Lettres (page 19)
DCCCXXVI - A LA MèRE DE CHANTAL (Inédite). – Affectueuse gronderie. - La Mère de Chantal au milieu des tracas d'une installation. - Pourquoi doit-elle garder ses forces…………………...178 DCCCXXVII - A Mme DE LA FLéCHèRE. - Les bancs des femmes dans les chœurs des églises. - Elles peuvent toutefois y entrer. - Nouvelles de la Mère de Chantal et de la Congrégation - Pourquoi il est mieux d'avoir moins…………………………………… ………………………………………179 DCCCXXVIII - A LA PRéSIDENTE FAVRE (Inédite). - Les Ursulines et les petites filles de Chambéry. - Un défaut de l'éducation maternelle, assez fréquent, d'après le Saint………………. …………..179
DCCCXXX - A LA MèRE DE CHANTAL. - Comment recevoir les remèdes imposés par l'obéissance et la raison; - Les croix qui répugnent aux sens et à la nature. - Dans la maladie, la Mère de Chantal doit être " brebis" et " colombe " ………………………………………………………………………181
DCCCXXXI - A LA MêME. - Une auditrice que François de Sales a vue au sermon ; pourquoi il n'a pas osé l'aborder. - Un sermon " fait hardiment et passionnement." - Le dixième anniversaire d'un sacre. - Prédicateurs de l'Avent…………………………………………………………………………….182. DCCCXXXII - A Mme Bourgeois ABBESSE DU PUITS-D'ORBE. - Un voyage en Bourgogne empêché par un voyage à Turin. - Pour s'avancer dans l'amour de Dieu, une jambe infirme est meilleure que l'autre………………………………………………………………………………………………183 DCCCXXXIII- A Mme DE PEYZIEU. - A propos du dernier et du premier jour de l'an. - Souhaits de piété.- Exhortation à la douceur et humilité.- Le saint nom de Jésus et " l'odeur de son parfum "……….830 DCCCXXXIV - A LA REINE MèRE, MARIE DE MéDICIS. - Requête en faveur des catholiques de Gex, pour obtenir en leur ville le rétablissement d'un ancien monastère de Carmes……………………184
DCCCXXXV - A LA MèRE DE CHANTAL (Inédite). - Une mère alarmée. - Avis charitable donné à un visiteur inopiné……………………………………………………………………………………..185 DCCCXXXVI - A UNE DAME (Fragment inédit). - La dévotion et la maladie.- En quoi consiste et ne consiste pas l'amour divin………………………………………………………….. ………………185 DCCCXXXVII - A Mme DE LA FLéCHèRE. - Les solides consolations. - La crainte et l'amour devant Dieu. - L'émondage spirituel. - Condition d'une parfaite retraite………………………. ………….186 DCCCXXXVIII - A LA MèRE DE CHANTAL. - L'oraison de la Mère de Chantal trouvée bonne par le Saint et agréable à Dieu. - Pourquoi et comment doit-elle se garder des fortes applications de l'entendement. - Se tenir en la présence de Dieu et s'y mettre: deux choses différentes. - Allégorie de la statue dans sa niche. - Marie-Madeleine. - Bonheur de vouloir aimer Notre-Seigneur. - Le sommeil empêche-t-il de se tenir en la présence. de Dieu ?……………………………………. …………………………………...187 DCCCXXXIX - A LA MêME. - D'où vient l'amertume spirituelle. - Jésus-Christ est un Dieu de douceur……………………………………………………………………………….. ……………188
DCCCXLI - A Mme DE LA FLéCHèRE. - La tristesse des séparations.
- Pleurons un peu, non toutefois beaucoup, " nos chers trespassés. "- Les âmes chrétiennes doivent supporter doucement la perte des parents. - L'oraison et la variété des affections qui viennent s'y mêler. - Particulariser les résolutions. - Le langage des yeux ………………………………………………………….. …………………………..……189
DCCCXLII - A LA MèRE DE CHANTAL. - Un visiteur annoncé.
- - Pourquoi il faut lui faire un accueil dévotement agréable.- Personne ne se repentira d'avoir aidé la Visitation………………………….190 DCCCXLIIl - Au Duc DE BELLEGARDE (Minute inédite) -Gratitude et humilité du Saint…………..191 DCCCXLlV - A LA MèRE DE CHANTAL. - Lumières et sentiments que recevait le Saint pour écrire le Traitté de l'Amour de Dieu……………………………………………………………………………….192
ANNéE 1613
DCCCXLV - A Mme DE TRAVERNAY. - Attitude de l'esprit humain en face des évènements. - Considérations sur une mort prématurée. - Notre-Seigneur meilleur juge que nous de nos intérêts. - Consolations à la mère de l'enfant devenu un " brave petit saint "……………… ……………………………….…192
DCCCXLVI A LA MèRE DE CHANTAL. - Le cœur de l'Evêque de
Genève. - Un projet de Congrégation. - Le Traitté de l'Amour de Dieu. - Nouvelle de la mort tragique du baron de Lux : compassion du Saint……………………………………………………………………………………………193 DCCCXLVII - A M. DUNANT (Inédite). - Pouvoirs donnés à un curé ; avis et recommandations diverses……………………………………………………………………… ………………….195 DCCCXLVIII- Au COMTE DE TOURNON (Inédite). – Assurance de dévouement. - Souhaits et bénédictions……………………………………………………………………… …………….197
DCCCXLIX - A M. DE CHATILLON. - Recommandation en faveur d'un nouveau converti digne d'assistance………………………………………………………………………… …………….198 DCCCL - A Mme DES GOUFFIERS. - Les sentiments que le Saint aimait à trouver dans une postulante. - A la Visitation, " toutes choses sont basses, " excepté " la pretention " des Religieuses qui l'habitent………………………………………………………………………… ……………….199
DCCCLI - A Mgr FENOUILLET. - Remerciements pour de beaux présents;
le Saint en a fait part à ses amis. - Un plaisir interdit. - Souhaits et message………………………………………… ………………200
DCCCLII - A UNE DAME. - Dans quelles vues de foi il faut considérer les absences et les séparations définitives …………………………………………………………………………… …………..201
DCCCLIII - A Mme D'ESCRILLES. - Affaires diverses. - Parmi les tracas temporels, il faut garder la sainte tranquillité et douceur de cœur………………………………………………… ……………….201 DCCCLlV - A LA MèRE DE CHANTAL. - Un-contrat qui va bien.- Promesse d'une visite et annonce d'une visiteuse ………………………………………………………………………….. …………….202
DCCCLV - A LA MêME (Billet inédit). - Mesures à prendre à l'ouverture d'un testament. -.Décès de Mme de Miribel…………………………………………………………………………………………203
DCCCLVII - A Mme Bourgeois ABBESSE DU PUITS-D'ORBE. - Solidité des affections plantées de la main de Dieu. - Intérêt que porte le Saint au Puits-d'Orbe. - Il faut faire souvent revivre les résolutions prises au temps de la ferveur. - Messages divers ………………………………………………….……204 DCCCLVIII - A M Claude DE BLONAY. - Le destinataire n'ayant pas eu à se louer de son fils, " excessif en desseins, " le Bienheureux promet d'y porter remède. - Messages divers……………………..205 DCCCLIX - Au Duc DE SAVOIE. - Pourquoi le Saint n'a rien entrepris contre l'abbé de la Tour. - Qu'on lui donne des commandements, il obéira……………………………………… …………………206 DCCCLX - A Mm. DE LA CROIX D'AUTHERIN. - La vocation du mariage et le moyen d'y devenir fort sainte. - L'obéissance au confesseur. - Règlement de vie.- Conseils variés. - La crainte des vices et l'amour des vertus. - Douceur et humilité. - Une besogne que Dieu paie de mille consolations………………207
DCCCLXI - A M. Claude DE BLONAY. - Le Saint renonce par charité à la consolation d'avoir un ami pour compagnon de pèlerinage.-Voyage à Turin, à pied ou à cheval, suivant les circonstances……..…208
DCCCLXI bis (lettre MMXXXI du volume XXI reclassée)
- AU COMTE PROSPER-MARC DE TOURNON - (Inédite) Envoi d'une lettre de M. de Charmoisy, faussement accusé. - Prière instante de faire valoir son innocence. - les méchants doivent être tenus en crainte………………………………210
DCCCLXII - A M. DES HAYES. - Détails rétrospectifs sur l'affaire Berthelot et l'internement de M. de Charmoisy. - Conseils adressés à Philothée par l'entremise du destinataire. -Le Saint désirerait avoir la liberté d'aller à Paris l'année suivante………………………………………………. ……………..211 DCCCLXIII - A Mm. DE CHARMOISY. - Quand doit-on témoigner à Notre-Seigneur son amour. - Sympathies et dévouement pour la famille de Charmoisy éprouvée…………………………………………….212
DCCCLXV - A LA MêME. - Une chape vraiment belle: d'où lui vient sa beauté; symbolisme des dessins qui la décorent. – Bénie soit la main de la brodeuse………………………………………………..214
DCCCLXVI - A LA MêME. - Le travail permis à la Mère de Chantal deux jours chômés. - Souhait et espérance du Saint. - Un visage pâle et un cœur vermeil…………………………………………………..…..215 DCCCLXVII - Au COMTE DE TOURNON. - Dévouement du Saint pour M. de Charmoisy. - Malice de ses ennemis et crédulité du prince de Nemours. - Berthelot et M. de Servette…………………….216 DCCCLXVIII - A M. Claude DE QUOEX. - Renseignements pour une dispense de mariage à obtenir….217
DCCCLXIX - A LA MèRE DE CHANTAL (Inédite). - Une halte en Maurienne. - Sollicitude du Saint en voyage………………………………………………………………………………………218
DCCCLXX - A LA MêME. - Comment attendre l'issue d'une maladie.
- Dans quels sentiments faut-il sortir de cette vie et acquiescer à la Providence divine …………………………………………..219 MINUTE éCRITE PAR SAINT FRANçOIS DE SALES POUR MADAME DE SAINT-CERGUES
DCCCLXXI - A Mme DUFOUR. - Mme de Saint-Cergues expose les raisons de son abjuration. - Après la grâce du Saint-Esprit, la confession de foi catholique a surtout dessillé ses yeux : elle a vu Jésus-Christ, unique objet de foi, d'espérance et de charité, l'exclusion de toute idolâtrie, le culte raisonnable des Saints. Une " pauvre petite brebiette " se réunit au troupeau. - La lumière n'est pas toujours accompagnée de la facilité pour déduire les raisons de la croyance………………………………220. DCCCLXXII - Au CARDINAL DE GIVRY (Inédite). - La Sainte Maison de Thonon. - Les Carmes réformés de Paul V…………………………………………………………………………………221
APPENDICE I
LETTRES ADRESSéES A SAINT FRANçOIS DE SALES PAR QUELQUES CORRESPONDANTS A - LETTRE DU BARON DE LUX …………………………………………………………223 B - LETTRE DU PRIEUR ET DES RELIGIEUX DE SAINT-CLAUDE…………... ………223 C - LETTRE DU P. JEAN DE VILLARS, DE LA COMPAGNIE DE JéSUS……………..224
D -LETTRE DE Mme DE SAINT-CERGUES………………………………………………225
E - LETTRE DE D. SENS DE SAINTE-CATHERINE, FEUILLANT ………………. ……226 F - LETTRE DE M. JEAN-LOUIS DE CHEVRON, SEIGNEUR DE BONVILLARD…….227. G - LET'TRE DE Mgr MICHEL D'ESNE, éVêQUE DE TOURNAI……………………….228 H - LETTRE DU CHEVALIER CLAUDE DE LA VERCHèRE……………………………228
II PIèCES DIVERSES
A - SAINT FRANçOIS DE SALES ET Mgr GERMONIO…………………………………230 B - LETTRE DE M. ANTOINE DES HAYES A M. DE CHARMOISY……………… …...231
C - LES GRANDS PARDONS D'ANNECY (1612)………………………………………..232
D - LETTRE DE M. LOUIS DE LA TOURNETTE A M. CROTTI…………………. ……240
Glossaire des locutions et des mots surannés…………………………………………………242 Index des correspondants et des principales notes biographiqueset historiques de ce volume..251 Fin……………………………………………………………………………………………..273 www.JesusMarie.com
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www.JesusMarie.com Saint François de Sales
docteur de l'église catholique
1567 - + 28 décembre 1622
Lettres - tome 6 1613 - 1615
Tome XVI de l'édition d'Annecy.
Notes historiques………265 AVANT-PROPOS
Le nouveau volume - sixième de la correspondance de saint François de Sales - s'ouvre par une lettre écrite de Milan, en mai 1613, et s'achève avec celles de mai 1615. Il embrasse ainsi une période de vingt-cinq mois, marquée dans la vie de l'Evêque de Genève par une rare fécondité, dont les manifestations diverses sont du plus haut intérêt .
Ces lettres, la plupart datées d'Annecy, partaient dans toutes les directions, pour faire refluer ensuite, vers le saint Auteur, des hommages universels d'estime, de respect et d'amour. Aussi bien, la renommée du Prélat ne cesse de grandir parmi ses contemporains ; l'influence de sa sainteté et de son savoir rayonne toujours plus puissante par delà les limites de son vaste diocèse ; le nombre s'accroît toujours des âmes qui se rangent sous sa conduite, de ceux qui recourent à son crédit et à ses lumières.
" Rien n'est caché a la chaleur du soleil en ce monde, rien n'est non plus esloigné du soin des bons Rois en leurs monarchies, " écrivait-il à Louis XIII (Lettre 970), De même, rien n'échappait à sa vigilance affectueuse, ni ne demeurait "
esloigné de son soin. " Faisant face aux multiples exigences de sa charge pastorale et de son inlassable charité, n'oubliant ni les intérêts du Ciel, ni même ceux de la terre, il se montre à la fois Evêque, Pasteur et Père. Il défend les droits de Dieu et de l'Eglise, protège les intérêts de son peuple et se donne à tous ses enfants.
Ceux de nos lecteurs qui ne connaissent François de Sales que par sa douceur et sa condescendance, seront charmés de constater ici qu'il est surtout l'homme incomparablement fort, d'une intransigeance irréductible en présence du devoir.
A Gex, les protestants forcent le bailli à faiblir, renvoyant de l'assemblée des Etats de la province prêtres et ministres, sans vouloir désigner à qui appartient la préséance.
L'Evêque élève sa voix puissante, il rappelle qu'il " n'est pas raysonnable de mettre Dagon sur l'autel avec l'Arche d'alliance, " et proteste que si justice n'est faite, le devoir de sa charge l'obligera de s'en " douloir ailleurs (lettre 983). "
Que les habitants de Seyssel s'ameutent et refusent de payer les redevances au Chapitre de Saint-Pierre de Genève, le Prélat s'afflige de demander le châtiment des rebelles, parce qu'ils sont ses " diocesains et enfans spirituelz; " mais " en fin, il faut un peu d'affliction aux enfans a ce qu'ilz se corrigent,... et vaut mieux pleurer leur tribulation temporelle que s'ilz se precipitoyent en l'eternelle (lettre 1061). " L'un de ses prêtres se montre-t-il indigne de son caractère : " Je seray bien marri si ce pauvre homme est mauvais, " écrit-il (lettre 1055), mais sil l'est, il faudra pourtant le chastier. "
Le duc de Nemours, homme inquiet dans ses pensées, facile aux soupçons et prompt à la vengeance, a prêté l'oreille aux calomniateurs; il poursuit les accusés sans les avoir entendus. François est son vassal; mais l'Evêque redira sans crainte à celui qui est sous sa houlette de pasteur la grande leçon de la justice. Avec une liberté tout apostolique, digne des Basile et des Ambroise, il adjure le prince de se ressouvenir que " nulle sorte de parolle qui soit au prejudice du prochain ne doit estre creuë avant qu'elle soit preuvee," et" qu'elle ne peut estre preuvee que par l'examen, parties ouyes. Quicomque vous parle autrement, Monseigneur, trahit vostre ame (lettre 1052)."
Lui qui veut qu'on cède aux " puissances superieures " quand il s'agit seulement d'un sacrifice personnel, écoutons-le revendiquer, par son ami Mgr Camus, député aux Etats généraux, la liberté de l'Eglise : " Quelle abjection, que nous ayons le glaive spirituel en main et que, " comme simples executeurs des volontés du magistrat temporel, il nous faille frapper quand il l'ordonne et cesser quand il le commande, et que nous soyons privés de la principale clef de celles que Nostre Seigneur nous a donnees, qui est celle du jugement, du discernement et de la science en l'usage de nostre glaive (lettre 994) ! "
Au demeurant, il ne se peut imaginer sujet plus loyal et plus affectionnément dévoué à la cause de son souverain que l'Evêque de Genève. Pendant un séjour à Sion, il entrevoit des périls pour la couronne de Savoie ; sans retard, il en avertit le Duc, jugeant avec raison l'alliance du Valais " extremement utile aux affaires " de son maître (lettre 1021. Quand il apprend que Henri de Nemours est sur le point de rompre avec Son Altesse, hardiment il intervient; il le presse de revenir à Annecy et lui adresse à cet effet un vigoureux plaidoyer (1ettre 1011), où l'on ne sait qu'admirer davantage, de la force des arguments, ou des enveloppements d'expressions qui doivent ménager l'amour-propre de l'illustre fugitif.
C'est un serviteur fidèle, ce n'est point un courtisan ; " les caresses" des Princes "1'obligent extremement, sans 1' engager nullement." Il fuit la cour pour rester " dans sa bergerie, " et se garde de brûler ses " ayslerons " à ces brillants flambeaux.
Est-ce à cause de cette noble indépendance d'attitude que la loyauté de son dévouement fut parfois suspectée ? Sa grande âme s'attriste devant cette épreuve ; mais il s'en échappe seulement une douce plainte qui finit en prophétie : " On nous ravit le bien le plus pretieux que nous ayons, qui est la bonne grace de nos Princes, et puis on dit : Quel mal vous fait-on ? " Voir " Monseigneur en cholere et indignation... m'est insupportable, a moy qui ay tant d'inviolables affections a ce Prince... Un jour viendra que de m'aymer ne sera plus reproche a personne (lettre 1053)
"
François de Sales, cependant, eut une incontestable influence sur les grands. Il n'en usa que pour le bien de sa ville d'Annecy et de son diocèse. Nous le voyons solliciter pour son " pauvre bon peuple" l'exemption des charges de guerre (lettre au Cardinal Maurice de Savoie), appeler la protection et les aumônes de Louis
XIII sur les catholiques de Gex (lettres 970, 981), enfin mettre tout en œuvre pour rendre au collège Chappuisien, " presque en friche " son éclat des beaux jours. Il n'avait pu doter son diocèse d'un Séminaire, au moins veut-il que des maîtres savants et pieux préparent la jeunesse à une vie honorable devant le monde et pleine devant Dieu. En 1613, le Saint s'ouvre de son projet à la cour de Turin (Voir note (1), p. 146.), s'adresse au duc de Savoie, au Cardinal Maurice, et sa souple patience déconcerte doucement toutes les résistances qui sans doute, dit-il avec autant de charité que de finesse, " ne procedent que d'une bonne affection, a laquelle il s'agit néanmoins de donner la mesure et discretion (lettre au duc de Savoie).
" Enfin, quand les Pères Barnabites sont installés, c'est lui encore qui sert d'intermédiaire pour faire agréer à Louvain les changements accomplis à Annecy (lettre 1003.), tandis qu'il se réserve d'entourer les nouveaux venus de ses dévouées et tendres sympathies.
Mais le saint Evêque se souvient que " ceux de sa condition doivent rendre fidele service au divin Maistre " en donnant aux âmes choisies une vie plus abondante, " comme firent jadis les premiers et plus grans serviteurs de Dieu et Pasteurs de l'Eglise (Préface des Règles de la Visitation.) " Aussi consacre-t-il à ses chères Filles de la Visitation une large part de son temps, de son cœur, de ses sollicitudes. C'est pendant cette période que nous assistons à la fondation du second Monastère de l'Ordre, à Lyon. Rien de mouvementé, d'intéressant comme les préliminaires de cet établissement, où l'on voit surgir la figure si complexe de Mme des Gouffiers, et celle de Mgr de Marquemont, dont l'intervention devait avoir une influence profonde sur les destinées de l'Institut.
Sans empressement, sans inquiétude, le Fondateur suit les évènements; pour lui, dans le gouvernement de sa vie comme dans la direction des âmes, le grand point était toujours, selon le mot de son saint ami Vincent de Paul, " de suivre pas à pas l'adorable Providence . " Quand elle lui fait signe, il avance; il s'arrête quand elle lui barre le passage, et attend en toute patience, pour reprendre sa marche, que l'obstacle soit tombé. Dans cette parfaite dépendance des ordres divins et dans sa souveraine droiture d'intention se trouve la raison de ses succès. Il avait dit un jour : Je " n'ay nulle sorte d'interest, sinon la plus grande gloire de Dieu et le plus grand service de son Eglise; et que Dieu soit servi ou par des Religieux vestus de noir ou vestus de blanc, cela est indifferent (lettre 937 ). " Par son attitude et par ses actes, François de Sales répéta cette belle parole dans les difficultés qui entravèrent d'abord la fondation du Monastère de Lyon. L'Appendice III donne une vue d'ensemble de cette histoire, et permet d'en suivre avec plus de charme les détails à travers les Lettres de ce volume.
Nous avons vu le grand Evêque intervenir dans les questions intéressant l'Eglise et l'Etat ; nous allons le retrouver avec sa grâce, sa bonté, sa patience inaltérable au milieu de pauvres veuves, de solliciteurs, de petites gens dont les mille riens sont pour eux grandes affaires. Il accueille tous ceux qui se présentent avec une telle mansuétude que la demeure épiscopale ne désemplit pas ; et l'aimable Saint voit naître sous ses pas une foule " d'empeschemens (lettre 950)," inévitable rançon de la confiance universelle qu'il inspire. Or, contraste admirable : tyrannisé par les occupations les plus variées et souvent les plus pressantes (lettre 1008.), rien n'arrive à troubler ni la sérénité de son visage, ni l'harmonie tranquille de son âme qui, d'un vol puissant et doux, s'élève sans cesse jusqu'à Dieu, pour lequel seul il agit et se donne à tous. Il " ne faut jamais cesser de cooperer au salut du prochain, " écrivait-il, livrant sans y penser le secret de sa merveilleuse charité ; " quand vous ne feries que luy faire faire un bon souspir, Dieu en sera glorifié (lettre 958). "
Le seul repos que prît l'infatigable Prélat au milieu de ses accablants travaux, c'était, avec la préparation d'une nouvelle édition de l'Introduction à la Vie devote (lettre 984), l'achèvement de son Traitté de l'Amour de Dieu. Œuvre d'amour, en effet, à laquelle il mettait tout son cœur, qu'il méditait au pied du Crucifix, étudiait dans sa propre âme, dans l'âme de ses Filles, de celle surtout qu'il appelait aussi sa Mère, sainte Jeanne-Françoise de Chantal.
Il tâchait de consacrer " a ces escrittures spirituelles (lettre 950)." les premières heures de la journée; le matin lui était alors " comm' une fraische rosee, " et le préparait à " la tempeste " d'affaires qui trop souvent éclatait "
l'apres disner (lettre 888). " Mais le plus ordinairement, il n'avait que des lambeaux de temps arrachés " ça et la, " et c'est presque phrase par phrase que notre grand Docteur compose son chef-d'œuvre. " Tant que je m'en puis eschapper, " écrit-il à une de ses Filles (lettre 948), " je metz tous-jours quelque petite ligne en faveur de ce saint amour. "
Faut-il avertir le lecteur qu'il retrouvera dans cette nouvelle série de Lettres les qualités littéraires admirées dans les précédentes : richesse du vocabulaire, souplesse de la syntaxe, choix heureux de l'expression parfaitement subordonnée à la pensée. Ajoutons, tact délicieux de l'écrivain qui, restant toujours lui-même, sait varier sa manière selon ses différents correspondants, et se fait lire avec un attrait soutenu, surtout quand il s'adresse à la Mère de Chantal. Sa plume court alors, fidèle interprète de son âme et de son cœur, et il laisse pénétrer jusqu'à l'intime de ses pensées et de ses sentiments.
Quel charme encore de parcourir ces nombreuses lettres de direction où la tendresse abonde avec la doctrine, où la grâce du langage fait accepter l'austérité des conseils ! Le saint Evêque y revit tout entier, avec sa spiritualité épanouie et épanouissante, son art surnaturel de conduire les âmes au bien " tout bellement, " avec les condescendances et les délicatesses de son grand cœur, l'enjouement aimable de son caractère et les fines saillies de son esprit. Comme il arrive à ceux qui vivent de l'amour divin, sous le regard du Père céleste, les moindres incidents lui fournissent les plus édifiants sujets de conversation. Alors il y a de vraies trouvailles d'expressions imagées et attendries, comme ce jour où un repas amical pris en commun sous ses yeux entre pigeons et petits oiseaux, lui dicte cette lettre à sainte Jeanne de Chantal, qui est en même temps qu'une merveille de style, une délicieuse contemplation sur la charité (lettre 1050.).
Jour après jour s'est formée cette correspondance rayonnante de lumière et de chaleur, dans laquelle se groupent, autour de la grande figure de l'Evêque de Genève, tant de physionomies si diverses et parfois si curieuses : princes et seigneurs, courtisans heureux ou disgraciés, abbés travaillant à la réforme de leurs Communautés, moines austères, hommes de lettres, de robe et d'épée, jeunes gens au seuil de la vie, femmes du monde et religieuses de tous Ordres, et çà et là gracieux visages d'enfants qui sourient au passage.
A la lecture de ces pages si vivantes, il semble que leur saint Auteur, avançant dans sa carrière, réalise dans ses " escrittures " aussi bien que dans son âme, ce souhait qu'il confiait un jour à la plus chère de ses Filles : " Bienheureux si, sur le tard, je puis ressembler a vos " oeilletz, car leur odeur s'affine et s'augmente en suavité sur la fin de la journee (lettre 888, Billet à la Mère de Chantal). "
LES EDITEURS.
Annecy, 23 octobre 1910, Fête du Très-Saint-Rédempteur.
AVIS AU LECTEUR
Des Lettres publiées dans ce volume, un grand nombre ont été revues sur les originaux. La provenance indiquée à la fin de chaque pièce, est celle qui nous était connue au moment où elle nous a été communiquée. Lorsqu'un Autographe provient d'une Communauté française exilée ou dispersée, nous .donnons l'ancienne adresse de celle-ci.
Les Lettres qui ne sont suivies d'aucune indication sont celles dont, à défaut d'Autographes ou de copies authentiques, on a dû emprunter le texte à des publications antérieures. Voir l'Avant-Propos du tome XI.
Les Editeurs sont seuls responsables de l'adresse et de la date qui précèdent chaque pièce, l'une et l'autre sont répétées à la fin quand elles figurent sur l'original, ou qu'elles sont authentiques, quoique fournies par les textes imprimés. Les points remplaçant quelque énumération de la date indiquent que cette partie de la date est donnée, mais fautivement, par l'édition à laquelle notre texte est emprunté.
Quand la date attribuée à une lettre n'est pas absolument sûre, elle est insérée entre []. Ces signes sont également employés pour les mots qu'il a fallu suppléer dans le texte. Les divergences qui existent entre quelques minutes et le texte définitif sont données au bas des pages. Le commencement de la variante est indiqué par la répétition en italique des mots qui la précèdent immédiatement au texte ; la fin est régulièrement marquée par la lettre de renvoi. Les passages biffés dans les Autographes sont enchâssés entre ? ? .
Des points placés au commencement ou à la fin des lettres indiquent un texte incomplet. Quand les Autographes ont subi quelque mutilation, nous l'indiquons chaque fois.
A la suite du Glossaire se trouve un Index, dans lequel il a été jugé à propos de fondre les noms des destinataires avec les titres des principales notes historiques et biographiques. Toutes les notes concernant le clergé de l'ancien diocèse de Genève sont tirées des Registres de l'époque, elles sont désignées par les deux initiales R. E.
Sauf indication contraire, tous les renseignements relatifs à la noblesse savoisienne sont empruntés au monumental ouvrage du Comte Amédée de Foras, si dignement continué par le Comte de Mareschal de Luciane : Armorial et Nobiliaire de l'ancien Duché de Savoie.
SIGLES ET RENVOIS A L'EDITION D'ANNECY DES ŒUVRES DE SFS Titre Edition d'Annecy Cnt Controverses Tome I Def Défense de l'Estendart de la Sainte Croix Tome II
IVD Introduction à la Vie Dévote Tome III
TAD Traité de l'Amour de Dieu TAD1 Tome IV TAD2 Tome V Ent Entretiens Tome VI S Sermons S1 Tome VII S2 Tome VIII S3 Tome IX S4 Tome X
L Lettres L1 Tome XI
L2 Tome XII L3 Tome XIII L4 Tome XIV L5 Tome XV L6 Tome XVI L7 Tome XVII L8 Tome XVIII L9 Tome XIX L10 Tome XX L11 Tome XXI Op Opuscules Op2 Tome XXII Op3 Tome XXIII Op4 Tome XXIV Op5 Tome XXV Op6 Tome XXVI N.B. On a nommé en abrégé le Tome
XXII : "Op2" afin de relier XXII et 2, puis XXIII et 3 etc…
NOTES ET RENVOIS Les chiffres en italique renvoient aux numéros de lettres ou de sermons ; les chiffres ordinaires renvoient aux numéros des notes de bas de page , exemples : S1, 25, XX = Sermons 1 (vol 7), note de bas de page 25, sermon n XX L4, 210, 247, 390, 401 = Lettres 4 (vol 14), notes de bas de page 210 et 247 ; lettres n 390 et 401
LETTRES
DE
SAINT FRANCOIS DE SALES
ANNEE 1613 (Suite)
DCCCLXXIII A LA MèRE DE CHANTAL ( INéDITE) Pèlerinage à Milan. - Ostension du saint Suaire de Turin. - Deux audiences princières attendues. - Annonce du retour à Annecy.
Turin ,6 mai 1613.
Hier tout tard je receu vostre lettre, ma tres chere Fille, et tout a la haste, je vous annonce nostre retour de Milan , ou, et tout le long du chemin, nous avons esté extremement caressés. Avant hier je fus l'un de ceux qui firent l'ostension fort solemnelle du saint Suayre , ou Son Altesse me fit l'honneur de me tesmoigner beaucoup de bienveuillance en diverses occasions. Je n'attens plus que d'avoir une bonn' audience d'elle, selon qu'elle me la promit a Trein , et une autre de Monseigneur de Nemours ; et puis, me voyla de rechef a cheval pour retourner en ma pauvre petite coquille, qui m'est plus chere que tous les palais des grans Princes, desquelz les caressent (sic) m'obligent extremement, sans m'engager nullement. Je vous escriray dans deux ou troys jours par M. de Vallon , et a tous mes amis, sinon que je fusse si heureux de pouvoir estre despeché pour aller moy mesme ; mays ce tems de guerre ne me fait pas faveur pour cela . J'espere pourtant que ce sera bien tost , non jamais tant que je desire. Nous laisserons donq lâ la croix pour cette fois. Je salue toute nostre chere trouppe et Mme des Gouffier et tout, si ell' y est . Dieu benisse a jamais nostre unique cœur, ma tres chere Mere. Me voyci visité ; partant, Dieu soit avec vous. Je suis en luy pour vous ce quil sçait, et vrayement vous mesme.
6 may 1613, a Thurin.
A Madame [Madame la] Barone de Santal, Superieure de la Visitation de Niey.
Revu sur l'Autographe conservé à Paris, au Séminaire de Saint-Sulpice.
DCCCLXXIV A L'EMPEREUR D'ALLEMAGNE, MATHIAS (MINUTE) Dépouillé par les Genevois de son pouvoir et de ses biens temporels, l'Evêque de Genève s'excuse de ne pouvoir prêter son concours à l'Empereur.
Annecy, 9 mai 1613 .
Très Auguste Empereur, Que je voudrais obéir à la lettre aux commandements de Votre Majesté Impériale, en assistant à la diète qu'elle publie maintenant, et en consacrant mon industrie, selon mes moyens et mon travail, à ses très honorables entreprises ! Que je voudrais aussi rendre en présence mes hommages à la très auguste personne du très invincible Empereur ! Mais, du fait de la rébellion des hérétiques genevois, cette chaire épiscopale se voit absolument dépouillée, par une très grande perfidie, de tout moyen d'assistance humaine : de là, pour moi, l'impossibilité de faire le bien que je veux.(Rm 7,19). Aussi, à l'avenir, Sérénissime César, je ne cesserai pas d'offrir mes Sacrifices et mes prières, afin d'apaiser le Dieu tout bon et tout-puissant, pour qu'il vous envoie son secours d'en-haut et qu'il confirme entièremement votre pieux projet.(Ps19,3). De Votre Majesté Impériale très auguste, Le très humble et très obéissant serviteur, FRANçOIS, Evêque de Genève.
Annecy en Genevois, le 9 mai....
DCCCLXXV A LA MèRE DE CHANTAL Le Saint se dispose à repartir pour la Savoie. - Une protectrice pour la Visitation. - Messages et avis divers.
Turin, 14 mai 1613.
Et moy, ma chere Fille, je vous escris encor plus courtement pour responce a vostre lettre du 5 de ce mois, tant pour mille petites affaires et visites que je reçoy, que pour la ferme esperance que j'ay de vous voir bien tost, resolu, Dieu aydant, de partir d'icy samedi ou Dimanche prochain , pour estre a Neci au jour de la sainte Pentecoste , puisque je n'arreste plus que pour l'affaire de ces pauvres bannis ; car, quant aux despeches, je laisseray le bon M. de Blonay qui, de bon cœur, demeurera pour les solliciter. Mais cette negociation de l'appaisement de Monseigneur de Nemours ne peut estre faite qu'en presence ; or, j'ay toute ma confiance en Dieu d'en reüscir. Je vous ay des-ja fait sçavoir que nous aurons madame la Duchesse de Mantoue, qui est la vertu mesme, pour nostre protectrice ; mays il ne faut pas encor en faire du bruit, pour une rayson que je vous diray. M. de la Bretonniere est encor en volonté de nous ayder en quelques choses pour l'edification de nostre oratoire .
Caressés cordialement les messieurs qui s'en revont, en particulier M. Floccard . Je suis en peyne du retardement de madame des Gouffiers (note 10), remettant neanmoins cela a la sainte providence de Nostre Seigneur, comme aussi nostre pauvre petite malade . Nous ramenerons vostre filz , qui, a la verité, a grand desir de s'employer a la guerre, si elle suit.
Je salue fort ma chere fille madame de Thorens, et Mlle de Rabutin , qui est aussi ma fille ; comme encor toutes celles qui sont autour de vous, que vous sçavés m'estre pretieuses plus qu'il ne se peut dire .
Dieu soit a jamais dedans nostre cœur, pour y vivre et regner eternellement. C'est luy qui sçait ce qu'il luy plaist que nous soyons, en la tres parfaite union qu'il a faite en luy mesme et par luy mesme. Amen.
A Thurin, le 14 may 1613.
Il seroit mieux qu'on accommodast le proces en mon absence, a cause de ma trop grande condescendance . Je prieray pour le pauvre sire Pierre, et louë Dieu qu'il soit passé en bonne disposition . A Madame [Madame] la Baronne de Chantal, Superieure de la Visitation, a Neci.
DCCCLXXVI A M. ANTOINE DES HAYES D'où venait l'empêchement pour le Saint d'aller prêcher à Paris ; égards que lui témoigne le duc de Savoie. - L'incivilité d'un libraire et la Defense de la Croix. - Ouvrages et éditeurs. - M. et Mme de Charmoisy.
20 mai 1613.
Monsieur, Je receu a Thurin vostre lettre du 30 mars, avec une extreme confusion d'y voir le remerciment que vous me faites de ma perseverance au desir de servir vostre parroisse le Caresme prochain ; puisque ma volonté, ma perseverance, mon esperance demeurent frustrees et inutiles, Son Altesse ne m'ayant pas voulu accorder que je sorte d'icy pour les praedications, avec des paroles tant honnorables que rien plus, mais nullement favorables a mon intention. De sorte, Monsieur, que je vous supplie de ne plus vous amuser a moy en façon quelcomque, puisque je suis si impuissant a vous rendre le service que je vous dois. J'ay bien neanmoins encor un ressort en main, lequel je vay faire joüer des demain, mays je ne m'en ose rien promettre. Si vous sçavies, Monsieur, d'ou vient l'empeschement, vous admireries l'industrie du dœmon qui s'oppose a nos desirs.
Pour Dieu, Monsieur, croyes bien, je vous supplie, que mon cœur est totalement dedié au vostre, et mes desirs a vos affections, et que si je sçavois faire mieux pour faire reuscir vos intentions, Je le ferois. Je vous diray ce mot en la confiance que j'ay de vostre prudence : M. Troüillouz , qui sert Son Altesse es affaires de France, dit a Thurin, sur le propos de la recherche qui a esté faite ci devant de me faire aller a Paris : C'est Charmoysi et le sieur des Hayes qui ont ce dessein, nul autre n'y eut pensé qu'eux. De lâ, on passe a d'autres pensees. Jusques a quand sera ce que l'on vivra ainsy ? Hors cette particularité, que vostre seule consideration me faysoit avoir plus a cœur qu'autre chose quelcomque de celles que j'avois a traitter, Son Altesse m'a comblé de tesmoignages d'estime et de faveur autant que l'action de la guerre en laquelle je le treuvay le pouvoit permettre. Je treuve tres mauvaise la procedure du libraire qui a osé, sans rime ni rayson, mettr'un tiltre si impudent au livret de la Croix . Hors le tiltre et l'obmission de l'Advant Propos, sans lequel ce livre semble un songe, je n'en serois pas si fasché, bien que tous-jours ce seroit un'incivilité commise en mon endroit. Et sil m'eut adverti, je luy eusse rendu ce livret mille fois plus vendable, par la correction et amendement que j'y eusse fait. Mays, pour tout cela, je ne vous supplieray point de prendre la peyne de faire faire les deffences qui seroyent requises pour en empescher la debite, car ce vous seroit une trop grande importunité. Je me contenteray bien qu'il vous playse luy faire dire quil me donne cette satisfaction de remettre le tiltre. Rien ne m'est plus a contre cœur que l'ambition des tiltres :
" Je hay l'architecteur qui, privé de rayson, Fait le portail plus grand que toute la mayson . "
]'ay promis le livre de l'Amour a Rigaud, de Lion , et certaine petite besoigne pour ce diocaese a un autre . Passé cela, si jamais je metz la main.a la plume, ce sera pour Paris, a vostre gré; mays certes, je ne sçai ce que je pourray jamais faire.
J'espere dans cinq ou six jours voir monsieur de Charmoysi en liberté . J'escris a madame de Charmoysi, qui vous fera sçavoir ce qui en est et l'advis que je luy donne, puisque je suis pressé de finir. Monsieur, je suis plus qu'homme qui vive, Vostre tres humble, fidele serviteur, FRANçS, E. de Geneve, qui vous souhaite, et a madame vostre chere moytié, tout le bonheur du Ciel et de la terre.
xx may 1613.
Monseigneur de Nemours va en France dans huit jours .
A Monsieur Monsieur des Hayes, Maistre d'hostel du Roy, Gouverneur de Montargis.
Revu sur l'Autographe conservé au 1er Monastère de la Visitation de Rouen.
DCCCLXXVII A MADAME DE PEYZIEU (INêDITE) Témoignages d'affection filiale; félicitations à la destinataire à propos du mariage de l'un de ses fils.