Le Comte de Monte-Cristo (page 107)

Alexandre Dumas · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Le Comte de Monte-Cristo · 142 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

— Pourquoi cela ?

— Parce que je n’en trouverais pas un meilleur.

— Vous tournez dans un cercle vicieux, celui des probabilités.

— Oh ! non pas ; je suis dans les certitudes. Le bon serviteur pour moi, c’est celui sur lequel j’ai droit de vie ou de mort.

— Et vous avez droit de vie ou de mort sur Bertuccio ? demanda Albert.

— Oui, répondit froidement le comte.

Il y a des mots qui ferment la conversation comme une porte de fer. Le oui du comte était un de ces mots-là.

Le reste du voyage s’accomplit avec la même rapidité, les trente-deux chevaux, divisés en huit relais, firent leurs quarante-sept lieues en huit heures.

On arriva au milieu de la nuit, à la porte d’un beau parc. Le concierge était debout et tenait la grille ouverte. Il avait été prévenu par le palefrenier du dernier relais.

Il était deux heures et demie du matin. On conduisit Morcerf à son appartement. Il trouva un bain et un souper prêts. Le domestique, qui avait fait la route sur le siège de derrière de la voiture, était à ses ordres ; Baptistin, qui avait fait la route sur le siège de devant, était à ceux du comte.

Albert prit son bain, soupa et se coucha. Toute la nuit, il fut bercé par le bruit mélancolique de la houle. En se levant, il alla droit à la fenêtre, l’ouvrit et se trouva sur une petite terrasse, où l’on avait devant soi la mer, c’est-à-dire l’immensité, et derrière soi un joli parc donnant sur une petite forêt.

Dans une anse d’une certaine grandeur se balançait une petite corvette à la carène étroite, à la mâture élancée, et portant à la corne un pavillon aux armes de Monte-Cristo, armes représentant une montagne d’or, posant sur une mer d’azur, avec une croix de gueules au chef, ce qui pouvait aussi bien être une allusion à son nom rappelant le Calvaire, que la passion de notre Seigneur a fait une montagne plus précieuse que l’or, et la croix infâme que son sang divin a faite sainte, qu’à quelque souvenir personnel de souffrance et de régénération enseveli dans la nuit du passé mystérieux de cet homme. Autour de la goélette étaient plusieurs petits chasse-marées appartenant aux pêcheurs des villages voisins, et qui semblaient d’humbles sujets attendant les ordres de leur reine.

Là, comme dans tous les endroits où s’arrêtait Monte-Cristo, ne fût-ce que pour y passer deux jours, la vie y était organisée au thermomètre du plus haut confortable ; aussi la vie, à l’instant même, y devenait-elle facile.

Albert trouva dans son antichambre deux fusils et tous les ustensiles nécessaires à un chasseur ; une pièce plus haute, et placée au rez-de-chaussée, était consacrée à toutes les ingénieuses machines que les Anglais, grands pêcheurs, parce qu’ils sont patients et oisifs, n’ont pas encore pu faire adopter aux routiniers pêcheurs de France.

Toute la journée se passa à ces exercices divers, auxquels, d’ailleurs, Monte-Cristo excellait : on tua une douzaine de faisans dans le parc, on pêcha autant de truites dans les ruisseaux, on dîna dans un kiosque donnant sur la mer, et l’on servit le thé dans la bibliothèque.

Vers le soir du troisième jour, Albert, brisé de fatigue à l’user de cette vie qui semblait être un jeu pour Monte-Cristo, dormait sur un fauteuil près de la fenêtre tandis que le comte faisait avec son architecte le plan d’une serre qu’il voulait établir dans sa maison, lorsque le bruit d’un cheval écrasant les cailloux de la route fit lever la tête au jeune homme ; il regarda par la fenêtre, et, avec une surprise des plus désagréables, aperçut dans la cour son valet de chambre, dont il n’avait pas voulu se faire suivre pour moins embarrasser Monte-Cristo.

— Florentin ici ! s’écria-t-il en bondissant sur son fauteuil ; est-ce que ma mère est malade ?

Et il se précipita vers la porte de la chambre.

Monte-Cristo le suivit des yeux, et le vit aborder le valet qui, tout essoufflé encore, tira de sa poche un petit paquet cacheté. Le petit paquet contenait un journal et une lettre.

— De qui cette lettre ? demanda vivement Albert.

— De M. Beauchamp, répondit Florentin.

— C’est Beauchamp qui vous envoie alors ?

— Oui, monsieur. Il m’a fait venir chez lui, m’a donné l’argent nécessaire à mon voyage, m’a fait venir un cheval de poste, et m’a fait promettre de ne point m’arrêter que je n’aie rejoint monsieur : j’ai fait la route en quinze heures.

Albert ouvrit la lettre en frissonnant : aux premières lignes, il poussa un cri, et saisit le journal avec un tremblement visible.

Tout à coup ses yeux s’obscurcirent, ses jambes semblèrent se dérober sous lui, et, prêt à tomber, il s’appuya sur Florentin, qui étendait le bras pour le soutenir.

— Pauvre jeune homme ! murmura Monte-Cristo, si bas que lui-même n’eût pu entendre le bruit des paroles de compassion qu’il prononçait ; il est donc dit que la faute des pères retombera sur les enfants jusqu’à la troisième et quatrième génération.

Pendant ce temps Albert avait repris sa force, et, continuant de lire, il secoua ses cheveux sur sa tête mouillée de sueur, et froissant lettre et journal :

— Florentin, dit-il, votre cheval est-il en état de reprendre le chemin de Paris ?

— C’est un mauvais bidet de poste éclopé.

— Oh ! mon Dieu ! et comment était la maison quand vous l’avez quittée ?

— Assez calme ; mais en revenant de chez M. Beauchamp, j’ai trouvé madame dans les larmes ; elle m’avait fait demander pour savoir quand vous reviendriez. Alors je lui ai dit que j’allais vous chercher de la part de M. Beauchamp. Son premier mouvement a été d’étendre le bras comme pour m’arrêter ; mais après un instant de réflexion :

— Oui, allez, Florentin, a-t-elle dit, et qu’il revienne.

— Oui, ma mère, oui, dit Albert, je reviens, sois tranquille, et malheur à l’infâme !… Mais, avant tout, il faut que je parte.

Il reprit le chemin de la chambre où il avait laissé Monte-Cristo.

Ce n’était plus le même homme et cinq minutes avaient suffi pour opérer chez Albert une triste métamorphose ; il était sorti dans son état ordinaire, il rentrait avec la voix altérée, le visage sillonné de rougeurs fébriles, l’œil étincelant sous des paupières veinées de bleu, et la démarche chancelante comme celle d’un homme ivre.

— Comte, dit-il, merci de votre bonne hospitalité, dont j’aurais voulu jouir plus longtemps, mais il faut que je retourne à Paris.

— Qu’est-il donc arrivé ?

— Un grand malheur ; mais permettez-moi de partir, il s’agit d’une chose bien autrement précieuse que ma vie. Pas de question, comte, je vous en supplie, mais un cheval !

— Mes écuries sont à votre service, vicomte, dit Monte-Cristo ; mais vous allez vous tuer de fatigue en courant la poste à cheval ; prenez une calèche, un coupé, quelque voiture.

— Non, ce serait trop long, et puis j’ai besoin de cette fatigue que vous craignez pour moi, elle me fera du bien.

Albert fit quelques pas en tournoyant comme un homme frappé d’une balle, et alla tomber sur une chaise près de la porte.

Monte-Cristo ne vit pas cette seconde faiblesse ; il était à la fenêtre et criait :

— Ali, un cheval pour M. de Morcerf ! qu’on se hâte : il est pressé !

Ces paroles rendirent la vie à Albert ; il s’élança hors de la chambre, le comte le suivit.

— Merci ! murmura le jeune homme en s’élançant en selle. Vous reviendrez aussi vite que vous pourrez, Florentin. Y a-t-il un mot d’ordre pour qu’on me donne des chevaux ?

— Pas d’autre que de rendre celui que vous montez ; on vous en sellera à l’instant un autre.

Albert allait s’élancer, il s’arrêta.

— Vous trouverez peut-être mon départ étrange, insensé, dit le jeune homme. Vous ne comprenez pas comment quelques lignes écrites sur un journal peuvent mettre un homme au désespoir ; eh bien ! ajouta-t-il en lui jetant le journal, lisez ceci, mais quand je serai parti seulement, afin que vous ne voyiez pas ma rougeur.

Et tandis que le comte ramassait le journal, il enfonça les éperons qu’on venait d’attacher à ses bottes dans le ventre du cheval, qui, étonné qu’il existât un cavalier qui crût avoir besoin vis-à-vis de lui d’un pareil stimulant, partit comme un trait d’arbalète.

Le comte suivit des yeux avec un sentiment de compassion infinie le jeune homme, et ce ne fut que lorsqu’il eut complètement disparu que, reportant ses regards sur le journal, il lut ce qui suit :

« Cet officier français au service d’Ali, pacha de Janina, dont parlait, il y a trois semaines, le journal l’Impartial, et qui non seulement livra les châteaux de Janina, mais encore vendit son bienfaiteur aux Turcs, s’appelait en effet à cette époque Fernand, comme l’a dit notre honorable confrère ; mais, depuis, il a ajouté à son nom de baptême un titre de noblesse et un nom de terre.

« Il s’appelle aujourd’hui M. le comte de Morcerf, et fait partie de la chambre des pairs. »

Ainsi donc, ce secret terrible que Beauchamp avait enseveli avec tant de générosité, reparaissait comme un fantôme armé, et un autre journal, cruellement renseigné, avait publié, le surlendemain du départ d’Albert pour la Normandie, les quelques lignes qui avaient failli rendre fou le malheureux jeune homme.

IX LE JUGEMENT.

À huit heures du matin, Albert tomba chez Beauchamp comme la foudre. Le valet de chambre étant prévenu, il introduisit Morcerf dans la chambre de son maître, qui venait de se mettre au bain.

— Eh bien ! lui dit Albert.

— Eh bien ! mon pauvre ami, répondit Beauchamp, je vous attendais.

— Me voilà. Je ne vous dirai pas, Beauchamp, que je vous crois trop loyal et trop bon pour avoir parlé de cela à qui que ce soit ; non, mon ami. D’ailleurs, le message que vous m’avez envoyé m’est un garant de votre affection. Ainsi, ne perdons pas de temps en préambules : vous avez quelque idée de quelle part vient le coup ?

— Je vous en dirai deux mots tout à l’heure.

— Oui, mais auparavant, mon ami, vous me devez, dans tous ses détails, l’histoire de cette abominable trahison.

Et Beauchamp raconta au jeune homme, écrasé de honte et de douleur, les faits que nous allons redire dans toute leur simplicité.

Le matin de l’avant-veille, l’article avait paru dans un journal autre que l’Impartial, et, ce qui donnait plus de gravité encore à l’affaire, dans un journal bien connu pour appartenir au gouvernement. Beauchamp déjeunait lorsque la note lui sauta aux yeux ; il envoya aussitôt chercher un cabriolet, et, sans achever son repas, il courut au journal. Quoique professant des sentiments politiques complètement opposés à ceux du gérant du journal accusateur, Beauchamp, ce qui arrive quelquefois, et nous dirons même souvent, était son intime ami.

Lorsqu’il arriva chez lui, le gérant tenait son propre journal et paraissait se complaire dans un premier-Paris sur le sucre de betterave, qui, probablement, était de sa façon.

— Ah ! pardieu ! dit Beauchamp, puisque vous tenez votre journal, mon cher, je n’ai pas besoin de vous dire ce qui m’amène.

— Seriez-vous par hasard partisan de la canne à sucre ? demanda le gérant du journal ministériel.

— Non, répondit Beauchamp, je suis même parfaitement étranger à la question ; aussi viens-je pour autre chose.

— Et pourquoi venez-vous ?

— Pour l’article Morcerf.

— Ah ! oui, vraiment : n’est-ce pas que c’est curieux ?

— Si curieux que vous risquez la diffamation, ce me semble, et que vous risquez un procès fort chanceux.

— Pas du tout ; nous avons reçu avec la note toutes les pièces à l’appui, et nous sommes parfaitement convaincus que M. de Morcerf se tiendra tranquille ; d’ailleurs, c’est un service à rendre au pays que de lui dénoncer les misérables indignes de l’honneur qu’on leur fait.

Beauchamp demeura interdit.

— Mais qui donc vous a si bien renseigné ? demanda-t-il ; car mon journal, qui avait donné l’éveil, a été forcé de s’abstenir faute de preuves, et cependant nous sommes plus intéressés que vous à dévoiler M. de Morcerf, puisqu’il est pair de France, et que nous faisons de l’opposition.

— Oh ! mon Dieu, c’est bien simple ; nous n’avons pas couru après le scandale, il est venu nous trouver. Un homme nous est arrivé hier de Janina, apportant le formidable dossier, et comme nous hésitions à nous jeter dans la voie de l’accusation, il nous a annoncé qu’à notre refus l’article paraîtrait dans un autre journal. Ma foi, vous savez, Beauchamp, ce que c’est qu’une nouvelle importante ; nous n’avons pas voulu laisser perdre celle-là. Maintenant le coup est porté ; il est terrible et retentira jusqu’au bout de l’Europe.

Beauchamp comprit qu’il n’y avait plus qu’à baisser la tête, et sortit au désespoir pour envoyer un courrier à Morcerf.

Mais ce qu’il n’avait pas pu écrire à Albert, car les choses que nous allons raconter étaient postérieures au départ de son courrier, c’est que le même jour, à la Chambre des pairs, une grande agitation s’était manifestée et régnait dans les groupes ordinairement si calmes de la haute assemblée. Chacun était arrivé presque avant l’heure, et s’entretenait du sinistre événement qui allait occuper l’attention publique et la fixer sur un des membres les plus connus de l’illustre corps.

C’étaient des lectures à voix basse de l’article, des commentaires et des échanges de souvenirs qui précisaient encore mieux les faits. Le comte de Morcerf n’était pas aimé parmi ses collègues. Comme tous les parvenus, il avait été forcé, pour se maintenir à son rang, d’observer un excès de hauteur. Les grandes aristocraties riaient de lui ; les talents le répudiaient ; les gloires pures le méprisaient instinctivement. Le comte en était à cette extrémité fâcheuse de la victime expiatoire. Une fois désignée par le doigt du Seigneur pour le sacrifice, chacun s’apprêtait à crier haro.

Seul, le comte de Morcerf ne savait rien. Il ne recevait pas le journal où se trouvait la nouvelle diffamatoire, et avait passé la matinée à écrire des lettres et à essayer un cheval.

Il arriva donc à son heure accoutumée, la tête haute, l’œil fier, la démarche insolente, descendit de voiture, dépassa les corridors et entra dans la salle, sans remarquer les hésitations des huissiers et les demi-saluts de ses collègues.

Lorsque Morcerf entra, la séance était déjà ouverte depuis plus d’une demi-heure.

Quoique le comte, ignorant, comme nous l’avons dit, de tout ce qui s’était passé, n’eût rien changé à son air ni à sa démarche, son air et sa démarche parurent à tous plus orgueilleux que d’habitude, et sa présence dans cette occasion parut tellement agressive à cette assemblée jalouse de son honneur, que tous y virent une inconvenance, plusieurs une bravade, quelques-uns une insulte.

Il était évident que la chambre tout entière brûlait d’entamer le débat.

On voyait le journal accusateur aux mains de tout le monde ; mais comme toujours, chacun hésitait à prendre sur lui la responsabilité de l’attaque. Enfin, un des honorables pairs, ennemi déclaré du comte de Morcerf, monta à la tribune avec une solennité qui annonçait que le moment attendu était arrivé.

Il se fit un effrayant silence ; Morcerf seul ignorait la cause de l’attention profonde que l’on prêtait cette fois à un orateur qu’on n’avait pas toujours l’habitude d’écouter si complaisamment.

Le comte laissa passer tranquillement le préambule par lequel l’orateur établissait qu’il allait parler d’une chose tellement grave, tellement sacrée, tellement vitale pour la chambre, qu’il réclamait toute l’attention de ses collègues.

Aux premiers mots de Janina et du colonel Fernand, le comte de Morcerf pâlit si horriblement, qu’il n’y eut qu’un frémissement dans cette assemblée, dont tous les regards convergeaient vers le comte.

Les blessures morales ont cela de particulier qu’elles se cachent, mais ne se referment pas ; toujours douloureuses, toujours prêtes à saigner quand on les touche, elles restent vives et béantes dans le cœur.

La lecture de l’article achevée au milieu de ce même silence, troublé alors par un frémissement qui cessa aussitôt que l’orateur parut disposé à reprendre de nouveau la parole, l’accusateur exposa son scrupule, et se mit à établir combien sa tâche était difficile ; c’était l’honneur de M. de Morcerf, c’était celui de toute la Chambre qu’il prétendait défendre en provoquant un débat qui devait s’attaquer à ces questions personnelles toujours si brûlantes. Enfin, il conclut en demandant qu’une enquête fût ordonnée, assez rapide pour confondre, avant qu’elle eût eu le temps de grandir, la calomnie, et pour rétablir M. de Morcerf, en le vengeant, dans la position que l’opinion publique lui avait faite depuis longtemps.

Morcerf était si accablé, si tremblant devant cette immense et inattendue calamité, qu’il put à peine balbutier quelques mots en regardant ses confrères d’un œil égaré. Cette timidité, qui d’ailleurs pouvait aussi bien tenir à l’étonnement de l’innocent qu’à la honte du coupable, lui concilia quelques sympathies. Les hommes vraiment généreux sont toujours prêts à devenir compatissants, lorsque le malheur de leur ennemi dépasse les limites de leur haine.

Le président mit l’enquête aux voix ; on vota par assis et levé, et il fut décidé que l’enquête aurait lieu.

On demanda au comte combien il lui fallait de temps pour préparer sa justification.

Le courage était revenu à Morcerf dès qu’il s’était senti vivant encore après cet horrible coup.

— Messieurs les pairs, répondit-il, ce n’est point avec du temps qu’on repousse une attaque comme celle que dirigent en ce moment contre moi des ennemis inconnus et restés dans l’ombre de leur obscurité sans doute ; c’est sur-le-champ, c’est par un coup de foudre qu’il faut que je réponde à l’éclair qui un instant m’a ébloui ; que ne m’est-il donné, au lieu d’une pareille justification, d’avoir à répandre mon sang pour prouver à mes collègues que je suis digne de marcher leur égal !

Ces paroles firent une impression favorable pour l’accusé.

— Je demande donc, dit-il, que l’enquête ait lieu le plus tôt possible, et je fournirai à la Chambre toutes les pièces nécessaires à l’efficacité de cette enquête.

— Quel jour fixez-vous ? demanda le président.

— Je me mets dès aujourd’hui à la disposition de la Chambre, répondit le comte.

Le président agita la sonnette.

— La Chambre est-elle d’avis, demanda-t-il, que cette enquête ait lieu aujourd’hui même ?

— Oui ! fut la réponse unanime de l’Assemblée.

On nomma une commission de douze membres pour examiner les pièces à fournir par Morcerf. L’heure de la première séance de cette commission fut fixée à huit heures du soir dans les bureaux de la Chambre. Si plusieurs séances étaient nécessaires, elles auraient lieu à la même heure et dans le même endroit.

Cette décision prise, Morcerf demanda la permission de se retirer ; il avait à recueillir les pièces amassées depuis longtemps par lui pour faire tête à cet orage, prévu par son cauteleux et indomptable caractère.

Beauchamp raconta au jeune homme toutes les choses que nous venons de dire à notre tour : seulement son récit eut sur le nôtre l’avantage de l’animation des choses vivantes sur la froideur des choses mortes.

Albert l’écouta en frémissant tantôt d’espoir, tantôt de colère, parfois de honte ; car, par la confidence de Beauchamp, il savait que son père était coupable, et il se demandait comment, puisqu’il était coupable, il pourrait en arriver à prouver son innocence.

Arrivé au point où nous en sommes, Beauchamp s’arrêta.

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