La Reine Margot (page 17)

Alexandre Dumas · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — La Reine Margot (Dumas) · 63 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

— J’avais ordre, de la part de M. d’Auriac, de ne la remettre qu’à Votre Majesté elle-même ; car elle contenait, m’a-t-il assuré, un avis si important, qu’il n’osait le confier à un messager ordinaire.

— En effet, dit le roi en prenant et en lisant la lettre, c’était l’avis de quitter la cour et de me retirer en Béarn. M. d’Auriac était de mes bons amis, quoique catholique, et il est probable que, comme gouverneur de province, il avait vent de ce qui s’est passé. Ventre-saint-gris ! Monsieur, pourquoi ne pas m’avoir remis cette lettre il y a trois jours au lieu de ne me la remettre qu’aujourd’hui ?

— Parce que, ainsi que j’ai eu l’honneur de le dire à Votre Majesté, quelque diligence que j’aie faite, je n’ai pu arriver qu’hier.

— C’est fâcheux, c’est fâcheux, murmura le roi ; car à cette heure nous serions en sûreté, soit à la Rochelle, soit dans quelque bonne plaine, avec deux à trois mille chevaux autour de nous.

— Sire, ce qui est fait est fait, dit Marguerite à demi voix, et, au lieu de perdre votre temps à récriminer sur le passé, il s’agit de tirer le meilleur parti possible de l’avenir.

— À ma place, dit Henri avec son regard interrogateur, vous auriez donc encore quelque espoir, Madame ?

— Oui, certes, et je regarderais le jeu engagé comme une partie en trois points, dont je n’ai perdu que la première manche.

— Ah ! Madame, dit tout bas Henri, si j’étais sûr que vous fussiez de moitié dans mon jeu…

— Si j’avais voulu passer du côté de vos adversaires, répondit Marguerite, il me semble que je n’eusse point attendu si tard.

— C’est juste, dit Henri, je suis un ingrat, et, comme vous dites, tout peut encore se réparer aujourd’hui.

— Hélas ! sire, répliqua La Mole, je souhaite à Votre Majesté toutes sortes de bonheurs ; mais aujourd’hui nous n’avons plus M. l’amiral.

Henri se mit à sourire de ce sourire de paysan matois que l’on ne comprit à la cour que le jour où il fut roi de France.

— Mais, Madame, reprit-il en regardant La Mole avec attention, ce gentilhomme ne peut demeurer chez vous sans vous gêner infiniment et sans être exposé à de fâcheuses surprises. Qu’en ferez-vous ?

— Mais, sire, dit Marguerite, ne pourrions-nous le faire sortir du Louvre ? car en tous points je suis de votre avis.

— C’est difficile.

— Sire, M. de La Mole ne peut-il trouver un peu de place dans la maison de Votre Majesté ?

— Hélas ! Madame, vous me traitez toujours comme si j’étais encore roi des huguenots et comme si j’avais encore un peuple. Vous savez bien que je suis à moitié converti et que je n’ai plus de peuple du tout.

Une autre que Marguerite se fût empressée de répondre sur-le-champ : Il est catholique. Mais la reine voulait se faire demander par Henri ce qu’elle désirait obtenir de lui. Quant à La Mole, voyant cette réserve de sa protectrice et ne sachant encore où poser le pied sur le terrain glissant d’une cour aussi dangereuse que l’était celle de France, il se tut également.

— Mais, reprit Henri, relisant la lettre apportée par La Mole, que me dit donc M. le gouverneur de Provence, que votre mère était catholique et que de là vient l’amitié qu’il vous porte ?

— Et à moi, dit Marguerite ; que me parliez-vous d’un vœu que vous avez fait, monsieur le comte, d’un changement de religion ? Mes idées se brouillent à cet égard ; aidez-moi donc, monsieur de la Mole. Ne s’agissait-il pas de quelque chose de semblable à ce que paraît désirer le roi ?

— Hélas ! oui ; mais Votre Majesté a si froidement accueilli mes explications à cet égard, reprit La Mole, que je n’ai point osé…

— C’est que tout cela ne me regardait aucunement, Monsieur. Expliquez au roi, expliquez.

— Eh bien ! qu’est-ce que ce vœu ? demanda le roi.

— Sire, dit La Mole, poursuivi par des assassins, sans armes, presque mourant de mes deux blessures, il m’a semblé voir l’ombre de ma mère me guidant vers le Louvre une croix à la main. Alors j’ai fait vœu, si j’avais la vie sauve, d’adopter la religion de ma mère, à qui Dieu avait permis de sortir de son tombeau pour me servir de guide pendant cette horrible nuit. Dieu m’a conduit ici, sire. Je m’y vois sous la double protection d’une fille de France et du roi de Navarre. Ma vie a été sauvée miraculeusement ; je n’ai donc qu’à accomplir mon vœu, sire. Je suis prêt à me faire catholique.

Henri fronça le sourcil. Le sceptique qu’il était comprenait bien l’abjuration par intérêt ; mais il doutait fort de l’abjuration par la foi.

— Le roi ne veut pas se charger de mon protégé, pensa Marguerite.

La Mole cependant demeurait timide et gêné entre les deux volontés contraires. Il sentait bien, sans se l’expliquer, le ridicule de sa position. Ce fut encore Marguerite qui, avec sa délicatesse de femme, le tira de ce mauvais pas.

— Sire, dit-elle, nous oublions que le pauvre blessé a besoin de repos. Moi-même je tombe de sommeil. Eh ! tenez !

La Mole pâlissait en effet ; mais c’étaient les dernières paroles de Marguerite qu’il avait entendues et interprétées qui le faisaient pâlir.

— Eh bien ! Madame, dit Henri, rien de plus simple ; ne pouvons-nous laisser reposer M. de La Mole ?

Le jeune homme adressa à Marguerite un regard suppliant, et, malgré la présence des deux Majestés, se laissa aller sur un siège, brisé de douleur et de fatigue.

Marguerite comprit tout ce qu’il y avait d’amour dans ce regard et de désespoir dans cette faiblesse.

— Sire, dit-elle, il convient à Votre Majesté de faire à ce jeune gentilhomme, qui a risqué sa vie pour son roi, puisqu’il accourait ici pour vous annoncer la mort de l’amiral et de Téligny, lorsqu’il a été blessé ; il convient, dis-je, à Votre Majesté de lui faire un honneur dont il sera reconnaissant toute sa vie.

— Et lequel, Madame ? dit Henri. Commandez, je suis prêt.

— M. de La Mole couchera cette nuit aux pieds de Votre Majesté, qui couchera, elle, sur ce lit de repos. Quant à moi, avec la permission de mon auguste époux, ajouta Marguerite en souriant, je vais appeler Gillonne et me remettre au lit ; car, je vous le jure, sire, je ne suis pas celle de nous trois qui ai le moins besoin de repos.

Henri avait de l’esprit, peut-être un peu trop même : ses amis et ses ennemis le lui reprochèrent plus tard. Mais il comprit que celle qui l’exilait de la couche conjugale en avait acquis le droit par l’indifférence même qu’il avait manifestée pour elle ; d’ailleurs, Marguerite venait de se venger de cette indifférence en lui sauvant la vie. Il ne mit donc pas d’amour-propre dans sa réponse.

— Madame, dit-il, si M. de La Mole était en état de passer dans mon appartement, je lui offrirais mon propre lit.

— Oui, reprit Marguerite ; mais votre appartement, à cette heure, ne vous peut protéger ni l’un ni l’autre, et la prudence veut que Votre Majesté demeure ici jusqu’à demain.

Et, sans attendre la réponse du roi, elle appela Gillonne, fit préparer les coussins pour le roi, et aux pieds du roi un lit pour La Mole, qui semblait si heureux et si satisfait de cet honneur, qu’on eût juré qu’il ne sentait plus ses blessures.

Quant à Marguerite, elle tira au roi une cérémonieuse révérence, et, rentrée dans sa chambre bien verrouillée de tous côtés, elle s’étendit dans son lit.

— Maintenant, se dit Marguerite à elle-même, il faut que demain M. de La Mole ait un protecteur au Louvre, et tel fait ce soir la sourde oreille qui demain se repentira.

Puis elle fit signe à Gillonne, qui attendait ses derniers ordres, de venir les recevoir.

Gillonne s’approcha.

— Gillonne, lui dit-elle tout bas, il faut que demain, sous un prétexte quelconque, mon frère, le duc d’Alençon, ait envie de venir ici avant huit heures du matin.

Deux heures sonnaient au Louvre.

La Mole causa un instant politique avec le roi, qui peu à peu s’endormit, et bientôt ronfla aux éclats, comme s’il eût été couché dans son lit de cuir de Béarn.

La Mole eût peut-être dormi comme le roi ; mais Marguerite ne dormait pas, elle ; elle se tournait et se retournait dans son lit, et ce bruit troublait les idées et le sommeil du jeune homme.

— Il est bien jeune, murmurait Marguerite au milieu de son insomnie, il est bien timide ; peut-être même, il faudra voir cela, peut-être même sera-t-il ridicule ; de beaux yeux cependant… une taille bien prise, beaucoup de charmes ; mais s’il allait ne pas être brave !… Il fuyait… Il abjure… c’est fâcheux, le rêve commençait bien ; allons… Laissons aller les choses et rapportons-nous-en au triple dieu de cette folle Henriette.

Et vers le jour Marguerite finit enfin par s’endormir en murmurant : Eros-Cupido-Amor.

XV ce que femme veut dieu le veut.

Marguerite ne s’était pas trompée : la colère amassée au fond du cœur de Catherine par cette comédie, dont elle voyait l’intrigue sans avoir la puissance de rien changer au dénoûment, avait besoin de déborder sur quelqu’un. Au lieu de rentrer chez elle, la reine mère monta directement chez sa dame d’atours.

Madame de Sauve s’attendait à deux visites : elle espérait celle de Henri, elle craignait celle de la reine mère. Au lit, à moitié vêtue, tandis que Dariole veillait dans l’antichambre, elle entendit tourner une clef dans la serrure, puis s’approcher des pas lents et qui eussent paru lourds s’ils n’eussent pas été assourdis par d’épais tapis. Elle ne reconnut point là la marche légère et empressée de Henri ; elle se douta qu’on empêchait Dariole de la venir avertir ; et, appuyée sur sa main, l’oreille et l’œil tendus, elle attendit.

La portière se leva, et la jeune femme, frissonnante, vit paraître Catherine de Médicis.

Catherine semblait calme ; mais madame de Sauve, habituée à l’étudier depuis deux ans, comprit tout ce que ce calme apparent cachait de sombres préoccupations et peut-être de cruelles vengeances.

Madame de Sauve, en apercevant Catherine, voulut sauter en bas de son lit ; mais Catherine leva le doigt pour lui faire signe de rester, et la pauvre Charlotte demeura clouée à sa place, amassant intérieurement toutes les forces de son âme pour faire face à l’orage qui se préparait silencieusement.

— Avez-vous fait tenir la clef au roi de Navarre ? demanda Catherine sans que l’accent de sa voix indiquât aucune altération ; seulement ces paroles étaient prononcées avec des lèvres de plus en plus blêmissantes.

— Oui, Madame… répondit Charlotte d’une voix qu’elle tentait inutilement de rendre aussi assurée que l’était celle de Catherine.

— Et vous l’avez vu ?

— Qui ? demanda madame de Sauve.

— Le roi de Navarre ?

— Non, Madame ; mais je l’attends, et j’avais même cru, en entendant tourner une clef dans la serrure, que c’était lui qui venait.

À cette réponse, qui annonçait dans madame de Sauve ou une parfaite confiance ou une suprême dissimulation, Catherine ne put retenir un léger frémissement. Elle crispa sa main grasse et courte.

— Et cependant tu savais bien, dit-elle avec son méchant sourire, tu savais bien, Carlotta, que le roi de Navarre ne viendrait point cette nuit.

— Moi, Madame, je savais cela ! s’écria Charlotte avec un accent de surprise parfaitement bien jouée.

— Oui, tu le savais.

— Pour ne point venir, reprit la jeune femme frissonnante à cette seule supposition, il faut donc qu’il soit mort !

Ce qui donnait à Charlotte le courage de mentir ainsi, c’était la certitude qu’elle avait d’une terrible vengeance, dans le cas où sa petite trahison serait découverte.

— Mais tu n’as donc pas écrit au roi de Navarre, Carlotta mia ? demanda Catherine avec ce même rire silencieux et cruel.

— Non, Madame, répondit Charlotte avec un admirable accent de naïveté ; Votre Majesté ne me l’avait pas dit, ce me semble.

Il se fit un moment de silence pendant lequel Catherine regarda madame de Sauve comme le serpent regarde l’oiseau qu’il veut fasciner.

— Tu te crois belle, dit alors Catherine ; tu te crois adroite, n’est-ce pas ?

— Non, Madame, répondit Charlotte, je sais seulement que Votre Majesté a été parfois d’une bien grande indulgence pour moi, quand il s’agissait de mon adresse et de ma beauté.

— Eh bien, dit Catherine en s’animant, tu te trompais si tu as cru cela, et moi je mentais si je te l’ai dit, tu n’es qu’une sotte et qu’une laide près de ma fille Margot.

— Oh ! ceci, Madame, c’est vrai ! dit Charlotte, et je n’essayerai pas même de le nier, surtout à vous.

— Aussi, continua Catherine, le roi de Navarre te préfère-t-il de beaucoup ma fille, et ce n’était pas ce que tu voulais, je crois, ni ce dont nous étions convenues.

— Hélas, Madame ! dit Charlotte éclatant cette fois en sanglots sans qu’elle eût besoin de se faire aucune violence ; si cela est ainsi, je suis bien malheureuse.

— Cela est, dit Catherine en enfonçant comme un double poignard le double rayon de ses yeux dans le cœur de madame de Sauve.

— Mais qui peut vous le faire croire ? demanda Charlotte.

— Descends chez la reine de Navarre, pazza ! et tu y trouveras ton amant.

— Oh ! fit madame de Sauve.

Catherine haussa les épaules.

— Es-tu jalouse, par hasard ? demanda la reine mère.

— Moi ? dit madame de Sauve rappelant à elle toute sa force prête à l’abandonner.

— Oui, toi ! je serais curieuse de voir une jalousie de Française.

— Mais, dit madame de Sauve, comment Votre Majesté veut-elle que je sois jalouse autrement que d’amour-propre ? je n’aime le roi de Navarre qu’autant qu’il le faut pour le service de Votre Majesté !

Catherine la regarda un moment avec des yeux rêveurs.

— Ce que tu me dis là peut, à tout prendre, être vrai, murmura-t-elle.

— Votre Majesté lit dans mon cœur.

— Et ce cœur m’est tout dévoué ?

— Ordonnez, Madame, et vous en jugerez.

— Eh bien ! puisque tu te sacrifies à mon service, Carlotta, il faut, pour mon service toujours, que tu sois très-éprise du roi de Navarre, et très-jalouse surtout, jalouse comme une Italienne.

— Mais, Madame, demanda Charlotte, de quelle façon une Italienne est-elle jalouse ?

— Je te le dirai, reprit Catherine ; et, après avoir fait deux ou trois mouvements de tête du haut en bas, elle sortit silencieusement et lentement, comme elle était entrée.

Charlotte, troublée par le clair regard de ces yeux dilatés comme ceux du chat et de la panthère, sans que cette dilatation lui fît rien perdre de sa profondeur, la laissa partir sans prononcer un seul mot, sans même laisser à son souffle la liberté de se faire entendre, et elle ne respira que lorsqu’elle eut entendu la porte se refermer derrière elle et que Dariole fut venue lui dire que la terrible apparition était bien évanouie.

— Dariole, lui dit-elle alors, traîne un fauteuil près de mon lit et passe la nuit dans ce fauteuil. Je t’en prie, car je n’oserais pas rester seule.

Dariole obéit ; mais malgré la compagnie de sa femme de chambre, qui restait près d’elle, malgré la lumière de la lampe qu’elle ordonna de laisser allumée pour plus grande tranquillité, madame de Sauve aussi ne s’endormit qu’au jour, tant bruissait à son oreille le métallique accent de la voix de Catherine.

Cependant, quoique endormie au moment où le jour commençait à paraître, Marguerite se réveilla au premier son des trompettes, aux premiers aboiements des chiens. Elle se leva aussitôt et commença de revêtir un costume si négligé qu’il en était prétentieux. Alors elle appela ses femmes, fit introduire dans son antichambre les gentilshommes du service ordinaire du roi de Navarre ; puis, ouvrant la porte qui enfermait sous la même clef Henri et de La Mole, elle donna du regard un bonjour affectueux à ce dernier, et appelant son mari :

— Allons, sire, dit-elle, ce n’est pas le tout que d’avoir fait croire à madame ma mère ce qui n’est pas, il convient encore que vous persuadiez toute votre cour de la parfaite intelligence qui règne entre nous. Mais tranquillisez-vous, ajouta-t-elle en riant, et retenez bien mes paroles, que la circonstance fait presque solennelles : Aujourd’hui sera la dernière fois que je mettrai Votre Majesté à cette cruelle épreuve.

Le roi de Navarre sourit et ordonna qu’on introduisît ses gentilshommes.

Au moment où ils le saluaient, il fit semblant de s’apercevoir seulement que son manteau était resté sur le lit de la reine ; il leur fit ses excuses de les recevoir ainsi, prit son manteau des mains de Marguerite rougissante, et l’agrafa sur son épaule. Puis, se tournant vers eux, il leur demanda des nouvelles de la ville et de la cour.

Marguerite remarquait du coin de l’œil l’imperceptible étonnement que produisit sur le visage des gentilshommes cette intimité qui venait de se révéler entre le roi et la reine de Navarre, lorsqu’un huissier entra suivi de trois ou quatre gentilshommes, et annonçant le duc d’Alençon.

Pour le faire venir, Gillonne avait eu besoin de lui apprendre seulement que le roi avait passé la nuit chez sa femme.

François entra si rapidement qu’il faillit, en les écartant, renverser ceux qui le précédaient. Son premier coup d’œil fut pour Henri. Marguerite n’eut que le second.

Henri lui répondit par un salut courtois. Marguerite composa son visage, qui exprima la plus parfaite sérénité.

D’un autre regard vague, mais scrutateur, le duc embrassa alors toute la chambre ; il vit le lit aux tapisseries dérangées, le double oreiller affaissé au chevet, le chapeau du roi jeté sur une chaise.

Il pâlit ; mais se remettant sur-le-champ :

— Mon frère Henri, dit-il, venez-vous jouer ce matin à la paume avec le roi ?

— Le roi me fait-il cet honneur de m’avoir choisi, demanda Henri, ou n’est-ce qu’une attention de votre part, mon beau-frère ?

— Mais non, le roi n’a point parlé de cela, dit le duc un peu embarrassé ; mais n’êtes-vous point de sa partie ordinaire ?

Henri sourit ; car il s’était passé tant et de si graves choses depuis la dernière partie qu’il avait faite avec le roi, qu’il n’y aurait rien eu d’étonnant à ce que Charles IX eût changé ses joueurs habituels.

— J’y vais, mon frère ! dit Henri en souriant.

— Venez, reprit le duc.

— Vous vous en allez ? demanda Marguerite.

— Oui, ma sœur.

— Vous êtes donc pressé ?

— Très-pressé.

— Si cependant je réclamais de vous quelques minutes ?

Une pareille demande était si rare dans la bouche de Marguerite, que son frère la regarda en rougissant et en pâlissant tour à tour.

— Que va-t-elle lui dire ? pensa Henri non moins étonné que le duc d’Alençon.

Marguerite, comme si elle eût deviné la pensée de son époux, se retourna de son côté.

— Monsieur, dit-elle avec un charmant sourire, vous pouvez rejoindre Sa Majesté, si bon vous semble, car le secret que j’ai à révéler à mon frère est déjà connu de vous, puisque la demande que je vous ai adressée hier à propos de ce secret a été à peu près refusée par Votre Majesté. Je ne voudrais donc pas, continua Marguerite ; fatiguer une seconde fois Votre Majesté par l’expression émise en face d’elle d’un désir qui lui a paru être désagréable.

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