Épître de Barnabé
LETTRE DE BARNABÉ
I. Salut dans la paix, à vous fils et filles, au nom du Seigneur qui nous a aimés.
[2] Grandes et splendides sont les volontés du Seigneur à votre égard. Aussi je me réjouis plus que de toute autre chose et au delà de toute mesure de votre vie spirituelle, bienheureuse et illustre, tant est bien implantée la grâce du don spirituel que vous avez reçu. [3] Et je me félicite encore davantage dans l’espoir d’être sauvé, quand je vois en vérité chez vous l’esprit qui s’est déversé sur vous de l’abondance de la source du Seigneur, frappé que je suis d’admiration à votre vue si ardemment souhaitée. [4] Bien qu’ayant déjà conversé parmi vous, j’ai la persuasion, l’intime conscience de savoir encore beaucoup de choses, car le Seigneur m’a tenu compagnie dans le chemin de la justice ; et je me sens donc moi aussi tout à fait contraint de vous aimer plus que ma vie, parce qu’une grande foi et une grande charité demeurent en vous fondées sur l’espérance de sa vie. [5] Aussi j’ai réfléchi à la récompense que j’aurai d’avoir assisté des âmes telles que les vôtres, si je prends soin de vous faire part de ce que j’ai reçu, et j’entreprends de vous écrire brièvement afin qu’avec la foi vous ayez une connaissance parfaite.
[6] Les maximes du Seigneur sont au nombre de trois :
L’espérance de la vie, commencement et fin de notre foi ;
La justice, commencement et fin du jugement ;
L’amour agissant dans la joie et dans l’allégresse, attestation de la justice.
[7] Le Maître, en effet, par les prophètes, nous a révélé les choses passées et présentes et nous a donné un avant-goût des choses futures. Voyant donc celles-ci s’accomplir successivement, selon qu’il les a prédites, nous avons le devoir de nous avancer par une vie plus généreuse et plus élevée dans la crainte de Dieu. [8] Pour moi, ce n’est pas comme docteur, c’est comme l’un d’entre vous que je vous offrirai quelques menus enseignements capables de vous réjouir dans les circonstances présentes.
II. Puis donc que les jours sont mauvais et que l’actif ennemi possède la puissance, nous devons être attentifs à nous-mêmes et rechercher soigneusement les volontés du Seigneur. [2] Or notre foi a pour aides la crainte et la patience ; nos alliés sont la longanimité et la maîtrise de nous-mêmes. [3] Ces vertus demeurent-elles sans atteinte devant Dieu, elles s’accompagnent joyeusement de la sagesse, de la compréhension, de la science, de la connaissance.
[4] Il nous a formellement avisés par tous les prophètes qu’il n’a besoin ni de sacrifices, ni d’holocaustes, ni d’offrandes. Il dit dans un endroit :
[5] « Que m’importe la multitude de vos sacrifices ? dit le Seigneur.
Je suis rassasié des holocaustes ;
Je ne veux ni de la graisse des agneaux,
Ni du sang des taureaux et des boucs,
Pas même quand vous comparaissez devant moi.
Qui donc a réclamé ces dons, de vos mains ?
Ne foulez plus mon parvis.
Si vous m’offrez de la fleur de farine, c’est en vain.
L’encens m’est en horreur.
Je ne supporte pas vos néoménies et vos sabbats. »
[6] Il a donc abrogé tout cela afin que la loi nouvelle de Notre Seigneur Jésus-Christ, exempte du joug de la nécessité, n’ait pas une offrande qui soit faite par les hommes. [7] Il leur dit encore :
« Est-ce donc que j’ai prescrit à vos pères
À leur sortie d’Egypte
De m’offrir des holocaustes et des sacrifices !
[8] Ne leur ai-je pas prescrit plutôt ceci :
Que chacun de vous ne médite point en son cœur de mal contre son prochain et n’aimez point le faux serment. »
[9] Si nous ne sommes pas dépourvus d’intelligence, nous devons comprendre le dessein de bonté de notre Père : s’il nous parle, c’est qu’il veut que sans nous égarer comme ceux-là (les Juifs) nous cherchions le moyen de nous approcher de lui. [10] À nous il parle donc ainsi :
« Le sacrifice pour le Seigneur, c’est un cœur brisé,
Le parfum de bonne odeur pour le Seigneur,
C’est un cœur qui glorifie celui qui l’a façonné. »
Nous devons donc, mes frères, donner un soin minutieux à notre salut, de peur que le Malin n’insinue furtivement l’erreur en nous et comme avec une fronde ne nous lance loin de notre vie (du salut).
« Dans quel dessein jeûnez-vous, dit le Seigneur,
De telle sorte que de votre voix aujourd’hui l’on n’entend que des cris ?
Ce n’est pas un jeûne de cette sorte que je m’étais choisi, dit le Seigneur.
Ni un homme qui abaisse son âme.
[2] Quand vous recourberiez le cou comme un anneau,
Quand vous revêtiriez un sac et étendriez un lit de cendre,
N’appelez pas encore ce jeûne un jeûne agréé. »
[3] Quant à nous, il nous dit :
« Voici lejeûne que je me suis choisi, dit le Seigneur :
Détache toutes les chaînes injustes,
Défais les mailles des contrats imposés par violence,
Renvoie libres les opprimés
Et déchire toute convention inique.
Distribue ton pain à ceux qui ont faim,
Habille ceux que tu vois nus.
Conduis dans ta maison ceux qui sont sans toit.
Si tu vois un misérable ne le regarde pas de ton haut,
Et ne détourne pas les yeux des parents de ta race.
[4] Alors ta lumière jaillira précoce aurore,
Aussitôt tes vêtements resplendiront.
La justice marchera devant toi,
Et la gloire de Dieu t’environnera.
[5] Alors tu pousseras des cris et Dieu t’exaucera,
Tu parleras encore, qu’il dira : Me voici !
Pourvu que tu renonces aux chaînes,
Aux mains levées (pour le faux témoignage ou la moquerie),
Aux paroles de murmure,
Que tu donnes de bon cœur ton pain à l’affamé
Et que tu prennes en pitié l’âme humiliée. »
III. Il leur dit également à ce sujet :
[6] Ô mes frères, notre Dieu longanime a donc pourvu à ce que le peuple qu’il a préparé par son Bien-Aimé, eût une foi sans mélange ; il nous a prévenus de toutes choses, de crainte qu’étrangers affiliés à leur loi, nous n’allions nous briser contre.
IV. Examinant donc soigneusement les circonstances présentes il nous faut rechercher ce qui est capable de nous sauver (de ce péril). Fuyons absolument les œuvres iniques de peur qu’elles ne se saisissent de nous ; haïssons l’erreur du temps présent afin d’être aimés (sauvés) dans le temps à venir. [2] Ne donnons point à nos âmes congé de courir en compagnie de pécheurs et de méchants de peur de devenir semblables à eux. [3] Il s’est approché le grand scandale dont Hénoch dit qu’il a été écrit. Le Maître a réduit les temps et les jours afin que son Bien-Aimé se hâtât et vînt dans son héritage. [4] Le prophète aussi s’exprime ainsi : « Dix royaumes règneront sur la terre ; ensuite surgira un petit roi qui abaissera à la fois trois des rois ». [5] Daniel dit également à ce sujet : « Je vis la quatrième bête, méchante, forte, plus dangereuse que toutes les bêtes de la mer ; il lui poussa dix cornes et de leur pied sortit une petite corne qui abaissa d’un coup trois des grandes cornes » [6]. Vous devez donc comprendre.
Je vous en supplie encore une fois, moi qui suis l’un d’entre vous et qui vous aime tous, d’un amour particulier, plus que ma vie : faites attention à vous-mêmes, ne ressemblez pas à certaines gens en accumulant péché sur péché et répétant que le Testament est à la fois leur bien et le nôtre. [7] Il est nôtre à la vérité ; mais eux, ils ont perdu pour jamais le testament reçu autrefois par Moïse. L’Écriture dit en effet : « Et Moïse persista dans le jeûne sur la montagne pendant quarante jours et quarante nuits et il reçut du Seigneur le Testament, les tables de pierre écrites avec le doigt de la main du Seigneur ». [8] Ce testament, ils l’ont perdu pour s’être tournés vers les idoles ; car voici ce que dit le Seigneur : « Moïse, Moïse, descends bien vite, car ton peuple a péché, ton peuple que tu as tiré de la terre d’Égypte ». Moïse s’en rendit compte et jeta de ses mains les deux tables et leur testament se brisa afin que celui du bien-aimé Jésus fût scellé dans nos cœurs par l’espérance de la foi en lui. [9] Ayant dessein de vous écrire bien des choses, non en docteur mais comme il sied à un homme qui vous aime et n’entend rien laisser perdre de ce que nous possédons, moi votre pauvre serviteur je me suis appliqué à écrire. Prêtons donc attention aux derniers jours, car tout le temps de notre vie et de notre foi ne nous servira de rien si, maintenant dans le temps d’iniquité et au milieu des scandales à venir, nous ne résistons pas comme il convient à des fils de Dieu. [10] De peur que le Noir ne se glisse furtivement chez nous, fuyons toute vanité, haïssons à fond les œuvres de la mauvaise voie ; ne vivez point isolés, retirés en vous-mêmes, comme si vous étiez déjà justifiés, mais rassemblez-vous pour rechercher ensemble ce qui est de l’intérêt commun. [11] Car l’Ecriture dit :
« Malheur à ceux qui sont intelligents à leur propre sens
Et sages à leurs propres yeux ! »
Devenons des hommes spirituels, devenons un temple achevé pour Dieu. Autant qu’il est en nous, « exerçons-nous à la crainte » de Dieu, luttons pour garder les commandements afin d’être réjouis dans ses volontés saintes. [12] Le Seigneur jugera le monde « sans acception de personne ». Chacun recevra selon ses œuvres : l’homme de bien sera précédé de sa justice, le méchant aura devant lui le salaire de son iniquité. [13] Ne nous abandonnons jamais au repos sous prétexte que nous sommes appelés, au risque de nous endormir dans nos péchés et de voir le mauvais prince prendre autorité sur nous et nous repousser du royaume du Seigneur. [14] Encore une chose à considérer, mes frères, lorsqu’après de tels signes et de tels prodiges accomplis chez Israël, vous le voyez néanmoins abandonné, prenons garde qu’il ne se trouve chez nous aussi, suivant l’expression de l’Ecriture, « beaucoup d’appelés mais peu d’élus ».
V. Le Seigneur a enduré que sa chair fût livrée à la destruction ; c’était en vue de nous purifier par la rémission des péchés laquelle s’opère par l’aspersion de son sang. [2] L’Ecriture parle de lui à ce sujet, en partie pour Israël, en partie pour nous, et s’exprime ainsi :
« Il a été blessé à cause de nos iniquités,
Il a été brutalisé à cause de nos péchés ;
Nous avons été guéris par sa meurtrissure ;
On l’a conduit comme une brebis à l’égorgement,
Et comme un agneau sans voix devant le tondeur ».
[3] Nous devons donc exprimer au Seigneur notre extrême reconnaissance de ce qu’il nous a fait connaître le passé, expliqué le présent, donné une certaine intelligence de l’avenir. [4] Or l’Écriture porte que « ce n’est pas à tort qu’on tend les filets pour les oiseaux », ce qui veut dire que l’on mérite de périr lorsqu’ayant connaissance du chemin de la justice, on se tient dans le chemin des ténèbres.
[5] Autre chose encore, mes frères : si le Seigneur a enduré de souffrir pour nos âmes, quoiqu’il fût le Seigneur de l’univers, à qui Dieu a dit dès la fondation du monde : « Faisons l’homme à notre image et ressemblance », comment du moins a-t-il enduré de souffrir par la main des hommes ? Apprenez-le : [6] les prophètes, par une grâce qu’ils tenaient de lui, ont émis des prophéties à son sujet. Or comme il fallait qu’il se manifestât dans la chair pour abolir la mort et prouver la résurrection d’entre les morts, il a enduré de souffrir ainsi [7] afin d’acquitter la promesse faite à nos pères, afin de se préparer pour lui-même le peuple nouveau, et de montrer dès le temps de son séjour sur la terre que c’est lui qui opère la résurrection des morts, lui qui procèdera au jugement. — [8] Enfin, tandis qu’il instruisait Israël et accomplissait des miracles et des signes si prodigieux, il prêcha et lui témoigna un amour sans mesure ; [9] puis il choisit pour ses apôtres, pour les futurs prédicateurs de son évangile, des hommes coupables des pires péchés, afin de montrer qu’ « il n’est point venu appeler les justes, mais les pécheurs », il fit bien connaître alors qu’il était le fils de Dieu. — [10] S’il n’était pas venu dans la chair, comment les hommes fussent-ils demeurés sains et saufs à sa vue, puisqu’en face du soleil qui s’achemine au néant et qui est l’ouvrage de ses mains, ils ne peuvent lever les yeux et en fixer les rayons. — [11] Si le fils de Dieu est venu dans la chair, c’est donc pour mettre le comble aux péchés de ceux qui ont poursuivi ses prophètes à mort. [12] Voilà donc pourquoi il a enduré de souffrir. Dieu dit en effet que la plaie de sa chair, c’est d’eux qu’elle lui vient : « Lorsqu’ils auront frappé leur berger, les brebis du troupeau périront ». — [13] Mais c’est lui qui a résolu de souffrir en la manière (que l’on sait), car il fallait qu’il souffrît sur le bois ; le prophète en effet dit à son endroit : « Épargne mon âme avec l’épée », et : « perce de clous mes chairs, car des troupes de coquins se sont dressées contre moi », [14] et ailleurs encore :
« Vois, j’ai présenté mon dos aux fouets
Et mes joues aux soufflets ;
J’ai raidi mon visage comme une pierre dure ».
VI. Sur le temps où il aura accompli son mandat, que dit-il ?
« Quel est celui qui veut disputer en justice contre moi ?
Qu’il se place en face de moi !
Ou qui veut se faire rendre justice devant moi ?
Qu’il s’approche du serviteur du Seigneur !
[2] Malheur à vous ! car vous tomberez tous de vétusté comme un vêtement
Et la teigne vous dévorera ».
Une autre fois, le prophète parle du temps où il aura été placé comme une solide pierre à broyer :
« Voici, je placerai dans les assises fondamentales de Sion une pierre
Coûteuse, choisie, en bloc d’angle, et de grand prix ».
[3] Ensuite que dit-il ?
« Et quiconque croira en lui vivra éternellement ».
Est-ce donc une pierre qui fait notre espérance ? À Dieu ne plaise ; mais c’est que le Seigneur a raidi sa chair :
« Je me suis tenu, dit-il, comme le roc dur ».
[4] Ailleurs le prophète dit :
« La pierre que les maçons ont rejetée à l’essai
Est devenue la pierre du sommet d’angle »,
et ailleurs encore : « Voici la grande et admirable journée que le Seigneur a faite ! » [5] Je vous écris tout simplement, moi, l’humble serviteur de votre charité, afin que vous compreniez. [6] Que dit encore le prophète ?
« Une troupe de scélérats m’a environné ;
Ils m’ont entouré comme les abeilles un rayon de miel »,
et : « Ils ont tiré mes vêtements au sort ». [7] Ainsi donc, comme il devait se révéler et souffrir dans la chair, sa souffrance a été prédite d’avance. Le prophète en effet dit au sujet d’Israël :
« Malheur à leur âme !
Car c’est un mauvais dessein contre eux-mêmes qu’ils ont formé
Lorsqu’ils se sont dit : Lions le juste
Car il nous est un embarras ».
[8] Qu’est-ce que leur dit Moïse, un autre prophète ? « Voici ce que prononce le Seigneur Dieu : Entrez dans la terre excellente que le Seigneur a promise par serment à Abraham, Isaac et Jacob ; prenez possession comme d’un héritage de cette terre où coulent le lait et le miel ». [9] Mais apprenez ce que dit à ce propos la connaissance de gnose : Espérez, dit-elle, en Jésus qui doit se révéler à vous dans la chair. Or l’homme (qui est de chair) est une terre capable de souffrance, puisque Adam fut modelé avec de la terre. [10] Mais alors pourquoi dit-il : « Dans une terre excellente, une terre ruisselante de lait et de miel ? » Ô mes frères ! béni soit notre Seigneur qui a mis en nous la sagesse et l’intelligence de ses secrets. Le prophète en effet désigne allégoriquement le Seigneur. Qui le comprendra sinon celui qui est sage, instruit et qui aime son Seigneur ? [11] En nous renouvelant par la rémission des péchés, il nous a mis une autre empreinte, au point d’avoir l’âme de petits enfants, justement comme s’il nous créait à nouveau ; [12] car c’est de nous que parle l’Écriture lorsque (Dieu) dit au Fils : « Faisons l’homme à notre image et ressemblance, et qu’il commande aux bêtes de la terre et aux oiseaux du ciel et aux poissons de la mer ! » Et ayant vu le chef-d’œuvre que nous étions, le Seigneur ajouta : « Croissez, multipliez-vous et remplissez la terre ! » Ces paroles furent adressées au Fils ; [13] mais je te montrerai aussi comment, fidèle à sa parole envers nous, il (le Christ ?) a fait dans les derniers temps une deuxième création. Le Seigneur dit en effet : « Voici que je fais les dernières choses telles que les premières » ; et c’est à quoi se réfère l’oracle du prophète : « Entrez dans la terre où coulent le lait et le miel et dominez-la ». [14] Or remarquez-le, nous avons été créés à nouveau, selon qu’il est marqué dans un autre prophète :
« Voici, dit le Seigneur, qu’à ceux-là », c’est-à-dire ceux que l’Esprit du Seigneur voyait d’avance, « j’arracherai leurs cœurs de pierre et en mettrai à la place, de chair », lui-même devant se manifester dans la chair et habiter en nous. [15] Mes frères, l’habitation de nos cœurs est un temple saint pour le Seigneur, [16] car il s’exprime encore ainsi : « Où me présenterai-je devant le Seigneur mon Dieu et serai-je glorifié ? » Et il répond :
« Je te confesserai dans l’assemblée de mes frères
Et je te chanterai au milieu de l’assemblée des saints ».
C’est donc bien nous qu’il a introduits dans une terre excellente. [17] Mais pourquoi le lait et le miel ? C’est que l’enfant est d’abord nourri de miel puis de lait ; nous étant donc nourris de même par la foi à la promesse et par la prédication, nous vivrons en dominant la terre. [18] Précédemment (le Seigneur) avait prophétisé : « Qu’ils croissent et se multiplient et commandent aux poissons ». Or qui donc présentement peut commander aux bêtes, aux poissons, aux oiseaux du ciel ? Nous devons remarquer que commander c’est avoir la puissance en donnant un ordre de faire prévaloir son autorité. [19] Si tel n’est pas le cas maintenant, il nous a été dit quand il se réaliserait : c’est lorsque nous-mêmes serons devenus assez parfaits pour entrer en possession de l’héritage du testament du Seigneur.
VII. Mettez-vous donc dans l’esprit, enfants de l’allégresse, que le bon Seigneur nous a tout révélé d’avance afin qu’en toute circonstance nous sachions à qui nous sommes débiteurs de nos actions de grâces et de nos louanges. [2] Si le Fils de Dieu, quoique Seigneur et « juge futur des vivants et des morts » a souffert afin de nous faire vivre de ses blessures, croyons aussi que le Fils de Dieu ne pouvait souffrir qu’à cause de nous.
[3] Mais, sur la croix, « il fut abreuvé de vinaigre et de fiel ». Or apprenez comment cela avait été indiqué d’avance par les prêtres du temple. Le Seigneur avait porté ce précepte dans l’Écriture : « Celui qui ne jeûnera pas au jour du jeûne sera mis à mort », parce qu’il devait offrir en sacrifice pour nos péchés le vase renfermant son esprit (son corps) afin que fût accompli l’évènement figuré en Isaac offert sur un autel. [4] Or, que dit-il chez le prophète ? « Qu’ils mangent du bouc offert au jour du jeûne pour tous les péchés. » Et, — remarquez bien ceci, — « que tous les prêtres et les seuls prêtres mangent les viscères non lavés, et du vinaigre. » [5] Pourquoi cela ? — Parce que vous m’abreuverez de fiel et de vinaigre », moi qui vais offrir en sacrifice ma chair pour les péchés de mon nouveau peuple, vous seuls en mangerez, tandis que le peuple jeûnera et se frappera la poitrine dans le sac et la cendre ; et pour montrer qu’il faut qu’il souffre par eux, [6] remarquez les préceptes qu’il a donnés : « Prenez deux boucs, beaux et semblables entre eux, puis offrez-les et que le prêtre en prenne un pour le brûler en holocauste à cause des péchés. » [7] Que faire de l’autre bouc ? — « Que celui-là, dit-il, soit maudit. » Or remarquez comment Jésus est manifesté ici en figure : [8] « Crachez tous sur lui, percez-le de piqûres, coiffez-le d’une laine rouge écarlate, et dans cet état qu’il soit chassé au désert. » Quand tout cela est exécuté, celui qui emporte le bouc le mène vers le désert, lui enlève la laine qu’il met sur un buisson de ronces. Nous en mangeons les baies à la rencontre dans la campagne, il n’y a que les fruits des ronces pour être si doux. [9] Faites maintenant attention à ce que signifie ceci : « un bouc pour l’autel des sacrifices, un bouc voué à la malédiction », et pour quelle raison celui-ci est couronné. C’est qu’un jour ils le verront (Jésus), avec sa chair couverte du vêtement écarlate, et ils diront : N’est-ce pas celui que nous avons autrefois outragé, couvert de coups et de crachats, et enfin crucifié. En vérité, c’est celui-ci qui affirmait qu’il était le fils de Dieu. [10] Mais pourquoi un bouc doit-il être semblable à l’autre ? « Les boucs doivent être semblables et beaux et de même taille, afin que le jour où ils le verront (Jésus) revenir, ils soient frappés de stupeur à cause de la ressemblance (comme dans le cas) du bouc. Tu vois donc ici la figure de Jésus qui devait souffrir. [11] Mais pourquoi la laine est-elle déposée au milieu des épines ? — C’est une figure de Jésus, proposée pour l’Église. Quiconque veut enlever la laine écarlate, doit se donner bien des peines, à cause des épines dangereuses, et il ne s’en rend maître qu’au prix d’efforts pénibles. Ainsi, dit-il, ceux qui prétendent me voir et atteindre mon royaume, doivent m’obtenir par l’affliction et les souffrances.
VIII. Quelle figure pensez-vous qu’il y ait dans le commandement fait à Israël : que les hommes coupables de grands péchés offrent une génisse, l’égorgent et la brûlent ; qu’ensuite de jeunes enfants, ramassant la cendre, la versent dans des vases, qu’ils enroulent autour d’un bois de la laine écarlate (voici de nouveau une figure de la croix et la laine écarlate) et de l’hysope ; qu’enfin ces jeunes enfants aspergent le peuple, tous les gens un par un, afin de les purifier de leurs péchés ? [2] Reconnaissez avec quelle simplicité il nous parle. La génisse représente Jésus ; les hommes pécheurs qui l’offrent, ceux qui ont présenté Jésus à la tuerie. [Après cela, finis, ces hommes ! finie, la gloire des pécheurs].
[3] Les jeunes gens qui aspergent sont les hérauts de bonne nouvelle qui nous ont annoncé la rémission des péchés et la purification du cœur. À eux fut confiée la pleine autorité de l’évangile en vue de la prédication ; et ils sont douze en souvenir des douze tribus d’Israël. [4] Et pourquoi trois jeunes gens employés à l’aspersion ? — C’est en l’honneur d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, tous trois grands devant Dieu. [5] Pourquoi poser la laine sur le bois ? — Parce que la royauté de Jésus repose sur le bois (la croix) et que ceux qui espèrent en lui vivront à jamais. [6] Et pourquoi de l’hysope en même temps que la laine ? — C’est qu’il y aura dans son royaume des jours mauvais, des jours troubles durant lesquels nous serons sauvés comme le malade guérit sa chair souffrante au moyen du jus gluant extrait de l’hysope.
[7] C’est ainsi que les évènements ont un sens si clair pour nous, si obscur pour les autres qui n’ont pas écouté la voix du Seigneur.
IX. Car c’est de nos propres oreilles qu’il veut parler, quand il dit ailleurs qu’il a circoncis nos cœurs. Le Seigneur dit dans le prophète : « En entendant de leurs oreilles, ils ont obéi » ; et ailleurs : « Ceux qui sont éloignés apprendront par ouï-dire et connaîtront ce que j’ai fait » ; le Seigneur dit aussi : « Circoncisez vos cœurs » ; [2] et ailleurs : « Écoute, Israël ! voici ce que dit le Seigneur ton Dieu. » Ailleurs l’esprit du Seigneur prophétise : « Quelqu’un veut-il vivre à jamais, qu’il écoute la voix de mon serviteur ! » [3] Il dit encore :
« Ô ciel ! écoute ; terre, prête l’oreille ;
Car le Seigneur a dit ces choses pour les attester. »
Ailleurs aussi : « Écoutez la parole du Seigneur, princes de ce peuple » ou bien : « Écoutez, enfants, la voix qui crie dans le désert. » Ainsi donc il a circoncis notre ouïe afin que nous entendions sa parole et que nous croyions. [4] Mais quant à la circoncision, en laquelle ils se reposaient avec confiance, elle a été abrogée, car il avait déclaré que ce n’est point la chair qu’ils devaient circoncire ; mais ils passèrent outre, trompés qu’ils étaient par un mauvais ange. [5] Dieu leur dit : « Voici ce que dit le Seigneur votre Dieu » — et c’est ici que je trouve le précepte — « Ne semez pas sur les épines, soyez circoncis pour votre Seigneur. » Et que dit-il encore ? « Tranchez dans la dureté de votre cœur et ne raidissez point votre nuque. » Ajoutez encore cette parole : « Voici, dit le Seigneur, que toutes les nations sont incirconcises du prépuce, mais ce peuple est incirconcis du cœur. » [6] Vous direz peut-être que l’on circoncisait ce peuple pour mettre le sceau (à l’alliance divine). Mais tous les Syriens, tous les Arabes, tous les prêtres des idoles sont également circoncis. Est-ce donc qu’ils appartiennent aussi à l’alliance ? Mais les Égyptiens eux-mêmes pratiquent la circoncision. [7] Sur toutes ces choses, ô enfants de la charité, recevez une instruction profonde, savoir : qu’Abraham, qui le premier pratiqua la circoncision, l’accomplit ayant en esprit les regards sur Jésus : car il avait reçu l’enseignement contenu en trois lettres. [8] L’Écriture dit en effet : « Abraham circoncit des hommes de sa maison au nombre de dix-huit et trois cents. » Quelle connaissance mystérieuse lui fut-il donc communiquée ? Remarquez que l’on nomme d’abord les « dix-huit », puis après un intervalle les « trois cents. » Dix-huit s’écrit par un iota qui vaut dix et un êta qui vaut huit ; vous avez là Jésus ΙΗ(ΣΟΥΣ). Et comme la croix en forme de T devait signifier la grâce, on ajoute encore « et trois cents »
T. Les deux lettres réunies nous désignent Jésus ; la croix nous est montrée dans une lettre unique. [9] Celui qui a implanté en nous le don de sa doctrine le sait bien, que personne n’a entendu de moi instruction de meilleur aloi ; mais je sais que vous en êtes dignes.