Le Comte de Monte-Cristo (page 104)

Alexandre Dumas · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Le Comte de Monte-Cristo · 142 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

La porte tourna si doucement que le voleur n’entendit pas le bruit. Mais, à son grand étonnement, il vit tout à coup la chambre s’éclairer.

Il se retourna.

— Eh ! bonsoir, cher monsieur Caderousse, dit Monte-Cristo ; que diable venez-vous donc faire ici à une pareille heure ?

— L’abbé Busoni ! s’écria Caderousse.

Et ne sachant comment cette étrange apparition était venue jusqu’à lui, puisqu’il avait fermé les portes, il laissa tomber son trousseau de fausses clefs, et resta immobile et comme frappé de stupeur.

Le comte alla se placer entre Caderousse et la fenêtre, coupant ainsi au voleur terrifié son seul moyen de retraite.

— L’abbé Busoni ! répéta Caderousse en fixant sur le comte des yeux hagards.

— Eh bien ! sans doute, l’abbé Busoni, reprit Monte-Cristo, lui-même en personne, et je suis bien aise que vous me reconnaissiez, mon cher monsieur Caderousse ; cela prouve que nous avons bonne mémoire, car, si je ne me trompe, voilà tantôt dix ans que nous ne nous sommes vus.

Ce calme, cette ironie, cette puissance, frappèrent l’esprit de Caderousse d’une terreur vertigineuse.

— L’abbé, l’abbé ! murmura-t-il en crispant ses poings et en faisant claquer ses dents.

— Nous voulons donc voler le comte de Monte-Cristo ? continua le prétendu abbé.

— Monsieur l’abbé, murmura Caderousse cherchant à gagner la fenêtre que lui interceptait impitoyablement le comte, monsieur l’abbé, je ne sais… je vous prie de croire… je vous jure…

— Un carreau coupé, continua le comte, une lanterne sourde, un trousseau de rossignols, un secrétaire à demi forcé, c’est clair cependant.

Caderousse s’étranglait avec sa cravate, il cherchait un angle où se cacher, un trou par où disparaître.

— Allons, dit le comte, je vois que vous êtes toujours le même, monsieur l’assassin.

— Monsieur l’abbé, puisque vous savez tout, vous savez que ce n’est pas moi, que c’est la Carconte ; ç’a été reconnu au procès, puisqu’ils ne m’ont condamné qu’aux galères.

— Vous avez donc fini votre temps, que je vous retrouve en train de vous y faire ramener ?

— Non, monsieur l’abbé, j’ai été délivré par quelqu’un.

— Ce quelqu’un-là a rendu un charmant service à la société.

— Ah ! dit Caderousse, j’avais cependant bien promis…

— Ainsi, vous êtes en rupture de ban ? interrompit Monte-Cristo.

— Hélas ! oui, fit Caderousse, très inquiet.

— Mauvaise récidive… Cela vous conduira, si je ne me trompe, à la place de Grève. Tant pis, tant pis, diavolo ! comme disent les mondains de mon pays.

— Monsieur l’abbé, je cède à un entraînement…

— Tous les criminels disent cela.

— Le besoin…

— Laissez donc, dit dédaigneusement Busoni, le besoin peut conduire à demander l’aumône, à voler un pain à la porte d’un boulanger, mais non à venir forcer un secrétaire dans une maison que l’on croit inhabitée. Et lorsque le bijoutier Joannès venait de vous compter quarante-cinq mille francs en échange du diamant que je vous avais donné, et que vous l’avez tué pour avoir le diamant et l’argent, était-ce aussi le besoin ?

— Pardon, monsieur l’abbé, dit Caderousse ; vous m’avez déjà sauvé une fois, sauvez-moi encore une seconde.

— Cela ne m’encourage pas.

— Êtes-vous seul, monsieur l’abbé ? demanda Caderousse en joignant les mains, ou bien avez-vous là des gendarmes tout prêts à me prendre ?

— Je suis tout seul, dit l’abbé, et j’aurai encore pitié de vous, et je vous laisserai aller au risque des nouveaux malheurs que peut amener ma faiblesse, si vous me dites toute la vérité.

— Ah ! monsieur l’abbé ! s’écria Caderousse en joignant les mains et en se rapprochant d’un pas de Monte-Cristo, je puis bien dire que vous êtes mon sauveur, vous !

— Vous prétendez qu’on vous a délivré du bagne ?

— Oh ! ça, foi de Caderousse monsieur l’abbé !

— Qui cela ?

— Un Anglais.

— Comment s’appelait-il ?

— Lord Wilmore.

— Je le connais ; je saurai donc si vous mentez.

— Monsieur l’abbé, je dis la vérité pure.

— Cet Anglais vous protégeait donc ?

— Non pas moi, mais un jeune Corse qui était mon compagnon de chaîne.

— Comment se nommait ce jeune Corse ?

— Benedetto.

— C’est un nom de baptême.

— Il n’en avait pas d’autre, c’était un enfant trouvé.

— Alors ce jeune homme s’est évadé avec vous ?

— Oui.

— Comment cela ?

— Nous travaillions à Saint-Mandrier, près de Toulon. Connaissez-vous Saint-Mandrier ?

— Je le connais.

— Eh bien ! pendant qu’on dormait, de midi à une heure…

— Des forçats qui font la sieste ! Plaignez donc ces gaillards-là, dit l’abbé.

— Dame ! fit Caderousse, on ne peut pas toujours travailler, on n’est pas des chiens.

— Heureusement pour les chiens, dit Monte-Cristo.

— Pendant que les autres faisaient donc la sieste, nous nous sommes éloignés un petit peu, nous avons scié nos fers avec une lime que nous avait fait parvenir l’Anglais, et nous nous sommes sauvés à la nage.

— Et qu’est devenu ce Benedetto ?

— Je n’en sais rien.

— Vous devez le savoir cependant.

— Non, en vérité. Nous nous sommes séparés à Hyères. Et, pour donner plus de poids à sa protestation, Caderousse fit encore un pas vers l’abbé, qui demeura immobile à sa place, toujours calme et interrogateur.

— Vous mentez ! dit l’abbé Busoni, avec un accent d’irrésistible autorité.

— Monsieur l’abbé !…

— Vous mentez ! cet homme est encore votre ami, et vous vous servez de lui comme d’un complice peut-être ?

— Oh ! monsieur l’abbé !…

— Depuis que vous avez quitté Toulon, comment avez-vous vécu ? Répondez.

— Comme j’ai pu.

— Vous mentez ! reprit une troisième fois l’abbé avec un accent plus impératif encore.

Caderousse, terrifié, regarda le comte.

— Vous avez vécu, reprit celui-ci, de l’argent qu’il vous a donné.

— Eh bien ! c’est vrai, dit Caderousse ; Benedetto est devenu un fils de grand seigneur.

— Comment peut-il être fils d’un grand seigneur ?

— Fils naturel.

— Et comment nommez-vous ce grand seigneur ?

— Le comte de Monte-Cristo, celui-là même chez qui nous sommes.

— Benedetto le fils du comte ? reprit Monte-Cristo étonné à son tour.

— Dame ! il faut bien croire, puisque le comte lui a trouvé un faux père, puisque le comte lui fait quatre mille francs par mois, puisque le comte lui laisse cinq cent mille francs par son testament.

— Ah ! ah ! fit le faux abbé, qui commençait à comprendre ; et quel nom porte, en attendant, ce jeune homme ?

— Il s’appelle Andrea Cavalcanti.

— Alors c’est ce jeune homme que mon ami le comte de Monte-Cristo reçoit chez lui, et qui va épouser mademoiselle Danglars ?

— Justement.

— Et vous souffrez cela, misérable ! vous qui connaissez sa vie et sa flétrissure ?

— Pourquoi voulez-vous que j’empêche un camarade de réussir ? dit Caderousse.

— C’est juste, ce n’est pas à vous de prévenir M. Danglars, c’est à moi.

— Ne faites pas cela, monsieur l’abbé !…

— Et pourquoi ?

— Parce que c’est notre pain que vous nous feriez perdre.

— Et vous croyez que, pour conserver le pain à des misérables comme vous, je me ferai le fauteur de leur ruse, le complice de leurs crimes ?

— Monsieur l’abbé ! dit Caderousse en se rapprochant encore.

— Je dirai tout.

— À qui ?

— À M. Danglars.

— Tron de l’air ! s’écria Caderousse en tirant un couteau tout ouvert de son gilet, et en frappant le comte au milieu de la poitrine, tu ne diras rien, l’abbé !

Au grand étonnement de Caderousse, le poignard, au lieu de pénétrer dans la poitrine du comte, rebroussa émoussé.

En même temps le comte saisit de la main gauche le poignet de l’assassin, et le tordit avec une telle force que le couteau tomba de ses doigts roidis, et que Caderousse poussa un cri de douleur.

Mais le comte, sans s’arrêter à ce cri, continua de tordre le poignet du bandit jusqu’à ce que, le bras disloqué, il tombât d’abord à genoux, puis ensuite la face contre terre.

Le comte appuya son pied sur sa tête et dit :

— Je ne sais qui me retient de te briser le crâne, scélérat !

— Ah ! grâce ! grâce ! cria Caderousse.

Le comte retira son pied.

— Relève-toi ! dit-il.

Caderousse se releva.

— Tudieu ! quel poignet vous avez, monsieur l’abbé ! dit Caderousse, caressant son bras tout meurtri par les tenailles de chair qui l’avaient étreint ; tudieu ! quel poignet !

— Silence. Dieu me donne la force de dompter une bête féroce comme toi ; c’est au nom de ce Dieu que j’agis ; souviens-toi de cela, misérable, et t’épargner en ce moment c’est encore servir les desseins de Dieu.

— Ouf ! fit Caderousse, tout endolori.

— Prends cette plume et ce papier, et écris ce que je vais te dicter.

— Je ne sais pas écrire, monsieur l’abbé.

— Tu mens ; prend cette plume et écris !

Caderousse, subjugué par cette puissance supérieure, s’assit et écrivit :

« Monsieur, l’homme que vous recevez chez vous et à qui vous destinez votre fille, est un ancien forçat, échappé avec moi du bagne de Toulon ; il portait le no 59 et moi le no 58.

« Il se nommait Benedetto ; mais il ignore lui-même son véritable nom, n’ayant jamais connu ses parents. »

— Signe ! continua le comte.

— Mais vous voulez donc me perdre ?

— Si je voulais te perdre imbécile, je te traînerais jusqu’au premier corps-de-garde ; d’ailleurs, à l’heure où le billet sera rendu à son adresse, il est probable que tu n’auras plus rien à craindre ; signe donc.

Caderousse signa.

— L’adresse : À monsieur le baron Danglars, banquier, rue de la Chaussée-d’Antin.

Caderousse écrivit l’adresse.

L’abbé prit le billet.

— Maintenant, dit-il, c’est bien, va-t’en.

— Par où ?

— Par où tu es venu.

— Vous voulez que je sorte par cette fenêtre ?

— Tu y es bien entré.

— Vous méditez quelque chose contre moi, monsieur l’abbé ?

— Imbécile, que veux-tu que je médite ?

— Pourquoi ne pas m’ouvrir la porte ?

— À quoi bon réveiller le concierge ?

— Monsieur l’abbé, dites-moi que vous ne voulez pas ma mort.

— Je veux ce que Dieu veut.

— Mais jurez-moi que vous ne me frapperez pas tandis que je descendrai.

— Sot et lâche que tu es !

— Que voulez-vous faire de moi ?

— Je te le demande. J’ai essayé d’en faire un homme heureux, et je n’en ai fait qu’un assassin !

— Monsieur l’abbé, dit Caderousse, tentez une dernière épreuve.

— Soit, dit le comte. Écoute, tu sais que je suis homme de parole ?

— Oui, dit Caderousse.

— Si tu rentres chez toi sain et sauf…

— À moins que ce ne soit de vous, qu’ai-je à craindre ?

— Si tu rentres chez toi sain et sauf, quitte Paris, quitte la France, et partout où tu seras, tant que tu te conduiras honnêtement, je te ferai passer une petite pension ; car si tu rentres chez toi sain et sauf, eh bien ! …

— Eh bien ? demanda Caderousse en frémissant.

— Eh bien ! je croirai que Dieu t’a pardonné, et je te pardonnerai aussi.

— Vrai comme je suis chrétien, balbutia Caderousse en reculant, vous me faites mourir de peur !

— Allons, va-t’en ! dit le comte en montrant du doigt la fenêtre à Caderousse.

Caderousse, encore mal rassuré par cette promesse, enjamba la fenêtre et mit le pied sur l’échelle.

Là, il s’arrêta tremblant.

— Maintenant descends, dit l’abbé en se croisant les bras.

Caderousse commença de comprendre qu’il n’y avait rien à craindre de ce côté, et descendit.

Alors le comte s’approcha avec la bougie, de sorte qu’on put distinguer des Champs-Élysées cet homme qui descendait d’une fenêtre éclairé par un autre homme.

— Que faites-vous donc, monsieur l’abbé ? dit Caderousse ; s’il passait une patrouille…

Et il souffla la bougie. Puis il continua de descendre ; mais ce ne fut que lorsqu’il sentit le sol du jardin sous son pied qu’il fut suffisamment rassuré.

Monte-Cristo rentra dans sa chambre à coucher, et jetant un coup d’œil rapide du jardin à la rue, il vit d’abord Caderousse qui, après être descendu, faisait un détour dans le jardin et allait planter son échelle à l’extrémité de la muraille, afin de sortir à une autre place que celle par laquelle il était entré.

Puis, passant du jardin à la rue, il vit l’homme qui semblait attendre courir parallèlement dans la rue, et se placer derrière l’angle même près duquel Caderousse allait descendre.

Caderousse monta lentement sur l’échelle, et, arrivé aux derniers échelons, passa sa tête par-dessus le chaperon pour s’assurer que la rue était bien solitaire.

On ne voyait personne, on n’entendait aucun bruit.

Une heure sonna aux Invalides.

Alors Caderousse se mit à cheval sur le perron, et, tirant à lui son échelle, la passa par-dessus le mur, puis il se mit en devoir de descendre, ou plutôt de se laisser glisser le long des deux montants, manœuvre qu’il opéra avec une adresse qui prouva l’habitude qu’il avait de cet exercice.

Mais, une fois lancé sur la pente, il ne put s’arrêter. Vainement il vit un homme s’élancer dans l’ombre au moment où il était à moitié chemin ; vainement il vit un bras se lever au moment où il touchait la terre ; avant qu’il eût pu se mettre en défense, ce bras le frappa si furieusement dans le dos, qu’il lâcha l’échelle en criant :

— Au secours !

Un second coup lui arriva presque aussitôt dans le flanc, et il tomba en criant :

— Au meurtre !

Enfin, comme il se roulait sur la terre, son adversaire le saisit aux cheveux et lui porta un troisième coup dans la poitrine.

Cette fois Caderousse voulut crier encore, mais il ne put pousser qu’un gémissement, et laissa couler en gémissant les trois ruisseaux de sang qui sortaient de ses trois blessures.

L’assassin, voyant qu’il ne criait plus, lui souleva la tête par les cheveux ; Caderousse avait les yeux fermés et la bouche tordue. L’assassin le crut mort, laissa retomber la tête et disparut.

Alors Caderousse, le sentant s’éloigner, se redressa sur son coude, et, d’une voix mourante, cria dans un suprême effort :

— À l’assassin ! je meurs ! à moi, monsieur l’abbé, à moi !

Ce lugubre appel perça l’ombre de la nuit. La porte de l’escalier dérobé s’ouvrit, puis la petite porte du jardin, et Ali et son maître accoururent avec des lumières.

VI LA MAIN DE DIEU.

Caderousse continuait de crier d’une voix lamentable :

— Monsieur l’abbé, au secours ! au secours !

— Qu’y a-t-il ? demanda Monte-Cristo.

— À mon secours ! répéta Caderousse ; on m’a assassiné !

— Nous voici ! du courage.

— Ah ! c’est fini. Vous arrivez trop tard ; vous arrivez pour me voir mourir. Quels coups ! que de sang !

Et il s’évanouit.

Ali et son maître prirent le blessé et le transportèrent dans une chambre. Là, Monte-Cristo fit signe à Ali de le déshabiller, et il reconnut les trois terribles blessures dont il était atteint.

— Mon Dieu ! dit-il, votre vengeance se fait parfois attendre ; mais je crois qu’alors elle ne descend du ciel que plus complète.

Ali regarda son maître comme pour lui demander ce qu’il y avait à faire.

— Va chercher M. le procureur du roi Villefort, qui demeure faubourg Saint-Honoré, et amène-le ici. En passant, tu réveilleras le concierge, et tu lui diras d’aller chercher un médecin.

Ali obéit et laissa le faux abbé seul avec Caderousse toujours évanoui. Lorsque le malheureux rouvrit les yeux, le comte, assis à quelques pas de lui, le regardait avec une sombre expression de pitié, et ses lèvres, qui s’agitaient, semblaient murmurer une prière.

— Un chirurgien, monsieur l’abbé, un chirurgien ! dit Caderousse.

— On en est allé chercher un, répondit l’abbé.

— Je sais bien que c’est inutile, quant à la vie, mais il pourra me donner des forces peut-être, et je veux avoir le temps de faire ma déclaration.

— Sur quoi ?

— Sur mon assassin.

— Vous le connaissez donc ?

— Si je le connais ! oui, je le connais, c’est Benedetto.

— Ce jeune Corse ?

— Lui-même.

— Votre compagnon ?

— Oui. Après m’avoir donné le plan de la maison du comte, espérant sans doute que je le tuerais et qu’il deviendrait ainsi son héritier, ou qu’il me tuerait et qu’il serait ainsi débarrassé de moi, il m’a attendu dans la rue et m’a assassiné.

— En même temps que j’ai envoyé chercher le médecin, j’ai envoyé chercher le procureur du roi.

— Il arrivera trop tard, il arrivera trop tard, dit Caderousse, je sens tout mon sang qui s’en va.

— Attendez, dit Monte-Cristo.

Il sortit et rentra cinq minutes après avec un flacon.

Les yeux du moribond, effrayants de fixité, n’avaient point en son absence quitté cette porte par laquelle il devinait instinctivement qu’un secours allait lui venir.

— Dépêchez-vous, monsieur l’abbé, dépêchez-vous ! dit-il, je sens que je m’évanouis encore.

Monte-Cristo s’approcha et versa sur les lèvres violettes du blessé trois ou quatre gouttes de la liqueur que contenait le flacon.

Caderousse poussa un soupir.

— Oh ! dit-il, c’est la vie que vous me versez là ; encore… encore…

— Deux gouttes de plus vous tueraient, répondit l’abbé.

— Oh ! qu’il vienne donc quelqu’un à qui je puisse dénoncer le misérable.

— Voulez-vous que j’écrive votre déposition ? vous la signerez.

— Oui… oui… dit Caderousse, dont les yeux brillaient à l’idée de cette vengeance posthume.

Monte-Cristo écrivit :

« Je meurs assassiné par le Corse Benedetto, mon compagnon de chaîne à Toulon sous le no 59. »

— Dépêchez-vous, dépêchez-vous ! dit Caderousse, je ne pourrais plus signer.

Monte-Cristo présenta la plume à Caderousse, qui rassembla ses forces, signa et retomba sur son lit en disant :

— Vous raconterez le reste, monsieur l’abbé ; vous direz qu’il se fait appeler Andrea Cavalcanti, qu’il loge à l’hôtel des Princes, que… Ah ! ah ! mon Dieu ! mon Dieu ! voilà que je meurs !

Et Caderousse s’évanouit pour la seconde fois.

L’abbé lui fit respirer l’odeur du flacon ; le blessé rouvrit les yeux.

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