Vingt ans après (page 72)
— Je l’espère, monsieur, dit Aramis.
— Et moi, j’en suis sûr, dit le duc.
MM. de Flamarens et de Châtillon continuèrent leur chemin, et Athos et Aramis mirent pied à terre.
À peine avaient-ils passé la bride de leurs chevaux aux bras de leurs laquais et s’étaient-ils débarrassés de leurs manteaux, qu’un homme s’approcha d’eux, et après les avoir regardés un instant à la douteuse clarté d’une lanterne suspendue au milieu de la cour, poussa un cri de surprise et vint se jeter dans leurs bras.
— Comte de la Fère ! s’écria cet homme ; chevalier d’Herblay ! comment êtes-vous ici, à Paris ?
— Rochefort ! dirent ensemble les deux amis.
— Oui, sans doute. Nous sommes arrivés, Beaufort et moi, comme vous l’avez su, du Vendômois, il y a quatre ou cinq jours, et nous nous apprêtons à donner de la besogne au Mazarin. Vous êtes toujours des nôtres, je présume ?
— Plus que jamais. Et le duc ?
— Il est enragé contre le cardinal. Vous savez ses succès, à notre cher duc ? c’est le véritable roi de Paris ; il ne peut pas sortir sans risquer qu’on l’étouffe.
— Ah ! tant mieux, dit Aramis ; mais dites-moi, n’est-ce pas MM. de Flamarens et de Châtillon qui sortent d’ici ?
— Oui, ils viennent d’avoir audience du duc ; ils venaient de la part du Mazarin sans doute, mais ils auront trouvé à qui parler, je vous en réponds.
— À la bonne heure ! dit Athos. Et ne pourrait-on avoir l’honneur de voir Son Altesse ?
— Comment donc ! à l’instant même. Vous savez que pour vous elle est toujours visible. Suivez-moi, je réclame l’honneur de vous présenter.
Rochefort marcha devant. Toutes les portes s’ouvrirent devant lui et devant les deux amis. Ils trouvèrent M. de Beaufort près de se mettre à table. Les mille occupations de la soirée avaient retardé son souper jusqu’à ce moment-là ; mais, malgré la gravité de la circonstance, le prince n’eut pas plus tôt entendu les deux noms que lui annonçait Rochefort, qu’il se leva de sa chaise, qu’il était en train d’approcher de la table, et que s’avançant vivement au-devant des deux amis :
— Ah ! pardieu, dit-il, soyez les bienvenus, messieurs. Vous venez prendre votre part de mon souper, n’est-ce pas ? Boisjoli, prévenez Noirmont que j’ai deux convives. Vous connaissez Noirmont, n’est-ce pas, messieurs ? c’est mon maître d’hôtel, le successeur du père Marteau, qui confectionne les excellents pâtés que vous savez. Boisjoli, qu’il envoie un de sa façon, mais pas dans le genre de celui qu’il avait fait pour la Ramée. Dieu merci ! nous n’avons plus besoin d’échelles de corde, de poignards ni de poires d’angoisse.
— Monsieur, dit Athos, ne dérangez pas pour nous votre illustre maître d’hôtel, dont nous connaissons les talents nombreux et variés. Ce soir, avec la permission de Votre Altesse, nous aurons seulement l’honneur de lui demander des nouvelles de sa santé et de prendre ses ordres.
— Oh ! quant à ma santé, vous voyez, Messieurs, excellente. Une santé qui a résisté à cinq ans de Bastille, accompagnés de M. de Chavigny, est capable de tout. Quant à mes ordres, ma foi, j’avoue que je serais fort embarrassé de vous en donner, attendu que chacun donne les siens de son côté, et que je finirai, si cela continue, par n’en pas donner du tout.
— Vraiment, dit Athos, je croyais cependant que c’était sur votre union que le parlement comptait.
— Ah ! oui, notre union ! elle est belle ! Avec le duc de Bouillon, ça va encore, il a la goutte et ne quitte pas son lit, il y a moyen de s’entendre ; mais avec M. d’Elbeuf et ses éléphants de fils… Vous connaissez le triolet sur le duc d’Elbeuf, messieurs ?
— Non, monseigneur.
— Vraiment ?
Le duc se mit à chanter :
Monsieur d’Elbeuf et ses enfants
Font rage à la place Royale.
Ils vont tous quatre piaffants,
Monsieur d’Elbeuf et ses enfants.
Mais sitôt qu’il faut battre aux champs,
Adieu leur humeur martiale.
Monsieur d’Elbeuf et ses enfants
Font rage à la place Royale.
— Mais, reprit Athos, il n’en est pas ainsi avec le coadjuteur, j’espère ?
— Ah ! bien oui ! avec le coadjuteur, c’est pis encore. Dieu vous garde des prélats brouillons, surtout quand ils portent une cuirasse sous leur simarre ! Au lieu de se tenir tranquille dans son évêché à chanter des Te Deum pour les victoires que nous ne remportons pas, ou pour les victoires où nous sommes battus, savez-vous ce qu’il fait ?
— Non.
— Il lève un régiment auquel il donne son nom, le régiment de Corinthe. Il fait des lieutenants et des capitaines ni plus ni moins qu’un maréchal de France, et des colonels comme le roi.
— Oui, dit Aramis, mais lorsqu’il faut se battre, j’espère qu’il se tient à son archevêché.
— Eh bien, pas du tout. Voilà ce qui vous trompe, mon cher d’Herblay. Lorsqu’il faut se battre, il se bat ; de sorte que comme la mort de son oncle lui a donné siége au parlement, maintenant on l’a sans cesse dans les jambes : au parlement, au conseil, au combat. Le prince de Conti est général en peinture, et quelle peinture ! Un prince bossu ! Ah ! tout cela va bien mal, messieurs, tout cela va bien mal !
— De sorte, monseigneur, que Votre Altesse est mécontente ? dit Athos en échangeant un regard avec Aramis.
— Mécontente, comte ? dites que Mon Altesse est furieuse. C’est au point, tenez, je le dis à vous, je ne le dirais point à d’autres, c’est au point que si la reine, reconnaissant ses torts envers moi, rappelait ma mère exilée et me donnait la survivance de l’amirauté, qui est à monsieur mon père et qui m’a été promise à sa mort, eh bien ! je ne serais pas éloigné de dresser des chiens à qui j’apprendrais à dire qu’il y a en France de plus grands voleurs que M. de Mazarin.
Ce ne fut plus un regard seulement, ce furent un regard et un sourire qu’échangèrent Athos et Aramis, et ne les eussent-ils pas rencontrés, ils eussent deviné que MM. de Châtillon et de Flamarens avaient passé par là. Aussi ne soufflèrent-ils pas mot de la présence à Paris de M. de Mazarin.
— Monseigneur, dit Athos, nous voilà satisfaits. Nous n’avions en venant à cette heure chez Votre Altesse d’autre but que de faire preuve de notre dévoûment et de lui dire que nous nous tenions à sa disposition comme ses plus fidèles serviteurs.
— Comme mes plus fidèles amis, messieurs, comme mes plus fidèles amis ! vous l’avez prouvé, et si jamais je me raccommode avec la cour, je vous prouverai, je l’espère, que moi aussi je suis resté votre ami, ainsi que celui de ces messieurs ; comment diable les appelez-vous ? d’Artagnan et Porthan ?
— D’Artagnan et Porthos.
— Ah ! oui, c’est cela. Ainsi donc, vous comprenez, comte de la Fère ; vous comprenez, chevalier d’Herblay : tout et toujours à vous.
Athos et Aramis s’inclinèrent et sortirent.
— Mon cher Athos, dit Aramis, je crois que vous n’avez consenti à m’accompagner, Dieu me pardonne ! que pour me donner une leçon.
— Attendez donc, mon cher, dit Athos, il sera temps de vous en apercevoir quand nous sortirons de chez le coadjuteur.
— Allons donc à l’archevêché, dit Aramis.
Et tous deux s’acheminèrent vers la Cité.
En se rapprochant du berceau de Paris, Athos et Aramis trouvèrent les rues inondées et il fallut reprendre une barque. Il était onze heures passées, mais on savait qu’il n’y avait pas d’heure pour se présenter chez le coadjuteur, son incroyable activité faisant, selon les besoins, de la nuit le jour, et du jour la nuit.
Le palais archiépiscopal sortait du sein de l’eau, et on eût dit, au nombre des barques amarrées de tous côtés autour de ce palais, qu’on était non à Paris, mais à Venise. Ces barques allaient, venaient, se croisaient en tous sens, s’enfonçaient dans le dédale des rues de la Cité, ou s’éloignant dans la direction de l’Arsenal ou du quai Saint-Victor, et alors nageaient comme sur un lac. De ces barques, les unes étaient muettes et mystérieuses, les autres étaient bruyantes et éclairées. Les deux amis glissèrent au milieu de ce monde d’embarcations et abordèrent à leur tour.
Tout le rez-de-chaussée de l’archevêché était inondé, mais des espèces d’escaliers avaient été adaptés aux murailles, et tout le changement qui était résulté de l’inondation, c’est qu’au lieu d’entrer par les portes on entrait par les fenêtres.
Ce fut ainsi qu’Athos et Aramis abordèrent dans l’antichambre du prélat. Cette antichambre était encombrée de laquais, car une douzaine de seigneurs étaient entassés dans le salon d’attente.
— Mon Dieu, dit Aramis, regardez donc, Athos. Est-ce que ce fat de coadjuteur va se donner le plaisir de nous faire faire antichambre ?
Athos sourit.
— Mon cher ami, lui dit-il, il faut prendre les gens avec tous les inconvénients de leur position. Le coadjuteur est en ce moment un des sept ou huit rois qui règnent à Paris, il a une cour.
— Oui, dit Aramis, mais nous ne sommes pas des courtisans, nous.
— Aussi allons-nous lui faire passer nos noms, et s’il ne fait pas en les voyant une réponse convenable, eh bien ! nous le laisserons aux affaires de la France ou aux siennes. Il ne s’agit que d’appeler un laquais et de lui mettre une demi-pistole dans la main.
— Eh ! justement, s’écria Aramis, je ne me trompe pas… oui… non… si fait. Bazin, venez ici, drôle !
Bazin, qui dans ce moment traversait l’antichambre majestueusement, revêtu de ses habits d’église, se retourna, le sourcil froncé, pour voir quel était l’impertinent qui l’apostrophait de cette manière. Mais à peine eut-il reconnu Aramis, que le tigre se fit agneau, et que s’approchant des deux gentilshommes :
— Comment ! dit-il, c’est vous, monsieur le chevalier ! c’est vous, monsieur le comte ! Vous voilà tous deux au moment où nous étions si inquiets de vous. Oh ! que je suis heureux de vous revoir !
— C’est bien, c’est bien, maître Bazin, dit Aramis ; trêve de compliments. Nous venons pour voir M. le coadjuteur ; mais nous sommes pressés, et il faut que nous le voyions à l’instant même.
— Comment donc ! dit Bazin, à l’instant même, sans doute ; ce n’est point à des seigneurs de votre sorte qu’on fait faire antichambre. Seulement en ce moment il est en conférence secrète avec un M. de Bruy.
— De Bruy ! s’écrièrent ensemble Athos et Aramis.
— Oui ! c’est moi qui l’ai annoncé, et je me rappelle parfaitement son nom. Le connaissez-vous, monsieur ? ajouta Bazin en se retournant vers Aramis.
— Je crois le connaître.
— Je n’en dirai pas autant, moi, reprit Bazin, car il était si bien enveloppé dans son manteau, que, quelque persistance que j’y aie mise, je n’ai pas pu voir le plus petit coin de son visage. Mais je vais entrer pour annoncer, et cette fois peut-être serai-je plus heureux.
— Inutile, dit Aramis, nous renonçons à voir M. le coadjuteur pour ce soir ; n’est-ce pas, Athos ?
— Comme vous voudrez, dit le comte.
— Oui, il a de trop grandes affaires à traiter avec M. de Bruy.
— Et lui annoncerai-je que ces messieurs étaient venus à l’Archevêché ?
— Non, ce n’est pas la peine, dit Aramis ; venez, Athos.
Et les deux amis, fendant la foule des laquais, sortirent de l’archevêché, suivis de Bazin, qui témoignait de leur importance en leur prodiguant les salutations.
— Eh bien ! demanda Athos lorsque Aramis et lui furent dans la barque, commencez-vous à croire, mon ami, que nous aurions joué un bien mauvais tour à tous ces gens-là en arrêtant M. de Mazarin ?
— Vous êtes la sagesse incarnée, Athos, répondit Aramis.
Ce qui avait surtout frappé les deux amis, c’était le peu d’importance qu’avaient pris à la cour de France les événements terribles qui s’étaient passés en Angleterre, et qui leur semblaient à eux devoir occuper l’attention de toute l’Europe.
En effet, à part une pauvre veuve et une orpheline royale qui pleuraient dans un coin du Louvre, personne ne paraissait savoir qu’il eût existé un roi Charles Ier et que ce roi venait de mourir sur un échafaud.
Les deux amis s’étaient donné rendez-vous pour le lendemain matin à dix heures, car quoique la nuit fût fort avancée lorsqu’ils étaient arrivés à la porte de l’hôtel, Aramis avait prétendu qu’il avait encore quelques visites d’importance à faire et avait laissé Athos entrer seul… Le lendemain à dix heures sonnantes ils étaient réunis. Depuis six heures du matin Athos était sorti de son côté.
— Eh bien ! avez-vous eu quelque nouvelle ? demanda Athos.
— Aucune : on n’a vu d’Artagnan nulle part, et Porthos n’a pas encore paru. Et chez vous ?
— Rien.
— Diable ! fit Aramis.
— En effet, dit Athos, ce retard n’est point naturel ; ils ont pris la route la plus directe, et par conséquent ils auraient dû arriver avant nous.
— Ajoutez à cela, dit Aramis, que nous connaissons d’Artagnan pour la rapidité de ses manœuvres, et qu’il n’est pas homme à avoir perdu une heure, sachant que nous l’attendions…
— Il comptait, si vous vous rappelez, être ici le 5.
— Et nous voilà au 9. C’est ce soir qu’expire le délai.
— Que comptez-vous faire, demanda Athos, si ce soir nous n’avons pas de nouvelles ?
— Pardieu ! nous mettre à sa recherche.
— Bien, dit Athos.
— Mais Raoul ? demanda Aramis.
Un léger nuage passa sur le front du comte.
— Raoul me donne beaucoup d’inquiétude, dit-il ; il a reçu hier un message du prince de Condé ; il est allé le rejoindre à Saint-Cloud et n’est pas revenu.
— N’avez-vous point vu Mme de Chevreuse ?
— Elle n’était point chez elle. Et vous, Aramis, vous deviez passer, je crois, chez Mme de Longueville ?
— J’y suis passé en effet.
— Eh bien ?
— Elle n’était point chez elle non plus, mais au moins elle avait laissé l’adresse de son nouveau logement.
— Où était-elle ?
— Devinez, je vous le donne en mille.
— Comment voulez-vous que je devine où est à minuit, car je présume que c’est en me quittant que vous vous êtes présenté chez elle ; comment, dis-je, voulez-vous que je devine où est à minuit la plus belle et la plus active de toutes les frondeuses ?
— À l’Hôtel-de-Ville ! mon cher !
— Comment, à l’Hôtel-de-Ville ? Elle est donc nommée prévôt des marchands ?
— Non, mais elle s’est faite reine de Paris par intérim, et comme elle n’a pas osé de prime abord aller s’établir au Palais-Royal ou aux Tuileries, elle s’est installée à l’Hôtel-de-Ville, où elle va donner incessamment un héritier ou une héritière à ce cher duc.
— Vous ne m’aviez pas fait part de cette circonstance, Aramis, dit Athos.
— Bah ! vraiment ! C’est un oubli alors, excusez-moi.
— Maintenant, demanda Athos, qu’allons-nous faire d’ici à ce soir ? Nous voici fort désœuvrés, ce me semble.
— Vous oubliez, mon ami, que nous avons de la besogne toute taillée.
— Où cela ?
— Du côté de Charenton, morbleu ! J’ai l’espérance, d’après sa promesse, de rencontrer là un certain M. de Châtillon que je déteste depuis longtemps.
— Et pourquoi cela ?
— Parce qu’il est frère d’un certain M. de Coligny.
— Ah ! c’est vrai, j’oubliais… lequel a prétendu à l’honneur d’être votre rival. Il a été bien cruellement puni de cette audace, mon cher, et, en vérité, cela devrait vous suffire.
— Oui ; mais que voulez-vous ! cela ne me suffit point. Je suis rancunier ; c’est le seul point par lequel je tienne à l’église. Après cela, vous comprenez, Athos, vous n’êtes aucunement forcé de me suivre.
— Allons donc, dit Athos, vous plaisantez !
— En ce cas, mon cher, si vous êtes décidé à m’accompagner, il n’y a point de temps à perdre. Le tambour a battu, j’ai rencontré les canons qui partaient, j’ai vu les bourgeois qui se rangeaient en bataille sur la place de ville ; on va bien certainement se battre vers Charenton, comme l’a dit hier le duc de Châtillon.
— J’aurais cru, dit Athos, que les conférences de cette nuit avaient changé quelque chose à ces dispositions belliqueuses.
— Oui, sans doute ; mais on ne s’en battra pas moins, ne fût-ce que pour mieux masquer ces conférences.
— Pauvres gens ! dit Athos, qui vont se faire tuer pour qu’on rende Sedan à M. de Bouillon, pour qu’on donne la survivance de l’amirauté à M. de Beaufort, et pour que le coadjuteur soit cardinal !
— Allons ! allons ! mon cher, dit Aramis, convenez que vous ne seriez pas si philosophe si votre Raoul ne se devait point trouver mêlé à toute cette bagarre.
— Peut-être dites-vous vrai, Aramis.
— Eh bien ! allons donc où l’on se bat, c’est un moyen sûr de retrouver d’Artagnan, Porthos, et peut-être même Raoul.
— Hélas ! dit Athos.
— Mon bon ami, dit Aramis, maintenant que nous sommes à Paris, il vous faut, croyez-moi, perdre cette habitude de soupirer sans cesse. À la guerre, morbleu ! comme à la guerre, Athos ! N’êtes-vous plus homme d’épée ! et vous êtes-vous fait d’église, voyons ! Tenez, voilà de beaux bourgeois qui passent ; c’est engageant, tudieu ! et ce capitaine, voyez donc, ça vous a presque une tournure militaire !
— Ils sortent de la rue du Mouton.
— Tambours en tête, comme de vrais soldats ; mais voyez donc ce gaillard-là, comme il se balance, comme il se cambre !
— Heu ! fit Grimaud.
— Quoi ? demanda Athos.
— Planchet, monsieur !
— Lieutenant hier, dit Aramis, capitaine aujourd’hui, colonel sans doute demain, dans huit jours le gaillard sera maréchal de France.
— Demandons-lui quelques renseignements, dit Athos.
Et les deux amis s’approchèrent de Planchet, qui, plus fier que jamais d’être vu en fonctions, daigna expliquer aux deux gentilshommes qu’il avait ordre de prendre position sur la place Royale avec deux cents hommes formant l’arrière-garde de l’armée parisienne, et de se diriger de là vers Charenton quand besoin serait.
— La journée sera chaude, dit Planchet d’un ton belliqueux.
— Oui, sans doute, reprit Aramis ; mais il y a loin d’ici à l’ennemi.
— Monsieur, on rapprochera la distance, répondit un dizainier.
Aramis salua, puis se retournant vers Athos :
— Je ne me soucie pas de camper place Royale avec tous ces gens-là, dit-il ; voulez-vous que nous marchions en avant ? nous verrons mieux les choses.
— Et puis M. de Châtillon ne viendrait point vous chercher place Royale, n’est-ce pas ? Allons donc en avant, mon ami.