Les Trois Mousquetaires (page 48)

Alexandre Dumas · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Trois Mousquetaires · 68 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

— Où l’on nous aurait vus conférer tous les quatre ensemble, de sorte qu’au bout d’un quart d’heure le cardinal eût été prévenu par ses espions que nous tenions conseil.

— Oui, dit Aramis, Athos a raison : Animadvertuntur in desertis.

— Un désert n’aurait pas été mal, dit Porthos, mais il s’agissait de le trouver.

— Il n’y a pas de désert où un oiseau ne puisse passer au-dessus de la tête, où un poisson ne puisse sauter au-dessus de l’eau, où un lapin ne puisse partir de son gîte, et je crois qu’oiseau, poisson, lapin, tout s’est fait espion du cardinal. Mieux vaut donc poursuivre notre entreprise, devant laquelle d’ailleurs nous ne pouvons plus reculer sans honte ; nous avons fait un pari, un pari qui ne pouvait être prévu, et dont je défie qui que ce soit de deviner la véritable cause. Nous allons, pour le gagner, tenir une heure dans le bastion. Ou nous serons attaqués, ou nous ne le serons pas : si nous ne le sommes pas, nous aurons tout le temps de causer, et personne ne nous entendra, car je réponds que les murs de ce bastion n’ont pas d’oreilles ; si nous le sommes, nous n’en causerons pas moins de nos affaires, et de plus, tout en nous défendant, nous nous couvrons de gloire ; Vous voyez bien que tout est bénéfice.

— Oui, dit d’Artagnan, mais nous attraperons indubitablement une balle.

— Eh, mon cher ! dit Athos, vous savez bien que les balles les plus à craindre ne sont pas celles de l’ennemi.

— Mais il me semble que pour une pareille expédition, reprit Porthos, nous aurions dû au moins emporter nos mousquets.

— Vous êtes un niais, ami Porthos ; pourquoi nous charger d’un fardeau inutile ?

— Je ne trouve pas inutile en face de l’ennemi un bon mousquet de calibre, avec douze cartouches et une poire à poudre.

— Eh bien ! continua Athos, n’avez-vous pas entendu ce qu’a dit d’Artagnan ?

— Qu’a dit d’Artagnan ? demanda Porthos.

— D’Artagnan a dit que dans l’attaque de cette nuit il y avait eu huit ou dix Français de tués et autant de Rochelois.

— Après ?

— On n’a pas eu le temps de les dépouiller, n’est-ce pas ? attendu qu’on avait pour le moment quelque chose de plus pressé à faire.

— Eh bien ?

— Eh bien ! nous allons trouver leurs mousquets, leurs poires à poudre et leurs cartouches, et au lieu de quatre mousquetons et de douze balles, nous allons avoir une quinzaine de fusils et une centaine de coups à tirer.

— Oh ! Athos, dit Aramis, tu es véritablement un grand homme !

Porthos inclina la tête en signe d’adhésion.

D’Artagnan seul ne paraissait pas convaincu.

Sans doute Grimaud partageait les doutes du jeune homme, car, voyant que l’on continuait de marcher vers le bastion, chose dont il avait douté jusqu’alors, il tira son maître par le pan de son habit.

— Où allons-nous ? demanda-t-il par geste.

Athos lui montra le bastion.

— Mais, dit toujours dans le même dialecte le silencieux Grimaud, nous y laisserons notre peau.

Athos leva les yeux et le doigt vers le ciel.

Grimaud posa son panier à terre et s’assit en secouant la tête.

Athos prit à sa ceinture un pistolet, regarda s’il était bien amorcé, l’arma et approcha le canon de l’oreille de Grimaud.

Grimaud se retrouva sur ses jambes comme par un ressort.

Athos alors lui fit signe de prendre le panier et de marcher devant.

Grimaud obéit.

Tout ce qu’avait gagné le pauvre garçon à cette pantomime d’un instant, c’est qu’il était passé de l’arrière-garde à l’avant-garde.

Arrivés au bastion, les quatre amis se retournèrent.

Plus de trois cents soldats de toutes armes étaient assemblés à la porte du camp, et dans un groupe séparé on pouvait distinguer M. de Busigny, le dragon, le Suisse et le quatrième parieur.

Athos ôta son chapeau, le mit au bout de son épée et l’agita en l’air.

Tous les spectateurs lui rendirent son salut, accompagnant cette politesse d’un grand hourra qui arriva jusqu’à eux.

Après quoi, ils disparurent tous quatre dans le bastion, où les avait déjà précédés Grimaud.

CHAPITRE XLVII. LE CONSEIL DES MOUSQUETAIRES.

omme l’avait prévu Athos, le bastion n’était occupé que par une douzaine de morts, tant Français que Rochelois.

— Messieurs, dit Athos, qui avait pris le commandement de l’expédition, tandis que Grimaud va mettre la table, commençons par recueillir les fusils et les cartouches. Nous pouvons d’ailleurs causer tout en accomplissant cette besogne. Ces messieurs, ajouta-t-il en montrant les morts, ne nous écoutent pas.

— Mais nous pourrions toujours les jeter dans le fossé, observa Porthos, après toutefois nous être assurés qu’ils n’ont rien dans leurs poches.

— Oui, dit Aramis, mais c’est l’affaire de Grimaud.

— Eh bien alors ! dit d’Artagnan, que Grimaud les fouille et les jette par-dessus les murailles.

— Qu’il les fouille, oui, dit Athos ; mais qu’il les jette par-dessus les murailles, non, car ils peuvent nous servir.

— Ces morts peuvent nous servir ? dit Porthos ; ah çà, vous devenez fou.

— Ne jugez pas témérairement, disent l’Évangile et M. le cardinal, reprit Athos ; combien de fusils, messieurs ?

— Douze, répondit Aramis.

— Combien de coups à tirer ?

— Une centaine.

— C’est tout autant qu’il nous en faut ; chargeons les armes.

Les quatre mousquetaires se mirent à la besogne. Comme ils achevaient de charger le dernier fusil, Grimaud fit signe que le déjeuner était servi.

Athos répondit, toujours par geste, que c’était bien, et indiqua à Grimaud une espèce de poivrière où celui-ci comprit qu’il se devait tenir en sentinelle. Seulement, pour adoucir l’ennui de la faction, Athos lui permit d’emporter un pain, deux côtelettes et une bouteille de vin.

— Et maintenant, à table ! dit Athos.

Les quatre amis s’assirent à terre, les jambes croisées comme des Turcs ou comme des tailleurs.

— Ah ça ! maintenant, dit d’Artagnan, que nous n’avons plus la crainte d’être entendus, j’espère que vous allez nous faire part de votre secret, Athos ?

— Je me vante de vous procurer à la fois de l’agrément et de la gloire, messieurs, dit Athos. Je vous ai fait faire une promenade charmante ; voici un déjeuner des plus succulents ; cinq cents personnes là-bas, comme vous pouvez les voir à travers les meurtrières, qui nous prennent pour des fous ou pour des héros, deux classes d’imbéciles qui se ressemblent assez.

— Mais ce secret ? demanda d’Artagnan.

— Le secret, dit Athos, c’est que j’ai vu milady hier soir.

D’Artagnan portait son verre à ses lèvres, mais à ce nom de milady la main lui trembla si fort qu’il le posa à terre pour ne pas en répandre le contenu.

— Vous avez vu votre ?…

— Chut donc ! interrompit Athos ; vous oubliez, mon cher, que ces messieurs ne sont pas initiés comme vous dans le secret de mes affaires de ménage. J’ai vu milady.

— Et où cela ? demanda d’Artagnan.

— À deux lieues d’ici à peu près, à l’auberge du Colombier-Rouge.

— En ce cas, je suis perdu, dit d’Artagnan.

— Non, pas tout à fait encore, reprit Athos, car à cette heure elle doit avoir quitté les côtes de France.

D’Artagnan respira.

— Mais au bout du compte, demanda Porthos, qu’est-ce donc que cette milady ?

— Une femme charmante, dit Athos en dégustant un verre de vin mousseux. Canaille d’hôtelier ! s’écria-t-il, qui nous donne du vin d’Anjou pour du vin de Champagne, et qui croit que nous nous y laisserons prendre ! Oui, continua-t-il, une femme charmante qui a eu des bontés pour notre ami d’Artagnan, lequel, en échange, lui a fait je ne sais quelle noirceur dont elle a essayé de se venger, il y a un mois, en voulant le faire tuer à coups de mousquet ; il y a huit jours, en essayant de l’empoisonner, et hier en demandant sa tête au cardinal.

— Comment ! en demandant ma tête au cardinal ? s’écria d’Artagnan pâle de terreur.

— Ça, dit Porthos, c’est vrai comme l’Évangile, je l’ai entendu de mes deux oreilles.

— Moi aussi, dit Aramis.

— Alors, dit d’Artagnan en laissant tomber son bras avec découragement, il est inutile de lutter plus longtemps ; autant que je me brûle la cervelle et que tout soit fini.

— C’est la dernière sottise qu’il faut faire, dit Athos, attendu que c’est la seule à laquelle il n’y ait pas de remède.

— Mais je n’en réchapperai jamais, dit d’Artagnan, avec des ennemis pareils. D’abord mon inconnu de Meung ; ensuite de Wardes, à qui j’ai donné trois coups d’épée ; puis milady, dont j’ai surpris le secret ; enfin, le cardinal, dont j’ai fait échouer la vengeance.

— Eh bien ! dit Athos, tout cela ne fait que quatre, et nous sommes quatre, un contre un, pardieu ! Si nous en croyons les signes que nous fait Grimaud, nous allons avoir affaire à un bien plus grand nombre de gens. Qu’y a-t-il, Grimaud ? Considérant la gravité de la circonstance, je vous permets de parler, mon ami ; mais soyez laconique, je vous prie. Que voyez-vous ?

— Une troupe.

— De combien de personnes ?

— De vingt hommes.

— Quels hommes ?

— Seize pionniers, quatre soldats.

— À combien de pas sont-ils ?

— À cinq cents pas.

— Bon ! nous avons encore le temps d’achever cette volaille et de boire un verre de vin. À votre santé, d’Artagnan !

— À votre santé, répétèrent Porthos et Aramis.

— Eh bien donc, à ma santé ! quoique je ne croie pas que vos souhaits me servent à grand’chose.

— Bah ! dit Athos, Dieu est grand, comme disent les sectateurs de Mahomet, et l’avenir est dans ses mains.

Puis, ayant avalé le contenu de son verre, qu’il posa ensuite près de lui, Athos se leva nonchalamment, prit le premier fusil venu et s’approcha d’une meurtrière.

Porthos, Aramis et d’Artagnan en firent autant. Quant à Grimaud, il reçut l’ordre de se placer derrière les quatre amis afin de recharger les armes.

Au bout d’un instant on vit paraître la troupe, elle suivait une espèce de boyau de tranchée qui établissait une communication entre le bastion et la ville.

— Pardieu ! dit Athos, c’est bien la peine de nous déranger pour une vingtaine de drôles armés de pioches, de hoyaux et de pelles ! Grimaud n’aurait eu qu’à leur faire signe de s’en aller, et je suis convaincu qu’ils nous eussent laissés tranquilles.

— J’en doute, observa d’Artagnan, car ils avancent fort résolument de ce côté. D’ailleurs il y a avec les travailleurs quatre soldats et un brigadier armés de mousquets.

— C’est qu’ils ne nous ont pas vus, reprit Athos.

— Ma foi, dit Aramis, j’avoue que j’ai répugnance à tirer sur ces pauvres diables de bourgeois.

— Mauvais prêtre, répondit Porthos, qui a pitié des hérétiques !

— En vérité, dit Athos, Aramis a raison, et je vais les prévenir.

— Que diable faites-vous donc ? s’écria d’Artagnan. Vous allez vous faire fusiller, mon cher.

Mais Athos ne tint aucun compte de l’avis, et montant sur la brèche, son fusil d’une main et son chapeau de l’autre :

— Messieurs, dit-il en s’adressant aux soldats et aux travailleurs, qui, étonnés de son apparition, s’arrêtaient à cinquante pas environ du bastion, et en les saluant courtoisement ; messieurs, nous sommes quelques amis et moi en train de déjeuner dans ce bastion. Or, vous savez que rien n’est désagréable comme d’être dérangé quand on déjeune ; nous vous prions donc, si vous avez absolument affaire ici, d’attendre que nous ayons fini notre repas, ou de repasser plus tard, à moins qu’il ne vous prenne la salutaire envie de quitter le parti de la rébellion et de venir boire avec nous à la santé du roi de France.

— Prenez garde, Athos, interrompit d’Artagnan ; ne voyez-vous pas qu’ils vous mettent en joue ?

— Si fait, si fait, dit Athos ; mais ce sont des bourgeois qui tirent fort mal et qui n’auront garde de me toucher.

En effet, au même instant quatre coups de fusil partirent, et les balles vinrent s’aplatir autour d’Athos, mais sans qu’une seule le touchât.

Quatre coups de fusil leur répondirent presque en même temps, mais ils étaient mieux dirigés que ceux des agresseurs ; trois soldats tombèrent tués raide, et un des travailleurs fut blessé.

— Grimaud, un autre mousquet ! dit Athos toujours sur la brèche.

Grimaud obéit aussitôt. De leur côté, les trois amis avaient chargé leurs armes ; une seconde décharge suivit la première ; le brigadier et deux pionniers tombèrent morts, le reste de la troupe prit la fuite.

— Allons, messieurs, une sortie, dit Athos.

Et les quatre amis s’élançant hors du fort parvinrent jusqu’au champ de bataille, ramassèrent les quatre mousquets des soldats et la demi-pique du brigadier ; et convaincus que les fuyards ne s’arrêteraient qu’à la ville, reprirent le chemin du bastion, rapportant les trophées de leur victoire.

— Rechargez les armes, Grimaud, dit Athos, et nous, messieurs, reprenons notre déjeuner et continuons notre conversation. Où en étions-nous ?

— Je me le rappelle, dit d’Artagnan ; vous disiez qu’après avoir demandé ma tête au cardinal, milady avait quitté les côtes de France.

— C’est vrai.

— Et où va-t-elle ? ajouta d’Artagnan, qui se préoccupait fort de l’itinéraire que devait suivre milady.

— Elle va en Angleterre, répondit Athos.

— Et dans quel but ?

— Dans le but d’assassiner ou de faire assassiner Buckingham.

D’Artagnan poussa une exclamation de surprise et d’indignation.

— Mais c’est infâme ! s’écria-t-il.

— Oh ! quant à cela, dit Athos, je vous prie de croire que je m’en inquiète fort peu. Maintenant que vous avez fini, Grimaud, continua Athos, prenez la demi-pique de notre brigadier, attachez-y une serviette et plantez-la au haut de notre bastion ; que ces rebelles de Rochelois voient qu’ils ont affaire à de braves et loyaux soldats du roi.

Grimaud obéit sans répondre ; un instant après, le drapeau blanc flottait au-dessus de la tête des quatre amis. Un cri de joie et un tonnerre d’applaudissements saluèrent son apparition. La moitié du camp était aux barrières.

— Comment, reprit d’Artagnan, vous vous inquiétez fort peu qu’elle tue ou qu’elle fasse tuer Buckingham ? mais le duc est notre ami.

— Le duc est Anglais, le duc combat contre nous ; qu’elle fasse du duc ce qu’elle voudra, je m’en soucie comme d’une bouteille vide.

Et Athos envoya à quinze pas de lui une bouteille qu’il tenait, et dont il venait de transvaser jusqu’à la dernière goutte dans son verre.

— Un instant, dit d’Artagnan, je n’abandonne pas Buckingham ainsi, il nous avait donné de fort beaux chevaux.

— Et surtout de fort belles selles, ajouta Porthos, qui, à ce moment même, portait à son manteau le galon de la sienne.

— Puis, observa Aramis, Dieu veut la conversion et non la mort du pécheur.

— Amen, dit Athos, et nous reviendrons là-dessus plus tard, si tel est votre plaisir. Mais ce qui pour le moment me préoccupait le plus, et je suis sûr que tu me comprendras, d’Artagnan, c’était de reprendre à cette femme une espèce de blanc-seing qu’elle avait extorqué au cardinal et à l’aide duquel elle devait impunément se débarrasser de vous et peut-être de nous.

— Mais c’est donc un démon que cette créature ? dit Porthos, en tendant son assiette à Aramis, qui découpait une volaille… Passez-moi la cuisse, Aramis.

— Et ce blanc-seing, dit d’Artagnan, ce blanc-seing est-il resté entre ses mains ?

— Non, il est passé dans les miennes ; je ne dirai pas que ça a été sans peine, par exemple, car je mentirais.

— Mon cher Athos, dit d’Artagnan, je ne compte plus les fois que je vous dois la vie.

— Alors c’était donc pour revenir près d’elle que vous nous avez quittés ? demanda Aramis.

— Justement.

— Et vous avez cette lettre du cardinal ? continua d’Artagnan.

— La voici, dit Athos.

Et il tira le précieux papier de la poche de sa casaque.

D’Artagnan le déplia d’une main dont il n’essayait pas même de dissimuler le tremblement, et lut à son tour :

« C’est par mon ordre et pour le bien de l’État que le porteur du présent a fait ce qu’il a fait.

» 3 décembre 1627. Richelieu. »

— En effet, dit Aramis, c’est une absolution dans toutes les règles.

— Il faut déchirer ce papier, s’écria d’Artagnan, qui semblait lire sa sentence de mort.

— Bien au contraire, dit Athos, il faut le conserver précieusement, et je ne donnerais pas ce papier quand on le couvrirait de pièces d’or.

— Et que va-t-elle faire maintenant ? demanda le jeune homme.

— Mais, dit négligemment Athos, elle va probablement écrire au cardinal qu’un damné mousquetaire, nommé Athos, lui a arraché son sauf-conduit ; elle lui donnera dans la même lettre le conseil de se débarrasser, en même temps que de lui, de ses deux amis, Porthos et Aramis. Le cardinal se rappellera que ce sont les mêmes hommes qu’il rencontre toujours sur son chemin. Alors, un beau matin il fera arrêter d’Artagnan et, pour qu’il ne s’ennuie pas tout seul, il nous enverra lui tenir compagnie à la Bastille.

— Ah çà mais, dit Porthos, il me semble que vous faites là de tristes plaisanteries, mon cher Athos ! Avec cela que cette volaille est horriblement dure.

— Je ne plaisante pas, répondit Athos.

— Savez-vous, dit Porthos, que tordre le cou à cette damnée milady serait un péché moins grand que de le tordre à ces pauvres diables de huguenots, qui n’ont jamais commis d’autres crimes que de chanter en français des psaumes que nous chantons en latin ?

— Qu’en dit l’abbé ? demanda tranquillement Athos.

— Je dis que je suis de l’avis de Porthos, répondit Aramis.

— Et moi donc ! fit d’Artagnan.

— Heureusement qu’elle est loin, observa Porthos, car j’avoue qu’elle me gênerait fort ici.

— Elle me gêne en Angleterre aussi bien qu’en France, dit Athos.

— Elle me gêne partout, continua d’Artagnan.

— Mais puisque vous la teniez, dit Porthos, que ne l’avez-vous noyée, étranglée, pendue ? — Il n’y a que les morts qui ne reviennent pas.

— Vous croyez cela, Porthos, répondit le mousquetaire avec un sombre sourire que d’Artagnan comprit seul.

— J’ai une idée, dit d’Artagnan.

— Voyons, dirent les mousquetaires.

— Aux armes ! cria Grimaud.

Les jeunes gens se levèrent vivement et coururent aux fusils.

Cette fois, une petite troupe s’avançait, composée de vingt ou vingt-cinq hommes ; mais ce n’étaient plus des travailleurs, c’étaient des soldats de la garnison.

— Si nous retournions au camp ? dit Porthos ; il me semble que la partie n’est pas égale.

— Impossible pour trois raisons, répondit Athos : la première, c’est que nous n’avons pas fini de déjeuner ; la seconde, c’est que nous avons encore des choses d’importance à dire ; la troisième, c’est qu’il s’en manque encore de dix minutes que l’heure ne soit écoulée.

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