Stromates — Livre VI (page 2)
Lysias répétera dans ses Orphiques : « Il devint manifeste qu'il était le frère de l'or plutôt que des hommes. »
Homère ayant dit : « O mon ami, si, en nous dérobant aux chances de la guerre, nous devions toujours vivre affranchis de la vieillesse et de la mort, tu ne me verrais point ici combattre au premier rang, ni t'envoyer toi-même au milieu des hasards qui font les héros. Mais puisque mille morts nous menacent, auxquelles il est impossible d'échapper, marchons, et illustrons-nous par la mort de quelque noble ennemi, ou donnons la gloire à quelque combattant par notre trépas ; » Théopompe écrit :
« Si, en nous dérobant au danger présent, il nous était permis de passer le reste de nos jours dans une inviolable sécurité, notre attachement à la vie n'aurait rien qui pût surprendre. Mais tant de périls menacent d'ailleurs notre existence, qu'il paraît plus désirable de succomber dans les combats. »
Mais quoi ! le sophiste Chilon, ayant prononcé cette sentence :
« Cautionne, mais le malheur est là ; »
Épicharme ne l'a-t-il pas reproduite sous ces termes : « La caution est la fille de la ruine, et mère de l'amende? »
ll y a plus ; le médecin Hippocrate ayant écrit :
« Il faut tenir compte du temps, de la contrée, de l'âge et des maladies ; »
Euripide dit dans ses Hexamètres : 478 « Ceux qui veulent opérer de sûres guérisons, ne doivent entreprendre la cure d'une maladie qu'après avoir étudié le pays et les mœurs de ses habitants. » Ailleurs, si Homère nous avertit « Qu'il n'est au pouvoir d'aucun homme d'échapper à la mort ; » Archinus en prendra occasion d'écrire que
« la mort est une dette qu'il faut payer, un peu plus tôt, un peu pus tard.» Démosthène dira aussi :
« La mort est pour tout homme le terme de la vie ; on n'échappe point à ses coups, même en se renfermant dans le secret de sa maison. »
Hérodote, ayant raconté au sujet du Spartiate Glaucus que la Pythie avait répondu :
« Pour Dieu, dire et faire sont la même chose,»
Aristophane a dit : « La pensée et l'acte ne sont qu'une même chose. » Et avant lui on trouvera dans Parménide d'EIée :
« Penser et être ne sont qu'une même chose, » Platon ayant écrit:
« Nous démontrerons, non sans quelque raison peut-être, que la vue est le commencement de l'amour, que l'espérance le développe, que la mémoire le nourrit, et que l'habitude l'entretient; » le poète comique Philémon, reproduit cette pensée comme il suit : « Nous commençons par voir; arrive ensuite l'admiration, puis la contemplation, puis enfin l'espérance. De tout cela nait l'amour. » Démosthène ayant dit :
« Tous les hommes sont condamnés à mourir, etc, » Phanoclès écrit dans le livre intitulé, Les Amours, ou la Beauté :
« La trame qu'ourdissent les Parques est inévitable : nul moyen de nous y dérober, tous tant que nous sommes sur la terre. » Si Platon a dit :
« Dès que le premier germe d'une plante éclot régulièrement, l'embryon renferme en lui-même ses conditions de développement et de maturité ; »
« La nature veut que les sucs d'une plante sauvage, une fois sa première saison écoulée, ne puissent plus s'adoucir. »
Ce passage d'Empédocle : 479 « J'ai été autrefois un jeune garçon, une fille, un arbuste, un oiseau et un poisson des mers, »
a fourni ces mots à Euripide dans son Chrysippe : « Rien de ce qui nait, ne meurt ; dans la perpétuelle mobilité de la nature, les objets se reproduisent sous des formes nouvelles. »
Platon veut-il, dans sa République, la communauté des femmes? Euripide d'écrire dans le Protésilas: « Que la couche de l'hymen soit donc commune. » Euripide lui-même ayant écrit : « Le nécessaire suffit à l'homme tempérant ; » Épicure dit formellement : « La richesse la plus grande est de savoir se contenter du nécessaire. » Aristophane n'a pas plus tôt écrit : « Sois juste ; avec la justice arrivent la stabilité, le repos et le calme de la vie; » Voilà qu'Epicure nous dit sur ses traces : « Le fruit le plus important de la justice est l'exemption de toute espèce de trouble. » Ces nombreux exemples, qui attestent le penchant des Grecs à se dérober mutuellement le fond des pensées, suffiront, et audelà, pour porter la lumière dans l'esprit de quiconqueest capable de comprendre. Mais ils ne se contentèrent pas de s'approprier avec le fond de la pensée, l'expression qui la rend, ou de paraphraser leur plagiat, ainsi que nous le démontrerons. Nous allons de plus les convaincre de vols complets. Ils dérobèrent des ouvrages tout entiers qu'ils publièrent sans scrupule sous leur nom. Ainsi firent Eugamon de Cyrène pour un livre en entier des Thesprotes, volé à Musée; Pisandre de Camira, pour l'Héraclée du Lyndien Pisinus, et Panyasis d'Halicarnasse, pour la Conquête de l'Œchalie, que l'on doit à Cléophile de Samos. Homère lui-même, ce grand poète, a pris mot pour mot, dans la Mort de Bacchus par Orphée, le fragment de l'Iliade qui débute ainsi : « Semblable à un olivier touffu, que la main du jardinier cultive avec soin, etc. » 480 Ce qu'Orphée, dans sa Théogonie, applique à Saturne, « Il est étendu sur la poussière, sa tête et son cou robuste inclinés, comme ceux d'un homme que le sommeil de la mort a déjà saisi, etc. ; » Homère le transporte dans l'Odyssée, pour en faire la peinture du cyclope. Hésiode aussi a dérobé textuellement au poète Musée le fragment sur Mélampous, qui commence par ces mots : « Il est juste que l'homme prête l'oreille au récit de ce qu'ont fait les dieux, témoignage visible de bien et de mal.
»
Le poète Aristophane a introduit, dans la Première célébration des Thesmophories, les vers de la comédie des Incendiés par Cratinus. Platon-le-Comique et Aristophane dans le Dédale, se sont pillés mutuellement.
Philémon, après avoir opéré quelques changements dans une ingénieuse comédie d'Aristophane, a fait du Cocale de ce dernier son Enfant supposé. Plus loin les compilateurs Eumélus et Acusilas démembrent les vers d'Hésiode ; et, ainsi réduits en prose, ils les publient comme leur propre ouvrage. Mélésagore est effrontément pillé par les historiens Gorgias de Léontium et Eudème de Naxos, par Bion de Proconnèse, qui de plus a copié en l'abrégeant l'histoire du vieux Cadmus ; et par Amphiloque, Aristocle, Léandre, Anaximène, Hellanique, Hécatée, Androtion et Philochore. Dieuchidas de Mégare a dérobé à la Deucalionie, d'Hellanique le commencement du discours par lequel elle débute. Passons sous silence les larcins d'Héraclite d'Ephèse, qui a pris la meilleure partie de son ouvrage dans Orphée. C'est dans Pythagore que Platon a puisé le dogme de l'immortalité de l'âme; Pythagore le tenait des Égyptiens. Un grand nombre de Platoniciens nous ont laissé des écrits dans lesquels il prouvent que les Stoïciens et Aristote ont pris à Platon ses principaux dogmes. Il y a plus. Ce qui constitue le fond de la doctrine d'Épicure, ce philosophe l'a dérobé à Démocrite. Contentons-nous de cette rapide nomenclature. La vie ne me suffirait pas, si je voulais entrer spécialement dans tous les larcins qu'un vain amour de soi inspira aux Grecs, et démontrer comment leur ridicule jactance s'ap- 481 proprie à titre de richesses nationales les plus beaux dogmes qu'ils ont recus de nous.
Pour établir de nouveau que les Grecs ont tout dérobé aux Hébreux, l'auteur prouve qu'ils ont transporté dans leur histoire et leur mythologie les miracles racontés, par les saintes Écritures.
Les voilà donc convaincus d'avoir dérobé aux Barbares leurs dogmes. Mais ils ne s'en tiendront pas la; les merveilles surprenantes que la puissance divine opéra parmi nous, par l'instrument de quelques justes, pour notre sanctification, vont se dénaturer et alimenter la mythologie de la Grèce. Ici nous leur demanderons d'abord : Les faits que vous racontez sont-il vrais ou faux ? Ils n'oseront jamais en proclamer la fausseté. Comment espérer qu'ils confessent de leur propre bouche une folie qui va jusqu'à inventer des chimères ? Ils soutiendront sans doute que ces écrits portent le cachet de la vérité. A quel titre, dès-lors, repoussent-ils comme indignes de foi les miracles opérés par Moïse et par les autres prophètes ? En effet, le Dieu tout-puissant, dont la bonté veille sur tous les hommes, les conduit au salut, les uns par les préceptes, les autres par les menaces; ceux-ci par les prodiges et les miracles, ceux-là par de consolantes promesses.
Une longue sécheresse avait affligé la Grèce. Dans la stérilité et la disette qui en furent la suite, ceux que la faim avait épargnés se rendirent en suppliants à Delphes pour y demander à la prêtresse par quel moyen ils pourraient se délivrer du fléau. — Point d'autre remède que de recourir aux prières d'Éaque, telle fut la réponse de la Pythie. Éaque cède aux instances qui lui sont adressées. Le voilà qui gravit une montagne de la Grèce, étend vers le ciel ses mains purifiées, et, invoquant le père commun des hommes, le conjure de venir en aide à la Grèce désolée. Il n'a pas plutôt cessé de prier, que des coups de tonnerre d'un heureux augure se font entendre, et l'air qui 482 l'environne se couvre d'épais nuages. La pluie s'en échappe par torrents prolongés qui remplissent le pays tout entier. De là naît une récolte abondante sur une terre qu'ont labourée les supplications d'Éaque.
« Et Samuel cria vers le Seigneur, dit l'Écriture ; et le Seigneur fit éclater son tonnerre et tomber la pluie an temps de la moisson. » Êtes-vous bien convaincu maintenant qu'il est un, le Dieu qui, par l'intermédiaire des puissances inférieures, « fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes ? » Nos saintes Ecritures sont pleines d'exemples qui représentent Dieu exauçant toutes les prières qui lui sont adressées par la bouche des justes l Les Grecs rapportent encore que les vents étésiens venant autrefois à manquer, Aristée offrit un sacrifice à Jupiter isthmien dans l'île de Céos. Le désastre était grand. Les productions de la terre étaient déjà consumées par l'excès de la chaleur, dans l'absence des vents qui avaient coutume de rafraîchir les moissons, lorsqu'Aristée obtint facilement le Pendant l'invasion de la Grèce par Xerxès, la Pythie de Delphes rendit cet oracle :
« Habitants de Delphes, sacrifiez aux vents et tout ira mieux pour vous. » Les Delphiens, dociles, érigèrent un autel, offrirent un sacrifice aux vents, et les obtinrent pour auxiliaires. En effet, les vents ayant soufflé violemment dans les parages du cap Sépiade, brisèrent le formidable armement de la flotte ennemie.
Empédocle d'Agrigente fut surnommé Kolysanémas. (3) On raconte qu'un vent impétueux, qui non-seulement apportait des maladies pestilentielles, mais de plus frappait de stérilité le sein des femmes, étant venu à souffler de la montagne d'Agrigente, Empédocle arrêta le fléau. Voilà pourquoi il écrit lui-même dans ses vers : « Tu suspendras la colère des vents Infatigables qui se précipitent sur la terre et dessèchent les campagnes. »
Et ailleurs :
« Tu remplaceras à ton gré les vents par d'autres vents. »
Il marchait toujours, accompagné, dit-on, d'une troupe de gens qui consultaient l'avenir ou qui avaient été longtemps en proie à des maladies cruelles. Vous le voyez, ce sont nos saintes Écritures qui ont enseigné aux Grecs que les justes guérissent les maladies et opèrent des signes et des prodiges. Leur fol là-dessus n'a pas d'autre fondement. Veulent-ils se convaincre que des vertus ou des puissances gouvernent les vents et distribuent les ondées? qu'ils écoutent le chant du Psalmiste: « Que vos tabernacles sont aimables, ô Seigneur des puissances !» C'est du Seigneur des puissances, des dominations et des principautés, que Moïse nous dit, pour nous apprendre à ne point nous séparer de lui : « Ayez soin de circoncire votre cœur, et ne vous endurcissez pas davantage, parce que votre Seigneur est aussi le Seigneur des seigneurs et le Dieu des dieux ; le Dieu grand et puissant, etc... » Isaïe dit également : « Levez les yeux et considérez qui a créé toutes choses. »
De là l'opinion de quelques-uns qui attribuent les pestes, la grêle, les tempêtes et autres fléaux semblables, non pas seulement au désordre des éléments, mais à la colère des démons ou des mauvais génies. Les mages de Cléones, dit-on, observent attentivement la nature des nuées, et quand ils en aperçoivent qui vont s'ouvrir pour verser la grêle, ils conjurent par des sacrifices et des chants la colère et les menaces des mauvais anges. Les victimes viennent-elles à leur manquer ? Ils font jaillir de leur doigt un sang qu'ils offrent en sacrifice. La prophétesse Diotime, en conseillant aux Athéniens de sacrifier avant l'invasion de la peste, recula de dix ans l'arrivée de la contagion. De même, les sacrifices que prescrivit le Crétois Épiménide retardèrent pendant le même espace de temps la guerre dont les Perses menaçaient la Grèce. Que l'on nomme ces âmes des dieux ou des anges, peu importe, disent quelques-uns. En effet, les hommes les plus versés dans cette doc- 484 trine, ont placé dans beaucoup de temples presque tous les cercueils des morts comme autant de statues des dieux, donnant à leurs âmes le nom de génies et enseignant aux hommes à les honorer d'un culte spécial, parce que la Providence, pour les récompenser de la pureté de leur vie, les a investies du pouvoir de parcourir la région qui environne la terre et de veiller aux besoins des hommes. Ils savaient que certaines âmes sont enchaînées par leur nature dans les liens du corps; mais cette question trouvera sa place, quand nous parlerons des anges. Démocrite fut surnommé la Sagesse pour avoir prédit souvent l'avenir par l'observation des phénomènes célestes. Son frère Damasus lui ayant prodigué tous les soins d'une bienveillante hospitalité, fut promptement payé de sa tendresse.
Démocrite lui annonça, d'après l'inspection des astres, une pluie violente et prolongée. Ceux qui crurent à ses paroles se hâtèrent de recueillir leurs moissons; et l'été n'était point achevé qu'elles étaient déjà dans leurs granges. Les incrédules, surpris par une pluie soudaine et sans interruption, perdirent toutes leurs récoltes.
Pourquoi donc les Grecs refuseraient-ils de croire que Dieu apparut dans sa gloire sur le Sinaï pendant qu'une flamme enveloppait la montagne sans consumer aucune des plantes qui la couvraient, et que les éclats de la trompette ébranlaient les airs sans le secours d'aucun instrument ? La descente de Dieu sur la montagne n'est pas autre chose que l'arrivée de la puissance divine, qui parcourt le monde tout entier et annonce la lumière inaccessible. Tel est le sens allégorique de l'Ecriture. Au reste, la flamme mystérieuse fut vue, selon le témoignage d'Aristobule, lorsque le peuple qui ne comptait pas moins d'un million d'hommes, sans y comprendre ce qui n'avait pas atteint l'âge de la puberté, se pressait autour de la montagne ; et le circuit du Sina n'avait pas moins de cinq jours de marche. Tout ce peuple, qui campait autour du lieu où se manifestait la vision, aperçut donc les flammes qui couronnaient la montagne. Dès lors l'apparition divine ne fut point locale : l'immensité de Dieu remplit l'univers.
485 Les historiens rapportent aussi que l'île des Bretons renferme une montagne sous laquelle est une caverne profonde qui a son ouverture au sommet. Lorsque le vent s'engouffre dans l'abime et se brise dans les mille sinuosités de ses parois intérieures, on croirait entendre un bruit de cymbales que l'on frappe en cadence. Souvent aussi, dans les forêts, quand l'épaisse rafale mugit à travers les arbres et les feuilles, elle produit des accents qui imitent le concert des oiseaux. Il y a mieux. Ceux qui ont écrit l'histoire de la Perse racontent que, dans les parties les plus élevées du pays des mages, au milieu d'un vaste plateau, se dressent trois montagnes qui se suivent. Le voyageur, arrivé au pied de la première, entend des voix confuses qu'il prend pour les clameurs de plus de cent mille combattants sur un champ de bataille. Il n'a pas plus tôt atteint la montagne centrale, que l'éclat et l'intensité du bruit redoublent encore. Lorsqu'il approche de la dernière, ce sont alors des chants glorieux et comme des hymnes de victoire. La cause de tout ce bruit, il faut la chercher, selon moi, dans le poli et les cavités des parois. Quand le vent, refoulé d'une caverne où il a pénétré, y rentre une seconde fois, il résonne avec plus de force.
Ainsi je m'explique ces phénomènes. Dieu toutefois, auquel rien n'est impossible, peut bien, sans le secours d'aucun agent intermédiaire, produire dans l'oreille la vivante image du son, tout absent qu'il est. Il atteste ainsi sa grandeur, en montrant qu'il lui est facile d'agir contre les lois de la nature, guidé toujours par le désir de convertir aux commandements et à la foi celui qui ne croit pas encore et n'a pas accepté le précepte. Mais il y avait là un nuage ; il y avait une haute montagne. Pourquoi l'air, mis en mouvement par une impulsion puissante, ne pouvait-il produire différents sons? Voilà pourquoi le prophète dit aussi : « Vous avez entendu la voix de ses paroles, mais vous n'avez aperçu aucune forme. » Vous découvrez maintenant comment la voix du Seigneur, Verbe incorporel, comment la vertu du Verbe, rayonnante parole du Seigneur, la Vérité enfin descendue du ciel dans le sein de l'Église, opérait par l'intermédiaire d'un agent lumineux et immédiat.
Une grande partie des doctrines qui composent la philosophie grecque provient des Égyptiens et des Gymnosophistes de l'Inde, célèbres les uns et les autres par leur sagesse. Nous avons sous la main un autre témoignage qui prouve que les Grecs, après nous avoir dérobé leurs dogmes les plus respectables, se les sont attribués comme une invention qui loir /ut particulière ; c'est qu'ils ont pillé de même les autres nations barbares (4). A chacune de leurs sectes, ils ont enlevé leurs doctrines les plus excellentes, et ils s'en sont glorifiés comme d'un bien qui serait leur propriété. Ils ont surtout pillé les Egyptiens; et parmi ces larcins, la métempsychose est un des plus importants. Les Egyptiens, en effet, ont un corps de doctrine qui est à eux. Je n'en veux d'autres preuves que leurs cérémonies sacrées.
Le chanteur y marche le premier, portant quelqu'un des symboles de la musique. Il doit savoir par cœur deux des livres d'Hermès ; le premier renferme les hymnes en l'honneur des dieux, le second la règle de conduite que doivent suivre les rois.
Après le chanteur, vient l'horoscope (5) ; il tient à la main un klepsydre et une branche de palmier, symboles de l'astrologie. Il doit toujours avoir à la bouche les quatre livres d'Hermès, relatifs à l'astrologie. Le premier traite de l'ordre des étoiles fixes et visibles ; le second, des conjonctions, et de la lumière du soleil ainsi que de la lune ; les deux autres, du lever des astres. Au troisième rang marche le scribe sacré. Il a des ailes à la tête ; ses mains portent un qui sert à écrire. Il est tenu de savoir le système des hiéroglyphes, la cosmographie, la géographie, l'ordre dans lequel se meuvent le 467 soleil, la lune, et les cinq planètes ;
de plus, la chorographie de l'Égypte, la description du Nil, celle des temples, des lieux et des instruments sacrés, les mesures enfin, et généralement tout ce qui figure dans les cérémonies religieuses. A la suite des prêtres que nous venons de nommer, vient le stoliste, c'est-à-dire celui qui prend soin des ornements du culte. Il porte l'équerre de la justice et le vase des libations. Il connait tout ce qui appartient à l'enseignement et aux rites victimaires. Les livres où sont consignés les honneurs qu'il faut rendre aux dieux, et les mystères de la religion égyptienne, sont au nombre de dix, et rangés sous cette division : sacrifices, prémices, hymnes, prières, cérémonies, jours de fête, et autres choses semblables. Le dernier de tous vient le prophète qui porte l'amphore sacrée dans son sein et visible aux assistants : il est suivi par ceux qui portent les pains destinés à servir d'offrande. Le prophète, attendu sa qualité de chef des sacrifices, possède à fond les dix livres appelés sacerdotaux, parce qu'ils traitent des lois, des dieux, et de tout l'ensemble des prescriptions sacerdotales. Le prophète préside en outre, chez les Égyptiens, a la répartition de l'impôt. Les livres d'Hermès, d'une absolue nécessité, s'élèvent donc à quarante-deux. Sur ce nombre, trente-six renferment la philosophie des Egyptiens que doivent connaitre dans toutes ses parties les prêtres dont il vient d'être question. Les six autres livres sont du domaine des Pastophores (6). Ils ont pour objet la médecine et se subdivisent ainsi : organisation humaine, maladies, instruments, remèdes, affections des yeux, maladies particulières aux femmes. Sons entrer ici dans de plus longs détails, tel est l'ensemble de la philosophie égyptienne. Celle des Indiens fut également célèbre. C'est pourquoi Alexandre le Macédonien, s'étant fait amener dix Gymnosophistes indiens, réputés dans leur secte pour la profondeur de leur sagesse et le laconisme de leurs réponses, leur proposa diverses questions.
La mort, ajouta le conquérant, attendait ce- 488 lui qui ne répondrait pas convenablement. Le plus âgé d'entre eux fut établi juge. On demanda au premier lesquels se trouvaient en plus grand nombre des vivants ou des morts ? — Les vivants, répondit-il; car les morts n'existent pas. — Au second : Laquelle des deux, de la mer ou de la terre, nourrit les animaux de plus large dimension ? — La terre, parce que la mer en fait partie. — Au troisième : Quel est le plus rusé de tous les êtres vivants ? — L'homme, parce qu'on ne le connait pas encore. — Au quatrième : Pourquoi avez-vous entrainé dans la défection votre roi Sabba ? — Nous voulions qu'il vécût avec gloire, ou qu'il mourût misérablement. — Au cinquième : Laquelle de la nuit ou de la lumière précéda l'autre ? — Elle a précédé d'un seul jour; car à des questions équivoques il faut des réponses ambiguës. — Au sixième : Quel est le secret de se faire aimer le plus possible ? — Une grande puissance qui n'inspire aucune crainte. — Au septième : Comment un homme peut-il devenir dieu ? — En faisant tout ce qui est impossible à l'homme. — Au huitième : Laquelle des deux est la plus forte de la vie ou de la mort ? — La vie, puisqu'elle a tant de maux à supporter. — Au neuvième : Jusques à quand est-il honorable à l'homme de vivre ? — Aussi longtemps qu'il ne se dit pas à lui-même : Il vaut mieux mourir que de vivre. Arrivé au tour du dixième, Alexandre lui ordonna aussi de parler, puisqu'il était juge. — Ils ont tous répondu plus mal les uns que les autres, dit-il. — Eh bien ! répartit le Macédonien, tu mourras le premier, toi qui portes ce jugement. —Et comment tiendrais-tu ta promesse, ô roi, toi qui as déclaré que tu immolerais le premier celui qui aurait répondu le plus mal ?
Les Grecs ont été accusés à bon droit de plagiat dans tous les genres; nous croyons l'avoir suffisamment démontré par de nombreux témoignages.
Les Grecs ont eu quelque connaissance du vrai Dieu.
Que les plus vertueux d'entre les Grecs aient connu Dieu, non d'une connaissance complète, mais par la tradition générale, Pierre le dit expressément :