Stromates — Livre I (page 3)
« Écoute, mon fils, et reçois mes paroles, afin que de nombreuses routes s'ouvrent devant toi dans la vie ; car je te montre les voies de la sagesse, afin que les sources ne tarissent pas, »
les sources qui jaillissent du sol même. Le saint roi compte en cet endroit plusieurs voies de salut pour un seul juste, c'est ce qu'il fait entendre par ces paroles :
« Les voies des justes brillent comme la lumière. »
Les préceptes et les instructions préparatoires sont aussi des chemins et des ressources pour entrer dans la vie.
« Jérusalem, Jérusalem, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule ses petits ? »
Or, Jérusalem veut dire vision de la paix ; le Seigneur nous déclare donc d'une manière prophétique que ceux qui seront admis à contempler en paix les saints mystères, auront été préparés comme des enfants à cette sublime vocation. Quoi donc ? le Seigneur a voulu, mais il n'a pas pu ? Combien de fois et dans quel lieu ? Deux fois, par les 20 prophètes et par sa venue. Ce mot, combien de fois, prouve donc que la sagesse divine prend des voies diverses, et que, par tous les moyens, quelle qu'en soit la forme particulière ou le nombre, elle nous sauve non-seulement pour le temps, mais pour l'éternité;
« car l'esprit du Seigneur remplit l'univers. »
Que si l'on nous objecte ce passage de l'Ecriture :
« Ne prête pas l'oreille aux paroles de la femme perverse, car les lèvres de la courtisane distillent le miel »; et que l'on prétende, en forçant la signification des mots, que, par la courtisane, l'Écriture désigne la science des Grecs ; que l'on écoute le verset qui vient ensuite :
« Selon le temps, ses paroles sont onctueuses comme l'huile. »
Or, la philosophie ne flatte pas. De quelle courtisane l'Écriture veut-elle donc parler? Elle la fait assez connaître lorsqu'elle ajoute :
« Les pieds de la folie conduisent aux enfers après leur mort ceux qui l'écoutent; ses démarches sont changeantes et ne laissent pas de traces. »
Éloigne-toi de la folle volupté ;
« ne te tiens pas auprès de la porte de sa maison, de peur qu'elle ne livre ta vie aux étrangers. »
L'Écriture ajoute à l'appui de ses préceptes :
« Tu te repentiras ensuite dans ta vieillesse, lorsque tes forces seront éteintes et ton corps épuisé ; »
car telle est la fin des folles voluptés, ainsi vont les choses. Mais lorsque l'Écriture nous dit :
« Ne reste pas longtemps auprès de l'étrangère, »
elle nous conseille de faire usage de la science humaine, mais de ne pas nous y arrêter ; car les dons intellectuels qui ont été faits à chaque nation en temps convenable, sont pour elles toutes une instruction préalable, qui les disposait à recevoir le verbe du Seigneur. Cependant il y a des hommes qui, séduits par les charmes trompeurs des études préparatoires, qui ne sont que les servantes, ont dédaigné la maîtresse du logis, c'est-à-dire la philosophie, et ont vieilli, les uns dans la musique, les autres dans la géométrie ; d'autres dans la grammaire, la plupart, dans l'art oratoire. De même que les études encyclopédiques sont des degrés utiles pour arriver à la philosophie qui est leur souveraine, de même aussi la philosophie est une aide pour acquérir la vraie sagesse; car la philosophie est un 21 exercice préparatoire ;
mais la sagesse est la science des choses divines et humaines, et des causes. La sagesse est donc la maitresse de la philosophie, comme celle-ci est la maitresse des études préparatoires ; car, si la philosophie fait profession de pratiquer la continence dans l'usage des sens, et s'il est beau de l'embrasser pour elle-même, elle paraitra plus auguste et s'élèvera plus haut, si on l'embrasse pour honorer Dieu et arriver à sa connaissance. L'Écriture va nous fournir un témoignage pour confirmer ce que nous venons de dire : Sara, la femme d'Abraham, était depuis longtemps stérile; comme elle n'enfantait pas, elle permit à Abraham de s'approcher de sa servante Agar, l'égyptienne, pour en avoir des enfants. Ainsi donc la sagesse, qui est la compagne du fidèle, c'est-à-dire d'Abraham qui fut réputé fidèle et juste, était encore stérile et sans enfants, puisqu'elle n'avait produit aucun fruit de vertu. Elle voulait donc avec raison que celui qui marchait déjà dans la voie du progrès s'approchât d'abord de la science mondaine (l'Egypte est le symbole qui représente le monde), et qu'ensuite s'approchant d'elle, la sagesse, selon la volonté de la providence divine, l'épouse légitime, il engendrât Isaac. Or, Philon prétend que le mot Agar signifie habitation voisine; car il est dit à ce propos :
« Ne reste pas longtemps auprès de l'étrangère. »
Philon ajoute que le mot Sara signifie l'autorité dont je dépends. Toutes les études préparatoires peuvent donc conduire à la sagesse qui occupe le trône et par laquelle se multiplie la race d'Israël ; il est montré par là que la sagesse divine est un bien qui s'acquiert ; c'est à elle qu'Abraham est parvenu, en passant de la contemplation des choses célestes à la foi et à la justice qui se rapportent à Dieu. Or, Isaac veut dire celui qui n'a pas eu d'autre maitre que lui-même; c'est pour cela qu'on le regarde comme la figure du Christ. Il fut le mari d'une seule femme, Rebecca, dont le nom signifie patience. On dit que Jacob lutta contre plusieurs adversaires, comme l'indique son nom qui veut dire : Qui s'exerce. Or, on ne trouve à s'exercer qu'au milieu du conflit des différentes doctrines, c'est de la que Jacob reçut 22 un autre nom, le nom d'Israël, qui signifie véritable voyant, parce qu'il fut éclairé par une longue expérience et par de longues épreuves. Ces trois aïeux du peuple juif nous offrent encore une autre interprétation, c'est que le sceau d'une science forte et solide résulte de la nature, de la doctrine et de la pratique. Thamar nous présente encore une autre image du principe que nous posons, Thamar qui vint s'asseoir à l'entrée d'un carrefour, et fit croire qu'elle était une courtisane. Juda, qui possédait l'amour de la science (son nom signifie qui peut), qui n'a rien laissé sans l'examiner, sans l'étudier à fond, considéra Thamar et s'approcha d'elle, mais sans cesser de confesser Dieu. C'est par le même motif que voyant la jalousie de Sara contre Agar, qui était plus honorée que sa maîtresse, Abraham aussi qui n'avait pris dans la philosophie humaine que ce qu'elle renferme d'utile, dit à Sara :
« Voilà ta servante entre tes mains, fais d'elle ce que tu voudras ; »
comme s'il disait : j'ai pris la science du siècle comme la plus jeune et comme une simple servante ; mais votre science je la respecte et l'honore comme la vraie maîtresse. Et Sara affligea l'Égyptienne ; c'est comme s'il y avait : la corrigea et la réprimanda. Il a donc été dit avec raison :
« Mon fils, n'oublie pas les enseignements de Dieu ; ne te rebute pas devant ses réprimandes ; car le Seigneur châtie celui qu'il aime. Tous ceux de ses enfants qu'il recevra dans le ciel, il les frappe ici-bas. » Envisagés sous un autre jour, les passages des Écritures dont nous venons de parler, présentent l'explication d'autres mystères; mais ils peuvent aussi très-bien signifier que la philosophie est la recherche de la vérité et de la nature des choses ; et la vérité c'est Dieu lui-même, ainsi qu'il l'a dit : Je suis la vérité. Ils nous font aussi comprendre que les doctrines qui précèdent le repos dont le Christ est le centre, exercent l'esprit et éveillent l'intelligence, en faisant naître une ardeur et une sagacité propres à rechercher la vérité avec l'aide de la véritable philosophie que les initiés dans les choses saintes ont trouvée, ou plutôt qu'ils ont reçu" de. la vérité elle-même.
C'est l'éducation, non la nature, qui le plus souvent nous rend vertueux. La science est d'un grand secours pour nous porter à la vertu.
Cette ardeur est d'un grand secours pour s'élever à la contemplation des choses qu'il faut étudier. Or, les choses perceptibles à l'intelligence sont de trois natures différentes : Les quantités distinctes, les quantités continues, et les pensées à formuler par la parole. L'ensemble de preuves qui en résulte produit dans l'esprit de l'auditeur une foi si solide, qu'il n'a pas même la pensée que ce qu'on lui a démontré puisse être autrement ; et l'effet est d'empêcher que le néophyte ne succombe aux séductions des sophistes. Ainsi donc, par ces études préalables, l'âme se dégage des sens, s'embrase, se purifie, afin de pouvoir tôt ou tard pénétrer jusqu'à la vérité. Cette éducation de l'esprit, ces heureuses connaissances que l'on conserve créent de bonnes natures, qui vont toujours s'améliorant pour en produire d'autres encore meilleures qu'elles-mêmes, ainsi qu'il arrive dans la reproduction des autres êtres. Voilà pourquoi il est dit :
Paresseux, va vers la fourmi, et deviens plus sage qu'elle. Durant la moisson, elle met en réserve, pour braver les menaces de l'hiver, une abondante nourriture, composée de provisions de toute espèce ; ou bien encore : Va vers l'abeille, vas apprendre quelle est son ardeur au travail ; elle-même, dépouillant de leur suc toutes les fleurs de la prairie, en forme un seul rayon. Mais, si vous priez dans votre chambre, pour obéir au Seigneur, qui nous a dit de l'adorer en esprit, ce n'est plus seulement de l'administration de votre maison que vous devez vous occuper, c'est de l'administration de votre âme. Il faut examiner ce que vous lui donnerez, quand et comment vous le lui donnerez ; quelles choses vous lui tiendrez en réserve ou vous amasserez en elle; car ce n'est pas la nature, mais l'éducation qui nous rend bons et 24 honnêtes, comme elle fait les médecins et les pilotes. Tous, nous voyons également la vigne et le cheval; mais le laboureur sait si la vigne peut ou non produire, et le marchand de chevaux reconnait facilement si le cheval qu'il a devant les yeux est lent ou rapide.
Sans doute les résultats obtenus dans certaines études par ceux qui tiennent de la nature des facultés supérieures, nous montrent qu'il est des hommes dont l'esprit est naturellement plus propre que d'autres à la vertu; mais ils ne prouvent nullement que la perfection de la vertu se trouve dans ces organisations privilégiées, puisque ceux même qui sont doués d'une nature contraire à la vertu parviennent à la pratique des vertus les plus éminentes, s'ils obtiennent et reçoivent les enseignements convenables ; tandis que, d'autre part, ceux dont la nature était propre a la vertu tombent dans le vice par le défaut d'éducation et par la négligence. En nous créant, Dieu a mis en nous les principes de la justice et nous a faits pour la société ; mais ce n'est pus à dire pour cela que le juste se forme par l'effet seul de ce don originel. Il faut admettre que l'éducation fait jaillir en nous les étincelles de bien que le Créateur y a déposées; notre âme apprenant d'un maitre à choisir le bien et à le préférer au mal. Mais de même que sans étude on peut être fidèle, de même sans être instruit de la foi on peut comprendre tout ce qu'elle enseigne. Ce n'est pas la foi pure et simple, mais la foi appuyée sur la science, qui sait admettre les saines doctrines et rejeter les mauvaises. Mais si l'on m'objecte que l'ignorance et le défaut d'instruction donnent, aussi bien que la science, l'intelligence des choses divines et humaines, je répondrai : De même que l'on peut bien vivre dans la pauvreté, on peut également bien vivre au milieu des richesses. Et nous disons encore qu'avec le secours d'une instruction préalable, on s'avance plus rapidement et plus facilement dans la carrière de la vertu, bien qu'on puisse arriver au terme sans un pareil secours. Mais que ne peuvent pas ceux qui ont été pourvus de ce secours, et qui ont l'intelligence plus exercée !
« Les contestations allument la haine, dit Salomon, mais la science garde les voies de la vie ; afin que nous ne soyons ni 25 trompés, ni circonvenus à notre insu par les artifices de ceux qui ne cherchent qu'à perdre leurs auditeurs. Quiconque dédaigne la science, erre ça et là. »
Il faut donc étudier la dialectique pour repousser les arguments captieux des sophistes. Et Anaxarque, surnommé l'heureux, a eu raison d'écrire dans son livre de la Royauté :
« Une grande érudition peut être fort utile à celui qui la possède ; elle peut également lui être fort nuisible. Elle est utile à celui qui en est digne ; elle est nuisible à celui qui la prodigue à la foule, sans choix et sans retenue. Il faut savoir parler à propos ; telle est la fin de la sagesse. Mais tous ceux qui haranguent sur les places publiques, leur bouche prononçât-elle les choses les plus sensées, ne sont pas réputés sages ; ils font acte de folie. »
« Les muses donnaient au poète la fécondité, l'inspiration, la voix retentissante. » Il entend par la fécondité, l'abondance des paroles ; par la voix retentissante, la force et la véhémence ; et par l'inspiration divine, l'expérience du vrai philosophe, la connaissance de la vérité.
La philosophie ouvre à l'homme une route vers le ciel. Elle n'est pas particulière à une secte, mais éclectique.
Il est donc évident que les études préparatoires des Grecs nous viennent de Dieu avec la philosophie elle-même, non pas comme but principal, mais comme les eaux de la pluie qui tombent indistinctement sur la bonne terre, sur le fumier et sur le toit des maisons. L'herbe et le froment poussent de la même manière ; le figuier croit même sur les tombes ; et s'il est quelque arbre encore plus hardi, il s'élève aussi. Et ces productions du hasard ont quelquefois plus d'apparence que les véritables, car elles participent également aux bienfait de la 26 pluie ; mais elles n'ont pas le même privilège que les productions nées dans le sol fertile, puisqu'elles sèchent et qu'on les arrache. La parabole de la semence, expliquée par notre Seigneur, revient très-bien à notre sujet. Le seul laboureur du champ qui est dans l'homme, c'est celui qui, depuis la création du monde, répand d'en haut les semences nutritives, celui qui, dans tous les temps, a fait pleuvoir sur les hommes le verbe divin. Mais la différence des temps et des sols qui l'ont reçu est la cause des différences qui se trouvent entre les productions sorties du même germe. Et d'ailleurs le laboureur ne sème pas seulement du froment (bien qu'il en existe de plusieurs sortes), il sème encore de l'orge, des fèves, des pois, et la graine des légumes et des fleurs que l'on cultive dans les jardins. C'est la même agriculture qui s'occupe des plantations, des jardins et des vergers, enfin, des soins qui font naître et qui nourrissent toutes sortes d'arbres. De même il n'y a pas seulement la science de faire paître les brebis; il y a encore celle de faire paître les bœufs, celle de nourrir et de dresser les chevaux et les chiens, celle d'élever les abeilles ; et pour tout dire en un mot, celle de soigner les troupeaux et de nourrir les animaux ; toutes sciences qui diffèrent plus ou moins les unes des autres, mais qui sont toutes utiles à la vie d'ici-bas. Je ne donne le nom de philosophie, ni à la doctrine stoïcienne, ni à celle de Platon, ni à celle d'Épicure, ni à celle d'Aristote ; mais seulement au choix qui se compose des meilleures maximes professées par chacune de ces écoles sur la justice, la science et la piété. Tout ce que les sophistes ont pris à la philosophie humaine en l'altérant, je n'en ferai jamais l'ouvrage de Dieu. Voyons ceux qui n'ont pas la science de bien vivre : il leur arrive par fois de faire le bien ; mais il en est qui marchent avec connaissance de cause vers la parole de vérité, comme vers un but. Or, Abraham n'a pas été justifié par ses œuvres, mais par sa foi. Ainsi donc, toutes leurs bonnes œuvres ne leur serviront de rien pour le salut, s'ils n'ont pas eu la foi. Dieu a permis que les saintes Écritures fussent traduites en grec, afin de leur ôter tout pré- 27 texte d'avoir ignoré la vérité qu'il leur était facile de connaitre, il leur suffisait de le vouloir. Autre chose est d'entendre discourir quelqu'un sur la vérité, autre chose est d'entendre la vérité s'expliquer elle-même. Autre chose est d'avoir une conjecture sur la vérité, autre chose est de la posséder; autre chose est l'image, autre chose est la réalité. Il est une science qui s'obtient par le travail ; il en est une qui est le fruit de la foi. La doctrine qui nous enseigne la piété est un don, comme la foi est une grâce ; dès lors que nous faisons la volonté de Dieu, nous la connaissons.
« Ouvrez-moi donc, dit l'Écriture, les portes de la justice, afin que j'y entré et que je célèbre le Seigneur. » Mais les voies qui mènent à la justice sont nombreuses et variées (car Dieu, dans sa bonté, emploie divers moyens pour sauver les hommes), et tous nous conduisent à la voie et à la porte du Seigneur. Si vous demandez la voie royale et avouée par Dieu même, il vous sera répondu :
« Voici la porte du Seigneur, c'est par elle que les justes entreront. »
Toutes les portes de la justice aboutissent à celle qui mène au Christ, et dans laquelle tous les bienheureux sont entrés et ont marché selon la sainteté et la science. Saint Clément, dans son épitre aux Corinthiens, fait en ces termes l'énumération des différentes voies que suivent ceux que l'Église honore :
« Que l'un soit simple fidèle, qu'un autre sache expliquer les vérités saintes ; que celui-là soit habile dans le choix des paroles ; que celui-ci étonne par ses œuvres. »
L'art du sophiste, et généralement tous les arts qui ne traitent que des mots, ne doivent pas être regardés comme utiles.
L'art du sophiste, art dont les Grecs ont toujours fait le plus grand cas, est une puissance factice qui agit sur l'imagination, et qui par la multitude des paroles produit l'erreur et la donne pour la vérité. La rhétorique pour convaincre, la dispute pour 28 l'emporter dans une discussion, voilà ses moyens. Les arts qui ne sont pas unis à la saine philosophie sont funestes à quiconque veut s'en servir. C'est pourquoi Platon dit positivement que la sophistique est un art pernicieux. Aristote est du même avis; il déclare qu'elle est l'art de tromper, puisqu'elle usurpe les fonctions de la sagesse, et qu'elle se donne pour la sagesse elle-même, à l'étude de laquelle elle ne s'est jamais livrée. La rhétorique a pour principe ce qui est probable; pour moyen, l'argument ; pour fin, la persuasion : l'art de la dispute a pour principe ce qui est vraisemblable ; pour moyen, la discussion ; pour fin, la victoire. La sophistique aussi a pour principe le vraisemblable, mais son mode est double : l'un rentre dans la rhétorique, et emploie la forme du discours suivi ; l'autre rentre dans la dialectique, et emploie la forme interrogative ; sou but est l'admiration, l'étonnement. Enfin cette dialectique tant vantée dans les écoles, n'est qu'un exercice philosophique sur des choses d'opinions, dans la vue de contredire et de se rendre habile dans la dispute. C'est donc avec raison que le grand apôtre, exprimant son mépris pour ces arts inutiles qui ne s'occupent que des mots, a dit :
« Si quelqu'un ne se rend point aux saines paroles, c'est qu'il est enflé de quelque vaine doctrine, orgueilleux qui ne sait rien, mais dont l'esprit malade s'arrête à des questions et à des disputes de mots, d'où naissent les contestations, les jalousies, les médisances, les mauvais soupçons, les vaines disputes des hommes dont l'intelligence est dépravée, et qui sont privés de la vérité. »
Vous voyez comment l'apôtre les traite; il nomme maladie cette dialectique dont se glorifient les sophistes grecs ou barbares qui se plaisent dans cette loquacité si dangereuse. Ces paroles que le poète tragique Euripide met à la bouche d'un de ses personnages, dans les Phéniciennes, sont dignes de remarque : « Un discours contraire à la justice est malade au fond; il a besoin des remèdes de la sagesse. » La parole du salut est appelée parole saine, parce qu'elle est elle-même la vérité. Or, ce qui est toujours sain est immortel. Mais tout ce qui s'en éloigne est impiété et maladie mortelle, 29 Ces sophistes sont des loups ravissants, couverts de la peau des brebis, des hommes qui trafiquent de leurs semblables, d'éloquents séducteurs ; ils volent en secret, et il est facile de convaincre de vol ces hommes qui mettent tout en œuvre pour s'emparer par ruse et par force de ceux qui n'aiment pas leur vain partage et qui n'ont pas leur habileté. Écoutez ce que dit un poète tragique :
« Il arrive souvent qu'un homme qui n'a pas le don de l'éloquence produit avec un discours fort de raisons moins d'effet qu'un homme éloquent. De nos jours on couvre d'un fleuve de paroles les choses les plus vraies, afin d'empêcher la vérité d'apparaitre. » Ainsi font ces sophistes ergoteurs, soit qu'ils suivent les opinions d'une secte, soit qu'ils s'exercent à je ne sais quelle misérable dialectique. « Ce sont eux, dit l'Écriture, qui enlèvent du métier la trame du tisserand ; mais ils n'en ourdissent pas ; » ils s'épuisent en efforts inutiles dans le travail que l'apôtre appelle
« malice et adresse propre à jeter dans les pièges de l'erreur. Car, il y en a plusieurs, dit-il encore, qui ne veulent point se soumettre, qui s'occupent à conter des fables et à séduire les âmes. » Il n'a donc pas été dit à tous :
« Vous êtes le sel de la terre. »