La Divine Comédie (page 2)
Pendant qu’ainsi parlait l’un des esprits, l’autre pleurait tellement que de pitié je défaillis, comme si je me mourais ; et je tombai comme tombe un corps mort.
CHANT SIXIÈME
Quand mon esprit, tout absorbé dans la pitié de mes deux parents, et troublé de tristesse, revint à soi, je vis autour de moi, partout où j’allais, et me tournais, et regardais de nouveaux tourments et de nouveaux tourmentés.
Je suis au troisième cercle de la pluie éternelle, maudite, froide, pesante : toujours la même, toujours elle tombe également. Des averses de forte grêle, et d’eau noire, et de neige, traversent l’air ténébreux ; fétide est la terre qui les reçoit. Cerbère, bête cruelle et de forme monstrueuse, avec trois gueules aboie contre ceux qui sont là submergés . Il a les yeux rouges, la barbe grasse et noire, le ventre large, les mains armées de griffes : il déchire les esprits, les écorche, et les dépèce. La pluie les fait hurler comme des chiens : fréquemment les malheureux profanes se tournent faisant d’un de leurs côtés un abri à l’autre .
Sitôt que Cerbère, le grand ver, nous aperçut, il ouvrit ses gueules et nous montra ses crocs : pas un de ses membres qui ne frémit. Mon Guide étendit les mains, prit de la terre, et à pleines poignées la jeta dans les gosiers affamés. Tel le chien avide qui aboie, s’apaise lorsqu’il mord la proie, ne songeant à combattre que pour la dévorer ; ainsi fut-il des sales mâchoires du démon Cerbère, qui étourdit tellement les âmes qu’elles voudraient être sourdes. Nous passions sur les ombres qu’abat la pesante pluie, et nous posions les pieds sur leur vide apparence qui semble une personne. Elles gisaient à terre pêle-mêle, hors une qui, se soulevant, s’assit, lorsqu’elle nous vit passer devant elle. « Ô toi qui traverses cette région de l’Enfer, me dit-elle, reconnais-moi, si tu le peux ! tu naquis avant que je ne mourusse ». Et moi à elle : — L’angoisse que tu ressens t’ôte peut-être de ma mémoire, de sorte qu’il ne me semble pas t’avoir vu jamais. Mais dis-moi qui tu es, ce qui t’a plongé dans ce lieu de douleur et dans une peine telle que, s’il en est de plus grande, il n’en est point de plus dégoûtante. Et lui à moi : « Ta ville, qui est si pleine d’envie que déjà la mesure déborde, fut ma demeure durant la vie sereine. Vous, ses citoyens, m’appeliez Ciacco : à cause du grave péché de gourmandise, je suis, comme tu le vois, brisé sous la pluie. Et moi, triste âme, je ne suis pas seule ; toutes ces autres, pour la même faute, subissent la même peine. » Et il n’ajouta pas une parole. Je lui répondis : — Ciacco, ta souffrance me touche tant, qu’elle me tire des larmes ; mais dis-moi, si tu le sais, où en viendront les citoyens de la ville divisée : s’il en est aucun de juste : et dis-moi pourquoi tant de discordes l’ont assaillie. Et lui à moi : « Après de longs débats ils en viendront au sang, et le parti sauvage chassera l’autre avec beaucoup d’offense. Puis il faut que celui-là tombe, et que l’autre, après trois soleils , l'emporte par la force de celui qui maintenant flatte . Il tiendra longtemps le front haut, tenant l’autre sous un lourd poids, quoiqu’il en pleure et s’en indigne. Il y a deux justes, mais on ne les écoute point. La superbe, l’envie et l’avarice sont les trois étincelles qui ont embrasé les cœurs. » Ici prit fin son dire lamentable. Et moi à lui : — Je veux que tu m’instruises encore, et que de plus de paroles tu me fasses don. Farinata et le Tegghiaio, qui furent si dignes, Jacopo Rusticucci, Arrigo et le Mosca et les autres qui appliquèrent leur esprit à bien faire. Dis-moi où ils sont, et fais que je les reconnaisse, car un vif désir me presse de savoir s’ils ont en partage les douceurs du ciel, ou les poisons de l’enfer. Et lui : « Ils sont parmi les âmes les plus noires ; le poids de fautes diverses les entraîne au fond. Si jusque-là tu descends, tu pourras les voir. « Mais quand tu seras dans le doux monde, je te prie de me rappeler au souvenir d’autrui . Je ne le dis et ne te réponds plus rien. » Lors, de travers tournant les yeux, il me regarda un peu, puis baissa la tête, et tomba parmi les autres aveugles.
Et le Guide à moi : « Ne se réveillera-t-il plus avant le son de la trompette de l’ange, quand lui apparaîtra la Puissance ennemie, chacun reverra la triste tombe, reprendra sa chair et sa figure, entendra ce qui retentit dans l’éternité. »
Ainsi traversâmes-nous, à pas lents, le sale mélange des ombres et de la pluie, conversant de la vie future. — Maître, dis-je, ces tourments croîtront-ils après la grande sentence ? ou reviendront-ils moindres ? ou seront-ils également cuisants ? Et lui à moi : « Retourne à ta doctrine , qui veut que plus l’être est parfait, plus il sente le bien, et aussi la douleur. Bien que jamais ces maudits ne doivent atteindre la vraie perfection, s’attendent-ils néanmoins à être plus parfaits après qu’avant . »
Nous suivîmes cette route circulaire, parlant de bien plus de choses que je n’en redis ; nous vînmes au point où elle descend : là nous trouvâmes Pluton, le grand ennemi.
CHANT SEPTIÈME
« Pape satan, Pape satan, Aleppe ! » cria Pluton d’une voix rauque ; et ce Sage affable qui sait tout, dit pour m’encourager : « Prends garde que ta peur ne te soit à dommage. Quelque pouvoir qu’ait celui-ci, il ne t’empêchera point de descendre cette ravine. » Puis, vers cette lèvre enflée il se tourna et dit : « Tais-toi, méchant loup, consume ta rage au-dedans de toi. Non sans cause celui-ci va au fond du gouffre. Ainsi est-il voulu là-haut, où Michel vengea le superbe adultère . »
Comme les voiles gonflées par le vent tombent pêle-mêle lorsque le mât se brise, ainsi à terre tomba la bête cruelle.
Nous descendîmes dans le quatrième gouffre, pénétrant de plus en plus dans la lugubre enceinte qui enserre le mal de tout l’univers.
Ah ! justice de Dieu, que de peines nouvelles et de tourments je vis ! et que grièvement nos fautes sont châtiées !
Comme l’onde qui, au-dessus de Charybde, se brise contre l’onde qu’elle heurte, ainsi faut-il qu’ici les damnés mènent leur ronde. Ici ils sont plus nombreux qu’ailleurs ; ils poussaient en hurlant des fardeaux avec la poitrine, séparés en deux bandes : ils se heurtaient à leur rencontre, puis retournaient en arrière, criant : « Pourquoi, amasses-tu ? » et : « Pourquoi dissipes-tu ? »
Ainsi des deux côtés, par le sombre cercle, ils retournaient au point opposé, se jetant leur honteux refrain. Et, arrivée au milieu de son cercle, chaque bande revenait à une nouvelle joute. Moi qui avais le cœur comme brisé, je dis : — Maître, apprends-moi qui sont ceux-là, et si tous ces tonsurés que je vois à notre gauche furent clercs. Et lui à moi : « Tous furent si aveugles d’esprit pendant la vie première, qu’avec mesure aucun ne dépensa. Leur bouche le dit assez clairement, lorsqu’ils viennent aux deux points du cercle, où les sépare une faute contraire.
« Ceux-ci, dont la tête est nue de cheveux, furent clercs, et Papes, et Cardinaux, en qui souverainement domina l’avarice. » Et moi : — Maître, parmi eux je devrais bien reconnaître quelques-uns de ceux qui furent atteints de ce mal immonde. Et lui à moi : « Une vaine pensée t’abuse. La vie obscure qui les souilla, maintenant les dérobe à la connaissance ; éternellement ils viendront se heurter de la sorte. Les uns, en sortant du sépulcre, ressusciteront la main fermée ; et les autres, la tête rase. Mal donner et mal retenir leur a ravi le beau monde et les a conduits à cette rixe : je le dis sans l’orner de paroles.
« Maintenant, mon fils, tu peux voir si la frivolité des biens commis à la fortune vaut que tant les hommes s’en tourmentent. Tout l’or qui est et fut jamais sous le ciel ne pourrait procurer de repos à une seule de ces âmes fatiguées. »
— Maître, lui dis-je, dis-moi aussi : Cette fortune que tu viens de nommer, qu’est-elle, pour tenir ainsi tous les biens du monde dans ses mains ?
Et lui à moi : « O créatures stupides ! que profonde est votre ignorance ! Je veux que de moi tu apprennes ceci : Celui dont la science s’élève au-dessus de tout, a fait les cieux et leur a donné un conducteur, de sorte que sur chaque partie resplendisse chaque partie , distribuant également la lumière. Pareillement, aux splendeurs mondaines il a préposé un chef et ministre général, pour transférer de temps en temps les biens fragiles de nation à nation, d’une race à l’autre, quoi que puisse faire pour s’y opposer l’industrie humaine. C’est pourquoi une nation domine, et une autre languit, selon le jugement de celle-ci , lequel est caché comme le serpent dans l’herbe. Votre savoir ne peut rien contre elle : elle prévoit, juge, et poursuit son règne comme les autres Dieux , le leur. Nulle trêve à ses changements : la nécessité hâte sa course, d’où vient que si fréquentes sont les vicissitudes. C’est là celle que tant mettent en croix , qui lui devraient des louanges et qui à tort la blâment et la maudissent. Mais elle subsiste, heureuse, et n’entend rien de cela ; avec les autres créatures premières , joyeuse elle roule sa sphère, et jouit en soi de sa félicité. Maintenant nous descendons là où s’émeut une plus grande pitié. Déjà les étoiles qui montaient quand je partis s’abaissent, et défendent de trop s’arrêter. »
Nous passâmes à l’autre bord du cercle, près d’une fontaine qui bouillonne et se dégorge par un fossé dérivé d’elle. L’eau était d’une teinte plutôt sombre que noire ; et nous, en suivant les brunes ondes, nous entrâmes par un autre chemin dans ces basses régions .
Descendu au pied de ces malignes pentes grises, ce triste ruisseau y engendre un marais nommé Styx. Et moi qui regardais, attentif, je vis dans ce bourbier des gens tout nus, couverts de fange, le visage courroucé. Ils se frappaient, non pas seulement avec la main, mais avec la tête, avec la poitrine et les pieds, et en lambeaux se déchiraient avec les dents.
Le bon Maître dit : « Tu vois les âmes de ceux que vainquit la colère, et je veux aussi que pour certain tu tiennes qu’il en est, sous l’eau, dont les soupirs produisent ces bulles à la surface, comme l’œil te le montre, où qu’il se tourne. Enfoncés dans le limon, ils disent : Malheureux fûmes-nous dans le doux air que réjouit le soleil, ayant au dedans de nous une fumée pesante ! Maintenant nous nous attristons au fond de la bourbe noire… Dans leur gosier ils murmurent cet hymne, dont ils ne peuvent prononcer une parole entière. »
Ainsi nous parcourûmes, entre la rive sèche et le milieu, un grand arc du sale marais, les yeux tournés vers ceux qui engloutissent la fange :
Au pied d’une tour nous arrivâmes enfin.
CHANT HUITIÈME
Je dis, continuant, que longtemps avant que nous fussions au pied de la tour, nos yeux se dirigèrent vers le sommet, attirés par deux petites flammes que nous y vîmes poser ; et à ce signal répondit une autre tour, si lointaine qu’à peine le regard pouvait la discerner ; et moi, vers la mer de tout savoir me tournant, je dis : — Que veut dire ce feu ? et que répond l’autre ? et qui sont ceux qui font ce signal ? Et lui à moi : « Sur les ondes fangeuses, déjà tu peux découvrir ce qu’on attend, si point ne te cachent les vapeurs du bourbier. »
Jamais corde ne lança, à travers les airs, de flèche aussi rapide qu’une petite nacelle, que je vis venir vers nous sur cette eau, conduite par un seul nautonier, qui criait : « Te voilà donc arrivée, âme félonne ? »
« Phlégias, Phlégias , tu cries en vain cette fois, dit mon Seigneur ; tu ne nous auras que le temps de passer le marais. »
Comme celui qui reconnaît avoir été déçu, et qui s’en chagrine, tel devint Phlégias tout gonflé de colère. Mon Guide descendit dans la barque, puis m’y fit entrer après lui, et lorsque je fus dedans, alors seulement elle parut chargée .
Dès que le Guide et moi nous fûmes dans la nef, l’antique proue va sillonnant l’eau plus profondément qu’elle ne le fait avec les autres. Tandis que nous traversions le lac stagnant, devant moi se leva un damné tout couvert de fange, lequel dit : « Qui es-tu, toi qui viens avant l’heure ? » Et moi à lui : — Si je viens, je ne reste point. Mais toi, qui es-tu, qui t’es ainsi souillé ?… Il répondit : « Tu le vois, je suis un qui pleure. » Et moi à lui : —Avec tes pleurs et avec ton deuil, esprit maudit, demeure ; je te reconnais si bourbeux que tu sois. Alors il étendit ses deux mains vers la barque ; ce pourquoi le Maître le repoussa, disant : « Va là avec les autres chiens ! » Puis, de ses bras me ceignant le col, il baisa mon visage, et dit : « Ame noble, bénie soit celle dont le sein te porta ! Celui-ci fut dans le monde plein d’orgueil ; rien de bon n’orne sa mémoire : aussi son ombre est-elle ici furieuse. Combien là-haut s’estiment de grands rois, qui seront ici comme des porcs dans la bourbe, laissant de soi d’horribles mépris. » Et moi : — Maître, serais-je très désireux de le voir plonger dans cette boue, avant que nous ne sortions du lac. Et lui à moi : « Tu ne verras point le rivage que tu ne sois satisfait ; il convient que tu jouisses de ce désir. » Peu après je vis la gent fangeuse se ruer sur lui de telle furie, que j’en loue encore et en remercie Dieu. Tous criaient : « A Philippe Argenti ! » et cet esprit florentin, dans sa rage, se déchirait lui-même avec les dents ; là nous le laissâmes, et plus n’en parlerai. Mais des cris douloureux frappant mon oreille, je portai en avant un regard attentif. Et le bon Maître dit : « Maintenant, mon fils, s’approche la cité nommée Dité avec ses coupables citoyens entasses en foule. » Et moi : — Maître, déjà clairement je vois dans la vallée leurs mosquées rouges comme si elles sortaient du feu. Et lui me dit : « Le feu éternel qui les embrase au dedans les fait paraître rouges, comme tu le vois dans ce bas enfer. »
Nous arrivâmes dans les fossés profonds qui entourent cette ville désolée. Les murs me semblaient de fer. Non sans de grands détours, nous vînmes en un endroit où le dur nocher nous cria : « Sortez, voici l’entrée ! »
Je vis sur les portes plus de mille de ceux que le Ciel fit pleuvoir , et qui avec colère disaient : « Qui est celui-ci, qui, sans être mort, va dans le royaume des morts ? » Et mon sage Maître fit signe de vouloir leur parler secrètement, alors un peu se calma leur grand courroux, et ils dirent : « Viens seul, et que s’en aille celui-là, qui fut si hardi que d’entrer dans ce royaume. Seul qu’il s’en retourne par la folle route ; qu’il essaye s’il pourra : toi qui à travers cette contrée obscure l’as accompagné, tu demeureras ici. » Pense, Lecteur, si je me déconfortai au son de ces paroles maudites, croyant ne m’en retourner jamais.
— O mon cher Guide, qui plus de sept fois m’as rendu la sécurité, et tiré d’autres périls menaçants, ne me laisse point, dis-je, en cette détresse ; et s’il m’est refusé d’aller plus avant, revenons vite ensemble sur nos pas. Et ce Seigneur qui m’avait conduit, me dit : « Ne crains point ; nul ne peut nous fermer le passage que nous a ouvert un si grand . « Mais attends-moi ici, et conforte et nourris d’une bonne espérance ton esprit abattu ; je ne te laisserai pas dans le monde bas. » Ainsi s’en va, et là m’abandonne le doux père ; et moi je demeure en suspens, le oui et le non se combattant dans ma tête.
Je ne puis ouïr ce qu’il leur dit ; mais il n’eut guère été avec eux, que tous coururent préparer la défense au dedans. Nos adversaires fermèrent les portes devant mon Seigneur qui resta dehors, et revint vers moi à pas lents, les yeux à terre et le front morne, soupirant il disait : « Qui m’a refusé l’entrée des demeures douloureuses ? » Et il me dit : « Quoique je me courrouce, ne t’effraye point : je vaincrai dans ce combat, quelle que soit au dedans la défense. Cette arrogance ne leur est pas nouvelle ; ils la montrèrent jadis à une porte moins secrète , dont la serrure est encore brisée. Au-dessus, tu as vu l’inscription de mort ;… mais déjà de l’autre côté, passant sans escorte à travers les cercles, celui par qui la ville s’ouvrira, descend la pente ».
CHANT NEUVIÈME
Cette couleur, dont le découragement au dehors me peignit lorsque je vis mon Guide revenir, fit qu’il se hâta de renfermer en soi ses émotions nouvelles. Attentif, il s’arrêta comme un homme qui écoute, l’œil ne pouvant atteindre au loin à cause de l’air obscur et du brouillard épais.
« Il nous faudra vaincre dans ce combat, dit-il, sinon… tel à nous s’est offert. Oh ! qu’il me tarde que l’autre arrive ici ! »
Je vis bien que la suite amendait le commencement, les dernières paroles différant des premières, cependant son dire m’inspira de la peur, parce que peut-être je donnais à ce discours tronqué un sens pire que son sens véritable.
En ce fond de la triste conque, où la seule peine est le manque d’espérance, aucun descend-il jamais du premier degré ? demandai-je. Et lui répondit : « Rarement arrive-t-il qu’un de nous parcoure le chemin par où je vais. Une autre Fois je fus, il est vrai, forcé de descendre ici-bas par les conjurations de la dure Érichtone, qui rappelait les ombres en leurs corps . J’étais depuis peu dépouillé de ma chair, lorsqu’elle me fit entrer au dedans de ces murs, pour tirer un esprit du cercle de Judas. Ce lieu est le plus bas et le plus sombre, et le plus loin du ciel qui entoure et meut tout , je connais bien la route ; ainsi tranquillise-toi. Ce marais, d’où s’exhale une vapeur fétide, ceint la cité de douleur, où désormais nous ne pouvons entrer sans colère …….. »
D’autres choses il dit ; mais je n’en ai pas le souvenir, parce que mes yeux m’avaient attiré tout entier vers la haute tour au sommet ardent, où tout d’un coup je vis debout trois furies infernales teintes de sang, qui avaient des membres et un port de femme, des ceintures d’hydres vertes, et pour cheveux des cérastes et des serpents, dont leurs tempes affreuses étaient liées. Et lui qui bien reconnut les servantes de la reine des pleurs éternels : « Regarde, me dit-il, les féroces Erinnyes ! Celle-ci à gauche est Mégère ; celle qui se lamente à droite est Alecto ; Tisiphone est au milieu. » Et cela dit, il se tut. Chacune d’elles se déchirait la poitrine avec les ongles ; elles se frappaient des mains, et jetaient de si hauts cris, que de crainte je me serrai contre le Poète. « Viens, Méduse ! nous le ferons de pierre , » criaient-elles toutes, regardant en bas ; « mal nous vengeâmes l’attaque de Thésée . » « Tourne-toi en arrière, et ferme les yeux ; car si la Gorgone se montrait et que tu la visses, jamais d’ici tu ne remonterais. » Ainsi dit le Maître ; et lui-même me tourna, et ne se fiant à mes mains, des siennes encore il me couvrit les yeux.
O vous qui avez l’intelligence saine, contemplez la doctrine cachée sous le voile des vers étranges . Déjà sur les ondes troubles venait avec fracas un son plein d’épouvante, dont tremblaient les deux rives. Il ressemblait au vent impétueux qui, durant les ardeurs pernicieuses, secoue la forêt, et, sans que rien l’arrête, brise, abat les rameaux, et les emporte au loin ; poudreux et superbe il s’avance, et fait fuir les animaux et les pasteurs.
Il me rouvrit les yeux et me dit : « Dirige maintenant ta vue sur cette antique écume, là où plus acre est la fumée. » Comme les grenouilles, devant la couleuvre ennemie, fuient à travers l’eau jusqu’à terre où chacune d’elles se ramasse en soi ; ainsi vis-je plus de mille âmes ruinées fuir devant un qui, marchant, passait le Styx à pieds secs. Il éloignait de son visage cet air épais, portant souvent sa main gauche en avant, et de cette seule gêne paraissait fatigué. Bien je m’aperçus qu’il était envoyé du ciel, et je me tournai vers le Maître, et il me fit signe de garder le silence, et de m’incliner devant lui. Ah ! qu’il me semblait plein de courroux ! Il vint à la porte et l’ouvrit avec une petite verge, sans que rien la retînt : « O chassés du ciel, bande abjecte ! commença-t-il sur le seuil, quelle audace est en vous ? Pourquoi regimbez-vous contre cette volonté qui ne saurait jamais ne pas atteindre sa fin, et a plusieurs fois accru vos douleurs ? Que sert de se heurter contre les destins ? Votre Cerbère, s’il vous en souvient, en a encore le menton et la gorge pelés . »
Puis il s’en retourna par la route bourbeuse, et ne nous dit pas un mot ; mais il ressemblait à un homme qu’aiguillonne et presse un autre souci que de ce qui est devant lui : et nous, tranquilles après les paroles saintes, nous nous acheminâmes vers la ville. Nous y entrâmes sans nul conflit, et moi qui désirais voir ce que renferme une telle forteresse , quand je fus dedans, je jetai mes regards alentour, et je vis, de tous côtés, une vaste campagne pleine de deuil et d’affreux tourments.
Comme près d’Arles, où le Rhône devient stagnant, comme à Pola , près du Quarnaro qui ferme l’Italie et en baigne les limites, la plaine est toute bosselée de tombes ; ainsi en était-il ici, mais d’une façon plus triste ; entre elles se dressaient des flammes, qui les embrasaient tellement qu’aucun art n’exige que le fer soit plus rouge. Tous les couvercles étaient soulevés, et d’au-dedans sortaient des cris lamentables, que beaucoup paraissaient venir de malheureux dans les supplices.
Et moi : — Maître, qui sont ceux-là qui, du fond des sépulcres, font entendre ces douloureux soupirs ? Et lui à moi : « Ici sont les hérésiarques avec leurs disciples de toute secte, et les tombes en sont bien plus combles que tu ne le crois. Ici le semblable est enseveli avec le semblable : les tombeaux sont plus ou moins brûlants. » Et, après avoir tourné à main droite, nous passâmes entre les tourmentés et les hautes murailles.
CHANT DIXIÈME
Maintenant, par un étroit sentier, entre le mur de la ville et les tourmentés, va mon Maître et moi derrière lui. — O vertu suprême dis-je, qui, comme il te plaît, me conduis par les tristes circuits, parle-moi et satisfais mes désirs. La gent qui gît dans les sépulcres, pourrait-on la voir ? Tous les couvercles sont levés, et nul ne les garde. Et lui à moi : « Tous seront scellés, quand de Josaphat ils reviendront ici avec les corps qu’ils ont laissés là-haut. De ce côté ont leur cimetière, avec Épicure, tous ces sectateurs, qui veulent que l’âme meure avec le corps. Au reste, de là dedans on satisfera bientôt ta demande, et aussi le désir que tu me tais. » Et moi : — Bon maître, si je ne te découvre pas tout mon cœur, c’est pour être bref comme déjà auparavant tu m’y as induit.
— « O Toscan, qui t’en vas, vivant, par la cité du feu ainsi sagement parlant, qu’il te plaise t’arrêter en ce lieu ! Ton langage montre que tu es né dans cette noble patrie à laquelle peut-être je fus trop rude. »
Subitement cette voix sortit d’une des tombes : de quoi effrayé, je me rapprochai un peu de mon Guide. Et lui me dit : « Que fais-tu ? Tourne-toi. Vois là Farinata qui s’est levé : tu le verras tout entier de la ceinture en haut. »
J’avais déjà mes yeux fixés sur les siens, et lui de la poitrine et du front se dressait, comme s’il eût eu l’enfer à grand mépris.
Les mains promptes et hardies du Maître me poussèrent vers lui à travers les sépulcres, disant : « Que tes paroles soient nettes ! » Et quand je fus au pied de sa tombe, Farinata me regarda un peu, puis d’un air hautain me demanda : « Qui furent tes ancêtres ? » Moi qui étais d’obéir désireux, je ne les lui cachai point, mais je les nommai tous : sur quoi il éleva un peu les sourcils, puis dit : « Cruellement ils furent mes ennemis et ceux de mes aïeux, et de mon parti ; aussi je les chassai deux fois. »
— S’ils furent chassés, répondis-je, ils revinrent de toutes parts et l’une et l’autre fois ; c’est un art que les vôtres n’apprirent jamais.
Lors, se montrant à découvert, surgit une ombre, qui seulement au menton de l’autre atteignait ; elle s’était, je crois, levée sur les genoux. Elle regarda autour, comme désirant voir si un autre était avec moi ; et après qu’en elle l’espoir fut entièrement éteint, pleurant elle dit : « Si, à travers cette sombre prison, tu vas par grandeur d’âme, où est mon fils ? pourquoi n’est-il pas avec toi ? » Et moi à lui :
— Je ne viens pas de moi-même ; celui qui attend là, et que votre Guido eut peut-être à dédain , me conduit en ces lieux. Ses paroles et le genre de la peine m’avaient déjà appris le nom de cette ombre : ce pourquoi la réponse fut précise. Soudain se dressant, il s’écria : « N’as-tu pas dit : Il eut ? Ne vit-il plus ? La douce lumière ne frappe-t-elle plus ses yeux ? » Voyant qu’un peu je tardais à répondre, à la renverse il retomba, et ne parut plus au dehors. Mais cet autre magnanime, à la demande de qui je m’étais arrêté, ne changea point de visage ; sa tête, son corps restèrent immobiles. Et continuant le premier discours : « Qu’ils aient mal appris cet art, dit-il, cela me tourmente plus que cette couche. Mais de la Dame qui règne ici le flambeau ne se sera pas rallumé cinquante fois, que tu sauras ce que coûte cet art. Et si jamais tu retournes dans le doux monde , dis-moi pourquoi ce peuple, en toutes ses lois, est si cruel contre les miens ? » Et moi à lui : — Le massacre et le carnage qui rougissent l’Arbia font faire de telles oraisons dans notre temple . Après avoir en soupirant secoué la tête : « A cela, dit-il, je ne fus pas seul, et ce n’eût pas certes été sans cause qu’avec les autres je m’y fusse porté ; mais quand tous consentaient à détruire Florence, seul en face je la défendis. » — Ah ! si jamais les vôtres recouvrent le repos, lui dis-je, levez, je vous prie, le voile dont vous avez enveloppé ma sentence ; car, si je l’entends bien, il semble que, le présent vous étant caché, vous voyez au delà ce que le temps amène avec lui.— « Nous voyons, dit-il, comme on voit avec une mauvaise vue, les choses qui sont loin, autant que les éclaire le souverain Maître. Quand elles s’approchent, ou sont déjà, toute notre intelligence s’évanouit ; et si quelque autre ne vient ici nous en instruire, nous ne savons rien de votre état humain. Ainsi, tu peux comprendre que pour nous mourra toute connaissance, de ce moment où sera fermée la porte de l’avenir . » Alors, comme contrit de ma faute : — Maintenant, dis-je, vous direz à ce tombé que son fils est encore parmi les vivants. Et si, tardant de répondre, je demeurai muet, faites lui savoir que ce fut parce que j’étais encore dans l’erreur dont vous m’avez tiré . Déjà mon Maître me rappelait, ce pourquoi je priai l’esprit de se hâter de me dire qui était avec lui. Il me dit : « Ici je gis avec plus de mille ; là-dessous est le second Frédéric, et le cardinal : je me tais des autres. Puis il s’enfonça : et moi vers l’antique Poète je tournai mes pas, repensant aux paroles qui me semblaient menaçantes. Lui se mut, et ainsi allant, il me dit : « Pourquoi es-tu si troublé ? » Et moi je satisfis à sa demande. « Que ta mémoire conserve ce que tu as entendu contre toi, me commanda ce Sage ; maintenant, regarde ici ! » Et il leva le doigt . « Quand tu seras devant le doux rayon de celle dont le bel œil voit tout , par elle tu connaîtras le voyage de ta vie. » Il tourna ensuite à main gauche : nous laissâmes le mur, et vînmes vers le milieu par un sentier qui aboutit à une vallée dont, jusque d’en haut, l’on sentait la puanteur.
CHANT ONZIÈME
Sur le bord d’une haute rive formée d’un cercle de pierres brisées, nous vînmes au-dessus d’un amas de tourments plus cruels, et à cause de l’horrible puanteur qu’exhale le profond abîme, nous nous retirâmes derrière le couvercle d’un grand tombeau, où je vis une inscription qui disait : « Je garde le pape Anastase, que Photin détourna de la vraie voie. »
— « Il convient de retarder notre descente, afin qu’accoutumés un peu à l’infecte vapeur, elle nous soit ensuite moins pénible. » Ainsi le Maître. Et moi : — Trouve, lui dis-je, quelque compensation, pour que le temps ne soit pas perdu. Et lui : « Tu vois que j’y pense, mon fils, dit-il, au dedans de ces rocs sont trois petits cercles, de degré en degré, comme ceux que tu quittes. Tous sont remplis d’esprits maudits : mais, pour qu’ensuite la vue te suffise, entends comment et pourquoi ils sont dans la gêne. De toute malice qui attire la haine du ciel, la fin est l’injustice ; et toute pareille fin offense autrui ou par la force, ou par la fraude. Mais, parce que la fraude est le mal propre de l’homme, elle déplaît davantage à Dieu : c’est pourquoi les fourbes gisent plus bas, et plus de douleurs les accablent. Tout le premier cercle est pour les Violents ; mais parce qu’on fait violence à trois sortes de personnes, sa construction le divise en trois enceintes distinctes. On peut faire violence à Dieu, a soi, au prochain ; je dis aux personnes et aux biens, comme tu vas l’entendre clairement. La violence donne la mort au prochain, et le blesse ; elle l’atteint dans son bien par les rapines, les incendies, les exactions. Dans la première enceinte sont donc tourmentés les homicides, ceux qui frappent à tort, les ravageurs et tous les voleurs, par bandes séparées. L’homme peut porter une main violente sur soi et sur ses biens : ainsi dans la seconde enceinte, il convient que sans fruit se repente quiconque se prive de votre monde , joue et dissipe son bien, et se crée une peine de ce qui devait être sa joie. On peut faire violence à la Divinité en la niant au dedans de soi et la blasphémant, en méprisant la nature et sa bonté . Ainsi la plus étroite enceinte marque de son signe et Sodome et Cahors , et qui, discourant en son cœur, méprise Dieu. La fraude blesse toujours la conscience , on peut en user contre qui a confiance, et contre qui ne l’a pas. Cette dernière sorte de fraude détruit seulement le lien d’amour formé par la nature ; d’où, dans le second cercle, ont leur nid : l’hypocrisie, la flatterie, la sorcellerie, la fourberie, le larcin, la simonie, les commerces infâmes, la baraterie, et pareilles ordures. Par l’autre sorte de fraude s’oublie l’amour que forme la nature, et celui qui s’y surajoute et crée la foi spéciale . Ce pourquoi, dans le plus petit cercle, là où est le centre de l’univers, et au dedans duquel est Dite, éternellement le traître est consumé. » Et moi : — Maître, ton discours procède très clairement, et décrit bien ce gouffre et le peuple qui l’habite. Mais, dis-moi : ceux du marais fangeux que le vent emporte et que bat la pluie, et qui se heurtent avec des paroles si âpres, pourquoi dans la cité du feu ne sont-ils pas punis, si Dieu les a dans sa colère ? Et si… il ne les a pas, pourquoi sont-ils en telle angoisse ? Et lui à moi : « D’où vient, dit-il, que ton esprit s’égare ainsi contre sa coutume, ou qu’ailleurs regarde ta mémoire ? Ne te souviens-tu point de ce que dit ton éthique , traitant des trois dispositions que le ciel réprouve : L’incontinence, la malice, l’aveugle bestialité ? Et comment l’incontinence offense moins Dieu, et s’attire moins de blâme ? Si tu considères bien cette sentence et te rappelles quels sont ceux qui, hors d’ici, plus haut, subissent leur peine , tu verras aisément pourquoi ils sont séparés de ces félons, et pourquoi avec moins de courroux la divine justice les martelle ? » — O soleil, qui guéris toute vue troublée, tu me satisfais tellement, lui dis-je, quand tu dénoues les difficultés, que non moins que savoir, douter m’est agréable. Retourne encore un peu en arrière à ce que tu as dit de l’usure, qu’elle blesse la divine bonté, et délie ce nœud. — La philosophie, à qui l’écoute, enseigne, en plus d’un endroit, me dit-il, comment la Nature, dans son cours, procède de la divine intelligence et de son art propre , et si tu lis bien la physique , tu trouveras, dès les premières pages, que votre art suit, autant qu’il peut, celui-là, comme le disciple suit le maître, de sorte que votre art est, pour ainsi parler, petit-fils de Dieu. De ces deux , si tu te rappelles le commencement de la Genèse, il convient que l’homme tire sa vie et son progrès. Et parce que l’usurier tient une autre voie, il méprise la Nature, et en soi, et dans l’art qui la suit, puisqu’en autre chose il met son espérance . Mais suis-moi : il me plaît d’aller maintenant que les Poissons glissent à l’horizon, que le Chariot se montre au-dessus du Coro , et que plus loin, le rocher devient moins abrupt.
CHANT DOUZIÈME
Le lieu où nous vînmes pour descendre la rive était si âpre , qu’il n’est point de vue qu’il ne rebutât à cause de ce que nous y trouvâmes.
Telle qu’au-dessous de Trente, cette ruine qui frappa de flanc l’Adige lorsque, par un tremblement de terre ou le manque d’appui, elle s’écroula, forme, du sommet de la montagne jusque dans la plaine où elle roula, un talus de roches, lesquelles ouvrent un chemin à qui serait en haut ; telle était la descente de ce précipice ; et, sur la pointe abrupte du gouffre, gisait l’infamie des Crétois, qui fut conçue dans la fausse vache . Lorsqu’il nous vit, il se mordit lui-même, comme dévoré de colère au-dedans. Mon sage Guide lui cria : « Crois-tu peut-être qu’ici soit le roi d’Athènes , qui là-haut dans le monde te mit à mort ?
Va-t’en, bête brute ! celui-ci ne vient pas instruit par ta sœur ; il vient pour voir vos peines. »
Comme le taureau qui rompt ses liens au moment où il vient de recevoir le coup mortel, ne sait où aller, mais çà et là sautille, ainsi vis-je faire le Minotaure. Et le Maître prudent cria : « Cours au passage ! il est bon que tu descendes pendant sa furie. » Et descendant, nous prîmes notre route par cet éboulement de pierres, qui souvent roulaient sous nos pieds, à cause du poids nouveau .
Je m’en allais pensif, et lui me dit : « Tu penses peut-être à ces ruines que garde la colère bestiale que je viens de réprimer. Or, je veux que tu saches que, lorsque, l’autre fois, je descendis dans le bas enfer, cette roche n’était pas encore écroulée. Mais, si je juge bien, peu avant la venue de celui qui enleva a Dite la grande proie du cercle supérieur , de toutes parts la profonde et sale vallée trembla tellement, que je pensai que l’univers sentait l’Amour par lequel il en est qui croient que plusieurs fois le monde fut ramené dans le chaos ; et, à ce moment, cette vieille roche, ici, et ailleurs encore plus, s’écroula. Mais fixe tes regards sur la vallée ; nous approchons du lac de sang où bouillent ceux qui, par violence, ont nui à autrui. »
O aveugle cupidité, ô folle colère, qui tant nous incite pendant la courte vie, et ensuite, durant l’éternelle, nous plonge en un si affreux bain !
Je vis une large fosse qui, comprenant toute la partie plane, se contournait en arc, comme me l’avait dit mon Guide. Entre elle et le pied de la ravine couraient à la file des Centaures armés de flèches, comme ils avaient coutume d’aller à la chasse dans le monde. Nous voyant descendre, chacun d’eux s’arrêta, et de la bande trois se détachèrent, avec des arcs et des petits dards éprouvés. Et l’un d’eux cria de loin : « A quel supplice venez-vous, vous qui descendez la côte ? Parlez d’où vous êtes, sinon je tire l’arc. » Mon Maître dit : « Nous répondrons de près à Chiron ; pour ton malheur, ton vouloir fut toujours prompt. » Puis, me touchant, il dit : « Celui-ci est Nessus, qui mourut pour la belle Déjanire, et se vengea lui-même , et celui du milieu, qui regarde sa poitrine, est le grand Chiron, le nourricier d’Achille ; cet autre est Pholas, qui fut si plein de colère.