Épître de Barnabé (page 2)

Pseudo-Barnabé · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Doctrine des Apôtres - Épitre de Barnabé/6 · 2 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

III. Il leur dit également à ce sujet : (suite)

X. Si Moïse a dit : « Vous ne mangerez ni porc, ni aigle, ni épervier, ni corbeau, ni poisson sans écailles », c’est que son intelligence avait perçu un triple enseignement. [2] Cependant le Seigneur dit (aux Juifs) dans le Deutéronome : « Et j’exposerai mes volontés devant ce peuple. »

Ce n’est donc pas un commandement de Dieu de ne pas manger, mais Moïse a parlé en esprit : [3] d’abord du porc au sens que voici : Tu n’auras point de liaison avec les hommes qui ressemblent aux porcs, c’est-à-dire qui oublient le Seigneur quand ils vivent dans les délices et se souviennent de lui dans le besoin, comme fait le porc qui, lorsqu’il dévore, ne connaît pas son maître, mais qui grogne dès qu’il a faim et se tait de nouveau après avoir reçu sa nourriture. [4] « Tu ne mangeras non plus ni aigle, ni épervier, ni milan, ni corbeau », c’est-à-dire : tu n’auras ni attache ni ressemblance avec les hommes qui ne savent pas gagner leur nourriture par le travail et la sueur, mais qui dans leur iniquité s’emparent du bien d’autrui ; tandis qu’ils ont l’air de se promener innocemment, ils sont aux aguets, épient autour d’eux quelle proie leur convoitise va dépouiller ; pareils à ces oiseaux qui, seuls entre tous, au lieu de se procurer leur nourriture, restent perchés à ne rien faire et cherchent à manger les autres, vrai fléau par leur méchanceté. [5] « Tu ne mangeras pas non plus de murène, dit-il, ni de polype, ni de sèche », c’est-à-dire : tu n’auras ni ressemblance ni liaison avec les hommes qui poussent l’impiété à l’extrême, et sont déjà maintenant condamnés à la mort, pareils à ces poissons, les seuls à être maudits, qui nagent dans les profondeurs sans plonger comme les autres, mais vivent en bas sur le fond de l’abîme. [6] « Tu ne mangeras pas non plus de lièvre. » Pour quel motif ? Cela signifie : tu ne seras pas un corrupteur d’enfants ni rien de pareil, car le lièvre acquiert chaque année un anus de plus ; autant il vit d’années, autant il a d’ouvertures. [7] « Tu ne mangeras pas non plus de la hyène », c’est-à-dire : tu ne seras ni adultère, ni séducteur, ni rien de pareil. Pour quelle raison ? C’est que cet animal change de sexe tous les ans : il est tour à tour mâle et femelle. [8] Moïse a également poursuivi la « belette » d’une haine méritée. Garde-toi, veut-il dire, de ressembler à ceux qui, dit-on, commettent de leur bouche impure l’iniquité, évite toute liaison avec les femmes impudiques qui commettent le crime avec leur bouche. Tel cet animal qui conçoit par la gueule. [9] Ainsi Moïse, ayant reçu un triple enseignement au sujet des aliments, a parlé au sens spirituel ; mais eux (les Juifs) ont reçu ses paroles, selon le désir de la chair, comme s’il s’agissait de la nourriture.

[10] David, lui, a l’intelligence vraie des trois mêmes enseignements, et il parle de même sorte : « Heureux l’homme qui n’a point marché d’après le conseil des impies » comme les poissons qui circulent parmi les ténèbres à travers les profondeurs ; « qui ne s’est pas tenu sur le chemin des pécheurs » à la façon de ceux qui craignent Dieu en apparence et pèchent comme des porcs ; enfin « qui ne s’est pas assis dans la chaire de pestilence » comme les oiseaux perchés pour exercer leur rapine. Vous voilà pleinement instruits aussi de ce qui concerne la nourriture.

[11] Moïse dit encore : « Vous mangerez du ruminant qui a le pied fourchu. » Pourquoi parle-t-il ainsi ? Parce que cet animal, quand il prend sa nourriture, connaît celui qui le nourrit et semble se plaire avec lui au moment où il se repose. Au regard du précepte, il s’est exprimé ingénieusement. Que prescrit-il donc ? Attachez-vous à ceux qui craignent le Seigneur, qui réfléchissent en leur cœur sur la portée exacte de la doctrine reçue, qui s’entretiennent des volontés du Seigneur et qui les observent, qui savent que la réflexion est œuvre de joie et qui ruminent la parole du Seigneur. Mais pourquoi parler du pied fourchu ? C’est que le juste sait à la fois marcher en ce monde et attendre la sainte éternité. Voyez quel sage législateur a été Moïse. [12] Mais d’où serait venue aux Juifs la pénétration ou la compréhension de ces choses ? Pour nous, ayant compris le vrai sens des commandements, nous les exprimons tels que les a voulus le Seigneur ; c’est précisément pour que nous en ayons l’intelligence qu’il nous a circoncis les cœurs et les oreilles.

XI. Recherchons maintenant si le Seigneur a pris soin de dévoiler à l’avance et l’eau et la croix. À l’égard de l’eau, il est écrit à l’adresse d’Israël que les Juifs ne recevraient point le baptême qui procure la rémission des péchés, mais se fabriqueraient à eux-mêmes moyen d’édification. [2] Le prophète dit en effet :

« Ciel, sois dans la stupeur !

Terre, frémis d’horreur plus encore !

Car ce peuple a commis double crime :

Ils m’ont abandonné,

Moi, la source de la vie.

À eux-mêmes ils se sont creusé

Une citerne qui donne la mort.

[3] Est-elle une roche stérile,

Sion ma montagne sainte ?

Vous serez comme les petits d’un oiseau,

Voletant, arrachés du nid. »

[4] Et le prophète dit encore :

« C’est moi qui marcherai devant toi ;

J’aplanirai les montagnes,

Je briserai les portes d’airain,

Je fracturerai les verrous de fer,

Et je te donnerai les trésors secrets,

Cachés, invisibles

Afin qu’ils sachent que moi, je suis le Seigneur Dieu ».

[5] Et encore :

« Tu habiteras dans la caverne élevée

D’une roche fortifiée

Où l’eau ne manque jamais.

Vous contemplerez le roi avec sa gloire,

Et votre âme réfléchira sur la crainte du Seigneur ».

[6] Et dans un autre prophète il dit encore :

« Et celui qui fait ces choses

Sera comme l’arbre planté sur un cours d’eau,

Qui donne son fruit en la saison,

Et dont les feuilles ne tombent point.

Toutes ses entreprises réussiront.

[7] Il n’en va pas ainsi des impies ; il n’en va pas ainsi,

Mais plutôt comme du flocon

Que le vent balaye de dessus terre.

Aussi les impies ne tiendront pas debout au jugement,

Ni les pécheurs dans le conseil des justes ;

Car le Seigneur connaît le chemin des justes

Et le chemin des impies sera détruit. »

[8] Remarquez comme il décrit en même temps l’eau et la croix, car voici ce qu’il veut dire. Heureux ceux qui ayant espéré en la croix sont descendus dans l’eau ! La récompense, il l’indique par ces mots : « en la saison » ; alors, déclare-t-il, je m’acquitterai en retour. Et pour le temps présent, ces autres mots : « les feuilles ne tomberont pas », signifient que toute parole sortie de votre bouche dans la foi et la charité amènera un grand nombre d’hommes à la conversion et à l’espérance. [9] Un autre prophète dit de son côté : « Le pays de Jacob était loué plus que tout autre. » Cela signifie que Dieu glorifie le vase renfermant son Esprit. [10] Qu’est-il dit ensuite ? << Il y avait un fleuve coulant à droite, duquel montaient des arbres gracieux ; quiconque en mange vivra éternellement ; » [11] c’est à-dire nous descendons dans l’eau remplis de péchés et de souillures ; mais nous en sortons chargés de fruits, ayant dans le cœur la crainte et dans l’esprit l’espérance en Jésus. « Quiconque mangera de ces arbres vivra éternellement » signifie : Quiconque écoute et croit les choses ainsi annoncées vivra éternellement.

XII. Il décrit encore de même la croix, en disant par un autre prophète : « Quand ces choses s’accompliront-elles ? Lorsque le bois, dit le Seigneur, aura été étendu par terre puis redressé et que du bois le sang tombera goutte à goutte », paroles qui se rapportent à la croix et à celui qui devait y être attaché. [2] Dieu parla encore à Moïse lorsque les Israélites furent attaqués par des étrangers afin que cette guerre même leur rappelât qu’ils étaient voués à la mort à cause de leurs péchés. L’Esprit parle alors au cœur de Moïse lui inspirant d’exécuter une figure de la croix, et de Celui qui devait y souffrir. C’était dire qu’à moins d’espérer en Lui, ils seraient à jamais en état de guerre. Moïse entassa donc boucliers sur boucliers au milieu du combat, et se plaçant au sommet plus haut que tous les autres, il étendit les mains, et ainsi les Israélites reprirent l’avantage ; mais ensuite chaque fois qu’il les laissait tomber, les Israélites succombaient. [3] Pourquoi cela ? Afin de leur faire reconnaître qu’il n’y avait point de salut pour eux s’ils n’espéraient en Lui. [4] Il est encore dit dans un autre prophète : « Tout le jour j’ai étendu les mains vers ce peuple indocile et rétif à mes justes voies. » [5] Une autre fois qu’Israël succombait, Moïse fait une figure de Jésus, afin de montrer qu’il devait souffrir, et qu’il donne la vie, lui que l’on devait penser avoir péri sur la croix. Pour les convaincre qu’ils étaient livrés aux angoisses de la mort à cause de leurs péchés, le Seigneur les fit mordre par toute sorte de serpent, et ils mouraient (car c’est par le serpent que la désobéissance eut lieu chez Ève). [6] À la fin, Moïse, bien qu’il eût publié ce précepte : « Vous n’aurez point d’image en métal fondu, point d’image gravée pour votre Dieu », Moïse lui-même agit à l’encontre afin de montrer une figure de Jésus. Il fabrique donc un serpent d’airain, l’érige solennellement et fait convoquer le peuple par un héraut. [7] Étant donc tous réunis, ils pressaient Moïse d’adresser une prière pour leur guérison.

Alors Moïse leur dit : « Lorsque quelqu’un d’entre vous sera mordu, qu’il vienne vers le serpent élevé sur le bois et qu’il s’abandonne à l’espérance, croyant que celui-ci, même sans vie, peut néanmoins le faire vivre, et sur-le-champ il sera sauvé ». Ainsi firent-ils. Ici encore paraît la gloire de Jésus, savoir : que toutes choses sont en lui et à lui. [8] Et que dit Moïse à Jésus fils de Navé, après lui avoir imposé, comme à un prophète, le nom de Jésus uniquement pour faire comprendre au peuple que le Père révèle toutes choses de son fils Jésus ? [9] Après lui avoir donné ce nom, en l’envoyant explorer le pays, Moïse dit à Jésus, fils de Navé : « Prends un livre dans tes mains et écris ce que dit le Seigneur, savoir : que, dans les derniers jours, le Fils de Dieu détruira jusqu’à la racine toute la maison d’Amalec ». [10] Voilà encore une fois Jésus montré dans un précurseur de chair, non pas comme Fils de l’homme, mais comme Fils de Dieu. Mais comme on devait dire un jour que le Christ est fils de David, David lui-même, redoutant et prévoyant l’erreur de ces pécheurs, s’écrie prophétiquement :

« Le Seigneur a dit à mon Seigneur :

Assieds-toi à ma droite,

Jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis l’escabeau de tes pieds. »

[11] Et de même Isaïe :

« Le Seigneur a dit au Christ mon Seigneur,

Que j’ai pris par la main droite :

Que les nations lui obéissent,

Et (pour lui) je briserai la puissance des rois… »

Voilà comment David lui donne le nom de Seigneur et non pas de fils.

XIII. Voyons maintenant lequel est l’héritier, notre peuple actuel ou le précédent, et si le testament se rapporte à nous ou bien à eux. [2] Écoutez donc ce que l’Écriture dit au sujet du peuple : « Isaac priait pour Rébecca sa femme qui était stérile, et celle-ci conçut. » Ensuite : « Rébecca sortit pour interroger le Seigneur, et le Seigneur lui dit : Deux nations sont dans ton sein et deux peuples dans tes entrailles : un peuple l’emportera sur l’autre et l’aîné servira le cadet. » [3] Vous devez apercevoir qui est Isaac, qui est Rébecca, et de quel peuple il a déclaré qu’il est plus grand que l’autre. [4] Dans une autre prophétie, Jacob s’exprime plus clairement. Il dit à son fils Joseph : « Voici que le Seigneur ne m’a pas privé de ta présence ; amène-moi tes fils, que je les bénisse. » [5] Joseph amena Ephraïm et Manassé, avec l’intention de faire bénir Manassé qui était l’aîné. Joseph le conduisit donc vers la main droite de son père Jacob. Mais Jacob vit en esprit une figure du peuple futur. Et qu’est-il dit ensuite : « Il transposa les mains et mit la droite sur la tête d’Éphraïm, le deuxième et le plus jeune, et il le bénit. Joseph dit alors à Jacob : Replace ta main droite sur la tête de Manassé, car il est mon fils premier-né. Mais Jacob répondit à Joseph : Je sais, mon fils, je sais ; mais l’aîné servira le plus jeune qui du reste sera aussi béni. » [6] Examinez de quels personnages Jacob a décidé qu’ils seraient le premier peuple et l’héritier du testament. [7] Que si Abraham lui-même a mentionné ce peuple-là, nous tenons de lui l’achèvement de notre connaissance. Or qu’est-ce que Dieu a dit à Abraham, quand celui-ci, ayant été seul à croire, fut établi dans la justice ? « Voici, Abraham, que je t’ai établi le père des peuples incirconcis qui croient à Dieu. »

XIV. Ceci dit, voyons maintenant et recherchons si l’alliance que Dieu avait juré aux ancêtres de donner à leur peuple, lui a été réellement donnée. Assurément il l’a donnée ; mais eux (les Juifs) n’étaient pas dignes de la recevoir à cause de leurs péchés. [2] Le prophète dit en effet : « Moïse sur le mont Sinaï jeûna quarante jours et quarante nuits afin de recevoir l’alliance faite par le Seigneur avec le peuple. Et Moïse reçut du Seigneur les deux tables écrites en esprit par le doigt de la main du Seigneur. » Les ayant donc prises, il les rapportait au peuple pour les lui remettre, [3] lorsque le Seigneur lui dit : « Moïse ! Moïse ! descends au plus vite, car ton peuple que tu as ramené de la terre d’Égypte a violé la loi. » Et Moïse comprit qu’ils s’étaient encore fabriqué des idoles : il jeta les tables de ses mains, et ces tables qui contenaient l’alliance du Seigneur furent brisées. » [4] Moïse a donc reçu le testament, mais les Juifs n’en ont pas été dignes. Or, apprenez comment il se fait que c’est nous qui avons reçu l’alliance : Moïse l’avait reçue à titre de serviteur ; mais c’est le Seigneur en personne qui nous l’a donnée, comme au peuple héritier, après avoir souffert pour nous. [5] Il est apparu, et afin que les Juifs missent le comble à leurs péchés, et afin que nous reçussions l’alliance par l’intermédiaire de l’héritier, le Seigneur Jésus. Il avait été préparé afin que sa venue en ce monde délivrât de leurs ténèbres nos âmes déjà minées par la mort, en proie aux égarements de l’impiété, et que sa parole réglât parmi nous son alliance. [6] L’Ecriture en effet raconte que le Père lui ordonna de nous délivrer des ténèbres et de se préparer un peuple saint. [7] Ainsi le prophète dit :

« Moi le Seigneur ton Dieu,

Je t’ai appelé dans la justice,

Je te prendrai par la main et te fortifierai ;

J’ai fait de toi l’alliance du peuple,

La lumière des nations,

Pour ouvrir les yeux des aveugles,

Tirer de leurs liens les captifs

Et de leur prison ceux qui sont assis dans les ténèbres. »

Connaissons donc de quel état nous a fait sortir notre rédemption. [8] Le prophète dit encore :

« Voici que je t’ai établi pour être la lumière des nations,

Pour servir au salut jusqu’aux confins de la terre.

Ainsi parle le Seigneur, le Dieu qui t’a racheté. »

[9] Le prophète dit aussi :

« L’Esprit du Seigneur est sur moi

Car il m’a oint

Pour porter la bonne nouvelle de la grâce aux humbles,

Il m’a envoyé guérir les cœurs brisés,

Annoncer la libération aux prisonniers,

Et le retour de la vue aux aveugles

Pour publier l’année agréable du Seigneur

Et le jour du payement de compte,

Pour consoler tous ceux qui sont en deuil. »

XV. Il est également question du sabbat dans l’Écriture, dans les dix paroles que Dieu prononça face à face devant Moïse sur le mont Sinaï : « Sanctifiez le sabbat du Seigneur avec des mains pures et un cœur pur. » [2] Puis dans cet autre endroit : « Si mes fils gardent le sabbat, je répandrai ma miséricorde sur eux. » [3] Le sabbat est mentionné dès le commencement de la création : « Dieu fit en six jours les œuvres de ses mains ; il les eut achevées le septième jour ; il se reposa ce jour-là et le sanctifia. » [4] Faites attention, mes enfants, à ces paroles : « Dieu accomplit son œuvre en six jours » ; cela signifie que Dieu en six mille ans amènera toutes choses à leur fin, car pour lui un jour signifie mille années, ainsi qu’il me l’atteste lui-même : « Voici, un jour du Seigneur sera comme mille ans. » Donc, mes enfants, en six jours, c’est-à-dire en six mille ans, l’univers sera consommé. [5] « Et il se reposa le septième jour, » a la signification suivante : Quand son Fils sera venu mettre fin au délai accordé aux pécheurs, juger les impies, transformer le soleil, la lune et les étoiles, alors il se reposera glorieusement le septième jour. [6] Mais il est encore dit : « Vous le sanctifierez avec des mains pures et un cœur pur. S’il y avait aujourd’hui un homme au cœur pur capable de sanctifier le jour que Dieu a rendu saint, nous nous serions complètement trompés. [7] Mais remarquez que nous ne prendrons de repos avec honneur et que nous ne sanctifierons le sabbat, que lorsque nous en aurons été rendus capables, par notre justification personnelle, par notre mise en possession de la promesse, après la destruction de toute iniquité, et la rénovation de toutes choses par le Seigneur. Nous serons alors en état de le sanctifier, nous-mêmes ayant été sanctifiés d’abord. [8] Enfin il dit encore aux Juifs : « Je ne supporte pas vos néoménies et vos sabbats. » Voyez bien ce qu’il veut dire : Ce ne sont point les sabbats actuels qui me plaisent, mais celui que j’ai fait et dans lequel, mettant fin à l’univers, j’inaugurerai le huitième jour, c’est-à-dire un autre monde. [9] C’est pourquoi nous célébrons avec joie le huitième jour, où Jésus est ressuscité et où, après s’être manifesté, il est monté aux cieux.

XVI. J’ai encore à vous entretenir, à propos du temple, de l’erreur des malheureux (Juifs), qui ne mettaient point leur espoir dans leur Dieu qui les avait créés, mais dans un édifice, avec la pensée qu’il était la maison de Dieu. [2] Ils lui ont dédié un sanctuaire dans le temple à peu près à la manière des païens ; mais apprenez en quels termes le Seigneur frappe d’interdit le temple :

« Qui a mesuré le ciel à l’empan

Ou la terre dans le creux de la main ?

N’est-ce pas moi ? dit le Seigneur.

Le ciel est mon trône,

Et la terre mon marchepied.

Quelle est la maison que vous me bâtirez,

Ou quel sera le lieu de mon repos ? »

Vous avez bien vu que leur espérance est vaine. [3]. Enfin il dit encore : « Voici que ceux-là mêmes qui ont détruit ce temple le rebâtiront. » [4] [C’est ce qui arrive]. Comme les Juifs étaient en guerre, leurs ennemis démolirent le temple ; et maintenant les serviteurs de ces ennemis le rebâtiront. [5] Il avait été prédit aussi que la cité, le temple, le peuple d’Israël seraient livrés : « Il arrivera, dit l’Écriture, que dans les derniers jours le Seigneur livrera à la destruction les brebis de son pâturage avec leur bercail et leur tour. » Or l’évènement a eu lieu comme le Seigneur l’avait annoncé. [6] Recherchons donc s’il existe encore un temple de Dieu. Il en existe un sans doute, mais là où lui-même déclare le bâtir et le restaurer ; car il est écrit : « Et il arrivera qu’après la semaine écoulée un temple de Dieu sera bâti magnifiquement au nom du Seigneur. » [7] J’estime donc que le temple existe. Mais comment devra-t-il être bâti au nom du Seigneur, je vais vous le dire. Avant que nous eussions foi en Dieu, l’intérieur de nos âmes était corruptible et chétif, en vérité tout comme un temple bâti de main d’homme ; il était rempli du culte des idoles, une demeure des démons, puisque nous faisions tout ce qui contrarie Dieu. [8] « Mais il sera bâti au nom du Seigneur ». Veillez-y, de sorte que le temple du Seigneur soit magnifiquement bâti. De quelle façon, le voici. C’est en recevant la rémission de nos péchés, c’est en espérant au nom (du Seigneur), que nous devenons des hommes nouveaux, que nous sommes recréés de fond en comble ; c’est ainsi que Dieu habite réellement en nous, en notre intérieur. [9] Comment cela ? (En nous demeurent) sa parole objet de notre foi, l’appel de sa promesse, la sagesse de ses volontés, les préceptes de sa doctrine ; lui-même, il prophétise en nous, il habite en nous, il nous ouvre la porte du temple, c’est-à-dire la bouche (pour la prière) à nous qui étions assujettis à la mort, il nous accorde le repentir et nous introduit de la sorte dans le temple incorruptible. [10] Aussi celui qui désire son salut, ne regarde pas à l’homme (qui le lui annonce) mais à Celui qui demeure en lui et qui parle par lui, effrayé de n’avoir jamais écouté les paroles de Celui qui parle par la bouche (du prédicateur), ni même désiré les entendre. Voilà ce que signifie le temple spirituel bâti pour le Seigneur.

XVII. Je vous ai donné ces explications de mon mieux, avec toute la simplicité possible. Mon âme espère n’avoir rien omis, dans son zèle, de ce qui concerne le salut. [2] Si je vous écrivais sur des choses présentes ou à venir vous ne les comprendriez guère, car elles gisent encore en des paraboles. Que les choses que nous venons de traiter restent donc ainsi.

XVIII. Passons maintenant à une autre sorte de connaissance et de doctrine. Il existe deux voies d’enseignement et d’action : celle de la lumière et celle des ténèbres ; mais il y a une grande différence entre elles. À l’une sont préposés les anges de Dieu conducteurs de lumière, à l’autre les anges de Satan. [2] Dieu est le Seigneur depuis l’origine des siècles et pour les siècles, Satan le prince du temps présent favorable à l’impiété.

XIX. Or voici quel est le chemin de la lumière : Si quelqu’un veut parvenir jusqu’à l’endroit assigné, qu’il s’applique avec zèle à ses œuvres. Et voici la connaissance qui nous a été donnée de la façon d’y cheminer : [2] Aime Celui qui t’a créé, crains Celui qui t’a façonné, glorifie Celui qui t’a racheté de la mort ; sois simple de cœur et riche de l’esprit ; point d’attache avec ceux qui marchent dans le chemin de la mort ; haine à tout ce qui déplaît à Dieu ; haine à toute hypocrisie. Tu n’abandonneras pas les commandements du Seigneur ; [3] tu ne t’élèveras pas, mais tu seras humble en tout ; tu ne t’attribueras point la gloire ; tu ne formeras point de mauvais desseins contre ton prochain, tu ne permettras pas l’insolence à ton âme. [4] Tu ne commettras ni fornication ni adultère, tu ne corrompras point l’enfance. Ne te sers pas de la parole, ce don de Dieu, pour dépraver quelqu’un. Tu ne feras point acception de personne en reprenant les fautes d’autrui. Sois doux, sois calme ; tremble aux paroles que tu entends ; ne garde pas rancune à ton frère. [5] Tu ne te demanderas pas avec inquiétude si telle chose arrivera ou non. « Tu ne prendras pas en vain le nom du Seigneur. » Tu aimeras ton prochain plus que ta vie. Tu ne feras pas mourir l’enfant dans le sein de la mère ; tu ne le tueras pas davantage après sa naissance. Tu ne retireras pas la main de dessus ton fils et ta fille ; mais dès leur enfance tu leur enseigneras la crainte de Dieu. [6] Tu n’envieras point les biens de ton prochain ; tu ne seras pas cupide. Tu n’attacheras pas ton cœur aux orgueilleux, mais tu fréquenteras les humbles et les justes. Tu regarderas comme un bien tout ce qui t’arrive, sachant que rien n’arrive sans Dieu. [7] Tu n’auras point de duplicité ni en pensées ni en paroles : car la duplicité de langage est un piège de mort. Tu te soumettras à tes seigneurs avec respect et crainte, comme à des représentants de Dieu. Tu ne commanderas pas avec amertume à ton serviteur ou à ta servante qui espèrent dans le même Dieu que toi, de peur qu’ils n’en viennent à ne plus craindre Dieu qui est votre commun maître et qui n’appelle point selon les différentes catégories de personnes, mais tous ceux que l’Esprit a disposés.

[8] Tu communiqueras de tous tes biens à ton prochain et tu ne diras point que tu possèdes quelque chose en propre, car si vous participez en commun aux biens impérissables, combien plus aux biens périssables. Ne sois pas bavard, car la langue est un piège de mort. Pour le bien de ton âme, tu seras chaste au degré qui te sera possible. [9] N’aie pas les mains étendues pour recevoir, et fermées pour donner. Tu chériras « comme la prunelle de ton œil » quiconque te prêchera la parole de Dieu. [10] Tu penseras nuit et jour au jour du jugement et tu rechercheras constamment la compagnie des saints, soit que tu travailles par la parole, allant porter des exhortations et cherchant par tes discours à sauver une âme, soit que tu travailles des mains pour racheter tes péchés. [11] Tu donneras sans délai et sans murmure ; et tu reconnaitras un jour qui sait récompenser dignement. « Tu observeras » les commandements que tu as reçus, « sans y rien ajouter, sans en rien retrancher ». Tu haïras le mal jusqu’à la fin. « Tu jugeras avec équité. » [12] Tu ne feras pas de schisme ; mais tu procureras la paix en réconciliant les adversaires. Tu feras l’exomologèse de tes péchés. Tu n’iras pas à la prière avec une conscience mauvaise. Tel est le chemin de la lumière.

XX. Le chemin du Noir est au contraire tortueux et plein de malédiction ; c’est le chemin de la mort et du châtiment éternels ; il s’y rencontre tout ce qui perd les âmes : l’idolâtrie, l’impudence, l’orgueil du pouvoir, l’hypocrisie, la duplicité du cœur, l’adultère, l’homicide, la rapine, la fierté, la désobéissance, la fraude, la malice, l’arrogance, l’empoisonnement, la magie, la cupidité, le mépris de Dieu, [2] les persécuteurs des gens de bien, les ennemis de la vérité, les amis du mensonge ; ceux qui ne connaissent pas la récompense de la justice, qui « ne s’attachent pas au bien », ni à la justice dans les jugements, qui ne se dévouent pas à la veuve et à l’orphelin, qui sont toujours en éveil non pour craindre Dieu mais pour faire le mal, qui sont bien éloignés de douceur et de patience, « qui aiment les vanités, qui poursuivent la récompense », qui sont sans pitié pour le pauvre, sans zèle à secourir les affligés, qui sont enclins aux propos injurieux, qui ne connaissent point leur Créateur, « qui tuent les enfants » ou qui détruisent par avortement des créatures de Dieu, qui repoussent le pauvre et accablent les opprimés, les avocats des riches et les juges iniques des pauvres : pécheurs de toute espèce.

XXI. Il est donc juste que l’homme s’instruise de toutes les volontés de Dieu qui sont écrites, et qu’il chemine d’après elles. Celui qui les accomplit sera glorifié dans le royaume de Dieu, tandis que celui qui choisit les iniquités de l’autre voie périra avec ses œuvres. C’est pour cela qu’il existe une résurrection et une compensation. [2] À vous qui êtes en quelque manière au-dessus des autres et qui voulez bien accepter de moi un conseil de bonne intention, j’adresse une prière : vous avez auprès de vous à qui faire du bien, n’y manquez pas. [3] Le jour est proche où toutes choses périront avec le méchant : « Le Seigneur est proche ainsi que sa récompense ». [4] Je vous en prie encore et encore : soyez vous-mêmes vos bons législateurs, restez vous-mêmes vos fidèles conseillers ; éloignez de vous toute hypocrisie. [5] Puisse Dieu, qui domine l’univers, vous donner la sagesse, l’intelligence, la science, la connaissance de ses volontés, la persévérance. [6] Soyez les dociles apprentis de Dieu, cherchant ce que le Seigneur demande de vous, et faites en sorte d’être trouvés (dignes) au jour du jugement. [7] S’il persiste quelque mémoire du bien (fait parmi vous), souvenez-vous de moi en réfléchissant sur mes paroles, en sorte que mon zèle et mes veilles aboutissent à quelque bien. Je vous en prie, vous le demandant comme une grâce. [8] Tant que vous serez dans ce gracieux vase (du corps), ne négligez aucune des choses que nous venons de dire ; mais recherchez-les continuellement et accomplissez tous les commandements ; la chose en vaut la peine. [9] C’est le motif principal de mon empressement à vous écrire, parmi les choses à ma portée, de quoi vous réjouir. Portez-vous bien, enfants d’amour et de paix. Que le Seigneur de gloire et de toute grâce soit avec votre esprit.

Epître de Barnabé.

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