Stromates — Livre I (page 2)

Clément d'Alexandrie · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — stromates1/11/12/13/14.htm — trad. de Genoude 1839 · 11 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Et c'est Dieu qui a donné à l'Église, les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, d'autres comme pasteurs et docteurs, afin qu'ils travaillent à la perfection des saints, aux fonctions de leur ministère, à l'édification du corps de Jésus-Christ. Je sais quelle est la faiblesse des réflexions qui composent ce recueil, si on les compare à cet esprit plein de 10 grâce dont nous avons été jugés dignes d'entendre les paroles; mais ce recueil sera une image qui rappellera le modèle à celui dont l'esprit en aura été vivement pénétré ; car, il est dit, parle à un sage, et il deviendra plus sage ; et celui qui possède recevra plus encore. Toutefois ce recueil ne promet pas une explication suffisante de nos saints mystères ; il s'en faut de beaucoup qu'il la donne ; il promet seulement de nous les rappeler, soit que nous les ayons parfois oubliés, soit afin que nous ne les oublions plus. Je le sais, beaucoup de choses, pour n'avoir pas été écrites, nous sont à la longue sorties de la mémoire. Aussi pour obvier à la faiblesse de la mienne, je me suis fait une exposition divisée par chapitres, et voilà pourquoi j'ai adopté cette forme donnée à mon ouvrage. Bien des choses nous ont échappé ; car l'élévation de ces saints personnages était merveilleuse : beaucoup d'autres, pour n'avoir pas été notées, se sont, avec le temps, effacées de notre mémoire. Il en est encore dont le souvenir est fort affaibli et presque éteint. Il n'est pas facile de rendre compte de ce travail à ceux qui n'en ont pas l'expérience. Mais en réveillant ces souvenirs, ainsi que je le fais, j'omets plusieurs choses à dessein, pour ne pas écrire ce que je me suis gardé de dire, non par envie, ce qui serait coupable, mais dans la crainte que mes lecteurs, prenant peut-être mes paroles dans un autre sens que le sens véritable, ne viennent à faillir, et qu'on puisse m'accuser, comme dit le proverbe, d'offrir une épée à un enfant. Car ce qui est écrit est écrit, et demeure quand même on ne le publierait pas ; et ce que vous avez une fois écrit et qui ne change pas vous reproduit toujours les mêmes choses quand vous les consultez ; car ces choses manquent nécessairement du secours ou de celui qui les a écrites, ou de celui qui a marché sur ses traces. Il en est aussi que je ne désignerai qu'à mots couverts. J'insisterai davantage sur les unes; je me contenterai de faire mention des autres; je m'efforcerai de me faire entendre sans rien dire, de manifester en me servant d'un voile, de montrer en me taisant. Je rapporterai les opinions émises par les hérétiques les plus célèbres, et je leur opposerai tout ce qui 11 existait avant la révélation prophétique. Nous prendrons pour point de départ la création du monde, et pour guide la sainte et glorieuse tradition ; nous exposerons ce qui résulte de la simple contemplation de la nature : nous purgerons ainsi la terre de toute épine et de toute mauvaise herbe, à la manière du laboureur qui veut planter une vigne. Le prélude d'un combat est aussi un combat, et les études qui précèdent les mystères sont aussi des mystères. Nous ne craindrons pas dans ce recueil d'emprunter à la philosophie et aux traditions qui la précèdent ce qu'elles renferment de plus beau.

« Car, nous dit l'apôtre, il est juste, non seulement de se faire juif à cause des Hébreux et de ceux qui vivent sons la loi, mais encore de se faire grec à cause des Grecs, afin de les gagner tous. »

Il écrit encore dans l'épitre aux Colossiens :

« Avertissons tous les hommes et instruisons-les en toute sagesse, afin de rendre tous les hommes parfaits en Jésus-Christ. »

La forme de contemplation convient à ce genre d'ouvrage. Le trésor des saines doctrines peut être comparé à l'assaisonnement mêlé à la nourriture d'un athlète. Ce n'est pas qu'il y prenne plaisir, mais il ranime en lui l'appétit, c'est-à-dire l'amour de la gloire. Ainsi, en chantant, nous corrigeons, mais sans violer la loi de l'harmonie, ce qu'il y a de trop tendu dans les sons graves de notre voix. Et de même que ceux qui veulent haranguer le peuple, le font souvent par la bouche d'un crieur, afin que les choses qu'ils veulent dire soient mieux entendues; ainsi ferons nous dans ce recueil. C'est à de nombreux auditeurs que nous devons communiquer la doctrine de la tradition. C'est pour cela, certes, qu'il nous faut employer les opinions et le langage qu'ils ont coutume d'entendre. Par ce moyen nos auditeurs seront amenés plus sûrement à la vérité. Et, pour tout dire en un mot, de même que parmi la foule des petites perles, il n'y en a qu'une de remarquable, et parmi les nombreux poissons que l'on pèche, il n'y a qu'un callionyme ; ainsi avec lei temps, du travail, la vérité seule apparaitra, surtout si l'on trouve un bon guide. La plupart des biens viennent d'en haut par le canal des hommes. Sans doute, nous tous qui 12 jouissons de la vue, nous envisageons les objets qui se rencontrent devant nos yeux; mais chacun de nous les envisage sous un jour différent. Ce n'est pas d'un même œil que le cuisinier et le pasteur regardent la brebis. L'un n'a souci que de savoir si elle est grasse, l'autre si elle a une épaisse toison. Que celui qui a besoin de nourriture tire le lait de la brebis ; que celui qui manque de vêtements lui enlève sa toison. Ainsi puisse me profiter ce qu'il y a de bon chez les Grecs. Je ne pense pas qu'il soit aucun livre assez heureux pour se produire sans éprouver de résistance et de contradiction ; mais il faut regarder comme conforme à la raison le doctrine qu'il faut admettre ne sont pas celles qui ne sont pas attaquées, mais celles qui le sont sans raison. De ce que d'une chose, on n'en fait point son principal but, il ne suit pas qu'on la néglige, mais on agit en quelque sorte comme inspiré par la divine sagesse ; on se plie et on s'accommode à toutes les circonstances. Car l'homme qui possède la vertu n'a plus besoin de la route qui mène à la vertu; et l'homme qui se porte bien, n'a pas besoin de rétablir ses forces. Et de même que les laboureurs arrosent d'abord la terre, et l'ensemencent ensuite; ainsi, parce qu'il y a de bon dans les écrits des Grecs, nous arrosons ce qu'il y a de terrestre, afin que ce sol reçoive la semence spirituelle qu'on y jette, et qu'il puisse facilement la nourrir.

Les Stromates contiendront la vérité qui se trouve mêlée aux dogmes de la philosophie, ou plutôt que ces dogmes recouvrent et enveloppent, comme la coquille renferme ce qu'il y a de bon ù manger dans la noix. Il ne convient, selon moi, qu'à ceux qui sèment la foi d'en conserver toutes les semences. Je n'ignore pas ce que répètent partout certains esprits ignorants et craintifs ; ils disent qu'il ne faut se livrer qu'à l'étude des choses les plus nécessaires, et qui sont le principe de la foi ; mais qu'il faut négliger les choses étrangères et superflues qui nous fatiguent en vain et qui nous arrêtent à des soins entièrement inutiles pour le salut. Il en est d'autres qui veulent que la philosophie soit entrée dans la vie pour le mal- 13 heur et pour la perte des hommes, et qu'elle soit l'invention de quelque malin esprit. Mais comme le vice est mauvais de sa nature et ne peut jamais rien produire de bon, je montrerai, bien qu'indirectement, dans tous mes livres des Stromates, qu'il n'en est pas ainsi de la philosophie, qu'elle est aussi en quelque sorte l'œuvre de la providence divine.

Il prévient l'objection de ceux qui le blâmeraient d'avoir inséré dans ses ouvrages de nombreux fragments de la philosophie grecque.

A l'égard de mes livres qui, selon la nécessité du moment, ont reproduit les opinions des Grecs, je me contente de répondre en ces termes à ceux qui aiment à critiquer. D'abord, la philosophie fût-elle inutile, s'il est nécessaire de prouver son inutilité, elle est par le même motif utile. Ensuite ou n'a pas acquis le droit de condamner les Grecs si on ne s'est attaché qu'à la lettre de leurs doctrines, sans être préalablement descendu dans l'examen de chacune de ces doctrines. Car, la réfutation qui s'appuie sur l'expérience est la seule digne de la foi la plus entière ; la connaissance des choses que l'on a condamnées tient alors lieu de la démonstration la plus complète. En outre, il est beaucoup de choses qui, bien qu'inutiles au salut, ornent les discours de celui qui enseigne. Et d'ailleurs, l'érudition du maitre qui cite les principaux dogmes des Grecs, le recommande à la confiance de ses auditeurs ; elle fait naitre l'admiration dans l'esprit des catéchumènes et les prépare à l'intelligence de la vérité. Or, le charme de cette admiration qui amène les esprits studieux à la vérité, et que le vulgaire décrie, les convaincra que la philosophie ne corrompt nullement la vie humaine, bien qu'elle soit la cause de beaucoup de vices et d'erreur. Aussi quelques écrivains assurent à tort qu'elle est la vive image de la vérité et un don fait aux Grecs par Dieu même ; on les convaincra en outre que nous ne nous 14 laissons pas entrainer loin de la foi par la philosophie, comme si nous étions fascinés par les prestiges de quelque art trompeur, mais que, pour ainsi dire, couverts d'un rempart plus solide, nous trouvons dans cette étude le moyen de donner à notre foi une démonstration plus entière. Bien plus, du contact de deux dogmes contraires que l'on compare entre eux, jaillit la vérité; et de là une connaissance plus certaine. Car la philosophie ne s'est pas produite d'elle-même et pour elle-même ; elle n'existe que pour les fruits que l'on retire de la science, parce que la science des choses découvertes par l'esprit de l'homme affermit en nous la confiance que nous sommes dans la vérité. Je ne dirai pas que c'est à dessein qu'on a caché les semences de la science dans ces Stromates qui réunissent en un seul ouvrage les fragments nombreux de diverses doctrines. De même que l'homme passionné pour la chasse, après s'être mis en quête de l'animal qu'il veut atteindre, après en avoir découvert la piste et suivi les traces, après avoir lancé ses chiens sur lui, le prend enfin et le tue ; ainsi la vérité parait douce à celui qui l'a cherchée longtemps et qui l'a découverte avec peine. Mais pourquoi vous a-t-il paru bon de disposer ainsi vos commentaires? Parce qu'il est fort dangereux de révéler les mystères de la véritable philosophie à ceux qui, hardiment et à tout propos, veulent parler contre tout, et sans raison, et qui prodiguent les noms les plus grossiers, se trompant eux-mêmes, et éblouissant les yeux de ceux qui les entourent.

« Car les hébreux demandent des miracles, comme dit l'apôtre, et les gentils cherchent la sagesse. »

Contre les sophistes et les prôneurs de la science inutile. La foule des gens de cette sorte est nombreuse. Les uns, esclaves des plaisirs, et d'avance refusant de croire, se rient de la vérité digne de tant de respect, et se font un jeu de ce qu'ils nomment son origine barbare. Les autres, enflés d'eux-mêmes, s'efforcent de découvrir dans nos paroles des sujets de calomnie contre elle ; ils élèvent des disputes sur tout; ils cherchent des subtilités, ils usent à l'envi des plus petits moyens, querelleurs et pointilleux sur des riens, comme dit l'Abdéritain. Leur langue est pleine de volubilité, dit un poète, elle profère mille paroles de toutes sortes, et en fait partout une grande distribution. Et ailleurs : Il te faut entendre réponse à ce que tu as dit. Enflés de leur art, les malheureux sophistes, débitant a toute heure leurs propres mensonges, et travaillant pendant leur vie entière à choisir des mots, à donner à leur style une tournure particulière, à arranger leurs phrases, se montrent plus bavarda que des cigales; ils caressent, ils flattent d'une manière peu convenable à des hommes, les oreilles de ceux qui les écoutent. Ce sont des fleuves et non de simples ruisseaux de paroles stériles, ils ressemblent à de vieilles chaussures. Tout est faible en eux et sans consistance, ils n'ont de bon que la langue. L'athénien Solon les a très bien caractérisés lorsqu'il les attaque en ces termes :

La langue est tout pour vous, vous ne songez qu'aux paroles qui séduisent; les actes ne vous importent nullement. Chacun de vous suit les traces du renard, et vous avez tous l'esprit vide et frivole.

C'est ce que nous donne à entendre cette parole du Sauveur :

« Les renards ont des tanières, mais le fils de l'homme n'a point où reposer sa tête. »

Car c'est sans doute en celui qui croit, en celui qui a été entièrement séparé de ceux que l'Écriture nomme bêtes sauvages, que se repose la tête de celui par 16 qui tout existe,

« le Verbe doux et bienfaisant qui surprend les sages dans leurs propres artifices ; car le Seigneur pénètre seul les pensées des sages, et il en connait la vanité. »

L'Écriture donne ainsi le nom de sages aux sophistes qui ne s'occupent que de mots et d'arts futiles. C'est de là que les Grecs eux-mêmes se sont aussi, par dérivation, servis a la fois du nom de sages et du nom de sophistes, pour désigner ceux qui se livrent avec ardeur à quelque étude que ce soit. C'est pourquoi Cratinus, faisant dans les Archiloques le dénombrement des poètes, dit :

Vous avez bien examiné ce qu'étaient les sophistes? Pareillement, le comique Jophon dit des rhapsodes et d'autres encore, dans Les joueurs de flûte et les satyres :

« Une foule nombreuse de sophistes fit invasion chez nous. »

C'est d'eux et de tous ceux qui, à leur exemple, se sont livrés à l'étude stérile d'une vaine éloquence, que l'Écriture dit avec raison :

« Je détruirai la sagesse des sages, et je rejetterai la science des savants. »

Les arts humains ne sont pas moins sortis de la main de Dieu que la science des choses divines.

Homère donne à un simple artisan le nom de sage, c'est ainsi qu'il s'exprime sur un certain Margites :

« Les dieux n'en firent ni un cultivateur ou fossoyeur, ni un sage en quoi que ce soit ; il ne réussit en aucun art. » Hésiode, après avoir dit que Linus le joueur de harpe était versé dans toutes sortes de sagesses, ne craint pas de nommer sage un matelot. Il ne montre, écrit-il, aucune sagesse dans la navigation. Que dit le prophète Daniel :

« Les sages, les mages, les devins et les augures ne peuvent découvrir au roi le secret dont il s'inquiète; mais il est un Dieu dans le ciel qui révèle les mystères. »

Ainsi Daniel salue du nom de sages les savants de Babylone. Ce qui prouve clairement que l'Écri- 17 ture enveloppe sous la même dénomination de sagesse toute science ou tout art profane, enfin tout ce que l'esprit de l'homme a pu concevoir et imaginer, et que toute invention d'art ou de science vient de Dieu ; ajoutons les paroles suivantes, elles ne laisseront aucun doute :

« Et le Seigneur parla à Moïse en ces termes : Voilà que j'ai appelé Béséléel, fils d'Uri, fils de Hur, de la tribu de Juda, et je l'ai rempli d'un divin esprit de sagesse, d'intelligence et de science, pour inventer et exécuter toutes sortes d'ouvrages, pour travailler l'or et l'argent, et l'airain, et l'hyacinthe, et le porphyre, et le bois de l'arbre qui donne l'écarlate, et pour exécuter tous les travaux qui concernent l'architecte et le lapidaire, et pour travailler les bois, etc. »

Dieu poursuit de la sorte jusqu'à ces mots :

Puis il se sert d'une expression générale pour résumer ce qu'il vient de dire :

« Et j'ai mis l'intelligence dans le cœur de tous les ouvriers intelligents; »

c'est-à-dire, dans le cœur de tous ceux qui peuvent la recevoir par le travail et par l'exercice. Il est encore écrit d'une manière formelle, au nom du Seigneur :

« Et toi, parle à tous ceux qui ont la sagesse de la pensée, et que j'ai remplis d'un esprit d'intelligence. » Ceux-là possèdent des avantages naturels tout particuliers; pour ceux qui font preuve d'une grande aptitude, ils ont reçu une double mesure, je dirai presque un double esprit d'intelligence. Ceux même qui s'appliquent à des arts grossiers, vulgaires, jouissent de sens excellents. L'organe de l'ouïe excelle dans le musicien, celui du tact dans le sculpteur, de la voix dans le chanteur, de l'odorat dans le parfumeur, de la vue dans celui qui sait graver des figures sur des cachets. Mais ceux qui se livrent aux sciences ont un sentiment spécial par lequel le poète a la perception du mètre; le rhéteur, du style; le dialecticien, du raisonnement ; le philosophe, de la contemplation qui lui est propre. Car, c'est à la faveur de ce sentiment ou instinct qu'on trouve et qu'on invente, puisque c'est lui seul qui peut déterminer l'application de notre esprit. Cette application s'accroit à raison de l'exercice continu. L'apôtre a 18 donc eu raison de dire que

« la sagesse de Dieu revêt mille formes diverses, »

puisque que pour notre bien elle nous révèle sa puissance en diverses occasions et de diverses manières, par les arts, par la science, par la foi, par la prophétie. Toute sagesse vient donc du Seigneur, et elle est avec lui pendant tous les siècles, comme le dit l'auteur du livre de la sagesse :

« Si tu invoques à grands cris l'intelligence et la science, si tu la cherches comme un trésor caché, et que tu fasses avec joie les plus grands efforts pour la trouver, tu comprendras le culte qu'il faut rendre au Seigneur, et tu découvriras la science de Dieu. »

L'écrivain sacré la nomme ainsi pour la distinguer de la science philosophique; science que d'ailleurs il nous invite en termes pompeux et magnifiques à chercher avec soin, pour avancer dans la connaissance du vrai culte et croître dans la piété envers Dieu. En regard de cette science philosophique, il a mis l'intelligence des devoirs qu'impose la piété, voulant ainsi désigner la science de la vraie religion, et il s'explique en ces termes :

« Car, de la bouche du Seigneur se répandent à la fois le don de la sagesse et le don du savoir et de la prudence, et ce sont des secours que le juste amasse comme un trésor ; » car, ceux que la philosophie éclaire trouvent un secours caché qui est mis en réserve comme un trésor ; c'est elle qui les conduit au vrai culte et à la piété envers Dieu.

La philosophie est la servante de la théologie. Interprétation de l'histoire de Sara et d'Agar.

Avant la venue du Seigneur, la philosophie était nécessaire aux Grecs pour les conduire à la justice ; maintenant encore elle est utile pour les conduire à la véritable religion ; elle sert d'instruction préparatoire à ceux dont l'esprit ne s'ouvre à la foi qu'après une démonstration préalable. Ton pied, dit l'Écri- 19 ture, ne chancellera pas, si tu rapportes à la providence divine tout ce qui est bon en toi, soit que tu le tiennes de la philosophie grecque ou de nos saints livres. Dieu est le principe de toutes les choses bonnes; des unes immédiatement comme l'ancien et le nouveau Testament ; des autres secondairement, comme la philosophie. Peut-être même la philosophie a-t-elle été donnée aux Grecs au même titre que l'Écriture, avant que le Seigneur les appelât; car elle aussi, elle a été un maitre qui, de même que la loi pour les Hébreux, a conduit les Grecs comme des enfants à Jésus-Christ. La philosophie est donc une étude préparatoire ; c'est elle qui ouvre la route à celui que Jésus-Christ mène à la perfection.

« Entoure ta sagesse d'un rempart, dit Salomon, et elle t'élèvera, et elle ornera ta tête d'une couronne d'honneur et de joie; » lorsque tu auras élevé autour d'elle les murailles de la philosophie, et que, pour leur donner une plus forte assiette, tu n'auras rien épargné de ce que la vertu te permet, tu la conserveras inaccessible aux sophistes. Sans doute la vérité n'a qu'une voie ; mais d'autres ruisseaux lui arrivent de divers côtés, et se jettent dans son lit comme dans un fleuve éternel. Aussi Dieu nous dit :

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