La Reine Margot (page 10)

Alexandre Dumas · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — La Reine Margot (Dumas) · 63 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

À leur tête était Coconnas, ses cheveux roux hérissés, son œil bleu pâle démesurément dilaté, la joue toute meurtrie par l’épée de La Mole, qui avait tracé sur les chairs son sillon sanglant : ainsi défiguré, le Piémontais était terrible à voir.

— Mordi ! cria-t-il, le voilà, le voilà ! Ah ! cette fois, nous le tenons, enfin !

La Mole chercha autour de lui une arme et n’en trouva point. Il jeta les yeux sur la reine et vit la plus profonde pitié peinte sur son visage. Alors il comprit qu’elle seule pouvait le sauver, se précipita vers elle et l’enveloppa dans ses bras.

Coconnas fit trois pas en avant, et de la pointe de sa longue rapière troua encore une fois l’épaule de son ennemi, et quelques gouttes de sang tiède et vermeil diaprèrent comme une rosée les draps blancs et parfumés de Marguerite.

Marguerite vit couler le sang, Marguerite sentit frissonner ce corps enlacé au sien, elle se jeta avec lui dans la ruelle. Il était temps. La Mole, au bout de ses forces, était incapable de faire un mouvement ni pour fuir, ni pour se défendre. Il appuya sa tête livide sur l’épaule de la jeune femme, et ses doigts crispés se cramponnèrent, en la déchirant, à la fine batiste brodée qui couvrait d’un flot de gaze le corps de Marguerite.

— Ah ! Madame ! murmura-t-il d’une voix mourante ; sauvez-moi !

Ce fut tout ce qu’il put dire. Son œil voilé par un nuage pareil à la nuit de la mort s’obscurcit ; sa tête alourdie retomba en arrière, ses bras se détendirent, ses reins plièrent et il glissa sur le plancher dans son propre sang, entraînant la reine avec lui.

En ce moment Coconnas, exalté par les cris, enivré par l’odeur du sang, exaspéré par la course ardente qu’il venait de faire, allongea le bras vers l’alcôve royale. Un instant encore et son épée perçait le cœur de La Mole, et peut-être en même temps celui de Marguerite.

À l’aspect de ce fer nu, et peut-être plutôt encore à la vue de cette insolence brutale, la fille des rois se releva de toute sa taille et poussa un cri tellement empreint d’épouvante, d’indignation et de rage, que le Piémontais demeura pétrifié par un sentiment inconnu ; il est vrai que, si cette scène se fût prolongée renfermée entre les mêmes acteurs, ce sentiment allait se fondre comme une neige matinale au soleil d’avril.

Mais tout à coup, par une porte cachée dans la muraille s’élança un jeune homme de seize à dix-sept ans, vêtu de noir, pâle et les cheveux en désordre.

— Attends, ma sœur, attends, cria-t-il, me voilà ! me voilà !

— François ! François ! à mon secours ! dit Marguerite.

— Le duc d’Alençon ! murmura La Hurière en baissant son arquebuse.

— Mordi, un fils de France ! grommela Coconnas en reculant d’un pas.

Le duc d’Alençon jeta un regard autour de lui. Il vit Marguerite échevelée, plus belle que jamais, appuyée à la muraille, entourée d’hommes la fureur dans les yeux, la sueur au front, et l’écume à la bouche.

— Misérables ! s’écria-t-il.

— Sauvez-moi, mon frère ! dit Marguerite épuisée. Ils veulent m’assassiner.

Une flamme passa sur le visage pâle du duc.

Quoiqu’il fût sans armes, soutenu sans doute par la conscience de son nom, il s’avança, les poings crispés, contre Coconnas et ses compagnons, qui reculèrent épouvantés devant les éclairs qui jaillissaient de ses yeux.

— Assassinerez-vous ainsi un fils de France ? voyons !

Puis, comme ils continuaient de reculer devant lui :

— Çà, mon capitaine des gardes, venez ici, et qu’on me pende tous ces brigands !

Plus effrayé à la vue de ce jeune homme sans armes qu’il ne l’eût été à l’aspect d’une compagnie de reîtres ou de lansquenets, Coconnas avait déjà gagné la porte. La Hurière redescendait les degrés avec des jambes de cerf, les soldats s’entre-choquaient et se culbutaient dans le vestibule pour fuir au plus tôt, trouvant la porte trop étroite comparée au grand désir qu’ils avaient d’être dehors.

Pendant ce temps, Marguerite avait instinctivement jeté sur le jeune homme évanoui sa couverture de damas, et s’était éloignée de lui.

Quand le dernier meurtrier eut disparu, le duc d’Alençon se retourna.

— Ma sœur, s’écria-t-il en voyant Marguerite toute marbrée de sang, serais-tu blessée ?

Et il s’élança vers sa sœur avec une inquiétude qui eût fait honneur à sa tendresse, si cette tendresse n’eût pas été accusée d’être plus grande qu’il ne convenait à un frère.

— Non, dit-elle, je ne le crois pas, ou, si je le suis, c’est légèrement.

— Mais ce sang, dit le duc en parcourant de ses mains tremblantes tout le corps de Marguerite ; ce sang, d’où vient-il ?

— Je ne sais, dit la jeune femme. Un de ces misérables a porté la main sur moi, peut-être était-il blessé.

— Porté la main sur ma sœur ! s’écria le duc. Oh ! si tu me l’avais seulement montré du doigt, si tu m’avais dit lequel, si je savais où le trouver !…

— Chut ! dit Marguerite.

— Et pourquoi ? dit François.

— Parce que si l’on vous voyait à cette heure dans ma chambre…

— Un frère ne peut-il pas visiter sa sœur, Marguerite ?

La reine arrêta sur le duc d’Alençon un regard si fixe et cependant si menaçant, que le jeune homme recula.

— Oui, oui, Marguerite, dit-il, tu as raison, oui, je rentre chez moi. Mais tu ne peux rester seule pendant cette nuit terrible. Veux-tu que j’appelle Gillonne ?

— Non, non, personne ; va-t’en, François, va-t’en par où tu es venu.

Le jeune prince obéit ; et à peine eut-il disparu, que Marguerite, entendant un soupir qui venait de derrière son lit, s’élança vers la porte du passage secret, la ferma au verrou, puis courut à l’autre porte, qu’elle ferma de même, juste au moment où un gros d’archers et de soldats qui poursuivaient d’autres huguenots logés dans le Louvre passait comme un ouragan à l’extrémité du corridor.

Alors, après avoir regardé avec attention autour d’elle pour voir si elle était bien seule, elle revint vers la ruelle de son lit, souleva la couverture de damas qui avait dérobé le corps de La Mole aux regards du duc d’Alençon, tira avec effort la masse inerte dans la chambre, et, voyant que le malheureux respirait encore, elle s’assit, appuya sa tête sur ses genoux, et lui jeta de l’eau au visage pour le faire revenir.

Ce fut alors seulement que, l’eau écartant le voile de poussière, de poudre et de sang qui couvrait la figure du blessé, Marguerite reconnut en lui ce beau gentilhomme qui, plein d’existence et d’espoir, était trois ou quatre heures auparavant venu lui demander sa protection près du roi de Navarre, et l’avait, en la laissant rêveuse elle-même, quittée ébloui de sa beauté.

Marguerite jeta un cri d’effroi, car maintenant ce qu’elle ressentait pour le blessé c’était plus que de la pitié, c’était de l’intérêt ; en effet, le blessé pour elle n’était plus un simple étranger, c’était presque une connaissance. Sous sa main le beau visage de La Mole reparut bientôt tout entier, mais pâle, alangui par la douleur ; elle mit avec un frisson mortel et presque aussi pâle que lui la main sur son cœur, son cœur battait encore. Alors elle étendit cette main vers un flacon de sels qui se trouvait sur une table voisine et le lui fit respirer.

La Mole ouvrit les yeux.

— Oh ! mon Dieu ! murmura-t-il, où suis-je ?

— Sauvé ! Rassurez-vous. Sauvé ! dit Marguerite.

La Mole tourna avec effort son regard vers la reine, la dévora un instant des yeux et balbutia :

— Oh ! que vous êtes belle !

Et, comme ébloui, il referma aussitôt la paupière en poussant un soupir.

Marguerite jeta un léger cri. Le jeune homme avait pâli encore, si c’était possible ; et elle crut un instant que ce soupir était le dernier.

— Oh ! mon Dieu, mon Dieu ! dit-elle, ayez pitié de lui !

En ce moment on heurta violemment à la porte du corridor.

Marguerite se leva à moitié, soutenant La Mole par dessous l’épaule.

— Qui va là ? cria-t-elle.

— Madame, Madame, c’est moi, moi ! cria une voix de femme. Moi, la duchesse de Nevers.

— Henriette ! s’écria Marguerite. Oh ! il n’y a pas de danger, c’est une amie, entendez-vous, Monsieur ?

La Mole fit un effort et se souleva sur un genou.

— Tâchez de vous soutenir tandis que je vais ouvrir la porte, dit la reine.

La Mole appuya sa main à terre, et parvint à garder l’équilibre.

Marguerite fit un pas vers la porte ; mais elle s’arrêta tout à coup, frémissant d’effroi.

— Ah ! tu n’es pas seule ? s’écria-t-elle en entendant un bruit d’armes.

— Non, je suis accompagnée de douze gardes que m’a laissés mon beau frère M. de Guise.

— M. de Guise ! murmura La Mole. Oh ! l’assassin ! l’assassin !

— Silence, dit Marguerite, pas un mot.

Et elle regarda tout autour d’elle pour voir où elle pourrait cacher le blessé.

— Une épée, un poignard ! murmurait La Mole.

— Pour vous défendre ? inutile ; n’avez-vous pas entendu ? ils sont douze et vous êtes seul.

— Non pas pour me défendre, mais pour ne pas tomber vivant entre leurs mains.

— Non, non, dit Marguerite, non, je vous sauverai. Ah ! ce cabinet ! venez, venez.

La Mole fit un effort, et soutenu par Marguerite il se traîna jusqu’au cabinet. Marguerite referma la porte derrière lui, et serrant la clef dans son aumônière : Pas un cri, pas une plainte, pas un soupir, lui glissa-t-elle à travers le lambris, et vous êtes sauvé.

Puis jetant un manteau de nuit sur ses épaules, elle alla ouvrir à son amie qui se précipita dans ses bras.

— Ah ! dit-elle, il ne vous est rien arrivé, n’est-ce pas, Madame ?

— Non, rien, dit Marguerite, croisant son manteau pour qu’on ne vît point les taches de sang qui maculaient son peignoir.

— Tant mieux ; mais en tout cas, comme M. le duc de Guise m’a donné douze gardes pour me reconduire à son hôtel, et que je n’ai pas besoin d’un si grand cortège j’en laisse six à Votre Majesté. Six gardes du duc de Guise valent mieux cette nuit qu’un régiment entier des gardes du roi.

Marguerite n’osa refuser ; elle installa ses six gardes dans le corridor, et embrassa la duchesse, qui, avec les six autres, regagna l’hôtel du duc de Guise, qu’elle habitait en l’absence de son mari.

IX les massacreurs.

Coconnas n’avait pas fui, il avait fait retraite. La Hurière n’avait pas fui, il s’était précipité. L’un avait disparu à la manière du tigre, l’autre à celle du loup.

Il en résulta que La Hurière se trouvait déjà sur la place Saint-Germain-l’Auxerrois, que Coconnas ne faisait encore que sortir du Louvre.

La Hurière, se voyant seul avec son arquebuse au milieu des passants qui couraient, des balles qui sifflaient et des cadavres qui tombaient des fenêtres, les uns entiers, les autres par morceaux, commença à avoir peur et à chercher prudemment à regagner son hôtellerie ; mais comme il débouchait de la rue de l’Arbre-Sec par la rue d’Averon, il tomba dans une troupe de Suisses et de chevau-légers : c’était celle que commandait Maurevel.

— Eh bien ! s’écria celui qui s’était baptisé lui-même du nom de Tueur de roi, vous avez déjà fini ? Vous rentrez, mon hôte ? et que diable avez-vous fait de notre gentilhomme piémontais ? il ne lui est pas arrivé malheur ? Ce serait dommage, car il allait bien.

— Non pas, que je pense, reprit La Hurière, et qu’il va nous rejoindre.

— D’où venez-vous ?

— Du Louvre, où je dois dire qu’on nous a reçus rudement.

— Et qui cela ?

— M. le duc d’Alençon. Est-ce qu’il n’en est pas, lui ?

— Monseigneur le duc d’Alençon n’est de rien que de ce qui le touche personnellement ; proposez-lui de traiter ses deux frères aînés en huguenots, et il en sera : pourvu toutefois que la besogne se fasse sans le compromettre. Mais n’allez-vous point avec ces braves gens, maître La Hurière ?

— Et où vont-ils ?

— Oh ! mon Dieu ! rue Montorgueil ; il y a là un ministre huguenot de ma connaissance ; il a une femme et six enfants. Ces hérétiques engendrent énormément. Ce sera curieux.

— Et vous, où allez-vous ?

— Oh ! moi, je vais à une affaire particulière.

— Dites donc, n’y allez pas sans moi, dit une voix qui fit tressaillir Maurevel ; vous connaissez les bons endroits et je veux en être.

— Ah ! c’est notre Piémontais ! dit Maurevel.

— C’est M. de Coconnas, dit La Hurière. Je croyais que vous me suiviez.

— Peste ! vous détalez trop vite pour cela ; et puis, je me suis un peu détourné de la ligne droite pour aller jeter à la rivière un affreux enfant qui criait : À bas les papistes, vive l’amiral ! Malheureusement, je crois que le drôle savait nager. Ces misérables parpaillots, si on veut les noyer, il faudra les jeter à l’eau comme les chats, avant qu’ils ne voient clair.

— Ah çà ! vous dites que vous venez du Louvre ? Votre huguenot s’y était donc réfugié ? demanda Maurevel.

— Oh ! mon Dieu, oui !

— Je lui ai envoyé un coup de pistolet au moment où il ramassait son épée dans la cour de l’amiral ; mais je ne sais comment cela s’est fait, je l’ai manqué.

— Oh ! moi, dit Coconnas, je ne l’ai pas manqué : je lui ai donné de mon épée dans le dos, que la lame en était humide à cinq pouces de la pointe. D’ailleurs, je l’ai vu tomber dans les bras de Marguerite, jolie femme, mordi ! Cependant, j’avoue que je ne serais pas fâché d’être tout à fait sûr qu’il est mort. Ce gaillard-là m’avait l’air d’être d’un caractère fort rancunier, et il serait capable de m’en vouloir toute sa vie. Mais ne disiez-vous pas que vous alliez quelque part ?

— Vous tenez donc à venir avec moi ?

— Je tiens à ne pas rester en place, mordi ! Je n’en ai encore tué que trois ou quatre, et, quand je me refroidis, mon épaule me fait mal. En route ! en route !

— Capitaine ! dit Maurevel au chef de la troupe, donnez-moi trois hommes et allez expédier votre ministre avec le reste.

Trois Suisses se détachèrent et vinrent se joindre à Maurevel. Les deux troupes cependant marchèrent côte à côte jusqu’à la hauteur de la rue Tirechappe ; là les chevau-légers et les Suisses prirent la rue de la Tonnellerie, tandis que Maurevel, Coconnas, La Hurière et ses trois hommes suivaient la rue de la Ferronnerie, prenaient la rue Trousse-Vache et gagnaient la rue Sainte-Avoye.

— Mais où diable nous conduisez-vous ? dit Coconnas, que cette longue marche sans résultat commençait à ennuyer.

— Je vous conduis à une expédition brillante et utile à la fois. Après l’amiral, après Téligny, après les princes huguenots, je ne pouvais rien vous offrir de mieux. Prenez donc patience. C’est rue du Chaume que nous avons affaire, et dans un instant nous allons y être.

— Dites-moi, demanda Coconnas, la rue du Chaume n’est-elle pas proche du Temple ?

— Oui, pourquoi ?

— Ah ! c’est qu’il y a là un vieux créancier de notre famille, un certain Lambert Mercandou, auquel mon père m’a recommandé de rendre cent nobles à la rose que j’ai là à cet effet dans ma poche.

— Eh bien ! dit Maurevel, voilà une belle occasion de vous acquitter envers lui.

— Comment cela ?

— C’est aujourd’hui le jour où l’on règle ses vieux comptes. Votre Mercandon est-il huguenot ?

— Oh ! oh ! fit Coconnas, je comprends, il doit l’être.

— Chut ! nous sommes arrivés.

— Quel est ce grand hôtel avec son pavillon sur la rue ?

— L’hôtel de Guise.

— En vérité, dit Coconnas, je ne pouvais pas manquer de venir ici, puisque j’arrive à Paris sous le patronage du grand Henri. Mais, mordi, tout est bien tranquille dans ce quartier-ci, mon cher, c’est tout au plus si l’on entend le bruit des arquebusades : on se croirait en province ; tout le monde dort, ou que le diable m’emporte !

En effet, l’hôtel de Guise lui-même semblait aussi tranquille que dans les temps ordinaires. Toutes les fenêtres en étaient fermées, et une seule lumière brillait derrière la jalousie de la fenêtre principale du pavillon qui avait, lorsqu’il était entré dans la rue, attiré l’attention de Coconnas.

Un peu au delà de l’hôtel de Guise, c’est-à-dire au coin de la rue du Petit-Chantier et de celle des Quatre-Fils, Maurevel s’arrêta.

— Voici le logis de celui que nous cherchons, dit-il.

— De celui que vous cherchez, c’est-à-dire… fit La Hurière.

— Puisque vous m’accompagnez, nous le cherchons.

— Comment ! cette maison qui semble dormir d’un si bon sommeil…

— Justement ! Vous, La Hurière, vous allez utiliser l’honnête figure que le ciel vous a donnée par erreur, en frappant à cette maison. Passez votre arquebuse à M. de Coconnas, il y a une heure que je vois qu’il la lorgne. Si vous êtes introduit, vous demanderez à parler au seigneur de Mouy.

— Ah ! ah ! fit Coconnas, je comprends : vous avez aussi un créancier dans le quartier du Temple, à ce qu’il paraît.

— Justement, continua Maurevel. Vous monterez donc en jouant le huguenot, vous avertirez de Mouy de tout ce qui se passe ; il est brave, il descendra…

— Et une fois descendu ? demanda La Hurière.

— Une fois descendu, je le prierai d’aligner son épée avec la mienne.

— Sur mon âme, c’est d’un brave gentilhomme, dit Coconnas, et je compte faire exactement la même chose avec Lambert Mercandon ; et s’il est trop vieux pour accepter, ce sera avec quelqu’un de ses fils ou de ses neveux.

La Hurière alla sans répliquer frapper à la porte ; ses coups, retentissant dans le silence de la nuit, firent ouvrir les portes de l’hôtel de Guise et sortir quelques têtes par ses ouvertures : on vit alors que l’hôtel était calme à la manière des citadelles, c’est-à-dire parce qu’il était plein de soldats.

Ces têtes rentrèrent presque aussitôt, devinant sans doute de quoi il était question.

— Il loge donc là, votre M. de Mouy ? dit Coconnas montrant la maison où La Hurière continuait de frapper.

— Non, c’est le logis de sa maîtresse.

— Mordi ! quelle galanterie vous lui faites ! lui fournir l’occasion de tirer l’épée sous les yeux de sa belle ! Alors nous serons les juges du camp. Cependant j’aimerais assez à me battre moi-même. Mon épaule me brûle.

— Et votre figure ? demanda Maurevel, elle est aussi fort endommagée.

Coconnas poussa une espèce de rugissement.

— Mordi ! dit-il, j’espère qu’il est mort, ou sans cela je retournerais au Louvre pour l’achever.

La Hurière frappait toujours.

Bientôt une fenêtre du premier étage s’ouvrit, et un homme parut sur le balcon en bonnet de nuit, en caleçon et sans armes.

— Qui va là ? cria cet homme.

Maurevel fit un signe à ses Suisses, qui se rangèrent sous une encoignure, tandis que Coconnas s’aplatissait de lui-même contre la muraille.

— Ah ! monsieur de Mouy, dit l’aubergiste de sa voix câline, est-ce vous ?

— Oui, c’est moi ; après ?

— C’est bien lui, murmura Maurevel en frémissant de joie.

— Eh ! Monsieur, continua La Hurière, ne savez-vous point ce qui se passe ? On égorge M. l’amiral, on tue les religionnaires nos frères. Venez vite à leur aide, venez.

— Ah ! s’écria de Mouy, je me doutais bien qu’il se tramait quelque chose pour cette nuit. Ah ! je n’aurais pas dû quitter mes braves camarades. Me voici, mon ami, me voici ; attendez-moi.

Et sans refermer la fenêtre, par laquelle sortirent quelques cris de femme effrayée, quelques supplications tendres, M. de Mouy chercha son pourpoint, son manteau et ses armes.

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