Stromates — Livre VII (page 2)
En vérité, je ne m'étonne plus que ces païens superstitieux, si portés à la colère, soient toujours dans les transes, à la pensée que chaque événement est un principe de malheur et un sinistre présage. Le rat a percé l'autel qui était construit en boue. Ne trouvant rien de mieux à manger, il a rongé le vase des provisions lui-même. Le coq que vous nourrissez a chanté vers le coucher du soleil (12) : tremblez ! vous Êtes menacés de quelque grande catastrophe.
Le comique Ménandre tourne ainsi en ridicule un personnage, dans sa comédie intitulée le Superstitieux.
« Dieux immortels, quelle source de prospérité pour moi ! La courroie qui attachait la chaussure de mon pied droit vient de se rompre. — Qu'y a-t-il là de surprenant, im- 600 bécille ? elle était usée jusqu'à la corde. Elle ne prouve qu'une chose, ta malencontreuse parcimonie quand il fallait la renouveler. »
La répartie d'Antiphon est pleine d'à-propos et de finesse. Une truie avait dévoré ses petits. Grande appréhension de la part du propriétaire, qui se croyait par-là sous le coup de quelque malheur. Antiphon s'aperçut que la bête se trouvait en mauvais état par l'avarice de celui qui la nourrissait ! « Réjouis-toi du présage, dit-il à son trembleur ; avec une faim pareille, tu dois remercier les dieux de ce que l'animal n'a point dévoré tes enfants.
— Quelle merveille dit Bion, qu'un rat, ne trouvant rien de mieux à manger, ait rongé la corbeille ! Ce qui devrait surprendre, c'est que la corneille, comme le disait en riant Arcésilas, eût mangé le rat. »
Aussi j'applaudis de grand cœur à la réponse suivante de Diogène : Un homme ayant trouvé un serpent roulé en cercle autour du pilon de son mortier, s'extasiait sur le prodige. « Cesse de t'étonner, lui dit le philosophe, il serait bien plus merveilleux que le pilon se fût roulé autour du serpent resté droit et immobile. »
Ne faut-il pas, en effet, que les animaux, dépourvus de raison, se meuvent, courent, combattent, se reproduisent et meurent ? Tous ces accidents leur sont naturels. N'allons donc point les prendre pour des phénomènes hors de la nature.
« Des multitudes d'oiseaux apparaissent à la lumière du soleil (13). »
Le comique Philémon raille ainsi sur la scène comique cet terreurs religieuses :
« Si je vois mon esclave observer qui éternue, qui vient à parler, qui sort par hasard, je cours le vendre sur la place publique. Chacun marche, parle, éternue pour son propre compte Les choses se développent conformément aux lois qui ont présidé à leur naissance. »
Poursuivons. Ici l'homme sobre invoque la santé ; là, l'in- 601 tempérant qui se gorge d'aliments et fait la débauche les jours de fête, attire les maladies. Bon nombre redoutent les inscriptions suspendues au front des édifices. De là ce mot piquant de Diogène. Il avait lu sur une maison habitée par un méchant : « Hercule, fameux par sa victoire, habite en ces lieux. Défense a rien de mauvais d'y entrer. — Et comment donc entrera le maitre de céans, s'écria Diogène ? » Ces mêmes hommes qui adorent tout bois, toute pierre, humide des libations qu'elle reçoit (14), tremblent à l'aspect d'un flocon de laine roussâtre, devant un grumeau de sel, une torche, un peu de souffre, dès que les magiciens les ont enchantés par d'immondes expiations. Mais Dieu, qui est le Dieu véritable, ne connait que la sainteté du juste et la scélératesse du méchant. Assurément on peut voir des œufs, qui ont été couvés, éclore, après les purifications auxquelles ils ont servi (15) ; mais cela n'arriverait pas, s'ils avaient contracté la souillure de la purification.
Le comique Diphile raille avec finesse les enchanteurs dans les vers suivants :
« Je purifie les filles de Prœtus, Praetus leur père, fils d'Abas, et une vieille édentée pour cinquième personnage, avec une seule torche et un seul ognon marin. Quelle multitude pour de si minces ressources ! J'y joins un peu de souffre, un peu de bitume, et quelques gouttes d'eau puisées sur les rivages de la mer retentissante. Mais toi, bienheureux Jupiter, envoie-moi à travers les nuages quelques grains d'hellébore, afin que cet insecte se change pour moi en bourdon. »
Ménandre a dit aussi avec un grand fond de sagesse :
« Si tu étais véritablement malade, mon ami, il te faudrait un remède véritable. Mais pour la maladie imaginaire qui te travaille, voilà un remède imaginaire : il te servira, n'en doute point, si des magiciennes te purifient en tournant autour de toi, si elles t'arrosent d'une eau puisée à trois fontaines différentes, avec une pluie de lentilles et de sel. Sais-tu quel est l'homme véritablement purifié ? Celui auquel le témoignage de sa conscience ne reproche aucun mal. »
« Oreste, Oreste, s'écrie la tragédie, quel mal t'a perdu? — Ma conscience elle-même, parce qu'une voix intérieure m'avertit que j'ai commis un grand crime. » Point d'autre pureté, en effet, que de s'abstenir de tout mat.
Épicharme a dont raison de dire : « Si ton esprit est pur, toute ta personne l'est aussi. »
Voilà pourquoi nous soutenons que les âmes doivent se purifier de leurs opinions perverses par la saine raison, et ainsi vides de toutes pensées mauvaises, se tourner vers les principaux dogmes de la religion. Il faut que les futurs initiés passent par quelques expiations préparatoires avant que les mystères leur soient livrés, afin que les traditions erronées fassent place aux traditions véritables ?
L'âme pure est un temple plus agréable à Dieu que les plus beaux édifices élevés par la main des hommes.
N'avons-nous pas raison de ne circonscrire dans aucun lien celui que rien ne peut circonscrire, et de ne point enfermer dans un temple la majesté de celui qui embrasse tout l'univers ? A quel titre une enceinte de pierres, œuvre grossière d'artisans grossiers, serait-elle une œuvre sainte ? J'aime mieux ceux qui ont pensé que l'éther et ce qu'il contient, ou pour mieux dire, le monde tout entier et l'universalité des êtres, sont dignes de l'excellence de Dieu. Il serait, en effet, ridicule de soutenir que l'homme, jeu de la Providence, selon le langage des philoso- 603 phes (16), puisse fabriquer Dieu, et que la Divinité devienne à son tour le jeu des mains de l'homme. Ce que l'on élabore est identique à la matière élaborée. Ainsi un ouvrage d'ivoire est de l'ivoire ; un ouvrage d'or est de l'or. Les simulacres et les temples qui sont dressés par des hommes grossiers sont tirés d'une matière inerte; par conséquent ils resteront inertes, matériels et profanes comme elle. Donnez à l'art toute la perfection imaginable : la matière garde constamment la grossièreté de son origine. Ainsi les œuvres de l'art, quel qu'il soit, ne sont jamais sacrées et divines. D'ailleurs, quel être pouvez-vous ériger de nouveau, lorsque, dans la disposition universelle, il n'en est pas un qui n'ait sa place assignée. L'objet que l'on érige est placé par quelqu'un, parce qu'il ne l'était pas encore. Si Dieu est placé là ou là par les hommes, il y eut donc un moment où il n'avait pas sa place, où il n'existait pas conséquemment. L'être qui n'existait pas, n'avait point de place, puisque, pour en occuper une, il faut exister. D'autre part, l'être existant ne pourra être placé par un être chimérique ; il ne pourra point l'être davantage par un être réel : il existe, donc il est placé. Il reste qu'il soit placé par lui-même. Mais comment un être s'engendrera-t-il lui-même; ou comment l'être se placera-t-il en tant qu'être ? Direz-vous que, sans place auparavant, il s'en est fait une lui-même ? Il n'en est rien.
L'être imaginaire ne peut occuper de place. Vous l'avez cru placé. Comment, ce qu'il a eu d'abord dans votre opinion, est-il parvenu à le réaliser ? Mais l'être par excellence, auquel appartient tout ce qui est, ne peut avoir besoin de sa créature. Les formes de Dieu sont celles de l'homme, dites-vous. Mais alors il aura les besoins de l'homme. Il lui faudra des aliments, une maison, des vêtements, et tout ce qui en est la suite. Du moment que vous donnez à deux êtres une forme et des affections semblables, vous les soumettez aux conditions du même régime. S'il est vrai qu'un temple représente ces deux idées, la majesté de Dieu lui-même, et l'enceinte matérielle bâtie en sou honneur, pourquoi ne nommerions-nous 604 pas véritablement temple de la Divinité l'Eglise qui, sanctifiée par la connaissance, s'est élevée en l'honneur de Dieu ; sanctuaire d'un grand prix, que n'ont point édifié des mains grossières, que n'a point embelli l'habileté d'un magicien, mais que la volonté de Dieu lui-même a converti en temple. Je n'appelle point ici du nom d'Église l'enceinte matérielle. Je réserve cette appellation pour l'assemblée des élus. Voilà le temple le mieux fait pour recevoir la grandeur et la dignité de Dieu. En effet, une victime d'un grand prix a été consacrée par l'éminence de sa sainteté ù celui qui est digne de tout prix, disons mieux, au prix duquel rien ne répond dans la nature. Quelle sera cette victime! Le Gnostique, cher à Dieu, en honneur devant lui, et chez lequel Dieu est érigé; c'est-à-dire, dans lequel la connaissance de D'eu a son sanctuaire et sa consécration. Oui, c'est dam l'âme du juste que nous trouverons la sainte image et la divine effigie, puisqu'elle est heureuse par les purifications légales qu'elle a subies, et heureuse encore par les bonnes œuvres qu'elle accomplit tous les jours. Voilà l'objet qui n'est pas encore placé et qui cependant l'est déjà, ici, dans ceux qui ont embrassé la perfection gnostique, là, dans ceux qui sont à même de l'embrasser, quoiqu'ils ne soient pas dignes encore de recevoir les dons de la science divine. Tout ce qui croira dans l'avenir, déjà fidèle à Dieu pour ainsi parler, s'élève d'avance comme un vertueux simulacre consacré en l'honneur du Tout-Puissant.
Les prières et les actions Je grâces, offertes sans relâche par un cœur pur, sont préférables à tous les sacrifices.
Dieu n'est circonscrit par aucun lieu ; la forme de Dieu ne ressemble à rien de ce qui vit : par conséquent Dieu n'éprouve aucune des perturbations qui agitent l'humanité, et n'a pas besoin de désirer, à la manière de la créature, un sacrifice qui soit comme un aliment pour apaiser sa faim. Partout où fermentent les passions, là est aussi la mort ; présenter des aliments à 605 qui ne se nourrit pas, est un acte de folie.
Le comique Phérécrate nous montre avec une ironie mordante, dans sa comédie des Fugitifs, les dieux reprochant aux hommes la parcimonie de leurs oblations. « Quand vous sacrifiez aux dieux, disent les Immortels, vous commencez par mettre à l'écart ce qui pour nous est une cause d'ignominie. Quand vous avez léché et reléché les cuisses jusqu'à l'aine, et que les reins sont bien dépouillés, vous nous jetez ensuite, comme à des dogues (17), l'épine dorsale à-demi-rongée. Mais la honte vous monte réciproquement au visage. Vous rachetez la maigreur de l'offrande par force gâteaux de farine (18). »
Eubule s'exprime de même au sujet des sacrifices :
« Vous consacrez au dieux la queue et les deux cuisses de l'animal, comme à de lâches corrupteurs de la jeunesse. » Ailleurs, Bacchus se plaint ainsi dans Sémélé : « Si par hasard on m'offre quelque sacrifice, c'est toujours la vessie et le sang de la victime. De cœur, il n'en est pas question. De grasses offrandes, de cuisses succulentes, jamais. »
« Après qu'ils ont mis en réserve pour les dieux le fiel, l'extrémité des reins et quelques os inutiles, ils consument eux-mêmes les autres parties. »
N'est-il donc pas raisonnable de renoncer à la fumée des sacrifices et à l'immolation des animaux ? Que si le parfum de la victime est le tribut des divinités de la Grèce, pourquoi ne pas commencer par inscrire au nombre des dieux les cuisiniers, qui jouissent plus qu'eux encore de la même béatitude ? Prosternez-vous donc humblement devant le fourneau qui est le plus rapproché de la vénérable odeur ! Mais voilà qui est mieux encore. S'il en faut croire Hésiode (19), Jupiter, trompé par Prométhée, reçut dans le partage des viandes qui lui revenaient, des os recouverts, avec une perfide habileté, d'une enve- 606 loppe de graisse. De là vient que les hommes, dignes fils de Prométhée, quand ils sacrifient sur les sainte autels, offrent aux dieux les os qui ne peuvent leur servir. »
Diront-ils qu'ils nourrissent Dieu dans la crainte qu'il ne souffre du désir qu'engendré le besoin ? Non assurément. Ils feraient de Dieu une espèce de végétal qui s'alimente sans appétit ; ou bien ils l'assimileraient à ces monstres (20) qui vivent dans les ténèbres des cavernes, où ils se nourrissent, dit-on, des parties grossières de l'air, peut-être même des exhalaisons de leur propre corps, et se développent sans rien consommer. Si vous offrez des aliments à un Dieu qui n'en connaît pas la nécessité, pourquoi la nourriture à qui n'en a pas besoin ? Mais s'il est vrai que la divinité se plaise aux hommages qu'on lui rend, les Chrétiens font donc sagement de l'honorer par des prières, et d'envoyer vers son trône la sainte et suréminente oblation de la justice, en l'adorant par le Verbe, en qui réside toute justice, de qui nous avons reçu la connaissance, et par qui nous glorifions le Seigneur de ses dons et de ses lumières. Les Chrétiens ont ici-bas un autel terrestre ; c'est la réunion de tous ceux qui s'appliquent à la prière, en ne formant pour ainsi dire qu'une voix et qu'un esprit. Les aliments qui s'introduisent par les narines, quoiqu'ils aient quelque chose de plus subtil et de plus divin que les aliments qui entrent par la bouche, accusent cependant la respiration. Mais quoi ? Dieu respire-t-il à travers des pores à la manière de la plante, ou bien à la manière des poissons par l'ouverture des branchies, ou bien à la manière des insectes par la compres-607 sion des anneaux où s'attachent les ailes. Quiconque est doué de raison répudiera de pareilles idées. Les animaux qui respirent avec la dilatation périodique du poumon contre le parois de la poitrine, attirent l'air. Si vous donnez à Dieu des entrailles, des artères, des veines, et des organes divers, en quoi la divinité différera-t-elle de l'homme? Mais la communauté de la respiration se trouve à proprement parler dans l'Église. Le sacrifice de l'Église, c'est la prière, qui est comme l'exhalaison des saintes âmes, pendant que la victime et l'âme du suppliant sont à découvert devant Dieu.
Le vulgaire a dit qu'à Délos il y avait un temple consacré qui remontait à la plus haute antiquité. Jamais il ne fut souillé par le meurtre ni par le sang. Pythagore, s'il en faut croire son historien (22), fut le seul qui put en approcher. Et quand nous proclamons que l'âme du juste est la seule véritablement sainte, et que sa respiration naturelle est la prière, on refusera d'ajouter foi à nos paroles ! Les hommes ont imaginé, si je ne me trompe, l'usage des sacrifices pour avoir quelque prétexte de manger la chair des animaux : mais il était libre à qui le voulait d'adopter cet aliment sans qu'il fût besoin d'honorer ainsi les idoles. Les sacrifices que prescrivait la loi mosaïque n'étaient que la figure du culte chrétien. La tourterelle et la colombe, par exemple, qui sont offertes pour les péchés, signifiaient que la purification des parties irraisonnables de l'âme est agréable à Dieu. Que le juste ne veuille point charger son âme d'une chair qui a vécu ; il est guidé dans cette abstinence par des raisons d'une haute sagesse, qui n'ont rien de commun avec les rêveries de Pythagore et de ses disciples sur la transmigration des âmes. Xénocrate, en traitant spécialement de la chair des animaux appliquée à la nourriture de l'homme, et Polémon, dans son ouvrage De la vie conformément à la nature, déclarent, en termes formels que la chair est un aliment funeste, parce qu'elle a déjà reçu une élaboration 608 et comme une assimilation avec les âmes des bêtes.
Voilà pourquoi les Juifs s'interdisent avec tant de scrupule la chair du pourceau, animal qui, poussé par des instincts pervers, déterre et ruine les moissons d'autrui. Mais les animaux ont été donnés a l'homme pour son usage. — Pour son usage, nous en convenons avec vous; mais pas absolument pour lui servir de nourriture. Quelques-uns seulement ont reçu cette destination, et parmi ces derniers, ceux qui ne travaillent point (23). Voilà pourquoi Platon le comique, dans sa comédie Des Fêtes, dit avec raison (24) : « Nous ne devons plus à l'avenir immoler aucun quadrupède, à l'exception du pourceau. Mort, sa chair, est pleine de saveur; vivant, en fait d'utilité, il ne nous revient de lui, que de la soie, de la boue et des cris. » C'est ce qui a fait dire à Ésope :
« aussitôt que l'on tire le pourceau, il crie à pleine gorge, sentant bien qu'il n'est bon que pour les sacrifices. »
Aussi Cléanthe a-t-il dit que « cet animal avait reçu une âme en guise de sel, pour empêcher sa chair de se corrompre. » Les uns donc s'en nourrissent parce qu'il est inutile ; les autres, parce qu'il ruine les moissons ; ceux-là s'en abstiennent parce que c'est un animal ardent en amour. Telle est aussi la raison pour laquelle la loi ne sacrifie pas de bouc, excepté dans le cas unique du bouc émissaire pour l'éloignement des péchés, parce que la volupté est la mère de tous les maux. On assure d'ailleurs que l'usage de la chair du bouc dispose à l'épilepsie, et que celle du pourceau amène l'obésité. Cet aliment peut donc être utile à ceux qui exercent le corps. Mais si vous travaillez au développement de l'âme, il n'en va pas de même : l'habitude de cette nourriture épaissit l'intelligence. Il n'est pas impossible que le Gnostique, pour amortir la violence de la lutte, 609 s'interdire toute chair qui a vécu, de peur que, dans la vigueur luxuriante de ses forces, ses sens ne s'allument immodérément. « L'usage du vin, nous dit Androcyde (25), et l'abondance des aliments, en fortifiant notre corps, débilitent notre âme. » Cette nourriture impie étouffe donc la parfaite intelligence. Voilà pourquoi les Égyptiens, dans les purifications expiatoires, interdisent à leurs prêtres l'usage des viandes, et n'usent que de la chair des jeunes oiseaux, qu'ils regardent comme la plus légère de toutes. Quant aux poissons, ils n'y touchent jamais, tant à cause de quelques fables accréditées, que parce que cet aliment produit la mollesse et l'inconsistance des chairs. Les oiseaux et les animaux qui vivent sur la terre se nourrissent, en respirant le même air que nos âmes, doués qu'ils sont d'un principe en affinité avec le souffle aérien. Il n'en va pas de même des poissons : ils n'aspirent qu'un air moins subtil, qui fut, dès l'origine du monde, mélangé avec l'eau, et les autres éléments; témoignage de permanence matérielle.
Il faut donc offrir des sacrifices, non pas des sacrifices splendides, mais qui soient agréables à la majesté divine. Faisons monter vers elle ce parfum aromatique, qui est composé par la loi (26), encens qu'en voient à Dieu les langues et les voix en communauté de prières, je ne dis point assez, sainte exhalaison des sexes, des tribus, des nations de toute la terre, qui, par le don des révélations successives, conspire à l'unité de la foi, et se réunit dans la glorification ; harmonieux ensemble de justice, de pureté, d'œuvres saintes, et de chastes prières.
« Est-il, en effet, un homme assez extravagant, et d'une crédulité assez inepte, dit la muse poétique, pour s'imaginer que les dieux voient avec plaisir le foie rôti d'une victime, et quelques ossements que ne voudraient pas même ronger des chiens affamés? Quoi ! ce serait là l'offrande qu'ils solliciteraient! quoi ! ils rendraient grâces à de pareils adorateurs, » fussent-ils pirates, brigands, despotes cruels ! Oui, sans doute, 610 et nous le proclamons, le feu sanctifie, non pas le corps, mais l'âme du pécheur. Nous n'appelons point de ce nom la flamme grossière qui consume et dévore, mais cette flamme intelligente qui pénètre l'âme quand elle passe à travers le feu.