Les Trois Mousquetaires (page 32)

Alexandre Dumas · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Trois Mousquetaires · 68 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

— Je tiens à ce cheval, Athos.

— Et vous avez tort, mon ami ; un cheval prend un écart, mon ami, un cheval bute et se couronne, un cheval mange dans un râtelier où a mangé un cheval morveux, voilà un cheval ou plutôt cent pistoles perdues ; puis il faut que le maître nourrisse son cheval, tandis qu’au contraire cent pistoles nourrissent leur maître.

— Mais comment reviendrons-nous ?

— Sur les chevaux de nos laquais, pardieu ! on verra toujours bien à l’air de nos figures que nous sommes gens de condition.

— La belle mine que nous aurons sur des bidets, tandis qu’Aramis et Porthos caracoleront sur leurs chevaux !

— Aramis ! Porthos ! s’écria Athos, et il se mit à rire.

— Quoi ? demanda d’Artagnan, qui ne comprenait rien à l’hilarité de son ami.

— Bien, bien, continuez, dit Athos.

— Ainsi, votre avis ?

— Est de prendre les cent pistoles, d’Artagnan ; avec les cent pistoles nous allons festiner jusqu’à la fin du mois ; nous avons essuyé des fatigues, voyez-vous, et il sera bon de nous reposer un peu.

— Me reposer ? oh ! non, Athos ; aussitôt à Paris, je me mets à la recherche de cette pauvre femme.

— Eh bien ! croyez-vous que votre cheval vous sera aussi utile pour cela que de bons louis d’or ? Prenez les cent pistoles, mon ami, prenez les cent pistoles.

D’Artagnan n’avait besoin que d’une raison pour se rendre ; celle-là lui parut excellente. D’ailleurs, en résistant plus longtemps, il craignait de paraître égoïste aux yeux d’Athos ; il acquiesça donc et choisit les cent pistoles, que l’Anglais lui compta sur-le-champ.

Puis l’on ne songea plus qu’à partir. La paix signée avec l’aubergiste, outre le vieux cheval d’Athos, coûta six pistoles. D’Artagnan et Athos prirent les chevaux de Planchet et de Grimaud ; les deux valets se mirent en route à pied, portant les selles sur leurs têtes.

Si mal montés que fussent les deux amis, ils prirent bientôt les devants sur leurs valets et arrivèrent à Crèvecœur. De loin ils aperçurent Aramis mélancoliquement appuyé sur sa fenêtre et regardant, comme Ma sœur Anne, poudroyer le soleil et verdoyer l’horizon.

— Holà ! eh ! Aramis ! que diable faites-vous donc là ? crièrent les deux amis.

— Ah ! c’est vous, d’Artagnan ? c’est vous, Athos ? dit le jeune homme. Je songeais avec quelle rapidité s’en vont les biens de ce monde : mon cheval anglais, qui s’éloignait et qui vient de disparaître au milieu d’un tourbillon de poussière, m’était une vivante image de la fragilité des choses de la terre. La vie elle-même peut se résoudre en trois mots : Erit, est, fuit.

— Cela veut dire au fond… demanda d’Artagnan, qui commençait à se douter de la vérité.

— Cela veut dire que je viens de faire un marché de dupe. Soixante louis un cheval qui, à la manière dont il file, peut faire au trot cinq lieues à l’heure.

D’Artagnan et Athos éclatèrent de rire.

— Mon cher d’Artagnan, dit Aramis, ne m’en veuillez pas trop, je vous prie : nécessité n’a pas de loi. D’ailleurs, je suis le premier puni, puisque cet infâme maquignon m’a volé cinquante louis au moins. Ah ! vous êtes bons ménagers, vous autres ! vous venez sur les chevaux de vos laquais, et vous faites mener vos chevaux de luxe en main, doucement et à petites journées.

Au même instant, un fourgon, qui depuis quelques instants pointait sur la route d’Amiens, s’arrêta, et l’on vit sortir Grimaud et Planchet leurs selles sur la tête. Le fourgon retournait à vide vers Paris, et les deux laquais s’étaient engagés, moyennant leur transport, à désaltérer le voiturier tout le long de la route.

— Qu’est-ce que cela ? dit Aramis en voyant ce qui se passait. Rien que les selles ?

— Comprenez-vous maintenant ? dit Athos.

— Mes amis, c’est exactement comme moi. J’ai conservé le harnais par instinct. Holà, Bazin, portez mon harnais neuf auprès de celui de ces messieurs.

— Et qu’avez-vous fait de vos docteurs ? demanda d’Artagnan.

— Mon cher, je les ai invités à dîner le lendemain, dit Aramis ; il y a ici du vin exquis, cela soit dit en passant ; je les ai grisés de mon mieux ; alors le curé m’a défendu de quitter la casaque, et le jésuite m’a prié de le faire recevoir mousquetaire !

— Sans thèse ? cria d’Artagnan, sans thèse ? je demande la suppression de la thèse, moi !

— Depuis lors, continua Aramis, je vis agréablement. J’ai commencé un poème en vers d’une syllabe ; c’est assez difficile, mais le mérite en toutes choses est dans la difficulté. La matière est galante ; je vous lirai le premier chant ; il a quatre cents vers et dure une minute.

— Ma foi, mon cher Aramis, dit d’Artagnan, qui détestait presque autant les vers que le latin, ajoutez au mérite de la difficulté celui de la brièveté, et vous êtes sûr au moins que votre poème aura deux mérites.

— Puis, continua Aramis, il respire des passions honnêtes, vous verrez. Ah çà ! mes amis, nous retournons à Paris, n’est-ce pas ? Bravo, je suis prêt ! Nous allons donc revoir ce bon Porthos ? tant mieux ! Vous ne croyez pas qu’il me manquait, ce grand niais-là. J’aime à le voir content de lui, cela me raccommode avec moi. Ce n’est pas lui qui aurait vendu son cheval, fût-ce contre un royaume ; je voudrais déjà le voir sur sa bête et sur sa selle. Il aura, j’en suis sûr, l’air du grand Mogol.

On fit une halte d’une heure pour faire souffler les chevaux ; Aramis solda son compte, plaça Bazin dans le fourgon avec ses camarades, et l’on se mit en route pour aller rejoindre Porthos.

On le trouva à peu près guéri et par conséquent moins pâle que ne l’avait vu d’Artagnan à sa première visite, et assis à une table, où, quoiqu’il fût seul, figurait un dîner de quatre personnes. Ce dîner se composait de viandes galamment troussées, de vins choisis et de fruits superbes.

— Ah ! pardieu, dit-il en se levant, vous arrivez à merveille, messieurs : j’en étais justement au potage, et vous allez dîner avec moi.

— Oh ! oh ! fit d’Artagnan, ce n’est pas Mousqueton qui a pris au lasso de pareilles bouteilles ; puis voilà un fricandeau piqué et un filet de bœuf…

— Je me refais, dit Porthos, je me refais. Rien n’affaiblit comme ces diables de foulures. Avez-vous eu des foulures, Athos ?

— Jamais ; seulement je me rappelle que, dans notre échauffourée de la rue Férou, je reçus un coup d’épée qui au bout de quinze ou dix-huit jours m’avait produit exactement le même effet que votre foulure, Porthos.

— Mais ce dîner n’était pas pour vous seul, mon cher Porthos ? dit Aramis.

— Non, dit Porthos, j’attendais quelques gentilshommes du voisinage qui viennent de me faire dire qu’ils ne viendraient pas ; vous les remplacerez, et je ne perdrai pas au change. Holà ! Mousqueton ! des siéges ! et que l’on double les bouteilles.

— Savez-vous ce que nous mangeons ici ? dit Athos, au bout de dix minutes.

— Pardieu ! répondit d’Artagnan, moi je mange du veau piqué aux cardons et à la moelle.

— Et moi des filets d’agneau, dit Porthos.

— Et moi un blanc de volaille, dit Aramis.

— Vous vous trompez tous, messieurs, répondit Athos ; vous mangez du cheval.

— Allons donc, dit d’Artagnan.

— Du cheval ! fit Aramis avec une grimace de dégoût. Porthos seul ne répondit point.

— Oui, du cheval ; n’est-ce pas, Porthos, que nous mangeons du cheval ? Peut-être même les caparaçons avec !

— Non, messieurs ; j’ai gardé le harnais, dit Porthos.

— Ma foi, nous nous valons tous, dit Aramis ; on dirait que nous nous sommes donné le mot.

— Que voulez-vous ! dit Porthos, ce cheval faisait honte à mes visiteurs, et je n’ai pas voulu les humilier.

— Puis, votre duchesse est toujours aux eaux, n’est-ce pas ? reprit d’Artagnan.

— Toujours, répondit Porthos. Or, ma foi, le gouverneur de la province, un des gentilshommes que j’attendais aujourd’hui à dîner, m’a paru le désirer si fort, que je le lui ai donné.

— Donné ! s’écria d’Artagnan.

— Oh ! mon Dieu, oui, donné, c’est le mot, dit Porthos, car il valait certainement cent cinquante louis, et le ladre n’a voulu me le payer que quatre-vingts.

— Sans la selle ? dit Aramis.

— Oui, sans la selle.

— Vous remarquerez, messieurs, dit Athos, que c’est encore Porthos qui a fait le meilleur marché de nous tous.

Ce fut alors un hourra de rires dont le pauvre Porthos fut tout saisi ; mais on lui expliqua bientôt la raison de cette hilarité, qu’il partagea bruyamment, selon sa coutume.

— De sorte que nous sommes tous en fonds, dit d’Artagnan.

— Mais pas pour mon compte, dit Athos ; j’ai trouvé le vin d’Espagne d’Aramis si bon, que j’en ai fait charger une soixantaine de bouteilles dans le fourgon des laquais, ce qui m’a fort désargenté.

— Et moi, dit Aramis, imaginez donc que j’avais donné jusqu’à mon dernier sou à l’église de Montdidier et aux jésuites d’Amiens ; que j’avais pris en outre des engagements qu’il m’a fallu tenir : des messes commandées pour moi et pour vous, messieurs, que l’on dira, et dont je ne doute pas que nous ne nous trouvions à merveille.

— Et moi, dit Porthos, ma foulure, croyez-vous qu’elle ne m’a rien coûté ? Sans compter la blessure de Mousqueton, pour laquelle j’ai été obligé de faire venir le chirurgien deux fois par jour.

— Allons, allons, dit Athos, en échangeant un sourire avec d’Artagnan et Aramis, je vois que vous vous êtes conduit grandement à l’égard du pauvre garçon. C’est d’un bon maître.

— Bref, continua Porthos, ma dépense payée, il me restera bien une trentaine d’écus.

— Et à moi une dizaine de pistoles, dit Aramis.

— Il paraît, dit Athos, que nous sommes les Crésus de la société. Combien vous reste-t-il sur vos cent pistoles, d’Artagnan ?

— Sur mes cent pistoles ? D’abord, je vous en ai donné cinquante.

— Vous croyez ?

— Pardieu !

— Ah ! c’est vrai, je me rappelle.

— Puis, j’en ai payé six à l’hôte.

— Quel animal que cet hôte ! pourquoi lui avez-vous donné six pistoles ?

— C’est vous qui m’avez dit de les lui donner.

— D’honneur ! je suis trop bon. Bref, en reliquat ?

— Vingt-cinq pistoles, dit d’Artagnan.

— Et moi, dit Athos en tirant quelque menue monnaie de sa poche, voici.

— Vous, rien.

— Ma foi, ou si peu de chose, que ce n’est pas la peine de rapporter à la masse.

— Maintenant, calculons combien nous possédons en tout : Porthos ?

— Trente écus.

— Aramis ?

— Dix pistoles.

— Et vous, d’Artagnan ?

— Vingt-cinq.

— Cela fait en tout ? dit Athos.

— Quatre cent soixante-quinze livres ! dit d’Artagnan, qui comptait comme Archimède.

— Arrivés à Paris, nous en aurons bien encore quatre cents, dit Porthos, plus les harnais.

— Mais nos chevaux d’escadron ? dit Aramis.

— Eh bien, des quatre chevaux des laquais nous en ferons deux de maître que nous tirerons au sort ; avec les quatre cents livres, on en fera un demi pour un des démontés, puis nous donnerons les grattures de nos poches à d’Artagnan, qui a la main bonne, et qui ira les jouer dans le premier tripot venu. Voilà.

— Dînons donc, dit Porthos, car le second service refroidit.

Les quatre amis, plus tranquilles désormais sur leur avenir, firent honneur au repas, dont les restes furent abandonnés à MM. Mousqueton, Bazin, Planchet et Grimaud.

En arrivant à Paris, d’Artagnan trouva une lettre de M. de Tréville, qui le prévenait que l’intention bien arrêtée de Sa Majesté était d’ouvrir la campagne le 1er mai, il eût à préparer incontinent ses équipages.

Il courut aussitôt chez ses camarades, qu’il venait de quitter il y avait une demi-heure, et qu’il trouva fort tristes et fort préoccupés. Ils étaient réunis en conseil chez Athos, ce qui indiquait toujours des circonstances d’une certaine gravité.

En effet, ils venaient de recevoir, chacun à son domicile, une lettre pareille de M. de Tréville.

Les quatre philosophes se regardèrent tout ébahis ; M. de Tréville ne plaisantait pas sous le rapport de la discipline. C’étaient surtout les équipages qui les embarrassaient.

— Et à combien estimez-vous ces équipages ? dit d’Artagnan.

— Oh ! il n’y a pas à dire, reprit Aramis, nous venons de faire nos comptes avec une lésinerie de Spartiates, et il nous faut à chacun quinze cents livres.

— Quatre fois quinze font soixante, soit six mille livres, dit Athos.

— Moi, dit d’Artagnan, il me semble que mille livres suffiraient à chacun. Il est vrai que je ne parle pas en Spartiate, mais en procureur…

Ce mot de procureur réveilla Porthos.

— Tiens ! j’ai une idée, dit-il.

— C’est déjà quelque chose : moi, je n’en ai pas même l’ombre, fit froidement Athos ; mais quant à d’Artagnan, messieurs, il est véritablement fou. Mille livres ! je déclare que pour mon équipage à moi seul il m’en faut deux mille.

— Quatre fois deux font huit, dit alors Aramis ; c’est donc huit mille livres qu’il nous faut pour nos équipages, sur lesquels, il est vrai, nous avons déjà les selles.

CHAPITRE XXIX. LA CHASSE À L’ÉQUIPEMENT.

e plus préoccupé des quatre amis était bien certainement d’Artagnan, quoique d’Artagnan, en sa qualité de garde, fût bien plus facile à équiper que messieurs les mousquetaires qui étaient des seigneurs ; mais notre cadet de Gascogne était, comme on a pu le voir, d’un caractère prévoyant et presque avare, et avec cela (expliquez les contraires) glorieux presque à rendre des points à Porthos. À cette préoccupation de sa vanité, d’Artagnan joignait en ce moment une inquiétude moins égoïste. Quelques informations qu’il eût pu prendre sur Mme Bonacieux, il ne lui en était venu aucune nouvelle : M. de Tréville en avait parlé à la reine ; la reine ignorait où était la jeune mercière et avait promis de la faire chercher. Mais cette promesse était bien vague et ne rassurait guère d’Artagnan.

Athos ne sortait pas de sa chambre ; il était résolu à ne pas risquer une enjambée pour s’équiper.

— Il nous reste quinze jours, disait-il à ses amis. Eh bien ! si au bout de ces quinze jours je n’ai rien trouvé, ou plutôt si rien n’est venu me trouver, comme je suis trop bon catholique pour me casser la tête d’un coup de pistolet, je chercherai une bonne querelle à quatre gardes de Son Éminence ou à huit Anglais, et je me battrai jusqu’à ce qu’il y en ait un qui me tue ; ce qui, sur la quantité, ne peut manquer de m’arriver. On dira alors que je suis mort pour le roi ; de sorte que j’aurai fait mon service sans avoir eu besoin de m’équiper.

Porthos continuait à se promener les mains derrière le dos en hochant la tête de haut en bas et en disant :

— Je poursuivrai mon idée.

Aramis, soucieux et mal frisé, ne disait rien.

On peut voir par ces détails désastreux que la désolation régnait dans la communauté.

Les laquais, de leur côté, comme les coursiers d’Hippolyte, partageaient la triste pensée de leurs maîtres. Mousqueton faisait des provisions de croûtes ; Bazin, qui avait toujours donné dans la dévotion, ne quittait plus les églises ; Planchet regardait voler les mouches ; et Grimaud, que la détresse générale ne pouvait déterminer à rompre le silence imposé par son maître, poussait des soupirs à attendrir des pierres.

Les trois amis, car, ainsi que nous l’avons dit, Athos avait juré de ne pas faire un pas pour s’équiper, les trois amis sortaient donc de grand matin et rentraient fort tard. Ils erraient par les rues, regardant sur chaque pavé pour savoir si les personnes qui y étaient passées avant eux n’y avaient pas laissé quelque bourse. On eût dit qu’ils suivaient des pistes, tant ils étaient attentifs partout où ils allaient. Quand ils se rencontraient, ils avaient des regards désolés qui voulaient dire : As-tu trouvé quelque chose ?

Cependant, comme Porthos avait trouvé le premier son idée, et comme il l’avait poursuivie avec persistance, il fut le premier à agir. C’était un homme d’exécution que ce digne Porthos. D’Artagnan l’aperçut un jour qu’il s’acheminait vers l’église Saint-Leu, et le suivit instinctivement : il entra au lieu saint après avoir relevé sa moustache et allongé sa royale, ce qui annonçait toujours de sa part les intentions les plus conquérantes. Comme d’Artagnan prenait quelques précautions pour se dissimuler, Porthos crut n’avoir pas été vu. D’Artagnan entra derrière lui. Porthos alla s’adosser au côté d’un pilier ; d’Artagnan, toujours inaperçu, s’appuya de l’autre.

Justement il y avait un sermon, ce qui faisait que l’église était fort peuplée. Porthos profita de la circonstance pour lorgner les femmes. Grâce aux bons soins de Mousqueton, l’extérieur était loin d’annoncer la détresse de l’intérieur ; son feutre était bien un peu râpé, sa plume était bien un peu déteinte, ses broderies étaient bien un peu ternies, ses dentelles étaient bien éraillées ; mais dans la demi-teinte, toutes ces bagatelles disparaissaient, et Porthos était toujours le beau Porthos.

D’Artagnan remarqua, sur le banc le plus rapproché du pilier où Porthos et lui étaient adossés, une espèce de beauté mûre, un peu jaune, un peu sèche, mais raide et hautaine sous ses coiffes noires. Les yeux de Porthos s’abaissaient furtivement sur cette dame, puis papillonnaient au loin dans la nef.

De son côté la dame, qui de temps en temps rougissait, lançait avec la rapidité de l’éclair un coup-d’œil sur le volage Porthos, et aussitôt les yeux de Porthos de papillonner avec fureur. Il était clair que c’était un manége qui piquait au vif la dame aux coiffes noires, car elle se mordait les lèvres jusqu’au sang, se grattait le bout du nez et se démenait désespérément sur son siége.

Ce que voyant Porthos, il retroussa de nouveau sa moustache, allongea une seconde fois sa royale, et se mit à faire des signaux à une belle dame qui était près du chœur, et qui non seulement était une belle dame, mais encore une grande dame sans doute, car elle avait derrière elle un négrillon qui avait apporté le coussin sur lequel elle était agenouillée, et une suivante qui tenait le sac armorié dans lequel on renfermait le livre où elle disait sa messe.

Mme Coquenard.

La dame aux coiffes noires suivit à travers tous ses détours le regard de Porthos, et reconnut qu’il s’arrêtait sur la dame au coussin de velours, au négrillon et à la suivante.

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