Le Cid (page 2)

Pierre Corneille · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Le Cid (éd. Marty-Laveaux) · 7 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Il faut venger un père, et perdre une maîtresse :

L’un m’anime le cœur, l’autre retient mon bras.

305Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme,

Réduit auOu de vivre en infâme,

RéduDes deux côtés mon mal est infini.

Réduit auÔ Dieu, l’étrange peine !

RéduFaut-il laisser un affront impuni ?

310RéduFaut-il punir le père de Chimène ?

Noble ePère, maîtresse, honneur, amour,

Noble et dure contrainte, aimable tyrannie,

Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie.

L’un me rend malheureux, l’autre indigne du jour.

315Cher et cruel espoir d’une âme généreuse,

Cher et crMais ensemble amoureuse,

CherDigne ennemi de mon plus grand bonheur,

Cher et crFer qui causes ma peine,

CherM’es-tu donné pour venger mon honneur ?

320CherM’es-tu donné pour perdre ma Chimène ?

Je dois Il vaut mieux courir au trépas.

Je dois à ma maîtresse aussi bien qu’à mon père :

J’attire en me vengeant sa haine et sa colère ;

J’attire ses mépris en ne me vengeant pas.

325À mon plus doux espoir l’un me rend infidèle,

À mon plEt l’autre indigne d’elle.

À mMon mal augmente à le vouloir guérir ;

À mon plTout redouble ma peine.

À mAllons, mon âme ; et puisqu’il faut mourir,

330À mMourons du moins sans offenser Chimène.

RecherMourir sans tirer ma raison !

Rechercher un trépas si mortel à ma gloire !

Endurer que l’Espagne impute à ma mémoire

D’avoir mal soutenu l’honneur de ma maison !

335Respecter un amour dont mon âme égarée

RespecterVoit la perte assurée !

RespN’écoutons plus ce penser suborneur,

RespecterQui ne sert qu’à ma peine.

RespAllons, mon bras, sauvons du moins l’honneur,

340RespPuisqu’après tout il faut perdre Chimène.

Je dois Oui, mon esprit s’étoit déçu.

Je dois tout à mon père avant qu’à ma maîtresse :

Que je meure au combat, ou meure de tristesse,

Je rendrai mon sang pur comme je l’ai reçu.

345Je m’accuse déjà de trop de négligence :

Je m’accuCourons à la vengeance ;

Je mEt tout honteux d’avoir tant balancé,

Je m’accuNe soyons plus en peine,

Puisqu’aujourd’hui mon père est l’offensé,

350Si l’offenseur est père de Chimène.

FIN DU PREMIER ACTE.

ACTE II.

Scène première.

DON ARIAS, LE COMTE.

LE COMTE.

Je l’avoue entre nous, mon sang un peu trop chaud

S’est trop ému d’un mot, et l’a porté trop haut ;

Mais puisque c’en est fait, le coup est sans remède.

DON ARIAS.

Qu’aux volontés du Roi ce grand courage cède :

355Il y prend grande part, et son cœur irrité

Agira contre vous de pleine autorité.

Aussi vous n’avez point de valable défense :

Le rang de l’offensé, la grandeur de l’offense,

Demandent des devoirs, et des submissions

360Qui passent le commun des satisfactions.

LE COMTE.

Le Roi peut à son gré disposer de ma vie.

DON ARIAS.

De trop d’emportement votre faute est suivie.

Le Roi vous aime encore ; apaisez son courroux.

Il a dit : « Je le veux ; » désobéirez-vous ?

LE COMTE.

365Monsieur, pour conserver tout ce que j’ai d’estime,

Désobéir un peu n’est pas un si grand crime ;

Et quelque grand qu’il soit, mes services présents

Pour le faire abolir sont plus que suffisants.

DON ARIAS.

Quoi qu’on fasse d’illustre et de considérable,

370Jamais à son sujet un roi n’est redevable.

Vous vous flattez beaucoup, et vous devez savoir

Que qui sert bien son roi ne fait que son devoir.

Vous vous perdrez, Monsieur, sur cette confiance.

LE COMTE.

Je ne vous en croirai qu’après l’expérience.

DON ARIAS.

375Vous devez redouter la puissance d’un roi.

LE COMTE.

Un jour seul ne perd pas un homme tel que moi.

Que toute sa grandeur s’arme pour mon supplice,

Tout l’État périra, s’il faut que je périsse.

DON ARIAS.

Quoi ! vous craignez si peu le pouvoir souverain…

LE COMTE.

380D’un sceptre qui sans moi tomberoit de sa main.

Il a trop d’intérêt lui-même en ma personne,

Et ma tête en tombant feroit choir sa couronne.

DON ARIAS.

Souffrez que la raison remette vos esprits.

Prenez un bon conseil.

Le Comte.

Prenez un bon conseil.Le conseil en est pris.

Don Arias.

385Que lui dirai-je enfin ? je lui dois rendre conte.

Le Comte.

Que je ne puis du tout consentir à ma honte.

Don Arias.

Mais songez que les rois veulent être absolus.

Le Comte.

Le sort en est jeté, Monsieur, n’en parlons plus.

Don Arias.

Adieu donc, puisqu’en vain je tâche à vous résoudre :

390Avec tous vos lauriers, craignez encor le foudre.

Le Comte.

Je l’attendrai sans peur.

Don Arias.

Je l’attendrai sans peur.Mais non pas sans effet.

Le Comte.

Nous verrons donc par là don Diègue satisfait.

(Il est seul.)

Qui ne craint point la mort ne craint point les menaces.

J’ai le cœur au-dessus des plus fières disgrâces ;

395Et l’on peut me réduire à vivre sans bonheur,

Mais non pas me résoudre à vivre sans honneur.

Scène II.

LE COMTE, DON RODRIGUE.

Don Rodrigue.

À moi, Comte, deux mots.

Le Comte.

À moi, comte, deux mots.Parle.

Don Rodrigue.

À moi, comte, deux mots.Parle.Ôte-moi d’un doute.

Connois-tu bien don Diègue ?

Le Comte.

Connois-tu bien don Diègue ?Oui.

Don Rodrigue.

Connais-tu bien don Diègue ?Oui.Parlons bas ; écoute.

Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu,

400La vaillance et l’honneur de son temps ? le sais-tu ?

Le Comte.

Peut-être.

Don Rodrigue.

Peut-être.Cette ardeur que dans les yeux je porte,

Sais-tu que c’est son sang ? le sais-tu ?

Le Comte.

Sais-tu que c’est son sang ? le sais-tu ?Que m’importe ?

Don Rodrigue.

À quatre pas d’ici je te le fais savoir.

Le Comte.

Jeune présomptueux !

Don Rodrigue.

Jeune présomptueux !Parle sans t’émouvoir.

405Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées

La valeur n’attend point le nombre des années.

Le Comte.

Te mesurer à moi ! qui t’a rendu si vain,

Toi qu’on n’a jamais vu les armes à la main ?

Don Rodrigue.

Mes pareils à deux fois ne se font point connoître,

410Et pour leurs coups d’essai veulent des coups de maître.

Le Comte.

Sais-tu bien qui je suis ?

Don Rodrigue.

Sais-tu bien qui je suis ?Oui ; tout autre que moi

Au seul bruit de ton nom pourroit trembler d’effroi.

Les palmes dont je vois ta tête si couverte

Semblent porter écrit le destin de ma perte.

415J’attaque en téméraire un bras toujours vainqueur ;

Mais j’aurai trop de force, ayant assez de cœur.

À qui venge son père il n’est rien impossible.

Ton bras est invaincu, mais non pas invincible.

Le Comte.

Ce grand cœur qui paroît aux discours que tu tiens,

420Par tes yeux, chaque jour, se découvroit aux miens ;

Et croyant voir en toi l’honneur de la Castille,

Mon âme avec plaisir te destinoit ma fille.

Je sais ta passion, et suis ravi de voir

Que tous ses mouvements cèdent à ton devoir ;

425Qu’ils n’ont point affaibli cette ardeur magnanime ;

Que ta haute vertu répond à mon estime ;

Et que voulant pour gendre un cavalier parfait,

Je ne me trompois point au choix que j’avois fait ;

Mais je sens que pour toi ma pitié s’intéresse ;

430J’admire ton courage, et je plains ta jeunesse.

Ne cherche point à faire un coup d’essai fatal ;

Dispense ma valeur d’un combat inégal ;

Trop peu d’honneur pour moi suivroit cette victoire :

À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

435On te croirait toujours abattu sans effort ;

Et j’aurois seulement le regret de ta mort.

Don Rodrigue.

D’une indigne pitié ton audace est suivie :

Qui m’ose ôter l’honneur craint de m’ôter la vie ?

Le Comte.

Retire-toi d’ici.

Don Rodrigue.

Retire-toi d’ici.Marchons sans discourir.

Le Comte.

Es-tu si las de vivre ?

Don Rodrigue.

440Es-tu si las de vivre ?As-tu peur de mourir ?

Le Comte.

Viens, tu fais ton devoir, et le fils dégénère

Qui survit un moment à l’honneur de son père.

Scène III.

L’INFANTE, CHIMÈNE, LÉONOR.

L’Infante.

Apaise, ma Chimène, apaise ta douleur :

Fais agir ta constance en ce coup de malheur.

445Tu reverras le calme après ce foible orage ;

Ton bonheur n’est couvert que d’un peu de nuage,

Et tu n’as rien perdu pour le voir différer.

Chimène.

Mon cœur outré d’ennuis n’ose rien espérer.

Un orage si prompt qui trouble une bonace

450D’un naufrage certain nous porte la menace :

Je n’en saurois douter, je péris dans le port.

J’aimois, j’étois aimée, et nos pères d’accord ;

Et je vous en contois la charmante nouvelle,

Au malheureux moment qui naissoit leur querelle,

455Dont le récit fatal, sitôt qu’on vous l’a fait,

D’une si douce attente a ruiné l’effet.

Maudite ambition, détestable manie,

Dont les plus généreux souffrent la tyrannie !

Honneur impitoyable à mes plus chers désirs,

460Que tu me vas coûter de pleurs et de soupirs !

L’Infante.

Tu n’as dans leur querelle aucun sujet de craindre :

Un moment l’a fait naître, un moment va l’éteindre.

Elle a fait trop de bruit pour ne pas s’accorder,

Puisque déjà le Roi les veut accommoder ;

465Et tu sais que mon âme, à tes ennuis sensible,

Pour en tarir la source y fera l’impossible.

Chimène.

Les accommodements ne font rien en ce point.

De si mortels affronts ne se réparent point.

En vain on fait agir la force ou la prudence :

470Si l’on guérit le mal, ce n’est qu’en apparence.

La haine que les cœurs conservent au-dedans

Nourrit des feux cachés, mais d’autant plus ardents.

L’Infante.

Le saint nœud qui joindra don Rodrigue et Chimène

Des pères ennemis dissipera la haine ;

475Et nous verrons bientôt votre amour le plus fort

Par un heureux hymen étouffer ce discord.

Chimène.

Je le souhaite ainsi plus que je ne l’espère :

Don Diègue est trop altier, et je connois mon père.

Je sens couler des pleurs que je veux retenir ;

480Le passé me tourmente, et je crains l’avenir.

L’Infante.

Que crains-tu ? d’un vieillard l’impuissante foiblesse ?

Chimène.

Rodrigue a du courage.

L’Infante.

Rodrigue a du courage.Il a trop de jeunesse.

Chimène.

Les hommes valeureux le sont du premier coup.

L’Infante.

Tu ne dois pas pourtant le redouter beaucoup :

485Il est trop amoureux pour te vouloir déplaire,

Et deux mots de ta bouche arrêtent sa colère.

Chimène.

S’il ne m’obéit point, quel comble à mon ennui !

Et s’il peut m’obéir, que dira-t-on de lui ?

Étant né ce qu’il est, souffrir un tel outrage !

490Soit qu’il cède ou résiste au feu qui me l’engage,

Mon esprit ne peut qu’être ou honteux ou confus

De son trop de respect, ou d’un juste refus.

L’Infante.

Chimène a l’âme haute, et quoique intéressée,

Elle ne peut souffrir une basse pensée ;

495Mais si jusques au jour de l’accommodement

Je fais mon prisonnier de ce parfait amant,

Et que j’empêche ainsi l’effet de son courage,

Ton esprit amoureux n’aura-t-il point d’ombrage ?

Chimène.

Ah ! Madame, en ce cas je n’ai plus de souci.

Scène IV.

L’INFANTE, CHIMÈNE, LÉONOR, le Page.

L’Infante.

500Page, cherchez Rodrigue, et l’amenez ici.

Le Page.

Le Comte de Gormas et lui…

Chimène.

Le Comte de Gormas et lui…Bon Dieu ! je tremble.

L’Infante.

Parlez.

Le Page.

Parlez. De ce palais ils sont sortis ensemble.

Chimène.

Seuls ?

Le Page.

Seuls ?Seuls, et qui sembloient tout bas se quereller.

Chimène.

Sans doute ils sont aux mains, il n’en faut plus parler.

505Madame, pardonnez à cette promptitude.

Scène V.

L’INFANTE, LÉONOR.

L’Infante.

Hélas ! que dans l’esprit je sens d’inquiétude !

Je pleure ses malheurs, son amant me ravit ;

Mon repos m’abandonne, et ma flamme revit.

Ce qui va séparer Rodrigue de Chimène

510Fait renaître à la fois mon espoir et ma peine ;

Et leur division, que je vois à regret,

Dans mon esprit charmé jette un plaisir secret.

Léonor.

Cette haute vertu qui règne dans votre âme

Se rend-elle sitôt à cette lâche flamme ?

L’Infante.

515Ne la nomme point lâche, à présent que chez moi

Pompeuse et triomphante elle me fait la loi :

Porte-lui du respect, puisqu’elle m’est si chère.

Ma vertu la combat, mais malgré moi j’espère ;

Et d’un si fol espoir mon cœur mal défendu

520Vole après un amant que Chimène a perdu.

Léonor.

Vous laissez choir ainsi ce glorieux courage,

Et la raison chez vous perd ainsi son usage ?

L’Infante.

Ah ! qu’avec peu d’effet on entend la raison,

Quand le cœur est atteint d’un si charmant poison !

525Et lorsque le malade aime sa maladie,

Qu’il a peine à souffrir que l’on y remédie !

Léonor.

Votre espoir vous séduit, votre mal vous est doux ;

Mais enfin ce Rodrigue est indigne de vous.

L’Infante.

Je ne le sais que trop ; mais si ma vertu cède,

530Apprends comme l’amour flatte un cœur qu’il possède.

Si Rodrigue une fois sort vainqueur du combat,

Si dessous sa valeur ce grand guerrier s’abat,

Je puis en faire cas, je puis l’aimer sans honte.

Que ne fera-t-il point, s’il peut vaincre le Comte ?

535J’ose m’imaginer qu’à ses moindres exploits

Les royaumes entiers tomberont sous ses lois ;

Et mon amour flatteur déjà me persuade

Que je le vois assis au trône de Grenade,

Les Mores subjugués trembler en l’adorant,

540L’Aragon recevoir ce nouveau conquérant,

Le Portugal se rendre, et ses nobles journées

Porter delà les mers ses hautes destinées,

Du sang des Africains arroser ses lauriers :

Enfin tout ce qu’on dit des plus fameux guerriers,

545Je l’attends de Rodrigue après cette victoire.

Et fais de son amour un sujet de ma gloire.

Léonor.

Mais, Madame, voyez où vous portez son bras,

Ensuite d’un combat qui peut-être n’est pas.

L’Infante.

Rodrigue est offensé ; le Comte a fait l’outrage ;

550Ils sont sortis ensemble : en faut-il davantage ?

Léonor.

Eh bien ! ils se battront, puisque vous le voulez,

Mais Rodrigue ira-t-il si loin que vous allez ?

L’Infante.

Que veux-tu ? je suis folle, et mon esprit s’égare :

Tu vois par là quels maux cet amour me prépare.

555Viens dans mon cabinet consoler mes ennuis,

Et ne me quitte point dans le trouble où je suis.

Scène VI.

DON FERNAND, DON ARIAS, DON SANCHE.

Don Fernand.

Le Comte est donc si vain et si peu raisonnable !

Ose-t-il croire encor son crime pardonnable ?

Don Arias.

Je l’ai de votre part longtemps entretenu ;

560J’ai fait mon pouvoir, Sire, et n’ai rien obtenu.

Don Fernand.

Justes cieux ! ainsi donc un sujet téméraire

A si peu de respect et de soin de me plaire !

Il offense don Diègue, et méprise son roi !

Au milieu de ma cour il me donne la loi !

565Qu’il soit brave guerrier, qu’il soit grand capitaine,

Je saurai bien rabattre une humeur si hautaine.

Fût-il la valeur même, et le dieu des combats,

Il verra ce que c’est que de n’obéir pas.

Quoi qu’ait pu mériter une telle insolence,

570Je l’ai voulu d’abord traiter sans violence ;

Mais puisqu’il en abuse, allez dès aujourd’hui,

Soit qu’il résiste ou non, vous assurer de lui.

Don Sanche.

Peut-être un peu de temps le rendroit moins rebelle :

On l’a pris tout bouillant encor de sa querelle ;

575Sire, dans la chaleur d’un premier mouvement,

Un cœur si généreux se rend malaisément.

Il voit bien qu’il a tort, mais une âme si haute

N’est pas sitôt réduite à confesser sa faute.

Don Fernand.

Don Sanche, taisez-vous, et soyez averti

580Qu’on se rend criminel à prendre son parti.

Don Sanche.

J’obéis, et me tais ; mais de grâce encor, Sire,

Deux mots en sa défense.

Don Fernand.

Deux mots en sa défense.Et que pouvez-vous dire ?

Don Sanche.

Qu’une âme accoutumée aux grandes actions

Ne se peut abaisser à des submissions :

585Elle n’en conçoit point qui s’expliquent sans honte ;

Et c’est à ce mot seul qu’a résisté le Comte.

Il trouve en son devoir un peu trop de rigueur,

Et vous obéiroit, s’il avoit moins de cœur.

Commandez que son bras, nourri dans les alarmes,

590Répare cette injure à la pointe des armes ;

Il satisfera, Sire ; et vienne qui voudra,

Attendant qu’il l’ait su, voici qui répondra.

Don Fernand.

Vous perdez le respect ; mais je pardonne à l’âge,

Et j’excuse l’ardeur en un jeune courage.

595Un roi dont la prudence a de meilleurs objets

Est meilleur ménager du sang de ses sujets :

Je veille pour les miens, mes soucis les conservent,

Comme le chef a soin des membres qui le servent.

Ainsi votre raison n’est pas raison pour moi :

600Vous parlez en soldat ; je dois agir en roi ;

Et quoi qu’on veuille dire, et quoi qu’il ose croire,

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