Stromates — Livre IV (page 13)
Que veulent donc les Pythagoriciens, quand ils recommandent de prier à haute voix? Leur semble-t-il que Dieu ne puisse entendre ceux qui prient à voix basse ? Je n'en crois rien ; ils pensent que des prières, prononcées sans rougir devant un nombreux concours d'assistants, tic manqueront pas d'être justes. Quant à nous, nous traiterons un peu plus tard de la prière, lorsqu'il en sera temps. Nous devons faire des œuvres qui crient vers le Seigneur, ou
« nous souvenir que nous marchons en plein jour. »
— « Que vos œuvres brillent. »
— « Voici l'homme, et ses œuvres le précèdent. Car voici Dieu et ses œuvres. »
Il faut que le Gnostique imite Dieu, autant qu'il lui est possible. Ne me souvient-il pas que les poètes, dans leurs écrits, nomment les élus des êtres semblables aux dieux en beauté ; ici, ils les font descendre d'une race divine; là, ils sont les égaux de Dieu ; plus loin, ils leur donnent une sagesse rivale de celle de Jupiter ; ils ont te prudence des dieux ; ce sont des êtres pareils aux dieux; que vous dirai-je, sinon que l'on reconnaît dans ces diverses qualifications le plagiat de ces paroles de Moïse :
« A l'image et à la ressemblance de Dieu ? »
« Des ailes d'or sont attachées à mes épaules ; j'ai chaussé le brodequin ailé des Sirènes. Ainsi porté dans les airs, je traverserai les plaines du ciel, et j'irai m'entretenir avec Jupiter. »
363 Pour moi, je supplierai l'esprit du Christ de me transporter dans ma Jérusalem chérie. Les Stoïciens aussi disent,
« qu'à proprement parler, il n'y a d'autre cité que le ciel; que les cités d'ici-bas ne sont pas des cités véritables. Elles en portent le nom; la réalité leur manque. »
En effet, une cité me représente une chose bonne ; un peuple, une agrégation d'hommes vertueux, une multitude gouvernée par la loi, comme l'Église par le Verbe. La cité indestructible, que l'ennemi ne peut assiéger, que la tyrannie ne peut opprimer, c'est la volonté de Dieu s'accomplissant sur la terre comme dans le ciel. Les poètes nous donnent quelques traits de cette cité dans leurs ouvrages. Ces cités hyperboréennes, ces plaines d'Arimaspe, ces Champs-Élysées sont les républiques des justes. Nous savons aussi que
« la république de Platon est placée dans le ciel comme un modèle idéal. »
(2) Mesure de capacité chez les Grecs. Le cotyle répondait à notre demi-setier.
(3) Platon, Apologie de Socrate.