Le Comte de Monte-Cristo (page 102)
— Allons, te voilà dégoûté à présent ; tu n’es plus heureux, toi qui ne demandais qu’à avoir l’air d’un boulanger retiré.
Caderousse poussa un soupir.
— Eh bien, qu’as-tu à dire ? tu as vu ton rêve réalisé.
— J’ai à dire que c’est un rêve ; un boulanger retiré, mon pauvre Benedetto, c’est riche, cela a des rentes.
— Pardieu, tu en as des rentes.
— Moi ?
— Oui, toi, puisque je t’apporte tes deux cents francs.
Caderousse haussa les épaules.
— C’est humiliant, dit-il, de recevoir ainsi de l’argent donné à contre-cœur, de l’argent éphémère, qui peut me manquer du jour au lendemain. Tu vois bien que je suis obligé de faire des économies pour le cas où ta prospérité ne durerait pas. Eh, mon ami ! la fortune est inconstante, comme disait l’aumônier… du régiment. Je sais bien qu’elle est immense, ta prospérité, scélérat ; tu vas épouser la fille de Danglars.
— Comment ! de Danglars ?
— Et certainement, de Danglars ! Ne faut-il pas que je dise du baron Danglars ? C’est comme si je disais du comte Benedetto. C’était un ami, Danglars, et s’il n’avait pas la mémoire si mauvaise, il devrait m’inviter à ta noce… attendu qu’il est venu à la mienne… oui, oui, oui, à la mienne ! Dame ! il n’était pas si fier dans ce temps-là ; il était petit commis chez ce bon M. Morrel. J’ai dîné plus d’une fois avec lui et le comte de Morcerf… Va, tu vois que j’ai de belles connaissances, et que si je voulais les cultiver un petit peu, nous nous rencontrerions dans les mêmes salons.
— Allons donc, ta jalousie te fait voir des arcs-en-ciel, Caderousse.
— C’est bon, Benedetto mio, on sait ce que l’on dit. Peut-être qu’un jour aussi l’on mettra son habit des dimanches, et qu’on ira dire à une porte cochère : — « Le cordon, s’il vous plaît ! » En attendant, assieds-toi et mangeons.
Caderousse donna l’exemple et se mit à déjeuner de bon appétit, et en faisant l’éloge de tous les mets qu’il servait à son hôte.
Celui-ci sembla prendre son parti, déboucha bravement les bouteilles et attaqua la bouillabaisse et la morue gratinée à l’ail et à l’huile.
— Ah ! compère, dit Caderousse, il paraît que tu te raccommodes avec ton ancien maître d’hôtel ?
— Ma foi, oui, répondit Andrea, chez lequel, jeune et vigoureux qu’il était, l’appétit l’emportait pour le moment sur toute autre chose.
— Et tu trouves cela bon, coquin ?
— Si bon, que je ne comprends pas comment un homme qui fricasse et qui mange de si bonnes choses peut trouver que la vie est mauvaise.
— Vois-tu, dit Caderousse, c’est que tout mon bonheur est gâté par une seule pensée.
— Laquelle ?
— C’est que je vis aux dépens d’un ami, moi qui ai toujours bravement gagné ma vie moi-même.
— Oh ! oh ! qu’à cela ne tienne, dit Andrea, j’ai assez pour deux, ne te gêne pas.
— Non, vraiment : tu me croiras si tu veux, à la fin de chaque mois, j’ai des remords.
— Bon Caderousse !
— C’est au point qu’hier je n’ai pas voulu prendre les deux cents francs.
— Oui, tu voulais me parler ; mais est-ce bien le remords, voyons ?
— Le vrai remords ; et puis il m’était venu une idée.
Andrea frémit ; il frémissait toujours aux idées de Caderousse.
— C’est misérable, vois-tu, continua celui-ci, d’être toujours à attendre la fin d’un mois.
— Eh ! dit philosophiquement Andrea, décidé à voir venir son compagnon, la vie ne se passe-t-elle pas à attendre ? Moi, par exemple, est-ce que je fais autre chose ? Eh bien, je prends patience, n’est-ce pas ?
— Oui, parce qu’au lieu d’attendre deux cents misérables francs, tu en attends cinq ou six mille, peut-être dix, peut-être douze même ; car tu es un cachottier : là-bas, tu avais toujours des boursicots, des tirelires que tu essayais de soustraire à ce pauvre ami Caderousse. Heureusement qu’il avait le nez fin, l’ami Caderousse en question.
— Allons, voilà que tu vas te remettre à divaguer, dit Andrea, à parler et à reparler du passé toujours ! Mais à quoi bon rabâcher comme cela, je te le demande ?
— Ah ! c’est que tu as vingt et un ans, toi, et que tu peux oublier le passé ; j’en ai cinquante, et je suis bien forcé de m’en souvenir. Mais n’importe, revenons aux affaires.
— Oui.
— Je voulais dire que si j’étais à ta place…
— Eh bien ?
— Je réaliserais…
— Comment ! tu réaliserais…
— Oui, je demanderais un semestre d’avance, sous prétexte que je veux devenir éligible, et que je vais acheter une ferme ; puis avec mon semestre je décamperais.
— Tiens, tiens, tiens, fit Andrea, ce n’est pas si mal pensé, cela, peut-être !
— Mon cher ami, dit Caderousse, mange de ma cuisine et suis mes conseils ; tu ne t’en trouveras pas plus mal, physiquement et moralement.
— Eh bien ! mais, dit Andrea, pourquoi ne suis-tu pas toi-même le conseil que tu donnes ? pourquoi ne réalises-tu pas un semestre, une année même, et ne te retires-tu pas à Bruxelles ? Au lieu d’avoir l’air d’un boulanger retiré, tu aurais l’air d’un banqueroutier dans l’exercice de ses fonctions ; cela est bien porté.
— Mais comment diable veux-tu que je me retire avec douze cents francs ?
— Ah ! Caderousse, dit Andrea, comme tu te fais exigeant ! Il y a deux mois tu mourais de faim.
— L’appétit vient en mangeant, dit Caderousse en montrant ses dents comme un singe qui rit ou comme un tigre qui gronde. Aussi, ajouta-t-il en coupant avec ces mêmes dents, si blanches et si aiguës, malgré l’âge, une énorme bouchée de pain, j’ai fait un plan.
Les plans de Caderousse épouvantaient Andrea encore plus que ses idées ; les idées n’étaient que le germe, le plan, c’était la réalisation.
— Voyons ce plan, dit-il ; ce doit être joli !
— Pourquoi pas ? Le plan grâce auquel nous avons quitté l’établissement de M. Chose, de qui venait-il, hein ? de moi, je présuppose ; il n’en était pas plus mauvais, ce me semble, puisque nous voilà ici !
— Je ne dis pas, répondit Andrea, tu as quelquefois du bon ; mais enfin, voyons ton plan.
— Voyons, poursuivit Caderousse, peux-tu, toi, sans débourser un sou, me faire avoir une quinzaine de mille francs… non, ce n’est pas assez de quinze mille francs, je ne veux pas devenir honnête homme à moins de trente mille francs ?
— Non, répondit sèchement Andrea, non, je ne le puis pas.
— Tu ne m’as pas compris, à ce qu’il paraît, répondit froidement Caderousse d’un air calme ; je t’ai dit sans débourser un sou.
— Ne veux-tu pas que je vole pour gâter toute mon affaire, et la tienne avec la mienne, et qu’on nous reconduise là-bas ?
— Oh ! moi, dit Caderousse, ça m’est bien égal qu’on me reprenne ; je suis un drôle de corps, sais-tu : je m’ennuie parfois des camarades ; ce n’est pas comme toi, sans cœur, qui voudrais ne jamais les revoir !
Andrea fit plus que frémir cette fois, il pâlit.
— Voyons, Caderousse, pas de bêtises, dit-il.
— Et non, sois donc tranquille, mon petit Benedetto ; mais indique-moi donc un petit moyen de gagner ces trente mille francs sans te mêler de rien ; tu me laisseras faire, voilà tout !
— Eh bien ! je verrai, je chercherai, dit Andrea.
— Mais, en attendant, tu pousseras mon mois à cinq cents francs, n’est-ce pas ? J’ai une manie, je voudrais prendre une bonne !
— Eh bien ! tu auras tes cinq cents francs, dit Andrea ; mais c’est lourd pour moi, mon pauvre Caderousse… tu abuses…
— Bah ! dit Caderousse ; puisque tu puises dans des coffres qui n’ont point de fond.
On eût dit qu’Andrea attendait là son compagnon, tant son œil brilla d’un rapide éclair qui, il est vrai, s’éteignit aussitôt.
— Ça c’est la vérité, répondit Andrea, et mon protecteur est excellent pour moi.
— Ce cher protecteur ! dit Caderousse ; ainsi donc il te fait par mois ?…
— Cinq mille francs, dit Andrea.
— Autant de mille que tu me fais de cents, reprit Caderousse, en vérité, il n’y a que des bâtards pour avoir du bonheur. Cinq mille francs par mois… Que diable peut-on faire de tout cela ?
— Eh, mon Dieu ! c’est bien vite dépensé ; aussi, je suis comme toi, je voudrais bien avoir un capital.
— Un capital… oui… je comprends… tout le monde voudrait bien avoir un capital.
— Eh bien ! moi, j’en aurai un.
— Et qui est-ce qui te le fera ? ton prince ?
— Oui, mon prince ; malheureusement il faut que j’attende.
— Que tu attendes quoi ? demanda Caderousse.
— Sa mort.
— La mort de ton prince ?
— Oui.
— Comment cela ?
— Parce qu’il m’a porté sur son testament.
— Vrai ?
— Parole d’honneur !
— Pour combien ?
— Pour cinq cent mille !
— Rien que cela ; merci du peu.
— C’est comme je te le dis.
— Allons donc, pas possible !
— Caderousse, tu es mon ami ?
— Comment donc ! à la vie, à la mort !
— Eh bien ! je vais te dire un secret.
— Dis.
— Mais écoute…
— Oh ! pardieu ! muet comme une carpe.
— Eh bien ! je crois…
Andrea s’arrêta en regardant autour de lui.
— Tu crois ?… N’aie pas peur, pardieu ! nous sommes seuls.
— Je crois que j’ai retrouvé mon père.
— Ton vrai père ?
— Oui.
— Pas le père Cavalcanti.
— Non, puisque celui-là est reparti ; le vrai, comme tu dis.
— Et ce père, c’est…
— Eh bien ! Caderousse, c’est le comte de Monte-Cristo.
— Bah !
— Oui ; tu comprends, alors tout s’explique. Il ne peut pas m’avouer tout haut, à ce qu’il paraît, mais il me fait reconnaître par M. Cavalcanti, à qui il donne cinquante mille francs pour ça.
— Cinquante mille francs pour être ton père ! Moi, j’aurais accepté pour moitié prix, pour vingt mille, pour quinze mille ? Comment n’as-tu pas pensé à moi, ingrat ?
— Est-ce que je savais cela, puisque tout s’est fait tandis que nous étions là-bas ?
— Ah ! c’est vrai. Et tu dis que, par son testament ?…
— Il me laisse cinq cent mille livres.
— Tu en es sûr ?
— Il me l’a montré ; mais ce n’est pas le tout.
— Il y a un codicille, comme je disais tout à l’heure.
— Probablement.
— Et dans ce codicille ?…
— Il me reconnaît.
— Oh ! le bon homme de père, le brave homme de père, l’honnêtissime homme de père ! dit Caderousse en faisant tourner en l’air une assiette qu’il retint entre ses deux mains.
— Voilà ! dis encore que j’ai des secrets pour toi !
— Non, et ta confiance t’honore à mes yeux. Et ton prince de père, il est donc riche, richissime ?
— Je crois bien. Il ne connaît pas sa fortune.
— Est-ce possible ?
— Dame ! Je le vois bien, moi qui suis reçu chez lui à toute heure. L’autre jour, c’était un garçon de banque qui lui apportait cinquante mille francs dans un porte-feuille gros comme ta serviette ; hier c’est un banquier qui lui apportait cent mille francs en or.
Caderousse était abasourdi ; il lui semblait que les paroles du jeune homme avaient le son du métal, et qu’il entendait rouler des cascades de louis.
— Et tu vas dans cette maison-là ? s’écria-t-il avec naïveté.
— Quand je veux.
Caderousse demeura pensif un instant. Il était facile de voir qu’il retournait dans son esprit quelque profonde pensée.
Puis soudain :
— Que j’aimerais à voir tout cela ! s’écria-t-il, et comme tout cela doit être beau !
— Le fait est, dit Andrea, que c’est magnifique !
— Et ne demeure-t-il pas avenue des Champs-Élysées ?
— Numéro trente.
— Ah ! dit Caderousse, numéro trente ?
— Oui, une belle maison isolée, entre cour et jardin, tu ne connais que cela.
— C’est possible ; mais ce n’est pas l’extérieur qui m’occupe, c’est l’intérieur : les beaux meubles ! hein, qu’il doit y avoir là-dedans ?
— As-tu vu quelquefois les Tuileries ?
— Non.
— Eh bien ! c’est plus beau.
— Dis donc, Andrea, il doit faire bon à se baisser quand ce bon Monte-Cristo laisse tomber sa bourse ?
— Oh ! mon Dieu ! ce n’est pas la peine d’attendre ce moment-là, dit Andrea, l’argent traîne dans cette maison-là comme les fruits dans un verger.
— Dis donc, tu devrais m’y conduire un jour avec toi.
— Est-ce que c’est possible ! et à quel titre ?
— Tu as raison ; mais tu m’as fait venir l’eau à la bouche ; faut absolument que je voie cela ; je trouverai un moyen.
— Pas de bêtises, Caderousse !
— Je me présenterai comme frotteur.
— Il y a des tapis partout.
— Ah ! pécaire ! alors il faut que je me contente de voir cela en imagination.
— C’est ce qu’il y a de mieux, crois-moi.
— Tâche au moins de me faire comprendre ce que cela peut être.
— Comment veux-tu ?
— Rien de plus facile. Est-ce grand ?
— Ni trop grand ni trop petit.
— Mais comment est-ce distribué ?
— Dame ! il me faudrait de l’encre et du papier pour faire un plan.
— En voilà ! dit vivement Caderousse.
Et il alla chercher sur un vieux secrétaire une feuille de papier blanc, de l’encre et une plume.
— Tiens, dit Caderousse, trace-moi tout cela sur du papier, mon fils.
Andrea prit la plume avec un imperceptible sourire et commença.
— La maison, comme je te l’ai dit, est entre cour et jardin ; vois-tu, comme cela ?
Et Andrea fit le tracé du jardin, de la cour et de la maison.
— Des grands murs ?
— Non, huit ou dix pieds tout au plus.
— Ce n’est pas prudent, dit Caderousse.
— Dans la cour, des caisses d’orangers, des pelouses, des massifs de fleurs.
— Et pas de pièges à loups ?
— Non.
— Les écuries ?
— Aux deux côtés de la grille, où tu vois, là.
Et Andrea continua son plan.
— Voyons le rez-de-chaussée, dit Caderousse.
— Au rez-de-chaussée, salle à manger, deux salons, salle de billard, escalier dans le vestibule, et petit escalier dérobé.
— Des fenêtres ?…
— Des fenêtres magnifiques, si belles, si larges que, ma foi, où je crois qu’un homme de ta taille passerait par chaque carreau.
— Pourquoi diable a-t-on des escaliers quand on a des fenêtres pareilles ?
— Que veux-tu ? le luxe.
— Mais des volets ?
— Oui, des volets, mais dont on ne se sert jamais. Un original, ce comte de Monte-Cristo, qui aime à voir le ciel même pendant la nuit !
— Et les domestiques, où couchent-ils ?
— Oh ! ils ont leur maison à eux. Figure-toi un joli hangar à droite en entrant, où l’on serre les échelles. Eh bien ! il y a sur ce hangar une collection de chambres pour les domestiques, avec des sonnettes correspondant aux chambres.
— Ah diable ! des sonnettes !
— Tu dis ?…
— Moi, rien. Je dis que cela coûte très cher à poser, les sonnettes ; et à quoi cela sert-il, je te le demande ?
— Autrefois il y avait un chien qui se promenait la nuit dans la cour, mais on l’a fait conduire à la maison d’Auteuil, tu sais, à celle où tu es venu ?
— Oui.
— Moi je lui disais encore hier : C’est imprudent de votre part, monsieur le comte ; car, lorsque vous allez à Auteuil et que vous emmenez vos domestiques, la maison reste seule.
— Eh bien ! a-t-il demandé, après ?
— Eh bien ! après, quelque beau jour on vous volera.
— Qu’a-t-il répondu ?
— Ce qu’il a répondu ?
— Oui.
— Il a répondu : Eh bien ! qu’est-ce que cela me fait qu’on me vole ?
— Andrea, il y a quelque secrétaire à mécanique.
— Comment cela ?
— Oui, qui prend le voleur dans une grille et qui joue un air. On m’a dit qu’il y en avait comme cela à la dernière exposition.
— Il a tout bonnement un secrétaire en acajou, auquel j’ai toujours vu la clef.
— Et on ne le vole pas ?
— Non, les gens qui le servent lui sont tout dévoués.
— Il doit y en avoir dans ce secrétaire-là, hein ! de la monnaie ?
— Il y a peut-être… on ne peut pas savoir ce qu’il y a.
— Et où est-il ?
— Au premier.
— Fais-moi donc un peu le plan du premier, le petit, comme tu m’as fait celui du rez-de-chaussée ?
— C’est facile.
Et Andrea reprit la plume.
— Au premier, vois-tu, il y a antichambre, salon ; à droite du salon, bibliothèque et cabinet de travail ; à gauche du salon, une chambre à coucher et un cabinet de toilette. C’est dans le cabinet de toilette qu’est le fameux secrétaire.
— Et une fenêtre au cabinet de toilette ?
— Deux, là et là.
Et Andrea dessina deux fenêtres à la pièce qui, sur le plan, faisait l’angle et figurait comme un carré moins grand ajouté au carré long de la chambre à coucher.
Caderousse devint rêveur.
— Et va-t-il souvent à Auteuil ? demanda-t-il.
— Deux ou trois fois par semaine ; demain, par exemple, il doit y aller passer la journée et la nuit.
— Tu en es sûr ?
— Il m’a invité à y aller dîner.
— À la bonne heure ! voilà une existence, dit Caderousse : maison à la ville, maison à la campagne !
— Voilà ce que c’est que d’être riche.
— Et iras-tu dîner ?
— Probablement.
— Quand tu y dînes, y couches-tu ?
— Quand cela me fait plaisir. Je suis chez le comte comme chez moi.
Caderousse regarda le jeune homme comme pour arracher la vérité du fond de son cœur. Mais Andrea tira une boîte à cigares de sa poche, y prit un havane, l’alluma tranquillement et commença à le fumer sans affectation.
— Quand veux-tu les cinq cents francs ? demanda-t-il à Caderousse.
— Mais tout de suite, si tu les as.
Andrea tira vingt-cinq louis de sa poche.
— Des jaunets, dit Caderousse ; non, merci !
— Eh bien ! tu les méprises ?
— Je les estime, au contraire ; mais je n’en veux pas.
— Tu gagneras le change, imbécile : l’or vaut cinq sous.
— C’est ça, et puis le changeur fera suivre l’ami Caderousse, et puis on lui mettra la main dessus, et puis il faudra qu’il dise quels sont les fermiers qui lui payent ses redevances en or. Pas de bêtises, le petit : de l’argent tout simplement, des pièces rondes à l’effigie d’un monarque quelconque. Tout le monde peut atteindre à une pièce de cinq francs.