Salammbô (page 9)
— Ah ! traîtres ! ah ! misérables ! infâmes ! maudits ! Et vous m’outragiez, moi ! moi ! le Suffète ! Leurs services, le prix de leur sang, comme ils disent ! Ah ! oui ! leur sang ! leur sang !
Puis, se parlant à lui-même :
— Tous périront ! on n’en vendra pas un seul ! Il vaudrait mieux les conduire à Carthage ! on me verrait… mais je n’ai pas, sans doute, emporté assez de chaînes ? Écris : Envoyez-moi… Combien sont-ils ? qu’on aille le demander à Muthumbal ! Va ! pas de pitié ! et qu’on m’apporte dans des corbeilles toutes leurs mains coupées !
Mais des cris bizarres, à la fois rauques et aigus, arrivaient dans la salle, par-dessus la voix d’Hannon et le retentissement des plats que l’on posait autour de lui. Ils redoublèrent, et tout à coup le barrissement furieux des éléphants éclata, comme si la bataille recommençait. Un grand tumulte entourait la ville.
Les Carthaginois n’avaient point cherché à poursuivre les Barbares. Ils s’étaient établis au pied des murs, avec leurs bagages, leurs valets, tout leur train de satrapes ; et ils se réjouissaient sous leurs belles tentes à bordures de perles, tandis que le camp des Mercenaires ne faisait plus dans la plaine qu’un amas de ruines. Spendius avait repris son courage. Il expédia Zarxas vers Mâtho, parcourut les bois, rallia ses hommes (les pertes n’étaient pas considérables), et enragés d’avoir été vaincus sans combattre, ils reformaient leurs lignes, quand on découvrit une cuve de pétrole abandonnée sans doute par les Carthaginois. Alors Spendius fit enlever des porcs dans les métairies, les barbouilla de bitume, y mit le feu et les poussa vers Utique.
Les éléphants, effrayés par ces flammes, s’enfuirent. Le terrain montait, on leur jetait des javelots, ils revinrent en arrière ; et à grands coups d’ivoire et sous leurs pieds, ils éventraient les Carthaginois, les étouffaient, les aplatissaient. Derrière eux, les Barbares descendaient la colline ; le camp punique, sans retranchements, dès la première charge, fut saccagé, et les Carthaginois se trouvèrent écrasés contre les portes, car on ne voulut pas les ouvrir dans la peur des Mercenaires.
Le jour se levait ; du côté de l’occident, arrivèrent les fantassins de Mâtho. En même temps des cavaliers parurent ; c’était Narr’Havas avec ses Numides. Sautant par-dessus les ravins et les buissons, ils forçaient les fuyards comme des lévriers qui chassent des lièvres. Ce changement de fortune interrompit le Suffète. Il cria pour qu’on vînt l’aider à sortir de l’étuve.
Les trois captifs étaient toujours devant lui. Un nègre (le même qui, dans la bataille, portait son parasol) se pencha vers son oreille.
— Eh bien ?… répondit le Suffète lentement. Ah ! tue-les ! ajouta-t-il d’un ton brusque.
L’Éthiopien tira de sa ceinture un long poignard, et les trois têtes tombèrent. Une d’elles, en rebondissant parmi les épluchures du festin, alla sauter dans la vasque, et elle y flotta quelque temps, la bouche ouverte, les yeux fixes. Les lueurs du matin entraient par les fentes du mur ; les trois corps, couchés sur leur poitrine, ruisselaient à gros bouillons comme trois fontaines, et une nappe de sang coulait sur les mosaïques, sablées de poudre bleue. Le Suffète trempa sa main dans cette fange toute chaude, et il s’en frotta les genoux : c’était un remède.
Le soir venu, il s’échappa de la ville avec son escorte, puis s’engagea dans la montagne pour rejoindre son armée.
Il parvint à en retrouver les débris.
Quatre jours après, il était à Gorza, sur le haut d’un défilé, quand les troupes de Spendius se présentèrent en bas. Vingt bonnes lances, en attaquant le front de leur colonne, les eussent facilement arrêtées ; les Carthaginois les regardèrent passer tout stupéfaits. Hannon reconnut à l’arrière-garde le roi des Numides ; Narr’Havas s’inclina pour le saluer, en faisant un signe qu’il ne comprit pas.
On s’en revint à Carthage avec toutes sortes de terreurs. On marchait la nuit seulement ; le jour on se cachait dans les bois d’oliviers. À chaque étape quelques-uns mouraient ; ils se crurent perdus plusieurs fois. Enfin ils atteignirent le cap Hermæum, où des vaisseaux vinrent les prendre.
Hannon était si fatigué, si désespéré, la perte des éléphants surtout l’accablait, qu’il demanda, pour en finir, du poison à Demonades. D’ailleurs, il se sentait déjà tout étendu sur sa croix.
Carthage n’eut pas la force de s’indigner contre lui. On avait perdu quatre cent mille neuf cent soixante-douze shekels d’argent, quinze mille six cent vingt-trois shekels d’or, dix-huit éléphants, quatorze membres du Grand Conseil, trois cents Riches, huit mille citoyens, du blé pour trois lunes, un bagage considérable et toutes les machines de guerre ! La défection de Narr’Havas était certaine, les deux sièges recommençaient. L’armée d’Autharite s’étendait maintenant de Tunis à Rhadès. Du haut de l’Acropole, on apercevait dans la campagne de longues fumées montant jusqu’au ciel ; c’étaient les châteaux des Riches qui brûlaient.
Un homme, seul, aurait pu sauver la République. On se repentait de l’avoir méconnu, et le parti de la paix, lui-même, vota des holocaustes pour le retour d’Hamilcar.
La vue du zaïmph avait bouleversé Salammbô. Elle croyait, la nuit, entendre les pas de la Déesse, et elle se réveillait épouvantée en jetant des cris. Elle envoyait tous les jours porter de la nourriture dans les temples. Taanach se fatiguait à exécuter ses ordres, et Schahabarim ne la quittait plus.
INDEX.
SOURCES DIVERSES.
Adyrmachides (Les). Tribu africaine. Salammbô, p. 296. « Les Adyrmachides qui mangent des poux. » — La source est Hérodote, IV, 168. Mais Flaubert ne paraît pas avoir consulté le texte grec ; il semble s’être fié à une traduction, celle de Saliat, 1575, qu’il n’est pas impossible qu’il ait eue sous les yeux, et qui dit, en effet, parlant des femmes des Adyrmachides : « Lorsqu’elles prennent sur elles un pou, elles le remordent ainsi qu’il les a mordues » ; d’où Flaubert a conclu qu’elles mangeaient le parasite. Mais Hérodote dit précisément le contraire : « elles le mordent et le jettent ensuite », mots supprimés par Saliat et par Flaubert.
Ægates. Îles situées en Sicile, en face du mont Éryx. C’est là que le général romain C. Lutatius défit les Carthaginois d’Hannon, en 241 av. J.-C., et força, par cette victoire, Carthage à la paix. (Fin de la première guerre punique.)
Agazymba (Agisymba). Lac éthiopien.
Algummin. Végétal originaire d’Asie ; probablement le santal indien.
Ammon (Cornes d’) « que l’on place sous les lits afin d’avoir des songes ». Salammbô, p. 176. — Cf. Pline, XXXVII, 60. « La corne d’Hammon est une des pierres les plus révérées de l’Éthiopie ; de couleur d’or, on assure qu’elle procure des rêves prophétiques. »
Ammon ou Hammon. Dieu égyptien et phénicien, principe du Feu, Soleil.
Ammon (Temple d’). Ce temple, aussi fameux par sa majesté que par les oracles qui s’y rendaient, a été fondé par les Égyptiens, en l’honneur d’Ammon, dieu de Thèbes, dans une oasis (actuelle Syouah) située au centre du désert libyen. L’oasis était également célèbre pour sa source du Soleil. Voir Ammoniens.
Ammoniens « aux membres ridés par l’eau chaude des fontaines », p. 296. — La seule source plausible de cette assertion est sans doute ce passage d’Hérodote, IV, 181 : « À dix journées de marche de Thèbes, dans la Libye désertique, vivent les Ammoniens. Ils ont une fontaine, appelée fontaine du Soleil, dont l’eau, tiède le matin, devient froide à l’heure du marché, glacée à midi, et se réchauffe au coucher du soleil pour devenir brûlante et bouillonnante à minuit. » D’où Flaubert a pu inférer que, vivant près des sources chaudes, et se baignant fréquemment, ils finissent par avoir les membres ridés par leur eau (?). — Le voyageur anglais Browne (1799), qui retrouva le temple d’Ammon et la Fontaine du soleil, a constaté la véracité d’une partie des dires d’Hérodote.
Aqueduc. À l’époque où Salammbô fut écrite, on connaissait par quelques ruines importantes, l’existence à Carthage d’un ancien aqueduc. Mais on n’en avait déterminé ni la configuration exacte ni l’origine. C’est en 1885 que les fouilles de M. Vernaz permirent de se rendre compte de l’ensemble de l’ouvrage : il avait 270 mètres de long, 3 m. 25 de haut, 1 m. 70 de large. C’était une construction romaine, datant sans doute d’Adrien. Était-ce l’agrandissement ou la reconstitution d’un ancien aqueduc carthaginois ? Rien ne permet encore de trancher la question. On sait que « l’opinion secrète » de Flaubert était « qu’il n’y avait point d’aqueduc à Carthage » (lettre à Sainte-Beuve). [Corresp. III, 335.]
— Sur l’entrée de Spendius dans Carthage par l’aqueduc, cf. Polyen, Stratagèmes, I, 37. Cléon : « Cléon Livra la ville de Sestos aux gens d’Abydos, non pas par une bataille, mais par une ruse. Un ami de Cléon avait commerce avec une femme, dans un des faubourgs de la ville. Il sortait de Sestos, la nuit, en enlevant une pierre de l’aqueduc, et, une fois rentré, la remettait en place. Il s’en ouvrit à Cléon… Celui-ci dévoila le secret aux gens d’Abydos. Une nuit que la lune était cachée, il guetta près de l’aqueduc, vit son ami enlever la pierre, et, pendant qu’il était occupé auprès de la femme, Cléon appela les soldats. Ils tuèrent les sentinelles, entrèrent dans la place, etc… » Source citée par Flaubert, in lettre à Sainte-Beuve. (Corresp. III, 335.)
Armilles. « Avec des armilles placés dans le portique d’Alexandrie, il avait observé les équinoxes. » Partie d’un instrument d’astronomie dit sphère armillaire. L’armille était un des cercles qui composaient cet instrument.
Asperges (cuites dans du vinaigre), p. 46. Pline, XX. 42, contre l’éléphantiasis.
Assa fœtida. Suc visqueux, tiré de deux plantes ombellifères d’Asie. Malgré sa saveur amère et son odeur particulièrement repoussante, les anciens l’utilisaient comme condiment et digestif.
Atarantes (Les), « qui maudissent le soleil », p. 296. — Cf Hérodote. « Les Atarantes (peuplade libyenne) maudissent le soleil, parce qu’il les brûle, eux et leur région. » IV, 184.
Augyles. Contrée située dans l’intérieur de la Libye, au nord de la grande Syrte. Hérodote, IV, 182 ; Strabon, III, 487 et suiv., trad. Tardieu.
Auséens. « Les hideux Auséens, qui mangent des sauterelles », p. 296. — Hérodote (IV, 180) dit simplement : « Ils laissent croître leurs cheveux sur le devant de leur tête », et quant aux mangeurs de sauterelles, Hérodote en parle comme étant les Auchises, autre tribu libyenne (IV, 172) et Diodore de Sicile ne leur donne pas d’autre nom que celui d’Acridophages, littéralement : « mangeurs de sauterelles » (III, 29). On sait d’ailleurs que la sauterelle est encore employée de nos jours comme aliment par certaines tribus arabes.
Baâl. Dieu. La religion phénicienne éait polythéiste. Au sommet du Panthéon, une sorte de trinité formée de : Baal-Ammon ou Moloch, Tanit (Astarté) et Eschmoûn. Puis Melqârt et Tammuz (Adonis), dieu enfant.
Baalîm. Pluriel de Baâl
Baaras. Plante du Liban, à laquelle on attribuait des propriétés merveilleuses : lumineuse la nuit, invisible le jour, elle conjurait l’effet des maléfices et changeait en or les métaux.
Bactriane. Pays de l’Asie centrale, situé entre l’Oxus et les monts Paropanisus.
Barca. Ville au sud-ouest de Cyrène.
Baume. Salammbô, p. 178 : Baume contenu dans une corne. Cf. Pline, XII, 54. : « On exprime le baume dans de petites cornes. » — Artifice employé par Hamilcar pour reconnaître si son baume est sophistiqué. Cf. Pline, XII, 54-7.
Bdellium. Résine aromatique de la Bactriane. Pline, XII, 19.
Béka. Mot hébreu ; mesure ; poids d’un demi-sicle, c’est-à-dire 7 gr. 10.
Belette (Cendre de), p. 46. Reméde magique cité par Pline, XXX, 27, contre l’épilepsie.
Bématistes. Hommes chargés par Alexandre d’apprécier les distances parcourues par son armée.
Betza. Mesure de superficie, environ 5 ares.
Boucliers. « Petits boucliers ronds en cuir d’hippopotame », p. 297. Cf. Diodore, III, 33 ; Strabon, III, p. 471 ; trad. Tardieu.
Brutium. Nom que portait dans l’antiquité la Calabre actuelle.
Byrsa. Colline abrupte, et citadelle ; point culminant de la presqu’île carthaginoise.
Byssus. Plante textile, que certains ont assimilée au coton.
Byzacène. Contrée soumise à l’autorité de Carthage, et comprenant Hadrumète, Leptis, Tacapé…
Cab. Nom hébreu de mesure, qui signifie « coupe, petit vase » : 1 lit. 16 centilitres environ.
Cabires. Font partie d’un groupe de dieux grecs, appelés les « grands dieux ». D’origme pélasgique, ils furent l’objet d’un culte spécial à Samothrace et à Lemnos, et de « mystères », dont parle Hérodote. D’abord au nombre de deux, ils passèrent plus tard pour plus nombreux. Ils représentaient les démons de la terre et du monde souterrain, puis les esprits secourables. Les navigateurs plaçaient leurs images grimaçantes à la proue de leurs embarcations, comme les phéniciens faisaient de leurs Kabires.
Calcédoines. Pierres précieuses ; escarboucles de Carthage.
Callaïs. Sorte d’émeraude. — Salammbô, p. 46. « Des callaïs arrachées des montagnes à coups de fronde ». — Pline, XXXVII, 33. « les hommes attaquent la callaïs de loin, à coups de fronde, et la détachent de la montagne avec la mousse qui l’entoure. »
Campanie. Au sud du Latium, comprenant Capoue, Naples, Miséne, Sorrente, etc.
Cantabres. Peuple de l’ancienne Espagne, habitant le cours supérieur de l’Èbre. Cf. Strabon, Pline.
Canthare. Vase, orné d’anses, spécialement consacré à Bacchus.
Cardamome. Plante orientale et extrême-orientale, dont la graine renferme une huile aromatique. Les anciens l’utilisaient comme condiment.
Cariens. Peuple de l’antique Asie-Mineure, habitant entre la mer Égée, à Phrygie, à Lydie et la Lycie. (Actuellement vilayet d’Aïdin.) Ils fournissaient en abondance des Mercenaires. — Salammbô, p. 3 : Leurs grands casques ornés de plumes. Cf. Hérodote, I, 171.
Cassitérides (Îles). Îles Britanniques. — Salammbô, p. 167. « Des saumons d’étain apportés des Cassitérides. » — Cf. Strabon, I, 241-289, sur les mines d’étain des îles Cassitérides (trad. Tardieu).
Cataphractes. Cavaliers entièrement recouverts, ainsi que leur cheval, d’un caparaçon composé de mailles ou d’écailles métalliques. Ils figurent parmi les troupes romaines au ier siècle ; les romains les avaient connus des Orientaux. Il est douteux que les cataphractes aient déjà existé à l’époque de la guerre des Mercenaires.
Céraunies, engendrées par le tonnerre, p. 176. — Pline, XXXVII, 51. « Au nombre des pierres blanches figure la céraunie… Une variété ne se trouve que dans un lieu frappé de la foudre. »
Cinabre (Cinnabre). Substance tinctoriale d’un rouge sanglant. Pline, XXXIII, 38.
Cinnamome. Arbuste de la famille des Lauracées, dont une variété produit du camphre, et l’autre la cannelle. Vin de cinnamome, p. 5. Source : Pline, XIV, 19.
Cistres. Voir Sistres résonnants.
Citernes. Un des ouvrages les plus importants de l’ancienne Carthage. La ville était approvisionnée d’eau par deux vastes systèmes de citernes, que Beulé a prises à tort pour des écuries d’éléphants. Il y en avait une vingtaine à Malqua, et presque autant, plus près de la mer. Elles étaient alimentées par de multiples canaux.
Clinabres Assyriens « couverts par des lames de bronze vermeil », p. 191. — Cf. Hérodote, VII, 63. « Les Assyriens étaient couverts par des boucliers faits de lames de cuivre, grossiers, mais impénétrables. »
Clypea. Sur la côte, au sud de Carthage.
Colchide. Région asiatique située à l’est du Pont-Euxin et au sud du Caucase. Cf. Strabon, II, 466 et passim.
Comagène. Province de Syrie. P. 52 : En pillant les bagages d’Hannon, les Barbares découvrent « des petits pots de commagène, graisse d’oie fondue recouverte de neige et de paille hachée ». Source : Pline, XXIX, 13 : « Cette composition célèbre se fait avec de la graisse d’oie ; … les pots qui la contiennent s’enfouissent dans la neige ; … on la prépare l’hiver, parce qu’elle ne se fige pas en été, à moins qu’on n’y mêle de la cire. » On peut se demander comment Hannon réussissait à conserver, parmi ses bagages, sous le soleil africain, cette neige mêlée de paille hachée dont parle Flaubert…
Conseil de Carthage. Ce que dit Flaubert des institutions politiques de Carthage répond bien, dans l’ensemble, à ce que nous en savons. L’autorité civile appartenait : 1o aux deux Suffètes (voir ce mot) ; 2o au Sénat, corps de 300 membres choisi dans l’aristocratie et représentant les diverses cités et tribus dont se composait la République ; 3o à une Assemblée populaire choisie parmi les citoyens dont la fortune atteignait une somme déterminée. En outre, depuis Magon (VIe siècle), à côté du Sénat fonctionna un Conseil des Cent, pris parmi les sénateurs (Gerousia des historiens grecs). À l’origine, c’était une sorte de tribunal auquel les généraux devaient rendre leurs comptes. Mais, peu à peu, il finit par absorber toute la haute police de l’État. Ses membres délibéraient, de nuit, dans des réunions secrètes appelées Syssities.
Conseil. Disputes dans le Conseil, p. 151. — Source probable : Silius Italicus, chant II, § 13.
Cottabe. Jeu d’origine sicilienne, que l’on jouait après le repas. Le joueur lançait, soit sur le sol, soit dans un bassin de métal, le dernier coup d’une coupe de vin. Il prétendait apprécier la fidélité de sa maîtresse d’après le son que produisant le vin en tombant. Se jouait surtout à Athènes.
Crotales. Instrument de musique, sorte de castagnettes.
Cumin. Ombellifère d’Afrique dont les graines, très odorantes, étaient employées comme condiment. Pline, XIX, 47.
Cyrène. Capitale de la Cyrénaïque.
Cyrénaïque. Région de l’Afrique méditerranéenne orientale, située entre l’Égypte et le golfe de la grande Syrte. (Voir ce mot.)
Démétrius Poliorcète (le preneur de villes), fils d’Antigone, un des successeurs d’Alexandre le Grand (295 à 287 av. J.-C.). — Salammbô, p. 323. « Il avait reconstitué la grande hélépole de Démétrius Poliorcète. » La source de ce passage est Diodore de Sicile, XX, 48 : « Démétrius fit construire une machine, connue sous le nom d’hélépole, dont chaque côté avait quarante-cinq coudées de largeur, et dont la hauteur était de quatre-vingt-dix coudées. Divisée en neuf étages, elle reposait sur quatre roues puissantes… Aux étages inférieurs étaient fixées des balistes de diverses dimensions, dont les plus grandes lançaient des pierres de trois talents ; aux étages du milieu se trouvaient les plus fortes catapultes ; aux étages supérieurs étaient les balistes et catapultes de plus faibles dimensions. »
Derné (promontoire), ou Dernah. Ville maritime de la Cyréynaïque.
Dilochie. Double compagnie. Polybe, 10, 21, 4.
Drepanum. Ville du littoral sicilien, actuellement Trapani, au sud du mont Éryx. Les Romains y furent battus par les Carthaginois en 250 av. J.-C.
Elathia ou Elath. Ville de l’Idumée, sur la mer Rouge. Son port fut très important jusqu’aux premiers siècles de l’ère chrétienne.
Electrum. Résine, ambre.
Ergastule. Prison pour les esclaves ; il y en avait une dans chaque domaine important.
Éryx. Voir la Notice.
Escarboucles « formées par l’urine des lynx », p. 176. — Sous les noms de lyncurium, glessum, succin, les anciens désignaient une résine qui n’est, sans doute, autre que l’ambre. Plusieurs, comme Dioclès, Théophraste, etc., la croyaient produite par l’urine des lynx, mélangée avec la terre. Pline, qui rapporte ces fables VIII, 57), les rejette comme « des mensonges des Grecs ». (XXXVII, 11 et 13.) — Source : Pline, VIII, 57.
Eschmoûn. L’un des grands dieux phéniciens. Nous ne savons presque rien de ses attributions dans le panthéon carthaginois. Comme les sept Kabires, il était fils de Saddyk. Son temple, le plus magnifique de Carthage, s’élevait sur la hauteur de Byrsa. Les Grecs assimilaient ce dieu à Esculape.
Évergète. Surnom de plusieurs personnages de l’antiquité, et notamment de Ptolémée III, roi d’Égypte (247 à 222 av. J.-C.). Flaubert indique qu’il avait emprunté à Alexandre l’institution des bématistes.
Eziongaber. Ville de l’Arabie Pétrée.
Filipendule. Variété de spirée, plante vivace aux nombreuses fleurs blanc rosé.
Funérailles, selon les diverses nations (p. 280). — Sources principales : Hérodote, IV, sur les tribus libyennes ; Silius Italicus, chant XIII : « Les Garamantes enfouissent les corps nus dans le sable. Les Nasamons les ensevelissent dans la mer. Les Celtes, etc… »
Galbanum. Sorte de résine produite par un arbuste de Syrie. On lui attribuait des vertus éminentes contre les « tumeurs, les écrouelles, les ulcères, etc. ». Pline, XXIV, 13. Cf. Salammbô, p. 132.
Garamantes. Tribu libyenne. Source : Hérodote, IV, 174. Cet auteur assure que les Garamantes « mangent des lézards, serpents et autres reptiles » (IV, 183). C’est peut-être la combinaison de ce passage avec diverses assertions de Diodore (III, 25 et suivants) qui a suggéré à Flaubert ses Mangeurs de Choses Immondes, dont nous n’avons pu retrouver la mention dans aucun texte ancien.
Garaphos. Ville et lac en Mauritanie.
Garum. Sorte de saumure faite avec des intestins de poissons macérés et fermentés, et principalement des intestins de scombre. Ce condiment était si recherché des anciens qu’au dire de Pline, aucune substance, sauf les parfums, ne se vendait aussi cher. XXXI, 43. Salammbô, p. 4 : hérisson au garum.
Gétules. La plus importante des tribus libyennes. — Salammbô, p. 297. « Ils portaient des cuirasses en peau de serpent. » Cf. Strabon, III, p. 473 (trad. Tardieu) : « On dit que quelques tribus, voisines des Pharusiens, se font des manteaux avec des peaux de serpents. »