais de celles qui sont néanmoins utiles pour la conservation de la vie. La famine n'est pas le seul mal à craindre, il n'est pas moins funeste de n'avoir personne à la tête des affaires :

car alors l'abondance même des choses est plus triste que la famine. Que sert-il que tout coule comme de source, s'il s'élève des guerres civiles, si la mer s'agite et qu'au milieu de la furie des flots il n'y ait ni commandant ni pilote, personne enfin pour apaiser la tempête et rendre le calme? Lorsque la faim vient s'ajouter à cela, voyez l'excès du mal. Dieu menace de toutes ces calamités, et la première est aussi la plus grave. " Voici que le Maître, le Seigneur des armées. " Les prophètes se servent constamment du mot " voici " quand ils veulent pleinement certifier à l'auditeur la vérité de ce qu'ils disent. Ce n'est pas seulement ici, mais précédemment, et même dès le commencement qu'on a pu voir que l'infirmité du corps n'était souvent que la punition des fautes, par exemple pour Caïn; comme il fit de sa force un usage contraire à la raison , c'est avec raison qu'elle lui fut retirée. De même du paralytique de la piscine; que ses péchés aient été la cause de sa paralysie , le Christ l'affirme : " Voici que vous êtes guéri, ne péchez plus. " (Jean, V, 14.) Et Paul dit : "Aussi y en a-t-il parmi vous beaucoup qui sont infirmes. " (I Cor. XI, 30.) Ils avaient en effet péché en apportant à la participation des mystères une conscience impure. Et il livre à l'infirmité du corps le fornicateur à qui il avait annoncé que ce serait là un châtiment de ses crimes. Cependant ce n'est pas partout le résultat du péché; c'est quelquefois une épreuve qui plus tard sera couronnée, comme il arriva à Lazare et à job. Ce n'est pas seulement l'infirmité, ce sont encore les autres maux du corps qui nous surviennent à cause de nos péchés, comme la lèpre d'Ozias à cause de son impudence, la paralysie de la main du roi Jéroboam à cause de son arrogance et de son orgueil. Et la langue de Zacharie, pourquoi fut-elle enchaînée, sinon pour le péché qu'il avait commis en son âme ? Comme donc la santé, la force, du corps et la prospérité devenaient pour les Juifs une occasion de s'enorgueillir, le Seigneur coupe le mal dans sa racine en les avertissant, les rendant meilleurs et leur donnant des biens plus grands que ceux qu'il leur enlève. Quel mal y a-t-il à ce que le corps souffre si l'âme en est portée à la vertu ? Et pour qu'ils ne pussent regarder cette infirmité comme une chose naturelle, le Prophète l'a prédite; et ce n'est pas aux hommes seulement que s'adresse cette menace : le châtiment s'étend jusqu'aux femmes, puisque l'un et l'autre sexe se sont souillés , et dans la suite il s'adresse aux femmes à cause de l'excès de leurs fautes , et il leur reproche des crimes qui ont renversé la ville de fond en comble. Aussi il les menace également de la peste, car c'est la peste qu'il me semble indiquer par ces mots: " Je vais enlever l'homme fort et la femme forte, " ou quelque autre infirmité du corps qui ne cédera point à l'art de la médecine.

Car tels sont les fléaux envoyés par Dieu. " La force du pain et la force de l'eau. " C'est un bien terrible châtiment que de voir disparaître, non pas la substance, mais la force qu'elle contenait, de sorte que la vue même nous punit puisque notre faim ne peut se rassasier et nous montre que c'est bien là un effet de la colère divine. " Le géant et le puissant. " L'Ecriture appelle ordinairement géant tout homme fort ou qui surpasse les autres par la proportion de ses membres. En effet lorsqu'elle dit, dans le récit de la création : " C'étaient des hommes appelés géants (Gen. VI, 4), " ce n'est pas qu'elle nous fasse voir en eux une autre race , mais elle nous les montre forts , robustes et vigoureux. " L'homme de guerre et le juge. " C'est un châtiment insupportable , c'est la marque d'une ruine complète ; les murailles et les tours sont debout, et cependant la ville pourrait tomber avec ses habitants entre les mains des ennemis! Car la sûreté des villes ne réside pas dans les pierres, dans le bois, dans les murs d'enceinte, mais dans la sagesse de leurs habitants, et quand ils sont tels, ils seront, en présence des ennemis, le meilleur rempart de leur patrie ; quand au contraire ils sont dépourvus de sagesse, ils rendent, même en l'absence de tout ennemi, la cité plus malheureuse que si elle était assiégée.

2. Aussi, pour ces pécheurs et pour tous ceux qui l'entendront, c'est une grande leçon de sagesse que donne le Prophète, en enseignant qu'il ne faut pas mettre sa confiance dans la grandeur d'une ville , dans les fossés et les machines qui la défendent, mais dans la vertu des gens de bien. Il leur dit donc pour les effrayer que le Seigneur leur enlèvera cep qui les protégé , non-seulement les hommes qui savent combattre, mais même les juges (360) qui ne sont pas moins utiles aux Etats que les gens de guerre, puisqu'ils veillent à la conservation de la paix et que souvent ils détournent des guerres imminentes. Comme en effet les iniquités tendent continuellement à produire ces guerres, il est possible aux gardiens des lois, aux hommes qui connaissent parfaitement le droit, d'ôter toute cause de guerre en ré; rimant la plupart des péchés? Pourquoi donc Dieu les enlève-t-il aux Juifs? Parce que ceux-ci ne les ont pas écoutés. Ses enseignements sont très-utiles à ceux qui les écoutent, mais quand il s'adresse aux Juifs, il répand sur ses paroles une sorte d'obscurité, puisqu'ils ne les écoutaient pas avec attention : c'est ainsi que ces dons excellents et qui nous apportent le salut, ils les retirent souvent lorsque ceux à qui il les a départis n'en profitent point. " Le Prophète et le devin. " Ce n'est pas un faible indice de colère que de voir cesser les prophéties.

Lorsque Dieu prit en haine le peuple juif à cause des péchés des enfants d’Hélie et de la perversité de la multitude, la prophétie cessa " La parole du Seigneur était précieuse ; on ne connaissait plus de vision. " (I Rois, III, 1. ) Précieuse , c'est-à-dire rare. La même chose arriva sous Ozias; ils auraient pu, s'ils avaient voulu, retirer de cette circonstance (le grands biens. En effet, apprendre à connaître les choses de Dieu, se prémunir contre les dangers futurs, s'instruire de ce qui est obscur, quand il faudra ou attaquer les ennemis ou se reposer, comment ils pourraient chasser les maux qui les accablaient, tout cela leur donnait, pour se procurer le salut, une grande facilité. Mais comme ils ne mettaient pas en pratique ce qu'ils avaient appris, il leur ôta les moyens de l'apprendre encore ; ceci montre bien la charité de Dieu, de ce Dieu qui connaît l'avenir et qui sachant comment les Juifs useraient de ses dons les leur accordait néanmoins. Avec le Prophète il dit qu'il leur enlèvera encore le devin.

Ici il me semble qu'il appelle devins ces hommes qui, par leur sagesse et leur expérience, pénètrent dans l'avenir. Autre chose est la parole du devin, autre chose celle du Prophète; l'un parle inspiré parle Saint-Esprit et ne profère rien de son propre fond ; l'autre, prenant pour point de départ les événements passés et n'ayant pour guide que son intelligence , prévoit bien des événements futurs, comme il est naturel qu'un homme intelligent les prévoie. Mais de l'un à l'autre il y a bien de la distance, toute la distance qui existe entre l'intelligence humaine et la grâce divine. Et afin de rendre ceci plus clair par un exemple , représentons-nous Salomon et Elisée : tous les deux firent connaître les choses cachées, tous les deux dévoilèrent des secrets, mais non par les mêmes moyens ; l'un ne se serait que de son intelligence et jugeait des courtisanes d'après ce qu'il connaissait de la nature; l'autre sans avoir recours au raisonnement (et quel raisonnement aurait pu lui révéler le vol de Giési?

), éclairé par la grâce voyait ce qui se passait loin de lui : — " Le vieillard et le chef de cinquante hommes. " Puis il ajoute qu'il enlèvera aussi les vieillards et les chefs de cinquante hommes. Par vieillards il n'entend pas simplement ceux qui sont parvenus à un âge avancé, mais ceux qui à des cheveux blancs unissent la sagesse qui convient aux cheveux blancs. Et en parlant, du chef de cinquante hommes, il ne désigne pas seulement les chefs de cinquante hommes, mais les chefs quels qu'ils soient. Il n'y a rien, rien de plus terrible que l'anarchie, comme il n'y a rien de plus dangereux qu'un navire sans pilote. Et sans s'arrêter, il les menace encore de leur enlever une dernière protection, les hommes de bon conseil , qui ne sont pas moins utiles aux états que les affinées. " J'enlèverai, dit-il, ces sages admirables qui donnent de bons conseils et les architectes experts, " non pas ceux qui construisent des maisons, mais ceux qui ont l'expérience des affaires, une science vaste et qui pourraient administrer l'état avec intelligence.

3. Et avec ceux-là, " Le sage auditeur. " Si cette seule chose manque, même au milieu de l'abondance de toutes les autres, les cités n'en retireront aucun avantage; qu'il y ait des prophètes, des conseillers, des puissants, s'il n'y a pas d'auditeurs, tout sera vain et inutile. Et ici ce mot j'enlèverai me semble signifier je laisserai, j'abandonnerai, comme saint Paul dit: "Il les a livrés à un sens réprouvé (Rom. 1, 28)," non qu'il les ait précipités dans la démence, mais il les a laissés et abandonnés dans la démence où ils étaient. " Je leur donnerai des " jeunes gens pour princes. " Voici qui est pire encore et plus fâcheux que l'anarchie. Celui qui n'a pas de chef est privé de conducteur ; mais celui qui en a un mauvais n'a qu'un conducteur qui le précipitera dans les abîmes. (361) S'il dit : " Jeunes gens, " ce n'est pas pour mépriser la jeunesse, mais pour mieux montrer la folie de ces chefs. Certes on voit des ' jeunes gens sages, comme aussi des vieillards insensés ; mais parce que cela n'a lieu que rarement et que le contraire arrive bien plus souvent, il se sert de ce nom pour désigner des insensés.

Timothée, encore jeune, gouverna des églises avec plus de sagesse que ne l'eussent fait des milliers de vieillards; Salomon, âgé seulement de douze ans, parlait à Dieu, jouissait d'un grand crédit, fut proclamé et couronné roi, eut pour admirateurs de sa sagesse même des barbares qui vinrent le contempler, non-seulement des hommes, mais encore des femmes accourues de loin, dont le voyage n'avait eu que ce seul but, d'entendre et d'apprendre quelque chose de sa bouche; puis, devenu vieux, perdit beaucoup de sa vertu. Et son père, le bienheureux David, ne commit ce crime désastreux ni dans son enfance ni dans sa jeunesse; il avait dépassé cet âge lorsqu'il pécha. Il n'était encore qu'un petit enfant lorsqu'il remporta cette admirable victoire, qu'il terrassa le barbare, qu'il montra tant de sagesse, et sa jeunesse n'empêcha nullement ses belles actions. Et quand Jérémie voulut s'excuser à cause de son âge, Dieu n'admit point cette raison ; mais il l'envoya vers le peuple juif et lui dit que sa jeunesse ne lui serait pas un obstacle, pourvu qu'il fût doué de fermeté. C'est à cet âge ou plutôt à un âge bien plus tendre encore que Daniel jugea les vieillards. Josias n'avait pas encore douze ans accomplis lorsqu'il monta sur un trône royal ; et à cet âge il se montrait sage, mais par la suite une négligence qui s'aggravait continuellement corrompit dans son âme toute vertu. Que dire de Joseph? N'est-ce pas dans sa jeunesse, et encore, dans une extrême jeunesse qu'il eut à soutenir ce rude combat, non contre les hommes, mais contre la tyrannie de la nature, et qu'il sortit du milieu des flammes et d'une fournaise ardente plus terrible que la fournaise assyrienne, sans en avoir rien ressenti et aussi intact que les trois enfants. Le corps de ceux-ci n'avait pas été endommagé, pas même leurs cheveux, on aurait cru qu'ils sortaient de l'eau plutôt que du feu ; de même celui-là échappé aux mains ennemies de l'égyptienne se retira sans que son innocence eût souffert ni de l'attouchement, ni des paroles, ni de la vue, ni des vêtements, ni des parfums qui allument l'incendie des passions, incendie plus terrible que celui des sarments et de la poix, ni enfin de son jeune âge, comme il arrive trop souvent aux hommes. Et -ces trois jeunes gens à la fleur de leur âge surent maîtriser la gourmandise, fouler aux pieds la crainte de la mort, mépriser une armée si nombreuse et un roi dont la colère était plus terrible que ces flammes, et sans s'en effrayer, ils gardèrent toujours une âme libre.

Ce n'est donc pas pour mépriser la jeunesse qu'il parle ainsi , car saint Paul, quand il dit: " Non un néophyte, de peur qu'enflé d'orgueil il ne tombe. dans la condamnation du diable (I Tim. III, 6), " n'entend pas désigner une personne jeune encore quant à l'âge, mais plantée, c'est-à-dire, instruite depuis peu de temps; car planter, dans son langage, c'est instruire et enseigner, comme lorsqu'il dit: " J'ai planté, Apollon a arrosé. " (I Cor. III, 6. ) Et le Christ appelle aussi cela planter: " Toute plante que n'a point plantée mon Père céleste, sera arrachée.

" ( Matth. XV, 13. ) Du reste si par ce mot " Néophyte " il eût entendu un jeune homme, il n'aurait pas élevé Timothée jeune encore et si jeune qu'il lui dit: " Que personne ne méprise ta jeunesse " (I Tim. IV, 12 ), " il ne l'aurait pas, dis-je, élevé à cette dignité et ne lui aurait pas confié le soin de tant d'églises.

" Et des moqueurs les domineront. " Vous le voyez, ce n'est pas le jeune âge qu'il méprise, mais la perversité. Ce seul mot ajouté rend sa pensée plus claire. Car par moqueurs il entend ici des trompeurs, des railleurs, des flatteurs, tous ceux enfin qui par leurs paroles se livrent au démon. " Tout le peuple se précipitera, homme contre homme, voisin contre voisin (6). " Car de même que, quand les poutres qui soutiennent une construction sont pourries ou qu'on les a retirées, les murs s'écroulent nécessairement puisque rien ne les retient plus, de même après la disparition de tous ceux que le Prophète vient de rappeler, chefs, conseillers, juges, prophètes, il n'y aura plus rien qui empêche la nation de tomber en dissolution, d'être livrée à une immense ruine.

4. " L'enfant se lèvera audacieusement contre le vieillard et les derniers du peuple contre les nobles. " Le jeune homme, veut-il dire, se soulèvera contre le vieillard, le méprisera, le dédaignera. Voilà ce qui, même (362) avant 'l'arrivée des ennemis, est plus terrible que la guerre. Quand en effet la vieillesse est méprisée par la jeunesse, et que les hommes vils et abjects foulent aux pieds ceux qui étaient honorés de tous, la ville où se passent ces choses n'est pas dans de meilleures conditions que si elle était abandonnée aux augures. " Chacun ira trouver son frère ou celui qui habite tous le même toit que son père, et lui dira : tu as un vêtement; sois notre chef et que nous vivions sous ta domination (6). " Il répondra alors, et dira : " Je ne serai pas votre chef, car il n'y a dans ma maison ni pain ni vêtement. Je ne serai pas le chef de ce peuple (7). " Ici il me semble qu'Isaïe prophétise ou bien un siège terrible qui réduira les habitants aux dernières extrémités, ou, s'il n'y a pas de siège, une famine intolérable, et un manque presque absolu des choses nécessaires. II a eu recours au langage populaire : De même que beaucoup disent : Si on offrait de vendre toute la ville pour une obole, elle ne trouverait point d'acheteur, de même, pour montrer la misère extrême dans laquelle elle était tombée, le Prophète dit :

Si on offrait de vendre les dignités pour un vêtement ou un pain, il n'y aurait pas d'acheteur, tant est grande la disette des choses nécessaires ! " Parce que Jérusalem tombe en dissolution (8), ", c'est-à-dire a été délaissée, désertée ; la providence de Dieu l'a abandonnée. "

Et la Judée tombe; " elle est remplie de troubles, de tumulte, de confusion et de désordre. " Et leurs langues pécheresses refusent d'obéir aux ordres du Seigneur. " Ici il indique la cause de leurs maux, l'intempérance de leur langue. C'est aussi ce qu'Osée leur reproche en ces termes : " Ephraïm a été; anéanti au jour de son châtiment; j'ai fait voir dans les tribus d'Israël la vérité de mes menaces. " (Os. V, 9.) Malachie dit aussi la même chose : " Les prophètes blâment ceux qui par leurs paroles irritent Dieu. Et vous avez dit : En quoi l'avons-nous irrité? En ce que vous avez dit : Tous ceux qui font le mal passent pour bons aux yeux du Seigneur et il se complaît en eux. Où est donc le Dieu de la justice? " (Mal. II, 17.) Dans ce reproche, il leur adresse deux accusations; c'est qu'ils ne se contentent pas de désobéir et de transgresser la loi; ils devraient rougir de cela et en avoir honte, se cacher et s'humilier; loin de là, ils ajoutent à leurs premières fautes, et après avoir enfreint les préceptes, ils ajoutent à leur désobéissance des paroles impudentes, comme un méchant serviteur qui, laissant sans les accomplir les ordres de son maître, ajouterait à cela l'insolence. " Aussi dans sa gloire elle a été humiliée et la confusion de son visage a rendu témoignage contre eux (9). "

Il parle du futur comme d'un passé, selon l'habitude des prophètes. Il appelle la captivité l'humiliation de sa gloire. Car ce n'est pas une faible humiliation pour ceux qui étaient comptés parmi les rois de la terre de se voir asservis à des hommes profanes et barbares. Il entend ici par confusion du visage celle que fait naître le péché. Telle était leur vie. Comme ils s'étaient les premiers couverts de honte par les actions, Dieu, pour les en punir, les privait de leur gloire, les livrant ainsi à un châtiment moindre que celui qu'ils s'étaient eux-mêmes infligé.

Car ils n'étaient pas couverts de honte sur la terre étrangère comme lorsqu'habitant leur patrie ils multipliaient leurs iniquités. Là leur perversité était réprimée :

ici elle s'augmentait sans cesse. Le Prophète leur donne donc une bien grande leçon quand il leur apprend à ne pas attendre le châtiment pour fuir le vice, à s'humilier et à rougir, non pas lorsque les barbares les emmènent captifs, mais lorsque la tyrannie du péché les retient esclaves. " Ils ont publié leur péché, comme dans Sodome, et ils ne l'ont point caché.

" Ce que j'ai dit souvent, je le répète encore, c'est pour montrer la clémence divine que le Prophète annonce non ce qu'ils souffriront, mais la punition qu'ils méritaient. Leurs crimes ont égalé ceux de Sodome, mais leur châtiment a été bien plus faible. Le Seigneur ne les a pas détruits entièrement, n'a pas renversé leur ville de fond en comble, n'a pas fait disparaître les restes de leur nation. Ces mots : " Ils ont publié, ils n'ont point caché, " le Prophète s'en sert pour parler la langue des hommes. Dieu, en effet, n'attend pas que le crime se fasse pour le connaître (car ne connaît-il pas toutes choses, avant qu'elles se fassent?) ; mais Isaïe parle ainsi pour montrer la grandeur du mal.

5. De même que lorsque Moïse dit : " Le cri de leur iniquité est monté jusqu'à moi (Gen. XVIII, 20), " ce n'est pas qu'il relègue Dieu loin des hommes ni qu'il l'enferme dans le ciel, mais c'est qu'il veut montrer la grandeur (363) leur péché; de même ici, ces mots: "Ils ont annoncé, " ont pour but de faire voir l'excès de leur malice. En effet les péchés légers peuvent échapper à la connaissance du prochain, tandis que les plus grands et les plus énormes sont connus et manifestes pour tous, quand même il n'y aurait personne pour en faire l'objet d'une accusation, d'un blâme. Ils s'annoncent, ils se découvrent eux-mêmes. Aussi comme le Prophète veut montrer ici la grandeur des fautes, il dit: " Ils ont publié, ils n'ont point caché, " comme s'il disait: c'est avec audace, avec insolence qu'ils ont péché, sans honte, sans rien déguiser, mais faisant du mal leur étude. " Malheur à eux, parce qu'ils se sont nui à eux-mêmes, en disant : Enchaînons le juste parce qu'il nous incommode (10) ! " C'est le comble du malheur de voir non pas des hommes qui non-seulement pèchent, qui pèchent avec audace, mais encore qui chassent ceux qui pourraient les reprendre. Ceux que la frénésie emporte, bien souvent frappent le médecin : de même si des pécheurs montrent qu'ils sont incorrigibles, c'est surtout en chassant les justes. Car telle est la vertu ; sa seule vue suffit à affliger le méchant. Telle est la méchanceté; sans même avoir été blâmée souvent, elle ne peut supporter la présence de ceux qui font le bien. Mais c'est un double crime que d'enchaîner le juste et de l'enchaîner comme incommode. Aussi le Prophète, voyant qu'ils ont porté l'iniquité à ses dernières limites, commence par les plaindre, non par les accuser ou les reprendre, et il dit: " Malheur à eux ! " et il ajoute habilement " parce qu'ils se sont nui à eux-mêmes. " Au premier abord, cette machination paraît tramée contre le juste; mais en considérant la chose avec plus de soin, nous verrons que ce n'est pas celui qui la subit qui en souffre, mais ceux qui la font. Apprenons de là que le juste, même en étant soumis à mille maux, ne souffre aucun dommage de la part de ceux qui l'attaquent; mais ceux-ci se transpercent eux-mêmes d'une épée , comme le faisaient les Juifs dont parle Isaïe. Ils n'ont pas nui au juste en l'enchaînant;

mais ils se sont précipités eux-mêmes dans une plus grande obscurité, puisqu'ils ont rejeté la lumière.

" Aussi ils mangeront le fruit de leurs oeuvres. " Car telle est la méchanceté ; elle trouve en elle-même son châtiment. Ce qu'il dit, le voici: Ils jouiront des fruits de leurs oeuvres, en se plaçant dans une solitude plus grande et se préparant plus de précipices.

" Malheur à l'impie ! il lui arrivera des maux proportionnés aux oeuvres de ses mains (11). " Voyez-vous que nous donnons nous-mêmes la mesure et que nous posons la cause de notre châtiment? Aussi le Prophète recommence-t-il ses plaintes, ses gémissements et ses larmes parce que les Juifs se nuisaient à eux-mêmes et compromettaient leur salut plus que n'auraient pu le faire leurs plus acharnés ennemis; et quoi de plus malheureux que cela? " Mon peuple, les exacteurs te dépouillent (12). " Il est d'un bon maître d'apporter dans ses paroles de la variété, de ne pas toujours irriter, de ne pas non plus montrer toujours de l'indulgence, mais d'employer tantôt l'un, tantôt l'autre moyen pour que la variété amène mieux l'utilité. C'est pour cela que le Prophète n'accuse pas toujours, mais gémit quelquefois, manière d'accuser qui n'en est que mieux sentie, tout en causant moins de douleur, et ce qu'il y a d'étonnant, c'est qu'une blessure plus profonde cause moins de douleur. Et non-seulement il gémit, mais encore il guérit, autre manière non moins étonnante d'instruire. En quoi consiste-t-elle ? A ne pas blâmer tout le monde ensemble, mais à séparer le peuple de ses chefs et à accumuler les accusations sur la tête de ceux-ci. Ce moyen est si utile que Moïse l'a employé très-souvent. Bien que l'accusation dût retomber sur tous, cependant il ne la dirige que contre les chefs; en effet, Moïse voyant que le peuple surtout était coupable de la prévarication et qu'Aaron ne méritait pas tant de blâme, laisse de côté ceux qui étaient les plus coupables, et s'adresse à celui qui l'était moins, laissant à la conscience de ceux-là le soin de se juger eux-mêmes d'après les reproches faits à celui-ci, et de se condamner à un châtiment plus grand ; et c'est ce qui arriva. Il n'eut plus besoin de parler au peuple ; mais il suffit de ce peu de paroles qu'il avait adressées à Aaron pour contenir, comme un seul homme, une si grande multitude, et. pour l'amener de tant d'audace à une humilité et à une crainte extrêmes. C'est ce que prévoyait Moïse, et c'est pourquoi, à peine descendu de la montagne, il jette les tables de la loi et crie à Aaron : " Que t'a donc fait ce peuple pour que tu en aies fait la joie de ses ennemis? " (Exod. XXXII, 21.)

6. Le prophète Isaïe fait de même et imite (364) ce saint de deux manières. Moïse n'alla pas simplement accuser;

il prit l'extérieur d'une personne affligée et c'est ainsi qu'il accusa. Isaïe l'imite en ces deux choses quand il dit: " Mon peuple, les exacteurs te dépouillent. " Il les accuse et c'est pour paraître témoigner au peuple de la compassion qu'il parle ainsi. Par collecteurs il. paraît désigner les usuriers ;

pour moi, je croirais volontiers qu'il indique les voleurs et les avares, ou, si ce n'est pas ce sens, les receveurs des impôts. Remarquez ici sa prudence. Ce n'est pas qu'il blâme la chose, mais l'abus de la chose. Il ne dit pas en effet exigent ton bien, mais te dépouillent, c'est-à-dire te ravissent ce que tu as, te privent de tout sous prétexte d'impôts. C'est aux moissonneurs qu'il a emprunté cette métaphore. Dépouiller complètement un champ, c'est recueillir après la moisson les épis qui ont échappé aux ouvriers; c'est ne rien laisser sur ce champ. Or, c'est ce que faisaient alors les collecteurs d'impôts, puisqu'ils enlevaient tous les biens et renvoyaient les citoyens dépouillés. " Et les receveurs dominent sur vous. " Et ce qu'il y a de pis, c'est qu'ils ne se sont pas montrés seulement avides de biens, mais qu'ils out porté plus loin leur tyrannie en soumettant à la .servitude les hommes libres. " Mon peuple, ceux qui vous flattent vous trompent. " Ici Isaïe me semble indiquer les faux prophètes, ou ceux qui parlent pour se rendre agréables: ce qui devient la causé d'une corruption extrême. Aussi pour montrer combien cela est nuisible, il ajoute : " Ils rompent le chemin par où vous devez marcher; " c'est-à-dire, ils ne vous laissent pas marcher droit, parce qu'ils vous font dévier, vous découragent et vous ôtent la vigueur. " Mais le Seigneur est prêt à venir vous juger, et c'est son peuple qu'il appellera au jugement; le Seigneur entrera en jugement avec les anciens de son peuple et leurs princes(13)."

Il continue d'employer la même espèce d'accusation, la dirigeant non contre le peuple, mais contre les anciens et les chefs et rendant sa parole plus effrayante. D'un autre côté c'est Dieu qu'il montre jugeant, condamnant, et accusant des maux qu'ils avaient faits au peuple ceux qui lui ont nui. C'est pour cela qu'il dit: "Mais le Seigneur est prêt à venir juger." Comme il a parlé en vain pour accuser puisqu'il s'adressait à des gens qui regardent l'accusation comme chose peu grave et ne se laissent effrayer que par les peines, il dit qu'on ne se bornera pas à accuser, mais qu'un châtiment est réservé au péché ; celui qui condamnera, châtiera lui-même et jugera les prévaricateurs. Ceci nous montre combien Dieu est rempli de charité, puisqu'il consent à entrer en jugement avec eux et qu'il cherche à les confondre, ce qui doit certes causer une grande douleur aux hommes qui auraient conservé leur bon sens. Ce n'est pas seulement pour le motif dont j'ai parlé pins haut qu'il s'adresse aux princes et aux anciens, mais aussi pour apprendre à tous que le jugement des chefs sera plus sévère que celui des sujets. Ceux-ci ne répondront que pour eux-mêmes, ceux-là répondront et pour eux-mêmes et pour le peuple dont ils ont pris la direction ; et ce n'est pas sans raison que les anciens seront soumis à un jugement aussi rigoureux. Car ce que fait l'autorité chez les chefs, l'âge le fait chez les vieillards. Certes le jeune homme qui pèche gravement mérite un châtiment; mais celui à qui l'âge a apporté plus de came, qui m'est plus assiégé par des passions furieuses, mais pour qui il est facile de vivre en sage, et qui peut s'abstenir des choses du siècle, sera justement puni avec plus de sévérité s'il. montre dans un âge avancé la même licence que les jeunes gens.

" Mais vous, pourquoi avez-vous incendié ma vigne, et pourquoi vos maisons sont-elles remplies de la dépouille du pauvre? " Partout Dieu montre le soin qu'il prend des opprimés, soin non moins grand que quand il s'agit de péchés commis contre lui ; bien plus il punit quelquefois plus gravement les fautes contre le prochain. Une femme est-elle adultère, il permet à son mari de la renvoyer:

est-elle infidèle, il ne le permet pas, et cependant la faute d'infidélité est dirigée contre lui, tandis que l'autre n'est dirigée que contre un homme. Si votre sacrifice est prêt, il vous ordonne de le laisser là et de ne pas l'offrir avant que vous ne soyez réconcilié avec votre frère, si vous l'avez offensé. Et quand il juge celui qui devait dix mille talents, après avoir rappelé par combien de fautes il avait été offensé, il ne l'appelle pas même méchant, loin de là il se réconcilie aussitôt avec lui et lui remet toute sa dette; mais pour les cent deniers exigés de son compagnon, il l'appelle méchant serviteur, le livre aux bourreaux et, dit-il, il ne le relâchera que quand il aura payé toute la dette.

7. Et lorsque le Christ lui-même reçut un soufflet, loin de rien faire à l'esclave qui l'avait ainsi frappé, il se contenta de lui répondre avec douceur : " Si j'ai mal parlé, rendez témoignage du mal, mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappez-vous ? " (Jean, XVIII, 23.) Et lorsque Jéroboam voulut saisir le prophète qui le réprimandait, le Seigneur lui paralyser la main, nous enseignant que nous devons lui rendre la pareille, c'est-à-dire supporter avec douceur les injures qui nous sont faites et punir avec force celles qu'on dirige contre Dieu. Aussi, bien que dans sa loi il ait mis en second lieu l'amour du prochain, il le déclare semblable au premier et s'il se montre sévère à exiger l'un, il ne l'est pas moins à exiger l'autre. De l'un il dit : " De tout votre coeur et de toute votre âme ; " de l'autre, " comme vous-même. "

(Mattb. XXII, 37, 39.) Et d'autre part vous pouvez voir en bien des endroits avec quel soin Dieu demande que nous rendions aux autres ce que nous leur devons. Voyez donc ici comme il presse avec force , comme il accuse avec véhémence , comme il recourt à des paroles tres-sévères.

" Mais vous, dit-il, pourquoi avez-vous incendié ma vigne? " Ce qu'auraient fait quelques ennemis barbares et cruels, vous l'avez fait à vos propres concitoyens. Il appelle le peuple sa vigne, parce qu'il l'a beaucoup soigné et entouré de sa divine protection.

Et, pour renforcer l'accusation, il ne dit pas : Pourquoi avez-vous ruiné vos compagnons d'esclavage, votre prochain, vos frères ; mais :

pourquoi avez-vous ruiné mes biens et les avez-vous dissipés ? Ensuite pour montrer de quelle espèce d'incendie il est question, il ajoute : " Pourquoi vos maisons sont-elles remplies de la dépouille du pauvre ? " La grêle ne ravage pas les vignes, comme l'injustice fait l'âme du malheureux et du pauvre qu'elle remplit d'une douleur plus insupportable que la mort. Le vol est toujours un mal, mais surtout quand celui qui en est l'objet se trouve dans la dernière misère. Ce n'est pas seulement pour les blâmer qu'il parle ainsi, riais pour les corriger, en leur mettant sous les yeux le spectacle du vol. Car après ces paroles c'est la vue de la chose mise sous les yeux par une vive peinture qui est le plus propre à pénétrer de componction un pécheur qui n'aurait pas perdu tout sentiment. " Pourquoi opprimez-vous mon peuple (15)? " Il persévère dans le même chef d'accusation , en disant plus haut ma vigne et ici mon peuple. " Pourquoi oeuvrez-vous de confusion la face des humbles? "

Ceux que vous deviez corriger, vous les repoussez; ceux que vous deviez relever, vous les brisez. Car tout en les volant, ils méprisaient les humbles et ils les traitaient plus indignement que des esclaves, joignant l'orgueil à l'avarice et perdant toute prudence par cela seul qu'ils avaient acquis des richesses injustes. A l'avarice vient se joindre la maladie de l'orgueil, et plus on amasse de richesses, plus cette maladie s'accroît. " Voilà ce que dit le Seigneur, le Seigneur, le Seigneur des armées. " De quelles armées est-il question ? Des anges, des archanges, des puissances, et ainsi il élève l'auditeur de la terre au ciel, le fait penser à sa grande puissance, afin que frappé de ce spectacle il produise des oeuvres de sagesse et qu'il voie bien que la patience divine est l'effet non de l'impuissance, mais de la longanimité. " Voici ce que dit le Seigneur : " Parce que les filles de Sion se sont enorgueillies, qu'elles ont marché la tête haute, faisant des signes des yeux et mesurant leurs pas, traînant leurs tuniques en même temps qu'elles frappaient du pied en cadence. Et Dieu humiliera les princesses de Sion et le Seigneur les démasquera en ce jour. Et le Seigneur fera disparaître la gloire de leurs vêtements, leurs parures, leurs tresses de cheveux et leurs rubans de tète, leurs croissants, leurs colliers, les ornements de leurs visages et l'arrangement d'un ornement de gloire , leurs bracelets, leurs anneaux, leurs réseaux, leurs bagues et leurs bracelets du bras droit, leurs pendants d'oreilles , leurs robes de pourpre, leurs manteaux pour la maison, leurs crêpes de Laconie, leurs tissus de lin, leurs étoffes de couleur de jacinthe ou d'écarlate parsemées d'or et de pierres précieuses et leurs vêtements d'été rehaussés d'or. Et au lieu d'un agréable parfum il n'y aura plus que de la poussière et tu te ceindras non d'une ceinture, mais de jonc, et tes cheveux frisés disparaissant ne laisseront qu'une tête chauve à cause de tes oeuvres et au lieu d'une tunique couleur de pourpre tu te couvriras d'un cilice. Telle sera la punition de ton luxe. Et le plus beau de tes fils, celui que tu aimes tombera par le glaive et les puissants d'entre vous tomberont parle glaive et seront humiliés. Et les vases où sont (366) renfermés les fards dont tu relèves ta beauté pleureront et on te laissera seule et tu seras a étendue par terre (16-26). " C’est une chose insolite que le Prophète a fait ici en s'adressant si longtemps aux femmes, ce que nous ne remarquons dans aucun autre endroit des Ecritures. Quelle en est donc la cause?

8. Il me semble qu'en ce temps-là la mollesse des femmes était grande et qu'elles n'ont pas peu contribué à la malice des hommes. C'est pour cela qu'il s'adresse à elles en particulier pour leur reprocher leurs grands crimes, et lorsqu'il commence à leur parler, c'est encore au nom de Dieu. " Voici ce que dit le Seigneur : Parce que les filles de Sion se sont enorgueillies, qu'elles ont marché la tête haute. " Le premier des vices dont il les reprenne, c'est l'orgueil et l'arrogance. Certes ce vice est bien grave partout où il se rencontre, mais surtout quand ce sont des femmes qui s'en rendent coupables. Une femme altière, par cela même qu'elle est plus légère et moins raisonnable, se laisse entraîner facilement, se submerge et fait naufrage, parce que, comme un vent violent, la fierté et l'arrogance la précipitent dans l'abîme. Le Prophète paraît s'adresser aux femmes de Jérusalem; aussi il dit: les filles de Sion. " Elles ont marché la tête haute. " Ici il les raille, en montrant l'orgueil des femmes qui, ne pouvant contenir ceste passion en elles-mêmes, la laissent échapper au dehors et la font paraître dans l'attitude de leur corps. Et cet orgueil ne les rend pas seulement fières, mais encore impures; ce qu'Isaïe va dire et montrer dans ce qui suit. Car il ajoute : " Faisant des signes des yeux; " c'est le propre des femmes qui veulent se faire rechercher de tourner les yeux çà et là, montrant ainsi leur mollesse et leur mauvaise passion : il n'y a pas d'indice plus grand de la mollesse et de l'impureté. " Mesurant leurs pas et traînant leurs tuniques. " Cette accusation est sérieuse bien que peut-être elle ne le paraisse pas; c'est en effet la marque d'une extrême corruption, de la mollesse, de l'impureté, de la dissolution que de traîner sa tunique. C'est ce qu'un écrivain profane reprochait à son adversaire en disant: " Laissant tomber ton manteau jusqu'à tes talons. "

" Frappant ensemble du pied en cadence. " C'est encore la même indécence qui se manifeste. Car il n'est rien, ni les yeux, ni les vêtements, ni les pieds, ni la démarche, rien, dis-je, qui ne puisse manifester soit la vertu, soit le vice. Car les sens sont comme les hérauts de l'âme qui habite en nous. Et de même que les peintres en mélangeant quelques couleurs dessinent toutes les images qu'ils veulent, de même les mouvements des membres de notre corps expriment au dehors et rendent sensibles aux regards les sentiments de l'âme. C'est pourquoi un autre sage dit: " Le vêtement de l'homme, le ris des dents et sa démarche me font connaître quel il est. " (Eccl. XIX, 27.) " Et Dieu humiliera les princesses de Sion et le Seigneur les démasquera en ce jour, et le Seigneur fera disparaître la gloire de leurs vêtements. " A ces deux passions, l'orgueil et l'impureté, il oppose les deux remèdes qui leur conviennent, à l'orgueil l'humiliation , à la recherche de la beauté des habits leur anéantissement. Une guerre arrivera, dit-il, et tout disparaîtra. Les femmes hautaines et orgueilleuses, tout à coup frappées par la crainte, se verront délivrées de leur maladie; quant à celles que la mollesse et le désordre corrompaient, quand elles seront tombées sous le joug de la servitude , elles se délivreront de leur impureté.

Pour donner à sa parole plus de gravité et frapper davantage l'esprit de ses auditeurs, il indique successivement tous ces ornements de femmes, ornements pour les yeux, ornements pour toutes les parties du corps. Il passe ensuite à l'ornementation de leurs maisons. Car non contentes d'orner leurs corps, elles portaient leur honteuse passion jusqu'à orner les murs, et employaient ainsi leurs richesses en dépenses inutiles, elles qui frisaient leurs cheveux, voulaient étendre partout les filets de leur coquetterie. C'est ce qu'il leur reproche en disant qu'il " fera disparaître la gloire de leurs vêtements, leurs parures, leurs tresses de cheveux et leurs grappes. " Leurs grappes, c'est ou bien un ornement de la tête ou bien la forme qu'affectait ce ruban qui retenait les cheveux. " Leurs croissants " :c'était un ornement ressemblant à la lune et qu'on plaçait autour du cou. " Et leurs colliers. " Peut-être désigne-t-il des ornements en forme de faucille. " Et les ornements de leurs visages. " Ici je crois qu'il veut indiquer le fard et les couleurs. " Et l'arrangement d'un ornement de gloire, " c'est-à-dire enchâssé dans l'or. " Et leurs bracelets, " les bijoux en or qui entouraient leurs bras. " Leurs anneaux, " placés (367) autour du poignet. " Leurs réseaux d'or, " autour de la tête. " Leurs bagues et leurs bracelets du bras droit, " ceux qu'on appelle dexiaria. " Leurs pendants d'oreilles, leurs robes de pourpre, leurs manteaux pour la maison, leurs crêpes de Laconie." Telle était leur fureur de libertinage qu'elles ne se contentaient pas de ce que produisait leur pays, mais qu'elles allaient chercher des ornements étrangers et qu'elles les faisaient venir d'au-delà des mers. Car entre la Palestine et la Laconie il y a une grande distance, une mer immense.

9. Ce n'est pas sans raison qu'il a désigné le pays sans indiquer le nom des ornements pour faire voir combien leur luxe dépassait les bornes. " Leurs tissus de lin, leurs étoffes de couleur de jacinthe ou d'écarlate, leurs tissus de lin parsemés d'or et de pierres précieuses et leurs vêtements d'été rehaussés d'or. " Il n'y a rien, soit dans les vêtements, soit dans le reste de la toilette, qui leur ait échappé ; elles avaient épuisé tout luxe, emportées par cette passion tyrannique de l'impureté effrénée.

Mais si, avant les temps de la grâce et de notre religion si parfaite, ces choses étaient déjà blâmées, quel pardon obtiendront ces femmes qui appelées au ciel, à de plus longs combats, à l'imitation des anges, surpassent de beaucoup cette licence et celle même des courtisanes de théâtre?

Et ce qu'il y a de plus triste, c'est qu'elles ne croient pas pécher. Ainsi il nous faut les combattre avec la parole du Prophète. Ce n'est pas seulement contre les juives, mais contre les femmes d'aujourd'hui que sera prononcée cette parole : " Au lieu d'un agréable parfum, il n'y aura plus que de la poussière. " Voyez-vous comment il condamne les parfums et comment il annonce que cette recherche sera punie ? La poussière dont il parle ici, c'est celle que soulevèrent le renversement de la ville et l'incursion des barbares. Ceux-ci détruisirent la ville par le fer et le feu, renversant certaines parties et brûlant les autres. C'est ce que le Prophète prédit en ces termes:

" Au lieu d'un agréable parfum il n'y aura plus que de la poussière et tu te ceindras non d'une ceinture, mais de jonc; " leur mettant sous les yeux le spectacle de la captivité et leur transmigration dans pays des barbares. " Et tes cheveux frisés disparaissant ne laisseront qu'une tête chauve," que leurs cheveux soient tombés par suite de cette catastrophe, ou que l'ennemi les ait fait couper, ou qu'elles se les soient coupés elles-mêmes. Car c'était autrefois la coutume dans le deuil et le malheur de se raser et de se couper les cheveux. Job, par exemple, se fit raser la tête en apprenant le malheur de ses enfants. Et plus loin le Prophète dit qu'elles se revêtiront d'un cilice, et qu'elles gémiront en se coupant les cheveux. Un autre dit aussi : " Arrachez-vous les cheveux, coupez-les entièrement pour pleurer vos enfants qui vivaient dans les délices. " — " Et au lieu d'une tunique de pourpre tu te couvriras d'un cilice." Ne sont-ce pas là des choses terribles et insupportables? Mais pour nous le châtiment ne s'arrêtera pas là; le ver empoisonné, et les ténèbres sans fin nous atteindront. Ces juives endurèrent la captivité, la servitude et des maux extrêmes pour leur parure : car que ce fût là la cause de leur punition et le péché que Dieu poursuivait particulièrement, Isaïe nous l'apprend quand lui-même, après cette énumération, dit, en indiquant la cause: " Telle sera la punition de ton luxe. " Si, dis-je, les juives, pour s'être parées, subirent une telle punition qu'elles virent leur patrie renversée de fond en comble, et qu'après avoir connu de telles délices elles tombèrent dans l'esclavage, la servitude et l'exil, qu'elles furent emmenées sur une terre étrangère, qu'elles périrent par la famine, la peste et mille autres genres de mort, ne voyez-vous pas avec évidence que les mêmes fautes nous attireront des châtiments bien plus graves? Car si nous recevons des honneurs plus grands, nous recevrons aussi des supplices plus graves.

Que si votre toilette ne vous a pas encore attiré ces maux, n'en soyez pas plus fiers. Car voici ce que Dieu fait ordinairement: il châtie un ou deux prévaricateurs pour montrer aux autres quels fléaux les attendent. Et pour rendre plus clair ce que je dis, les habitants de Sodome commirent autrefois d'horribles péchés; ils subirent aussi un épouvantable châtiment quand le feu du ciel les frappa, que leurs villes, les habitants et la terre elle-même furent consumés avec leurs corps. Mais quoi? N'y en a-t-il pas encore après eux qui osèrent commettre les mêmes péchés? Oui, il y en a eu beaucoup et par toute la terre. Pourquoi donc ne furent-ils pas punis de même? Parce qu'ils sont réservés pour une autre punition plus sévère. Dieu n'a pas renouvelé ce châtiment afin que ceux qui auront la même (368) audace, quand même ils n'en subiraient pas la peine ici-bas, sachent bien qu'ils n'échapperont pas. Serait-il raisonnable en effet que ceux qui, avant le temps de la grâce, de la loi, des prophètes, ont péché, souffrissent tant de maux, tandis que les pécheurs qui les ont suivis, après avoir été l'objet d'un si vif amour sans qu'un tel exemple les ait rendus plus sages, ce qui certes aggrave leur péché, éviteraient le châtiment réservé à leurs fautes? Pourquoi donc n'ont-ils pas encore été punis? Pour vous apprendre qu'ils sont réservés à un châtiment bien plus terrible. ,

10. Qu'il y ait des châtiments plus terribles que ceux de Sodome, le Christ nous l'apprend en ces termes : " Il y aura moins à souffrir pour Sodome et pour Gomorrhe au jour du jugement que pour cette ville. " Donc, que les femmes qui se parent aujourd'hui, si elles ne souffrent pas ce que souffrirent les femmes qui se paraient alors, n'en soient pas plus frères. La patience et la longanimité préparent un feu plus ardent et une flamme plus grande. C'est ce qui arriva à Ananie et à Saphire. C'est au commencement de cette époque où l'Evangile se répandit que, coupables de mensonges, ils moururent immédiatement, tandis que par la suite beaucoup qui commirent le même crime ne souffrirent rien. Pourrait-on donc expliquer comment un juge si juste et qui use envers tous de la même mesure punirait ceux qui sont moins coupables, tandis qu'il laisserait échapper ceux qui ont péché plus grièvement? N'est-il pas évident que, puisqu'il a fixé un jour où il doit juger l'univers, il ne retarde le châtiment de ces derniers qu'afin que tant de patience tes rende meilleurs ou que, s'ils persévèrent dans les mêmes fautes, ils n'en soient que plus terriblement châtiés? Lors donc qu'après nos péchés nous ne sommes pas punis comme ceux qui autrefois commirent les mêmes fautes et en subirent la peine, n'en soyons pas plus tranquilles, mais au contraire que notre crainte augmente. C'est pour ainsi dire la promulgation d'une loi de Dieu que leur supplice : il nous avertit tous st nous dit : J'ai puni celui qui a péché dès le principe afin que, si tu pèches après lui, tu saches ce qui t'attend, tu te convertisses et deviennes meilleur. Car aux mêmes fautes sont réservés les mêmes châtiments, bien qu'ils ne suivent pas immédiatement. Ce n'est pas sans motif que je me suis arrêté sur ce passage : car ce mal effrayant a pénétré dans nos maisons, grâce à la mollesse des femmes, je veux dire les raffinements de la toilette qui augmentent les dépenses, qui précipitent dans des prodigalités inopportunes, qui deviennent chaque jour l'occasion de luttes, de discordes, de procès, qui font mourir de faim les pauvres. Car lorsque l'épouse a forcé soir époux à dépenser tout son avoir et même plus pour la honte de son corps (car cet or qui brille sur elles, c'est leur honte), la main ne peut plus s'ouvrir pour l'aumône. Et de là bien d'autres espèces de péchés; mais laissons cela pour que l'expérience l'apprenne à ceux qui s'exposent à ces maux, et parlons de ce qui suit.

Après avoir dit quelle sera la captivité et avoir déclaré qu'elle ne venait que pour punir le luxe effréné ses femmes, il achève la peinture du malheur en disant : " Et le plus beau de tes fils, celui que tu aimes, tombera par le glaive, et les puissants d'entre vous tomberont par le glaive. " Voilà qui est plus effrayant que la captivité : car il est des cas où la vie est plus dure que la mort. Lorsque, outre la captivité, ils auront encore à gémir sur des morts prématurées, imaginez vous quel sera leur malheur, puisqu'une série non interrompue de maux vient ajouter souffrances sur souffrances. S'il n'y avait que la servitude, ce serait déjà un mal insupportable, et lorsqu'un tel malheur arrive à des hommes qui vivaient libres, c'est une vie plus cure que la mort. Mais voici, dit-il, que les deux choses seront réunies. Mais plutôt ne faut-il pas dire que c'est un double, un triple, un quadruple malheur quand c'est un fils, le plus beau d'entre tous, le plus chéri qui meurt, et cela de la main des barbares et non par la loi commune de la nature? Et ajoutez que tous ceux du même âge périront aussi; de sorte qu'ils n'ont plus d'espoir, quant à ce qui regarde du moins le secours et l'aide des hommes. " Et ils seront humiliés. Et les vases où sont renfermés les fards dont tu relèves ta beauté pleureront, et on te laissera seule et tu seras étendue par terre. " Autant de traits qui complètent ce lugubre tableau, inspire la crainte, et rendent plus vive l'anxiété. Le Prophète met sous les yeux les malheurs, il fait la peinture des fléaux, allant partout et recueillant les détails de cette calamité, et cela, à cause de l'insensibilité des auditeurs. Il eût été (369) désirable que, touchées de ces menaces, les filles de Sion se fussent relevées courageusement, pressentant les calamités qui allaient fondre sur elles. Aussi ajoute-t-il (ce qui certes doit faire comprendre leur malheur), qu'elles verront vicies les vases d'or, souvenir de leur ancienne prospérité, afin que cette vue vienne sans cesse leur rappeler leur malheur. Car les malheurs nous font sentir surtout leur aiguillon lorsque nous les mettons en parallèle avec notre félicité d'autrefois, et cette comparaison rend la blessure plus profonde. C'est ce qu'autrefois disait Job dans ses douleurs : " Qui me donnera d'être comme aux jours d'autrefois? " (Job, XXIX, 2.) Et il fait l'énumération de toutes ses richesses, des biens qui affluaient vers lui de toutes parts, des honneurs, des revenus, de tout l'éclat dont il jouissait, afin que cette comparaison montre mieux la gravité des malheurs qui l'accablent. C'est ce que fait le Prophète, quand il parle de ces vases, et que non content d'en parler, il ajoute qu'ils pleurent. Rien de plus éloquent que jette manière de parler qui personnifie les objets inanimés.

Déjà il fait voir les vignes et le vin gémissant, pour mieux toucher ses auditeurs et piquer leur insensibilité. Qu'est-ce à dire : " On te laissera seule? " Tu seras privée, veut-il dire, du secours de tes alliés et de la bienveillance de Dieu, dénuée de toute ta splendeur, entourée de tous côtés par tes ennemis, cernée au milieu des barbares. Ensuite, pour montrer l'excès de son humiliation, il dit : " Et tu seras étendue par terre. " Il ne dit pas, Tu tomberas, ni, Tu seras précipitée, mais c'est à un terme bien plus propre à montrer toute l'étendue de son humiliation qu'il a eu recours.

CHAPITRE QUATRIèME. " EN CE JOUR-Là SEPT FEMMES PRENDRONT UN HOMME ET ELLES LUI DIRONT : NOUS NOUS NOURRIRONS NOUS-MêMES ET NOUS NOUS ENTRETIENDRONS NOUS-MêMES DE VêTEMENTS. AGRéEZ SEULEMENT QUE NOUS PORTIONS VOTRE NOM ET DéLIVREZ-NOUS DE NOTRE OPPROBRE. "

ANALYSE.

Continuation des vengeances de Dieu. Consolante assurance de l'avènement du Messie.

Il veut montrer combien par l'effet de la guerre les hommes seront devenus rares et à quel petit nombre sera réduit le peuple juif.

Car ces femmes ne disent pas qu'elles ont besoin de l'assistance que les femmes reçoivent ordinairement des hommes, elles ne demandent simplement qu'à être délivrées de la viduité, et elles seront contentes. C'est ce que signifie : " Délivrez-nous de notre opprobre. " Car autrefois on considérait la viduité comme un opprobre. " En ce jour Dieu brillera dans le conseil avec gloire sur la terre pour exalter et glorifier ceux d'Israël qui auront été sauvés (2). " Après les avoir effrayés par la menace de malheurs, avoir suffisamment représenté leurs infortunes, et longuement détaillé ces maux terribles, il en vient désormais il parler de choses meilleures. Il est d'un bon médecin non-seulement de couper et de brûler , mais aussi d'adoucir par des remèdes convenables les douleurs que ces opérations ont causées :

c'est ce que fait Isaïe. Il ne dit pas que toute cette histoire aboutira à un triste dénouement, mais que quand les maux auront disparu, les biens viendront à leur tour; et non-seulement les maux cesseront, mais un grand éclat et une grande gloire entourera les survivants d'Israël. C'est ce qu'il entend par " le Seigneur brillera, " sa lumière fera disparaître les ténèbres de la tristesse; ramènera le (370) jour dans tout son éclat, et rendra les Juifs illustres. Ces mots " dans le conseil " nous montrent qu'il le fera avec intelligence, avec la sagesse qui lui convient " Alors tous ceux qui seront restés dans Sion et qui seront demeurés dans Jérusalem seront appelés saints, eux qui auront été écrit, en Jérusalem parmi ceux auxquels Dieu veut conserver la vie (3). "

Pour que vous sachiez que ceux qui ont échappé au danger ne doivent pas leur salut à un pur hasard, mais à la volonté divine qui les a protégés et qui ne les a pas laissés périr au milieu des dangers, il dit : " Ils seront appelés saints tous ceux qui auront été écrits en Jérusalem parmi ceux auxquels Dieu veut conserver la vie; " ceux qui ont été séparés, choisis, marqués pour ne souffrir aucun mal.

Ce n'est pas sans motif qu'il les appelle saints, il veut montrer que ce qui les a sauvés, ce n'est pas simplement le choix qui a été fait d'eux, ni simplement la volonté de Dieu, mais aussi leur vertu, soit celle qui a précédé, soit celle qui devait suivre ces calamités. Quoique quelques-uns fussent déjà bons et vertueux, néanmoins ces événements devaient les rendre meilleurs et plus vigilants encore. Car de même que l'or jeté au feu perd toute souillure, de même les justes deviennent plus justes dans les épreuves, parce qu'ils y laissent tout ce qui pouvait leur rester de tiédeur. " Parce que le Seigneur lavera les souillures des fils et des filles de Sion, et les purifiera du sang qui est au milieu d'eux, par un esprit de justice et par un esprit d'ardeur (4). " Isaïe me paraît indiquer ici une double purification : d'abord ils seront punis pour leurs péchés, et ensuite ce châtiment les rendra plus parfaits pour l'avenir. J'appelle sang de Jérusalem, les meurtres, les injustes massacres. Puis, pour aggraver l’accusation, il dit : " Qui est au milieu d'eux. " Car ce n'était pas en cachette qu'ils répandaient le sang, mais ils dépassaient en cruauté les brigands, et ceux qui tendent leurs embûches sur les grandes routes. Ceux-ci choisissent pour leurs forfaits l'obscurité de la nuit et un lieu désert; mais ceux-là commettaient leurs iniquités sur les places publiques, au milieu de la ville, dans les tribunaux mêmes. Mais cette souillure, dit-il, la guerre l'enlèvera. Dans le temps de la prospérité il justifie les malheurs passés, envoyés, dit-il, pour laver, pour purifier, pour brûler et faire disparaître toute tache, pour les relever de la honte que faisaient peser sur eux tant de fautes et de meurtres. Mais que veulent dire ces mots : " Par un esprit de justice et par un esprit d'ardeur? " Il continue la métaphore des métaux soumis à l'action du feu.

De même que dans cette opération l'air entrant avec force dans le creuset excite la flamme, donne aux charbons plus d'activité et ôte ainsi toute souillure aux métaux; de même la colère divine et l'incursion des ennemis a été pour la ville comme un feu, non comme un feu qui fait périr, mais un feu qui brûle, qui purifie, qui châtie, qui corrige. Car ces mots : " esprit de justice, " veulent dire esprit de punition, de châtiment, de vengeance. — " Et le Seigneur viendra. " Par sa présence, il entend son action. " Et voici que la montagne de Sion tout entière, " avec tout ce qui l'entoure, sera couverte d'une nuée pendant le jour, et pendant la nuit comme d'une fumée et de la lumière d'un feu qui brûle ; car Dieu protégera ce lieu de toute sa gloire. Ce sera une ombre qui défendra contre la chaleur pendant le jour, ce sera une retraite et un lieu caché pour mettre à couvert des tempêtes et de la pluie (5, 6). "

Ce qu'il désigne par nuage, c'est ce bien-être que procure la cessation des maux; par le feu il entend la présence de Dieu et la consolation qu'elle apportera. En effet, ce qu'est un nuage dans la chaleur, un feu brillant l'est dans l'ombre et l'obscurité d'une nuit profonde. L'un fait disparaître la chaleur, l'autre l'obscurité. Aussi le Prophète compare la gloire de Dieu à l'éclat du feu et la cessation des maux à l'ombre d'un nuage. Puis pour montrer que ce n'est pas peu à peu et à mesure que les maux disparaîtront, mais que ce changement aura lieu tout à coup, au moment où les dangers seront le plus pressants, pour que cette circonstance même leur apprentie que ce n'est pas le hasard quia produit cette amélioration, mais la puissance d'en-haut, il ajoute: "Comme un feu qui brûle pendant la nuit, ainsi se fera le changement. Ce sera comme une ombre pendant le jour. " Quelle ombre sera-ce? le secours et l'aide de Dieu. qui, comme une ombre dans la chaleur, comme un toit ou sine caverne pendant un violent orage, met à l'abri : quiconque s'y réfugie : la protection de Dieu ne permet pas que ceux-là souffrent aucun mal, même pendant une guerre aussi désastreuse, ceux-là, dis-je, que dès le principe elle aura voulu sauver.

CHAPITRE CINQUIèME. 1. " JE CHANTERAI A MA VIGNE BIEN-AIMéE LE CANTIQUE DE MON BIEN-AIMé. ".

ANALYSE.

1. Comparaison d'Israël avec une vigne stérile. Le prophète intitule sa prophétie cantique, bien qu'il n'ait que des reproches à faire, des menaces à lancer; pourquoi cela ?

5. Malheur à ceux qui s'enivrent !

6. Malheur aux pécheurs endurcis, aux menteurs, aux contempteurs, à ceux qui appellent bien ce qui est mal, et mal ce qui est bien !

1. Après avoir effrayé les Juifs par la menace d'affreux malheurs, les avoir réjouis par l'annonce de grands biens, et avoir usé envers eux de divers traitements, le Prophète recommence son discours, et cela d'une manière qui ressemble au début de la prophétie. De même que dans ce début, il a rappelé les bienfaits de Dieu à leur égard, en disant : " J'ai engendré des fils et je les ai élevés; " et que leur remettant devant les yeux les iniquités qu'ils ont osé commettre, il ajoute . " Ils m'ont méprisé; " et encore : " Israël ne m'a pas connu, et mon peuple ne m'a pas compris ; " de même ici, en termes différents, il est vrai, mais avec des pensées identiques, Isaïe nous montre la même chose que d'abord. Mais pourquoi, puisqu'il va accuser, appelle-t-il cantique son accusation? Moïse a eu raison de donner ce nom au chant qu'il avait compost; avec Marie, puisque c'était un chant de victoire; il a eu raison de commencer en ces termes : " Chantons un hymne au Seigneur, parce qu'il a fait éclater sa grandeur et sa gloire, en précipitant dans la mer le cheval et le cavalier. " (Exod. XV, 1.) Et Débora, après cette merveilleuse victoire et ce triomphe inattendu, eut raison de faire entendre ce chant de triomphe et de rapporter à Dieu toute la gloire. (Jug. V.) Mais Isaïe va accuser, office qui réclame un langage véhément, un ton ferme et sévère, et cependant il nous annonce qu'il va chanter, et il intitule cantique ses reproches. Mais il n'est pas le seul à agir ainsi : Moïse, le grand Moïse, qui avait composé un cantique triomphal, composa aussi, pour reprendre les Juifs, ce long cantique rempli de reproches, où il est dit : " Est-ce là ce que vous rendez au Seigneur? Ce peuple est fou et insensé (Deut. XXXII, 6) ; " puis il accumula les accusations et ordonna que le peuple le chanterait, et nous aussi nous le chantons encore à présent.

Pourquoi donc ont-ils avec des reproches composé un cantique ? Ils ont en cela fait preuve de sagesse spirituelle, et ils voulaient procurer un grand bien aux âmes de leurs auditeurs. Car comme il n'y a rien de si utile que le souvenir continuel de ses péchés, et que rien ne produit un souvenir aussi durable que le chant, voulant éviter que des accusations trop souvent répétées ne décourageassent les Juifs et ne les portassent à fuir le souvenir continuel de leurs iniquités, le Prophète a déguisé la honte de ce souvenir sous le chant de l'hymne ; pour adoucir cette douleur qu'ils n'auraient pu supporter, il a composé des cantiques afin que forcés par leur désir de chanter, forcés, dis-je, de les répéter sans cesse, ils s'en souvinssent sans cesse et que le souvenir continuel de leurs péchés leur fût comme une leçon continuelle de vertu. Vous savez que la (372) plupart des hommes ne connaissent pas même de nom le reste des saints Livres, tandis que tous ont sans cesse à la bouche et le livre des psaumes et les cantiques dont nous parions: ainsi l'expérience même nous montre combien les chants sont utiles. C'est pourquoi le Prophète dit ici : " Je chanterai à ma vigne bien-aimée le cantique de mon bien-aimé. A ma vigne bien-aimée le cantique, " je chanterai au sujet de mon bien-aimé. Je chanterai pour lui, dit-il, et je prendrai pour sujet de mes chants ou lui-même ou ce qui se rapporte à lui. Comment se fait-il qu'étant sur le point d'accuser ce peuple, il l'appelle une vigne chérie et bien-aimée ? Ne vous en étonnez pas. Certes, il ne saurait débuter par une accusation plus grave que de leur reprocher de n'être pas devenus meilleurs , après avoir reçu de Dieu tant de marques d'affection. C'est ce qu'un autre prophète donne à entendre en ces termes: " J'ai trouvé Israël comme des grappes de raisin dans le désert et leurs pères comme les premières figues sur un figuier (Osée, IX, 10); " il indique par le choix de ces fruits combien ils étaient aimables et remplis de bonnes qualités, non sans doute par leur propre vertu, mais par la bonté de Dieu. Ce qu'il dit, le voici en d'autres termes: Je l'ai aimé, comme celui qui trouve une grappe de raisin dans le désert, ou une figue de prémices sur un figuier. Ces comparaisons, il est vrai, ne sont pas dignes de Dieu, mais elles sont bien appropriées à leur gourmandise. " Et pour eux, ajoute-t-il, pour eux qu'il poursuivait de tant d'amour, ils se sont détournés de lui et ont été trouver Béelphégor. " C'est en ces termes qu'il s'adresse à ce peuple chéri et bien-aimé, montrant aux Juifs que Dieu a tout fait pour eux, sans même qu'ils eussent commencé les premiers, Dieu les ayant encore prévenus. Et loin de se montrer ensuite dignes de ce bienfait, leurs œuvres n'ont montré que leur ingratitude. " Mon bien-aimé avait une vigne plantée comme sur une corne , en un lieu fertile. " Par ce mot de vigne il montre toute sa sollicitude et ses soins pour eux.

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