De l'éducation des filles (page 5)

François Fénelon · Institutions

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org · 5 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

On croit d’ordinaire qu’il faut qu’une fille de qualité qu’on veut bien élever apprenne l’italien et l’espagnol ; mais je ne vois rien de moins utile que cette étude, à moins qu’une fille ne se trouvât attachée auprès de quelque princesse espagnole ou italienne, comme nos reines d’Autriche et de Médicis. D’ailleurs ces deux langues ne servent guère qu’à lire des livres dangereux, et capables d’augmenter les défauts des femmes ; il y a beaucoup plus à perdre qu’à gagner dans cette étude. Celle du latin serait bien plus raisonnable, car c’est la langue de l’Eglise : il y a un fruit et une consolation inestimable à entendre le sens des paroles de l’office divin, où l’on assiste si souvent. Ceux même qui cherchent les beautés du discours en trouveront de bien plus parfaites et plus solides dans le latin que dans l’italien et dans l’espagnol, où règne un jeu d’esprit et une vivacité d’imagination sans règle. Mais je ne voudrais faire apprendre le latin qu’aux filles d’un jugement ferme et d’une conduite modeste, qui sauraient ne prendre cette étude que pour ce qu’elle vaut, qui renonceraient à la vaine curiosité, qui cacheraient ce qu’elles auraient appris, et qui n’y chercheraient que leur édification.

Je leur permettrais aussi, mais avec un grand choix, la lecture des ouvrages d’éloquence et de poésie, si je voyais qu’elles en eussent le goût, et que leur jugement fût assez solide pour se borner au véritable usage des choses ; mais je craindrais d’ébranler trop les imaginations vives, et je voudrais en tout cela une exacte sobriété : tout ce qui peut faire sentir l’amour, plus il est adouci et enveloppé, plus il me paraît dangereux.

La musique et la peinture ont besoin des mêmes précautions ; tous ces arts sont du même génie et du même goût. Pour la musique, on sait que les anciens croyaient que rien n’était plus pernicieux à une république bien policée, que d’y laisser introduire une mélodie efféminée : elle énerve les hommes ; elle rend les âmes molles et voluptueuses ; les tons languissants et passionnés ne font tant de plaisir, qu’à cause que l’âme s’y abandonne à l’attrait des sens jusqu’à s’y enivrer elle-même. C’est pourquoi à Sparte les magistrats brisaient tous les instruments dont l’harmonie était trop délicieuse, et c’était là une de leurs plus importantes polices ; c’est pourquoi Platon rejette sévèrement tous les tons délicieux qui entraient dans la musique des Asiatiques : à plus forte raison les Chrétiens, qui ne doivent jamais chercher le plaisir pour le seul plaisir, doivent-ils avoir en horreur ces divertissements empoisonnés.

La poésie et la musique, si on en retranchait tout ce qui ne tend point au vrai but, pourraient être employées très utilement à exciter dans l’âme des sentiments vifs et sublimes pour la vertu. Combien avons-nous d’ouvrages poétiques de l’Ecriture que les Hébreux chantaient, selon les apparences ! Les cantiques ont été les premiers monuments qui ont conservé plus distinctement, avant l’écriture, la tradition des choses divines parmi les hommes. Nous avons vu combien la musique a été puissante parmi les peuples païens pour élever l’âme au-dessus des sentiments vulgaires. L’Eglise a cru ne pouvoir consoler mieux ses enfants, que par le chant des louanges de Dieu. On ne peut donc abandonner ces arts, que l’Esprit de Dieu même a consacrés. Une musique et une poésie chrétienne seraient le plus grand de tous les secours pour dégoûter des plaisirs profanes ; mais dans les faux préjugés où est notre nation, le goût de ces arts n’est guère sans danger. Il faut donc se hâter de faire sentir à une jeune fille qu’on voit fort sensible à de telles impressions, combien on peut trouver de charmes dans la musique sans sortir des sujets pieux. Si elle a de la voix et du génie pour les beautés de la musique, n’espérez pas de les lui faire toujours ignorer : la défense irriterait la passion ; il vaut mieux donner un concours réglé à ce torrent, que d’entreprendre de l’arrêter.

La peinture se tourne chez nous plus aisément au bien : d’ailleurs elle a un privilège pour les femmes ; sans elle leurs ouvrages ne peuvent être bien conduits. Je sais qu’elles pourraient se réduire à des travaux simples qui ne demanderaient aucun art ; mais, dans le dessein qu’il me semble qu’on doit avoir d’occuper l’esprit en même temps que les mains des femmes de condition, je souhaiterais qu’elle fissent des ouvrages où l’art et l’industrie assaisonnassent le travail de quelque plaisir. De tels ouvrages ne peuvent avoir aucune vraie beauté, si la connaissance des règles du dessin ne les conduit. De là vient que presque tout ce qu’on voit maintenant dans les étoffes, dans les dentelles et dans les broderies, est d’un mauvais goût ; tout y est confus, sans dessein, sans proportion. Ces choses passent pour belles, parce qu’elles coûtent beaucoup de travail à ceux qui les font, et d’argent à ceux qui les achètent ; leur éclat éblouit ceux qui les voient de loin, ou qui ne s’y connaissent pas. Les femmes ont fait là-dessus des règles à leur mode ; qui voudrait contester passerait pour visionnaire. Elles pourraient néanmoins se détromper en consultant la peinture, et par là se mettre en état de faire, avec une médiocre dépense et un grand plaisir, des ouvrages d’une noble variété, et d’une beauté qui serait au-dessus des caprices irréguliers des modes.

Elles doivent également craindre et mépriser l’oisiveté. Qu’elles pensent que tous les premiers Chrétiens, de quelque condition qu’ils fussent, travaillaient, non pour s’amuser, mais pour faire du travail une occupation sérieuse, suivie et utile. L’ordre naturel, la pénitence imposée au premier homme, et en lui à toute sa postérité, celle dont l’homme nouveau, qui est Jésus-Christ, nous a laissé un si grand exemple, tout nous engage à une vie laborieuse, chacun en sa manière.

On doit considérer, pour l’éducation d’une jeune fille, sa condition, les lieux où elle doit passer sa vie, et la profession qu’elle embrassera selon les apparences. Prenez garde qu’elle ne conçoive des espérances au-dessus de son bien et de sa condition. Il n’y a guère de personnes à qui il n’en coûte cher pour avoir trop espéré ; ce qui aurait rendu heureux n’a plus rien que de dégoûtant, dès qu’on a envisagé un état plus haut. Si une fille doit vivre à la campagne, de bonne heure tournez son esprit aux occupations qu’elle y doit avoir, et ne lui laissez point goûter les amusements de la ville ; montrez lui les avantages d’une vie simple et active. Si elle est d’une condition médiocre de la ville, ne lui faites point voir des gens de la Cour ; ce commerce ne servirait qu’à lui faire prendre un air ridicule et disproportionné : renfermez-la dans les bornes de sa condition, et donnez-lui pour modèles les personnes qui y réussissent le mieux ; formez son esprit pour les choses qu’elle doit faire toute sa vie ; apprenez-lui l’économie d’une maison bourgeoise, les soins qu’il faut avoir pour les revenus de la campagne, pour les rentes et pour les maisons qui sont les revenus de la ville, ce qui regarde l’éducation des enfants, et enfin le détail des autres occupations d’affaires ou de commerce, dans lequel vous prévoyez qu’elle devra entrer, quand elle sera mariée. Si au contraire elle se détermine à se faire religieuse sans y être poussée par ses parents, tournez dès ce moment toute son éducation vers l’état où elle aspire ; faites-lui faire des épreuves sérieuses des forces de son esprit et de son corps, sans attendre le noviciat, qui est une espèce d’engagement par rapport à l’honneur du monde ; accoutumez-la au silence ; exercez-la à obéir sur des choses contraires à son humeur et à ses habitudes ; essayez peu à peu de voir de quoi elle est capable pour la règle qu’elle veut prendre ; tâchez de l’accoutumer à une vie grossière, sobre et laborieuse ; montrez-lui en détail combien on est libre et heureux de savoir se passer des choses que la vanité et la mollesse, ou même la bienséance du siècle, rendent nécessaires hors du cloître ; en un mot, en lui faisant pratiquer la pauvreté, faites-lui-en sentir le bonheur que Jésus-Christ nous a révélé. Enfin, n’oubliez rien pour ne laisser dans son cœur le goût d’aucune des vanités du monde, quand elle le quittera. Sans lui faire faire des expériences trop dangereuses, découvrez-lui les épines cachées sous les faux plaisirs que le monde donne ; montrez-lui des gens qui y sont malheureux au milieu des plaisirs.

CHAPITRE XIII. Des Gouvernantes.

Je prévois que ce plan d’éducation pourra passer dans l’esprit de beaucoup de gens, pour un projet chimérique. Il faudrait, dira-t-on, un discernement, une patience et un talent extraordinaire pour l’exécuter. Où sont les gouvernantes capables de l’entendre ? À plus forte raison, où sont celles qui peuvent le suivre ? Mais je prie de considérer attentivement que quand on entreprend un ouvrage sur la meilleure éducation qu’on peut donner aux enfants, ce n’est pas pour donner des règles imparfaites : on ne doit donc pas trouver mauvais qu’on vise au plus parfait dans cette recherche. Il est vrai que chacun ne pourra pas aller, dans la pratique, aussi loin que vont nos pensées lorsque rien ne les arrête sur le papier : mais enfin, lors même qu’on ne pourra pas arriver jusqu’à la perfection dans ce travail, il ne sera pas inutile de l’avoir connue, et de s’être efforcé d’y atteindre ; c’est le meilleur moyen d’en approcher. D’ailleurs cet ouvrage ne suppose point un naturel accompli dans les enfants, et un concours de toutes les circonstances les plus heureuses pour composer une éducation parfaite : au contraire, je tâche de donner des remèdes pour les naturels mauvais ou gâtés ; je suppose les mécomptes ordinaires dans les éducations, et j’ai recours aux moyens les plus simples pour redresser, en tout ou en partie ce qui en a besoin. Il est vrai qu’on ne trouvera point, dans ce petit ouvrage, de quoi faire réussir une éducation négligée et mal conduite ; mais faut-il s’en étonner ? N’est-ce pas le mieux qu’on puisse souhaiter, que de trouver des règles simples dont la pratique exacte fasse une solide éducation ? J’avoue qu’on peut faire et qu’on fait tous les jours pour les enfants beaucoup moins que ce que je propose ; mais aussi on ne voit que trop combien la jeunesse souffre par ces négligences. Le chemin que je représente, quelque long qu’il paraisse, est le plus court, puisqu’il mène droit où l’on veut aller ; l’autre chemin, qui est celui de la crainte, et d’une culture superficielle des esprits, quelque court qu’il paraisse, est trop long ; car on n’arrive presque jamais par là au seul vrai but de l’éducation, qui est de persuader les esprits, et d’inspirer l’amour sincère de la vertu. La plupart des enfants qu’on a conduits par ce chemin, sont encore à recommencer quand leur éducation semble finie ; et après qu’ils ont passé les premières années de leur entrée dans le monde à faire des fautes souvent irréparables, il faut que l’expérience et leurs propres réflexions leur fassent trouver toutes les maximes que cette éducation gênée et superficielle n’avait point su leur inspirer. On doit encore observer que ces premières peines, que je demande qu’on prenne pour les enfants, et que les gens sans expérience regardent comme accablantes et impraticables, épargnent des désagréments bien plus fâcheux, et aplanissent des obstacles qui deviennent insurmontables dans la suite d’une éducation moins exacte et plus rude. Enfin, considérez que, pour exécuter ce projet d’éducation, il s’agit moins de faire des choses qui demandent un grand talent, que d’éviter des fautes grossières que nous avons marquées ici en détail. Souvent il n’est question que de ne presser point les enfants, d’être assidu auprès d’eux, de les observer, de leur inspirer de la confiance, de répondre nettement et de bon sens à leurs petites questions, de laisser agir leur naturel pour mieux le connaître, et de les redresser avec patience, lorsqu’ils se trompent ou font quelque faute.

Il n’est pas juste de vouloir qu’une bonne éducation puisse être conduite par une mauvaise gouvernante. C’est sans doute assez que de donner des règles pour la faire réussir par les soins d’un sujet médiocre ; ce n’est pas demander trop de ce sujet médiocre, que de vouloir qu’il ait au moins le sens droit, une humeur traitable, et une véritable crainte de Dieu. Cette gouvernante ne trouvera dans cet écrit rien de subtil ni d’abstrait ; quand même elle ne l’entendrait pas tout, elle concevra le gros, et cela suffit. Faites qu’elle le lise plusieurs fois ; prenez la peine de le lire avec elle ; donnez-lui la liberté de vous arrêter sur tout ce qu’elle n’entend pas, et dont elle ne se sent pas persuadée ; ensuite mettez-la dans la pratique ; et à mesure que vous verrez qu’elle perd de vue, en parlant à l’enfant, les règles de cet écrit qu’elle était convenue de suivre, faites-le lui remarquer doucement en secret. Cette application vous sera d’abord pénible ; mais, si vous êtes le père ou la mère de l’enfant, c’est votre devoir essentiel : d’ailleurs vous n’aurez pas longtemps de grandes difficultés là-dessus ; car cette gouvernante, si elle est sensée et de bonne volonté, en apprendra plus en un mois par sa pratique et par son avis, que par de longs raisonnements ; bientôt elle marchera d’elle-même dans le droit chemin. Vous aurez encore cet avantage, pour vous décharger, qu’elle trouvera dans ce petit ouvrage les principaux discours qu’il faut faire aux enfants sur les plus importantes maximes, tout faits, en sorte qu’elle n’aura presque qu’à les suivre. Ainsi elle aura devant ses yeux un recueil des conversations qu’elle doit avoir avec l’enfant sur les choses les plus difficiles à lui faire entendre. C’est une espèce d’éducation pratique, qui la conduira comme par la main. Vous pouvez encore vous servir très utilement du Catéchisme historique, dont nous avons déjà parlé ; faites que la gouvernante que vous formez le lise plusieurs fois, et surtout tâchez de lui en faire bien concevoir la préface, afin qu’elle entre dans cette méthode d’enseigner. Il faut pourtant avouer que ces sujets d’un talent médiocre, auxquels je me borne, sont rares à trouver. Mais enfin il faut un instrument propre à l’éducation ; car les choses les plus simples ne se font pas d’elles-mêmes, et elles se font toujours mal par les esprits mal faits. Choisissez donc, ou dans votre maison, ou dans vos terres, ou chez vos amis, ou dans les communautés bien réglées, quelque fille que vous croirez capable d’être formée ; songez de bonne heure à la former pour cet emploi, et tenez-la quelque temps auprès de vous pour l’éprouver, avant que de lui confier une chose si précieuse. Cinq ou six gouvernantes formées de cette manière seraient capables d’en former bientôt un grand nombre d’autres. On trouverait peut-être du mécompte en plusieurs de ces sujets ; mais enfin sur ce grand nombre on trouverait toujours de quoi se dédommager, et on ne serait pas dans l’extrême embarras où l’on se trouve tous les jours. Les communautés religieuses et séculières qui s’appliquent, selon leur institut, à élever des filles, pourraient aussi entrer dans ces vues pour former leurs maîtresses de pensionnaires et leurs maîtresses d’école.

Mais quoique la difficulté de trouver des gouvernantes soit grande, il faut avouer qu’il y en a une autre plus grande encore ; c’est celle de l’irrégularité des parents : tout le reste est inutile, s’ils ne veulent concourir eux-mêmes dans ce travail. Le fondement de tout est qu’ils ne donnent à leurs enfants que des maximes droites et des exemples édifiants. C’est ce qu’on ne peut espérer que d’un très petit nombre de familles. On ne voit, dans la plupart des maisons, que confusion, que changement, qu’un amas de domestiques qui sont autant d’esprits de travers, que division entre les maîtres. Quelle affreuse école pour les enfants ! Souvent une mère qui passe sa vie au jeu, à la comédie, et dans des conversations indécentes, se plaint d’un ton grave qu’elle ne peut pas trouver une gouvernante capable d’élever ses filles. Mais qu’est-ce que peut la meilleure éducation sur des filles à la vue d’une telle mère ? Souvent encore on voit des parents, qui, comme dit saint Augustin, mènent eux-mêmes leurs enfants aux spectacles publics, et à d’autres divertissements qui ne peuvent manquer de les dégoûter de la vie sérieuse et occupée, dans laquelle ces parents mêmes les veulent engager ; ainsi ils mêlent le poison avec l’aliment salutaire. Ils ne parlent que de sagesse ; mais ils accoutument l’imagination volage des enfants aux violents ébranlements des représentations passionnées et de la musique, après quoi ils ne peuvent plus s’appliquer. Ils leur donnent le goût des passions, et leur font trouver fades les plaisirs innocents. Après cela ils veulent encore que l’éducation réussisse, et ils la regardent comme triste et austère, si elle ne souffre ce mélange du bien et du mal. N’est-ce pas vouloir se faire honneur du désir d’une bonne éducation de ses enfants, sans en vouloir prendre la peine, ni s’assujettir aux règles les plus nécessaires ?

Finissons par le progrès que le Sage fait d’une femme forte (Note 4) : Son prix, dit-il, est comme celui de ce qui vient de loin, et des extrémités de la terre. Le cœur de son époux se confie à elle ; elle ne manque jamais des dépouilles qu’il lui rapporte de ses victoires ; tous les jours de sa vie elle lui fait du bien, et jamais de mal. Elle cherche la laine et le lin : elle travaille avec des mains pleines de sagesse. Chargée comme un vaisseau marchand, elle porte de loin ses provisions. La nuit elle se lève, et distribue la nourriture à ses domestiques. Elle considère un champ, et l’achète de son travail, fruit de ses mains ; elle plante une vigne. Elle ceint ses reins de force, elle endurcit son bras. Elle a goûté et vu combien son commerce est utile : sa lumière ne s’éteint jamais pendant la nuit. Sa main s’attache aux travaux rudes, et ses doigts prennent le fuseau. Elle ouvre pourtant sa main à celui qui est dans l’indigence, elle l’étend sur le pauvre. Elle ne craint ni froid ni neige, tous ses domestiques ont de doubles habits : elle a tissé une robe pour elle, le fin lin et la pourpre sont ses vêtements. Son époux est illustre aux portes, c’est-à-dire dans les conseils, où il est assis avec les hommes les plus vénérables. Elle fait des habits qu’elle vend, des ceintures qu’elle débite aux Chananéens. La force et la beauté sont ses vêtements, et elle rira dans son dernier jour. Elle ouvre sa bouche à la sagesse, et une loi de douceur est sur sa langue. Elle observe dans sa maison jusqu’aux traces des pas, et elle ne mange jamais son pain sans occupation. Ses enfants se sont levés, et l’ont dite heureuse : son mari se lève de même, et il la loue : Plusieurs filles, dit-il, ont amassé des richesses ; vous les avez toutes surpassées. Les grâces sont trompeuses, la beauté est vaine : la femme qui craint Dieu, c’est elle qui sera louée. Donnez-lui du fruit de ses mains ; et qu’aux portes, dans les conseils publics, elle soit louée par ses propres œuvres.

Quoique la différence extrême des mœurs, la brièveté et la hardiesse des figures, rendent d’abord ce langage obscur, on y trouve un style si vif et si plein, qu’on en est bientôt charmé si on l’examine de près. Mais ce que je souhaite davantage qu’on en remarque, c’est l’autorité de Salomon, le plus sage de tous les hommes, c’est celle du Saint-Esprit même, dont les paroles sont si magnifiques pour faire admirer, dans une femme riche et noble, la simplicité des mœurs, l’économie et le travail.

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