Histoire ecclésiastique (page 9)

Eusèbe de Césarée · Histoire

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — trad. Grapin · 12 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

393 de déshonnête, cependant il lui faudrait prendre garde au soupçon qui naît d'une pareille affaire, afin de ne scandaliser personne et de ne pas porter les autres a l'imiter. [14] Comment en effet pourrait-il reprendre autrui ou l'avertir de ne pas en venir à cohabiter désormais avec une femme et de se garder ainsi de tomber, selon qu'il est écrit, lui qui en a bien renvoyé une mais qui en a avec lui deux autres dans la fleur de l'âge et d'aspect séduisant; partout où il va il les emmène, et cela dans une vie de bonne chère et de luxe débordant. [15] C'est pour cela que tous gémissent et se lamentent en eux-mêmes; ils craignent sa tyrannie et son pouvoir au point de no pas oser l'accuser.

[16] « Oui, ainsi que nous l'avons dit plus haut, on pourrait demander raison de cela à un homme qui aurait des sentiments catholiques et qui serait compté parmi les nôtres, mais à lui qui raille le mystère, qui se fait gloire de l'infâme hérésie d'Artémon (car est-il besoin de montrer, on n'y aurait pas de peine, qu'il en est le père?), nous pensons qu'il ne faut nullement lui demander compte de ces choses. »

[17] Puis à la fin de la lettre ils ajoutent ceci : « Nous avons donc été obligés après avoir excommunié cet adversaire de Dieu, malgré sa résistance, d'établir à sa place, pour l'église catholique un autre évêque, afin d'obéir à la Providence divine, c'est Dom-nus, le fils du bienheureux Démétrien qui a excellemment, avant Paul, gouverné cette même église ; il est orné de toutes les qualités qui conviennent à l'épiscopat ; nous vous en informons afin que vous lui écriviez 395 et que vous receviez ses lettres de communion ; l'autre, qu'il écrive à Artémon et que les partisans d'Artémon communiquent avec lui »

[18] Paul, en même temps qu'il avait perdu l'orthodoxie de la foi, était donc déchu de l'épiscopat; Domnus, ainsi qu'il est dit, lui succéda dans le gouvernement de l'église d'Antioche. [19] Mais voilà que Paul ne voulut absolument pas sortir de la maison de l'église ; l'empereur Aurélien, auquel on recourut, rendit une décision très heureuse sur ce qui devait être fait ; il ordonna que la maison fût attribuée à ceux à qui les évêques d'Italie et de la ville de Rome l'auraient adjugée. Ce fut donc ainsi que l'homme susdit fut chassé de l'église avec la dernière honte par le pouvoir séculier. [20] Telles étaient à ce moment les dispositions d'Aurélien à notre égard ; mais dans la suite de son règne, ses sentiments envers nous devinrent hostiles; il était alors excité par certains conseils à soulever contre nous une persécution et il en était fortement question auprès de tous; [21] il allait même l'entreprendre et pour ainsi dire mettre sa signature aux édits préparés contre nous, quand la justice divine l'atteignit et le retint presque par le bras d'entreprendre cela ; elle fit voir clairement à tous que jamais les chefs de ce monde n'auraient la facilité d'agir contre les églises du Christ, à moins que la main qui nous protège, par un jugement divin et céleste, pour corriger et convertir, et encore au temps où elle l'estimera propice, ne permît de le faire.

397 [22] Aurélien ayant donc régné six ans, son successeur est Probus ; celui-ci possède l'empire le même temps et le laisse à Carus et à ses enfants, Carinus et Numérien ; ceux-ci à leur tour ne lui survivent pas trois années entières, et le pouvoir souverain passe à Dioclétien et à ceux qui lui ont été associés. Sous eux s'est accomplie la persécution qui eut lieu de notre temps, ainsi que la destruction des églises de celte époque. [23] Mais peu avant cela, Denys, évêque de Rome, après avoir achevé neuf années d'épiscopat, avait eu pour successeur Félix.

CHAPITRE XXXI [LA PERVERSION HETERODOXE DES MANICHEENS QUI COMMENÇA PRECISEMENT ALORS]

[1] A cette époque, le fou, éponyme de l'hérésie démoniaque, s'armait aussi pour la perversion de la raison ; le démon, Satan lui-même qui combat contre Dieu, pour la ruine de beaucoup, poussait en avant cet homme. C'était, dans sa vie, un barbare par son langage et ses mœurs; dans sa nature c'était un démoniaque et un insensé et ses entreprises répondaient à cela ; il s'efforçait de contrefaire le Christ. Tantôt il prêchait qu'il était le Paraclet et l'Esprit Saint lui-même et il était aveuglé par la démence; tantôt, comme le Christ, il choisissait et s'associait douze disciples de. la nouvelle doctrine. [2] Il cousait un assemblage de doctrines mensongères et athées tirées d'une multitude d'hérésies athées elles-mêmes et depuis longtemps éteintes, et du pays des 399 Perses il les répandait dans la terre que nous habitons, comme un poison qui porte la mort ; c'est à partir de lui que le nom impie de Manichéen est si fréquent chez beaucoup, même encore maintenant. Tel fut le principe de cette science au nom mensonger, qui surgit aux temps indiqués.

CHAPITRE XXII [LES HOMMES ECCLESIASTIQUES QUI SE DISTINGUERENT DE NOTRE TEMPS, ET LESQUELS D'ENTRE EUX ONT SURVECU JUSQU'AU SIEGE DES EGLISES] [1]

Alors Félix, après avoir présidé l'église de Rome pendant cinq ans, a pour successeur Eutychien ; celui-ci no lui survit pas dix mois entiers et laisse la charge à Gaïus, notre contemporain ; ce dernier gouverna pendant environ quinze ans, puis son successeur fut Marcellin, qui fut, lui aussi, enlevé par la persécution. [2] Alors Timée dirigeait l'église d'Antioche après Domnus et eut de notre temps pour successeur Cyrille. A son époque nous avons connu Dorothée, qui avait été jugé digne du sacerdoce à Antioche, c'était un homme de savoir. Il était devenu amateur des choses divines, et s'était occupé avec soin de la langue hébraïque, au point d'être arrivé à lire et à comprendre aisément les textes hébreux eux-mêmes. [3] II. n'était d'ailleurs pas resté en dehors des études libérales et de l'éducation première donnée chez les Grecs; d'autre part, il était eunuque et se trouvait tel depuis sa naissance même, si bien qu'à cause de cette

401 particularité étonnante, l'empereur l'admit dans sa maison et l'honora de la charge d'administrateur de la teinturerie de pourpre de Tyr. [4] Nous l'avons entendu expliquer les Ecritures d'une façon judicieuse dans l'église. Après Cyrille, Tyrannus obtint la succession du siège de l'église d'Antioche ; ce fut sous lui que sévit le siège des églises.

[5] L'église de Laodicée fut gouvernée, après Socrate, par Eusèbe, qui était originaire de la ville d'Alexandrie. La cause de son changement de pays fut l'affaire de Paul : c'est à son sujet qu'il vint en Syrie, et les gens de ce pays, qui avaient à cœur les choses de Dieu, empêchèrent son retour dans sa patrie. Il fut un type de religion, chéri de nos contemporains, ainsi qu'il sera facile de le lire dans les textes de Denys cités plus haut.

[6] Anatole fut établi son successeur; c'était, comme on dit, un homme bon qui venait après un homme bon. Par sa race il était lui aussi Alexandrin ; en ce qui concerne les connaissances, l'éducation grecque et la philosophie, il était compté au premier rang des plus illustres de nos contemporains ; l'arithmétique, en effet, la géométrie, l'astronomie, la théorie aussi bien dialectique que physique, les connaissances de la rhétorique avaient été poussées par lui jusqu'au plus haut point ; c'est pour cela, dit-on, qu'il fut encore jugé digne par ses compatriotes d'établir l'école de la succession d'Aristote à Alexandrie.

{7] On mentionne encore de lui bien d'autres merveilles, lors du siège du Bruchium à Alexandrie ; aussi bien un privilège extraordinaire lui fut réservé par tous ceux qui étaient en charge ; je ne rapporterai 403 que ce seul fait comme preuve. [8] Le froment vint, dit-on, à manquer aux assiégés si bien que la faim devenait déjà pour eux plus intolérable que les ennemis du dehors. Anatole, qui était là, imagina ceci : une partie des gens de la ville combattaient dans les rangs de l'armée romaine et de la sorte n'étaient pas assiégés ; Eusèbe alors (car il était encore là, avant son départ pour la Syrie), se trouvait parmi eux et il jouissait d'une grande réputation et d'un nom célèbre même auprès du général romain ; Anatole lui apprit par un émissaire le ravage causé par la faim parmi ceux qui étaient assiégés. [9] Eusèbe à cette nouvelle demanda au chef des Romains comme une très grande grâce d'accorder la vie sauve à ceux qui, d'eux-mêmes, viendraient à lui ; il en obtint l'assurance et en fit part à Anatole.

Celui-ci, aussitôt qu'il eut reçu cette promesse, rassembla le Sénat d'Alexandrie et tout d'abord proposa de tendre aux Romains une main amie ; mais comme il les vil devenir furieux à ces paroles: « Du moins, dit-il, je ne crois pas que vous me contredisiez si je vous conseille d'accorder à ceux qui sont de trop et qui ne nous sont aucunement utiles, aux vieilles femmes, aux enfants en bas âge et aux vieillards, la permission de sortir des portes et de s'en aller où ils voudront. Pourquoi en effet les gardons-nous en vain chez nous uniquement pour mourir ? Pourquoi épuisons-nous par la faim des gens déjà abîmés et dont le corps est débilité ? il ne faut nourrir que les hommes et les jeunes gens, et distribuer le blé nécessaire à ceux qui sont utiles à la garde de la

405 ville. » [10] De tels raisonnements persuadèrent l'assemblée, et lui le premier il se leva et vota un décret portant que tout ce qui n'était pas utile à l'armée, soit homme soit femme, fût renvoyé de la ville ; pour ceux qui restaient et demeuraient sans profit dans la ville, il n'y avait pas d'espoir de salut; ils devaient être détruits par la faim. [11] Tous les autres membres du Sénat acquiescèrent à cet avis et peu s'en fallut qu'il ne sauvât tous les assiégés. Il pourvut d'abord à ce que ceux de tout âge qui appartenaient à l'église et ensuite les autres qui étaient dans la ville s'éloignassent; non seulement les gens compris dans le décret, ceux-ci furent un prétexte, mais des milliers d'autres, cachés sous des habits de femmes, sortirent des portes, la nuit, grâce à son plan et se précipitèrent vers l'armée des Romains. Là Eusèbe les recevait tous, comme un père et un médecin; ils étaient maltraités par la longueur du siège, il les ranimait avec une sollicitude et un soin parfaits. [12] Tels furent les deux pasteurs que l'église de Laodicée fut jugée digne d'avoir successivement; par une providence de Dieu, après la guerre dont il vient d'être question, ils avaient quitté Alexandrie pour venir là.

[13] Non seulement un grand nombre d'écrits furent composés par Anatole, mais ceux venus jusqu'à nous sont tels qu'on peut se convaincre de son éloquence et de sa grande science ; en eux surtout il établit les décisions concernant la Pâque ; il est peut-être nécessaire d'en mentionner ceci présentement :

407 Extrait des canons d'Anatole sur la Pâque.

[14] « Il y a dans la première année la nouvelle lune du premier mois, qui est le commencement du cycle entier de dix-neuf ans, pour les Egyptiens le 26 de Phaménoth, pour les Macédoniens le 22 du mois de Dystre, et comme diraient les Romains le 11 avant les Kalendes d'Avril. [15] Au 26 de Phaménoth qui vient d'être cité, le soleil non seulement se trouve entré dans le premier segment, mais il y est même déjà arrivé depuis quatre jours. Ce segment, on a coutume de l'appeler premier douzième, équinoxe, commencement dis mois, tête du cycle, point de départ de la course des planètes ; quant à celui qui le précède on l'appelle dernier des mois, douzième segment, dernier douzième et (in de la révolution des planètes ; c'est pourquoi nous disons que ceux qui y mettent le premier mois et qui prennent le quatorzième jour pour la Pâque se trompent grandement et non d'une façon ordinaire.

[16] « Ce calcul au reste n'est pas nôtre, mais il était connu des anciens juifs, avant le Christ, et observé par eux avec soin ; on peut le voir dans ce qu'ont dit Philon, Josèphe, Musée et non seulement eux mais encore de plus anciens, les deux Agathobule, surnommés les maîtres d'Aristobule le Grand. Celui-ci fut choisi pour être un des Septante qui ont traduit les saintes Ecritures des Hébreux pour Ptolémée Phila-delphe et pour son père; il dédia même des livres exégétiques concernant la loi de Moïse à ces mêmes rois. [17] Ces auteurs lorsqu'ils résolvent les questions concer-

409 nant l'Exode disent qu'il faut que tous offrent également les sacrifices de Pâques après l'équinoxe du printemps, au milieu du premier mois, et cela se trouve, lorsque le soleil traverse le premier segment du solaire, ou, comme quelques-uns d'entre eux l'appellent, du cercle du Zodiaque. Mais Aristobule ajoute qu'il arrive nécessairement pour la fête des sacrifices de Pâques, que non seulement le soleil mais encore la lune de son côté parcourt le segment équinoxial. [18] En effet, comme il y a deux segments équinoxiaux, l'un du printemps et l'autre de l'automne, et qu'ils sont diamétralement opposés l'un à l'autre, étant donné que le jour des sacrifices de Pâques soit le quatorzième jour du mois au soir, la lune se tiendra opposée diamétralement au soleil, comme du reste on peut le voir dans les pleines lunes ; ils seront, le soleil dans le segment de l'équinoxe du printemps, et la lune nécessairement dans le segment de l'automne. [19] Je connais bien d'autres choses dites par eux, tantôt vraisemblables, tantôt avancées sur des démonstrations décisives, par lesquelles ils essaient d'établir qu'il faut célébrer la fête de Pâques et des azymes tout à fait après l'équinoxe ; mais je laisse l'ensemble de ces démonstrations, demandant à ceux pour qui est enlevé le voile de la loi de Moïse de contempler désormais â visage découvert le Christ et les choses du Christ, ses enseignements et ses souffrances. Que le premier mois chez les Hébreux était â l'équinoxe, les enseignements des livres d'Enoch en sont aussi la preuve décisive. ».

[20] Anatole a laissé encore des introductions

411 d'arithmétique en dix traités entiers, ainsi que d'autres preuves de son activité et de sa grande habileté dans les études sacrées. [21] Tout d'abord l'évêque de Césarée en Palestine, Théotecne, lui imposa les mains pour l'épiscopat; il le destinait à devenir après sa mort son successeur dans sa propre église, et en effet pendant un peu de temps tous deux présidèrent à la même église ; mais le concile concernant Paul de Samosate l'appelant à Antioche, il passa par la ville de Laodicée et y fut retenu par les frères, Eusèbe étant mort.

[22] Anatole mourut lui aussi et le dernier évêque de cette église établi avant la persécution fut Etienne; ses discours, sa philosophie et son éducation grecque le firent admirer de beaucoup; mais pour la foi divine il n'avait pas les mêmes dispositions d'esprit, ainsi que le fit voir l'occasion de la persécution qui survint ; il parut plutôt un homme dissimulé, peureux et lâche que vrai philosophe. [23] Ce n'était pas cependant pour cela que les affaires de l'église devaient périr; elles furent bientôt après, grâce à Dieu le Sauveur de tous, relevées par Théodole qui fut institué évêque de la communauté dé cette ville. Par ses œuvres mêmes cet homme réalisait le nom du Seigneur qu'il portait et son titre d'évêque : il excellait en effet d'abord dans la science de guérir les corps, puis, pour la thérapeutique des âmes, personne ne lui était comparable en philanthropie, en noblesse, en compassion et en zèle à soulager ceux qui demandaient son secours; mais, d'autre part, il était aussi fort exercé dans les connaissances divines.

413 [24] Tel était Théodote ; d'autre part, à Césarée de Palestine, Théotecne, après avoir accompli avec la plus grande activité les devoirs de sa charge, meurt et Agapius lui succède. Nous savons qu'il a beaucoup travaillé et qu'il a eu un soin très généreux pour le gouvernement du peuple, et surtout une main très libérale pour le soulagement de tous les pauvres.

[25] C'est à cette époque que nous avons connu Pamphile, homme très habile dans la parole et dont la vie était d'un vrai philosophe ; il avait été jugé digne du sacerdoce dans l'église de cette ville. Quel était-il ? d'où venait-il ? cela ne serait pas un petit sujet à traiter. Ce qui concerne chacun des événements de sa vie, l'école qu'il avait établie, ses combats dans les différentes confessions qu'il eut à subir lors de la persécution, et surtout la couronne du martyre qu'il ceignit, nous avons raconté cela en détail dans l'ouvrage spécial qui le concerne. [26] Il était l'homme le plus admirable de ce pays et nous savons cependant qu'il y en avait, parmi ceux surtout qui sont de notre temps, de très rares ; c'étaient entre les prêtres d'Alexandrie, Piérius, puis Mélitius évêque des églises du Pont.

[27] Le premier était estimé au plus haut point pour sa vie pauvre, et ses connaissances philosophiques; il s'était merveilleusement exercé dans la spéculation et l'explication des choses divines, et l'exposition qu'il en faisait à l'assemblée de l'église. D'autre part Mélitius (le miel de l'Attique, ainsi que l'appelaient ses compagnons de jeunesse) était tel qu'on pourrait écrire de lui, qu'il était tout à fait l'homme le plus achevé pour les discours. On ne pouvait assez admirer la 415 puissance de son art, mais quelqu'un dira peut-être que cela est de la nature ; quant au reste, en fait de grande expérience et de savoir étendu, [28] qui aurait dépassé le mérite de cet homme, le plus expert et le plus savant qui soit dans toutes les connaissances libérales ? Même en limitant son examen à Mélitius, pourrait-on en citer quelqu'un? Chez lui la vertu de la vie était à la hauteur du reste. Je l'ai observé à l'époque de la persécution, pendant sept ans entiers, alors qu'il s'était enfui dans les régions de Palestine.

[29] L'administration de l'église de Jérusalem, après Hyménée l'évêque cité un peu plus haut, échoit à Zabdas. Peu après celui-ci meurt, et Hermon, le dernier évêque avant la persécution de notre temps, reçoit la succession du trône apostolique conservé là jusqu'à maintenant.

[30]

A Alexandrie, Maxime avait été évêque pendant dix-huit ans après la mort de Denys, et Théonas lui succède ; c'est sous lui qu'élevé au sacerdoce en même temps que Piérius, Achillas devint célèbre à Alexandrie et fut chargé de l'enseignement de la sainte foi ; il lit une œuvre philosophique très rare et à aucune autre inférieure ; sa conduite était digne de la discipline évangélique. [31] Après Théonas qui avait servi dix-neuf ans, Pierre reçoit la succession du siège d'Alexandrie; il se distingue lui aussi d'une façon admirable pendant douze années entières ; avant la persécution, il dirige cette église pendant trois ans; le reste de sa vie il le passe dans une ascèse fort sévère pratiquée en commun et pourvoit, sans se cacher, au besoin général des

417 églises. C'est pourquoi la neuvième année de la persécution il a la tête tranchée et est honoré de la couronne du martyre. [32] Dans les livres précédents nous avons traité le sujet des successions, depuis la naissance de notre Sauveur jusqu'à la destruction des lieux de prières, ce qui s'étend sur une période de trois cent cinq années. Maintenant nous allons laisser la narration écrite des combats de nos contemporains qui ont virilement soutenu la religion afin que ceux qui viendront après nous sachent combien nombreuses et quelles furent ces luttes.

542

APPENDICE LIVRE VII Sur les lettres de Denys d'Alexandrie, voy. plus haut la note de VI, XL. C'est dans ce prologue que l'on trouve pour la première fois l'épithète de « grand » ajoutée au nom de Denys d'Alexandrie. i. Dèce périt avec son fils, Herennius Etruscus, dans une

543 bataille contre les

Goths, eu mai ou juin 251. Hostilianus, un autre fils de Dèce, ou bien son neveu ou son beau-fils, associé à Gallus, mourut peu après. - Le renseignement sur la mort d'Origène contient une difficulté chronologique. « Origène n'avait pas encore dix-sept ans accomplis dans l'année alexandrine 201-202 (VI, ii, 2 et 12). Il était donc né dans l'année alexandrine 185-180. Par suite, sa mort tombe en 254-255 ou en 253-254. Mais il est établi que Gallus et Volusianus étaient déjà renversés avant le commencement de l'année alexandrine 253-254 (PAULY-WISSOWA, Realencyclopädie fur klassische Philologie, t. I, p. 546). Si on admet qu'Origène est mort dans l'automne de 253 et qu'Eusèbe entend qu'il était dans sa soixante-neuvième année (ce qui ne résulte pas de ses termes pris littéralement), il reste encore une différence de quelques mois. Il est impossible de la supprimer complètement. », (SCHCWARTZ, Uebersichten, p. 38). - Extrait d'une lettre pascale de Denys d'Alexandrie à Hermammon, probable¬ment chef d'une église en Egypte. Voy. FELTOE, p. 69 suiv. La dernière phrase pourrait être une allusion à la peste qui sévit sous le règne de Dèce et dans les premières années de Gallus.

ii.

Liste de Rome: Corneille, exilé et mort à Centumcellae en 252; Lucius, 252-254 (depositio, le 5 mars) ; Etienne, 254-257. Eusèbe donne une année de trop à Corneille. Sur la question du baptême des hérétiques, voy. DUCESNE: Hist., t. I, p. 419. iv.

Cette série d'extraits des lettres sur le baptême commence par un morceau qui n'a pas de rapport avec le sujet.

v, 1-2 = FELTOE, p. 41,1 - 75,11. - 1. κοιμηθέντος Ἀλεξάνδρου mss., arm., SYNCELLE, «dormiente in pace Alexandro » est rapporté par Rufln à « Mazabanes in Hierosolymis » d'après une conjecture; interpolation antérieure à Eusèbe (SCHWARTZ). — ἀναπευσαμένων Θηλυμίδρου mss., arm., 554 SYNC; omis par Rufin, avec raison, en ce qui concerne le texte primitif de Denys (SCHWARTZ). - 3. La depositio d'Etienne est du 2 août (257). Celle de Xyste II du 6 août 258. Voy. plus loin, xxvii, 1. - 4-6 = FELTOE, 49,5 -51, 3. - 5. συνόδοις :

d'Icarium et de Synnada, vers 230 (vii, 5), -

6. Denys est le futur pape; Philémon, un autre prêtre romain. Voy. FELTOE, p. 42. Leur lettre est de 257/258 (HARNACK, Chronologie, I, 411). v. = FELTOE, 51,4 -52,5. - Voy. DUCHESNE, Hist., t. I, p. 310. - Ces lettres de l'évêque d'Alexandrie ne doivent pas être confondues avec les quatre livres contre Sabellius, mentionnés plus loin, xxvi, 1. - ἔπεμψα : aor. épistolaire; l'auteur prend d'avance le temps de celui qui lit la lettre (KÜHNER et GERTH, Gr. Gr., § 386, 13, rem. 6). L'envoi a lieu en même temps que la lettre à Xyste. vii, 1-5 = FELTOE, p. 52, 6 -55, 6. -

1. Philémon : voy. v,6. - 3. Cf.

Tolle, lege, dans AUG., Conf. VII, xii, 20; EUSEBE, H. Ε., IV, xv, 17; JEROME, Epist., xxii, 30. -- ἀποστολικῇ φωνῇ texte extracanonique, rentrant dans les Agrapha (RESCH p. 116). Le mot, sous une forme négative, se trouve dans la Table de Cébès et MAXIME DE Tyr, ii, 2. —

4. πάπα : titre alors commun aux évêques. — ἀγίου : le saint don; voy. Μt.,νίι, 6; Lc, I, 35; Hêbr., ix, 1. - 5. Ἀφρικῇ : la proconsulaire, dont Carthage était la métropole. Iconium était en Lycaonie, et Synnada en Phrygie. Voy. HEFELE, Hist. des conciles, nouv. tr. fr., I, 159 et 161, n. 2. - φησίν : absolument, introduit une citation de l'Écriture ; de même, inquit. en latin. C'est un cas particulier de l'emploi impersonnel du verbe qui désigne une fonction ; voy. KüHNER-GERTH Gr. Grammatik, § 352 b; 2e partie, t. I, p. 32. viii = FELTOE, 55,13 -56,6.. - Νοουστιανῷ est la leçon do l'archétype de ABDMT SYNC, les autres sources supposent la forme Nouatus. Voy. plus haut, VI, XLV. - ὁμολo - 545 γίαν : la triple confession qui précédait le baptême proprement dit et faisait partie de la cérémonie dans tous les rites ; voy. DUCHESNE, Orig. du culte 2e éd., p. 301 et 312. . ix = FELTOE, 50,7 -59,9. - 2. Sur Héraclas, voy. VI, iii, 2 et la n. Celte date ancienne donne lieu de croire qu'i s'agit dans cet extrait d'autres hérétiques que des Novatiens. — τῶν ἀποκρίσεων, voy. le ch. précédent. —

3. παραδοχῆς peut désigner l'admission dans l'église, ou plutôt, étant donné les deux mots entre lesquels il est placé, la réception du Saint-Esprit. --

6. Lucien peut être le confesseur qui causa tant de difficultés à saint Cypricn; mais on n'en sait rien. x, 1. οἱ ἀμφὶ τὸν Γάλλον : Gallus, son fils et associé Volusien, Emilien, ennemi et meurtrier des deux précédents. Chronologie : Gallus (251-252), Gallus et Volusien (252-253), Emilien (253), Valérien (253), Valérien et Gallien (253-259), Gallien (259-268). Voy. GOYAU, Chronologie de l'Empire romain, p. 300 suiv. Sur la chronologie de la période très obscure qui va de la mort de Dèce à celle des fils de Gallien, voy. Une série d'articles de la Numismatische Zeitschrift, nouv.sêr.,t. 1 (1908), par W.Kubilschek, O. Voelter et K. Regling. - Sur la persécution de Valérien, voy. P. J.HEALY, The Valerian persecution, Londres, 1905. - 2-9 = FELTOE,p. 70, 12 - 76, 8. — ὁμοίως suppose une citation antérieure analogue ; Hort conjecture DAN., viii, 25. - 4, ὁ διδάσκαλος : Macrianus, nommé plus loin, § 5. - L'infanticlde est le crime traditionnel des magiciens (voy. HORACE, Épodes, v) ; d'où cette accusation contre les chrétiens et les juifs. -

5. Macrianus était Rationalis ou Procurator summae rei priuatae. Denys joue sur les mots καθόλου et λόγων. Il serait peut-être imprudent d'attacher une grande importance à τῆς καθολικῆς ἐκκλησίας du 6. Tout le morceau est, d'ailleurs, d'une rhétorique apprêtée : cf. ἀρχιουνάγωγος

6. ὄνομα: Denys rattache Macrianus à μακρός, « long, éloigné». - 8. Les deux fils de Macrianus furent empereurs, Macrianus le jeune et Quictus. En 202, les deux Macrianus furent défaits et tués en Illyricum par Aureolus ; Quietus, assiégé dans Edesse, par Odenath, périt aussi. Macrianus éait estropié des deux jambes (ZONARAS, XII, xxiv). --

9. ἠτύχει BD. SYNCELLE, .εἰ

τύχοι M (confusion due à l'itacisme), ηὐτύχει AERT arm. Voy. SCHWARTZ, p. LXXVII. xi, 1-19 = FELTOE, 27, 10 -36, 7. - 3. Cet Emilien ne doit pas être confondu avec le successeur de Gallus. Il prit lui-même la pourpre, sous le règne de Gallien ; mais Théodote, général de Gallien, le vainquit et le fit tuer. - Maxime devait succéder à Denys sur le siège d'Alexandrie. -

5 Képhro, village dont on ne sait rien de plus. - 6. Marcellus n'a pas été nommé précédemment; est-ce le frère de Rome qui a été pris avec eux? Ici Eusèbe est omis. —

10. καλούμενα prouve que ce sens de κοιμητήριον est chrétien. Sur les cimetières, voy. DUCHESNE Hist, t. I, p. 387 ; et l'art, spécial du Dictionnaire d'archéologie de dom Cabrol. - « Accusabatur scilicet Dionysius a Germano quod conuentus fratrum non habuisset ente exotlam persecutionem, sed fuga saluti suae prospexisset. Quotiens enim ingruebat persecutio, solebant prius episcopi populum congregare » (VALOIS). - 12. ὡς εἶπεν : voy. la n. sur viii 5 - 14. λιβυκωτέρους : cf. x, 5. Cette expression est contredite par la mention du lac Maréotis ; voy. la n. de Schwartz. -

17. γειτνιῴη SCHARTZ : γνειντιῶ,

BDT γειτνιῶ EM, γειτνίᾶ AR2, .« ist nah » arm. - προάστείοις désigne la région qui entoure une ville; voy. BINGHAM, Antiq., IX, ii, 3 (FELTOR). — 18. ὁμολογίας : Confessions de la foi devant les autorités en temps de pesécution. - πολλά τἑ εἶπεν WILAMOWITZ. - Sur la persécution sous Dèce cf. Sabinus, νον. VI, x,i 2. - Le deuxième

ρῖα, devant μέχρι est une altération antérieure à Eusèbe.

547 - 20-25 = 69, 4. - 22.

στρατηγῶν : des magistrats civils, duumuiri, auxquels sont attachés les ὑπηρεταί, tandis que les soldats dépendent du centurion. — ἀφήρπασαν : sur ces événements, voy. VI, x. 6. -

24. νήσῳ lat. arm., νόσῳ mss. :

probablement une île du fleuve, connue des chrétiens; voy. SCHWAHTZ, p. lxxxvi. - τελείων : ces parfaits sont les martyrs; cf. VII, xii, 26.-25. Sur Eusèbe, voy. xxxii, 5; sur Maxime, xxviii, 3; la persécution où périt Faustus est celle de Dioctétien (303-304). xii.

On ne sait rien de plus sur les trois frères martyrs. - Voy. d'autres martyrs marcionites, IV, xv, 40 ; De mart. Pal., x; cf. V, xvi, 20-21 et 12.

xiii. 1.

La captivité de Valérien chez les Parthes se place vers 259. Son fils, Gallien, était précédemment associé à l'empire. Voy. NIESE, Grundriss der römischen Geschichte, 4e éd. (Munich, 1910), p. 370, n. 2. Eusèbe ne reproduit pas les édits, mais un rescrit sur un point particulier. Ce rescrit n'a pu être obtenu qu'après la défaite de Macrianus (261 ou 262; voy. plus haut, x, 8). - Pinnas est inconnu; Démétrius est peut-être nommé plus haut, x,,

24. - ἀποχωρήσωσιν a pour sujet.un pluriel indéterminé, les gens qui avaient occupé les possessions des communautés à la faveur de la persécution. - συγκεχώρηται: par l'édit .- La fonction d'Aurelius Quirinius peut être identique à celle de Macrianus (x, 5; cf. IX, xi, 4), mais peut concerner seulement l'Egypte. — κοιμητηρίων : cf. xi, 10.

xiv.

D'après HAUNACK, Chronologie, t. I, p. 218, Démétrianus devient évêque à la fin de 252 ou au commencement de 253. Sur les quarante années environ d'épiscopat de Firmilien, voy. ib.. t. II, p. 102. Sur le fragment de liste de Césarée de Palestine, voy. ib., t. I, p. 230. La série pour Jérusalem est ici : Mazabane, 250-204/6; Hyménée, 264/6-297/9 (ib. t. I, p.

223).

xv.

Ce récit est un exemple d'exécution de chrétiens en

548 temps de paix et sans qu'il y ait une persécution. Depuis TILLEMONT, Mémoires, t. IV, p. 23, on admet généralement que le fait se place dans le début du règne de Gallien et dans le ressort de l'usurpateur Macrianus, très hostile aux chrétiens. Sur le service militaire chez les chrétiens, voy. , HARNACK, Die Mission and Ausbreitung, 2e éd., t. II, p. 23 (bibliographie); VACANDARD, Etudes de critique et d'histoire religieuse, 2e série, p. 129. Achée est inconnu. Valois suppose qu'il était gouverneur de Palestine. -

4. χλαμύδος; arm., χλανίδας mss. : la version a seule le texte authentique ; voy. SCWARTZ, p.lxxxvi. Voy. la faute inverse, dans HORACE, Epit, I, xvii, 31 (Max BONNET, Rev. de philologie, nouv. sér., I, 200).

xvi . Rufin ajoute à propos d'Astyrius : « honorem, quem martyri detulit continuo ipse martyr adsequitur ». Eusèbe ne dit rien de semblable. xvii.

διὰ Χριστοῦ τὸν ἐπὶ πάντων θεόν : διὰ Χριστόν lat. : correction dogmatique; voy. SCWARTZ, p. cv.

xvi. 1.

SOZOMENE, H. E., V, xxi, et PHILOSTORGE, VII, iii, nous apprennent que Julien détruisit ce monument. Sur les représentations du Christ, voy. le livre de DOBSCHÜTZ, Christusbilder, Leipzig.

xx.

La lettre à Dométius et à Didyme paraît être celle d'où Eusèbe a tiré des extraits, plus haut, xι, 20. La lettre à Flavius est perdue.

xx. 2.

τῶν κατ' Αἴγυπτον ἐπισκόπῳ BDM arm., τῶν... ἐπισκόπων ERT, τῷ... ἐπισκόπῳ Α. Il faut entendre : « un évêque d'Egypte, », par opposition au patriarche. Voy. SCWARTZ, p. LXXI. - Voy. FELTOE, p. 85 suiv. La rhétorique de ce morceau mériterait d'être étudiée. Les circonstances auxquelles il est fait allusion doivent être les troubles suscités par l'usurpateur Macrianus, à la fin de 201. xxii = FELTOE, p. 80. — 2. ἐπιλύπων A, ἐπιλοίπων mss. arm. :

itacisme (SCHARTZ, p. cxv.). - 3.

εἷς Πολλά TURNEBE, εἰς πολλά BD ἐπὶ πολλά EM, πολλά ART.

549 xxiii = FELTOE, p. 76, 9. — ἐκεῖνος mss., « Dèce » arm. ; de même l'arménien, c.-à-d. le syriaque, ajoute plus loih à ὃ μὲν οὐκ ἔστιν l'équivalent de ὁ ἄνομος Δέκιος (SCWARTZ, p. LXXXI et LXXXIV). Mais ici les var. suivantes πρὸ ἑαυτοῦ M πρὸ αὐτοῦ AER, πρὸς αὐτοῦ T, destinées à rendre la phrase intelligible après un nom d'empereur, au lieu du texte correct έαυτοδ, donné par BD, prouvent que déjà les mss. grecs étaient altérés dans ce sens. Le syriaque a esquivé la difficulté en omettant tout ce qui va de τῶν ἑαυτοῦ à πρὸ αὐτοῦ;. -

207 B), d'après SCWARTZ, p. xci. — ἐορτάσωμεν : indication qui prouve que le document est une lettre festale. Les années de Gallien partent du milieu de l'été : l'achèvement de la neuvième suit donc de près les solennités pascales. On entend ainsi ce passage : la septième année finit dans l'été de 260, si on prend pour point de départ la proclamation de Gallien comme Auguste par son père Valérien vers le mois d'août 253. Celle septième année est mentionnée comme année critique : remarquer ὑπερβάς (superstition du nombre sept, voy. ROSCHE, Die Hebdomadenlehren der griech. Philosophen und Acrzte, Leipzig, 1900). La courte durée de règne des empereurs à celle époque rendait ce nombre digne d'attention : Postumus, au lieu d'attendre ses decennalia devait s'empresser de faire frapper des médailles pour ses quinquennalia, en 262 (ECKHEL, t. VII, p. 438). Denys avait une raison particulière de mentionner la septième année : c'est probablement à la fin de cette période que l'édit de persécution avait été retiré. La neuvième année, d'après ce compte, serait 261-262. xxiv-xxv = FELTOE, p. 108-125. Voy. DUDHESNE. t. I, p. 481. Sur la conception du millénaire, empruntée à Cérinthe (xxv, 2-3), voy. III, xxviii et p. 507. - 7. ᾐρημένος AERT, εἰρημένος M, εἰρημένων BD arm, « sufficere quod er-

550 ratum est .» lat. :

fautes dues à l'itacisme (SCHWAHTZ, p. xciiii). xxv, 1. Τινὲς μέν mss., τινὲς παρόντες A, « et beaucoup d'autres frères » arm., « omnes reliqui fratres >» lat. : extrait mal coupé (SCHAHTZ). - 25. τὸν λόγον AT, τὸν λόγον τὴν γνῶσιν BDEMR (cf. II Cor., xi, 6), τῶν λόγων τὴν γνῶσιν arm. : voy. SCHWAHTZ, p. LXXXIX xxvi, 1. Seule allusion dans Eusèbe à un débat dont on parla beaucoup au temps de l'arianisme; voy. DUCHESNE, t. I, p. 485 suiv. xxviii. «Xyste II, évêque de Rome, surpris dans le cimetière de Prétextat pendant qu'il y célèbre les saints mystères, y est décapité après 11 mois et 6 jours de pontificat , (GOYAU, Chronologie, 6 août 258, p. 309). La mort de Xyste II est le point fixe chronologique de la liste de Rome pour celle période. Denys de Rome ne fut ordonné que le 22 juillet 259. Paul de Samosate devient évéque d'Antioche à la fin de 200. — 2. Un premier concile se réunit à Antioche en août 264, mais ne décida rien. Dans le même mois se place la mort de Denys d'Alexandrie. xxviii 3. Voy. ci-dessus. - 4. Gallien périt le 4 mars 268. Claude II est proclamé dans le courant du même mois, et meurt de la peste en avril 270. xxix. Sur Paul de Samosate, voy. DUCHESNE, t. I, p. 465 suiv. Sa déposition est de l'automne 268.

xxx, 21. Il est probable qu'Eusèbe nous donne ici la véritable version de ce qu'on appela la neuvième persécution. Voy. AUBE, l'Eglise et l'Etat dans la seconde moitié du IIIe siècle, p. 409. —

22. Eusèbe ne mentionne pas les règnes très courts de Tacite et de son frère, Florianus. Probus, proclamé en Orient dans le courant d'avril 270, fut reconnu par le sénat en été, et périt au mois d'octobre 282. Carus périt en décembre 283, Numérien en septembre 284, Carin au printemps 285. Dioclétien, proclamé le 17 sep-

285. - 23. Denys de Rome était mort le 20/27 décembre 208 (HARNACK, Chronologie, II, 411). xxxi. Sur le manichéisme, voy. DUCHESNE, t. I, p. 555. Des textes anciens, appartenant à la secte, ont été récemment découverts dans le Turkestan chinois par la mission allemande de M. von Le Coq. On en trouvera une partie dans les Silzungsberichte de l'Académie de Berlin. xxxiii. Papes : Félix, 200-274; Eutychien, 275-283; Gaïus, 283-200 ; Marcellin, 296-304 Le martyre de Marcellin n'est pas tout à fait sûr. Voy. DUCHESNE, Liber Pontificalis, t. I, p. i.xxiii-xxv et CCLXI. — 14. ἔχει : l'extrait paraît avoir été mal coupé par Eusèbe. - 26 et 27. Il faut lire Mélitius, avec BDM, non Mélêtius, avec AKHT (SCHARTZ, p. LXX). — 32. Les 305 années d'Esèbe vont de 3/2 avant l'ère chrétienne à 302/3.

DE d'EUSÈBE DE CÉSARÉE

419 LIVRE VIII VOICI CE QUI EST CONTENU DANS LE HUITIEME LIVRE DE L'HISTOIRE ECCLESIASTIQUE

IV. Les martyrs de Dieu dignes d'être chantés ;

comment ils ont rempli tout lieu de leur mémoire, après avoir ceint pour la religion toutes sortes de couronnes.

XVII. La rétractation des princes.

Nous avons exposé en sept livres entiers la succession des apôtres ; dans ce huitième livre, nous avons pensé que les événements qui nous furent contemporains sont dignes d'être décrits d'une façon spéciale et que c'était une chose tout à fait indispensable de les transmettre à la connaissance de ceux qui viendront après nous. Aussi bien notre récit commencera à partir de là.

423 CHAPITRE PREMIER [CE QUI PRECEDA LA PERSECUTION DE NOTRE TEMPS]

[1]

Quelle et combien grande, avant la persécution de nos jours, fut la considération et la liberté dont jouissait auprès de tous les hommes grecs et barbares la doctrine de la religion du Dieu de l'univers annoncée au monde par le Christ, il serait au-dessus de nos forces de le raconter dignement. [2] On en peut voir la preuve dans les actes de bienveillance des princes envers les nôtres ; ils leur confiaient même le gouvernement des peuples, ils les exemptaient de l'obligation angoissante de sacrifier, à cause de la grande inclination qu'ils gardaient eux-mêmes pour notre croyance. [3] Que dire de ceux qui étaient dans les palais impériaux, et par-dessus tout, des princes eux-mêmes? Ceux-ci laissaient à leurs familiers, en leur présence, en ce qui concerne la divinité, une liberté entière de parole et de conduite ; il en était de même pour les épouses, les enfants et les serviteurs ; ils leur permettaient presque de se vanter de la liberté de leur foi ; c'était d'une façon extraordinaire et plus que les autres officiers qu'ils les avaient en faveur. [4] Tel ce Dorothée qui leur était plus dévoué et plus fidèle que tous et, à cause de cela, plus singulièrement honoré que ceux qui étaient dans dés charges et des gouvernements ; et 425 avec lui, le célèbre Gorgonius et tant d'autres qui étaient pareillement jugés dignes par les princes de la même distinction à cause de la doctrine de Dieu. [5] Il fallait voir de quel accueil les chefs de chaque église étaient l'objet de la part de tous les procurateurs et gouverneurs. D'autre part, comment décrire ces innombrables entrées de gens dans l'Église, les foules dans les assemblées de chaque ville et les remarquables concours de la multitude dans les maisons de prières ? Aussi bien, à cause de cela, on ne se contentait désormais plus des édifices d'autrefois, et dans chaque ville on faisait sortir du sol de vastes et larges églises. [6] Aucune haine n'empêchait tout cela d'avancer avec le temps, et d'ajouter chaque jour un progrès et un accroissement ; aucun démon dans sa malice n'était capable de le conjurer par un sort, ni de l'empêcher par les machinations des hommes, tellement la main de Dieu du haut du ciel couvrait et gardait son peuple ; celui-ci du reste en était digne.

[7] Cependant, comme il arrive dans la plénitude de la liberté, les choses parmi nous tournèrent à la mollesse et à la nonchalance ; nous nous jalousions les uns les autres, nous nous lancions de grossières injures, et il s'en fallait peu que nous nous fissions la guerre les uns aux autres, quand cela se trouvait, avec les armes et les traits que sont les paroles; les chefs déchiraient les chefs, les peuples divisés se soulevaient contre les peuples ; l'hypocrisie maudite et la dissimulation montaient au plus haut degré de malice. Alors le jugement de Dieu, ainsi qu'il aime à le faire, agissait avec ménagement et les assemblées se réunissaient encore; il 427 exerçait sa charge avec douceur et modération ; ce fut par les frères de l'armée que commença la persécution. [8] Comme des gens insensibles nous ne mettions aucun empressement à faire en sorte de rendre la divinité bienveillante et miséricordieuse; semblables à des athées qui pensent que ce qui nous concerne n'est pas l'objet d'une vigilance et d'une surveillance, nous entassions les fautes les unes sur les autres. Ceux qui paraissaient nos pasteurs, dédaignant la règle de la religion, se laissaient enflammer les uns contre les autres par les jalousies; ils ne faisaient uniquement progresser que les disputes, les menaces, la rivalité, l'inimitié et la haine réciproques; ils revendiquaient avec ardeur les objets de leur ambition comme on fait pour des tyrannies, et cela justement alors que suivant la parole de Jérémie : « Le Seigneur étendit les ténèbres de sa colère sur la fille de Sion et rejeta du ciel la gloire d'Israël, il ne se souvint plus de son marchepied au jour de sa colère : mais il noya toute la beauté d'Israël et détruisit tous ses retranchements ». [9] Et selon ce qui est prophétisé dans les Psaumes : « Il a détruit le testament de son serviteur et il a jeté bas son sanctuaire » par la ruine des églises, « il a renversé tous ses retranchements, il a rempli de frayeur ses forteresses, tous ceux qui passaient dans le chemin ont pillé les multitudes de son peuple, et il est devenu en outre la honte de ses voisins. Car le Seigneur a exalté la main de ses ennemis, il a détourné le secours de son glaive, il ne l'a point aidé dans la guerre, mais il l'a dépouillé de sa pureté, il a brisé son trône sur la 429 terre, il a abroge les jours de son temps et surtout il l'a arrosé de honte. »

CHAPITRE II [LA DESTRUCTION DES EGLISES]

[1]

Tout cela s'est en effet accompli à notre époque, quand nous avons vu de nos yeux les maisons de prière rasées et détruites de fond en combla, les divines et saintes Écritures livrées au feu au milieu des places publiques, les pasteurs des églises se cachant honteusement ici et là, capturés d'une façon ignominieuse et insultés par les ennemis, quand, selon une autre parole prophétique, « le mépris était répandu sur les chefs, et les faisait errer dans des lieux impraticables et hors de la route». [2] Mais ce n'est pas à nous de décrire les sombres malheurs qui leur arrivèrent à la fin, car il ne nous convient pas de livrer à l'histoire leurs dissentiments réciproques et leurs extravagances d'avant la persécution ; nous n'entendons en effet rien raconter hormis les choses par lesquelles nous pourrons justifier le jugement de Dieu. [3] Nous ne nous laisserons donc pas davantage aller à rappeler la mémoire de ceux qui ont été éprouvés par la persécution, non plus que de ceux qui ont fait un complet naufrage pour le salut, et qui par suite même de cette résolution ont été précipités au fond de l'abîme. Dans celte histoire générale nous rapporterons seulement les choses qui doivent nous être utiles d'abord à nous-mêmes, puis à ceux qui viendront après nous.

431 Maintenant commençons ici le récit abrégé des saints combats des martyrs de la divine parole.

[4] C'était alors la dix-neuvième année du règne de Dioclétien, au mois de Dystro, c'est-à-dire le mois de Mars selon les Romains, à l'approche de la fête de la Passion du Sauveur, lorsqu'on afficha partout des édits impériaux ordonnant de mettre par terre les églises et de supprimer les Écritures par le feu, et proclamant .déchus de leur fonction ceux qui étaient en charge, et privés du droit d'être affranchis ceux qui étaient esclaves chez les particuliers s'ils demeuraient dans la profession du christianisme. [5] Tel était le premier édit contre nous; peu après,.d'autres suivirent qui ordonnèrent d'emprisonner d'abord tous les chefs des églises de tous pays, puis ensuite par tous les moyens de les contraindre à sacrifier.

CHAPITRE III [LA CONDUITE DE CEUX QUI ONT COMBATTU DANS LA PERSECUTION.] [1]

Alors, en fait, un très grand nombre de chefs des églises supportèrent avec courage de terribles souffrances et donnèrent le spectacle de grands combats; mais une foule d'autres dont l'âme était auparavant engourdie dans la lâcheté, faiblirent rapidement au premier choc. Chacun des premiers supporta un genre différent de supplices l'un eut le corps meurtri par les fouets, l'autre fut tourmenté par les tortures et les 433 déchirements intolérables des ongles de fer sous lesquels certains trouvèrent une terrible fin de leur vie. [2] Mais d'autres encore sortirent de la lutte d'une façon différente : l'un était poussé de force et approché des sacrifices souillés et impurs, et on le renvoyait comme s'il avait sacrifié quoiqu'il se fût abstenu ; l'autre ne s'en était même pas approché du tout et n'avait rien touché de souillé ; des gens disaient qu'il avait sacrifié, il supportait en silence celte dénonciation calomnieuse et s'en allait; un autre était enlevé à moitié mort, on le jetait comme s'il était déjà un cadavre et [3] il gisait par terre, puis quoiqu'un le traînait de nouveau par les pieds à travers un long espace et il était compté parmi ceux qui avaient sacrifié ; tel criait et attestait à haute voix son refus de sacrifier ; un autre clamait qu'il était chrétien et qu'il se faisait gloire de confesser ce nom emprunté au Sauveur ; un autre affirmait avec force qu'il n'avait pas sacrifié et ne sacrifierait pas ; [4] cependant, même ceux-là étaient frappés à tour de bras et réduits au silence par une escouade de soldats placés dans ce but; on leur meurtrissait le visage et les joues, puis on les jetait dehors de force, tant les ennemis de la religion estimaient que, par tous les moyens, il fallait paraître avoir abouti.

Mais cela ne leur roussissait pas avec les saints martyrs. Pour le récit exact de ces événements quelle parole pourrait nous suffire ? 435 CHAPITRE IV [LES MARTYRS DE DIEU DIGNES D'ÊTRE CHANTES. COMMENT ILS ONT REMPLI TOUS PAYS DE LEUR MEMOIRE APRES AVOIR CEINT POUR LA RELIGION TOUTES SORTES DE COURONNES]

[1]

On pourrait en effet raconter que des milliers de chrétiens firent preuve d'un admirable zèle pour la religion du Dieu de l'univers, non pas seulement à partir du moment où s'éleva la persécution générale, mais bien auparavant, dès le temps où les choses étaient encore à la paix. [2] Car ce fut tout récemment que celui qui en avait reçu la permission, s'éveilla comme d'un profond sommeil ; c'était encore en secret et dans l'ombre, après le temps qui s'écoula entre Dèce et Valérien, qu'il mit la main à son entreprise contre les églises et il ne commença pas la guerre contre nous tout d'un coup, mais il s'essaya seulement tout d'abord contre ceux qui étaient aux armées (car il pensait ainsi perdre facilement les autres aussi, s'il avait auparavant le dessus dans la lutte avec ceux-là) ; on put voir alors un très grand nombre de militaires embrasser très volontiers la vie privée afin de ne pas devenir les renégats de la religion du Dieu de l'univers. [3] Aussitôt que le chef de l'armée, qui était alors, eut commencé les opérations de la persécution contre les troupes, il classa et épura ceux qui servaient dans les armées ; il leur donnait le choix ou bien d'obéir et de continuer à jouir de leur grade, ou bien au contraire d'en être privés s'ils faisaient le contraire de ce qui était ordonné. Un grand nombre de soldats du royaume du Christ sans hési- 437 tation préférèrent volontiers la confession de leur foi à l'honneur apprécié et à la situation avantageuse' qu'ils avaient. [4] Alors il arrivait rarement qu'un ou deux d'entre eux aient à supporter non seulement la perte de leur dignité mais la mort pour leur religieuse résistance ; celui qui conduisait, en ce moment, l'entreprise, le faisait avec mesure et n'osait aller jusqu'à l'effusion du sang que pour quelques-uns ; il craignait, à ce qu'il semble, la foule des croyants et redoutait de se jeter dans la lutte contre tous à la fois.

[5] Mais quand il se présenta au combat d'une façon plus ouverte, il n'est pas possible à la parole d'exprimer le nombre et l'excellence des martyrs de Dieu qu'il fut donné aux habitants des villes et des campagnes de contempler de leurs yeux.

CHAPITRE V [CEUX DE NICOMEDIE]

[1]

C'est ainsi qu'un homme, non pas obscur mais tout à fait des plus considérables parmi les dignitaires du siècle, aussitôt que fut affiché à Nicomédie l'édit contre les églises, poussé par son zèle pour Dieu, et emporté par sa foi ardente, enleva et déchira l'exemplaire placé très en vue dans un endroit public, comme un objet impie tout à fait digne de mépris. Deux empereurs étaient présents dans cette même ville, le plus ancien de tous et celui qui occupait le quatrième rang du pouvoir après lui. Ce chrétien était le premier des gens du ce pays, qui se faisait 439 remarquer de cette sorte; aussitôt, ainsi qu'il était naturel, il subit ce qu'appelait une pareille audace et garda sa sérénité et son calme jusqu'au dernier soupir.

CHAPITRE VI [CEUX QUI ETAIENT DANS LES PALAIS IMPERIAUX]

[1]

Au-dessus de tous ceux qui ont été jamais célébrés comme dignes d'admiration et vantés pour leur courage soit chez les Grecs, soit chez les barbares, l'époque présente a placé les divins et glorieux martyrs que furent les serviteurs impériaux, compagnons de Dorothée. Leurs maîtres les avaient jugés dignes de la plus haute distinction et leur avaient donné l'affection qu'ils portaient à leurs propres enfants. Mais ces chrétiens estimèrent comme un trésor véritablement plus grand que la gloire et le plaisir du monde, les opprobres endurés pour la religion, les souffrances, les genres de mort variés inventés pour eux. Nous ne rappellerons que pour un seul d'entre eux quelle fut la fin de sa vie et nous laisserons voir par là ce qui est arrivé aux autres.

[2] On en fit comparaître un dans la ville citée plus haut [Nicomédie] devant les princes dont nous avons parlé et on lui ordonna de sacrifier; comme il refusait, on commanda de l'élever tout nu en l'air et avec des fouets de lui déchirer tout le corps jusqu'à ce que, vaincu, il fût contraint de faire ce qui était ordonné. [3] Comme il souffrait cela sans être ébranlé, on se mit alors à arroser ses os mis à 441 nu avec du vinaigre mêlé de sel et on en versa sur les parties de son corps complètement meurtries ; il méprisa encore ces souffrances ; alors on traîna un gril et du feu, et comme on fait pour les viandes qu'on veut manger, on exposa ce qui restait de son corps à la flamme, non pas d'une façon brutale, de peur qu'il ne mourût rapidement, mais afin qu'il pérît petit à petit. Ceux qui l'avaient placé sur le foyer n'avaient pas l'autorisation de le délier avant qu'il n'eût, après de telles souffrances, fait signe qu'il consentait à ce qui était ordonné, [4] Mais il garda sa résolution sans lâcher prise, et vainqueur dans ces tortures il rendit l'âme. Tel fut le martyre de l'un des serviteurs impériaux ; il était bien réellement digne de son nom : il s'appelait Pierre.

[5] Les supplices des autres ne furent eux aussi pas moindres; pour faire l'épargne d'un récit qui leur soit proportionné, nous les laisserons, et nous dirons seulement que Dorothée et Gorgonius, ainsi que beaucoup d'autres de la domesticité impériale, après des combats multiples, perdirent la vie par la strangulation et remportèrent les prix de la divine victoire.

[6] A cette époque celui qui alors présidait à l'église de Nicomédie, Anthime, à cause du témoignage qu'il rendit au Christ, fut décapité et on lui adjoignit une multitude nombreuse de martyrs. Un incendie se déclara, je ne sais comment, dans les palais impériaux de Nicomédie ces jours mêmes. Sur un soupçon mensonger, la rumeur se répandit qu'il avait été allumé par les nôtres ; alors les chrétiens de l'endroit en masse et sans distinction, sur un ordre impérial, furent les uns égorgés par le glaive, les autres mis à mort par le feu, et on raconte

443 qu'emportés par un zèle divin et indicible, des hommes et des femmes s'élancèrent dans le bûcher ; les bourreaux en lièrent une foule d'autres sur des barques et les précipitèrent dans les abîmes de la mer. [7] Les serviteurs impériaux, après leur mort, avaient été confiés à la terre avec les honneurs qui convenaient ; on revint encore les exhumer pour les jeter à la mer. Ceux qu'on regardait comme les maîtres estimaient qu'il le fallait, de peur que, s'ils reposaient dans des tombeaux certains ne vinssent à les adorer et ne les tinssent pour des dieux, ainsi du moins qu'ils pensaient. Tels furent les événements accomplis à Nicomédie au commencement de la persécution. [8] Peu après, certaines gens dans le pays appelé Mélitène et d'autres aussi en Syrie tentèrent de s'emparer de l'empire; un ordre impérial arriva de mettre en prison et dans les chaînes tous les chefs des églises. [9] Le spectacle de ce qui arriva alors dépasse tout récit : partout une multitude immense de gens étaient emprisonnés et les prisons de chaque localité préparées de toute antiquité pour des assassins et des violateurs de tombeaux étaient maintenant remplies d'évêques, de prêtres, de diacres, de lecteurs, d'exorcistes, si bien qu'il n'y restait plus de place pour ceux qui étaient condamnés pour crimes.

[10] Ces premiers édits furent de nouveau suivis de près par d'autres, dans lesquels il était ordonné ,1e laisser les prisonniers qui sacrifiaient aller en liberté, mais, pour ceux qui s'obstinaient, de les tourmenter par mille tortures. Comment encore pourrait-on compter ici le nombre des martyrs de chaque province, surtout en Afrique, dans la nation

445 des Martyrs, en Thébaïde et en

Egypte ? Un certain nombre ayant émigré de ce pays en d'autres villes et provinces s'y distinguèrent par leurs martyres. CHAPITRE VII

[LES ÉGYPTIENS EN PHENICIE]

[1]

Nous savons certes ceux d'entre eux qui se sont illustrés en Palestine, mais nous connaissons aussi ceux qui ont brillé à Tyr en Phénicie. A les voir, qui n'aurait été frappé d'admiration ayant devant soi les interminables flagellations, et, sous les coups, la patience des athlètes vraiment merveilleux de la religion, et aussitôt après les fouets, le combat contre les fauves qui devaient les dévorer, et les bonds de léopards, d'ours divers, de sangliers sauvages et de taureaux aiguillonnés avec le feu et le fer, et l'étonnante constance de ces hommes généreux contre chacune de ces bêtes? [2] Nous avons nous-même assisté à ces scènes et alors nous avons vu que la puissance divine de notre Sauveur, de Jésus-Christ lui-même, à qui il était rendu témoignage, était présente et se manifestait visiblement aux martyrs : les bêtes dévorantes pendant longtemps n'osaient ni toucher ni même approcher les corps des amis de Dieu ; mais elles se précipitaient contre les autres chaque fois que, du dehors, ils tes stimulaient par des excitations ; cependant les saints athlètes étaient seuls, debout, sans vêtements, agitant les mains pour attirer les bêtes vers eux-mêmes (car il leur était ordonné de faire cela) et ils n'étaient absolument pas touchés. Si 447 parfois elles s'élançaient contre eux, comme par une force tout à fait divine elles étaient brusquement arrêtées et elles revenaient en arrière.

[3] Ce spectacle au reste se prolongeait et il ne se présentait pas seulement un rapide instant à ceux qui regardaient; ainsi, après qu'une première bête n'avait rien fait, on en lâchait une seconde, puis une troisième contre un seul et même martyr. [4]

Il était alors loisible d'être frappé de la force intrépide de ces saints et du courage inflexible qui était venu dans ces jeunes corps. C'est ainsi qu'on voyait l'âge d'un jeune homme qui n'avait pas vingt ans accomplis ; il se tenait debout sans lien, étendant les mains en forme de croix, et avec une âme sereine et tranquille, il prolongeait à loisir les prières qu'il adressait à la divinité, ne bougeant absolument pas du lieu où il se tenait, ne faisant pas un mouvement pour s'en écarter ; cependant des ours et des léopards, respirant la fureur et la mort, touchaient presque sa chair, mais je ne sais comment, grâce à une puissance divine et mystérieuse, ils avaient pour ainsi dire la gueule formée et ils revenaient en arrière en courant. Tel était ce martyr.

[5] On en a pu voir d'autres encore (car ils étaient cinq en tout) jetés devant un taureau furieux ; celui-ci lançait en l'air avec ses cornes tous ceux qui nous étaient étrangers et qui l'approchaient, il les déchirait et les laissait à demi morts ; les saints martyrs, vers lesquels il se précipitait en colère et menaçant, furent les seuls qu'il ne put pas approcher; il frappait des pieds et des cornes de côté et d'autre ; les excitations qu'on lui infligeait avec les fers rouges lui faisaient

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