Les Trois Mousquetaires (page 49)

Alexandre Dumas · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Trois Mousquetaires · 68 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

— Voyons, dit Aramis, il faut cependant arrêter un plan de bataille.

— Il est bien simple, répondit Athos. Aussitôt que l’ennemi est à portée de mousquet, nous faisons feu ; s’il continue d’avancer, nous faisons feu encore, nous faisons feu tant que nous avons des fusils chargés ; si ce qui reste de la troupe veut alors monter à l’assaut, nous laissons les assiégeants descendre jusque dans le fossé, et alors nous leur poussons sur la tête ce pan de mur qui ne tient plus que par un miracle d’équilibre.

— Bravo ! s’écria Porthos ; décidément, Athos, vous étiez né pour être général, et le cardinal, qui se croit un grand homme de guerre, est bien peu de chose auprès de vous.

— Messieurs, reprit Athos, pas de double emploi, je vous prie, visez bien chacun votre homme.

— Je tiens le mien, dit d’Artagnan.

— Et moi le mien dit Porthos.

— Et moi idem, dit Aramis.

— Allons, feu ! dit Athos.

Les quatre coups de fusil ne firent qu’une détonation, et quatre hommes tombèrent.

Aussitôt le tambour battit et la petite troupe s’avança au pas de charge.

Alors les coups de fusil se succédèrent sans régularité, mais toujours envoyés avec la même justesse ; cependant, comme s’ils eussent connu la faiblesse numérique des ennemis, les Rochelois continuaient d’avancer au pas de course.

Sur trois autres coups de fusil, deux hommes tombèrent ; néanmoins la marche de ceux qui restaient debout ne se ralentissait pas.

Arrivés au pied du bastion, les ennemis étaient encore douze ou quinze ; une dernière décharge les accueillit, mais ne les arrêta point ; ils sautèrent dans le fossé et s’apprêtèrent à escalader la brèche.

— Allons, mes amis, dit Athos, finissons-en d’un coup. À la muraille ! à la muraille !

Et les quatre amis, secondés par Grimaud, se mirent à pousser avec le canon de leurs fusils un énorme pan de mur qui s’inclina comme si le vent le poussait, et, se détachant de sa base, tomba avec un bruit horrible dans le fossé ; puis on entendit un grand cri, un nuage de poussière monta vers le ciel, et tout fut dit.

— Les aurions-nous écrasés depuis le premier jusqu’au dernier ? demanda Athos.

— Ma foi, cela m’en a l’air, dit d’Artagnan.

— Non, dit Porthos, en voilà deux ou trois qui se sauvent tout éclopés.

En effet, trois ou quatre de ces malheureux, couverts de boue et de sang, fuyaient dans le chemin creux et regagnaient la ville : c’était tout ce qui restait de la petite troupe.

Athos regarda à sa montre.

— Messieurs, dit-il, il y a une heure que nous sommes ici, et maintenant le pari est gagné, mais il faut être beaux joueurs ; d’ailleurs d’Artagnan ne nous avait pas dit son idée.

Et le mousquetaire, avec son sang-froid habituel, alla s’asseoir devant les restes du déjeûner.

— Mon idée ? dit d’Artagnan.

— Oui, répliqua Athos, vous disiez que vous aviez une idée.

— Ah ! j’y suis, reprit d’Artagnan : je passe en Angleterre une seconde fois, je vais trouver M. de Buckingham, et je l’avertis du complot tramé contre sa vie.

— Vous ne ferez pas cela, d’Artagnan, dit froidement Athos.

— Et pourquoi cela ? ne l’ai-je pas fait déjà ?

— Oui, mais à cette époque nous n’étions pas en guerre ; à cette époque, M. de Buckingham était un allié et non un ennemi : ce que vous voulez faire serait taxé de trahison.

D’Artagnan comprit la force de ce raisonnement et se tut.

— Mais, dit Porthos, il me semble que j’ai une idée à mon tour.

— Silence pour l’idée de M. Porthos, dit Aramis.

— Je demande un congé à M. de Tréville sous un prétexte quelconque que vous trouverez ; je ne suis pas fort sur les prétextes, moi. Milady ne me connaît pas, je m’approche d’elle sans qu’elle me redoute, et lorsque je trouve ma belle, je l’étrangle.

— Eh ! dit Athos, je ne suis pas très éloigné d’adopter l’idée de M. Porthos.

— Fi donc ! dit Aramis, tuer une femme, Non ! Tenez, moi, j’ai la véritable idée.

— Voyons votre idée, Aramis, demanda Athos, qui avait beaucoup de déférence pour le jeune mousquetaire.

— Il faudrait prévenir la reine.

— Ah ! ma foi, oui ! s’écrièrent ensemble Porthos et d’Artagnan ; je crois que nous touchons au moyen.

— Prévenir la reine ? dit Athos, et comment cela ? Avons-nous des relations à la cour ? Pouvons-nous envoyer quelqu’un à Paris sans qu’on le sache au camp ? D’ici à Paris il y a cent quarante lieues ; notre lettre ne sera pas à Angers que nous serons au cachot, nous.

— Quant à ce qui est de faire remettre sûrement une lettre à Sa Majesté, dit Aramis en rougissant, moi, je m’en charge ; je connais à Tours une personne adroite…

Aramis s’arrêta en voyant sourire Athos.

— Eh bien ! vous n’adoptez pas ce moyen, Athos ? dit d’Artagnan.

— Je ne le repousse pas tout à fait, répondit Athos, mais je voulais seulement faire observer à Aramis qu’il ne peut quitter le camp, que tout autre qu’un de nous n’est pas sûr, que deux heures après que le messager sera parti, tous les capucins, tous les alguazils, tous les bonnets noirs du cardinal sauront votre lettre par cœur, et qu’on vous arrêtera, vous et votre adroite personne.

— Sans compter, objecta Porthos, que la reine sauvera M. de Buckingham, mais ne nous sauvera pas du tout, nous autres.

— Messieurs, dit d’Artagnan, ce que Porthos objecte est plein de sens.

— Ah ! ah ! que se passe-t-il dans la ville ? dit Athos.

— On bat la générale.

Les quatre amis écoutèrent, et le bruit du tambour parvint effectivement jusqu’à eux.

— Vous allez voir qu’ils vont nous envoyer un régiment tout entier, dit Athos.

— Vous ne comptez pas tenir contre un régiment tout entier ? demanda Porthos.

— Pourquoi pas ? dit le mousquetaire ; je me sens en train, et je tiendrais devant une armée, si nous avions seulement eu la précaution de prendre une douzaine de bouteilles en plus.

— Sur ma parole, le tambour se rapproche, dit d’Artagnan.

— Laissez-le se rapprocher, reprit Athos ; il y a pour un quart d’heure de chemin d’ici à la ville, et par conséquent de la ville ici. C’est plus de temps qu’il ne nous en faut pour arrêter notre plan ; si nous nous en allons d’ici, nous ne retrouverons jamais un endroit aussi convenable. Et tenez, justement, messieurs, voici la vraie idée qui me vient.

— Dites, alors.

— Permettez que je donne à Grimaud quelques ordres indispensables.

Athos fit signe à son valet d’approcher.

— Grimaud, dit Athos, en montrant les morts qui gisaient dans le bastion, vous allez prendre ces messieurs, vous allez les dresser contre la muraille, vous leur mettrez leur chapeau sur la tête et leur fusil à la main.

— Ô grand homme ! s’écria d’Artagnan, je vous comprends !

— Vous comprenez ? dit Porthos.

— Et toi, comprends-tu, Grimaud ? demanda Aramis.

Grimaud fit signe que oui.

— C’est tout ce qu’il faut, dit Athos ; revenons à mon idée.

— Je voudrais pourtant bien comprendre, observa Porthos.

— C’est inutile.

— Oui, oui, l’idée d’Athos ! dirent en même temps d’Artagnan et Aramis.

— Cette milady, cette femme, cette créature, ce démon a un beau-frère, à ce que vous m’avez dit, je crois, d’Artagnan.

— Oui, je le connais beaucoup même, et je crois aussi qu’il n’a pas une grande sympathie pour sa belle-sœur.

— Il n’y a point de mal à cela, répondit Athos, et il la détesterait même, que cela n’en vaudrait que mieux.

— En ce cas nous sommes servis à souhait.

— Cependant, dit Porthos, je voudrais bien comprendre ce que fait Grimaud.

— Silence, Porthos ! dit Aramis.

— Comment se nomme ce beau-frère ?

— Lord de Winter.

— Où est-il maintenant ?

— Il est retourné à Londres au premier bruit de guerre.

— Eh bien ! voilà justement l’homme qu’il nous faut, dit Athos, c’est lui qu’il nous convient de prévenir ; nous lui ferons savoir que sa belle-sœur est sur le point d’assassiner quelqu’un, et nous le prions de ne pas la perdre de vue. Il y a bien à Londres, je l’espère, quelque établissement dans le genre des Madelonnettes ou des Filles-Repenties ; il y fait mettre sa belle-sœur, et nous sommes tranquilles.

— Oui, dit d’Artagnan, jusqu’à ce qu’elle en sorte.

— Ah ! ma foi, reprit Athos, vous en demandez trop, d’Artagnan. Je vous ai donné tout ce que j’avais, et je vous préviens que c’est le fond de mon sac.

— Moi, je trouve que c’est ce qu’il y a de mieux, dit Aramis. Nous prévenons à la fois la reine et lord de Winter.

— Oui, mais par qui ferons-nous porter la lettre à Tours et la lettre à Londres ?

— Je réponds de Bazin, dit Aramis.

— Et moi de Planchet, continua d’Artagnan.

— En effet, dit Porthos, si nous ne pouvons nous absenter du camp, nos laquais peuvent le quitter.

— Sans doute, dit Aramis, et dès aujourd’hui nous écrivons les lettres, nous leur donnons de l’argent et ils partent.

— Nous leur donnons de l’argent ? reprit Athos ; vous en avez donc, de l’argent ?

Les quatre amis se regardèrent, et un nuage passa sur les fronts, qui s’étaient un instant éclaircis.

— Alerte, cria d’Artagnan, je vois des points noirs et des points rouges qui s’agitent là-bas. Que disiez-vous donc d’un régiment, Athos ? c’est une véritable armée.

— Ma foi, oui, dit Athos, les voilà. Voyez-vous les sournois qui venaient sans tambours ni trompettes. Ah ! ah ! tu as fini, Grimaud ?

Grimaud fit signe que oui et montra une douzaine de morts qu’il avait placés dans les attitudes les plus pittoresques, les uns au port d’armes, les autres ayant l’air de mettre en joue, les autres l’épée à la main.

— Bravo ! reprit Athos, voilà qui fait honneur à ton imagination.

— C’est égal, dit Porthos, je voudrais cependant bien comprendre…

— Décampons d’abord, interrompit d’Artagnan, tu comprendras après.

— Un instant, messieurs, un instant, donnons le temps à Grimaud de desservir.

— Ah ! dit Aramis, voici les points noirs et les points rouges qui grandissent fort visiblement, et je suis de l’avis de d’Artagnan, je crois que nous n’avons pas de temps à perdre pour regagner le camp.

— Ma foi, dit Athos, je n’ai plus rien contre la retraite ; nous avions parié pour une heure, nous sommes restés une heure et demie ; il n’y a rien à dire ; partons, messieurs, partons.

Grimaud avait déjà pris les devants avec le panier et la desserte.

Les quatre amis sortirent derrière lui et firent une dizaine de pas.

— Eh ! s’écria Athos, que diable faisons-nous, messieurs ?

— Avez-vous oublié quelque chose ? demanda Aramis.

— Et le drapeau, morbleu ! Il ne faut pas laisser un drapeau aux mains de l’ennemi, même quand ce drapeau ne serait qu’une serviette.

Et Athos s’élança dans le bastion, monta sur la plate-forme et enleva le drapeau : seulement, comme les Rochelois étaient arrivés à portée de mousquet, ils firent un feu terrible sur cet homme, qui, comme par plaisir, allait s’exposer aux coups.

Mais on eût dit qu’Athos avait un charme attaché à sa personne ; les balles passèrent en sifflant tout autour de lui ; pas une ne le toucha.

Athos agita son étendard en tournant le dos aux gens de la ville et en saluant ceux du camp. Des deux côtés, de grands cris retentirent, d’un côté des cris de colère, de l’autre des cris d’enthousiasme.

Une seconde décharge suivit la première, et trois balles en la trouant firent réellement de la serviette un drapeau.

On entendit tout le camp qui criait : Descendez ! descendez !

Athos descendit ; ses camarades, qui l’attendaient avec anxiété, le virent reparaître avec joie.

— Allons, Athos, allons, dit d’Artagnan, allongeons, allongeons ; maintenant que nous avons tout trouvé, excepté l’argent, il serait stupide d’être tués.

Mais Athos continua de marcher majestueusement, et ses compagnons, voyant toute observation inutile, réglèrent leur pas sur le sien.

Grimaud et son panier avaient pris les devants et se trouvaient tous deux hors d’atteinte.

Au bout d’un instant on entendit le bruit d’une fusillade enragée.

— Qu’est-ce que cela ? demanda Porthos, et sur quoi tirent-ils ? je n’entends pas siffler les balles et je ne vois personne.

— Ils tirent sur nos morts, répondit Athos.

— Mais nos morts ne répondront pas.

— Justement ; alors ils croiront à une embuscade, ils délibéreront ; ils enverront un parlementaire, et quand ils s’apercevront de la plaisanterie, nous serons hors de la portée des balles. Voilà pourquoi il est inutile de gagner une pleurésie en nous pressant.

— Oh ! je comprends ! s’écria Porthos émerveillé.

— C’est bien heureux ! dit Athos en haussant les épaules.

De leur côté, les Français, en voyant revenir les quatre amis au pas, poussaient des cris d’enthousiasme.

Enfin une nouvelle mousquetade se fit entendre, et cette fois les balles vinrent s’aplatir sur les cailloux, autour des quatre amis, et siffler lugubrement à leurs oreilles. Les Rochelois venaient de s’emparer du bastion.

— Voilà des gens bien maladroits, dit Athos. Combien en avons-nous tué ? douze ?

— Ou quinze.

— Combien en avons-nous écrasé ?

— Huit ou dix.

— Et en échange de tout cela, pas une égratignure ? Ah ! si fait ! Qu’avez-vous donc là à la main, d’Artagnan ? du sang, ce me semble ?

— Ce n’est rien, dit d’Artagnan.

— Une balle perdue ?

— Pas même.

— Qu’est-ce donc alors ?

Nous l’avons dit, Athos aimait d’Artagnan comme son enfant, et ce caractère sombre et inflexible avait parfois pour le jeune homme des sollicitudes de père.

— Une écorchure, reprit d’Artagnan, mes doigts ont été pris entre deux pierres, celle du mur et celle de ma bague, alors la peau s’est ouverte.

— Voilà ce que c’est que d’avoir des diamants, mon maître ! dit dédaigneusement Athos.

— Ah çà mais, s’écria Porthos, il y a un diamant, en effet, et pourquoi diable, alors, puisqu’il y a un diamant, nous plaignons-nous de ne pas avoir d’argent ?

— Tiens, au fait ! dit Aramis.

— À la bonne heure, Porthos. Cette fois-ci voilà une idée.

— Sans doute, dit Porthos, en se rengorgeant sur le compliment d’Athos, puisqu’il y a un diamant, vendons-le.

— Mais, dit d’Artagnan, c’est le diamant de la reine.

— Raison de plus, reprit Athos. La reine sauvant M. de Buckingham, son amant, rien de plus juste ; la reine nous sauvant, nous ses amis, rien de plus moral. Vendons le diamant. Qu’en pense M. l’abbé ? Je ne demande pas l’avis de Porthos, il est donné.

— Mais, je pense, dit Aramis en rougissant, que la bague ne venant pas d’une maîtresse, et par conséquent n’étant pas un gage d’amour, d’Artagnan peut la vendre.

— Mon cher, vous parlez comme la théologie en personne. Ainsi votre avis est… ?

— De vendre le diamant, répondit Aramis.

— Eh bien ! dit gaiement d’Artagnan, vendons le diamant et n’en parlons plus.

La fusillade continuait, mais les amis étaient hors de portée, et les Rochelois ne tiraient plus que pour l’acquit de leur conscience.

— Ma foi, dit Athos, il était temps que cette idée vînt à Porthos ; nous voici au camp. Ainsi, messieurs, pas un mot de plus sur cette affaire. On nous observe, on vient à notre rencontre, nous allons être portés en triomphe.

En effet, comme nous l’avons dit, tout le camp était en émoi ; plus de deux mille personnes avaient assisté, comme à un spectacle, à l’heureuse forfanterie des quatre amis ; forfanterie dont on était bien loin de soupçonner le véritable motif. On n’entendait que le cri de : Vivent les gardes ! Vivent les mousquetaires ! M. de Busigny était venu le premier serrer la main à Athos, et reconnaître que le pari était perdu. Le dragon et le Suisse l’avaient suivi ; tous les camarades avaient suivi le dragon et le Suisse. C’étaient des félicitations, des poignées de main, des embrassades à n’en plus finir, des rires inextinguibles à l’endroit des Rochelois, enfin, un tumulte si grand, que M. le cardinal crut qu’il y avait émeute, et envoya La Houdinière, son capitaine des gardes, s’informer de ce qui se passait.

La chose fut racontée au messager avec toute l’efflorescence de l’enthousiasme.

— Eh bien ! demanda le cardinal en voyant La Houdinière.

— Eh bien, monseigneur, dit celui-ci, ce sont trois mousquetaires et un garde qui ont fait le pari avec M. de Busigny d’aller déjeuner au bastion Saint-Gervais, et qui, tout en déjeunant, ont tenu deux heures contre l’ennemi, et ont tué je ne sais combien de Rochelois.

— Vous êtes-vous informé du nom de ces trois mousquetaires ?

— Oui, monseigneur.

— Comment les appelle-t-on ?

— Ce sont MM. Athos, Porthos et Aramis.

— Toujours mes trois braves ! murmura le cardinal. Et le garde ?

— M. d’Artagnan.

— Toujours mon jeune drôle ! Décidément il faut que ces quatre hommes soient à moi.

Le soir même, le cardinal parla à M. de Tréville de l’exploit du matin qui faisait la conversation de tout le camp ; M. de Tréville, qui en tenait le récit de la bouche même de ceux qui en étaient les héros, raconta l’aventure dans tous ses détails à Son Éminence, sans oublier l’épisode de la serviette.

— C’est bien, M. de Tréville, dit le cardinal ; faites-moi tenir cette serviette, je vous prie, j’y ferai broder trois fleurs de lys d’or et je la donnerai pour guidon à votre compagnie.

— Monseigneur, dit M. de Tréville, il y aura injustice pour les gardes : M. d’Artagnan n’est pas à moi, mais à M. des Essarts.

— Eh bien ! prenez-le, dit le cardinal, il n’est pas juste que puisque ces quatre braves militaires s’aiment tant, ils ne servent pas dans la même compagnie.

Le même soir, M. de Tréville annonça cette bonne nouvelle aux trois mousquetaires et à d’Artagnan, en les invitant tous les quatre à déjeûner le lendemain.

D’Artagnan ne se possédait pas de joie. On le sait, le rêve de toute sa vie avait été d’être mousquetaire.

Les trois amis aussi étaient fort joyeux.

— Ma foi, dit d’Artagnan à Athos, tu as eu une triomphante idée, et, comme tu l’as dit, nous y avons acquis de la gloire et nous avons pu lier une conversation de la plus haute importance.

— Que nous pouvons reprendre maintenant sans que personne nous soupçonne, car avec l’aide de Dieu nous allons passer désormais pour des cardinalistes.

Le même soir, d’Artagnan alla présenter ses hommages à M. des Essarts et lui faire part de l’avancement qu’il avait obtenu.

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