La Reine Margot (page 40)
— Sont-ils donc près d’arriver, ces ambassadeurs ?
— Mieux que cela, ils sont arrivés ce matin.
— Mais personne ne le sait ?
— Ils sont arrivés incognito. Leur entrée solennelle est remise à après-demain, je crois. Au reste, vous verrez, dit Marguerite avec un petit air satisfait qui n’était point exempt de pédantisme, ce que j’ai fait ce soir est assez cicéronien ; mais laissons là ces futilités. Parlons de ce qui vous est arrivé.
— À moi ?
— Oui.
— Que m’est-il donc arrivé ?
— Ah ! vous avez beau faire le brave, je vous trouve un peu pâle.
— Alors, c’est d’avoir trop dormi ; je m’en accuse bien humblement.
— Allons, allons, ne faisons point le fanfaron, je sais tout.
— Ayez donc la bonté de me mettre au courant, ma perle, car moi je ne sais rien.
— Voyons, répondez-moi franchement. Que vous a demandé la reine mère ?
— La reine mère à moi ! avait-elle donc à me parler ?
— Comment ! vous ne l’avez pas vue ?
— Non.
— Et le roi Charles ?
— Non.
— Et le roi de Navarre ?
— Non.
— Mais le duc d’Alençon, vous l’avez vu ?
— Oui, tout à l’heure, je l’ai rencontré dans le corridor.
— Que vous a-t-il dit ?
— Qu’il avait à me donner quelques ordres entre neuf et dix heures du soir.
— Et pas autre chose ?
— Pas autre chose.
— C’est étrange.
— Mais, enfin, que trouvez-vous d’étrange, dites-moi ?
— Que vous n’ayez entendu parler de rien.
— Que s’est-il donc passé ?
— Il s’est passé que pendant toute cette journée, malheureux, vous avez été suspendu sur un abîme.
— Moi ?
— Oui, vous.
— À quel propos ?
— Écoutez. De Mouy, surpris cette nuit dans la chambre du roi de Navarre, que l’on voulait arrêter, a tué trois hommes, et s’est sauvé, sans que l’on reconnût de lui autre chose que le fameux manteau rouge.
— Eh bien ?
— Eh bien, ce manteau rouge qui m’avait trompée une fois en a trompé d’autres aussi : vous avez été soupçonné, accusé même de ce triple meurtre. Ce matin on voulait vous arrêter, vous juger, qui sait ? vous condamner peut-être ; car pour vous sauver vous n’eussiez pas voulu dire où vous étiez, n’est-ce pas ?
— Dire ou j’étais ! s’écria La Mole, vous compromettre, vous, ma belle majesté ! Oh ! vous avez bien raison ; je fusse mort en chantant pour épargner une larme à vos beaux yeux.
— Hélas ! mon pauvre gentilhomme ! dit Marguerite, mes beaux yeux eussent bien pleuré.
— Mais comment s’est apaisé ce grand orage ?
— Devinez.
— Que sais-je, moi ?
— Il n’y avait qu’un moyen de prouver que vous n’étiez pas dans la chambre du roi de Navarre.
— Lequel ?
— C’était de dire où vous étiez.
— Eh bien ?
— Eh bien, je l’ai dit !
— Et à qui ?
— À ma mère.
— Et la reine Catherine…
— La reine Catherine sait que vous êtes mon amant.
— Oh ! Madame, après avoir tant fait pour moi, vous pouvez tout exiger de votre serviteur. Oh ! vraiment, c’est beau et grand, Marguerite, ce que vous avez fait là ! Oh ! Marguerite, ma vie est bien à vous !
— Je l’espère, car je l’ai arrachée à ceux qui me la voulaient prendre ; mais à présent vous êtes sauvé.
— Et par vous ! s’écria le jeune homme, par ma reine adorée !
Au même moment un bruit éclatant les fit tressaillir. La Mole se rejeta en arrière plein d’un vague effroi ; Marguerite, poussant un cri, demeura les yeux fixés sur la vitre brisée d’une fenêtre.
Par cette vitre un caillou de la grosseur d’un œuf venait d’entrer ; il roulait encore sur le parquet.
La Mole vit à son tour le carreau cassé et reconnut la cause du bruit.
— Quel est l’insolent ? s’écria-t-il ; et il s’élança vers la fenêtre.
— Un moment, dit Marguerite : à cette pierre est attaché quelque chose, ce me semble.
— En effet, dit La Mole, on dirait un papier.
Marguerite se précipita sur l’étrange projectile, et arracha la mince feuille qui, pliée comme un étroit ruban, enveloppait le caillou par le milieu.
Ce papier était maintenu par une ficelle, laquelle sortait par l’ouverture de la vitre cassée.
Marguerite déplia la lettre et lut.
— Malheureux ! s’écria-t-elle.
Elle tendit le papier à La Mole pâle, debout et immobile comme la statue de l’Effroi.
La Mole, le cœur serré d’une douleur pressentimentale, lut ces mots :
« On attend M. de La Mole avec de longues épées dans le corridor qui conduit chez M. d’Alençon. Peut-être aimerait-il mieux sortir par cette fenêtre et aller rejoindre M. de Mouy à Mantes… »
— Eh ! demanda La Mole après avoir lu, ses épées sont-elles donc plus longues que la mienne ?
— Non, mais il y en a peut-être dix contre une.
— Et quel est l’ami qui nous envoie ce billet ? demanda La Mole.
Marguerite le reprit des mains du jeune homme et fixa sur lui un regard ardent.
— L’écriture du roi de Navarre ! s’écria-t-elle. S’il prévient, c’est que le danger est réel. Fuyez, La Mole, fuyez, c’est moi qui vous en prie.
— Et comment voulez-vous que je fuie ? dit La Mole.
— Mais cette fenêtre, ne parle-t-on pas de cette fenêtre ?
— Ordonnez, ma reine, et je sauterai de cette fenêtre pour vous obéir, dussé-je vingt fois me briser en tombant.
— Attendez donc, attendez donc, dit Marguerite. Il me semble que cette ficelle supporte un poids.
— Voyons, dit La Mole.
Et tous deux, attirant à eux l’objet suspendu après cette corde, virent avec une joie indicible apparaître l’extrémité d’une échelle de crin et de soie.
— Eh ! vous êtes sauvé, s’écria Marguerite.
— C’est un miracle du ciel !
— Non, c’est un bienfait du roi de Navarre.
— Et si c’était un piège, au contraire ? dit La Mole ; si cette échelle devait se briser sous mes pieds ! Madame, n’avez-vous point avoué aujourd’hui votre affection pour moi ?
Marguerite, à qui la joie avait rendu ses couleurs, redevint d’une pâleur mortelle.
— Vous avez raison, dit-elle, c’est possible.
Et elle s’élança vers la porte.
— Qu’allez-vous faire ? s’écria La Mole.
— M’assurer par moi-même s’il est vrai qu’on vous attende dans le corridor.
— Jamais, jamais ! Pour que leur colère tombe sur vous !
— Que voulez-vous qu’on fasse à une fille de France ? femme et princesse du sang, je suis deux fois inviolable.
La reine dit ces paroles avec une telle dignité qu’en effet La Mole comprit qu’elle ne risquait rien, et qu’il devait la laisser agir comme elle l’entendrait.
Marguerite mit La Mole sous la garde de Gillonne en laissant à sa sagacité, selon ce qui se passerait, de fuir, ou d’attendre son retour, et elle s’avança dans le corridor qui, par un embranchement, conduisait à la bibliothèque ainsi qu’à plusieurs salons de réception, et qui en le suivant dans toute sa longueur aboutissait aux appartements du roi, de la reine mère, et à ce petit escalier dérobé par lequel on montait chez le duc d’Alençon et chez Henri. Quoiqu’il fût à peine neuf heures du soir, toutes les lumières étaient éteintes, et le corridor, à part une légère lueur qui venait de l’embranchement, était dans la plus parfaite obscurité. La reine de Navarre s’avança d’un pas ferme ; mais lorsqu’elle fut au tiers du corridor à peine, elle entendit comme un chuchotement de voix basses auxquelles le soin qu’on prenait de les éteindre donnait un accent mystérieux et effrayant. Mais presque aussitôt le bruit cessa comme si un ordre supérieur l’eût éteint, et tout rentra dans l’obscurité ; car cette lueur, si faible qu’elle fût, parut diminuer encore.
Marguerite continua son chemin, marchant droit au danger qui, s’il existait, l’attendait là. Elle était calme en apparence, quoique ses mains crispées indiquassent une violente tension nerveuse. À mesure qu’elle s’approchait, ce silence sinistre redoublait, et une ombre pareille à celle d’une main obscurcissait la tremblante et incertaine lueur.
Tout à coup, arrivée à l’embranchement du corridor, un homme fit deux pas en avant, démasqua un bougeoir de vermeil dont il s’éclairait en s’écriant :
— Le voilà !
Marguerite se trouva face à face avec son frère Charles.
Derrière lui se tenait debout, un cordon de soie à la main, le duc d’Alençon. Au fond, dans l’obscurité, deux ombres apparaissaient debout, l’une à côté de l’autre, ne reflétant d’autre lumière que celle que renvoyait l’épée nue qu’ils tenaient à la main.
Marguerite embrassa tout le tableau d’un coup d’œil. Elle fit un effort suprême, et répondit en souriant à Charles :
— Vous voulez dire : La voilà, sire !
Charles recula d’un pas. Tous les autres demeurèrent immobiles.
— Toi, Margot ! dit-il ; et où vas-tu à cette heure ?
— À cette heure ! dit Marguerite ; est-il donc si tard ?
— Je te demande où tu vas.
— Chercher un livre des discours de Cicéron, que je pense avoir laissé chez notre mère.
— Ainsi, sans lumière ?
— Je croyais le corridor éclairé.
— Et tu viens de chez toi ?
— Oui.
— Que fais-tu donc ce soir ?
— Je prépare ma harangue aux envoyés polonais. N’y a-t-il pas conseil demain, et n’est-il pas convenu que chacun soumettra sa harangue à Votre Majesté ?
— Et n’as-tu pas quelqu’un qui t’aide dans ce travail ?
Marguerite rassembla toutes ses forces.
— Oui, mon frère, dit-elle, M. de La Mole ; il est très-savant.
— Si savant, dit le duc d’Alençon, que je l’avais prié, quand il aurait fini avec vous, ma sœur, de me venir trouver pour me donner des conseils, à moi qui ne suis pas de votre force.
— Et vous l’attendiez ? dit Marguerite du ton le plus naturel.
— Oui, dit d’Alençon avec impatience.
— En ce cas, fit Marguerite, je vais vous l’envoyer, mon frère, car nous avons fini.
— Et votre livre ? dit Charles.
— Je le ferai prendre par Gillonne.
Les deux frères échangèrent un signe.
— Allez, dit Charles ; et nous, continuons notre ronde.
— Votre ronde ! dit Marguerite ; que cherchez-vous donc ?
— Le petit homme rouge, dit Charles. Ne savez-vous pas qu’il y a un petit homme rouge qui revient au vieux Louvre ? Mon frère d’Alençon prétend l’avoir vu, et nous sommes en quête de lui.
— Bonne chasse, dit Marguerite.
Et elle se retira en jetant un regard derrière elle. Elle vit alors sur la muraille du corridor les quatre ombres réunies et qui semblaient conférer.
En une seconde elle fut à la porte de son appartement.
— Ouvre, Gillonne, dit-elle, ouvre.
Gillonne obéit.
Marguerite s’élança dans l’appartement, et trouva La Mole qui l’attendait, calme et résolu, mais l’épée à la main.
— Fuyez, dit-elle, fuyez sans perdre une seconde. Ils vous attendent dans le corridor pour vous assassiner.
— Vous l’ordonnez ? dit La Mole.
— Je le veux. Il faut nous séparer pour nous revoir.
Pendant l’excursion de Marguerite, La Mole avait assuré l’échelle à la barre de la fenêtre, il l’enjamba ; mais avant de poser le pied sur le premier échelon, il baisa tendrement la main de la reine.
— Si cette échelle est un piège et que je meure pour vous, Marguerite, souvenez-vous de votre promesse.
— Ce n’est pas une promesse, La Mole, c’est un serment. Ne craignez rien. Adieu.
Et La Mole enhardi se laissa glisser plutôt qu’il ne descendit par l’échelle.
Au même moment on frappa à la porte.
Marguerite suivit des yeux La Mole dans sa périlleuse opération, et ne se retourna qu’au moment où elle se fut bien assurée que ses pieds avaient touché la terre.
— Madame, disait Gillonne, Madame !
— Eh bien ? demanda Marguerite.
— Le roi frappe à la porte.
— Ouvrez.
Gillonne obéit.
Les quatre princes, sans doute impatientés d’attendre, étaient debout sur le seuil.
Charles entra.
Marguerite vint au-devant de son frère, le sourire sur les lèvres.
Le roi jeta un regard rapide autour de lui.
— Que cherchez-vous, mon frère ? demanda Marguerite.
— Mais, dit Charles, je cherche… je cherche… eh ! corne de bœuf ! je cherche M. de la Mole.
— M. de La Mole !
— Oui ; où est-il ?
Marguerite prit son frère par la main et le conduisit à la fenêtre.
En ce moment même deux hommes s’éloignaient au grand galop de leurs chevaux, gagnant la tour de bois ; l’un d’eux détacha son écharpe, et fit en signe d’adieu voltiger le blanc satin dans la nuit : ces deux hommes étaient La Mole et Orthon.
Marguerite montra du doigt les deux hommes à Charles.
— Eh bien ! demanda le roi, que veut dire cela ?
— Cela veut dire, répondit Marguerite, que M. le duc d’Alençon peut remettre son cordon dans sa poche et MM. d’Anjou et de Guise leur épée dans le fourreau, attendu que M. de La Mole ne repassera pas cette nuit par le corridor.
IX les atrides.
Depuis son retour à Paris, Henri d’Anjou n’avait pas encore revu librement sa mère Catherine, dont, comme chacun sait, il était le fils bien-aimé.
C’était pour lui non pas la vaine satisfaction de l’étiquette, non plus un cérémonial pénible à remplir, mais l’accomplissement d’un devoir bien doux pour ce fils qui, s’il n’aimait pas sa mère, était sûr du moins d’être tendrement aimé par elle.
En effet, Catherine préférait réellement ce fils, soit pour sa bravoure, soit plutôt pour sa beauté, car il y avait, outre la mère, de la femme dans Catherine, soit enfin parce que, suivant quelques chroniques scandaleuses, Henri d’Anjou rappelait à la Florentine certaine heureuse époque de mystérieuses amours.
Catherine savait seule le retour du duc d’Anjou à Paris, retour que Charles IX eût ignoré si le hasard ne l’eût point conduit en face de l’hôtel de Condé au moment même où son frère en sortait. Charles ne l’attendait que le lendemain, et Henri d’Anjou espérait lui dérober les deux démarches qui avaient avancé son arrivée d’un jour, et qui étaient sa visite à la belle Marie de Clèves, princesse de Condé, et sa conférence avec les ambassadeurs polonais.
C’est cette dernière démarche, sur l’intention de laquelle Charles était incertain, que le duc d’Anjou avait à expliquer à sa mère ; et le lecteur, qui, comme Henri de Navarre, était certainement dans l’erreur à l’endroit de cette démarche, profitera de l’explication.
Aussi lorsque le duc d’Anjou, longtemps attendu, entra chez sa mère, Catherine, si froide, si compassée d’habitude, Catherine, qui n’avait depuis le départ de son fils bien-aimé embrassé avec effusion que Coligny qui devait être assassiné le lendemain, ouvrit ses bras à l’enfant de son amour et le serra sur sa poitrine avec un élan d’affection maternelle qu’on était étonné de trouver encore dans ce cœur desséché.
Puis elle s’éloignait de lui, le regardait et se reprenait encore à l’embrasser.
— Ah ! Madame, lui dit-il, puisque le ciel me donne cette satisfaction d’embrasser sans témoin ma mère, consolez l’homme le plus malheureux du monde.
— Eh ! mon Dieu ! mon cher enfant, s’écria Catherine, que vous est-il donc arrivé ?
— Rien que vous ne sachiez, ma mère. Je suis amoureux, je suis aimé ; mais c’est cet amour même qui fait mon malheur à moi.
— Expliquez-moi cela, mon fils, dit Catherine.
— Eh ! ma mère… ces ambassadeurs, ce départ…
— Oui, dit Catherine, ces ambassadeurs sont arrivés, ce départ presse.
— Il ne presse pas, ma mère, mais mon frère le pressera. Il me déteste, je lui fais ombrage, il veut se débarrasser de moi.
Catherine sourit.
— En vous donnant un trône, pauvre malheureux couronné !
— Oh ! n’importe, ma mère, reprit Henri avec angoisse, je ne veux pas partir. Moi, un fils de France, élevé dans le raffinement des mœurs polies, près de la meilleure mère, aimé d’une des plus charmantes femmes de la terre, j’irais là-bas dans ces neiges, au bout du monde, mourir lentement parmi ces gens grossiers qui s’enivrent du matin au soir et jugent les capacités de leur roi sur celles d’un tonneau, selon ce qu’il contient ! Non, ma mère, je ne veux point partir, j’en mourrais !
— Voyons, Henri, dit Catherine en pressant les deux mains de son fils, voyons, est-ce là la véritable raison ?
Henri baissa les yeux comme s’il n’osait, à sa mère elle-même, avouer ce qui se passait dans son cœur.
— N’en est-il pas une autre, demanda Catherine, moins romanesque, plus raisonnable, plus politique !
— Ma mère, ce n’est pas ma faute si cette idée m’est restée dans l’esprit, et peut-être y tient-elle plus de place qu’elle n’en devrait prendre ; mais ne m’avez-vous pas dit vous-même que l’horoscope tiré à la naissance de mon frère Charles le condamnait à mourir jeune ?
— Oui, dit Catherine : mais un horoscope peut mentir, mon fils. Moi-même, j’en suis à espérer en ce moment que tous ces horoscopes ne soient pas vrais.
— Mais enfin, son horoscope ne disait-il pas cela ?
— Son horoscope parlait d’un quart de siècle ; mais il ne disait pas si c’était pour sa vie ou pour son règne.
— Eh bien ! ma mère, faites que je reste. Mon frère a près de vingt-quatre ans : dans un an la question sera résolue.
Catherine réfléchit profondément.
— Oui, certes, dit-elle, cela serait mieux si cela se pouvait ainsi.
— Oh ! jugez donc, ma mère, s’écria Henri, quel désespoir pour moi si j’allais avoir troqué la couronne de France contre celle de Pologne ! Être tourmenté là-bas de cette idée que je pouvais régner au Louvre, au milieu de cette cour élégante et lettrée, près de la meilleure mère du monde, dont les conseils m’eussent épargné la moitié du travail et des fatigues, qui, habituée à porter avec mon père une partie du fardeau de l’État, eût bien voulu le porter encore avec moi ! Ah ! ma mère ! j’eusse été un grand roi !
— La, la, cher enfant, dit Catherine, dont cet avenir avait toujours été aussi la plus douce espérance ; la, ne vous désolez point. N’avez-vous pas songé de votre côté à quelque moyen d’arranger la chose ?
— Oh ! certes, oui, et c’est surtout pour cela que je suis revenu deux ou trois jours plus tôt qu’on ne m’attendait, tout en laissant croire à mon frère Charles que c’était pour madame de Condé ; puis j’ai été au-devant de Lasco, le plus important des envoyés, je me suis fait connaître de lui, faisant dans cette première entrevue tout ce qu’il était possible pour me rendre haïssable, et j’espère y être parvenu.