Dialogi (page 3)

Grégoire le Grand · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : remacle.org · 3 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Il arriva de nos jours un événement qui offre beaucoup d'analogie avec l'ancien miracle des enfants dans la fournaise, bien qu'il soit le produit d'un élément tout contraire. Dernièrement le tribun Jean m'a raconté que le comte Pronulfe se trouvait avec le roi Autharit sur le théâtre de cet étrange prodige, et qu'il avait affirmé qu'il était parfaitement instruit de cette affaire. Voici la version du tribun. Il y a environ cinq ans, lorsque le Tibre, franchissant ses limites, inonda la ville de Rome, à tel point que les flots accumulés passaient par-dessus les murailles pour envahir ensuite de vastes contrées, l'Athesis[81] déborda également à Vérone, et s'éleva jusqu'à l'église de saint Zénon, martyr et pontife. Quoique les portes de cette église fussent ouvertes, Seau cependant n'y entra pas, Elle crût insensiblement, parvint jusqu'aux fenêtres placées à quelque distance du toit » et ferma l'entrée de l'église en s'arrêtant à la porte. On eût dit que le liquide élément s'était changé en un mur solide.[82] Beaucoup de personnes se trouvèrent surprises à l'intérieur de l'église, environnée d'eau de toutes parts. Comme il ne s'offrait aucune issue pour en sortir, elles craignaient de mourir de faim et de soif ; mais elles vinrent à la porte de l'église, et puisèrent à boire dans la masse d'eau qui, comme nous l'avons dit, s'était élevée jusqu'aux fenêtres sans pourtant s'écouler aucunement dans l'église. Arrêtée à la porte, pour faire éclater à tous les regards le mérite du saint martyr, elle offrait l'avantage de l'eau, qu'on peut puiser, et cessait de paraître effectivement de l'eau lorsqu'il s'agissait d'inonder le lieu saint. C'est donc à juste titre que j'ai comparé ce miracle à l'ancien miracle de la fournaise, qui respecta les habits des trois enfants, tout en consumant leurs liens.

PIERRE.

Elles sont fort merveilleuses les actions des saints que vous me racontez ; elles sont pour la faiblesse des hommes actuels un sujet de profonde stupéfaction. Mais, puisque vous me dites qu'il y a eu naguère en Italie des hommes d'une si étonnante vertu, je voudrais bien savoir si l'ancien ennemi leur a tendu des pièges, et quel profit ils en ont retiré.

GRÉGOIRE.

Sans les fatigues du combat on ne remporte point la palme de la victoire. Or, comment est-on victorieux, sinon en combattant les artifices de l'ennemi ? En effet, le malin esprit épie nos pensées, nos paroles, nos actions, pour y trouver quelque sujet d'accusation devant le tribunal du souverain Juge. Voulez-vous savoir comme il nous observe sans cesse pour nous surprendre ?

CHAPITRE XVII

Etienne, prêtre de la province de Valérie.[83]

GRÉGOIRE.

Quelques personnes, actuellement avec nous, attestent le fait que je vais rapporter.

Il y avait dans la province de Valérie un prêtre respectable par sa sainteté, très proche parent de Boniface, notre diacre et économe de notre église ; son nom était Etienne, Un jour qu'il rentrait à sa maison au retour d'un voyage, il dit inconsidérément à son esclave : « Viens, diable, déchausse-moi. » A l'instant les cordons de ses souliers se délièrent avec une extrême vitesse : c'était une preuve incontestable que le diable, dont il avait prononcé le nom, était venu lui ôter ses souliers.[84] Aussitôt que le prêtre s'en fut aperçu, il fut saisi d'un terrible effroi et se prit à crier de toutes ses forces : « Retire-toi, misérable, retire-toi ; ce n'est point à toi que j'ai adressé la parole, mais à mon esclave. » Aces mots, le démon se retira, et les cordons qui se trouvaient déliés en grande partie restèrent en cet état.

Si l'ancien ennemi est sitôt prêt lorsqu'il s'agit d'actes extérieurs, quelles affreuses embûches ne tend-il pas à nos pensées ? c'est la conclusion naturelle que nous devons tirer de ce qui précède.

PIERRE.

C'est une bien rude et bien terrible tâche que de lutter contre les artifices du démon, et d'avoir toujours les armes à la main.

GRÉGOIRE.

Ce ne sera point chose difficile si ce n'est point à nous, mais à la grâce céleste, que nous confions notre garde, à condition toutefois que nous veillerons à notre défense autant qu'il est en notre pouvoir, sous la protection de Dieu. Si Von se met en devoir de chasser l'ancien ennemi, ordinairement, par un effet de la bonté divine, il cesse d'être redoutable, tandis que lui-même redoute, au contraire, le pouvoir des gens de bien.

CHAPITRE XVIII

Sœur converse qui, par son seul commandement, délivra un homme possédé du démon.

GRÉGOIRE.

Le fait que je vais raconter a pour garant le saint et vénérable vieillard Éleuthère, dont j'ai fait mention ci-dessus.[85]

Il a bien voulu m'apprendre que la fille d'un citoyen distingué de la ville de Spo-lette, étant parvenue à l'âge nubile, avait conçu le désir de mener une vie céleste. Son père s'était efforcé de s'opposer à son pieux dessein ; mais, au lieu d'en tenir compte,[86]

elle prit l'habit religieux. En retour, son père la déshérita et ne lui laissa de tous ses biens que la moitié d'une toute petite terre. L'ascendant de son exemple amena bientôt à cette vertueuse fille une foule de jeunes personnes d'une haute naissance, qui consacrèrent leur virginité au service du Seigneur. Un jour, l'abbé Eleuthère, si respectable par la sainteté de sa vie, était venu lui faire visite dans le but de lui adresser quelques paroles d'édification. Tandis qu'il s'entretenait pieusement avec elle, un villageois vint de la petite terre que son père lui avait laissée, lui offrir un modeste présent. Il était encore en leur présence, lorsque le malin esprit le saisit et le tourmenta avec tant de furie, qu'il lui faisait pousser une sorte de bêlement et des cris déchirants. Alors la religieuse se leva, le visage enflammé d'une sainte indignation, et se mit à lui crier à haute voix : « Misérable, sors de cet homme, sors, misérable ! » Aussitôt le démon répondit par la bouche de sa victime : « Hé ! si je sors de cet homme, où me retirerai-je ? » Or, il se trouva qu'un petit cochon passait à quelques pas de là. La religieuse lui dit : « Sors de cet homme et entre dans ce pourceau. » A l'instant il quitta le villageois, s'empara de l'animal qu'on lui avait indiqué, et s'enfuit.

PIERRE.

Je voudrais bien savoir si elle pouvait livrer ainsi ce pourceau à l'esprit immonde ?

GRÉGOIRE.

Les actions de Jésus-Christ, qui est la Vérité même, nous sont proposées comme règles de notre conduite. Notre Seigneur voulant délivrer un homme possédé par une légion de démons, celle-ci lui avait dit : « Si vous nous chassez, envoyez-nous dans ce troupeau de pourceaux.[87] » Or, le Sauveur, en la chassant du possédé, lui permit d'entrer dans ces animaux immondes et de les précipiter dans la mer. Par là, il nous est donné de conclure que, sans la permission du Dieu tout-puissant, le malin esprit n'a aucun pouvoir contre les hommes, dès lors qu'il n'a pu entrer dans des pourceaux qu'à cette condition.

Ainsi il est indispensable de nous soumettre spontanément à Celui qui, dans cette vie, tient malgré eux tous ses ennemis sous son empire ; de cette sorte, nous serons d'autant plus terribles à nos ennemis que l'humilité nous unira plus intimement au Créateur de toutes choses. Qu'y a-t-il d'étonnant que les élus, encore revêtus d'une chair mortelle, puissent opérer de nombreux miracles, lorsque leurs ossements, après leur mort, font éclater leur puissance par une foule de prodiges ?

CHAPITRE XIX

Un prêtre de la province de Valérie arrête un voleur sur son tombeau. (vie siècle.)

GRÉGOIRE.

C'est dans la province de Valérie que s'est passé ce que je vais rapporter ; je tiens le fait de la bouche de mon abbé Valentin, d'heureuse mémoire.[88]

Or, il y avait là un vénérable prêtre qui menait une vie sainte. Son occupation incessante était de chanter les louanges de Dieu avec ses clercs, et de faire des bonnes œuvres. Le jour où le Seigneur devait l'appeler à lui étant arrivé, il mourut et fut enterré à la porte de l'église. Auprès de cette église était une bergerie à laquelle on arrivait en passant sur le tombeau du serviteur de Dieu. Une nuit que les clercs chantaient l'office à l'église, un voleur vint, entra dans la bergerie pour commettre un larcin, prit un mouton et sortit au plus vite. Arrivé au lieu où le serviteur de Dieu était inhumé, il se trouva tout à coup arrêté, sans pouvoir faire un pas. Jl déposa son fardeau et essaya de lâcher le mouton ; mais il ne put en dégager sa main. Ainsi force fut au malheureux de rester là, attaché à une proie qui déposait contre lui. Voulait-il sortir avec le mouton, cela lui était impossible. Ainsi, par un prodige étonnant, le voleur qui avait redouté les regards des vivants, un mort le tenait enchaîné ! Ses mains et ses pieds se trouvant cloués de la sorte, il resta immobile. Le matin, après avoir chanté les louanges de Dieu, les clercs sortirent de l’église et trouvèrent un inconnu qui tenait un mouton. Emportait-il cet animal, ou l'apportait-il à la bergerie, c'était à en douter. Mais bientôt le coupable confessa et son crime et le châtiment qu'il en essuyait. Tout le monde fut saisi d'admiration, en voyant que la vertu de l'homme de Dieu tenait le voleur enchaîné à son larcin. Aussitôt on se mit à prier pour sa délivrance, et les prières des clercs obtinrent enfin, mais à grand-peine, que celui qui était venu ravir leur bien pût du moins s'en retourner les mains vides. Ainsi, après avoir subi une assez longue captivité avec son butin, le voleur eut la liberté de se retirer sans rien emporter.[89]

PIERRE.

En nous instruisant par des prodiges aussi intéressants, Dieu nous montre parfaitement sa bonté paternelle à notre égard.

CHAPITRE XX

Saint Théodore,[90] clerc habitué de l'église Saint-Pierre à Rome. (VIe siècle.)

GRÉGOIRE.

Il existe encore des personnes qui ont connu Théodore, clerc habitué de l'église Saint-Pierre ; il lui est arrivé une chose fort remarquable dont il a fait lui-même le récit. Une nuit qu'il s'était levé plus tôt que d'ordinaire pour rallumer les luminaires placés vers la porte, il était debout, selon son habitude, sur un gradin de bois tout près de la lampe dont il alimentait la flamme. Soudain, en bas et sur le pavé, le bienheureux apôtre saint Pierre lui apparut, revêtu d'une étole blanche, et lui dit : « Mon ami, pourquoi vous êtes-vous levé de si bonne heure ? » A ces mots, il se déroba soudain à ses regards. Théodore fut saisi d'une grande frayeur ; toutes ses forces l'abandonnèrent, et il resta plusieurs jours sur son lit sans pouvoir se lever. Que voulait le bienheureux apôtre dans cette circonstance ? Son but était sans doute de montrer à ceux qui se dévouent à son service qu'il est sans cesse présent pour voir tout ce qu'ils font en son honneur, afin de leur en assurer la récompense.

PIERRE.

Ce que je trouve de merveilleux ici, c'est moins l'apparition de saint Pierre, que la maladie de celui qui en fut l'objet.

GRÉGOIRE.

Et pourquoi, mon cher Pierre, vous étonner de cela ? Avez-vous donc oublié que le prophète Daniel, après la grande et terrible vision qui le remplit d'épouvante, s'écria aussitôt : « Et j'ai été frappé de langueur, et j'ai été malade pendant plusieurs jours[91] ? » La chair ne peut comporter ce qui est de l'esprit ; aussi, lorsque l'esprit humain est élevé au-dessus de lui-même pour considérer des choses de cette nature, il est indispensable que ce corps de chair, incapable de porterie poids d'une si haute faveur, tombe en défaillance.

CHAPITRE XXI

Saint Abonde,[92] clerc habitué de l’église Saint-Pierre. (vie siècle.)

GRÉGOIRE.

Il n'y a pas fort longtemps, un officier de l'église Saint-Pierre, nommé Abonde, se montra, au récit de nos anciens, si humble, si grave, si zélé dans le service de Dieu, que saint Pierre voulut témoigner par des miracles l'estime qu'il avait de sa personne. On voyait habituellement dans l'église du saint apôtre une fille frappée dans la région des reins d'une paralysie qui la réduisait à se traîner par terre, et à ramper sur ses mains. Depuis longtemps elle demandait à saint Pierre de vouloir bien la guérir, lorsqu'une nuit le saint apôtre lui apparut en songe, et lui dit : « Allez trouver l'officier Abonde, priez-le de vous rendre lui-même la santé, et il vous guérira. » La malade était bien assurée de la précieuse vision ; mais elle ne connaissait pas Abonde. Aussitôt de se traîner de tous côtés par l'église pour chercher qui était Abonde. Tout à coup elle le rencontre et lui adresse cette question : « Veuillez m'indiquer, mon Père, quel est le gardien Abonde. — C'est moi, » lui répondit-il. A l'instant elle répliqua : « Le bienheureux apôtre saint Pierre, notre pasteur et notre père, m'a envoyée vers vous pour que vous daigniez me délivrer de cette infirmité. — Si c'est lui qui vous envoie, levez-vous, » répondit-il ; en même temps il lui prit la main, la redressa et la rétablit dans son premier état. A dater de ce moment, tous ses muscles, tous ses membres se consolidèrent, à tel point qu'il ne resta plus aucune trace de paralysie. Si nous entreprenions d'exposer tous les faits à notre connaissance qui se sont passés dans cette église, il nous faudrait, sans aucun doute, renoncer à tout autre récit. Aussi devons-nous revenir aux Pères les plus récents dont la sainteté a éclaté dans les diverses provinces d'Italie.

CHAPITRE XXII

Le religieux solitaire saint Ménas.[93]

GRÉGOIRE.

Naguère un homme respectable menait une vie solitaire dans le Samnium[94] ; Ménas était son nom. Beaucoup des nôtres l'ont connu, et il y a dix ans à peine qu'il est mort. Ce n'est pas sur la foi d'un seul garant que je vais raconter ses œuvres ; j'ai presque autant de témoins de sa vie qu'il en est qui connaissent le Samnium.

Menas ne possédait pour son usage que quelques ruches d'abeilles. Un Lombard voulut les lui ravir ; le solitaire l'en reprit d'abord ; ensuite le démon, ayant saisi le barbare, le tourmenta aux pieds de l'homme de Dieu. Cet événement rendit le nom de Menas célèbre parmi les habitants de la province, et même chez les barbares ; personne n'osait entrer dans sa cellule sans éprouver une certaine frayeur.

Souvent les ours, accourus de la forêt voisine, essayaient de manger ses abeilles. Lorsqu'il les y surprenait, il les frappait de la férule qu'il avait habituellement à la main. Les bêtes féroces rugissaient sous ses coups et prenaient la fuite. Elles auraient à peine redouté le tranchant du glaive, et elles tremblaient à la vue d'une férule ! Ne rien posséder, ne rien désirer en ce monde, telle était la vie et la tendance de Menas. Venait-on lui faire des visites de bonne amitié, il cherchait à allumer dans les cœurs le désir de l'éternelle vie ; connaissait-il les fautes de quelqu'un, il ne lui épargnait pas la correction ; embrasé du feu de la charité, son zèle impétueux lui adressait des reproches foudroyants. Ses voisins, et même des personnes éloignées de son ermitage, avaient la coutume de lui envoyer leurs offrandes chaque semaine, à des jours déterminés : c'était pour le mettre en état d'offrir quelques présents aux visiteurs qui abordaient son ermitage. Un propriétaire nommé Cartère avait, dans le délire d'une passion coupable, ravi une personne consacrée au Seigneur, et contracté avec elle une union illégitime. A cette nouvelle, Menas lui adressa, par l'intermédiaire des personnes qu'il en jugea capables, les réprimandes qu'il méritait, Cartère, qui sentait toute l'horreur de son crime, n'osa se permettre d'aborder l'homme de Dieu, dans la crainte de s'exposer à la rude correction qu'il infligeait ordinairement aux pécheurs. Cependant il prépara ses présents et les mêla aux autres, afin qu'il les reçût, étant dans l'impossibilité de les discerner. Mais, lorsqu'on eut présenté collectivement toutes les offrandes, il s'assit en silence, considéra chacune d'elles d'un œil attentif, puis, après avoir démêlé et détourné toutes les autres, il connut par l'esprit de Dieu celles que Cartère lui avait envoyées, et les rejeta avec mépris, en disant : « Allez, et dites-lui : Tu as ravi son offrande au Seigneur du ciel et de la terre, et tu oses m'envoyer les tiennes ! Je ne les reçois pas, puisque tu as enlevé la sienne au Seigneur. » A ces paroles, tous ceux qui étaient présents furent saisis d'une grande crainte, en voyant que l'homme de Dieu appréciait avec tant de lumière ce qui s'était fait en son absence.[95]

PIERRE.

Je me figure que beaucoup de ces grands hommes auraient pu souffrir le martyre, s'ils se fussent rencontrés à l'époque des persécutions.

GRÉGOIRE.

Il y a deux sortes de martyres, mon cher Pierre : l'un est secret, l'autre est public. Bien que la persécution fasse défaut extérieurement, le mérite du martyre n'en existe pas moins au fond du cœur, lorsque, soutenu par une vertu généreuse, on brûle d'amour pour les souffrances. Que le martyre puisse exister sans souffrir ouvertement les tortures, c'est ce que nous affirme le Sauveur dans son Évangile. Lorsque les enfants de Zébédée, dont la vertu était encore si faible, demandaient au Sauveur les premières places de son royaume, il leur répondit : Pouvez-vous boire le calice que je boirai moi-même[96]

? Après qu'ils eurent répondu : Nous le pouvons, il dit à tous deux : A la vérité, vous boirez mon calice ; mais pour siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi à vous l’accorder.[97]

Que signifie le mot calice, sinon la coupe amère de la passion ? Or, il est incontestable que saint Jacques mourut par le martyre, et que saint Jean reposa doucement au sein de la paix de l'Église, d'où il est donné de conclure qu'il y a un martyre sans souffrance extérieure, attendu que saint Jean, qui n'est pas mort par l'effet de la persécution, a bu, selon l'Écriture, le calice du Seigneur. Quant à ces hommes si fameux et si distingués dont nous avons parlé, pourquoi ne dirions-nous pas qu'ils auraient pu être martyrs, s'ils eussent vécu dans un temps de persécution ? Par là même qu'ils se sont défendus contre les embûches secrètes du démon, qu'ils ont aimé leurs ennemis en ce monde, qu'ils ont lutté contre tous les désirs de la chair, ils se sont immolés au Dieu tout-puissant sur l'autel de leurs cœurs, et, même au sein de la paix, ils ont conquis la palme du martyre. Une preuve manifeste de ce que nous avançons, c'est que des personnes dont la condition était obscure, la vie toute séculière, et le mérite si modeste qu'on ne les aurait jamais crues réservées à tant de gloire dans les cieux, ont remporté la couronne du martyre lorsque l'occasion s'en est présentée.

CHAPITRE XXIII

Quarante paysans égorgés par les lombards, parce qu'ils refusèrent à manger des victimes immolées à un démon.[98] (Vers 579.)

GRÉGOIRE.

Il y a environ quinze ans que, sur le témoignage des personnes qui en ont été témoins, quarante paysans, tombés entre les mains des Lombards, se virent pressés de manger des viandes offertes aux idoles. Ils résistèrent courageusement et refusèrent positivement de toucher à ces mets sacrilèges. Alors les Lombards, qui les avaient en leur puissance, se mirent à les menacer de la mort s'ils ne mangeaient des victimes immolées. Mais eux, préférant l'éternelle vie à cette vie présente et éphémère, restèrent inébranlables et périrent tous victimes de leur invincible constance.

Ne sont-ils pas des martyrs de la vérité, ces généreux chrétiens qui, dans la crainte d'offenser leur Créateur, ont mieux aimé unir leur vie par le tranchant du glaive que de manger des viandes défendues[99] ?

CHAPITRE XXIV

Multitude de captifs immolés pour avoir refusé d'adorer une tête de chèvre.[100] (579.)

GRÉGOIRE.

A peu près à la même époque, les Lombards, après s'être saisis de quarante autres chrétiens, immolèrent au démon, selon leur coutume, une tête de chèvre, qu'ils lui offrirent en courant alentour et en chantant des airs abominables.[101] D'abord ils l'adorèrent en s'inclinant devant elle, el pressèrent leurs prisonniers de lui rendre les mêmes hommages. Mais la majeure partie des captifs préféra conquérir la vie immortelle au prix de son sang, plutôt que de conserver à une telle condition une vie éphémère. Ainsi elle refusa d'obéir à ces ordres sacrilèges, et ne daigna pas incliner devant la créature un front qu'elle avait toujours courbé devant son Créateur. Dans les violents transports de leur courroux, les barbares livrèrent au tranchant du glaive tous les captifs qu'ils ne purent entraîner dans leurs coupables erreurs.

Est-il étonnant qu'à l'époque d'une persécution ils eussent pu remporter la palme du martyre, ces fidèles qui, en se consacrant à de continuelles austérités dans la paix de l'Église, marchaient dans la voie étroite du martyre, lorsque les personnes qui paraissaient suivre, pendant des jours sereins, les larges voies du siècle, ont mérité de recevoir cette glorieuse couronne en un instant de persécution passagère[102] ? Toutefois ce que nous disons de ces élus, nous ne prétendons pas en faire une règle applicable à tous les chrétiens. En effet, lorsque le feu de la persécution éclate, une foule qui, pendant la paix, ne paraissait digne que de mépris, obtient la gloire du martyre, tandis que ceux que l'on croyait dans l'Église animés d'un courage héroïque tombent de faiblesse et de crainte. Mais pour les fidèles reconnus et proclamés par nous capables du martyre, c'est une assertion que nous avançons en toute confiance, appuyés sur leur fin glorieuse. Comment auraient-ils pu tomber dans une persécution ouverte, ceux qui jusqu'à la fin de leur vie (et c'est une vérité incontestable) ont persévéré intérieurement dans leur invariable constance ?

PIERRE.

Ce que vous dites là est vrai ; mais j'admire la miséricordieuse sagesse de Dieu envers nous, indignes de tant de faveurs : il sait si bien enchaîner la fureur des Lombards, qu'il ne permet point à leurs prêtres sacrilèges, vainqueurs des fidèles, pour ainsi dire, de persécuter en rien la foi des orthodoxes.

CHAPITRE XXV

Évêque arien frappé de cécité. (Vers 573.)

GRÉGOIRE.

Les Lombards ont entrepris plus d'une fois, mon cher Pierre, de persécuter la foi catholique ; mais le Ciel a opposé des miracles à leur fureur. Je n'en raconterai qu'un seul ; je l'ai appris de la bouche de Boniface, religieux de mon monastère.[103] Or, Boniface, si l'on excepte les trois ans qui viennent de s'écouler, s'est toujours trouvé avec les Lombards. Arrivé à Spolète, leur évêque, imbu des erreurs de l'arianisme et privé d'un local pour l'exercice de son culte, demanda une église à l'évêque de cette ville, afin de la consacrer à l'arianisme. Le prélat lui opposa un refus inébranlable. Alors l'hérétique qui était venu lui adresser ses sollicitations déclara que le lendemain il pénétrerait de vive force dans l'église de l'apôtre saint Paul, située à quelques pas. A cette nouvelle, l'ecclésiastique chargé de veiller à sa garde courut aussitôt en fermer la porte à clef ; puis, le soir, il en éteignit toutes les lampes, et se coucha dans la nef. Le lendemain, à l'aube du jour, l’évêque arien arriva, suivi d'une grande multitude, tout prêta enfoncer les portes de l'église qu'il trouva fermées. Mais soudain la puissance divine les ébranle toutes à la fois ; les serrures tombent, les portes du temple s'ouvrent toutes ensemble avec un affreux fracas, et une lumière, descendue du ciel, vient allumer les lampes éteintes la veille. L'évêque arien, disposé à employer la force pour pénétrer dans le saint lieu, est frappé d'un aveuglement subit et reconduit à son domicile par des mains étrangères.[104]

Le prodige parvint à la connaissance de tous les Lombards de la contrée, qui n'osèrent plus désormais se permettre de violer les temples catholiques. La lumière avait été rendue à l'église Saint-Paul, précisément au même moment qu'elle avait été ravie au sacrilège arien, à l'occasion duquel on avait éteint les lampes ; et c'était là un miracle bien capable de faire sur les esprits une salutaire impression.

CHAPITRE XXVI

Église arienne, à Rome, nouvellement consacrée au culte catholique. (vie siècle.)

GRÉGOIRE.

Je ne veux pas omettre les prodiges que la bonté divine fit éclater dans cette ville (Rome), il y a deux ans, pour la condamnation de l'hérésie arienne. Le peuple connaît une partie des faits que je vais raconter, Vautre a eu pour témoins oculaires et auriculaires le prêtre et les gardiens de l'église.

Une église des ariens, dans le quartier de la ville qu'on appelle Subure,[105] était restée close ; elle l'était encore il y a deux ans. Je jugeai à propos de la consacrer au culte catholique, en y plaçant des reliques des martyrs saint Sébastien et sainte Agathe ; et c'est ce que nous fîmes. Nous entrâmes dans cette église à la tête d'un peuple immense, en chantant les louanges de Dieu. Pendant qu'on y célébrait les saints mystères, au milieu d'une foule compacte et entassée dans cet étroit local, quelques personnes placées en dehors du sanctuaire, sentirent courir de côté et d'autre, entre leurs jambes, un animal immonde. Chacun s'en aperçut et en fit part à ses voisins. Pendant ce temps-là le pourceau se dirigea vers les portes de l'église, excitant l'étonnement de tous ceux parmi lesquels il passait ; mais si on put le sentir, il fut impossible de le voir. La bonté divine fit éclater ce prodige afin de montrer à tous que cet hôte immonde sortait du temple.[106]

Après la célébration des saints mystères, nous nous retirâmes ; mais, la nuit suivante, un bruit affreux se fit entendre sur le toit de l'église ; on eût dit que quelqu'un y courait de toute part avec fracas. Le bruit augmenta la nuit suivante ; il devint tout à coup aussi bruyant et aussi terrible que si l'église entière eût croulé de fond en comble. Puis il cessa-à l'instant, et l'ancien ennemi ne suscita plus d'inquiétude de ce côté ; mais l'effroyable tintamarre qu'il avait fait entendre était la preuve qu'il ne sortait que malgré lui du saint lieu qu'il avait occupé.

Quelques jours après, tandis que le temps était parfaitement serein, une nuée descendit du ciel sur l'autel de cette église, le couvrit de son ombre, et remplit tout à la fois l'église d'une terreur et d'une odeur de suavité telles que, bien que les portes fussent ouvertes, personne n'osait entrer. Le prêtre, ceux qui étaient chargés du soin de l'église, ceux qui venaient célébrer les saints mystères, étaient témoins de ce spectacle et respiraient l'odeur de ce parfum délicieux ; mais ils ne pouvaient entrer. Un autre jour, les lampes, qu'on y avait trouvées éteintes, furent allumées par une lumière céleste. A quelques jours de là, le sacristain les éteignit après la célébration des saints mystères, et sortit de l’église. Il y rentra un instant après, et trouva rallumées les lampes qu'il avait éteintes. Il s'imagina qu'il l'avait fait maladroitement, les éteignit avec soin et ferma l'église en la quittant. Mais trois heures après, lorsqu'il revint, il les trouva encore allumées : ce prodige avait sans doute pour but de montrer manifestement que cette église était passée des ténèbres à la lumière.[107]

PIERRE.

Quoique nous soyons en proie à d'immenses tribulations, cependant les miracles étonnants que vous me racontez prouvent que notre Dieu ne nous méprise pas totalement.

GRÉGOIRE.

Je m'étais proposé de ne vous rapporter que ce qui s'est passé en Italie ; voulez-vous néanmoins que, dans le but de mieux établir la condamnation de l'hérésie arienne, nous passions en Espagne dans notre entretien, pour revenir en Italie par l'Afrique ?

PIERRE.

Allez où bon vous semblera : je me laisserai emmener et ramener avec joie.

CHAPITRE XXVII

Le saint roi Herménigilde,[108] fils de Lévigilde, roi des Visigoths, tué par l'ordre de ion père, à cause de ion attachement à la foi catholique » (586.)

GRÉGOIRE.

Beaucoup de personnes venues d'Espagne m'ont appris que le roi Herménigilde, fils du roi Lévigilde, converti par les prédications du vénérable Léandre,[109] évêque de Séville, auquel je suis uni par les liens d'une ancienne amitié, avait quitté l'hérésie arienne pour embrasser la foi catholique.[110] Son père, engagé dans l'hérésie d'Anus, employa les menaces et les promesses, la persuasion et la terreur, pour le replonger dans les ténèbres de l'hérésie. Il répondit avec une constance inébranlable qu'il ne pourrait jamais quitter la vraie foi, après l'avoir une fois connue. Lévigilde, irrité, lui ôta la couronne et le dépouilla de tous ses biens. Un traitement si dur ne put faire fléchir son courage ; son père inhumain le fit jeter dans une étroite prison, et charger de fers au cou et aux mains. Alors le jeune roi Herménigilde se prit à mépriser les royaumes de la terre pour aspirer de tout l'élan de son âme au céleste royaume. Couvert d'un cilice, accablé de chaînes et gisant à terre, il conjurait avec ferveur le Dieu tout-puissant de fortifier son courage ; plus il avait reconnu dans sa prison le néant des biens qui se peuvent ravir, plus il se sentait un généreux dédain pour la gloire d'un monde qui passe.

La solennité de Pâques étant arrivée, le perfide Lévigilde députa vers son fils, dans le silence d'une nuit profonde, un évêque arien, chargé de lui donner la sainte communion de sa main sacrilège, et de lui faire acheter à ce prix les bonnes grâces de son père. Mais, tout dévoué au Seigneur, le jeune confesseur accabla l'évêque arien de reproches justement mérités, et repoussa ses insinuations perfides ; car, s'il était couché sous le poids de ses fers, intérieurement il se tenait debout, tel qu'une colonne, dans le calme d'une sécurité profonde. Lorsque l'évêque arien fut de retour, Lévigilde se livra à de violents transports, et aussitôt il envoya ses appariteurs pour tuer dans sa prison le généreux confesseur de la foi ; ses ordres furent accomplis. A peine les satellites furent-ils entrés, qu'ils lui fendirent la tête à coups de hache et tranchèrent le fil de ses jours. Ils ne purent lui enlever, après tout, que ce que l'héroïque victime avait constamment méprisé en sa personne.

Mais, pour manifester sa véritable gloire, le Ciel fit éclater plus d'un miracle. Auprès du corps de ce roi immolé pour sa foi, et d'autant plus véritablement roi qu'il avait obtenu la couronne du martyre, on entendit dans le silence de la nuit retentir le chant sacré des psaumes. On rapporte aussi que dans ce même moment on vît des lampes allumées. C'était pour montrer que ses mortelles dépouilles, telles que les reliques d'un martyr, devaient être à juste titre l'objet de la vénération des fidèles. Son impie et parricide père fut touché de repentir ; il déplora son crime ; mais ses remords ne suffirent pas pour lui obtenir la grâce du salut. Il reconnut la vérité de la foi catholique ; mais comme il redoutait de froisser sa nation par une profession ouverte, il ne mérita pas de l'embrasser. Les chagrins et la maladie l'ayant conduit au terme de sa carrière, il manda l’évêque Léandre, qu'il avait auparavant persécuté avec tant de rigueur, et lui recommanda instamment son fils Récarède, qu'il laissait plongé dans l'hérésie, afin que les exhortations du saint prélat opérassent en lui l'heureux changement qu'elles avaient produit dans son frère. Après cette recommandation il mourut. Alors, au lieu de suivre les égarements du roi son père, Récarède marcha sur les traces du roi martyr son frère, renonça aux coupables erreurs de l'hérésie arienne, convertit à la vraie foi toute la nation des Visigoths, et refusa de recevoir sous ses étendards, dans toute retendue de son royaume, ceux qui ne craignaient pas de se constituer les ennemis de Dieu en restant infectés du venin de l'hérésie. Il ne faut pas s'étonner que le frère d'un martyr soit devenu le prédicateur de la vraie foi : les mérites du second obtinrent au premier la grâce de ramener dans le sein de Dieu une foule de personnes. Il importe de nous convaincre qu'une si belle entreprise n'eût pu se réaliser si le roi Herménigilde n'eût versé son sang pour la vérité ; car il est écrit : Si le grain de blé tombé en terre ne vient à mourir, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.[111]

Nous voyons se renouveler dans les membres ce qui a lieu dans notre chef. Parmi la nation des Visigoths, un homme est mort pour procurer la vie à une multitude. Un seul grain tombé dans une terre fidèle a fait surgir une riche moisson d'âmes qui ont obtenu la foi.[112]

PIERRE.

C'est là une merveille d'autant plus saisissante qu'elle est arrivée de notre temps.

CHAPITRE XXVIII

Evêques d’Afrique, défenseurs de la foi catholique, à qui les Vandales ariens coupèrent la langue, et qui cependant ne laissèrent pas de parler aussi bien qu'auparavant.[113] (484.)

GRÉGOIRE.

Sous le règne de l'empereur Justinien, les Vandales, livrés à l'hérésie d'Arius, suscitèrent en Afrique une persécution furieuse et sanglante. Des évêques, persistant courageusement dans la défense de la vérité, furent forcés de comparaître en public. Perfides insinuations, flatteuses promesses, rien ne fut oublié par le roi des Vandales pour les pervertir et les engager dans l’erreur. Comme ses efforts étaient inutiles, il s'imagina qu'il pourrait les dompter par la violence des tourments. Plus d'une fois il leur avait imposé silence lorsqu'ils parlaient pour la défense de la vérité ; mais ils ne s'étaient pas tus en face de l'hérésie : ils craignaient que leur silence ne passât pour une approbation tacite. Dans les transports de sa fureur, le roi leur fit couper la langue jusqu'à la racine. Mais, ô prodige connu d'une foule de vieillards privés de leurs langues, ils parlaient pour la défense de la vraie foi aussi bien qu'ils le faisaient auparavant à l'aide de cet organe.

PIERRE.

Voilà qui est extraordinairement étonnant, et il y a lieu d'en être surpris.

GRÉGOIRE.

Mon cher Pierre, il est écrit du Fils unique du Père céleste : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Puis l'Esprit saint ajoute, en parlant de sa puissance : Tout a été fait par lui.[114] Pourquoi donc nous étonner, si le Verbe, qui a fait la langue, a pu former des paroles sans le secours de la langue ?

PIERRE.

Je goûte bien ce que vous dites.

GRÉGOIRE.

Pendant cette persécution, les évêques dont nous avons parlé se réfugièrent à Constantinople. Ce fut aussi à cette époque que je fus envoyé vers l'empereur pour traiter des affaires de l'Église. Or, j'y trouvai un évêque déjà fort âgé qui attestait les avoir entendus parler sans langue, si bien qu'ils ouvraient la bouche et s'écriaient : « Regardez bien : Nous n'avons point de langues, et nous parlons ! » Et alors, selon son témoignage, on apercevait, à la place de ces langues coupées jusqu'à la racine, une ouverture profonde qui se prolongeait dans l'intérieur du gosier. Cependant, quoiqu'elles fussent dépourvues de cet organe, leurs bouches articulaient des paroles pleines et entières.

Un de ces glorieux martyrs, étant tombé dans l'impureté, perdit à l'instant ce don miraculeux ; c'était un juste jugement de Dieu : celui qui n'avait pas su conserver sa chair dans la continence, ne devait pas proférer les paroles de la vérité sans une langue de chair.

Mais c'est assez de ces divers récits pour condamner l'hérésie arienne, revenons aux miracles qui se sont tout récemment accomplis en Italie.

CHAPITRE XXIX

Saint Eleuthère,[115] serviteur de Dieu. (vie siècle.)

GRÉGOIRE.

Eleuthère, dont j'ai fait mention plus haut, était abbé du monastère de Saint-Marc-l’Évangéliste, situé à l’entrée de la ville de Spolète, il a demeuré longtemps avec moi dans mon monastère de Rome, et c'est là qu'il a fini ses jours. Ses disciples racontaient que ses larmes avaient ressuscité un mort. Cet homme était doué d'une telle candeur et d'une telle componction, que ses larmes, émanées d'un cœur si simple et si humble, devaient, sans aucun doute, exercer sur le cœur de Dieu un immense pouvoir.

J'en rapporterai un miracle que, sur mes instances, il me raconta lui-même avec simplicité. Un jour qu'il était en route, il ne se trouva point, sur le soir, d'hôtellerie pour loger, et il prit le parti de se rendre dans un monastère de religieuses. Là se trouvait un petit enfant que le malin esprit se plaisait à tourmenter toutes les nuits. Après avoir reçu l'homme de Dieu chez elles, les religieuses lui adressèrent cette prière : « Faites, notre père, que cet enfant passe cette nuit avec vous. » Eleuthère l'accueillit avec bonté, et lui permit de coucher avec lui. Le lendemain matin les religieuses s'informèrent soigneusement près du vénérable Eleuthère si l'enfant qu'elles lui avaient confié lui avait fait quelque peine, « Aucune, » leur répondit-il, fort surpris de leurs questions empressées. Alors elles lui découvrirent le mal auquel il était sujet ; elles lui apprirent que le démon ne le quittait pas une seule nuit, et le conjurèrent de l'emmener dans son monastère, parce qu'elles ne pouvaient plus supporter ses cruelles tortures. Le vieillard y consentit. L'enfant séjourna longtemps au monastère sans que l'ancien ennemi osât l'aborder. Sa guérison remplit le cœur du bon vieillard d'une joie excessive, et il dit en présence des religieux de son monastère : & Mes frères, le diable se jouait de ces bonnes sœurs ; mais depuis qu'il a eu affaire aux serviteurs de Dieu, il n'a plus osé porter atteinte à cet enfant. » A peine avait-il parlé, qu'à l'instant et dans un clin d'œil le démon se ressaisit de sa victime, et la tortura cruellement en présence des religieux. A cette vue, le vieillard poussa un cri de douleur. Pour essuyer ses pleurs, les frères essayèrent de lui prodiguer les consolations ; mais il leur répondit : « Croyez-moi, il n'entrera pas aujourd'hui un morceau de pain dans la bouche de personne d'entre nous, avant que cet enfant soit délivré du démon. » Alors ils se prosternèrent contre terre, et ne cessèrent point de prier que l'innocente victime n'eût été affranchie de la tyrannie de Satan. Sa délivrance fut parfaite, et le malin esprit ne se permit plus de l'attaquer.[116]

PIERRE.

Il me semble qu'il s'était glissé dans l'esprit du vieillard un petit grain de vanité, et c'est le motif pour lequel le Seigneur a voulu que ses disciples partageassent la gloire de ce miracle.

GRÉGOIRE.

C'est bien cela. Il ne pouvait seul porter le poids de ce prodige ; il le répartit sur tous ses frères, et alors cette gloire ne fut plus pour lui un fardeau accablant.

J'ai personnellement éprouvé l’efficacité de sa prière. A la suite d'une opération douloureuse que j'avais subie au monastère de Saint-André, j'éprouvai de fréquentes et terribles oppressions qui, par intervalles, me conduisaient aux portes du tombeau ; c'étaient de ces accidents que les médecins appellent syncopes. Si les religieux ne m'avaient soutenu d'instants en instants en me donnant quelque nourriture, la respiration m'aurait manqué, et avec elle la vie m'aurait échappé totalement. Cependant la fête de Pâques arrivait. Le samedi saint, jour où tout le monde jeûne, même les petits enfants,[117]

je me vis dans l'impossibilité de le faire, et le chagrin, plus que la maladie, me jeta dans une mélancolie profonde. Mais la tristesse m'inspira une excellente résolution : ce fut de conduire l'homme de Dieu à la chapelle, et de le conjurer de vouloir bien m'obtenir, par ses prières auprès du Seigneur, la force déjeuner. C'est précisément ce que nous fîmes. A peine entré dans le lieu saint, l'homme de Dieu se prosterna humblement et se mit à prier avec larmes ; puis, un instant après, il acheva sa prière et sortit. La bénédiction qu'il me donna fortifia mon estomac délabré : il oublia totalement et le besoin de manger et la maladie qui me travaillait. Je m'étonnai d'un état si différent du premier ; lorsque je me rappelais mon infirmité, je ne retrouvais plus rien en moi de ce que m'offrait ce souvenir. Me livrais-je aux occupations que réclamait la direction du monastère, j'oubliais totalement la maladie dont j'étais affligé, el quand celle-ci, encore une fois, me revenait à l'esprit, j'étais surpris de me trouver tant de force sans avoir pris de nourriture. Arrivé au soir, ma vigueur était si grande, que j'aurais pu, si j'eusse voulu, continuer mon jeûne jusqu'au lendemain.

C'est ainsi que j'ai fait personnellement l'expérience de la vérité des prodiges dont je n'ai pas été le témoin.

CHAPITRE XXX

Saint Amance,[118] prêtre de la province de Toscane. (Au VIe siècle.)

GRÉGOIRE.

Votre charité n'ignore pas quelle est la sainteté de Floride, évêque de Tibur,[119] ainsi que son amour de la vérité. Or, il m'a raconté qu'il avait chez lui un prêtre d'une admirable simplicité. Son nom est Amance. Cet homme extraordinaire possède le pouvoir de rendre la santé en imposant, à l'exemple des apôtres, les mains aux malades. Si violente que soit la maladie, Amance n'a qu'à toucher celui qui s'y trouve en proie, et sur-le-champ le mal est dissipé. Il possède encore, a-t-il ajouté, un autre pouvoir également miraculeux. Rencontre-t-il un serpent, quelque furieux que soit le reptile, le saint homme trace sur lui le signe de la croix, et il est exterminé à l'instant ; la vertu de ce signe sacré, formé par Je doigt de l'homme de Dieu, lui déchire les entrailles et le fait périr. Le reptile s'est-il retiré dans le trou d'un rocher, Amance fait à l'entrée le signe de la croix, et l’on retire aussitôt le serpent sans mouvement et sans vie.

J'ai eu à cœur de voir personnellement un homme revêtu d'une si grande puissance ; on me l'amena, et je le fis séjourner quelque temps dans un hôpital, afin d'éprouver incessamment son pouvoir pour la guérison des malades. Or, il s'y trouvait un de ces aliénés que les médecins, appellent frénétiques. Une nuit, il se prit, dans son délire, à pousser de grands cris et à jeter, par d'affreuses clameurs, le trouble et l'épouvante parmi les autres malades. Personne ne put goûter un instant de sommeil, et le mal de cet infortuné augmenta celui de tous les autres. Alors le vénérable prêtre quitta son lit, s'approcha doucement de celui du frénétique, et fit sa prière en lui imposant les mains. Bientôt, voyant qu'il se trouvait mieux, il le prit avec lui et le mena à la chapelle, dans la partie supérieure de la maison. Là il pria pour sa guérison, en donnant à son zèle une libre carrière ; après quoi il le ramena à son lit, dans une santé parfaite. Dès lors le frénétique ne fit plus entendre de ces cris qui troublaient les autres et aggravaient le mauvais état des malades : le pauvre aliéné avait recouvré le parfait usage de sa raison. C'est le très révérend évêque Floride, alors logé dans l'hôpital avec le prêtre Amance, et le garçon chargé cette nuit-là du soin des malades, qui m'ont donné les détails circonstanciés de cette guérison. Sur l'autorité de ce seul fait, ne pouvons-nous pas croire avec une entière assurance tous les autres prodiges qu'on raconte d'Amance ?

PIERRE.

C'est un grand sujet d'édification que de voir des hommes opérer de telles merveilles, que de contempler sur la terre la Jérusalem céleste dans la personne de ses concitoyens.

CHAPITRE XXXI

Saint Maximien,[120] évêque de Syracuse. (VIe siècle.)

GRÉGOIRE.

Je ne crois pas devoir passer sous silence le miracle que le Dieu tout-puissant fit éclater en faveur de son serviteur Maximien, maintenant évêque de Syracuse, et alors abbé de mon monastère. Lorsque, par l'ordre du souverain pontife, j'étais à la cour de Constantinople, pour y prendre soin des affaires ecclésiastiques, le vénérable Maximien, cédant à son affection pour moi, m'y vint trouver avec quelques religieux. Lors de son retour à mon monastère de Rome, par une disposition merveilleuse et ineffable, il s'éleva sur la mer Adriatique une affreuse tempête qui manifesta tout à la fois, à l'endroit de Maximien et de ceux qui l'accompagnaient, la colère et la miséricorde du Seigneur. Soulevées par là violence des vents, les vagues en furie avaient rompu les mats, emporté les voiles, ébranlé la construction tout entière et entr'ouvert le vaisseau de toutes parts. L'eau, pénétrant par ces ouvertures, envahit tout le navire jusqu'au tillac, si bien qu'on apercevait moins le vaisseau au milieu des ondes que les ondes au milieu du vaisseau. Effrayés aux approches, ou plutôt à l'aspect de la mort qui s'offrait à leurs regards, tous les passagers se firent leurs derniers adieux, reçurent le corps et le sang du Sauveur,[121] et se recommandèrent à Dieu en le conjurant d'accueillir leurs âmes dans sa bonté, puisqu'il livrait leurs corps à un si horrible trépas.[122]

Mais, après avoir fait peser sur leurs esprits une prodigieuse épouvante, le Ciel leur sauva la vie d'une façon non moins prodigieuse encore. Pendant huit jours le vaisseau, rempli d'eau jusqu'au pont, continua sa course sans s'abîmer sous les flots. Le neuvième il entra au port de Crotone. Tous les passagers qui montaient ce bâtiment avec le vénérable Maximien en sortirent sans avoir éprouvé aucun mal. Mais à peine le saint abbé eut-il quitté le vaisseau, à la suite des autres, qu'il s'engloutit dans le port même, comme si la descente des passagers l'eût surchargé d'un poids énorme. Ainsi, après avoir vogué plein d'hommes et plein d'eau, le navire, à la sortie de Maximien et de ses frères, n'eut pas la force, dans le port même, de porter l'eau sans les passagers. C'était pour montrer que s'il n'avait pu se soutenir sur les flots, une fois débarrassé de ceux qui le montaient, c'était évidemment la main toute-puissante de Dieu qui l'avait soutenu lorsqu'il était chargé.

CHAPITRE XXXII

Sanctule, prêtre de la province de Norsie.

GRÉGOIRE.

Il y a environ quarante jours que vous avez vu chez moi un homme dont j'ai parlé plus haut[123] ; c'est Sanctule, prêtre respectable par la sainteté de sa vie. Tous les ans il aimait à venir de la province de Norsie pour me visiter. Mais il y a trois jours, un moine de ce pays m'a causé la plus cuisante peine en m'annonçant la mort de ce respectable vieillard. Quoique je ne puisse me rappeler ses miracles sans que je sente couler de mes yeux des larmes de tendresse, toutefois je les raconterai sans crainte, parce que je les ai appris de prêtres de son voisinage, doués d'une grande vertu et d'une admirable candeur. Entre personnes qui s'aiment, la familiarité et l'affection inspirent une grande hardiesse, et plus d'une fois mes instances, pleines de tendresse, arrachèrent à Sanctule le secret de ses plus grands prodiges.

Un jour que les Lombards foulaient les olives au pressoir pour en exprimer l'huile, Sanctule s'y rendit une outre à la main, la sérénité sur le front, et la joie dans le cœur[124] ; il salua d'un air charmant les Lombards occupés à ce travail, leur présenta son outre, et leur demanda d'un ton impératif, qui ne sentait en rien la prière, de vouloir bien l'emplir. Mais les paysans, qui s'étaient consumés toute la journée en de vains labeurs sans avoir pu exprimer une goutte d'huile des olives qu'ils pressuraient, accueillirent fort mal sa demande et le chargèrent d'injures. L'homme de Dieu leur répondit d'un air encore plus gai : « Si vous me voulez du bien, emplissez ce vaisseau à Sanctule, après quoi il prendra congé de vous. » Les barbares, voyant d'une part que les olives ne donnaient aucun résultat, et que de l'autre l'homme de Dieu les pressait de remplir son vaisseau, entrèrent en fureur et se mirent à l'accabler d'outrages plus sanglants encore. Alors l'homme de Dieu, considérant qu'il ne coulait pas une goutte d'huile du pressoir, demanda de Veau, la bénit devant tout le monde, et la jeta lui-même dans le pressoir ; de cette source bénite l'huile jaillit par torrents, et les Lombards, qui s'étaient d'abord épuisés en d'inutiles efforts, remplirent tous leurs vaisseaux sans en excepter celui de l'homme de Dieu, qu'ils remercièrent avec effusion d'être venu leur demander de l'huile, parce qu'il avait procuré par sa bénédiction l'objet de sa demande.[125]

Dans une autre circonstance, alors que la famine exerçait partout ses rigueurs, l'église de saint Laurent, martyr, avait été brûlée par les Lombards. L'homme de Dieu conçut le dessein de la restaurer : il prit à ses ordres des chefs et des ouvriers subalternes, à l'entretien desquels il lui fallait subvenir chaque jour et sans délai. Mais, sous l'empire de cette cruelle famine, le pain manqua, et les ouvriers se prirent à réclamer vivement leur subsistance, protestant que les privations ne leur laissaient plus de forces pour travailler. L'homme de Dieu répondit à leurs plaintes par des paroles de consolation et la promesse formelle de les satisfaire ; mais au fond il éprouvait de cruelles angoisses en se voyant dans l'impossibilité de réaliser ses engagements. Tandis qu'il promenait de côté et d'autre ses inquiétudes, il rencontra un four où les femmes du voisinage avaient cuit la veille ; il s'inclina et se mit à regarder si elles n'y avaient point laissé quelque pain. Tout à coup il en vit un d'une grosseur surprenante et d'une extraordinaire blancheur ; il le prit, mais sans vouloir d'abord le porter à ses ouvriers ; il craignait de ravir ce qui peut-être appartenait à autrui, et de commettre une faute en se livrant au mouvement de sa charité. Ainsi il alla le montrer à toutes les femmes d'alentour, et s'informa si quelqu'une d'elles ne l'avait point laissé au four. Toutes celles qui avaient cuit la veille déclarèrent qu'il ne leur appartenait pas, et qu'elles avaient rapporté du four tous leurs pains sans exception. Transporté de joie, l'homme de Dieu s'en alla avec ce seul pain rejoindre ses nombreux ouvriers, et les exhorta à remercier le Seigneur. Il leur annonça qu'il leur avait procuré de quoi subsister, les invita sur-le-champ à prendre leur repas, et leur servit le pain qu'il avait trouvé. Après qu'ils se furent pleinement rassasiés, Sanctule recueillit plus de morceaux que le pain n'avait pu en produire. Il les leur servit le lendemain, et les morceaux qui restèrent surpassèrent encore en nombre ceux qu'il avait apportés. Pendant dix jours les maîtres et les ouvriers se nourrirent de ce seul pain ; chaque jour ils en mangeaient, et chaque jour il en restait encore assez pour le repas du lendemain : on eût dit que les morceaux se multipliaient au fur et à mesure qu'on en mangeait, et que la bouche des ouvriers reproduisait la nourriture même qu'ils absorbaient.

PIERRE.

C'est là un étonnant prodige, c'est un renouvellement merveilleux de la multiplication des pains opérée par notre Seigneur.[126]

GRÉGOIRE.

Oui, mon cher Pierre, Celui qui, par le ministère de son serviteur, a nourri une foule d'ouvriers avec un seul pain, est précisément Celui qui a rassasié par lui-même cinq mille hommes avec cinq pains, Celui qui produit avec quelques grains de semence des moissons innombrables, Celui quia fait sortir les semences mêmes du sein de la terre et a créé simultanément toutes choses de rien. Mais c'est assez admirer le prodige que le vénérable Sanctule a fait éclater par la puissance du Seigneur ; apprenez maintenant quelles vertus avait mises en son âme la grâce de Dieu.

Un jour, les Lombards tenaient enchaîné un diacre qu'ils avaient pris, et projetaient d'immoler leur victime. Sur le soir, l'homme de Dieu leur demanda sa délivrance et la grâce de la vie. Ils répondirent que cela leur était impossible. Assuré qu'ils avaient décidé la mort de cet infortuné, Sanctule les pria de vouloir bien lui en confier la garde. Ils lui répondirent sur-le-champ : « Nous vous le confierons si vous voulez, mais à condition que, s'il échappe, votre tête répondra de la sienne. » L'homme de Dieu accepta volontiers la proposition, et prit le diacre sous sa responsabilité. Au milieu de la nuit, alors qu'un profond sommeil enchaînait tous les barbares, Sanctule réveilla le captif et lui dit ; « Levez-vous, fuyez vite, et que le Seigneur vous délivre. — Fuir, mon père ! je ne le puis, répliqua le diacre, qui n'avait point oublié rengagement de l'homme de Dieu ; car si je viens à fuir, soyez-en sûr, vous mourrez à ma place. — Levez-vous, fuyez, et que le Dieu tout-puissant vous délivre, » répondit le vénérable Sanctule en le pressant de se rendre à son invitation. « Pour moi, ajouta-t-il, je suis en la main de Dieu ; ils ne peuvent rien sur moi que ce qu'il leur permettra.[127]

» Le diacre prit la fuite, et sa caution resta au milieu des Lombards comme dupe de celui qu'il venait de sauver. Le lendemain, ceux qui avaient confié la garde du diacre au vénérable Sanctule vinrent lui réclamer ce dépôt. Sanctule répondit qu'il avait pris la fuite. « Eh bien ! lui dirent les barbares, vous savez parfaitement ce dont nous sommes convenus. — Oui, je le sais, répliqua le serviteur de Dieu avec intrépidité. —Vous êtes un brave homme, lui dirent-ils ; nous ne voulons pas vous faire endurer toutes sortes de tortures ; choisissez le genre de mort que vous voulez. — Je suis au pouvoir du Seigneur, répondit l'homme de Dieu, faites-moi subir la mort qu'il permettra. » Tous les Lombards alors présents décidèrent à l'unanimité qu'il aurait la tête tranchée, pour diminuer par une prompte exécution la rigueur de ses souffrances. A la nouvelle que Sanctule, si révéré parmi eux à cause de sa rare sainteté, doit être mis à mort, tous les Lombards qui se trouvent dans ce quartier accourent avec la joie féroce qui les caractérise, afin d'assister à ce lugubre spectacle. Les troupes forment une vaste enceinte ; on amène le serviteur de Dieu au milieu d'elles, et parmi tous les guerriers on en choisit un qui doit, sans faillir, abattre d'un seul coup la tête de la victime. Amené au milieu des soldats armés, l'homme de Dieu recourt aussitôt à ses armes ; il demande qu'on veuille lui accorder quelques instants pour prier : ses vœux sont exaucés. Sanctule se prosterne et prie. Comme il prolonge sa prière, le guerrier choisi pour lui porter le coup de la mort le frappe du pied en lui criant : « Lève-toi, fléchis les genoux, et présente ta tête. » L'homme de Dieu se lève, s'agenouille, tend le cou ; puis, voyant le glaive tiré du fourreau, il s'écrie, dit-on, à haute voix : « Saint Jean, recevez-le ! » Alors le bourreau d'élite, tenant le glaive nu, lève le bras en l'air de toutes ses forces afin de décharger un coup terrible ; mais ce bras, il ne peut l'abaisser, il reste glacé, immobile, le glaive dressé vers le ciel ! Alors, ravie d'admiration, toute la multitude présente à ce lugubre spectacle change en des chants de louanges ses vœux sanguinaires, et conçoit pour l'homme de Dieu une vénération mêlée de crainte, tant éclate la sainteté d'un homme qui a enchaîné en l'air le bras de son bourreau ! On le prie de se lever, il se lève ; puis on lui demande de guérir le bras du guerrier, il s'y refuse. « Je ne prierai jamais pour lui, dit-il, à moins qu'il ne me promette avec serment de ne jamais se servir de ce bras pour tuer un chrétien. » Le Lombard, qui avait perdu pour ainsi dire son bras en le levant contre Dieu, se vit contraint, en punition de son crime, de jurer qu'il ne tuerait jamais de chrétien. Alors l'homme de Dieu lui dit avec un ton plein d'empire : « Abaissez votre bras, » et il l'abaissa ; puis il ajouta : « Remettez votre glaive dans le fourreau, » et il le fit à l'instant. A la vue de cette prodigieuse puissance, tous de lui offrir à l'envi des bœufs et des chevaux qu'ils avaient enlevés dans leurs pillages. Mais l'homme de Dieu refusa ces sortes de présents pour leur en demander d'autres d'un plus grand prix : « Si vous voulez m'accorder quelques faveurs, leur dit-il, remettez-moi tous les captifs que vous possédez, afin qu'en retour de votre obligeance je prie pour vous. » Sa demande fut exaucée : on le congédia avec tous les captifs, et par une disposition de la miséricorde divine, en s'offrant à la mort pour le salut d'un seul, un seul en a délivré plusieurs de la mort.[128]

PIERRE.

C'est là une grande merveille, et quoique je la connaisse déjà par d'autres récits, néanmoins, je dois l'avouer, toutes les fois qu'on me la raconte elle devient nouvelle pour moi.

GRÉGOIRE.

Sanctule ne doit pas être à ce sujet l'objet de votre admiration ; mais considérez plutôt quel a été l'esprit qui a soutenu cette âme si simple et l’a élevée à un si haut degré de vertu. Où était son cœur lorsqu'il se détermina si généreusement à mourir pour son prochain, lorsqu'il sacrifia sa vie pour sauver la vie temporelle d'un de ses frères, et qu'il courba la tête sous le glaive menaçant ? De quel brûlant amour n'était-il pas embrasé, ce cœur qui n'a point redouté la mort pour sauver un de ses frères ! Nous savons, à n'en pas douter, que le vénérable Sanctule ne possédait pas très bien les éléments des lettres humaines, et qu'il ignorait les préceptes du Seigneur. Mais, parce que la charité est l'accomplissement de la loi,[129]

son amour de Dieu et du prochain lui en a procuré l'entier accomplissement, et la charité a fait vivre au fond de son cœur ce dont il ne possédait pas extérieurement la connaissance. Peut-être n'avait-il jamais lu ces paroles de saint Jean au sujet du Sauveur : De même qu'il a donné sa vie pour nous, de même devons-nous aussi donner notre vie pour nos frères.[130]

Et ce sublime précepte de l'Apôtre, sa conduite plutôt que sa science a prouvé qu'il le connaissait ! Comparons, s'il vous plaît, sa docte ignorance à notre ignorante science : la nôtre rampe à terre, la sienne s'élève dans les cieux. Nous tenons sur la vertu des discours stériles, et, semblables à des hommes placés entre des arbres chargés de fruits, nous aspirons leur parfum sans en manger. Mais Sanctule savait cueillir le fruit des vertus, quoiqu'il ne sût pas en les méditant en apprécier l'arôme.

FIN DU TROISIÈME ET DERNIER LIVRE.

[1]

Le Martyrologe romain, au 22 juin, parle de saint Paulin en ces termes : « À Nole, ville de Campanie la fête de saint Paulin, évêque et confesseur, qui, de très noble et très opulent, se fit pauvre et humble pour Jésus-Christ, et qui, n'ayant plus autre chose se rendît lui-même esclave, pour racheter le fils d'une veuve que les Vandales avaient emmené captif lorsqu’ils eurent ravage' la Campanie. » Or, il brilla non seulement par son érudition et la grande sainteté de sa vie, mais encore par son pouvoir contre les démons. Saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin et saint Grégoire ont célébré ses louanges dans leurs écrits. Son corps, transféré à Rome, dans l'église Saint-Barthélemi-en-l'Ile, y est honorablement conservé avec celui de cet apôtre.

Les Bollandistes attribuent le fait en question non pas au grand Paulin d'Aquitaine, mais à un évêque qui a porté le même nom et occupé le même siège au iie siècle. Mai ? qu'on en fasse honneur à saint Paulin Ier ou à Paulin III, le fait n'en est pas moins incontestable. L'erreur, dans ce cas, ne tomberait que sur l'époque et la personne.

[2]

Selon certaines éditions, ce sont des légumes et des herbes vertes pour le repas ; selon d'autres, il semble qu'il s'agit de bouquets de verdure et de fleurs parfumées, domine ce n'est là qu'une circonstance de mince importance, nous avons traduit littéralement et laissé à chacun la liberté de choisir le sens qu'il préfère.

[3]

Voyez la lettre d'Uranius, qui assistait alors saint Paulin. Cet auteur parle de la violente secousse rapportée par saint Grégoire, et ajoute que saint Janvier et saint Martin apparurent à saint Paulin trois jours avant sa mort.

[4]

Saint Paulin mourut en 431.

[5]

Le 27 mai, fête de saint Jean, pape et martyr, qui, ayant été mandé à Ravenne par Théodoric, roi d'Italie, arien, y fut longtemps tenu dans une prison où il finit sa vie. » (Martyr. rom.)

Saint Jean Ier, né en Toscane, à Populonia, ou à Sienne, ou encore dans le château de Serena (une petite forteresse bâtie par Serena, femme de Stilicon, et détruite dans le Moyen Âge et aujourd’hui totalement disparue), près du village de Chiusdino, vers 470, pape du 15 août 523 au 18 mai 526. Son règne de deux ans et neuf mois. Il est considéré comme un martyr par les catholiques et est fêté le 27 mai. Wikipédia.

[6]

Ce miracle est rapporté par Baillet et Godescard eux-mêmes, 27 mai.

[7]

Ce miracle se trouve également dans Godescard et Baillet, 27 mai. (Voy. les Boll.)

[8]

« Le même jour, saint Agapit, pape, dont la sainteté est attestée par saint Grégoire le Grand. » (Martyr. rom. 20 septembre.)

[9]

Justinien avait succédé à l'empereur Justin Ier son oncle, l’an 527.

[10]

Ce miracle, arrivé en 530, est rapporté par Baillet et Godescard, qui citent saint Grégoire le Grand, 20 septembre.

[11]

« A Milan, saint Datius, évêque et confesseur, dont saint Grégoire pape fait mention. » (Martyr. rom., 14 janv.) Saint Datius avait été religieux et abbé avant son épiscopat. (Voy. l’Hist.de l'Ordre de Saint-Benoît, tom. 1er, page 120.) — Saint Datius fut chassé de son siège par les Goths ariens. Il mourut en 563.

[12]

Isaïe, 14-14.

[13]

Ce fait est rapporté par saint Antonin, par Vincent de Beauvais, etc. (Voy. les Bollandistes, 14 janvier.)

[14]

« A Canose, dans la Pouille, saint Sabinus, évêque et confesseur. » (Martyr. rom 9 février.) Il est parlé de saint Sabinus au liv. 2 des Dialog, ch. 15.

[15]

Au royaume de Naples.

[16]

Voy. un fait analogue au 2e livre des Dialogues, ch. 15. Comme ici, Totila tente saint Benoît, et, comme ici également, saint Benoît n'est point dupe des artifices du roi arien. Ce même chapitre parle aussi d'une révélation par saint Benoît à l'évêque de Canose dont il est ici question.

[17]

Vincent de Beauvais rapporte le même prodige, liv. 21, ch. 66. (Voyez les Bolland.)

[18]

« A Lucques, en Toscane, la fête de saint Frigidien, évêque illustre par le don des miracles. » On célèbre sa fête le 18 novembre, jour de la translation de son corps. (Martyr. rom.) Sa mort est arrivée le 18 mars.

[19]

Saint Grégoire parle de Venance, liv. 3, lettres 21, 22 ; liv. 4, lettre 5.

[20]

Ancienne ville de Toscane ; Serezana s'est élevée sur ses mines.

[21]

Voy. Godescard, 18 mars. — Bède, Notker, Raban, Usuard, etc., rapportent le même fait.

[22]

« A Plaisance, saint Sabin, illustre par ses miracles. » (11 décembre, Martyr. rom.) Voyez les autres martyrologes, et particulièrement Usuard qui rapporte sommairement tout ce qui est contenu dans ce chapitre.

Saint Sabin vivait en même temps que saint Ambroise, qui en parle avec éloge dans ses écrits. Le saint évêque de Milan lui adressait ses ouvrages pour en obtenir une critique franche et généreuse, parce que, di&ait-il, chacun se flatte et se fait illusion sur ses œuvres.

[23]

Le Lycus, dans ses débordements, causait d'étranges ravages. Ému de compassion, saint Grégoire Thaumaturge enfonça son bâton sur le bord de ce fleuve, avec défense à lui d'outrepasser cette borne. Il obéit, les débordements cessèrent, et le bâton, ayant pris racine, resta comme une sentinelle persévérante pour faire exécuter les ordres de l'homme de Dieu.

Quant à la lettre de saint Sabin au Pô, elle rappelle assez bien le billet du saint évêque de Néocésarée : « Grégoire à Satan : Entre. » On sait que, sur ce permis, le démon rentra dans son temple. (Voy. Baillet, Godesc, 17 nov., et saint Grégoire de Nysse, premier historien de saint Grégoire Thaumaturge, )

[24]

« A Piombino, en Toscane, saint Cerboine, évêque et confesseur, qui, au rapport de saint Grégoire, brilla par des miracles pendant sa vie et à sa mort. (10 oct., Martyr. rom.)

[25]

Populonie, ancienne ville de Toscane, n'existe plus ; c'est aujourd'hui Porto-Barato, à trois milles de Piombino. Son siège episcopal a été transféré à Massa, capitale du duché de ce nom, maintenant annexé à la principauté de Lucques. On y garde précieusement les reliques de saint Cerboine. Virgile parle, au livre xe de l'Enéide, de Populonie comme d'une ville célèbre.

[26]

Environ dix kilomètres.

[27]

L'histoire cite plus d'un fait de ce genre. — Voyez saint Satur, sainte Perpétue, sainte Félicité (7 mars, Baillet, Godescard, Bolland.) ; saint Eleuthère, évêque et martyr (18 avril, Bolland.) ; saint Alexandre, évêque de Jérusalem (18 mars, Bolland., etc.).

[28]

Ile de la Méditerranée, sur la côte de Toscane.

[29]

Voy. les Bolland., 22 mai, et Usuard, le 1er janvier.

[30]

La pluie, la neige, la grêle respectaient saint Kentigerne (13 janvier, Boll.). Voy. aussi saint Génulphe (17 janvier, Boll.), saint Aidan (31 janvier, Boll., etc.).

[31]

« A Pérouse, saint Herculan, évêque et martyr. » (Martyr. rom., 7 novembre.) Voyez, 7 novembre, Baillet racontant tous les faits renfermés dans ce chapitre ; voyez aussi Adon et Usuard.

[32]

C'est une célèbre ville de Toscane sur le Tibre. Le long siège dont il est parié dans ce chapitre prouve la force de ses remparts. Assiégé par Octave, et consumé par la famine, Lucius Antoine, frère du triumvir, fut obligé de rendre cette place, qui devint la proie des flammes.

[33]

Il sera question de Floride au chap. 35e de ce livre.

[34]

Les uns pensent qu'au lieu de sept ans il faut lire sept mois. Selon d'autres critiques, Pérouse fut assiégée pendant sept ans, c'est-à-dire tout le temps que Totila occupa le territoire de Pérouse, voisin de Rome. Ces sortes de blocus ne sont pas rares dans l'antiquité ; témoin le siège de Troie, etc.

[35]

On trouve dans la Vie de saint Ida un trait qui, sous le rapport de la tête miraculeusement réunie au tronc, offre une parfaite analogie avec celui-ci. (Voyez les Bolland., 15 janvier.)

[36]

« A Spolète, saint Isaac, moine et confesseur, dont le pape saint Grégoire rapporte les vertus. » (Martyr. rom., 11 avril.) Voy. les Boll. et Usuard, il avril.

[37]

Spolète, ville des États de l'Église.

[38]

Le nom de sainte Grégorie se trouve consigné dans un martyrologe manuscrit, en ces termes : « A Rome, sainte Grégorie, religieuse, dont saint Grégoire fait mention. » 13 janvier. (Voy. Boll., 13 janvier et 11 avril, etc.)

[39]

Parmi plusieurs faits de ce genre, nous citerons l'exemple de l'illustre vierge sainte Euphrosine, qui, après ses fiançailles, se retira généreusement dans un monastère, (11 février. Boll.) Voyez aussi sainte Austreberte. (10 février, Boll., etc.)

[40]

Saint Thomas et saint Bonaventure s'appuient sur ce passage pour glorifier l'état de pauvreté des religieux de leur ordre. (Thom., Opusc. 17, ch. 6, 14, 15, 16.) — Bonaventure. (Opusc, 19, ch. 6, etc.) —Mais ce n'est pas une raison pour que d'autres communautés ne puissent posséder de quoi fournir aux nécessités de la vie. Saint Grégoire le Grand lui-même, de l'aveu de ces deux saints, a doté de revenus nécessaires les monastères qu'il a fondés.

[41]

La Vie des Saints est pleine de révélations qui ressemblent plus ou moins à celle-ci. Pour ce qui concerne la générosité de l'homme de Dieu, voyez le chapitre 3e du 1er livre des Dialogues.

[42]

On trouve plus d'un pauvre trompeur dont les artifices ont été découverts par les hommes de Dieu. (Voyez le borgne prétendu, dévoilé et condamné par saint Aidan. (Bolland., 31 janvier.)

[43]

C'est presque littéralement la reproduction du domestique qui ne présente qu'un flacon à saint Benoît, et soustrait l'autre à son profit. (Livre 2e des Dialogues, ch. 18.)

[44]

Juges, 3-4.

[45]

« A Norsie, les saints Eutyque et Florent, moines, dont le pape saint Grégoire fait mention. » (Martyr. rom., 23 mai. Voyez les Boll., même date.)

[46]

Saint Grégoire doit en parler tout spécialement au chapitre 37 de ce même livre. Voyez Baillet, qui rapporte, sous la même date, tous les faits de ce chapitre.

[47]

Midi.

[48]

Trois heures.

[49]

Voyez la Vie de saint Gal, abbé, ch. 11, et les Dialogues du pape Victor III, livre 2. Saint François d'Assise convertit un loup qui exerçait d'affreux ravages dans une localité, et lui fit faire la paix avec les habitants. (Voyez les Fioretti de saint François.) Les Pères du désert se font servir par des bêtes farouches. (Voyez Michel-Ange Marin.) —Saint Jacques de Tarentaise soumet au joug un ours qui a dévoré un de ses bœufs. (Boll., 16 janvier.) Voyez aussi saint Kentigerne, 13 janvier.

[50]

Saint François d'Assise appelait les tourterelles ses chères petites sœurs, et le loup dont nous venons de parler dans la note précédente, son frère. (Voyez les Fioretti de saint François d'Assise.)

[51]

I Corinth., 6-10.

[52]

Isaïe, 6-5.

[53]

Prov., 28-9.

[54]

Norsie.

[55]

Saint Florent mourut l'an 548, le 1er juin. C'est un des patrons de la cathédrale de Foligni. Quant à saint Eutyque, il y a en Italie plusieurs églises dédiées sous son vocable.

[56]

« En Campanie, saint Marc, solitaire, dont les actes éclatants ont été écrits par saint Grégoire. » (Martyr. rom., 24 octobre.)

[57]

Pelage II arriva au souverain pontificat en 579.

[58]

Nomb., 20-11.

[59]

Sainte Colette est attaquée par le démon sous la forme d'un serpent. (6 mars, Boll.) Il en est de même de saint Albert. (7 janvier, Boll.) C'est le serpent qui a fait tomber Eve. (Gen., ch. 3.)

[60]

Une noble dame franchit le seuil du monastère, contrairement à la défense du bienheureux Raban Maur, et aussitôt une possession, puis la mort, sont le salaire de sa curiosité coupable. (Boll., 4 février.) Voyez aussi la Vie de l'ermite saint Sorus, (Boll., 1er février.)

[61]

Ce miracle n'est point au-dessus de celui de saint Honorât, qui arrêta sur le penchant d'une colline un éclat de rocher (Liv. 1er des Dialog., ch. 1er), et moins encore l'emporte-t-il sur celui de saint Grégoire Thaumaturge, qui transporta un rocher par la seule puissance de son commandement. (17 novembre, Baillet, Godesc, etc.)

[62] Mélèce, chorévèque d'Antioche, donna le même conseil à saint Siméon Stylite l'ancien, (Baillet, Godesc, etc., 5 janvier.)

[63]

Pendant un séjour de quarante ans dans le désert, les Israélites portèrent les mêmes vêtements sans les user. Pourquoi le Seigneur ne ferait-il pas le même miracle en faveur de ses saints ? Son bras ne s'est pas raccourci.

[64]

Le mont Argentaro se trouve sur la côte occidentale de Toscane.

[65]

Aujourd'hui Policastro.

[66]

Bourg de Toscane.

[67]

Il y a, ce semble, quelque chose d'un peu louche dans cet endroit. C'est sans doute la raison pour laquelle plusieurs critiques attribuent le miracle dont il est ici question au sous-diacre Quadragésime. C'est l'opinion de Baronius dans le Martyr. rom. (Voyez le 26 octobre.)

[68]

Jean, 11.

[69]

Act., 9.

[70]

Rom., 9-3

[71]

1 Corinth., 2-2.

[72]

2 Corinth., 11-25.

[73]

Ibid., 12-2.

[74]

1 Corinth., 7-3.

[75]

2 Corinth., 12-10.

[76]

Philip., 1-21.

[77]

Galat., 2-20.

[78]

« En Campanie, saint Benoît, moine, que les Goths enfermèrent dans un four ardent, et qui le lendemain y fut trouvé sain et entier. » (Martyr. rom., 23 mars.)

[79]

Daniel, 3-92. — Voyez les Bolland., 23 mars.

[80]

« A Vérone, le martyre de Zénon, évêque, qui, au milieu des tempêtes de la persécution, gouverna cette Église avec une constance admirable, et obtint la couronne du martyre du temps de l'empereur Gallien. » (Martyr. rom., 12 avril. Voyez les Boll.) Usuard et une foule de martyrologes, Baillet et Godescard ont donné la Vie de saint Zénon et citent le miracle dont il s'agit, 12 avril. (Voy. le ch. 7 de ce liv., avec ses notes.)

[81]

Aujourd'hui l'Adige, dans la Lombardie.

[82]

Voyez le passage de la mer Rouge et du Jourdain. (Exode, 14-22 ; Josué, 3-13.)

[83]

Abruzze ultérieure.

[84]

C'est en petit la triste aventure de Théophile, économe de l'Église d'Adana, Ce trait est souvent cité dans les livres de piété, (Voyez le Mois de Marie de l'abbé Debussi.)

[85]

Chapitre 14e de ce livre.

[86]

Les parents ne doivent pas s'opposer à la vocation de leurs enfants ; d'autre part, ceux-ci doivent procéder avec respect et prudence à leur égard. Le plus sage parti, dans ces circonstances difficiles, c'est de consulter un guide éclairé ; c'est sans doute ce qu'avait fait la personne dont nous parlons.

[87]

« Et les démons priaient Jésus, disant : Si vous nous chassez d'ici, envoyez-nous dans ce troupeau de porcs. Et il leur dit : Allez. Et sortant, ils entrèrent dans les porcs ; et voilà que tout le troupeau se précipita impétueusement dans la mer. » (Matth., 8-31, 32.)

[88]

A l'époque où saint Grégoire était religieux du monastère de Saint-André à Rome, c'était Valentin qui en était abbé.

[89]

Voyez le larron suspendu à la haie. (Livre 1er des Dialogues, ch. 3.) Des voleurs sont enchaînés par une puissance miraculeuse, et trouvés le lendemain dans l'église où ils exerçaient des larcins sacrilèges. (Boll., saint Vivent, 13 janvier.) Voyez le même fait dans la Vie de saint Maxime. (Boll., 8 janv., etc.)

[90]

« A Rome, saint Théodore, mansionnaire de l'église Saint-Pierre, duquel saint Grégoire fait mention. » (Martyr. rom., 26 décembre.)

[91]

Daniel, 8-27. — C'était après la vision dû bélier et du bouc, figures, l’une du roi des Mèdes et des Perses, l'autre du roi des Grées. Les Bollandistes citent plusieurs apparitions de saint Pierre. (Voyez la Vie de saint Jean de Puis…, 20 juin, et surtout la Vie de saint Dominique.)

[92]

« A Rome, saint Abonde (ou Acontius, selon d'autres), mansionnaire de l'église Saint-Pierre. » (Martyr. rom., 11 avril. Voy. les Boll., Usuard et autres martyr., 14 avril.)

[93]

« Dans le pays des Samnites, saint Menas, dont saint Grégoire pape rapporte la Vie et les miracles. » (Martyr. rom., 11 nov. Voyez aussi Usuard, etc.)

[94]

Aujourd'hui l’Abruzze ultérieure, au royaume de Naples.

[95]

Il est aussi facile de discerner les offrandes d'un homme que de connaître les frauduleuses réticences des personnes qui veulent nous tromper. Or, cet esprit de révélation est fréquent parmi les saints. On sait que saint Pierre découvrit ainsi l'imposture d'Ananie et de Saphire. (Act., 5-2, 3.)

[96]

Matth., 20-22.

[97]

Au même ch., v. 23. —Voyez sur ce sujet l'Homélie 35 de saint Grégoire le Grand.

[98]

« En Campanie, la mémoire de quatre-vingts martyrs que les Lombards mirent cruellement à mort parce qu'ils refusaient d'adorer une tête de chèvre, et de manger de la chair offerte aux idoles. » (Martyr. rom, 2 mars. Bolland., 2 mars.)

[99]

Voyez le martyre du magnanime vieillard Éléazar : il mourut pour le même sujet. (2 Mach., 6-31. ; 1 Cor., 10-28.)

[100]

Voyez la note 1 du chapitre précédent. (Bolland., 2 mai, etc.)

[101]

Ces Lombards n'étaient pas tous païens ; mais la plupart étaient engagés dans l'hérésie d'Arius. Dans une lettre à Brunehaut, reine de France, saint Grégoire dit positivement que ces mauvais chrétiens se portaient à ces sorte » d'idolâtries. (Saint Grégoire, liv. 7, lettre 5, indict. 1.)

[102]

La grande révolution de France (1793) confirme abondamment cette assertion de saint Grégoire. Alors des personnes dont la vie n'avait été rien moins qu'exemplaire, confessèrent généreusement la foi et donnèrent leur sang pour la cause de Jésus-Christ.

[103]

Le monastère de Saint-André de Rome.

[104]

Élymas entravait la prédication de saint Paul ; l'apôtre le frappa de cécité. (Act., 13-8.) — Un roi d'Irlande essuya le même châtiment pour avoir mal accueilli saint Kieran. (Boll., 5 mars, etc.)

[105]

Saint Grégoire, lett. 3, lettre 19.

[106]

Le pape Adrien, écrivant à Charlemagne pour défendre le septième concile général, parle de ce miracle, arrivé dans l'église Sainte-Agathe (c'était son vocable), et assure que saint Grégoire la fit orner d'images, qu'on voyait encore de son temps.

[107]

C'est-à-dire de l'hérésie arienne au culte catholique.

[108]

Le Martyrologe romain en parle en ces termes, sous la date du 13 avril : « A Séville, en Espagne, saint Herménigilde, fils de Lévigilde, arien, roi des Visigoths. Ce saint, ayant été mis en prison pour la confession de la foi catholique, et ayant refusé de recevoir la communion de la main d'un évêque arien aux solennités de Pâques, fut, par l'ordre d'un père perfide, frappé d'un coup de hache, et, roi et martyr, il échangea un royaume terrestre pour le royaume du ciel. » (Mart. rom., 13 avril.) Voyez au sujet d'Herménigilde, Mariana, Histoire d'Espagne, livre 5, ch. 12. — Grégoire de Tours, Henschenius, 12 avril, etc.

[109]

C'est à saint Léandre, archevêque de Séville, que saint Grégoire adressa son Explication morale du livre de Job.

[110]

Ingonde, épouse d'Herménigilde, et fille de Sigebert, roi des Francs, avait puissamment contribué à cette conversion.

[111]

Jean, 12-24.

[112]

Voyez, touchant la conversion des Goths, la lettre de saint Grégoire. (Liv. 7, indict. 2.)

[113]

Enée Gaze, Procope, le comte Marcellin déposent en faveur de ce miracle, comme témoins oculaires. (Voyez Baronius, l'an 484 de l'empire de Justinien.)

[114]

Jean, 1-1.

[115]

Voyez les chapitres 14 et 18 de ce livre. Voyez aussi la lettre du pape Adrien à Charlemagne, t. 7 des Conc. — « A Rome, saint Eleuthère, abbé, serviteur de Dieu, qui, au rapport de saint Grégoire pape, ressuscita un mort par le mérite de sa prière et de ses larmes. » (Martyr. Rom., 6 septembre.)

[116]

Baillet et Godescard rapportent tous les faits renfermés dans ce chapitre. Voyez aussi les Bollandistes, sous la même date, 6 septembre.

[117]

On voit par là que l'usage de faire jeûner les petits enfants le vendredi et quelquefois le samedi saint, remonte à une époque reculée.

[118]

« A Tiferno, saint Amance, prêtre, illustre par le don des miracles. » (Martyrologe romain, 26 septembre. Voyez les Bollandistes).

[119]

Aujourd'hui Tivoli, dans les États de l'Église.

[120]

« A Syracuse, saint Maximien, dont le pape saint Grégoire fait souvent mention, » (Martyrologe romain, 9 juin. Voyez dans les Bolland. sa Vie, par Octave Cajétan, jésuite.)

Le fait dont il s'agit se trouve consigné dans la lettre de saint Grégoire à saint Léandre, placée avant la préface de l'Explication morale de Job. Il existe plusieurs lettres de ce pontife à saint Maximien. Dans la lettre 17, liv. 5, indict. 13, saint Grégoire pleure la mort de son illustre ami.

[121]

C'était l'usage, dans les premiers siècles de l'Église, de conserver et de porter avec soi la sainte Eucharistie dans les longues courses et les trajets périlleux. Saint Ambroise rapporte, au sujet de son frère Satyrus, un fait absolument semblable.

[122]

Voyez le diacre Jean, Vie de saint Grégoire, liv. I, chap. 35.

[123]

Voyez le chapitre 12 de ce livre. — Il est question du bienheureux Sanctule dans le Martyrologe d'Usuard, 15 décembre.

[124]

La gaieté même dans les saints et les religieux voués par état aux austérités de la pénitence, n'est point un vice. On loue saint Macaire le Jeune, archimandrite de Nitrie, de ce que son accueil était gracieux, sa conversation piquante, ses exhortations pleines d'urbanité', etc. Voyez Socrate, Sozomène, Théodoret, Pallade.

[125]

Outre les prodiges de ce genre dont nous avons déjà parlé au 1er et au 2e livre des Dialogues, voyez les mêmes faits dans saint Tillon (Boll., 7 janvier) ; dans les saints Valère et Rufin (Boll., 14 juin) ; dans saint Praeject. (Boll., 25 janvier).

[126]

Matth., 15-36. — Outre la multiplication des pains, opérée par le Sauveur, et connue de tout le monde, voyez celle dont il est parlé dans la Vie de saint Dominique. (Boll., 4 août).

[127]

Cet héroïque dévouement ne doit pas nous surprendre de la part d'un homme de Dieu : saint Raymond Nonnat échange sa liberté contre les chaînes des captifs ; saint Vincent de Paul prend la place d'un galérien, etc. ... Voyez leurs Vies.

[128]

Voyez saint Paulin, chapitre 1er de ce livre. Pour avoir pris la place du fils de la veuve, esclave chez les Vandales, Dieu daigna lui accorder la délivrance de tous les captifs : telle est la puissance, telle est la récompense de la vertu ! Sanctule, par l'efficacité de la prière, évite le coup mortel. Saint Martin détourne, par le signe de la croix, l’arbre qui va l'écraser dans sa chute.

[129]

Rom., 13-10.

[130]

1 Jean, 3-16.

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