Lettres (page 20)

François de Sales · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Lettres, tomes 1 à 11 (édition d'Annecy) · 55 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

21 mai 161) .

Madame ma chere Mere,

Les mains d'un si digne porteur vous rendront, je m'asseure, ce papier aggreable, outre la faveur maternelle delaquelle vous recevés tout ce qui vous est presenté de ma part. Ce n'est, Madame ma Mere, que pour vous ramentevoir l'humble et veritable affection filiale que j'ay dediee et que vous aves acquise en moy pour vostre service. Faites moy lhonneur, je vous supplie, de me continuer aussi au rang que vous m'aves donné en vostre bienveuillance, delaquelle je suis extremement jaloux et ambitieux, comme d'un bien que je ne merite pas et que neanmoins m'est assigné. Au demeurant, Madame ma chere Mere, il faut bien que je me res-jouisse avec vous de la consolation que vous aves de vous voir assistee et accompaignee d'une nouvelle bonne et belle fille , et que je vous conjure de luy ordonner qu'elle me reçoive en sa bonne grace, comme un de vos enfans plus humbles qui est, outre cela, Vostre fidele et tres affectionné serviteur, FRANçS, E. de Geneve.

21 may 1613.

A Madame de Pezieu.

Revu sur l'Autographe conservé à Troyes, à l'aumônerie des Dames des SS. Cœurs, dites de Picpus.

DCCCLXXVIII A LA MèRE DE CHANTAL (BILLET INéDIT) Retour du Saint. - Salutations dès l'arrivée. - Promesse d'une visite pour le lendemain.

Annecy, 25 mai 1613 .

Et me voyci donq au pres de ma tres chere Mere, moy mesme sans autre, avec tesmoignage de tous ceux qui me voyent que je me porte fort bien. Demain, Dieu aydant, ma tres chere Mere m'en dira de mesme et que je soys le bien venu; ce qu'attendant, je la salue tres humblement de tout mon cœur, et toutes nos cheres Seurs aussi. Dieu vous donne le bonsoir, ma tres chere Mere, a qui je suis de tout mon cœur en Nostre Seigneur. Amen.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. Zeiller, à Lunéville (Meurthe-et-Moselle).

DCCCLXXIX A LA MêME (FRAGMENT) Aspiration du Saint à la fin d'une journée. - Souhaits spirituels pour la Mère de Chantal.

Annecy, [26 mai 1613 .]

……………………………………………………………………. Mon Dieu, ma tres chere Mere, quil me fera grand bien d'aller doucement achever la journee aupres de nostre Sauveur ! et je supplieray sa Bonté quil aille luy mesme verser dans vostr' ame un doux et tranquille repos, emmi lequel il la remplisse de la plus parfaite suavité de son amour. Bon soir donq, la chere Mere de mon cœur, et bonsoir le cher cœur de ma pauvre Mere. Dormes doucement sous la fraich'ombre des aisles du celeste Colombeau, qui soit a jamais nostre paix et protection. J…….

Revu sur l'Autographe appartenant à M. le chanoine Collonges, aumônier de la Visitation de Chambéry.

DCCCLXXX A LA MêME Encore l'héritage de Mme de Miribel. - Première entrevue du Saint et des " bonnes damoyselles " qui devaient concourir à la fondation du monastère de Lyon.

Annecy, 27 mai 1613 .

Il est mieux, ma tres chere Fille, que vous luy escrivies , puisque le reste s'est passé avec vous. Je voudrois bien que monsieur de Beaumont en fut , par ce quil rangeroit plus puissamment l'esprit de la partie . Toutefois, si l'assemblee est de telle qualité qu'elle puisse suffire, il ni aura pas grand hazard, puisque mesme ce n'est que pour prendre un compromis. Je vous donneray Pierre , si vous en aves besoin. Vous sçaves bien que je suis vostre. Bon soir, ma tres chere Fille. J'ay bien esté content de voir ces bonnes damoyselles ce matin, et particulierement Mme de Gouffier, que je voy toute telle que vous m'aves dit . Dieu aggrandisse de plus en plus son saint amour en nostre cœur.

Revu sur l'Autographe appartenant aux Missionnaires de Saint-François de Sales, à Annecy. DCCCLXXXI A MADAME DE GIEZ Un bienfait extraordinaire pour une jeune femme. - Trois vertus qui comprennent toute la dévotion. - Souhaits de piété. - Moyen de rendre plus doux le joug du Sauveur.

Annecy, [fin mai ] 1613.

Madame,

J'ay esté estonné quand j'ay sceu que vous n'avies pas receu le remerciment que je vous avais fait, pour l'honneur qu'il vous pleut me departir en m'escrivant. Croyes, je vous supplie, que je ne suis pas si ingrat et nonchalant que d'avoir oublié ce devoir-la. Mays puisque cette action de grace ne vous est pas arrivee, je la refay maintenant de tout mon cœur, vous asseurant que c'est avec un grand surcroist de l'estime que j'avais de vostre bienveüillance, par la description plus particuliere que Madame de Baume m'a fait des qualités et conditions de vostre esprit, que j'ay treuvé extremement aymable, priant Dieu qu'il luy playse les affermir et accroistre de plus en plus.

C'est un benefice extraordinaire, qu'entre les aggreemens du monde, emmi le printems d'une jeunesse et entre les loüanges de plusieurs, vous aymies et estimies les saintes vertus. Celles d'humilité, de modestie et de douceur sont celles qui comprennent toute la tres sainte devotion. Seigneur, disoit le Roy David (Ps 70,17), vous m'aves enseigné des ma jeunesse, et jusqu'a present j'annonceray vos merveilles. Que reste-il, ma chere Dame, sinon qu'il playse a cette souveraine Bonté de vous tenir de sa main, affin que vous puissies dire avec le mesme Roy (id, 18) : jusqu'a ma viellesse et decrepitude, Seigneur Dieu, ne me delayssés point. Faites que cette aube croisse jusqu'au plein midy (Pr 4,18)

du saint amour celeste, et que vostre printems fleury se convertisse en une automne fructueuse.

Pour moy, je me res-jouy infiniment avec vous de quoy l'Espoux sacré a touché les entrailles de vostre ame et vous a fait odorer le parfum de ses attraitz, et ne puys m'empescher de vous dire que vous couries apres luy (Ct 1,2), et que vous couries de sorte que vous le puyssies . attaindre (1 Co 9,24 ; TAD liv 3, ch1).

Vous estes bien heureuse d'avoir un mary si chrestien comme est celuy que Dieu vous a donné en sa debonnaireté, car le joug du Sauveur, qui est en soy si doux et suave (Mt 11,28), le devient encor davantage quand deux le portent ensemblement. Je ne cesseray jamais de vous honnorer d'un respect et amour fort particulier, et vous souhaiteray tousjours la perfection du divin amour. Obligés moy, Madame, de vostre dilection, et implorés sur mon ame la misericorde souveraine de nostre Createur, auquel et pour lequel je suys et veux estre des-ormais fort entierement, Madame, Vostre tres humble et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

DCCCLXXXII A LA MèRE ANNE DE LA VESVRE, URSULINE Sympathies du Saint pour la Congrégation des Ursulines de Franche-Comté. La clôture ne lui paraît pas conforme à l'esprit de cet Institut.

Annecy, juin 1613 .

Ma chere Seur, Ce me sera tous-jours une grande consolation de sçavoir que vous et vostre Congregation profites au service de nostre commun Maistre, et si j'estois digne de contribuer a vostre advancement, personne du monde ne s'y employeroit plus volontier que moy. Or, pour le regard de l'advis que vous me demandes , je vous diray sans hesiter, que vous ne deves nullement vous obliger a la c1osture; vostre Institut ne tend pas a cela. A Milan, d'ou je viens, il y a quantité de Congregations, mais pas une n'observe la c1osture, ains sortent pour de certaines causes limitees et gaignent beaucoup en leurs sorties. Suivés l'esprit de vostre Compaignie, qui fleurit en tant de lieux et despuis un si long tems en pieté. Voyla mon advis, que je vous escris sans loysir, vous suppliant de m'aymer tous-jours en Nostre Seigneur et me recommander perpetuellement a sa misericorde. ………………………………………………………………………………..

DCCCLXXXIII A LA MèRE DE CHANTAL Un désir du Saint pour la Mère de Chantal et pour lui-même ; pourquoi il regrette d'avoir dû quitter le matin la rédaction du Traitté de l'Amour de Dieu. - Les voies les plus faciles ne sont pas toujours les meilleures. User d'amour et de douceur envers les petits esprits et les cœurs faibles.

Annecy, [6 juin] 1613.

Que je suis consolé, ma tres chere Mere, de la bonne nouvelle de vostre santé ! Le grand Dieu, que ma pauvre ame et la vostre veut a jamais servir, soit beni et loüé, et veuille de plus en plus fortifier cette chere santé que nous avons dediee a sa sainteté infinie.

Mais ce pendant, nostre cher cœur comme se porte-il en vous ? Helas, ma tres chere Mere, que je luy desire de benedictions ! Quand sera-ce que l'amour, triomphant entre toutes nos affections et pensees, nous rendra tous unis au cœur souverain de nostre Sauveur, auquel le nostre aspire incessamment ? Ouy, ma tres chere Mere, il y aspire incessamment, quoy que insensiblement pour la pluspart du tems. Certes, j'ay esté bien marry ce matin, qu'il m'ayt fallu quitter ma besoigne sur le point qu'il m'estoit arrivé une certaine affluence du sentiment que nous aurons pour la veuë de Dieu en Paradis, car je devois escrire cela en nostre livret (Traitté de l'Amour de Dieu.)

; mays maintenant je ne l'ay plus. Neanmoins, puisque je me suis diverti seulement pour aller prendre les arres de cette mesme veuë en la sainte Messe , j'espere qu'il me reviendra quand il en sera tems. 0 Dieu, ma tres chere et unique Mere, aymons parfaittement ce divin objet qui nous prepare tant de douceur au Ciel; soyons bien tout a luy, et cheminons nuit et jour entre les espines et les roses, pour arriver a cette celeste Hierusalem. La grande fille va par un chemin fort asseuré, pourveu que son aspreté ne la descourage. Les voyes les plus faciles ne nous menent pas tous-jours plus droitement ni asseurement; on s'amuse quelquefois tant au playsir qu'on y a et a regarder de part et d'autre les veuës aggreables, qu'on en oublie la diligence du voyage. Il faut estre court. Voyés ce billet qu'on m'a envoyé ce matin; et parce que je n'ay point veu cette pauvre creature , et que peut estre vous la verrés devant moy, j'ay pensé que je ferois bien de vous l'envoyer. Helas ! ma tres chere Mere, que la vanité fait de tort a ces chetifz petitz espritz, qui ne se connoissent pas et se mettent entre les hazars ! Mais pourtant, comme vous sçavés, en bien remonstrant, il faut user d'amour et de douceur ; car les advertissemens font meilleure operation comme cela, et autrement on pourroit detraquer ces cœurs un peu foibles. Seulement, je ne sçai comme vous pourres dire que vous sçaves la dissension. Or bien, Dieu inspirera a nostre cœur ce qu'il dira pour ce regard, comme je l'en supplie, et de m'inspirer aussi ce que je prescheray ce soir. J'escris entre plusieurs distractions. Bon soir, ma tres chere Mere. Je suis Vostre tres affectionné serviteur en Nostre Seigneur, FRANçs, E. de Geneve.

DCCCLXXXIV A MADAME DE LA VALBONNE (INéDITE) Une âme dévoyée: pourquoi les " Dames de la Visitation " ne sont pas répréhensibles de l'avoir assistée. - Quand faut-il empêcher le mal. Messages et souhait.

Annecy, [7 ou 8 juin] 1613 .

La femme delaquelle vous m'escrives , m'a donné un desplaysir extremement sensible, ma tres chere Fille, d'estre allee en un lieu ou elle ne pouvoit estre sans donner un tres grand scandale. Pendant le Caresme, elle s'estoit fort bien comportee , et je commençois a prendre de la consolation en son bonheur. Despuis, je ne l'ay point veuë, sinon a son despart pour Belley, qu'elle vint ceans, mais en une occurrence qui m'empescha de luy pouvoir parler a souhait parce que j'estois plein de gens.

Le monde a tort de prendre a contrepoil l'office de charité que les Dames de la Visitation ont cuidé faire en son endroit. Dieu a caché le secret des choses a venir aux hommes, et si nous ne devions servir sinon les ames qui doivent perseverer, nous serions bien en peyne comme les discerner d'avec les autres. Il faut, quand ce ne serait que pour une heure, empescher le mal du prochain. Et pleust a Dieu que cette pauvre femme fust demeuree dans les resolutions qu'elle avoit prises a la Visitation ! elle eust esté bien heureuse et de bonne odeur a tous les bons. Je dis cecy affin que vous sçachies respondre doucement a ceux qui murmurent.

Au reste, ma tres chere Fille, je me res-jouis de la santé de Mme de Monthoux et luy souhaite toute sainte benediction. Je n'escris pas a Mme la Generale , mais puis qu'elle se confie en vous, vous luy dires que cette creature s'en est allee a Belley, et espere qu'elle ne reviendra plus que pour amasser ses hardes et se retirer du tout.

Mais vous, ma tres chere Fille, vives tous-jours toute a Dieu, qui vous y a tant obligee par les graces et instructions quil vous a departies ; et je suis, d'un cœur parfait,

Vostre plus humble oncle et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

A Madame de la Valbonne.

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Turin.

DCCCLXXXV AU DUC DE NEMOURS, HENRI DE SAVOIE Supplique instante en faveur de M. de Charmoisy et de M. du Noyret. Si le Duc reçoit les plaintes contre les Annéciens, " sans praejudice des defenses des accusés, Dieu sera obei. "

Annecy, 9 juin 1613.

Monseigneur,

Puysqu'il vous pleut m'accorder la liberté de monsieur de Charmoysi, mon parent (notes 17, 37), je l'attens infalliblement de vostre bonté, laquelle j'ay des-ja supplié tres humblement par quattre diverses lettres , d'en avoir la memoire qu'ell'a accoustumé de tenir en faveur de ses tres obeissans serviteurs, entre lesquelz je suis des plus certains. . Monsieur du Noyeret aussi est en la mesm' attente, ayant escrit la lettre de la sousmission (qu'il ne peut jamais rendre asses grande) laquelle estoit desiree pour cet effect. Je supplie donques tres humblement Vostre Grandeur, Monseigneur, de m'exaucer pour l'un et pour l'autre, et de recevoir la multitude des plaintes que, par artifice, pourront estre faites contre tous ses sujetz de cette ville, sans praejudice des defences et legitimes allegations des accusés. Car ainsy, Dieu sera obei et respandra, selon mon continuel desir, ses plus cheres graces sur Vostre Grandeur, a laquelle faysant tres humblement la reverence, je suis en toute fidelité,

Monseigneur,

Tres humble et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

A Neci, le 9 juin 1613.

A Monseigneur

[Monseigneur] le Duc de Genevois, de Nemours et de Chartres.

Revu sur J'Autographe qui se trouvait à Lyon, chez les RR. Pères Jésuites, rue Sainte-Hélène.

DCCCLXXXVI A LA MèRE DE CHANTAL (INéDITE) Les voyageuses de Lyon et les préliminaires d'une fondation. Le P. Grangier. - Un visiteur attendu.

Annecy, [vers le 10] juin 1613 ,

Ma chere Mere,

Faites voir, je vous prie, ces lettres a nostre madame des Gouffier, et les voyes vous mesme ; c'est affin qu'elle considere si je dis bien au P. Grangier selon ce qui s'est passé . La jeune damoyselle de Lion desire encor de me parler, ainsy que M. Michel m'a dit. J'irois tres volontier la, pour luy gaigner la peyne de venir et pour me gaigner le contentement de vous voir ; mais j'attens M. Berthelot, et ne sçai l'heure quil viendra. Si cependant elle venoit, je luy parlerois ou devant ou apres, pourveu qu'ell' eut un peu de patience, car l'affaire de M. Berthelot veut un peu de loysir et je desire le luy donner. Mays bonsoir, ma tres chere et tres bonne Mere. Amen,

Revu sur l'Autographe conservé au 1er Monastère de la Visitation de Marseille. DCCCLXXXVII A MADAME DE LA FLéCHèRE Un dépositaire fidèle. - Suspension des hostilités entre la France et la Savoie. - Invitation aux noces de Louis de Sales -. Craintes et espérances à propos de M. de Charmoisy.

Annecy, 11 juin 1613.

Ma tres chere Fille,

Vous estes absolument dame de tout ce qui est en mon pouvoir; tout ce que vous m'envoyerés sera retiré et gardé soigneusement . La verité est que je ne croy nullement que monsieur le Grand de France pense a nous attaquer pour le present, puysque Son Altesse est en suspension d'armes et en projet d'accommodement , joint que tout le bord du Rosne a esté jusques a present exempt de soldatesque. Si Dieu nous garde, nous serons bien gardés. Hé, je le supplie, par sa bonté, qu'il soit nostre protection. Nous nous attendons au bien de vous voir, en ces noces , desquelles la presence de monsieur vostre mari et celle de nostre seur et la vostre seront la meilleure consolation que je puiss' avoir. Je suis grandement desplaysant de n'avoir encor point l'ordre de la liberté du cher cousin , car vous pouves penser comme ce retardement luy est ennüyeux et combien d'imaginations il luy peut causer. Neanmoins je demeure ferme et tiens asseuré ce qu'on m'a promis, esperant que l'ordre estant arrivé, l'ennuy de l'attente sera effacé. Dieu soit a jamais le grand et souverain object de nos affections. Je suis en luy, sans fin ni reserve, Vostre plus humble et invariable serviteur et compere, F., E. de G.

11 juin 1613.

Je salue cherement la seur (Mme de Bressieu) et suis son serviteur. Item, je salue la bonne voysine . A Madame Madame de la Flechere. A Romilly.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Bruxelles.

DCCCLXXXVIII A LA MèRE DE CHANTAL (FRAGMENT INéDIT) " Fraische rosee " et " tempeste " ; l'odeur des œillets sur la fin de la journée.

Annecy, [vers le 14 juin] 1613 .

........................................................................................... Nicephore. En somme, le matin m'a esté comm'une fraische rosee, et cet apres disner j'auray la tempeste. Bienheureux si, sur le tard, je puis ressembler a vos œilletz, car leur odeur s'affine et s'augmente en suavité sur la fin de la journee. Hé, Dieu nous face la grace que, tirans tous-jours plus du costé de nostre vespre, nous croissions devant Dieu en odeur de suavité. Amen. Le bon soir a la dame de Gouffier.

Revu snr l'Autographe conservé à la Visitation de Paray-le-Monial. DCCCLXXXIX AU DUC DE NEMOURS, HENRI DE SAVOIE (INéDITE) Raisons nouvelles présentées au prince en faveur de MM. de Charmoisy et du Noyret, - Le Saint intercède aussi pour des gentilshommes bourguignons et déclare ne craindre nullement ses calomniateurs.

Annecy, 14 juin 1613.

Monseigneur, La nouvelle peyne en laquelle le sieur de Charmoysi se treuve a cause du danger de peste qui l'environne, ains le presse dedans sa mayson mesme , me fait encor une fois supplier tres humblement Vostre Grandeur de m'envoyer l'ordre quil vous a pleu, Monseigneur, de m'accorder pour sa liberté, affin qu'il puisse au plus tost s'oster de cette mayson suspecte et, apres sa quaranteyne, s'esloigner de ces perils.

Le bonhomme monsieur du Noyeret a quelque opinion, et moy aussi, que Vostre Grandeur n'ayt pas receu la lettre de sousmission moyennant laquelle elle m'avoit gratifié de le vouloir eslargir, et ses enfans, puisqu'il n'a point encor la jouissance de cette faveur ; c'est pourquoy il a derechef escrit la ci jointe, laquelle, en son nom, je presente a Vostre Grandeur, avec tres humble supplication que je vous fay, Monseigneur, de l'exaucer et moy aussi.

Ces gentilshommes bourguignons pour lesquelz je fis encor pareille demande a Vostre Grandeur , attendent aussi les effectz de la bonne volonté qu'elle me tesmoigna pour leur regard, et meritent d'autant plus de les recevoir, qu'ilz ne les desirent que pour la jalousie qu'ilz ont de pouvoir sans contradiction porter par tout le nom de tres humbles serviteurs de Vostre Grandeur, puisque soudain qu'ilz auront sa faveur, ilz se retireront en leurs pais, sinon que quelque digne service de Son Altesse ou de Vostre Grandeur les retint; auquel cas, ilz tesmoigneroyent bien le tort qu'on a eü de les accuser de manquement de respect et d'honneur envers elle, a laquelle ilz font speciale profession de tres humble affection, et sont de telle qualité et condition qu'ilz sont dignes d'estre estimés. Et quant aux artifices par lesquelz, a force deseplaindre, on voudroit faire treuver mauvaise l'intercession que j'ay faite pour tant de gens, je ne les crains nullement ; car je sçai que Vostre Grandeur ne se laissera point surprendre par telles ruses, et moyennant cela, je suis trop asseuré de luy faire tous-jours paroistre la sincerité et equité de mes remonstrances et supplications. Et tandis, je persevere a souhaiter que Dieu comble de prosperité Vostre Grandeur, delaquelle je suis infiniment, Monseigneur, Tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

XIIII juin 1613, a Neci.

A Monseigneur

Monseigneur le Duc de Genevoys, de Nemours et de Chartres.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Bourg-eu-Bresse.

DCCCXC AU COMTE PROSPER-MARC DE TOURNON Un cadeau du Saint. - Les plaintes de Berthelot contre Janus de Sales, sujet de mortification pour l'Evêque.

Annecy, 14 juin 1613.

Monsieur,

Je vous remercie de la part qu'il vous plait me faire de vos nouvelles, que je mesnageray tous-jours le plus discrettement que je pourray. Vous aures les primices du vin grec de Monpelier , lesquelles, puysque j'avois destinees a monsieur le Marquis de Lans, nostre gouverneur general , se rencontreront a propos entre vos mains pour luy estre donnees, bien que je ne me veuille pas pour cela exempter de luy envoyer les secondes traittes, desquelles aussi, peut estre, reciproquement vous fera-il part. Mes freres sont tous vos serviteurs et se rendront tousjours pour vous suivre par tout ; mais voyla Bernardet qui me dit qu'il n'est plus tems pour ce coup , puysque Son Excellence part soudain apres disné, estant arrivee des ce soir passé .

Je suis sans nouvelles de monsieur de Charmoysi nostre cousin, et ce sont bonnes nouvelles, car sil y en avoit d'autres je serois adverti. Or, j'attens tous les jours l'ordre de sa liberté que Monseigneur de Nemours m'a promis ; c'est pourquoy je ne luy envoye point jusques a ce que je l'aye. A ce propos, on m'a dit que le sieur Bertelot avoit fait faire des grandes plaintes contre mon frere le chevalier a Son Excellence, mays il se treuvera que c'est a tort et pour des frivoleries : comme de ne le saluer pas, non plus qu'il n'est pas salué de luy, et semblables choses indifferentes et dont les plaintes peuvent estre reciproques, quoy que non egales en l'inegalité des personnes. Nous sommes icy en occupation pour telles petites observations, et cela me tient lieu de mortification, car en verite, j'aurois bien d'autres choses a faire qui seroyent plus utiles.

Je prie Dieu quil vous comble de benedictions, et suis sans fin, Monsieur,

Vostre tres humble serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

A Monsieur

Monsieur le Comte de Tornon.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme la marquise Pensa, à Turin.

DCCCXCI A MADAME DE TRAVERNAY Remerciements à la destinataire ; affection de sa fille pour le Saint.

Annecy, 15 juin 1613.

Ma tres chere Fille, Ce n'est que pour vous remercier bien simplement que je vous escris ce billet, me sentant extremement obligé dequoy vous aggrees si fort mes lettres et l'affection que je porte a vostre ame, a laquelle en verite je souhaite toute sainte consolation et perfection. Je fay un mot de response a la bonne madamoyselle des Crilles , puisqu'il vous plaist de l'envoyer. La petite chere filleule , comme je pense, a quelque ressentiment secret de l'amour que je luy ay, puisqu'elle me cherit si fort. Dieu la rende si brave et si bonne que vous en ayes le contentement que vous en deves esperer. Je suis de tout mon cœur et sans fin, Ma tres chere Fille, Vostre tres humble et tres affectionné serviteur et compere, FRANçs, E. de Geneve.

Ce 15 juin 1613, a Neci.

A Madame de Trevernay.

DCCCXCII A UNE PERSONNE INCONNUE (FRAGMENT) Oraison funèbre de la première des filles du Saint, qui alla voir au Ciel ce que Dieu préparait aux autres.

Annecy, [18-20] juin 1613 .

……………………………………………………………………………………….. Madame de Chantal confia samedi a la terre le cors de la pauvre chere petite Seur Roget , fille tres aymable, tres vertueuse et tres aymee dans sa Congregation, et l'esprit de laquelle, comme je croy, fut retiré au Ciel le jour precedent, car c'estoit une petite ame toute pure. Je luy conferay ses derniers Sacremens, mais je n'eus pas la consolation de la voir expirer ; et certes, c'eust esté avec suavité que j'eusse receu les derniers souspirs de cette premiere de mes filles qui est allee voir au Ciel ce que Dieu reserve et prepare aux autres. Je vous prie de prier pour elle, encor que je croy qu'elle prie pour nous………………..

Revu sur le texte inséré dans l'Histoire de la Fondation du 1er Monastère de la Visitation d'Annecy.

DCCCXCIII A LA MèRE DE CHANTAL (FRAGMENT) Effusions et souhaits de piété à l'occasion de la fête de saint Jean-Baptiste. Panégyrique du Précurseur.

Annecy, 23 ou 24 juin 1613-1614 ,

Je prie Nostre Seigneur, qui est l'Aigneau que nostre grand saint Jean nous monstra (Jn 1,29), qu'il vous reveste toute de la tres sainte laine de ses merites, ma tres chere Mere, ma Fille. 0 Dieu, quelle admirable pureté de cœur, quelle indifference a toutes choses en cet admirable ange humain, ou homme angelique, qui semble n'aymer quasi pas son Maistre pour l'aymer davantage et plus purement. Je ne sçay comme il eut le courage de demeurer en son desert apres qu'il y eut veu son Sauveur et qu'il l'eut veu s'en aller de la. Il continue neanmoins ses predications, et, d'une sainte dureté, il ne se laisse point vaincre a la tendreté et suavité de l'amour de la presence de son souverain Bien ; mays, avec un amour austere, constant et fort, il le sert en absence pour son amour. Dieu et le grand saint Jean vous veuillent visiter en la douceur de leurs consolations, avec toutes nos filles. FRANçs, E. de Geneve.

DCCCXCIV A MADAME D'AIGUEBELETTE Saint François de Sales n'est pas insensible aux petites marques d'une sainte amitié. - Le désir et les effets des vertus. - Bonnes nouvelles de Mme de Charmoisy.

Annecy, 24 juin 1613.

Ma tres chere Fille,

Ce m'a esté une lettre bien douce que celle que vous m'aves envoyee pour tesmoignage du contentement que vous avés de mon retour ; car bien que je ne puisse jamais douter de vostre sainte amitié, si est ce que ces petites marques me sont aggreables. Vous aves tousjours esté en ma memoire, mais sur tout es lieux pieux que j'ay visité. Maintenant que vous estes, comme vous dites, en solitude, je vous prie, ayes bien reciproquement souvenance de moy, affin quil plaise a Nostre Seigneur me donner les effectz des vertus desquelles il m'a donné le desir. Je receu il y a trois jours une lettre de la petite cousine , qui a rencontré autant de bonheur dela, que son mari de rigueur par deça. Elle me prie fort particulierement de vous saluer de sa part, et je le fay en vous saluant moy mesme de la part de mon cœur qui vous souhaite mille et mille benedictions, comme fait Mme de Chantal. Je suis sans fin, tout parfaitement vostre. Madame, Vostre tres humble et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

A Neci, le XXIV juin 1613.

A Madame d'Aiguebelette.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à la Visitation d'Annecy.

DCCCXCV A LA MèRE DE CHANTAL L'impatience de Celse-Bénigne en arrivant chez le Saint. - Recommandations de celui-ci à la Mère de Chantal ; charité et délicate discrétion de l'Evêque à l'égard de la mère et de son fils.

Annecy, fin juin ou commencement de juillet 1613.

Ce sera moy, si je puis, qui le premier vous annonceray, ma tres chere Fille, l'arrivee du bienaymé Celse Benine . Il vint hier au soir tout tard, et nous eusmes de la peyne a le retenir de vous aller voir dans le lit, ou vous esties toutes indubitablement. Que je suis marri de ne pouvoir estre tesmoin des caresses quil recevra d'une mere insensible a tout ce qui est de l'amour naturel, car je croy que ce seront des caresses terriblement mortifiees. Ah ! non, ma chere Fille, ne soyés pas si cruelle. Tesmoignes luy du gré de sa venue, a ce pauvre jeune Celse Benine ; il ne faut pas faire ainsy tout a coup, des si grans signes de cette mort de nostre naturelle passion. Or sus, je vous iray voir, si je puis, mays sobrement ; car aupres d'un objet si aymable, nous ne sçaurions pas bonnement estre visibles. Dieu soit nostre tout, car l'amitié descend plus qu'elle ne monte. Je me contenteray de ne cesser point de vous cherir autant comme ma fille, que vous le cherires comme vostre filz ; et si, je vous desfie de faire mieux que moy ce mestier .

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation du Mans.

DCCCXCVI A LA DUCHESSE DE MERCOEUR (INéDITE) Un grand Saint qui a vécu à la façon des anciens Evêques - Envoi de ses reliques.

Annecy, 6 juillet 1613.

Madame,

La commodité d'une si digne porteuse m'a donné le courage de vous presenter des reliques que j'ay aportees de .Milan, du grand saint Charles Borrhomee, saint qui a vescu en ce mesm'aage auquel nous sommes, mais a la façon de ces anciens Evesques sous lesquels l'Eglise a tant fleuri. Je ne pouvois pas, ce me semble, vous offrir chose plus aggreable, Madame, ni qui tesmoignast mieux a Vostre Grandeur qu'en mon voyage j'ay eu memoire de recommander a la divine Majesté vos vœux et souhaitz par l'intercession de ce grand Serviteur de sa gloire. Ainsy, pour mille grandes obligations que j'ay, je veux continuer toute ma vie a reclamer la grace et Bonté caeleste sur vous, Madame, et demeurer invariablement,

Vostre tres humble et tres affectionné serviteur,

FRANç., E. de Geneve.

VI julliet 1613, a Neci.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. Manaud, à Marseille.

DCCCXCVII A M. CLAUDE DE BLONAY Entremise charitable du Saint pour hâter la conclusion d'une alliance.

Annecy, 8 juillet 1613,

Monsieur, Autant que je puis connoistre, il m'est advis que vous pouves et deves venir, puysque monsieur d'Avise continue en sa parole et la damoyselle en la correspondance de son amour , Ell'est a la Thuille, ou nostre Jaques la va treuver, sinon que par fortune elle vint aujourdhui icy, ou ell'a envie de venir voir la ville avec madame de la Thuille et sa seur , sous praetexte neanmoins de voir la Visitation. Vous sçaures toutes autres nouvelles par monsieur l'Abbé et par la lettre de Jaques, lequel est esperdument amoureux, et qui le voudroit ouïr, il seroit occupé jour et nuit au discours de sa passion. Je pense que quand plus tost la chose s'achevera, tout en ira mieux. Dieu nous soit a tous favorable. Je suis en luy, Monsieur, Vostre plus humble tres affectionné confrere, FRANçs, E. de Geneve. A Monsieur, Monsieur de Blonnay. A Sie.

Revu sur l'Autographe conservé au château de Marin (Chablais), Archives de Blonay.

DCCCXCVIII A MADAME DE LA FLéCHèRE Nouvelles, messages ; envoi de reliques de saint Charles Borromée.

Annecy, 8 juillet 1613.

Ma tres chere Fille,

J'ay receu le livret ainsy que vous l'avés donné a cette bonne fille; je vous le rendray fort fidelement de la mesme sorte, car, nous en sommes fort resoulus, il ny a rien de reservé en nous que nous ne voulions estre pour sa divine Majesté. La bonne madame de Chantal part dans huit ou dix jours, pour terminer finalement toutes les affaires qu'elle peut jamais avoir en Bourgoigne . Je suis bien ayse qu'elle aille, soit pour revenir, soit aussi ... Son filz est a la Thuille (note 104), mays qui reviendra aujourd'huy. M. de Blonnay est icy, qui y va voir sa maistresse , et je luy donneray vostre lettre pour la chere seur . Je n'ay. pas eu loysir de voir nostre Visitation despuis vous , parce que M. d'Abondance (Vespasien Aiazza,) ne fait que de partir tout maintenant, lequel a logé ceans. Je vous envoye encor des devotions de saint Charles ; les reliques sont de l'epoque que je vous dis. Et moy je suis incomparablement tout vostre, et

Vostre plus humble, tres affectionné compere et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

8 julliet 1613.

Je salue monsieur vostre cher mari et la voysine .

DCCCXCIX AU PèRE PIERRE DE BéRULLE, ORATORIEN Le Saint recommande au Fondateur de l'Oratoire le porteur de la présente lettre, et le prie de l'agréer dans son Institut, pour ses rares qualités.

Annecy, 11 juillet 1613 .

Monsieur, Ce porteur est un des plus doux, sinceres et purs espritz que j'aye rencontré il y a long tems ; son affection au service de Dieu et de l'Eglise est grande. Son talent est fort sortable a cela, car il presche fort joliment et tres devotement. Des quelque tems en ça, il a esté inspiré de se retirer a l'abry de quelque Congregation, et la vostre luy est pour objet a cett'intention. Je l'accompaigne de ma supplication envers vous, affin qu'il vous playse le recevoir avec cette charité qui vous a consacré au service de Dieu des vostre jeunesse et que je prie Dieu ne vous abandonner jamais. Ou je suis extremement trompé, ou vous treuveres un esprit aggreable en ce bon personnage, lequel vous recommandant derechef, et moy en vos saintz Sacrifices, je demeure sans fin ………….. A Monsieur Monsieur de Berulle. A Paris.

Revu sur l'Autographe conservé à Paris, au Carmel de la rue Denfert-Rochereau. CM A M. NICOLAS DE SOULFOUR (FRAGMENT) Affectueux intérêt de l'Evêque de Genève pour l'Oratoire. - Grands éloges d'un ami qui désirait entrer dans cette Congrégation.

Annecy, 11 juillet 1613 ,

……………………………………………………… Vous m'eussies consolé, en passant a Chamberi, de me dire des nouvelles et particularités de la Congregation que j'affectionne et de laquelle la naissance me donne mille contentemens. Et cependant, Monsieur, voyla le sieur de N., mon grand amy, mays, ce qui importe, grand serviteur de Dieu, homme doux, gracieux, humble, fort sincere, fort gentil et devot prœdicateur, qui va offrir sa vie et son service a la Congregation . Je l'ay recommandé a monsieur de Berulle (lettre 899), mais je le vous confie et a vostre Chapitre.

XI julliet 1613.

A Monsieur de Soulfour.

Revu sur une ancienne copie conservée à Paris, Archives Nationales, M. 234.

CMI A MADAME BOURGEOIS, ABBESSE DU PUITS-D'ORBE Une messagère qui vaut mieux que la meilleure lettre. Témoignages de cordial dévouement.

Annecy, 16 juillet 1613.

Ma tres chere Seur, ma Fille, Ce billet n'est que pour vous advertir que nostre bonne seur de Chantal est la meilleure et plus grande lettre que je vous puisse envoyer , car elle vous peut dire toutes choses et parler de mon cœur envers vous comme du sien mesme. Elle me rapportera dedans le sien tout ce que vous luy confierés. Je vous prie aussi de luy bien confier, car il y a si long tems que je ne voy rien de vostre cœur, que le mien en est mortifié. Croyés bien cette chere seur, sur tout quand elle vous asseurera que je suis plus parfaitement vostre que chose du monde, car je le suis en verité. Je ne prie point sans vous, je ne celebre point sans vous; et si, je ne le dis pas par vantance, car je m'y sens infiniment obligé. Je saluë toute vostre chere trouppe, toutes unies en Nostre Seigneur. Pour monsieur [de Sauzéa ], je ne sçai s'il est la; je l'embrasse de cœur. Dieu soit a jamais au milieu de vostre cœur, ma tres chere et bienaymee Fille, a qui je suis tout dedié. Amen.

Le 16 julliet 1613.

CMII AU DUC DE NEMOURS, HENRI DE SAVOIE Requête du Saint en faveur de ses frères et de MM. de Charmoisy et du Noyret; Dieu exige que le Duc leur rende justice.

Annecy, 19 juillet 1613

Monseigneur,

Je presente a Vostre Grandeur une requeste pour les fins de laquelle le Conseil de Genevois a renvoyés mes freres supplians a elle . La justice et bonté de Vostre Grandeur luy suggereront qu'elle ne nous peut esconduire en une si juste et civile supplication, qui ne tend qu'a nous conserver en sa bienveuillance. J'attens de mesme, Monseigneur, la faveur quil vous pleut m'accorder pour les sieurs de Charmoysi et du Noyeret C'estoit une faveur, mais si juste et raysonnable, que je ne puis croire que chose du monde me puisse priver du contentement que j'en praetens, ni ceux pour lesquelz je l'obtins, des fruitz que je leur en ay fait esperer. Vostre Grandeur, qui est bonne, juste et douce a chacun, ne me sera pas, sil luy plait, ni aspre, ni rigoureuse. Dieu, tout bon, tout juste et tout doux, exige par ses loix cette grace, cette justice, cette douceur de Vostre Grandeur, de laquelle il a voulu que je fusse, Monseigneur, Tres humble, tres obeissant, tres fidele serviteur et orateur, FRANçs, E. de Geneve.

XVIIII juilliet 1613, a Neci.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Lyon. MIII AU MARQUIS DE LANS L'Evéque de Genève avise le gouverneur de Savoie de son retour de Gex, des intentions des Bernois à l'égard du désarmement et des divers déplacements du duc de Bellegarde.

Annecy, 31 juillet 1613.

Monsieur,

Comme je vous donnay connoissance de ce petit voyage de Gex , aussi veux-je donner advis a Vostre Excellence de mon retour, et qu'hier, environ les trois heures que j'en partis, je laissay le baillif de Nion et quelques autres Bernois qui vindrent prier monsieur le Grand de France (Le duc de Bellegarde.) de faire revenir ses trouppes , attendu qu'ilz estoyent asseurés que vous, Monsieur, ne desarmies point et que les trouppes piemontoises et espagnoles passoyent les mons. A quoy monsieur le Grand respondit quil les remercioit de l'advertissement, mays qu'avant que rien remuer, il attendroit M. d'Amanzé , quil avoit envoyé par deça aupres de Vostre Excellence, pour apprendre ce qui est du desarmement. Je n'estois pas present quand ceci se passa, mais je le sceu soudain. Au reste, il est impossible que ceux qui ont veu lhonneur et le respect que ce seigneur porte au nom de Son Altesse s'en puisse (sic) taire. Il a couché ce soir a Saint Claude, ce matin il y a fait ses Pasques , ce soir il couche a Chatillon ; Dimanche il doit estre a Belley pour l'accommodement de quelque difficulté publique, et sa compaignie, qui estoit la derniere demeuree a Gex, se retire du costé de Bourgoigne. Je prie Nostre Seigneur quil comble Vostre Excellence de toutes benedictions, et suis,Monsieur, Vostre tres humble et tres affectionné serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

A Neci, le dernier julliet 1613.

Monsieur, et quant au sujet de mon voyage, nos ecclesiastiques et catholiques sont demeurés consolés par l'accommodement que nous avons fait de toutes les difficultés suscitees par nos adversaires, graces a Dieu .

Revu sur l'Autographe appartenant à M. le chanoine Bracq, à Mont-Saint-Amand (Belgique).

CMIV A LA MèRE DE CHANTAL Le bon plaisir de Dieu. - Les déserts et les fertiles campagnes de la vie spirituelle. - Pourquoi le Saint ne voulait pas d'abord et voulut ensuite que la Mère de Chantal fût " abeille ".

Annecy, 12 août 1613 .

………………………………………………….

Haussons nostre cœur, ma tres chere Mere, voyons celuy de Dieu, tout bon, tout amiable pour nous ; adorons et benissons toutes ses volontés : qu'elles tranchent, qu'elles taillent sur nous par tout ou il luy plaira, car nous sommes siens eternellement. Vous verres bien que, parmi tant de destours, nous ferons prou et que Nostre Seigneur nous conduira par les desertz a sa sainte terre de promission, et que de tems en tems il nous donnera dequoy priser les desertz plus que les fertiles campaignes, dans lesquelles les blés croissent en leurs saisons, mais la manne pourtant n'y tombe pas.

Mon Dieu, ma tres chere Mere, quand vous m'escrivistes que vous esties une pauvre abeille, je pensay que je ne le voudrois pas tandis que vos secheresses et afflictions interieures durent ; car ce petit animal, qui en santé est si diligent et pressant, perd le cœur et demeure sans rien faire tout aussi tost qu'il est malade. Mais despuis, je changeay de souhait et dis : Ah ! ouy, je le veux bien que ma Mere soit abeille, mesme quand elle sera en travail spirituel ; car ce petit animal n'a point d'autre remede de soy mesme en ses maladies, que de s'exposer au soleil et attendre de la chaleur et de la guerison de sa lumiere. 0 Dieu, ma Fille, mettons nous ainsy devant nostre Soleil (Ml 3,2) crucifié, et puis disons luy : 0 beau Soleil des cœurs, vous vivifiés tout par les rayons de vostre bonté ; nous voyci mi mortz devant vous, d'ou nous ne bougerons point que vostre chaleur ne nous avive (Ps 18,7), Seigneur Jesus.

Ma chere Fille, la mort est une vie, quand elle se fait devant Dieu. Appuyés vostre esprit sur la pierre qui estoit representee par celle que Jacob avoit sous sa teste quand il vit sa belle eschelle (Gn 28,11), car c'est celle la mesme sur laquelle saint Jean l'Evangeliste se reposa au jour de l'exces de la charité de son Maistre Jesus (Jn 13,1 et 23). Nostre cœur, et le cœur de nostre cœur veillera amoureusement sur vous.

Demeurés en paix. Dieu soit a jamais au milieu de nostre cœur; qu'a jamais il le rende plus uniquement sien, Vive Jesus ! Amen, amen.

FRANçs, E. de Geneve,

Le 12 aoust 1613.

CMV A MONSEIGNEUR JEAN-PIERRE CAMUS, éVèQUE DE BELLEY Excuses pour une réponse tardive. - Mgr Camus ayant écrit au Saint qu'il désirait se démettre de sa charge, celui-ci l'engage discrètement à n'en rien faire. - Il est prié de s'intéresser à l'honneur d'une famille, - Mort de Mgr de Villars, archevêque de Vienne,

Annecy, 14 août 1613.

Monseigneur,

Il y a environ un moys seulement que je receu la lettre qu'il vous pleust de m'escrire le second du moys de julliet ; despuis, j'ay tous-jours esté ou en voyage ou malade , et n'ay sceu vous rendre la response que vous desiriés, ou, pour mieux dire, la response que vous ne desiriés pas, si j'ay bien sceu connoistre l'inclination en laquelle vous esties lhors que vous me fistes la faveur de m'escrire .

Maintenant, vous pouves penser si je puis bien satisfaire a vostre demande, puysqu'a la foiblesse ordinaire de mon esprit, l'extraordinaire de mon cors, accablé des lassitudes que la fievre m'a laissees, apporte un nouveau surcroist d'imbecillité. Mays un si bon entendeur comme vous estes, verra asses mon intention, quoy que mal estallee.

Première proposition. Vouloir se démettre de la charge épiscopale pour des motifs raisonnables, non seulement ne constitue aucun péché, mais c'est même un acte de vertu, ou de modestie, ou d'humilité, ou de justice, ou de charité.

Deuxième proposition. Celui-là est censé s'inspirer de raisons sérieuses, qui, de bonne foi, est prêt à soumettre, soit au conseil d'hommes sages, soit du moins à l'appréciation des supérieurs, son avis personnel sur le fait de quitter l'épiscopat, son désir et les raisons de ce désir, et qui, en même temps, est disposé à se ranger avec une égale promptitude au pour et au contre.

Troisième proposition. Si la pensée ou le désir de quitter l'épiscopat ne constitue aucune faute, dans le sens que je viens de dire, un tel projet, la plupart du temps, n'est pas sans une grave tentation et, très fréquemment, le démon y a sa part. Et voici pourquoi : tandis que l'on dépense du temps à se défaire du fardeau, c'est à peine, c'est à grand peine si l'on prend assez de sollicitude pour le soutenir. Tel un homme qui songe à répudier sa femme ; il ne s'inquiètera pas, en attendant, de l'aimer comme il devrait. Donc, s'exciter à mieux remplir sa tâche, puisqu'il vous semble ne l'avoir pas fait exactement jusqu'à ce jour, c'est bien mieux que de l'abandonner tout à fait. Oui, lever les yeux vers les montagnes, d'où nous viendra le secours,(Ps 120,1) espérer dans le Seigneur et nous glorifier volontiers dans nos infirmités pour que la vertu du Christ habite en nous, (2 Co 12,9)

c'est bien mieux que de retourner en arrière au jour du combat, comme les enfants d'Ephrem.(Ps 77,9)

Car ceux qui se confient dans le Seigneur prendront des ailes comme l'aigle, ils voleront et ne défailliront pas, (Is 40, 31) ceux au contraire qui perdent courage, s'évanouiront comme la fumée.(Ps 36,20) Le soldat qui décampe tout tremblant, trouve sans doute le repos, mais pas autant de sécurité que celui qui combat.

Quatrième proposition. Il me semble entendre le Christ dire : Simon, fils de Jean, ou Pierre-Jean, m'aimes-tu ? et Pierre-Jean répondre : Vous savez, que je vous aime. Et le Seigneur de lui commander alors d'un ton grave : Pais mes brebis. (Jn 21,15). Il n'y a point de meilleure preuve d'amour que de vous acquitter de ce ministère.(S.Greg. Mag. Hom.30 in Evang.)

Au demeurant, une jeune fille de Chamberi s'estant laissee porter trop avant en l'amour d'un jeun' homme de vostre ville, et se desfiant que les pere et mere d'iceluy n'apportent quelque difficulté au mariage necessaire pour couvrir son honneur et pour accomplir les mutuelles promesses sous lesquelles elle proteste d'avoir encouru le hazard de sa reputation, elle m'a fait prier d'interceder vers vous, Monseigneur, affin qu'il vous playse d'employer vostre charité vers lesditz pere et mere du jeune homme, pour les disposer a consentir a un' honnorable conclusion de l'amour d'iceluy et d'elle ; attendu mesmes qu'ell' est d'une parentee fort recommandable, fille de la seur de monsieur Boursier, ancien secretaire d'Estat de Son Altesse . Ce gentilhomme, son cousin germain , vous desduira mieux que je ne vous sçaurois escrire ses intentions, lesquelles estant bonnes et raysonnables a mon advis, je ne fay nulle difficulté de vous supplier de rechef de les avoir en recommandation, et moy sur tout en vos saintz Sacrifices, puysque je suis plus que nul homme du monde, Monseigneur,

Vostre tres humble et tres obeissant frere et serviteur.

A Neci, le 14 aoust 1613.

Helas ! Monseigneur, on m'advertit que le grand ancien Archevesque de Vienne est trespassé : (Ténèb. Sam.Saint) "Du milieu de la terre, le juste a été ôté; qu'il vive, le juste, qu'il soit dans le repos, et qu'un autre vienne prendre sa place." Je me res-joüis de la reciproque consolation que vous et monsieur le Grand aures euë en vostre entreveuë (note 139).

CMVI AU DUC DE BELLEGARDE L'Evêque annonce à son pénitent l'envoi d'une méthode pour examiner sa conscience. - Exhortation à la vie chrétienne. - La vie éternelle. - Obligation de réparer le passé. - Le plus vif de tous les amours. - Quelques exercices recommandés. - Un moyen de se convertir plus parfaitement an Sauveur. - La toute-puissance de l'Eucharistie et l'expérience du Saint.

Annecy, 24 août 1613.

Monsieur, Parmi les lassitudes et autres ressentimens que la maladie m'a layssé (note 143), j'ay dressé le Memorial qu'il vous avoit pleu desirer de moy , et ay voulu y adjouster un abbregé, affin qu'il vous fust plus commode en vos confessions de le porter et voir, le grand vous demeurant comme en reserve pour y avoir recours en vos difficultés et en tirer l'esclarcissement de ce qui se treuveroit obscur en l'abbregé. Le tout est a la bonne foy, sans art ni couleur ; car ces matieres n'en veulent point, la simplicité leur servant de beauté, comme a Dieu qui en est l'autheur. Vous y treuverés, Monsieur, des marques de ma maladie ; car si j'eusse fait ce petit ouvrage en pleine santé, j'eusse sans doute employé un soin plus exacte de le rendre moins indigne de vostre reception. Je n'ay sceu non plus l'escrire moy mesme, mais ceux qui l'ont escrit n'ont point de connoissance de l'usage auquel je l'ay dedié.

Beni soit Dieu eternellement de la bonté qu'il exerce envers vostre ame, Monsieur, l'inspirant si puissamment a la resolution de consacrer le reste de vostre vie mortelle au service de l'eternelle : vie eternelle qui n'est autre chose que la Divinité mesme, entant qu'elle vivifiera nos espritz de sa gloire et felicité ; vie seule vraye vie et pour laquelle seule nous devons vivre en ce monde, puisque toute vie qui n'aboutit pas a la vitale eternité est plustost une mort qu'une vie. Mais, Monsieur, si Dieu vous a si amiablement inspiré d'aspirer a l'eternité de la gloire, il vous a quant et quant obligé a recueillir humblement et prattiquer soigneusement son inspiration, sous peine d'estre privé de cette grace et gloire ; privation laquelle, a l'ouyr nommer seulement, remplit le cœur d'effroy, pour peu qu'il ayt de courage.

C'est pourquoy, en la simplicité de mon ame, je vous conjure, Monsieur, d'estre fort attentif pour bien conserver ce que vous aves, affin que vous ne perdiés point vostre couronne (Ap 3,11). Vous estes indubitablement appellé a une devotion masle, courageuse, vaillante, invariable, pour servir de miroüer a plusieurs en faveur de la verité de l'amour celeste ; digne reparation des fautes passees, si jamais vous l'avies esté de la vanité des amours terrestres .

Voyés, je vous supplie, Monsieur, comme je laysse aller mon esprit en liberté autour du vostre, et comme ce nom de pere dont il vous a pleu m'honnorer, m'emporte. C'est qu'il est entré dedans mon cœur, et mes affections se sont rangees aux loix de l'amour qu'il signifie, le plus grand, le plus vif, le plus fort de tous les amours. En suite duquel il faut que je vous supplie de rechef, Monsieur, de prattiquer diligemment les exercices que je marque es chapitres X, XI, XII et XIII de la seconde Partie de l'Introduction, pour le mattin et le soir, pour la retraitte spirituelle et pour les aspirations en Dieu. La bonté de vostre esprit, le courage noble que Dieu vous a donné, vous serviront grandement a cette prattique-la, laquelle vous sera d'autant plus aysee qu'il n'est besoin d'y employer que des momens desrobbés, ains retirés justement, en diverses occasions, ça et la, sur les autres affaires. La dixiesme partie d'une heure, voire encores moins, suffira pour le mattin, et autant pour le soir.

Oh ! si vous pouviés doucement decevoir vostre chere ame, Monsieur, et en lieu que vous aves entrepris de communier tous les moys un an durant (mais un an de douze moys), quand vous auries achevé le douziesme vous y adjoustassiés le treiziesme, puis le quatorziesme, puis le quinziesme, et que vous allassiés ainsy poursuivant de moys en moys, quel bonheur a vostre cœur, qui, a mesure qu'il recevroit plus souvent son Sauveur, se convertiroit aussi plus parfaitement en luy. Et cela, Monsieur, se pourroit bravement faire sans bruit, sans interest des affaires et sans que le monde eust rien a dire. L'experience m'a fait toucher, en vingt et cinq ans qu'il y a que je sers les ames , la toute puissante vertu de ce divin Sacrement pour fortifier les cœurs au bien, les exempter du mal, les consoler, et en un mot les diviniser en ce monde, pourveu qu'il soit hanté avec la foy, la pureté et la devotion convenables .

Mais c'est asses dit, Monsieur; l'influence celeste, vostre bon Ange et vostre generosité suppleeront a ce que mon insuffisance ne me permet pas de vous proposer. Ainsy prie je Nostre Seigneur qu'il vous face de plus en plus abonder en ses faveurs, et suis sans fin, Monsieur, Vostre tres humble et fidele serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

A Neci, le 24 aoust 1613

CMVII A LA MèRE DE CHANTAL Avis pour la dernière étape. - Souhaits affectueux de bienvenue à la voyageuse.

Annecy, vers le 23 décembre 1611, ou fin août 1613 .

Non, ma tres chere Fille, je ne suis plus en peyne de l'accident d'avant hier, car j'espere que vous en voyla quitte pour ce coup, moyennant la grace de Nostre Seigneur, a la sainte providence duquel je remetz ma tres unique fille comme moymesme. 0 Dieu, Seigneur Jesus, pour qui seul je desire nostre vie, et a qui je me resigne pour nostre mort, vostre volonté soit faite (Mt 6,10; 26,42) ! Je veux bien que vous venies demain, si vous vous treuvés asses forte, et croyes que si vous aves envie de me voir, je n'en ay pas moins de vous regarder. Mays donques, disnés de bonn'heure, plustost a neuf qu'a dix, affin que vous puissies vous reposer quattr'heures avant que monter a cheval. Je prie la Vierge Marie qu'elle vous tienne en la protection de sa pitoyable maternité, et vostre bon Ange et le mien, quil (sic) soyent vos conducteurs, affin que vous arrivies en prosperité entre les accueilz de ce pauvre tres unique pere et de vos cheres filles, qui tous vous attendrons (sic) avec mille souhaitz, et particulierement moy qui vous suis en Nostre Seigneur ne plus ne moins que vous mesme. Vive Jesus ! Amen.

A Madame

Madame la Baronne_de:Chantal m. f. (ma fille).

Revu sur l'Autographe conservé au presbytère:de Trinquetaille (Bouches-du-Rhône).

CMVIII A M. AMé DE MONTFORT (INéDlTE) Assistance et conseils du Saint dans des affaires de famille.

Annecy, [vers septembre 1613 ]

Monsieur mon Cousin, J'escriray un memoyre court, mais qui vous sera, comme je pense, utile ; bien qu'hier je dis a monsieur Ouvrier mon advis clairement, par le moyen duquel il aura changé d'opinion, mesme quil emporta un des livres qui faysoyent a ce propos. Vous aures, Dieu aydant, tout ce que je pourray, pour le tems que vous me marqués, et demeureray plein [ du] desir de vous tesmoigner que c'est de tout mon cœur que je suis, Monsieur mon Cousin, Vostre serviteur et cousin tres affectionné, tres humble, FRANçs, E. de Geneve. La lettre que j'escrivis l'autre jour a madame ma Cousine fut laissee sur la table.

A Monsieur Monsieur de Monfort.

Revu sur un fac-simile de l'Autographe, conservé au 1er Monastère de la Visitation de Paris.

CMIX A LA MèRE DE CHANTAL Ce que le Saint voulait éviter en retardant l'oblation de la Sœur Humbert.-Une course à Sainte-Catherine.

Annecy, [commencement de septembre] 1613 .

La lettre est arrivee asses tost, car je n'envoyeray les miennes que demain, n'ayant sceu gaigner de les faire hier ni ce mattin. Mon sentiment a moy est que si on retarde l'oblation de ma Seur Humbert directement, on la mettra au hazard d'un grand decouragement, et ses parens d'un grand murmurement, car ilz croiront que c'est parce qu'ilz donnent chichement la dote de cette fille. Mays on pourra indirectement differer, sur ce que sa dote et les autres choses requises ne sont pas encor prestes, et on pourra les retarder par divers moyens; et pendant ce retardement, on taschera de donner ayde a son esprit pour le mieux disposer . Mais nous en parlerons au premier jour plus au long. Je m'en vay confesser un homme estranger, dire la Messe, desjeuner et monter le plus tost que je pourray a Sainte Catherine , pour revenir de bonn'heure. Bon jour, ma tres chere Mere, que je cheris toute comme moymesme, es entrailles de Nostre Seigneur.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mgr Duc, Evêque démissionnaire d'Aoste

CMX A LA PRéSIDENTE BRULART Le retour offensif des ennemis qu'on croyait vaincus nous apprend deux leçons. - Avantages des tribulations. - Comment pratiquer l'oraison mentale et y suppléer lorsqu'on ne peut la faire longue.

Annecy, [commencement de septembre 1613 ]

Il y a un mois, ma tres chere Seur, que je fus saysi d'une fievre, laquelle m'a presque tous-jours occupé jusques a present (note 168), et tandis, j'ay receu trois de vos lettres par diverses voyes . Sur tout, il y en a une qui m'a esté d'extreme consolation, y voyant les marques de la parfaite confiance que vous aves en moy, par la communication des accidens et troubles de vostre chere ame. Or c'est la verité, que je n'entens pas si asseurement ce que vous me dites, que je n'aye quelque sorte de doute de me tromper; neanmoins il m'est advis que je vous entens suffisamment pour vous respondre.

Voyés-vous, ma tres chere Seur, il arrive maintes fois que pensans estre entierement desfaitz des ennemis anciens sur lesquelz nous avons jadis remporté la victoire, nous les voyons venir d'un autre costé dont nous les attendions le moins. Helas ! cet unique sage du monde, Salomon, qui avoit tant fait de merveilles en sa jeunesse, se tenant fort asseuré de la longueur de sa vertu et de la confiance de ses annees passees, lhors qu'il sembloit estre hors des escalades, il fut surpris de l'ennemi qu'il avoit le moins a craindre, selon le cours ordinaire (1 R 11). C'est pour nous apprendre deux leçons signalees : l'une, que nous nous devons tous-jours desfier de nous mesme, cheminer en une sainte crainte, requerir continuellement les secours du Ciel, vivre en humble devotion; l'autre, que nos ennemis peuvent estre repoussés, mais non pas tués. Ilz nous laissent quelquefois en paix, mais c'est pour nous faire une plus forte guerre.

Mais avec cela, ma tres chere Seur, il ne faut nullement que vous vous descouragies, ains qu'avec une paisible vaillance vous prenies le loysir et le soin de guerir vostre chere ame du mal qu'elle pourroit avoir receu par ces attaques, vous humiliant profondement devant Nostre Seigneur et ne vous estonnant nullement de vostre misere. Certes, aussi seroit-ce chose digne d'estonnement que nous ne fussions pas sujetz aux attaques et miseres. Ces petites secousses, ma chere Seur, nous font revenir a nous, considerer nostre fragilité, et recourir plus vivement a nostre Protecteur. Saint Pierre marchoit fort asseuré sur les ondes : le vent s'esleve et les vagues semblent l'engloutir ; alhors il s'escrie : Ah, Seigneur, sauvés-moy ! et Nostre Seigneur l'empoignant : Homme de peu de foy, luy dit-il, pourquoy doutes-tu (Mt 14,29)

? C'est emmi les troubles de nos passions, les vens et les orages des tentations, que nous reclamons le Sauveur, car il ne permet que nous soyons agités que pour nous provoquer a l'invoquer plus ardamment.

En somme, ne vous faschés point, ou au moins ne vous troublés point dequoy vous aves esté troublee, ne vous esbranlés point dequoy vous aves esté esbranlee, ne vous inquietés point dequoy vous aves esté inquietee par ces passions fascheuses ; mais reprenés vostre cœur et le remettés doucement entre les mains de Nostre Seigneur, le suppliant qu'il le guerisse. Et de vostre costé, faites aussi tout ce que vous pourres, par renouvellement de resolutions, par la lecture des livres propres a cette guerison et autres moyens convenables ; et ainsy faysant, vous gaigneres beaucoup en vostre perte et demeureres plus saine par vostre maladie.

(note 168) Ma tres chere Fille, puisque vostre grossesse vous incommode beaucoup a faire l'orayson mentale longue et ordinaire, faites-la courte et vive. Reparés ce defaut par les frequens eslancemens de vostre cœur en Dieu, lisés souvent et peu a la fois quelque livre bien spirituel, faites des bonnes pensees en vous promenant, priés peu et souvent, offrés vos langueurs et lassitudes a Nostre Seigneur crucifié ; et quand vous seres delivree, reprenés tout bellement vostre train et assujettissés-vous a suivre les matieres de quelque livre propre a cela, affin que venant l'heure de l'orayson, vous ne demeuries pas esperduë comme celuy qui a l'heure du disner n'a rien de prest. Que si quelquefois le livre vous manque, faites vostre orayson dessus quelque mystere fertile, comme sont ceux de la .Niort et Passion, le premier qui se presentera a vostre esprit.

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CMXI A MADAME DE PEYZIEU (INéDITE) Témoignage de constant souvenir. - Félicitations sur la vocation apostolique d'un des fils de la destinataire.

Annecy, 6 septembre 1613.

Madame ma tres chere Mere,

Ce porteur est trop fidele pour le laisser partir sans que je luy donne ces quatre motz qui vous asseureront, sil vous plait, de la continuelle souvenance que j'ay de mon devoir filial envers une si bonne mere comme vous m'estes. Que fusse je autant utile a vostre service comme je suis dedié a vostr' honneur ! Au moins n'oublie-je pas de vous souhaiter souvent la paix et consolation celeste pour le bonheur de vostre vie, que Dieu face longue, au milieu de ces chers enfans et des enfans de vos enfans quil vous fait voir. J'y comprens encor nostre monsieur de Selignieu , lequel, plus il est esloigné de cors, plus nous le voyons souvent en esprit. Qu'il est heureux, ce cher frere, d'avoir quitté ce monde de deça, dans lequel il estoit né, pour en conquerir un nouveau et y faire naistre plusieurs ames a Dieu ! Madame ma tres chere Mere, je m'en res-jouis avec vous, et suis sans fin

Vostre plus humble filz et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

Le 6 septembre 1613, a Neci.

A Madame

Madame de Pezieu.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme la marquise de Mailly, au château de La Roche-Mailly (Sarthe).

CMXII A MADAME DE LA FLéCHèRE L'Introduction à la Vie devote et la perfection. - Un bon remède à l'infidélité envers Dieu. - Ne pas subtiliser, ne pas picoter sur sa conscience. Souhaits spirituels.

Annecy, 12 septembre 1613 .

J'ay vrayement esté malade, ma tres chere Fille, et bien malade, mais sans peril. Qu'eussies-vous fait de plus, sçachant le mal que j'avais ? car, comme je voy, vous pries tous-jours Nostre Seigneur pour moy, qui reciproquement ne manque jamais a vous faire part des chetifves oraysons et de la tressainte Messe que je celebre. Je vay encor un peu traisnant, et ne suis pas si parfaitement remis que je ne porte les marques du mal passé ; je le suis toutesfois assez pour faire mes exercices ordinaires.

Tenés ferme, ma chere Fille, entreprenés d'estre parfaitement, le plus que vous pourres, servante de Dieu, selon les advis du livre ; car ce sera bien suffisamment pour attirer plus de perfection encor que je n'en ay pas sceu enseigner. Ayés soin de la douceur. Je ne vous dis pas que vous aymies ce que vous deves aymer, car je sçai que vous le faites ; mais je vous dis que vous soyes esgale, patiente et douce. Reprimés les saillies de vostre naturel un peu trop vif et ardant. Je ne sçai quel mescontentement vous pouves avoir de vos confessions, car vous les faites tres bien. Or sus, demeurés en paix devant Nostre Seigneur, qui vous ayme il y a si long tems, vous donnant sa tres sainte crainte et le desir de son amour. Que si vous n'aves pas bien correspondu jusques a present, il y a bon remede, car il faut bien correspondre d'ores-en-avant. Vos miseres et infirmités ne vous doivent pas estonner : Dieu en a bien veu d'autres, et sa misericorde ne rejette pas les miserables, ains s'exerce a leur faire du bien, faysant le siege de sa gloire sur leur abjection. Je voudrois avoir un bon marteau pour esmousser la pointe de vostre esprit, qui est trop subtil es pensees de vostre advancement. Je vous ay dit si souvent qu'il faut aller a la bonne foy en la devotion, et, comme l'on dit, a la grosse mode. Si vous faites bien, loués en Dieu; si vous faites mal, humiliés-vous. Je sçai bien que de faire mal de guet a pens vous ne le voules pas ; les autres maux ne servent qu'a nous humilier. Ne craignés donq plus, et ne soyés plus a picoter sur vostre chere conscience ; car vous sçaves trop bien qu'a pres vos diligences, il ne vous reste plus rien a faire autour de luy, qu'a reclamer son amour, qui ne desire de vous que le vostre. Faites ainsy, ma tres chere Fille, et cultivés soigneusement la douceur et humilité interieure. Je fay incessamment mille souhaitz de benediction sur vous ; et sur tout, que vous soyes humble, douce et toute succree, et que vous facies proffit de vos peynes, les acceptant amoureusement pour l'amour de Celuy qui, pour l'amour de vous, en a tant souffert.

Je suis, ma tres chere Fille, en luy, Tres affectionné, tout vostre, FRANçs, E. de Geneve.

Ce 12 septembre....

CMXIII A MONSEIGNEUR ANTOINE DE REVOL éVêQUE DE DOL Un regret et une tentation du Saint. - Les serpents et le charmeur. -Comment Dieu récompensera" la sainte inutilité " apparente des missionnaires du bailliage de Gex.

Annecy, 12 septembre 1613.

Monsieur, Je regrette que vous et monsieur de N. soyes a Paris pour un si fascheux exercice ; mais puisqu'il n'y a remede, il faut en adoucir la peyne par la patience (Horat.Carmin. 1,25 ; Virgil. 19). Et moy je suis, Monsieur, en un continuel tracas que la varieté des affaires de ce diocese me produit incessamment, sans que j'aye un seul jour auquel je puisse voir mes pauvres livres, que j'ay tant aymés quelquefois et que je n'ose plus aymer maintenant, de crainte que le divorce auquel je suis tombé contre eux ne me fust plus aspre et ennuyeux. Nous avons bien un petit quartier ou, despuis peu, on a restabli l'exercice de l'Eglise par l'authorité du Roy et selon l'edit de Nantes ; mais cet exercice me met plus en exercice de disputer contre les ministres pour les biens temporelz de l'Eglise qu'ilz nous retenoyent (note 140), que de leur persuader, ni au peuple, la verité des biens spirituelz auxquelz ilz devroyent aspirer ; car c'est merveille comme ces serpens bouchent leurs oreilles pour n'ouyr point la voix du charmeur (Ps 57,5), pour sagement et saintement qu'on les veuille charmer. Il y a la, nombre suffisant de fort bons pasteurs et de bons Peres Capucins qui, n'estans point ouys des hommes, sont veus de Dieu, lequel sans doute aggree bien leur sainte inutilité presente, laquelle il recompensera par apres d'une moisson plantureuse, et s'ilz sement en pleurs, ilz recueilleront en joie (Ps 135,5).

C'est bien asses, Monsieur, vous avoir entretenu pour ce renouvellement de nostre commerce, que je veux, Dieu aydant, continuer, et ne point cesser de vous ramentevoir souvent que je suis invariablement, Monsieur, Vostre tres humble et tres obeissant, indigne frere et serviteur inutile, FRANçs, E. de Geneve.

De Neci, ce 12 septembre 1613.

CMXIV A M. LOUIS GIROD, CURé D'ARLOD (INEDITE) Le monastère des Clarisses d'Annecy menaçant ruine, l'Evêque de Genève invite chacun de ses diocésains à faire quelque aumône à cette intention.

Annecy, 13 septembre 1613.

Monsieur le Curé,

Voyant l'extreme indigence que les Dames de Sainte Claire de cette ville ont d'estre secourues promptement pour empecher une totale ruyne des bastimens de leur monastere, ce qui ne se peut faire qu'avec une grande somme de deniers, laquelle ne peut estre tiree d'une seule bourse, j'ay advisé de faire inviter, tant les gens d'Eglise que les peuples, de contribuer a cett' intention, un chacun selon ses facultés et devotion, quelqu'aumosne et liberalité . A quoy m'assurant vous appourteres tout' aide et faveur, je me remetz pour le reste a ce qui vous sera representé par le sieur Surveillant , auquel j'ay envoyé l'ordre que je desire estre tenu. Atant, je me recommande a voz oraisons et suis, Monsieur le Curé, Vostre humble et tres affectionné confrere, FRANçS, E. de Geneve.

Anecy, le XIII septembre 1613.

A Monsieur Monsieur le Curé d'Arloud.

Revu sur l'original conservé au presbytère d'Arlod (Ain).

CMXV A LA MèRE DE CHANTAL (FRAGMENT) Un songe de la Sœur de Blonay proposé au Saint; sa réponse - Les "veritables marqnes des veritables graces surnaturelles".

Annecy, [vers le 15] septembre 1613 .

Quand ma mauvaise jambe me le permettra , j'iray voir la bonne santé et le bon cœur de nostre chere cadette . Si ces pauvres qui luy ont parlé sont de la terre ou du Ciel, je ne sçai, Dieu le sçait (2 Co 12,2),. mais je sçai bien qu'ilz luy ont parlé le langage de Jesus Christ et de saint Jean escrivant aux Evesques d'Ephese, de Smyrne, de Pergame, de Thyatire, de Sardes, de Philadelphie et de Laodicee (Ap 1,11 ; 2,3). Dites a cette chere fille qu'elle n'examine point curieusement le songe qu'elle a fait, mais qu'elle prouffite soigneusement et humblement de sa santé de cœur et de cors pour le service et la gloire de Dieu . L'humilité et la fidelité interieure, jointes a la vraye charité et constance au bien, sont les veritables marques des veritables graces surnaturelles. ……………………………………………………………………..

CMXVI A MADAME DE PEYZIEU (INéDITE) Le Saint demande à la destinataire de favoriser de sa recommandation un proche parent. - La raison et le droit en ce temps-là.

Annecy, 21 septembre 1613.

Madame ma Mere,

Vous ayant envoyé mon frere pour vous ramentevoir mon obeissance et service, je ne pensoys pas vous faire presenter si tost de mes lettres. Mays monsieur de Monfort Mionnaz, mon proche parent (note 157), me vient conjurer d'interceder vers vous, sachant lhonneur que j'ay en vostre bienveuillance, affin quil vous playse le favoriser de vostre recommandation en un mauvais proces quil a a Vienne (note 158), ou il sçait que monsieur vostre frere a du pouvoir . Si je ne suis extremement trompé, la rayson et le droit sont de son costé, mays et la rayson et le droit ont bon besoin d'estre appuyés pour ne point descheoir en ce tems. C'est pourquoy je ne fais point de difficulté de vous supplier de rendre messieurs vos freres favorables a ce gentilhomme que j'affectionne beaucoup et pour ses qualités et pour le proche parentage que j'ay avec luy. J'escris ainsy vistement, et vous asseure que je ne veux ceder a personne en la fidelité que je vous ay dediee, en qualité, Madame ma tres chere Mere, de Vostre plus humble, tres affectionné serviteur, FRANçS, E. de Geneve.

XXI septembre 1613, a Neci.

A Madame [Madame de] Pezieu, A Tuey. Recommandee a monsieur Rosetain .

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme la marquise de Mailly, au château de la Roche-Mailly (Sarthe).

CMXVII A LA SOEUR FAVRE, RELIGIEUSE DE LA VISITATION (FRAGMENT INéDIT) Pourquoi les âmes religieuses sont heureuses. - Une correspondante trop discrète.

Annecy, [vers le 22] septembre 1613 ,

Passé deux heures, Mad ………………venir, puis quil luy…….et en attendant je vay……... dont je suis en souci ce……………accident. Nous sommes [bienheureux] d'avoir un Espoux immortel. La playe de ma jambe s'est voirement agrandie, mais elle ne laisse pas d'estre plus douce et s'en va tout a fait guerie dans cinq ou six jours, comme j'espere. Or sus, ma tres chere Fille, ne faites pas tant la discrette, sous pretexte du respect que vous me voules porter, que vous ne m'escrivies tous-jours quand vostre cœur le treuvera bon ; car je vous asseure que le mien le treuvera tous-jours encor meilleur. Dieu…………… [ma Fille] bienaymee.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Nevers.

CMXVIII A LA SOEUR DE BRéCHARD, RELIGIEUSE DE LA VISITATION Un service de charité aimablement refusé. - Les " pauvres gens " servis comme frères et membres de Jésus-Christ, plus heureux que le " pauvre pere. " - Espérance qui consolait celui-ci de ne voir pas à son gré ses filles de la Visitation.

Annecy, [27 ou 28] septembre 1613 .

Vous me rendries certes trop aymable le mal de cette jambe, ma tres chere Fille bienaymee, si a l'occasion d'iceluy vous me venies voir et que vous me traittassies. Certes, j'aymerois bien ce mal qui, estant si petit, m'apporteroit tant de consolation ; je n'en voudrois vrayement jamais guerir a ce conte, non pas mesme quand ma Mere seroit venue et qu'elle vous auroit amenee avec elle.

Mays, ma tres chere Fille, comme vous sçaves, cela ne doit pas estre ainsy, car encor que l'innocence de ces cœurs de pere et de fille n'ayent pas besoin en leur candeur de tant de retenue, si est ce qu'il faut souffrir celle que l'aigreur des autres cœurs requiert, et que le pauvre pere, tout pauvre pere qu'il est, demeure sans estre visité par ses filles, voire par sa tres chere Mere, sinon qu'il ayt quelque mal qui puisse, par sa grandeur, meriter ce grand bien. Ma tres chere Mere et ma tres chere fille passeront modestement et non gueres loin du logis de ce pauvre pere et filz, sans y entrer et sans le voir, et iront tout droit servir ces pauvres gens qui ne leur sont vrayement ni filz ni pere, mais qu'elles regardent comme freres et membres de Jesus Christ. Ainsy, demeurés en paix, ma tres chere Fille, jusques a ce que demain, s'il se peut, je porte cette mauvaise jambe en vostre parloir ; car je ne nie point que les yeux de ma tres aymee Mere et l'ordonnance de ma tres bonne et brave fille ne luy soyent salutaires. Mais cependant, puisque vous ne pouves panser cette jambe, pensés un peu a ce cœur de vostre pauvre et chetif pere priés bien pour luy qui, reciproquement, vous souhaite mille et mille benedictions, Je salüe cherement nos Seurs, Monsieur Michel est bienheureux d'aller, quand il veut, voir mes filles . Un jour nous nous verrons tous ensemble en cette eternelle liberté de l'amour qui n'aura plus de bornes ni de fin, ni d'autres limites que celles de son immensité.

Revu sur le texte inséré dans la Vie manuscrite de la Mere de Bréchard par la Mère de Chaugy, conservée à la Visitation d'Annecy.

CMXIX A MADAME DE MURAT DE LA CROIX Les déceptions de la vie et ses fugitives consolations. - Sympathies et condoléances. - Dieu seul consolateur efficace, et à quelle condition. - Promesse de prières et offre de services.

Annecy, 28 septembre 1613.

Mon Dieu, que cette vie est trompeuse, Madame ma tres chere Cousine, et que ses consolations sont courtes ! Elles paroissent en un moment, et un autre moment les emporte, et, n'estoit la sainte eternité a laquelle toutes nos journees aboutissent, nous aurions rayson de blasmer nostre condition humaine.

Ma tres chere Cousine, sachés que je vous escris le cœur plein de desplaysir pour la perte que j'ay faite, mais plus encor pour l'imagination vive que j'ay du coup que le vostre recevra, quand il entendra les tristes nouvelles de vostre viduité si prompte, si inopinee, si lamentable ! Que si la multitude de ceux qui auront part a vostre regret vous en pouvoit diminuer l'amertume, vous en auries tantost bien peu de reste ; car nul n'a conneu ce brave chevalier decedé , qui ne contribue une particuliere douleur a la reconnoissance de ses merites.

Mais, ma tres chere Cousine, tout cela ne vous peut point soulager qu'apres le passage de vostre plus fort sentiment, pendant lequel il faut que ce soit Dieu qui soustienne vostre esprit et qui luy soit refuge et support. Or cette souveraine Bonté, sans doute, ma tres chere Cousine, s'inclinera vers vous et viendra dedans vostre cœur pour l'ayder et le secourir en cette tribulation (Ps 45,2), si vous vous jettés entre ses bras et vous resignés en ses mains paternelles. Ce fut Dieu, ma tres chere Cousine, qui vous donna ce mari, c'est luy qui l'a repris et retiré a soy (Jb 1,21) ; il est obligé de vous estre propice es afflictions que les justes affections, lesquelles il vous avoit eslargies pour vostre mariage, vous causeront meshui en cette privation.

C'est en somme tout ce que je vous puis dire. Nostre nature est ainsy faite, que nous mourons a l'heure impourveuë et ne sçaurions eschapper cette condition : c'est pourquoy il faut y prendre patience, et employer nostre rayson pour adoucir le mal que nous ne pouvons eviter ; puis, regarder Dieu et son eternité, en laquelle toutes nos pertes seront reparees et nostre societé, desunie par la mort, sera restauree. Dieu et vostre bon Ange vous veüillent inspirer toute sainte consolation, ma tres chere Cousine. J'en supplieray sa divine Majesté, et contribueray au repos de l'ame du cher trespassé plusieurs saintz Sacrifices ; et a vostre service, ma tres chere Cousine, je vous fay tres sincerement offre de tout ce qui est a mon pouvoir, sans aucune reserve, car je suis et veux encor plus puissamment que jamais, faire profession d'estre, Madame ma tres chere Cousine, Vostre plus humble et plus affectionné cousin et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Ce 28 septembre 1613.

CMXX A MADAME DE LA FLéCHERE Compassion du Saint pour une pauvre veuve dont il avait béni le mariage.- Les vicissitudes de la vie humaine. - Deux nouvelles oblations à la Visitation.

Annecy, 29 septembre 1613 ,

Ma santé se va tous les jours plus affermissant, ma tres chere Fille, mais je me treuve grandement affoibli des jambes, et plus que je ne pensois. C'est la verité que je suis consolé de sçavoir comme cette pauvre nouvelle vefve (lettre précédente) se comporte vertueusement ; car voyes vous, par ce que je fus l'officier en leur mariage (note 198), il m'est advis que sa viduité m'est plus a cœur et que je suis plus obligé de la servir et luy souhaiter du bien. Helas, que ce monde est bigearre ! on se marie d'un costé , et de l'autre on regrette la perte d'un mari ! Or sus, vous alles donq aux chams et a vandanges ; Dieu soit tous-jours avec vous et vous comble du moust de son amour plus fervent. Nous ne laisserons pas de sçavoir de vos nouvelles aux occurrences. Mme de Chantal est a present un peu occupee, par ce qu'aujourdhuy nous avons receu les oblations de deux Seurs : ma Seur Legros et ma Seur Rousset, de Saint Claude , et les parens font leurs petites affaires sur ce sujet. Je luy envoyeray vostre lettre. Ma tres chere Fille, je suis plus incomparablement que vous ne sçauries croire, parfaitement tout vostre.

A Neci, le jour saint Michel.

A Madame Madame de la Flechere.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Vienne (Autriche).

CMXXI A DES INCONNUS Rien n'est mauvais de ce que l'Eglise ordonne. - La Communion sous la seule espèce du pain. - A quoi servent et comment il faut présenter les ablutions. - Pourquoi doit-on célébrer le Mariage devant l'autel.

Annecy, octobre 1613 .

Messieurs, Ayant sceu que vous prenes quelque sorte de scandale dequoy l'on vous donne l'ablution dans un verre apres que vous aves communié, et parce que l'on conduit les espoux et espouses devant l'autel pour celebrer le Mariage, je vous ay voulu faire ces deux motz pour vous exhorter de ne point vous faire ce tort a vous mesmes que de croire que ce que l'Eglise nostre mere ordonne puisse estre mauvais ou inutile.

Or, elle ordonne que les lays reçoivent la Communion es especes du pain seulement, esquelles ilz participent neanmoins parfaittement au cors et sang de Nostre Seigneur, tout autant comme s'ilz le recevoyent encor sous l'espece du vin, puisque ce mesme Sauveur a dit (Jn 6,58) : Qui me mange, il vivra pour moy ; et (Jn 6,59) : Qui mange ce pain, il vivra eternellement. En sorte que ce qui se boit apres la Communion par le peuple, ce n'est pas le sang du Sauveur, mais seulement du vin qui se prend pour laver la bouche et faire plus entierement avaler le precieux cors et sang des-ja receu en la tressainte Communion. C'est pourquoy cela ne doit pas estre presenté dans le calice, mais dans un autre vase, ou de verre, ou autrement. Que si par ci devant il a esté autrement fait, ç'a esté par abus et par la nonchalance et paresse des officiers de l'Eglise, et contre l'intention de l'Eglise mesme.

Et quant au Mariage, il n'est pas raysonnable de le celebrer ailleurs que devant l'autel, puisque c'est un Sacrement si grand (Ep 5,32), et que ceux qui le reçoivent ne sont pas hors de l'Eglise, comme les petitz enfans qu'on apporte au Baptesme, ains sont des-ja baptizés et, par consequent, introduitz en l'Eglise et a l'autel.

Laissés vous donq conduire, mes Amis et Freres, comme bonnes brebis, a ceux qui, sous mon authorité et celle du Saint Siege Apostolique, vous ont esté donnés pour Pasteurs ; et Dieu vous benira, ainsy que je l'en prie, estant de tout mon cœur,

Vostre tres affectionné et tout dedié en Nostre Seigneur,

FRANçs, E. de Geneve.

CMXXII A LA MèRE DE CHANTAL (BILLET INéDIT) Demande d'un renseignement.

Annecy, commencement d'octobre 161) .

Je ne sçai, ma tres chere Mere, si monsieur le premier President a traitté avec vous pour toute la somme que monsieur de Duzonche devoit , car je ne m'en resouviens pas ; et neanmoins on me le demande de Foucigni, certains qui doivent traitter avec ledit sieur de Duzonche et a qui il importe. Cependant, avec ce petit sujet, je donne le bon jour a ma tres chere Mere, ma Fille, a laquelle, comm'a moy mesme, je souhaite mille benedictions.

Revu sur l'Autographe qui se trouvait à Evian, chez les RR. PP. Missionnaires de Saint-François de Sales.

CMXXIII AU DUC DE NEMOURS, HENRI DE SAVOIE Remerciements au prince pour l'élargissement des amis du Saint; celui-ci espère qu'ils pourront rentrer bientôt dans Annecy.

Annecy, 4 octobre 1613.

Monseigneur,

Je remercie en toute humilité Vostre Grandeur pour la liberté en laquelle il luy a pleu remettre les sieurs de Charmoysi et du Noyeret, selon la promesse qu'elle m'en avoit faite . Elle ne favorisera jamais homme qui vive avec plus de fidelité et d'affection a son service que moy, qui espere et attens de voir encor bien tost l'acces a cette ville ouvert a ces deux gentilzhommes ; car la bonté et equité de Vostre Grandeur, Monseigneur, pressera et sollicitera son cœur a le faire, sans qu'aucune autre entremise y soit necessaire. Et tandis, je supplie Nostre Seigneur qu'il respande abondamment toutes sortes de saintes prosperités sur Vostre Grandeur, de laquelle je suis,

Monseigneur,

Tres humble, obeissant et tres fidele

serviteur et orateur, FRANçs, E. de Geneve.

A Neci, le 4 octobre 1613.

A Monseigneur [Monseigneur] le Duc de Genevois, de Nemours et de Chartres.

CMXXIV AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er Supplique pour obtenir au Chapitre de Saint-Pierre de Genève la cession de l'église et du prieuré du Saint-Sépulcre d'Annecy.

Annecy, 7 octobre 1613

Monseigneur,

Le pauvre Chapitre de l'eglise cathedrale de Geneve a demeuré, il y a tantost un siecle, en cette ville de Neci sans y avoir ni mayson ni eglise que de loüage . Maintenant il se presente un'occasion de luy faire avoir l'eglise et le prieuré du Sepulcre , par la resignation de celuy qui en est prouveu . Mays, Monseigneur, avant toutes choses, le bon playsir de Vostre Altesse est requis, lequel ledit Chapitre la supplie tres humblement de luy ouctroyer, comm'un'aumosne a des pauvres bannis et dejettés de leur siege par les ennemis de Dieu et de Vostre Altesse Serenissime ; laquelle, certes, pour cela ne les rendra pas riches, puisque ledit prieuré n'est que de cent ducatons de revenu, mais elle les accommodera beaucoup, ce benefice estant en cette ville et fort a la bienseance de cette compaignie qui ne cessera jamais, non plus que moy, de souspirer et aspirer devant la divine Majesté jusques a ce que, sous les auspices de Vostre Altesse, elle retourne en son ancien sejour. Ce sont les souhaitz perpetuelz, Monseigneur, De Vostre tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, Evesque de Geneve.

VII octobre 1613, a Neci.

A Son Altesse Serenissime.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

CMXXV AU MêME Recommandation en faveur d'un gentilhomme qui avait ses biens en France.

Annecy, 16 octobre 1613.

Monseigneur,

La grande connaissance que j'ay de la sincere et tres fidele affection que toute la mayson de Matignien , et particulierement le sieur d'Alemoigne , a pour le service et obeissance de Vostre Altesse Serenissime, me fait entreprendre de la supplier tres humblement de gratifier ledit sieur d'Alemoigne de l'accueil qu'ell' a accoustumé de faire a ses plus asseurés serviteurs. Il a ses biens au balliage de Gex ; mais ayant succé avec le lait l'inclination et resolution de consacrer sa personne et sa vie a l'obeissance de Vostre Altesse au peril de tous ses autres biens, estimant celuy ci le plus grand, il en va faire l'offre et la protestation. Et je l'accompagne par cet escrit, comme tesmoin oculaire de la perpetuelle et invariable fidelité, et de feu son pere et de luy, envers la couronne de Vostre Altesse, parmi tant de divers accidens qui ont tiré leurs biens hors de sa sujettion. Dieu, par son infinie bonté, soit a jamais a la dextre de Vostre Altesse pour la conduire en toute sainte prosperité : c'est le souhait ordinaire,

Monseigneur, de

Vostre tres humble, tres obeissant et tres fidele serviteur et orateur, FRANçs, E. de Geneve.

XVI octobre 1613, a Neci.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

CMXXVI AU COMTE PROSPER-MARC DE TOURNON Bienveillante courtoisie dn comte de Tournon pour le Saint et pour ses frères. - Gratitude de François de Sales. - Nouvelles diverses. - Un écrivain fertile.

Annecy, 4 novembre 1613.

Monsieur,

J'estois a Belley quand M. de Blonnay passa en cette ville , et a mon retour je treuvay la lettre quil vous pleut m'escrire le 18 du moys passé, par laquelle vous me renvoyes au recit quil me fera pour certaines particularités, en l'ignorance desquelles je demeureray jusques a son retour de Chablaix, mais avec bonne patience, puisque ce que je dois desirer le plus de sçavoir m'est si amplement tesmoigné par vostre escrit : c'est que vous vives en santé, et moy en vostre bienveuillance, laquelle mesme s'estend a faire des pensees si honnorables pour mes freres, comme est celle que vous me signifies, quoy que couvertement, et que ledit sieur de Blonnay a plus ouvertement fait entendre a mon frere de Thorens , quil gratifia de sa visite en son passage.

Monsieur, que vous puis-je dire sur cela ? sinon que, puisque le bon genie de vostre naturel vous pousse a nous aymer tant sans merite, je le prie de continuer. Et bien que l'insuffisance et la petite mediocrité des moyens de mes freres leur empesche la reception du bien et de lhonneur que vous leur desires, si est ce que la proposition seule ne leur peut estre que fort desirable, car elle donnera, pour le moins, quelque commencement de bonn'impression d'eux au Prince ; et eux, donques, et moy vous sommes extremement obligés, Monsieur, par cette nouvelle obligation qui nous rend tous-jours plus vos serviteurs.

Au demeurant, quoy que cette nouvelle legation que Son Altesse vous impose ayt beaucoup de charges, ell'a aussi beaucoup d'honneurs ; entre lesquelz celuy la, d'estre envoyé comme reparateur des desordres et manquemens qui sont survenus en son service, me semble fort grand et digne qu'il vous soit deferé. Allés donq, Monsieur, en bon voyage, et revenés bien tost, avec le contentement que Son Altesse mesme espere de vostre travail et industrie en un tant important service. Nous avons icy le bon M. le President de Buttet extremement malade, de la vie duquel les medecins sont encor entre la crainte et l'esperance . Presque tous les gens de bien en sont en peyne et tesmoignent combien ilz l'estimoyent.

Il ne se peut dire combien Monsieur l'Evesque de Belley fait estat de vostre amitié, ainsy quil m'a souvent repeté pendant dix jours entiers que j'ay esté avec luy. Il escrit tous-jours incessamment, et blasme tous-jours ce quil a ci devant escrit.

Nous avons eu M. le Marquis de Lans, qui revient demain de La Roche icy.

Ce sont toutes. nos nouvelles, au moins les miennes, de moy, qui vis hors des affaires et du commerce de ceux qui les manient. Et en attendant des vostres par madame ma cousine , comme vous me faites esperer, je prie Dieu quil vous accompaigne tous deux et comble de benedictions, et suis, Monsieur,

Vostre tres humble serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

4 novembre 1613, a Neci.

A Monsieur

Monsieur le Comte de Tornon, etc.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme la marquise Pensa, à Turin.

CMXXVII A MADAME DE LA FLéCHèRE Une illusion du prieur de Blonay. - Tout va très bien à la Visitation. De Lyon et de Paris on a demandé les Constitutions. - Pourquoi faut-il tenir son cœur " net, debonnaire et pauvre. "

Annecy, [vers 8] novembre 1613 ,

Ma tres chere Fille,

Nous sommes un peu embarassé maintenant ; c'est pourquoy je vous diray courtement que si le bon M. le Prieur de Blonnay se pouvoit laisser conduire, il seroit a propos d'entreprendre ce que vous m'escrivés . Mays, a parler de cœur a cœur entre nous deux, il a un esprit attaché a ses imaginations, qui sont trop grandes et disproportionnees a ses forces et a sa capacité, laquelle n'est pas de gouverner, mais d'estre gouverné. Or, tout ce qui l'endommage, est que son esprit est si fertile en pensees et projetz, quil ne se peut contenter. Je ne treuveray neanmoins pas mauvays, ains bon, que vous luy parlies selon que Dieu vous le suggerera.

La bonne Mme de Chantal ne sçait pas que je vous escrive, car elle vous escriroit sans doute, ayant un'ame toute particuliere en vostre endroit. Je l'ay veue ce matin, ayant esté leur aumosnier ; mais il y avoit huit jours que je ne l'avois veue, pour la multitude des affaires. Tout va extremement bien en cette petite Congregation. On a envoyé prendre les Constitutions de Lion, ou on projette d'en eriger une (note 50), et de Paris, pour voir si on en pourra desseigner un'autre ; car il vous faut dire telles nouvelles, comm'aussi que j'ay esté deux fois a Bons , ou il s'est fait un peu de bien, mais je ne sçai ce quil aura produit du despuis. La chere seur en fut bien ayse, et nostre petit'Anthoyne et tout.

Tenes bien vostre cœur net, debonnaire et pauvre, car bienheureux sont les pauvres, les debonnaires et les netz[ de cœur (Mt 5,3). Je suis tous-jours plus, tres fidelement vostre.

A Madame

Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

CMXXVIII A MADAME DE CORNILLON, SA SOEUR Le " frere le plus aymant " et la " seur la plus aymee. " - Envoi d'un chapelet rapporté de Milan. - Un moyen d'avoir toujours le cœur content.

Annecy, 12 novembre 1613.

Ma tres chere Seur,

L'esperance que j'avois d'aller a Sales me faisoit concevoir celle de vous voir. Je ne l'ay encor pas quittee du tout, mays ce tems pourtant, qui s'est si fort raffroydi, allentit aussi un peu cett'attente. Cependant, ces freres vous porteront ces quatre motz, par lesquelz je vous salue avec tout l'amour et lhonneur qu'un frere le plus aymant peut rendre a une seur la plus aymee, et vous envoye un chapelet de ceux qui ont touché les reliques de saint Charles, n'ayant rien apporté de plus praecieux de ce pais-lâ. Que si j'eusse creu ne le vous donner moy mesme en main, il y a long tems que je vous l'eusse addressé. Je n'oublie pas de parler a mes freres de vostre desir, mais mon frere de Villaroget , qui doit adjuster l'affaire, est tous-jours long en toutes choses ; je presseray neanmoins, affin que vous ayes le cœur content. Vous l'aves, ma tres chere Seur, ma Fille, des maintenant, puisque vous craignes et aymes Nostre Seigneur. Faites le tous-jours, et me conserves en vostre bienveuillance avec mon frere , puisque je suis

Vostre plus humble, tres affectionné

frere et serviteur, F., E. de G.

XII novembre 1613, a Neci.

A Madame

Madame de Merens.

Revu sur l'Autographe conservé à Milan, Archives du prince Trivulzio. CMXXIX A MADAME DE LA FLéCHèRE Souhaits spirituels. - Nouvelles de Mme de Charmoisy.

Annecy, 12 novembre 1613.

Cette seur ne s'en ira pas sans vous porter ce petit bon soir que je vous donne, ma tres chere Fille, avec tout mon cœur qui est tout vostre. J'espere bien pourtant de vous escrire encor avant vostre passage pour Chablaix , et si vous revenes par ou mes freres ont discouru ce matin, je pense que nous vous reverrons ou peu ou prou. Comme que ce soit, ma vrayement tres chere Fille, je vous souhaite mille et mille consolations celestes, et suis infiniment vostre, et

Vostre plus humble serviteur et compere.

Vous me demandiés l'autre jour des nouvelles de la chere cousine, mais je n'en ay nulle, sinon par une lettre de Monsieur l'Evesque de Montpellier , du 22 octobre, qui me dit simplement qu'elle estoit encor en Normandie ; mais maintenant qu'elle a receu des lettres de monsieur son mary qui la rappellent de deça, je croy qu'elle est a son despart, ou par chemin. Nostre Seigneur soit a jamais au milieu de nos cœurs. Amen.

Vostre tres humble compere,

F., E. de G.

Le 12 novembre 1613.

CMXXX A MADAME DE GRANDMAISON La part de l'imagination dans nos tristesses. - Les " pasquins " et le monde ; comment se guérit le mal de la calomnie. - Un mot de saint Grégoire. Les injures et le Crucifix. - A quoi sert une revue annuelle de l'âme; manière de la faire. - Les chutes graves et le progrès en la dévotion.

Annecy, vers mi-novembre 1613

Ma tres chere Seur,

Je n'ay pas eü le bien de voir monsieur de Rogemont , mais je ne laisse pas de sçavoir que vous aves esté affligee a rayson de certain pasquin qui a couru par dela. Et moy je voudrais bien porter tous-jours vos peynes et travaux, ou au moins vous ayder a les supporter; mais puisque la distance de nos sejours ne permet pas que je vous secoure d'autre sorte, je prie Nostre Seigneur quil soit le protecteur de vostre cœur et quil en bannisse toute tristesse des-ordonnee.

Certes, ma tres chere Seur, la plus part de nos maux sont imaginaires plus que reelz. Penses vous que le monde croye ces pasquins ? Il se peut faire que quelques uns s'y amusent et que les autres entrent en quelque soupçon ; mays sachés que nostr'ame estant bonne et bien resignee es mains de Nostre Seigneur, toutes sortes de telles attaques s'esvanoüissent au vent comme la fumee, et plus le vent est gros, plus tost elles disparoissent. Le mal de la calomnie ne se guerit jamais si bien que par la dissimulation, en mesprisant le mespris et tesmoignant par nostre fermeté que nous sommes hors de prise, principalement en matiere de pasquins ; car la calomnie qui n'a ni pere ni mere qui la veuill'advouer, monstre qu'ell'est illegitime.

Or sus, ma tres chere Seur, je vous veux dire un mot que saint Gregoire disoit a un Evesque affligé (Lettres4, note 229)

: Helas ! dit-il, si vostre cœur estait au Ciel, les vens de la terre ne l'esmouvroyent aucunement. A qui a renoncé au monde, rien de ce qui se passe de la part du monde ne peut nuire. Jettes vous au (sic) pieds du Crucifix, et voyes combien d'injures il reçoit ; supplies-le, par la douceur avec laquelle il les a receües, quil vous donne la force de supporter ces petitz brins qui, comm'a sa servente juree, vous sont tumbés en partage. Bienheureux les pauvres, car ilz seront riches au Ciel, le royaume leur en appartenant (Mt 5,3) ; et bienheureux les injuriés et calomniés (id 11), car ilz seront honnorés de Dieu.

Au reste, la reveüe annuelle de nos ames se fait, ainsy que vous l'entendes, pour les defautz des confessions ordinaires qu'on supplee par celle ci, pour se provoquer et exercer a une plus profonde humilité, mays sur tout pour renouveller non les bons propos, mais les bonnes resolutions que nous devons appliquer pour remedes aux inclinations, habitudes et autres sources de nos offences auxquelles nous nous treuverons plus sujetz. Or il est vray quil seroit plus a propos de faire cette reveüe devant celuy qui auroit des-ja receue la confession generale, affin que par la consideration et rapport de la vie precedente a la suivante, on peut mieux prendre les resolutions requises ; et en toutes façons cela seroit plus desirable. Mays les ames qui, comme vous, n'ont pas cette commodité, peuvent prendre celle de quelqu'autre confesseur, le plus discret et sage qu'elles treuveront.

Pour vostre seconde difficulté, je vous dis, ma tres chere Seur, quil n'est nullement besoin en vostre reveüe de marquer particulierement le nombre ni les menues circonstances de vos fautes, ains suffit de dire en gros quelles sont vos principales cheutes, quels vos particuliers detraquemens d'esprit, et non pas combien de fois vous y estes tumbee, mais si vous estes fort sujette et addonnee au mal. Par exemple : vous ne deves pas enquerir combien de fois vous seres tumbee en cholere, car peut estre y auroit il trop a faire ; mais simplement vous dires si vous estes sujette a ce desreglement, si lhors quil vous arrive vous y demeurés engagee longuement, si c'est avec beaucoup d'amertume et de violence, et en fin quelles sont les occasions qui vous y provoquent le plus souvent : si c'est le jeu, la hautaineté ou orgueil, si c'est la melancolie ou opiniastreté. Or, ceci soit dit par exemple. Et ainsy, en peu de tems, vous aures achevé vostre petite reveüe, sans beaucoup tourmenter ni vostre memoire, ni vostre loysir.

Quant a la troysieme difficulté, quelques cheutes es pechés mortelz, pourveu que ce ne soit pas par dessein d'y croupir, ni avec un endormissement au mal, n'empeschent pas que l'on n'ayt fait progres en la devotion, laquelle, bien que l'on perde pechant mortellement, on recouvre neanmoins au premier veritable repentir que l'on a de son peché, mesme, comme je dis, quand on n'a pas longuement trempé au malheur. De sorte que ces reveües annuelles sont grandement salutaires aux espritz qui sont encor un peu foibles ; car si bien les premieres resolutions ne les ont pas du tout affermis, les secondes et troysiesmes les affermiront davantage, et en fin, a force de se resoudre souvent, on demeure tout a fait resolu. Et ne faut nullement perdre courage, ains, avec une sainte humilité, regarder son infirmité, l'accuser, demander pardon et invoquer le secours du Ciel (note 235).

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Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Mâcon.

CMXXXI A M. JACQUES DE VALLON (INéDITE) Le Saint conseille à son parent d'acquiescer à un ordre du prince de Nemours. - Que faire contre la violence, quand il n'y a remède. - Une preuve de courage contre une maigre vengeance. - Encouragements et sympathies.

Annecy, 16 novembre 1613.

Monsieur mon Cousin, On vous va signifier la recharge que Monseigneur de Nemours fait pour le razement de vos armoyries et, comme je pense, on vous exhibera la lettre mesme quil en escrit, par laquelle vous verres ce que Sa Grandeur se promet de l'authorité de Son Altesse. Mays je viens d'apprendre de plus, que si vous n'acquiesces a cette volonté tant pressante de Monsieur, Son Altesse vous mandera et fera aller recevoir ses commandemens en Piemont, ou si je sçavois que vous peussies effacer les faux entendre sur lesquelz cette persecution vous est faitte, je serais bien ayse que vous allasies ; mais je crains, qu'outre la despense, vous ne recevies des nouveaux desplaysirs, car homme d'honneur m'a dit, il ny a pas 24 heures, qu'il sçavoit fort bien qu'en cas que vous vous opposies davantage, on vous fera une nouvelle attaque sur le nom de Gex, lequel ilz presupposent avoir esté pris par vous, quoy que ce soit un nom de prince et d'une terre qui estait dependante de la couronne de Savoye.

Ce sont, a la verité, des estranges et tres malignes passions qui enfantent ces recherches ; mays, puis qu'il n'y a remede, je persevere a croire que le meilleur sera de se mocquer de tout ceci, tesmoigner que ni vostre honneur, ni l'estime que les gens de bien font de vous ne depend ni du gravement, ni du razement de ces armoyries . Mays il faudroit faire cela sans monstrer ni contre cœur ni desplaysir, car faysant cela, vous feries deux choses : l'une, que Monsieur connoistroit tant plus tost le tort qu'il permet vous estre fait par la trop grande creance quil a en vos hayneux ; l'autre, que ceux qui vous pensent fascher n'en auroyent pas le goust qu'ilz s'en promettent, quand ilz verroyent que vous vous mocques et mesprises leurs attaques et les effets de leurs efforts. Et vous auries, a mon advis, sujet de dire que, tandis que vous aves veu la volonté de Monseigneur de Nemours representee sous le contreseing de ceux que vous croyies estre les autheurs de cette belle poursuite et que vous vous douties user de surprise, vous aves opposé ; mays maintenant que vous voyes la main du sieur Defresne , vous voules obeir sans repugnance.

Voyla mon advis, et vous asseure que si l'on faysoit le mesme tort qui vous est fait, a mes freres, je m'en rirois et voudrois [avoir] tant de courage que de mespriser le mespris et me moquer d'une si maigre vengeance ; car en fin, tous les gens d'honneur voyent bien qu'on vous recherche par pure passion, et que le tems ne porte pas qu'on puisse treuver du remede a ce mal, et qu'en somme, il faut ceder aux volontés des puissances superieures, et qu'en somme, il ni va ni peu ni prou de vostre honneur. Je vous escris sans loysir, mais non pas sans une tres grande affection de vous rendre du service, et vous supplie de prendre en bonne part mon advis. Croyes moy, Dieu vous aydera, et fera que cette mauvayse sayson estant passee, il en viendra un'autre ou les vrays serviteurs du Prince auront leur tour. Je salue de tout mon cœur madame ma chere cousine et monsieur du Vilars mon cousin , estant a jamais, Monsieur, Vostre plus humble cousin et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

XVI novembre 1613, a Neci.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. de la Forest, officier à Dijon.

CMXXXII A MADAME DE LA FLéCHèRE Souhaits de bon voyage et salutations.

Annecy, 16 novembre 1613.

Il vaut bien mieux, ma tres chere Fille, vous escrire dans ce mauvais morceau de papier que je treuve sur ma table, que de ne vous escrire point du tout. Ce n'est pourtant que pour vous saluer et tesmoigner que je vous souhaite bon voyage , avec toute sainte consolation, et encor a toute vostre barque , ce pendant que nous irons attendant les saintz jours de l'Advent de Nostre Seigneur, qui nous preparera beaucoup de benedictions, si nous luy preparons bien nos cœurs. Je salue madame de Brescieu, ma seur , et Mme de la Thuille que j'ayme bien, et la petite niece , et celle que je devois nommer la premiere, madame l'espousee, ma niece . Pour les hommes, ilz ne sont pas du comte (sic). Il suffit que je suis tout vostre et

Vostre plus humble, tout dedié serviteur,

F.

XVI novembre 1613.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

CMXXXIII A LA MêME Le prieur de Blonay. – " Le grand ouvrier des merveilles. " - Un moyen d'être très heureux. - Le voyage d'une jeune mariée. - Privilège de ceux qui sont à Dieu.

Annecy, 20 novembre 1613.

Vous n'aures pas peu gaigné, ma tres chere Fille, si vous aves reduit M. le Prieur de Blonnay a une vraye indifference, car jusques a present il a esté merveilleusement attaché a son projet (note 222). Or Dieu, a la gloire duquel nous tendons, est le grand ouvrier des merveilles ; a jamais sa lumiere esc1aire nos cœurs et nous conduise a le glorifier parfaitement. Si ce bon enfant vient, je le verray et luy parleray, et, tant quil me sera possible, le porteray au bien. J'escris au cousin , et par ce que je ne sçai ou il est, je vous envoye ma lettre. La chere cousine estoit encor en Normandie le 9 de ce moys, mais attendue d'heure a autre a Paris . Dieu nous rende bien siens, car nous serons tres heureux en cela, tout le reste n'estant que vanité et affliction d'esprit ( Eccles 1,2,14). Mon frere de la Thuille nous dira de vos nouvelles, puisque, comme vous m'escrives, il ne fera pas le voyage de Mme l'espousee . Et vous, si vous le faites, conserves vous bien et laissés a l'espousee toutes les bonnes consolations que vous pourres, affin que le grand esloignement des siens ne la tourmente. Ceux qui sont a Dieu treuvent par tout ce qui leur est cher. Je suis, ma tres chere Fille, tout vostre, plus certes quil ne se peut dire.

Le 20 novembre 1613, a Neci.

A Madame

Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

CMXXXIV A LA DUCHESSE DE MANTOUE, MARGUERITE DE SAVOIE (MINUTE- EN ITALIEN) La Congrégation de la Visitation à la fin de J'année 1613 ; son esprit, ses pratiques. - Le Saint demande à la duchesse de vouloir bien être la protectrice officielle de l'Institut, de procurer en sa faveur des lettres patentes du duc de Savoie et de faire poser en son nom la première pierre du futur oratoire.

Annecy, fin novembre 1613.

Sérénissime Princesse, On a érigé à Annecy une Congrégation de Dames très honorables, veuves et jeunes filles, lesquelles, s'étant dégagées des choses du monde, s'adonnent avec une très grande piété et édification au service de Dieu notre Seigneur. Chaque jour elles récitent ensemble au chœur les Heures de la très Sainte Vierge, elles font aussi chaque jour l'oraison mentale, vivent dans l'obéissance sous le gouvernement d'une Supérieure qu'elles ont élue, et pratiquent un très rigoureux renoncement aux choses de la terre, à l'instar des monastères les mieux réformés. Les jeunes ne sortent jamais de la maison (les hommes n'y entrent pas), mais seulement les anciennes et mûres d'âge ; et c'est pour secourir les malades, les femmes surtout. Pour celles-ci, en effet, en cas de pauvreté, il y a beaucoup à pâtir dans cette ville, avec seulement un pauvre hôpital qui n'a pas le moyen de leur faire de grandes charités .

Cette Congrégation a été dressée sur le modèle d'autres semblables établies à Milan par le grand serviteur de Dieu, saint Charles ; elle a acheté une maison et désire maintenant bâtir un oratoire sous le vocable de la sainte Visitation de la Bienheureuse Vierge, dans lequel il y aura aussi une chapelle que l'on dédiera au bienheureux Amédée, quand il sera canonisé . C'est pourquoi, Votre Altesse Sérénissime est suppliée de daigner accepter et recevoir cette Congrégation sous sa très spéciale protection, afin qu'à l'ombre de son auguste nom et à la faveur de sa charité, elle puisse, avec tranquillité. et en toute paix intérieure et extérieure, vaquer aux choses célestes.

Dans ce but, il serait nécessaire: Premièrement, que Votre Altesse déclarât par lettres patentes ou par lettres privées, qu'elle reçoit et prend sous sa protection cette Congrégation, et chacune des Sœurs ou Dames qui la composent maintenant et qui la composeront à l'avenir .

Deuxièmement, que Votre Altesse fit savoir par lettres cette sienne intention à M. le marquis de Lans et au Sénat de Savoie, afin qu'à l'occasion, ils prennent les intérêts de ladite Congrégation.

Troisièmement, il serait encore utile que Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Duc de Savoie, notre souverain, écrivît également des lettres dans le même sens, pour signifier que cette Congrégation ayant été, par son ordre, placée sous la protection de Votre Altesse, il entend qu'elle soit favorisée et conservée dans ses Etats . Cela est d'autant plus juste que la Congrégation ne mendie pas, mais s'établit au contraire aux frais des Dames assemblées. Elle ne prétend pas non plus avoir jamais de revenu, si ce n'est pour l'entretien des bâtiments, de la sacristie, de l'aumônier et pour payer le médecin, soit avec des rentes annuelles, soit par d'autres moyens qui ne chargent personne et qui n'apportent aucun empêchement aux impôts ou tailles du Sérénissime Duc. Et si, comme on l'espère, cette Congrégation se trouve dans quelques années pourvue d'un revenu suffisant pour les dépenses ordinaires, les veuves déchargées de leurs enfants et les vierges qui voudront servir Dieu notre Seigneur dans la chasteté, l'obéissance et la piété, pourront le faire très facilement, puisqu'elles y seront admises moyennant une simple pension assignée par leurs familles, leur vie durant.

Votre Sérénissime Altesse fera donc chose très agréable à la divine Majesté et à sa très sainte Mère Notre-Dame si, recevant cette pieuse Congrégation entre les bras de sa protection, elle daigne s'en avouer la dame, la patronne et la mère.

Or, parce que la Congrégation espère bâtir bientôt son oratoire, ce lui serait un honneur et une consolation très grande si la première pierre pouvait être posée au nom de Votre Altesse. Aussi vous supplie-t-on en dernier lieu, Sérénissime Princesse, de vouloir bien prier une dame de la cour de se rendre ici de votre part, pour assister à la pose de cette pierre et placer la médaille accoutumée, suivant qu'il vous plaira l'indiquer , Votre Altesse aura par ce moyen toujours droit à la meilleure part de toutes les bonnes œuvres qui se pratiqueront dans la Congrégation et l'oratoire, mais particulièrement aux prières de ces Dames qui, jour et nuit, invoqueront l'Esprit-Saint pour l'éternelle consolation de Votre Altesse.

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FRANçOIS, Evêque de Genève.

CMXXXV A M. BALTHAZARD DE PEYZIEU (INéDITE) Amitié du Saint pour la famille de Peyzieu. - Pourquoi il faut mépriser les calomnies anonymes.

Annecy, 1er décembre 1613.

Monsieur mon Frere,

Que vous m'obliges grandement a me donner part a ces bonnes et aymables nouvelles du frere Indien , lequel, a mesure que je le sens esloigné de nous selon la distance des lieux, je le sens aussi plus avancé en mon estime, et mon contentement, en la gloire que j'ay d'estre advoué son humble fidelle frere d'acquisition ; mot d'acquisition que j'adjouste pour l'ayse que je reçois d'estre sien, vostre et de toute vostre dependence, car autrement, certes, mon affection me semble toute naturelle en force, vigueur et perpetuité. J'ay fait nagueres ample response a madame nostre chere seur , et sur le sujet de son desplaysir, bien qu'elle ne m'eut point particularisé quel il estoit, estimant que son porteur, qu'elle pensoit devoir estre monsieur de Rogemont , me diroit tout. Pour moy, apres mon premier sentiment pour la douleur d'une seur si prœtieuse et aymable, je me roydis, et dis que jamais la calomnie qui a honte de marquer son pere, ne fut ni forte pour durer, ni active pour entrer dedans l'esprit des gens qui en ont tant soit peu, et n'arrivera jamais que nostre seur, tant environnee de vertu et de reputation, puisse estre blessee par la mesdisance. Je luy escris un mot, et vous souhaitant mille et mille vrays contentemens, et a madame ma seur, vostre chere moytié , je suis a jamais sans varier, Monsieur mon Frere, Vostre tres humble frere et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

[1er] decembre 1613.

A Monsieur

Monsieur de Pezieu.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme la marquise de Mailly, au château de la Roche-Mailly (Sarthe).

CMXXXVI A LA MèRE DE CHANTAL Nos sentiments pour la créature et pour le Créateur. - Joie et piété du Saint, la veille du 8 décembre.

Annecy, 7 décembre 1613 .

Je feray pour vostre fille de Sainte Catherine tout ce qu'il me sera possible ; et croyés-moy, je le feray encor plus doucement parce que vous le desires, car j'ay une extreme suavité a faire vostre volonté. Helas ! quel cœur devrions nous avoir a faire celle du Createur tres aymé, puisque nous en avons tant pour la creature aymee et unie en luy. Ouy, ma tres chere Mere, remettés bien vostre cœur entre les mains de nostre chere Maistresse, qui sera conceuë ce soir en la commemoration que nous en ferons, et je le luy demanderay ; car, ma chere Mere, je suis bien resolu de ne vouloir plus de cœur que celuy qu'elle me donnera, cette douce Mere des cœurs, cette Mere de saint amour (Eccli 24,21), cette Mere du cœur des cœurs. Ah Dieu, que j'ay grand desir de tenir les yeux sur cette belle estoille en nostre navigation ! Bon jour, ma tres chere Mere ; soyés toute joyeuse sur l'occasion de cette feste venante. Jesus soit nostre cœur. Amen.

FRANçs, E. de Geneve.

CMXXXVI bis (lettre MMXXXII du volume XXI reclassée) (1)

A LA MERE DE CHANTAL Sentiments d'humilité du saint Evêque an jour anniversaire de son sacre. Pourquoi il ne se décourage pas. - Sa confiance en la Vierge Marie.

Annecy, 8 décembre 1613 (2)

Hélas ! ma très chère Mère, que je suis plein de confusion lorsque je me ressouviens des ardeurs avec lesquelles en ce saint jour je sacrifiai en esprit toute ma vie à la gloire de Notre-Seigneur et au salut de ce peuple, il y a onze ans, et quand je considère combien peu j'ai correspondu à ces résolutions ! J'y réfléchis cependant sans perdre courage ; au contraire, j'en ai beaucoup, et d'autant plus que Notre-Seigneur m'a donné une aide qui non seulement m'est semblable (Gn 2,18), mais qui est une même chose avec moi, de telle sorte qu'elle et moi ne sommes qu'un en un seul esprit. Et puis, la très sainte Vierge, Protectrice de notre sacrifice, relève toujours mon cœur par l'espérance qu'elle me donne de sa faveur. Elle- même prit soin de venir enseigner à saint Grégoire de Néocésarée ce qu'il devait prêcher touchant la foi alors combattue (S.Greg de Nysse Vie 3,911) ; aussi veux-je me promettre de sa miséricorde, qu'étant plus attentif à son amour, elle m'apprendra encore à bien espérer et à bien faire.

Bonsoir, ma très chère et unique Mère, que j'aime parfaitement comme moi-même et plus que moi-même. Je me recommande aux oraisons de nos chères Sœurs que mon cœur salue.

(1) Lettre découverte tardivement et reclassée à la date voulue (2) La date de ce billet est indiquée par le texte lui-même, dont l'original n'a jamais été publié.

Le chanoine Gallitia, qui l'avait eu entre les mains, en a donné une version italienne dans sa Vie du saint Evêque de Genève, livre VI, chap. XI, p. 487 de la 1ere édition, et p. 446 de la seconde. C'est à son ouvrage que nous empruntons ces lignes, en les traduisant.

CMXXXVII A M. PHILIPPE DE QUOEX Ce que souhaite le Saint et ce qui lui est indifférent; son humilité et sa modération. - La charité et la diversité d'opinions. - Double projet de réforme à Talloires. - Deux remèdes de François de Sales contre les contradictions. - Que faire quand on s'oppose aux fautes.

Annecy, vers mi-décembre 1613 .

Monsieur,

Je ne sçai comme il vous peut entrer au cœur que je puisse avoir aucune desfiance de vostre amitié pour tout le secours que vous feres a monsieur le Prieur et a sa trouppe reformee ; car je leur souhaite toute sorte de sainte prosperité, et n'ay nulle sorte d'interest en l'evenement de vostre entreprise, sinon celui-la mesme que vous me marqués en vostre lettre estre le vostre : la plus grande gloire de Dieu et le plus grand service de son Eglise ; et que Dieu soit servi ou par des Religieux vestus de noir ou vestus de blanc, cela est indifferent .

Mais je dis plus, et le dis devant Nostre Seigneur: que quand j'aurois bien de l'interest d'un costé plus que de l'autre, j'espererois cette grace de la divine Majesté, de n'estre pas si passionné et desordonné en l'amour propre, que sçavoir mauvais gré a qui ne suivroit pas mon parti. Non certes, je ne pense pas que ni mon sentiment, ni mes opinions, ni mes interestz doivent servir de regle a pas un homme du monde, et particulierement a mes amis; trop obligé que je leur seray si, reciproquement, ilz ne m'estiment rien moins leur affectionné et veritable amy quand je seray d'autre opinion qu'eux. Les Anges ont de ces differens in agibilibus, et saint Pierre et saint Paul en eurent (Ga 2,11), comme aussi saint Paul et saint Barnabas (Ac 15,36), sans diminution de leur indissoluble charité .

Je vous ay dit candidement mon sentiment sur le sujet de la reformation que vous affectionnés : il y a du respect pour l'une, que j'estime bonne, et pour l'autre, que j'estime meilleure, marry que je serois de perdre la douceur et paisible affection que je dois a toutes deux. Mais ne vous parlay-je pas clair a vostre despart ? Ce fut de bon cœur que je dis alhors (je le repete maintenant et le diray encor ci apres) : Que chacun abonde en son sens, pourvu que le Christ soit glorifié. (Rm 14,5).

Tout le desplaysir que j'ay en ceci, c'est de ne vous pouvoir pas asses plaire et m'accommoder a vostre desir, mesmement en ce qui est d'escrire a Monseigneur le Cardinal Bellarmin . J'ay des-ja esté recusé par l'une des parties, qui se plaint de moy ; il n'est pas a propos de me jetter les plaintes de l'autre sur les bras .

Je ne sçai nullement que c'est que des autres reformés de N. , horsmis de monsieur le Prieur et de M., ne connoissant les autres que de nom et quelques uns de veuë. Je suis delegué commissaire , je ne dois point faire de prejugés, affin que, si les parties alleguent quelque chose contre cette reformation, je puisse encor juger. Il y a en fin mille raysons, ce me semble, pour lesquelles je dois ouyr parler de part et d'autre sans me mesler de faire des offices ni pour les uns ni pour les autres, jusques a ce que je sois des chargé de l'office de juge qui m'est commis.

Nostre amitié n'est pas fondee sur la reformation ni des unes ni des autres : c'est pourquoy je vous supplie de me bien conserver la vostre au travers de toute cette negociation, comme, de mon costé, je suis invariable en celle que par tant de respectz je vous dois. Je sçay qu'un autre moins discret et charitable que vous pourroit beaucoup dire de choses de moy entre les poursuittes, comme il a esté fait a Chamberi ; dont je loüe Dieu que ce soit vous plustost qu'un autre, bien que, pour parler franchement entre nous, je me sente fort asseuré de n'estre point blasmé de quicomque, sans passion, voudra conferer les tems et les occasions de ce qui s'est passé par mes mains, et de ce qui s'est passé par celles de ceux qui se deulent. Mais quand il plairoit a Dieu que quelqu'un me fist mortifier, mon second remede seroit d'avoir patience.

Je finis donq par ou j'ay commencé, vous remerciant de rechef de la peyne que vous prenes pour ces bonnes ames , qui prient et prieront Dieu pour vous, et vous demeureront extremement obligees avec moy qui, de tout mon cœur, suis sans fin, Monsieur,

Vostre plus humble, plus affectionné et fidele confrere,

F., E. de Geneve. J'ay sceu le peu de conte que l'on tint de l'Evesque du lieu au conseil de la N. ; mais si, ne puis-je pas m'esmouvoir a rien faire qu'apres une meure deliberation, car il faut ne point faire de faute quand l'on s'oppose aux fautes. Il est impossible d'empescher que chascun, a bonne intention, ne s'essaye de gaigner l'advantage.

CMXXXVIII A LA SOEUR FAVRE, RELIGIEUSE DE LA VISITATION Une lettre qui a consolé, embaumé l'âme du Saint. - Les productions de l'amour-propre. - Rien ne répare une faute comme de l'avouer naïvement. - Une grande partie de notre perfection.

Annecy, 18 décembre [1613 .]

Si fay, si fay de par Dieu, ma tres chere grande Fille, je sçay bien quel cœur vous aves en mon endroit ; mais ne voules vous pas que je prenne le tems et la saison pour y planter les plantes des vertus plus excellentes, desquelles le fruit est eternel ? Or sus, je n'ay nul loysir, mais je vous dis en verité, que vostre lettre a embaumé mon ame d'un si delicieux parfum, que de long tems je n'avois rien leu qui m'eust donné une si parfaite consolation. Mais je dis de rechef, ma chere Fille, que cette lettre m'a donné des eslans d'amour envers Dieu, qui est si bon, et envers vous, qu'il veut rendre si bonne, que certes, je suis obligé d'en rendre action de graces a sa divine Providence. C'est ainsy, ma Fille, qu'il faut tout de bon mettre la main dans les replis de nos cœurs, pour en arracher les ordes productions que nostre amour propre y fait par l'entremise de nos humeurs, inclinations et aversions. 0 Dieu, quel contentement au cœur d'un pere tres aymant, d'ouyr celuy de sa fille tres aymee protester qu'elle a esté envieuse et maligne ! Que bien heureuse est cette envie, puisqu'elle est suivie d'une si naïfve confession ! Vostre main, escrivant vostre lettre, faysoit un trait plus vaillant que ne fit jamais celle d'Alexandre. 0 faites donques bien, ma Fille, ce que vostre cœur a projetté. Ne vous estonnés point de ce qui s'est passé, mais simplement, humblement, amoureusement, confidemment, reunisses vostre esprit a celuy de cette bien aymable ame , qui, je m'asseure, en recevra mille et mille consolations. Helas ! ma Fille, c'est une grande partie de nostre perfection que de nous supporter les uns les autres en nos imperfections ; car, en quoy pouvons nous exercer l'amour du prochain, sinon en ce support ? Ma Fille, elle vous aymera et vous l'aymeres, et Dieu vous aymera toutes.

Et moy, ma chere Fille, vous m'aymeres aussi, puisque Dieu le veut et, en suite de cela, me donne un parfait amour de vostre ame, que je conjure d'aller de bien en mieux et de mieux en mieux au pourchas des vertus. Allés courageuse et relevee. Vive Jesus ! Amen.

FRANçs, E. de Geneve.

Le 18 decembre …….

CMXXXIX A UNE DAME Saint François de Sales espère terminer les prédications de l'Avent. - Réflexions sur la fuite imperceptible des années. - Aspirations vers l'éternité; souhaits pour sa possession.

Annecy, 24 ou 25 décembre [1613 .]

Or sus, qu'importe il a vostre chere ame, ma tres chere Fille, que je luy escrive d'un air ou d'un autre, puisqu'elle ne me demande rien que l'asseurance de ma chetifve santé, de laquelle je ne merite que l'on ayt la moindre pensee du monde. Mais je vous diray qu'elle est bonne, graces a Nostre Seigneur, et que j'espere qu'elle me servira ces bonnes festes, pour prescher, comme elle a fait le reste de l'Advent, et qu'ainsy nous acheverons cette annee pour en recommencer une nouvelle. 0 Dieu, ma chere Fille, elles s'en vont ces annees, et courent a la file imperceptiblement les unes apres les autres, et en devuidant leur duree, elles devuident nostre vie mortelle, et se finissant, elles finissent nos jours. 0 que l'eternité est incomparablement plus aymable, puisque sa duree est sans fin, et que ses jours sont sans nuit (Ap 21,25 ; 22,5), et ses contentemens invariables ! Que puissies-vous, ma tres chere Fille, posseder cet admirable bien de la sainte eternité en un si haut degré que je le vous souhaitte. Que de bonheur pour mon ame si Dieu, luy faysant misericorde, luy faysoit voir cette douceur ! Mais en attendant de voir Nostre Seigneur glorifié, voyons le des yeux de la foy, tout humilié dans son petit berceau. Dieu soit a jamais au milieu de vostre cœur, ma tres chere Fille. Amen. Vive Jesus ! FRANç', E. de Geneve.

CMXL A LA MèRE DE CHANTAL Le " grand petit Enfant de Bethleem " et Salomon. - L'haleine du bœuf et de l'âne, et les aspirations de notre cœur. - Gratitude du Saint pour un ornement, ouvrage de la Mère de Chantal.

Annecy, 25 décembre [1613 .]

Le grand petit Enfant de Bethlehem soit a jamais les delices et les amours de nostre cœur, ma tres chere Mere, ma Fille. Helas, comme il est beau, ce pauvre petit Poupon ! Il me semble que je voy Salomon sur son grand throsne d'ivoyre, doré et ouvragé, qui n'eut point d'esgales royaumes, comme dit l'Escriture (3 R 10,18), et ce Roy n'eut point de pair en gloire ni en magnificence ; mais j'ayme cent fois mieux voir le cher petit Enfançon en la cresche que de voir tous les rois en leurs throsnes.

Mais si je le voy sur les genoux de sa sacree Mere, ou entre ses bras, ayant sa petite bouchette, comme un bouton de rose attachee au lis des saintes mammelles, 0 Dieu, je le treuve plus magnifique en ce throsne, non seulement que Salomon dans le sien d'ivoyre, mais que jamais mesme ce Filz eternel du Pere ne fut au Ciel ; car si bien le Ciel a plus d'estre visible, la Sainte Vierge a plus de vertus et perfections invisibles, et une goutte du lait qui flue virginalement de ses sacrés sucherons, vaut mieux que toutes les influences des cieux. Le grand saint Joseph nous fasse part de sa consolation ; la souveraine Mere, de son amour, et l'Enfant veuille a jamais respandre dans nostre cœur ses merites.

Je vous prie, reposés le plus doucement que vous pourres aupres du petit celeste Enfant ; il ne laissera pas d'aymer nostre cœur bienaymé tel que vous l'aves, sans tendreté et sans sentiment. Voyes-vous pas qu'il reçoit la haleine de ce gros bœuf et de cet asne, qui n'ont sentiment ni mouvement quelconque ? Comme ne recevra-il pas les aspirations de nostre pauvre cœur, lequel, quoy que non tendrement pour le present, solidement neanmoins et fermement, se sacrifie a ses pieds, pour estre a jamais serviteur inviolable du sien et de celuy de sa sainte Mere et du grand gouverneur du petit Roy ?

Ma tres chere Mere, c'est la verité : j'ay une lumiere toute particuliere qui me fait voir que l'unité de nostre cœur est ouvrage de ce grand Unisseur, et partant, je veux des-ormais non seulement aymer, mais cherir et honnorer cette unité comme sacree. La joye et consolation du Filz et de la Mere soit a jamais l'allegresse de nostre ame. Je viens de prescher tout revestu de la main de ma tant aymable et amiable Mere , et j'en ay esté bien ayse. Helas ! ma tres chere Mere m'a fait tout couvrir de JESUS, MARIA. Que ce doux Jesus et cette sacree Marie me la conservent longuement et soyent le vestement nuptial de son cœur. Amen.

Vostre tres affectionné pere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

CMXLI A LA MêME C'est en toutes circonstances qu'il faut aimer la très sainte volonté de Dieu. -. Pourquoi le Saint a choisi le dernier jour de l'année pour faire de " petitz et grans changemens " en sa Congrégation.

Annecy, .31 décembre 1613.

Our, ma tres chere Fille, ma Mere, il faut aymer la tres sainte volonté de Dieu aux petites et grandes rencontres. Celle qui m'empesche d'aller vous dire la Messe aujourd'huy est petite et grande; je vous la diray a nostre premiere veuë. Ce pendant, faites vos petitz et grans changemens avec le plus de perfection qu'il vous sera possible . Apres y avoir bien pensé devant Dieu, je me suis resolu qu'il faut affermir nostre Congregation a faire ses changemens ce jour auquel Dieu fait les siens, nous faysant tous passer d'une annee a l'autre, donnant une leçon annuelle de nostre instabilité, de nostre changement, du renversement et de l'aneantissement des annees qui nous menent a l'eternité. …………………………………………………………………………..

CMXLII A LA MêME Le côté percé du Sauveur, abri divin. - Le Sauveur, Roi des cœurs, toujours prêt à leur donner audience.

Annecy, [1613 ]

Ma tres chere Mere,

Que vous diray je? La grace et paix du Saint Esprit soit tous-jours au milieu de vostre cœur. Mettés-Ie, ce cher cœur, dans le costé percé du Sauveur, et l'unissés a ce Roy des cœurs, qui y est comme a son throsne royal pour recevoir l'hommage et l'obeissance de tous les autres cœurs *, et tient ainsy sa porte ouverte affin * que chacun le puisse aborder et avoir audience. Et quand le vostre luy parlera, n'oublies pas, ma chere Mere, de luy faire parler encor en faveur du mien, affin que sa divine et cordiale Majesté le rende bon, obeissant et fidele. Bon jour, ma tres chere Mere; je suis sans fin Vostre tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

CMXLIII A UN ECCLéSIASTIQUE Procès entre l'Evêque de Maurienne et le curé de Lullin. - Intervention du Saint eu faveur de ce dernier.

Annecy, [1610-1613 .]

Monsieur,

Voyla nostre monsieur l'abbé qui s'en va fort content en l'esperance de vous treuver a Chamberi. Il m'a parlé du mescontentement de Monseigneur de Maurienne a rayson du proces du curé de Lullin , et parce que, passant en Maurienne, il pourra faire tous bons offices, prenes la peyne, je vous prie, de conduyre un jour M. l'advocat Gros au logis de [monsieur l'] Abbé , affin qu'il luy face bien entendre l'estat du droit de son frere, curé de Lullin. Je vous en supplie, comme aussi de remettre le paquet ci joint a madame d'Aiguebelette . Mais il faut que je vous laisse, car vous voyla glorieux avec ce bon seigneur qui vous cherit bien fort ; mais moy, je suis incomparablement Vostre tres affectionné et humble confrere, [FRANçs, E. de Geneve.]

CMXLIV A LA MèRE DE CHANTAL Pourquoi faut-il se confier à la Providence de Dieu.

Annecy, [1610-1613 ]

Voyla la lettre, ma tres chere Fille; faites la fermer, et soyés bien ferme en la confiance que nous devons avoir en la providence de Dieu, laquelle, si elle vous prepare des croix, vous donnera des espaules pour les porter. Vous sçaves d'ou me vient une si grande presse, et, Dieu aydant, en seres bien ayse.

CMXLV A UNE COUSINE (FRAGMENT INéDIT) Exhortation à l'amour de Notre-Seigneur.

Annecy, [1611-1613]

……………………………………………………………………… ………………………..Ma tres chere Fille, releves le plus [que vous pourrez votre] cœur en Nostre Seigneur et le pousses tous-jours plus avant [en son très saint] amour. Nul ne sçait que je vous escrive, mays je [m'assure que] si nostre Mere et nos Seurs le sçavoyent, [elles vous écrirai]ent avec moy, ou elles me prieroyent de vous saluer, [vous aimant] toutes tres cordialement, sur tout nostre Mere. [Priez pour] moy, qui suis Vostre plus humble, tres affectionné cousin et serviteur, F., E. de Geneve. ………et me recommande a ses prieres.

…….a Neci.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. l'abbé Louis Pierre, ancien curé de Châtillon (Jura).

CMXLVI AU PèRE CLAUDE-LOUIS-NICOLAS DE QUOEX PRIEUR DE TALLOIRES Obligation pour un supérieur de réduire au devoir des sujets scandaleux.- Circonstances qui aggravent la culpabilité des délinquants.

Annecy, [1611-1613 .]

Je souhaite tant le bien et l'honneur de vostre Monastere, que toutes les connoissances des choses contraires m'esmeuvent et me donnent du ressentiment de zele. J'ay sceu que les sieurs N. et N. donnent tant de mauvaise odeur de leur jeunesse, que la puanteur en est arrivee jusques au Senat, lequel s'en veut remuer, si leur amendement ne previent. C'est, a la verité, une honte bien grande pour vous si les laïcs prennent la connoissance de la correction sur ceux du cors auquel on vous a donné pour chef ; mais ce sera encor quelque sorte de reproche pour moy qui vous y ay porté, si je ne surveille pas a vous assister, et sembleray estre coulpable de tout ce qui s'y fera, avec vous, bien qu'en verité, ni vous ni moy ne puissions pas tout empescher.

Tout cela mis ensemble, me fait vous prier et exhorter de vouloir apporter tout le soin et l'ordre que vous pourres pour reduire ces jeunes gens sur le train de leur devoir, et de me donner advis de leur estat, affin que je puisse rendre tesmoignage de vostre diligence comme de la mienne, et contenter ma conscience, laquelle me pressera par apres a prendre d'autres expediens, si vostre prudence, vigilance et justice ne suffit a la recipiscence de ces discoles, desquelz j'admire d'autant plus la dissolution, que leur naissance les devroit porter a la poursuitte des vertus et de la pieté conforme a leur vocation. L'aage les a peu couvrir jusques a present, mais la continuation les rend meshuy inexcusables.

Vous sçaves comme et combien tendrement je vous ayme, et particulierement; qui me fait croire que vous prendres cet advertissement aussi doucement qu'avec tres grande affection je vous fay la remonstrance, pour le bien de la Mayson ou Nostre Seigneur vous conserve, et laquelle il veuille rendre si pleine de sainteté que je sçay que vous le souhaittés avec moy, qui suis Vostre tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

CMXLVII A LA MèRE DE CHA NTAL (FRAGMENT) Apologue du musicien devenu sourd, et la sainte musique d'une âme qui sert Dieu, sans joie, abandonnée entièrement au bon plaisir divin.

Annecy, [1612-1614 ]

…………………………………………………………………… Je travaille a vostre Livre neufviesme de l'Amour de Dieu, et aujourd'huy, priant devant mon Crucifix, Dieu m'a fait voir vostre ame et vostre estat par la comparayson d'un excellent musicien (TAD liv 9, ch9 et 11), né sujet d'un prince qui l'aymoit parfaitement, et qui luy avoit tesmoigné se plaire passionnement a la douce melodie de son luth et de sa voix. Ce pauvre chantre devint, comme vous, sourd, et n'oyoit plus sa melodie ; son maistre s'absentoit souvent, et il ne laissoit pas de chanter, parce qu'il sçavoit que son maistre l'avoit pris pour chanter . ……………………………………………..

Revu sur le texte inséré dans le Ms. original des Mémoires, etc., par ]a Mère de Chaugy, conservé à la Visitation d'Annecy.

CMXLVII bis (lettre MMXXXIII du volume XXI reclassée ) (1)

A LA MêME (BILLET INéDIT) Un sermon et une malade à la Visitation.

Annecy, [1612-1614 (2 ).]

Je feray volontier ce que vous dites, ma tres chere Mere ; j' [envoierai (3)] advertir M.. de Lovagni qui est aux chams (4). Mays peut estre nostre sermon ne sera guere brave: et qu'importe-il ? Bon jour jusques a neuf heures, ma tres chere Mere. Je m'en vay consolé dequoy nostre fille se porte mieux ( 5).

Revu sur l'Autographe appartenant au docteur Pillet, à Rouen.

(1) Lettre découverte tardivement et reclassée à la date voulue (2) C'est en 1612 que saint François de Sales commence à donner à la Fondatrice l'appellation de " Mere " ; d'autre part, l'écriture de ces lignes ne permet pas de les reculer au delà de 1614. Faudrait-il les rapprocher du fragment placé vers la fin de mai 1612 (L5, note 403), où il est déjà question de " nostre fille... malade "? (3) Mot oblitéré (4) Le Saint désigne ainsi le commendataire du prieuré bénédictin de Lovagny, Janus, deuxième fils d'Alexandre Regard, seigneur de Vars, et neveu de Mgr Gallois Regard, évêque de Bagnorea, dont il fut le cohéritier universel. Nommé prieur de Lovagny par Bulles du 27 septembre 1579, on le trouve déjà chanoine de Saint-Pierre de Genève au mois de janvier 1587 ; le 17 février suivant il reçoit le diaconat, et la prêtrise le 14 mars 1592. Au sacre de François de Sales, Janus Regard figure parmi les représentants du Chapitre qui l'éleva plus tard à la dignité de Chantre. Il teste le 23 décembre 1643 au prieuré de Lovagny, qu'il avait résigné dès 1637 en faveur de son neveu Prosper, et meurt avant le 27 du même mois. (5) Probablement Françoise de Chantal qui demeurait alors auprès de sa mère à la Visitation

CMXLVIII A UNE RELIGIEUSE DE LA VIS]TATION Ce qui tenait occupé le Saint toutes les matinées ; l'emploi meilleur qu'il aurait voulu en faire. - "L'amour propre ne meurt jamais ; " ses fruits et ceux de la vraie charité. - Quel est le seul remède. - Les séparations pour les mondains et les amis de Dieu.

Annecy, [1613 ou 1614 .]

0 pleust a Dieu, ma tres chere Fille, que ce fust le Traitté de 1'Amour celeste qui me tinst occupé toutes les matinees !

Il seroit bien tost achevé, et je serois bien heureux d'appliquer mon esprit a de si douces considerations. Mais ce sont des infinités de petites niaiseries, que le monde par force m'apporte tous les jours, qui me font de la peyne et de la fascherie et rendent mes heures inutiles. Neanmoins, tant que je m'en puis eschapper, je metz tous-jours quelque petite ligne en faveur de ce saint amour qui est le lien de nostre mutuelle dilection.

Or, venons a vostre lettre. L'amour propre peut estre mortifié en nous, mais il ne meurt point pourtant jamais ; ains, de tems en tems et a diverses occasions, il produit des rejettons en nous, qui tesmoignent_ qu'encor qu'il soit couppé par le pied, si n'est il pas desraciné. C'est pour cela que nous n'avons pas la consolation que nous devrions avoir quand nous voyons les autres bien faire; car ce que nous ne voyons pas en nous ne nous est pas si aggreable, et ce que nous voyons en nous, nous est fort doux, parce que nous nous aymons tendrement et amoureusement. Que si nous avions la vraye charité qui nous fait avoir un mesme cœur et une mesme ame avec le prochain (Ac 4,32), nous serions parfaitement consolés quand il feroit du bien.

Ce mesme amour propre fait que nous voudrions bien faire telle et telle chose par nostre eslection, mais nous ne la voudrions pas faire par l'eslection d'autruy, ni par obeissance ; nous la voudrions faire comme venant de nous, mais non pas comme venant d'autruy. C'est tousjours nous mesmes qui recherchons nous mesmes, nostre propre volonté et nostre amour propre. Au contraire, si nous avions la perfection de l'amour de Dieu, nous aymerions mieux faire ce qui est commandé, parce qu'il vient plus de Dieu et moins de nous.

Quant a se plaire plus a faire des choses aspres qu'a les voir faire aux autres, ce peut estre ou par charité, ou par ce que, secrettement, l'amour propre craint que les autres ne nous esgalent ou surmontent. Quelquefois nous nous mettons plus en peyne de voir mal traitter les autres que nous, par bonte de naturel; quelquefois c'est par ce que nous croyons d'estre plus vaillans qu'eux et que nous supporterions mieux le mal qu'eux mesmes, selon la bonne opinion que nous avons de nous. Le signe de cela, c'est qu'ordinairement nous aymerions mieux avoir les petitz maux que si un autre les avoit ; mais les grans, nous les aymons mieux pour les autres que pour nous. Sans doute, ma chere Fille, ce qu'on a repugnance a s'imaginer le rehaussement des autres, c'est parce que nous avons un amour propre qui nous dit que nous ferions encor mieux qu'eux, et que l'idee de nos bonnes propositions nous promet des merveilles de nous mesmes et non pas tant des autres.

Au bout de tout cela, sçaches, ma vrayement tres chere Fille, que ce que vous aves ne sont que des sentimens de la portion inferieure de vostre ame ; car je m'asseure que vostre superieure portion desadvoue tout cela. C'est le seul remede qu'il y a, de desadvouer les sentimens, invoquant l'obeissance et protestant de la vouloir aymer non obstant toute repugnance, plus que non pas la propre eslection, louant Dieu par force du bien que l'on void en autruy et le suppliant de le continuer; et ainsy des autres.

Il ne se faut nullement estonner de treuver chez nous l'amour propre, car il n'en bouge. Il dort quelquefois comme un renard, puis, tout a coup, se jette sur les poules. C'est pourquoy il faut, avec constance, veiller sur luy, et avec patience et tout doucement se defendre de luy. Que si quelquefois il nous blesse en nous desdisant de ce quil nous a fait dire, en desadvouant ce quil nous a fait faire, nous sommes gueris.

Or je ne vis que passamment la dame qui devoit venir pour faire sa confession generale, et avec des yeux tout moistes d'avoir laisse sa fille ; car les gens du monde [se] laissent en se laissant, mais ceux de Dieu ne se laissent jamais, ains sont tous-jours unis ensemblement avec leur Sauveur. Dieu vous benisse, ma chere Fille.

Revu sur une copie conservée à Turin, Archives de l'Etat.

ANNEE 1614

CMXLIX A MADAME D'ESCRILLES Quand faut-il s'abandonner entièrement entre les bras de la Providence. Comment parler des personnes qui nous ont fait tort. - Ce qui est plus efficace contre le mal que le ressentiment.

Annecy, 7 janvier 1614.

Ma Seur tres chere et tous-jours de plus en plus tres chere Seur, Je viens tout maintenant de recevoir les deux lettres que vous avies confiees a Mme de Trevernay , et une autre par laquelle elle me specifie la qualité de vostre desplaysir, que je vois estre grandement fascheux pour la multitude des accidens qui semblent attachés aux sujetz dont il vous est arrivé.

Ma tres chere Seur, ces brouillardz ne sont pas si espais que le soleil ne les dissipe. En fin, Dieu qui vous a conduite jusques a present, vous tiendra de sa tres sainte main (Ps 138,10); mais il faut que vous vous jetties, avec un total abandonnement de vous mesme, entre les bras de sa providence, car c'est le tems desirable (2 Co 6,2) pour cela.

Se confier en Dieu emmi la douceur et la paix des prosperités, chacun presque le sçait faire; mais de se remettre a luy entre les orages et tempestes, c'est le propre de ses enfans ; je dis, se remettre a luy avec un entier abandonnement. Si vous le faites, croyes moy, ma chere Seur, vous seres toute estonnee de merveille, qu'un jour vous verres esvanouis devant vos yeux tous ces espouvantailz qui maintenant vous troublent. Sa divine Majesté attend cela de vous, puisqu'elle vous a tiree a soy pour vous rendre extraordinairement sienne.

De cet homme sur lequel vous penses devoir estre jettee une partie de la faute, parlés en peu et consciencieusement ; c'est a dire, ne vous estendes gueres en vos plaintes et n'en faites pas souvent; et quand vous en feres, n'asseures rien qu'a mesure que vous aures de la connoissance ou conjectures de la faute, parlant douteusement des choses douteuses, plus ou moins, selon qu'elles le seront.

Je vous escris du tout sans loysir, en un jour le plus embarrassé que j'aye eü il y a long tems. Je suppleeray de plus en plus, s'il plaist a Dieu, priant pour vostre repos et consolation. Apaises tant que vous pourres, doucement et sagement, les espritz de messieurs vos parens. Helas ! en telles occasions, la dissimulation guerit plus de mal en une heure que les ressentimens en un an. Dieu doit faire le tout ; c'est pourquoy il l'en faut supplier.

Dieu soit a jamais au milieu de vostre cœur, ma tres chere Seur, ma Fille. Je suis tres parfaitement, Vostre plus humble frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Le 7 janvier 1614.

CML AU PèRE NICOLAS DE SOULFOUR, ORATORIEN Envoi de lettres pour l'Evêque de Bazas et pour

M. de Fontaines. - Attachement du Saint pour la Congrégation de l'Oratoire ; il désire en connaître les règlements. - Le Traitté de l'Amour de Dieu l'empêche d'entreprendre un travail qui lui est proposé.

Annecy, 10 janvier 1614.

Monsieur,

C'est a vous aussi a qui j'addresse mes responses a Monseigneur de Bazas et a monsieur de Fontayne Duboys , et ce sera a vous, sil vous plait, de leur faire aggreer mes intentions, puisque vous leur aves donnees celles quilz ont de m'aymer. Cependant, selon vostre conseil, je touche un mot, au dernier, d'encouragement a l'erection d'une mayson de la Congregation a Tours (note 314) ; Congregation que j'ay dedans le cœur, devant, je pense, que ni monsieur de Berule ni vous, mays Congregation dedans le cœur delaquelle je ne suis pas digne d'estre, et desirerois neanmoins bien d'avoir quelque place. Dites moy cependant, avant que je sorte de ce propos : seroit ce une grande et blasmable curiosité de desirer de sçavoir un peu plus de particularités de l'establissement et maniere de vivre d'icelle ? car voyes vous, je crains de vous le demander et j'ay peyne de m'en empescher. C'est asses a un vieux entendeur et qui m'ayme fortement.

Au reste, Monseigneur de Bazas me propose un petit travail, que je ferais des maintenant de bon cœur, recevant comm' inspiration son desir ; mais je suis encor un peu attaché a un Traitté de l'Amour de Dieu, lequel j'estimerais Piacu1um (un crime) de laisser maintenant imparfait, puisqu'il ne me faut plus que je ne sçai combien de moys pour l'envoyer au monde . Faites luy donq, je vous supplie, treuver bon l'advis que je luy presente, mais dont je ne l'ose presser, que quelqu'autre face cett'autre besoigne. Helas ! je vous asseure, mon bon Monsieur, que je suis tellement accablë d'affaires, ou plustost d'ernpeschemens, qu'a peyne puis-je derober ça et la des quartz d'heure pour employer a ces escrittures spirituelles. Or sus, salutem a tous ceux qui m'ayment, de vostre connoissance, et mille benedictions a Dieu du repos quil vous a donné en cette sainte Societé. Je suis immortellement, Monsieur, Parfaitement vostre humble serviteur et frere, FRANçs, E. de Geneve.

Vous sçaures que le bonhomme M. Nouvelet s'en est allé lethargique ; ce sera charité de le recommander a Nostre Seigneur.

X janvier 1614, a Neci.

Faites-moy sçavoir, je vous prie, le tiltre de la Congregation , affin que je sache mettre la superscription convenable; et bien humble salutation a Mlle Acarie.

A Monsieur Monsieur de Soulfour.

Revu sur l'Autographe conservé à Paris, chez les Dames de Saint-Maur.

CMLI A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET éVêQUE DE MONTPELLIER Salutations affectueuses envoyées au destinataire de passage à Lyon. - Le Saint s'excuse de ne pouvoir accepter l'invitation de prêcher à Toulouse.

Annecy, 10 janvier 1614.

Monseigneur,

Je vous vay rencontrer en esprit au passage que vous deves faire a Lion ; et ces quatre paroles vous asseureront, sil vous plait, que sil m'estoit aussi aysé de me porter moy mesme sur le lieu en effect, comm'ill'est a ce porteur, vous me verries, plein de joye et d'amour, le plus empressé de tous autour de vous. Il ny a remede, il faut accommoder nos souhaitz a nos necessités, d'ou qu'elles viennent.

J'ay toute ma vie grandement prisé la ville de Thoulouse, non pour sa grandeur et noblesse, mays, comme dit saint Chrisostome de son Constantinople (Serm. Post exil. Migne Patr. Graec.52, col.

444), a cause du service de Dieu qui y est si constamment et religieusement maintenu. Et pensés, Monseigneur, de quel cœur je voudrois les servir ; mays vous sçaves mes liens, que rien jusques a present n'a peu rompre . Sil vous plait donques respondre a la demande que vous ont faite de moy ces seigneurs de cette ville la, je vous supplie tres humblement de leur faire sçavoir que ce n'est ni faute d'estime que je face de leurs merites, ausquelz je ne sçaurois jamais correspondre, ni faute de pouvoir que vous ayes sur moy, qui suis tres entierement vostre, mays faute de pouvoir que j'aye moy mesme sur moy mesme, que je ne seconde pas leurs desirs, plus honnorables cent fois pour moy que je ne devrois praetendre.

Au demeurant, Monseigneur, quand vous seres avec le grand et parfait ami (Antoine des Hayes), resouvenes vous parfois de moy, car ce m'est un playsir incomparable de m'imaginer que ne pouvant jouir du bonheur de vostre presence, je ne laisse pas de vivre en vostre bienveuillance de tous deux.

J'escris sans loysir, mays plein de l'invariable affection que j'ay d'estre sans fin, Monseigneur, Vostre tres humble, tres obeissant frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

X janvier 1614.

Je fis response a Monseigneur de Dol des le moys passé.

A Monseigneur

Monseigneur le Rme Evesque de Montpelier.

Revu sur une copie de l'Autographe, conservée à la Visitation d'Annecy.

CMLII A LA MèRE DE CHANTAL Saint François de Sales se sent pressé d'activer la rédaction de son grand ouvrage.

Annecy, 11 janvier 1614.

Nostre interieur n'a plus de resistance ; il faut que la crainte et la paresse de l'homme exterieur cede a la volonté victorieuse de notre Maistre qui veut que, tout froid et tout glacé que je suis, j'escrive de son saint amour. Contés ce jour pour celuy auquel je commence d'y employer tous les momens que je pourray tirer de la presse de mes autres devoirs, et invoqués incessamment sur moy l'amour du divin Amant (note 317 et Année Sainte de la Visitation, tome l, p. 257).

Revu sur un ancien Ms. de l'Année Sainte de la Visitation, conservé au Monastère d'Annecy.

CMLIII A LA MêME Le Saint ménage à sa chère Congrégation la bienveillance du Conseil de Ville d'Annecy. - Pourquoi il ne veut pas qu'on demande de sa part du beau papier à M. Rolland.

Annecy, [vers mi-janvier] 1614 .

Ma tres bonne Mere, Voyla vos lettres corrigees. Il les faut faire escrire aujourdhuy , et outre cela, escrire a madame la Comtesse de Tournon , et luy faire un article par lequel vous luy dires qu'elle face prier Monseigneur de Nemours, au nom de Madame la Serenissime infante Duchesse de Mantoüe, d'escrire a messieurs du Conseil de cette ville qu'en toutes occurrences, ilz ayent vostre Congregation en speciale recommandation. Hier au soir je parlay encor a l'un des sçindiques, qui me promit de haster l'affaire le plus qu'il se pourra. Si vous n'aves pas du beau papier pour escrire, envoyes en prendre vers M. Rolland, mais a vostre nom, car si c'estoit au mien il se courrouceroit, parce que j'en ay trop despensé la semaine passee . Ma tres chere Mere, que Dieu face toute sainte, je vous donne mille fois le bonjour. Amen. Et vay travailler tant que je pourray sur le livre (TAD). Il faut attendre de plier les lettres, car François ira faire cet office comme il faut ; car je ne puis y aller moy mesme .

CMLIV A LA MêME Un triduum de prières. - Souhait d'unité.

Annecy, [vers le 20] janvier 1614 .

Voyla donq, ma tres chere Mere, ma Fille, les Pseaumes; vous en pourres prendre, ou les troys derniers pour tous les trois jours, ou varier de trois en trois pour chasque jour. Cependant, quel contentement a ma pauvre ame de vous saluer encor un peu par cett'occasion ! vous, dis-je, ma tres chere Mere, que mon ame cherit comm'elle mesme. Dieu soit a jamais l'unique ame de nostre unique vie et l'unique vie de nostr'uniqu'ame.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme Revel de Mouxy, à Brest. cmliv bis (lettre MMXXXIV du volume XXI reclassée ) (1) AU BARON PROSPER DE ROCHEFORT La douleur d'un père sur la perte de son fils, mesurée '1 son amour. Heureux ceux qui échappent il ce siècle! - Manière vraiment chrétienne de parler de la mort. - Nos amis d'ici-bas et ceux de là-haut. - Demander son secours à Notre-Seigneur crucifié.

Annecy, 20 janvier 1614(2).

Monsieur, Me representant le sentiment que vous aves eu de monsieur vostre fiIz par le ressentiment que j'en ay eu, je m'imagine qu'il a esté extreme ; car c'est la verite que me resouvenant du contentement que vous preniés a me parler l'autre jour de cet enfant, j'entray en une grande compassion quand je me representay combien vostre regret seroit douloureux a la nouvelle de son deces ; mais je n'osay pourtant vous tesmoigner ma condoleance, ne sachant pas ni que la perte fust certaine, ni qu'elle vous eust esté annoncée.

Et maintenant, Monsieur, je viens trop tard pour contribuer de la consolation a vostre cœur, lequel aura, je m'asseure, des-ja receu beaucoup de soulagement, pour ne plus demeurer au regret qu'une si sensible affliction luy avoit donné ; car vous aures bien sceu considerer que ce cher enfant estoit a Dieu plus qu'a vous, qui ne l'avies qu'en prest de cette souveraine liberalité. Que si sa providence a jugé qu'il estoit tems de le retirer a soy, il faut croire qu'elle l'a fait en faveur de son bien, auquel un pere bien cherissant comme vous, doit acquiescer doucement. Nostre siecle n'est pas si aggreable, que ceux qui en eschappent doivent estre beaucoup lamentés ; ce filz, pour luy, a, ce me semble, beaucoup gaigné d'en sortir avant presque d'y estre bonnement arrivé.

Le mot de mort est espouvantable, ainsy qu'on nous le propose, car on nous vient dire : Vostre cher pere est mort ; et : Vostre filz est mort. Et ce n'est pas bien parler entre nous autres Chrestiens, car il faudrait dire : Vostre filz, ou vostre pere s'est retiré en son païs et au vostre ; et parce qu'il le faillait, il est passé par la mort, en laquelle il n'a point arresté. Je ne sçai pas, certes, comme nous pouvons en bon jugement estimer nostre patrie ce monde, auquel nous ne sommes que pour si peu, en comparayson du Ciel, auquel nous devons estre eternellement. Nous nous en allons, et sommes plus asseurés de la presence de nos chers amis qui sont la haut, que de ceux qui sont icy bas : car ceux la nous attendent, et nous allons vers eux ; ceux cy nous laissent aller et retarderont le plus qu'ilz pourront apres nous, et s'ilz vont comme nous, c'est contre leur gré.

Que si quelque reste de tristesse pousse (3) encor vostre esprit pour le depart de cette douce ame, jettés vostre cœur devant Nostre Seigneur crucifié et demandes luy secours. Il vous le donnera, et vous inspirera la pensee et le ferme propos de vous bien preparer pour faire a vostre tour, a l'heure qu'il a marquee, cet espouvantable passage, en sorte que vous arrivies heureusement au lieu ou nous devons esperer estre des-ja logé nostre pauvre, ains bienheureux defunct.

Monsieur, si je suis exaucé en mes continuelz souhaitz, vous seres comblé de toute sainte prosperité; car c'est de tout mon cœur que je cheris et honnore le vostre, et qu'en cette occasion et en toute autre, je me nomme et dedie, Monsieur,

Vostre plus humble, tres obeissant serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

20 janvier 1614

(1) Lettre découverte tardivement et reclassée à la date voulue (2) De fausses conjectures avaient fait d'abord déplacer cette lettre, mais en l'étudiant de nouveau on a dû se convaincre qu'il n'y a pas de raison suffisante pour contester la date de 1614 donnée par les précédentes éditions. L'enfant dont le Saint déplore ici la perte pourrait bien être Prosper, fils de Prosper de Menthon-Rochefort (L9, note 303) et de Philiberte-Emmanuelle de Genève, sa première femme ; il mourut à Turin, page du duc de Savoie. Remarquons, en effet, que le texte indique que le décès s'est produit loin du père, et que le défunt, bien que tout jeune encore, est cependant appelè : " monsieur vostre filz. " (3) Ne faudrait-il pas lire presse ?

CMLV A LA MERE DE CHANTAL Plusieurs visiteurs ont empêché le Saint d'aller voir la Mère de Chantal. Il se promet de célébrer avec elle, le lendemain, l'anniversaire de sa naissance et de dire la Messe à la Visitation.

Annecy, 22 janvier 1614 .

Que diray-je plus ma tres chere Mere ? En somme, il faut acquiescer a la Providence de Dieu en ces petitz momens quil faut employer tantost en ceci, tantost en cela, au prejudice de l'extreme desir que j'ay de voir ma pauvre tres chere Mere. J'allois : M. Flocard et M. de Conflens me sont venu parler de vos affaires. Quand ilz m'ont laissé, j'alloys de rechef; il m'a falu arrester avec les deputés d'un Monastere qui est de ma charge, qui me sont venu proposer leurs necessités pour continuer leur reforme. Quel moyen de refuser cette si bonne audience a des gens qui viennent pour Dieu, et de deux journees loin, pour une si bonne affaire ? Le cœur de ma Mere, comme le mien propre, se fut courroucé et mutiné si, pour tel sujet, je n'eusse renoncé a son contentement qui est le mien mesme.

Mays demain, o c'est le jour de sainte Emerentienne et de la naissance de ma Mere ; Dieu ne permettra pas que je sois ainsy retenu, car mesme j'ay a conferer avec elle de choses qui sont pour son Amour divin (lettre 952) et asseurer la partie. Il faut aller dire la Messe pour cette Mere aupres d'elle, et elle l'oüyra cordialement des sa chambre , affin qu'elle et moy, d'un cœur, d'un esprit et d'un'ame, offrions a sa divine Majesté la suite de nostre vie, pour consacrer a son service tous les instans qui nous en restent. Cependant, je vay a la priere que nous esperons de convertir bien tost en action de graces pour la paix . Bonsoir, ma tres chere M.ere; reposes bien nostre cœur sur la poitrine de nostre Sauveur. Amen.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de San Remo (Italie).

CMLVI AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er Le Duc ayant agréé le projet de confier aux Barnabites le collège de la ville, est supplié de le faire réussir.

Annecy, 25 janvier 1614.

M.onseigneur,

L'esperance que ce peuple de Neci et de Genevoys a conceüe de voir ce college , qui est maintenant presque en friche, remis a la Congregation des Peres Barnabites , n'a ni rayson ni fondement que sur la bonté paternelle de Vostre Altesse Serenissime, laquelle en a eu aggreable le projet , non seulement par ce quil estoit propre pour le proffit publiq temporel de ses tres humbles sujetz, mais aussi pour l'utilité quil rapporteroit au salut des ames. A cett' occasion, Monseigneur, je supplie de rechef Vostre Altesse Serenissime, en toute humilité, de le faire puissamment reuscir a la gloire de Dieu , que je prie incessamment la vouloir a jamais prosperer, et suis, Monseigneur, Vostre tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et servi teur, FRANçs, E. de Geneve.

A Neci, le xxv janvier 1614.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

CMLVII A M. PHILIPPE DE QUOEX La réforme de Talloires et l'affaire de Mme des Gouffiers, - Nouvelles et commissions pour Rome. - Instructions à suivre dans une négociation auprès des Congrégations romaines.

Annecy, 27 janvier 1614.

Monsieur,

Mais je vous remercie infiniment de la douceur avec laquelle vous recevés mes intentions qui, en verité, ne sont que sinceres et de servir nostre commun Maistre. Mays c'est trop dit entre nous qui, a mon advis, nous connoissons trop bien l'un l'autre, pour avoir besoin ni d'excuses, ni de paroles en telles occurrences.

J'ay receu la lettre de Monseigneur le Cardinal Borghesio , et on ne touche nullement au proces despuis vostre despart . Mgr le Nonce me commanda de luy dire au vray l'estat present du monastere de Talloyre, ce que j'ay fait tant quil m'a esté possible C'est maintenant a la providence de Dieu de decretter, et a nous d'attendre en paix et reverence ce quil luy plaira de faire reuscir, avec resignation de nostre volonté en la sienne tressainte.

J'escris pour l'affaire de Mme de Gouffier , une lettre au Cardinal Bellarmin , un' autre au Cardinal Lante , qui sont deux colonnes de mes esperances pour toutes les affaires de deça, et la 3e a la Congregation de Vescovi . Celle du grand Cardinal Bellarmin est fort ample, et peut estre trop ; vous pouves, sil vous plait, en extraire un memorial pour presenter au Cardinal Lante et a la Congregation. Que si Dieu gratifie cette bonne ame, je pense quil sera a propos de faire commettre ou Monseigneur de Maurienne , ou monsieur l'Abbé d'Abondance , ou moy, séparément, afin que l'un intervienne à défaut de l'autre (en latin).

Par le premier, Dieu aydant, je vous escriray pour la visitation des eglises des Apostres et vous envoyeray l'Estat de cette Eglise . A Thonon, tout est appaysé et ni a plus de mal qu'a Cervens . Nous avons receu les Indulgences avec grand applaudissement. (en latin), et ces bonnes Dames vous en sont infiniment obligees , ainsy que nous vous dirons a vostre retour.

Puisque vous me parles du P. Monet , je vous prie de le saluer de ma part et, par son entremise, le P. Richeome ; et vous suppliant de ne point perdre courage en l'affaire de Mme de Gouffier, je demeure de tout mon cœur, Monsieur,

Vostre plus humble tres affectionné confrere,

F., E. de Geneve.

XXVII janvier 1614.

Pour M. de Syrvinges , qui pourrait obtenir une licence quil demeurast hors du monastère (en latin), cela suffiroit ; Monsieur l'Evesque de Mascon luy promet de l'assister de ses recommandations. Il y a une lettre de monsieur l'Abbé d'Abondance au P. Benedetto Justiniano, en faveur de l'affaire de Mme de Gouffier ; mais il faudra, sil vous plait, l'instruire et l'employer es occurrences. C'est un Pere fort courtoys et qui, comme je pense, pourra beaucoup .

Verte folium .

Il faudra donq bien observer ces troys pointz : le 1er, de faire que l'on commette en ces pays-ci, attendu que cette dame s'y trouve maintenant, et à cent lieues du Paraclet , qu'elle est de petite complexion, que c'est au Paraclet qu'elle subit une premiere contrainte, ce qui se renouvellerait encore une seconde fois, car madame l'Abbesse est très puissante. (en italien).

Le 2, c'est que il faut que ladite dame de Gouffier soit delivree de l'obligation de sa profession, affin que, selon son desir, elle puisse estre receue en la Congregation de la Visitation, laquelle, bien que ce ne soit pas une Religion formelle, est neanmoins une mayson de fort bonne discipline et propre pour cette personne ; puisqu'ell'est d'ailleurs de si petite complexion, qu'elle ne pourroit porter l'austerité ni de Sainte Claire ni des Carmelines, ni d'autres Religions formelles esquelles on fait des grandes veillees, des grandes abstinences et autres mortifications et aspretés corporelles qui requierent une entiere santé.

Le 3, il faut bien honnestement remonstrer qu'au Paraclet, ces Dames ont toutes leurs maysons a part, et madame l'Abbesse aussi, avec des trains d'hommes et de femmes, sans Regle, sans clausure, sans methode ni discipline quelcomque.

Le reste se verra dans les lettres qu'a cett'intention je vous envoye ouvertes. Envoyez un homme sage et complaisant, et ne dites rien. (en latin). Tenes conte des portz, car tout sera ramboursé, Dieu aydant. Encor qu'en la lettre de la Congregation je parle quil seroit plustost expedient de changer le vœu, neanmoins je sçai bien que cela ne se fait pas ; mais c'est pour monstrer la necessité de cett' ame, a laquelle il seroit expedient de plustost changer le vœu que de la laisser sans remede. Vous mesnageres le tout, car j'ay escrit a la haste et a cause du passage du courrier, et en un langage que je ne possede pas trop bien . Je ne sçai sil seroit point expedient de faire voir mes lettres au Pere Benedetto Justiniano. Vous consideres (sic) le tout avec la grace de Dieu, que je vous souhaite de tout mon cœur. Amen,

A Monsieur

Monsieur de Ste Catherine ,

Revu sur l'Autographe conservé à la Bibliothèque communale d'Amiens.

MéMOIRE POUR M. PHILIPPE DE QUOEX CONCERNANT MADAME DES GOUFFIERS (FRAGMENT)

………………………………………………………………………………………. Il faut bien faire entendre comme non seulement avant que de faire la profession, elle protesta de la force et violence que sa mere luy faysoit, et que par cette crainte seulement, et non de volonté, elle faysoit ladite profession, qu'elle desiroit estre declaree nulle en tems et lieu ; dont il y a acte par deux notaires. Mays aussi, despuis, elle a protesté devant plusieurs personnes de qualité , a diverses fois, qu'elle ne se tenoit nullement pour Religieuse et ne vouloit l'estre. Mais la crainte de sa mere durant, elle n'ose se retirer, ni procurer ses expeditions. Item, comme ce qu'elle s'est esloignee de sa mere luy a donné liberté de recourir a la justice du Saint Siege. Que l'Abbesse du Paraclet est une grande dame qui tient grand train (note 362), et le monastere en lieu champestre, qui ne reconnoist aucun superieur ; de sorte que si la suppliante alloit la, elle seroit forcee, et par sa mere naturelle et par l'Abbesse, d'y demeurer, et empescheroit on la verification de ses allegations, laquelle se fera mieux, plus solidement et plus facilement par l'Ordinaire du lieu ou ell'est . ……………………………………………………………………………..

CMLVIII A MADAME DE LA VALBONNE Il ne faut jamais cesser de coopérer de son mieux au salut du prochain. Comment aborder une âme pécheresse et avec quel sentiment. - Le moindre brin du divin amour, préférable à tous les trésors du monde.

Annecy, 5 février 1614 .

Je vous escris subitement, ma tres chere Niece, sur le sujet que vous me touchastes dernierement, parce que n'ayant pas eu de porteur d'asseurance, je n'avois pas voulu vous faire responce a ce point la.

Cette pauvre miserable Bellot a une ame qui ne veut point estre corrigee par censures, car elles ne luy ont pas manqué au commencement de ses vanités, cause de sa ruine ; et la bonne Mere de Chantal n'a rien espargné de ce qu'elle pouvait penser estre propre pour l'en retirer , prevoyant bien que cette humeur vaine la porteroit plus loin que pour lhors elle ne s'imaginait.

Neanmoins, on ne sçait pas les conseilz de Dieu, et ne faut jamais cesser de cooperer au salut du prochain en la meilleure façon que l'on peut. Si donques vous pouvies parler a cette chetifve creature, la prenant un peu doucement et amoureusement, luy remonstrant combien elle seroit heureuse de vivre en la grace de Dieu, l'enquerant si, quand elle [y] a vescu lhors qu'elle vint en cette ville, elle n'estait pas plus ayse que maintenant, et passant ainsy tout bellement a luy representer son malheur, je pense que cela la pourroit toucher. Mais il faut tesmoigner que vous estes portee d'amour envers elle, et que vous n'aves point eü horreur de son malheur. Or, quand vous ne feries que luy faire faire un bon souspir, Dieu en sera glorifié. Mais je croy bien que vous aures de la peyne a treuver la commodité de faire a propos cet office qui requiert beaucoup de loysir ; car on nous dit qu'elle est gardee fort soigneusement. 0 que de misericordes Dieu fait aux ames qu'il retient en sa tres sainte crainte et en son divin amour ! Mieux vaut le moindre brin de ce tresor, que tout ce qui est au monde.

Vives tous-jours toute a ce souverain Bien, ma tres chere Fille; c'est la priere ordinaire de Vostre tres humble oncle et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Le jour de sainte Agathe.

CMLIX A M. CLAUDE DE BLONAY Affaires d'argent. - Reconnaissance du Saint pour un service que lui a rendu Mgr Gribaldi. - Nouvelles et messages.

Annecy, 8 février 1614.

Monsieur,

J'ay fait delivrer au sieur curé de Massongier , present porteur, le reste de l'argent que mes freres et moy devions a Monseigneur l'Archevesque mon pere , pour celuy quil avoit fait delivrer a Paris pour nous . Or, je vous supplie de prendre la peyne de le conter et donner, et de retirer nostre obligation pour la nous renvoyer a la premiere bonne commodité, avec le solvit. Item, de bien faire mes excuses s'il y a eü quelque sorte de manquement au tems, et de luy bien faire sentir combien je me sens obligé a sa faveur. Je sçay que je ne pourray jamais luy rendre aucun service de l'espece de ce bon office quil m'a fait (aussi bien saint Paul dit (2 Co 12,14) que les enfans ne doivent pas thesaurizer pour les peres, ouy bien les peres pour les enfans ; mais si en quelque nature de service, et en celuy ci encor, je pouvois me revancher, je le ferois tres affectionnement. Nous avons icy monsieur vostre Prieur avec lequel nous avons des aujourdhuy fait une bonne conference . Nous en ferons une a part, monsieur l'Abbé et moy, et puis nous conclurons, et je pense que vous aures du contentement. J'escris au bon monsieur l'advocat de Blonnay suivant la resolution prise l'autre jour (voir plus loin). On m'a dit que la bonne Mme du Foug estoit malade ; a vostre premiere commodité, je vous prie de m'en faire sçavoir quelque chose, car j'en suis en peyne, et prie Dieu quil la benisse et nous aussi. Je suys, Monsieur,

Vostre plus humble confrere,

FRANçs, E. de Geneve.

VIII febvrier 1614.

A Monsieur [Monsieur ] de Blonnay. A St Paul. Je n'ay pas escrit la lettre a monsieur l'advocat, mentionnee en la presente .

Revu sur l'Autographe conservé au château de Marin (Chablais), Archives de Blonay.

CMLX A MONSEIGNEUR HILDEBRAND JOST éVêQUE NOMMé DE SION (MINUTE) Regrets sur la mort d'Adrien de Riedmatten, évêque de Sion; éloge de son zèle et de ses vertus. - Les airs de deuil transformés en chants d'allégresse à l'élection de Mgr Jost, - François de Sales lui offre son concours pour la cérémonie du sacre. - Promesse d'entier dévouement.

Annecy, 22 février 1614

Illustrissime, Révérendissime et très honoré Seigneur dans le Christ, C'est d'une très profonde et particulière tristesse que mon âme a été saisie et affligée à la mort de l'Illustrissime et Révérendissime Mgr Adrien, votre prédécesseur , non seulement à cause de l'honneur que je portais à un tel Prélat et de la bienveillance dont il m'honorait en retour, mais principalement à cause de la perte prématurée que vient de faire, d'un si excellent Prince et Pasteur, la célèbre église de Sion et tout le pays de Valais, en un temps si fâcheux; car, selon nous, en fait de zèle et d'habileté pour défendre la religion des ancêtres et pour propager la foi catholique, l'Evêque défunt n'avait pas son pareil.

Mais dès que nous eûmes appris la promotion de Votre Illustrissime et Révérendissime Seigneurie, par un vénérable chanoine de votre église qui était venu ici pour une Ordination , et qu'il nous eût dit, avec force détails, les très riches qualités de votre éminente personne, notre tristesse alors se changea en joie (Jn 16,20 ; Jb 30, ult))

et nos airs de deuil en des chants d'allégresse. Nous rendîmes à Dieu de grandes actions de grâces de ce qu'il n'avait pas laissé sa lampe s'éteindre en Jérusalem, et de ce qu'il avait remplacé le père par le fils, pour l'établir sur cette cité de Sedunum, que nous appelons Sion.(2 R 21, 17 ; 3 R 11,36 ; 15,4).

Aussi, par nos amis (entre lesquels le noble seigneur de Quartery tient un des premiers rangs depuis longtemps), j'ai adressé mes félicitations à Votre Illustrissime et Révérendissime Seigneurie, et vous, Monseigneur, à votre tour, vous m'avez envoyé vos très cordiales salutations par l'illustre et Révérendissime Abbé de Saint-Maurice.

Ainsi donc, Illustrissime et Révérendissime Prélat, l'amitié de votre prédécesseur envers moi, qui paraissait éteinte, va revivre et durer plus assurée et plus confiante que jamais. J'en ai pour garant vos sympathies, que me témoigne votre lettre, et le désir extrême que j'ai d'y correspondre. Pour moi, je puis vous promettre un dévouement très fidèle à votre personne et à vos intérêts. Vous pouvez compter sur moi, non seulement pour tous les services fraternels qui dépendent de notre commune vocation, mais encore pour le concours empressé que vous attendriez d'un très dévoué et très humble serviteur. Si donc Votre Illustrissime et Révérendissime Seigneurie a besoin de moi pour sa consécration , ou suivant l'occasion, pour n'importe quel autre service, que ce soit pour son utilité personnelle ou pour celle des siens, elle me trouvera toujours prêt et disposé à lui faire plaisir.

Cependant, je ne cesserai de demander avec instance à notre 'Seigneur et Sauveur qu'il vous envoie le secours d'en-haut, pour conduire heureusement votre vaisseau parmi les furieuses tempêtes déchaînées contre lui, jusqu'au port désiré de la paix et de la bienheureuse piété.

De Votre Illustrissime et Révérendissime Seigneurie, Le très humble frère et serviteur dans le Christ, FRANçOIS, Evêque de Genève.

Annecy en Genevois, le 22 février 1614.

AUTRE MINUTE DE LA LETTRE PRéCéDENTE

Une profonde et particulière tristesse s'est emparée de moi à la mort de l'Illustrissime Mgr Adrien, prédécesseur de Votre Seigneurie Révérendissime et Illustrissime, non seulement pour le respect que je portais à un tel Prélat, ou pour la bienveillance dont il me gratifiait en retour, mais surtout parce que l'Eglise de Sion et tout le pays du Valais demeuraient privés d'un si excellent Prince et Pasteur. A notre avis, parmi ceux qui lui survivent, personne ne pourrait lui être comparé pour le zèle et l'habileté, soit pour défendre la religion des ancêtres, soit pour propager la foi catholique.

Mais en apprenant la promotion de Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime par un révérend chanoine de votre Eglise, qui nous a dit aussi de quels dons le Dieu tout-puissant a comblé abondamment votre Révérendissime personne, notre tristesse s'est changée en joie (Jn 16,20) ou, afin de parler comme la Sainte Ecriture, en cytbare,(Jb 30,ult) rendant à Dieu de grandes actions de grâces de ce qu'il n'avait pas éteint sa lampe en Jérusalem,(2 R 21,17 ; 3 R 11,36 ; 15,4) mais de ce qu'il avait fait naître à la place des pères un fils, pour l'établir chef sur tout ce pays (Ps 44,17) ;

en même temps, nous avons songé à vous adresser tous nos vœux de bonheur et de salut.

C'est alors que, par des amis (au nombre desquels M. de Quartery tient depuis longtemps la première place), nous avons fait parvenir nos félicitations à Votre Révérendissime Seigneurie, mais déjà le très illustre et Révérend Abbé de Saint-Maurice nous avait, par lettre, salué de votre part.

Ainsi, Illustrissime et Révérendissime Prélat, l'amitié de votre prédécesseur, qui me paraissait brisée pour toujours, va revivre plus ferme et plus suivie que jamais, si j'en juge par les sympathies que témoigne votre lettre. Pour moi, me voici désormais tout dévoué à votre personne et à vos intérêts, je vous en fais la promesse.

Vous pouvez attendre de moi, non seulement les services fraternels qui dépendent de notre commune vocation, mais encore l'assistance la plus humble et la plus dévouée que vous désireriez du plus fidèle et du plus attaché des serviteurs. Qu'il s'agisse de la cérémonie du sacre de Votre Illustrissime Seigneurie, ou de donner secours à votre peuple, suivant l'occasion, par le ministère de nos prêtres, autant que cela dépendra de nous, je vous l'assure, vous me trouverez toujours prêt et tout empressé.

En attendant, je continuerai avec plus d'instance ce que j'ai fait jusqu'à présent, en vous souhaitant, de Dieu notre Sauveur, le secours d'en-haut,(Ps 19,3) afin que, confirmé par l'esprit de force,(Ps 1,14) vous conduisiez heureusement votre vaisseau parmi les redoutables tempêtes qui l'assaillent, au port désiré de la paix et de la bienheureuse piété.

Revu sur l'autographe conservé à la Visitation de Turin

CMLXI A M. CLAUDE DE BLONAY Une entrevue jugée nécessaire.

Annecy, 27 février 1614.

Monsieur,

Je loüe Dieu dequoy vous viendres, car cela sera a propos pour arrester toutes choses avec le bon M.. le Prieur , lequel ne desire pas retourner en Chablaix. Mays je vous en ay escrit plus au long par le sieur Jaquart . Cependant, aymes moy tous-jours, et sachés que personne du monde n'est plus que moy, Monsieur, Vostre humble tres affectionné confrere serviteur, F., E. de Geneve.

XXVII febvrier 1614.

A Monsieur

Monsieur de Blonnay,

Prefect de la Ste. Mayson. A Thonon.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. le comte de la Fléchère, à Saint-Jeoire (Haute-Savoie).

CMLXII A M. ANTOINE DES HAYES Entremise du Saint pour l'une de ses parentes. - Son aversion pour les affaires d'intérêt. - Passage à Chambéry du Cardinal d'Est.

Annecy, 17 mars 1614.

Monsieur,

C'est a tous propos, et pour cela presque hors de propos, que je vous importune des occurrences qui me viennent ; mays la faveur de vostre bienveuillance m'asseure. Je vous. supplie de prendre la peyne de voir le memorial ci joint, et de considerer .si on pourroit en quelque sorte faire ressentir a madame d'Angoulesme l'obligation qu'ell'auroit de tenir compte a la seconde seur de la damoyselle de Charansonay , de la moytié de la legitime de sa mere ; car, selon l'advis que vous prendres la peyne, si! vous plait, de m'en donner, je verray si ce sera chose qui se puisse entreprendre. Or, la damoyselle qui praetend est ma parente, et pour me porter encor davantage, elle me veut donner la moytié de ce qu'elle pourroit avoir, pour estre employee en œuvres pies .Mays pourtant, j'ay une telle aversion de telles affaires, que sinon quil y eut grande apparence et de la facilité, je ne voudrois pas y penser. Je vous supplie donq, Monsieur, de me faire la grace que de me faire sçavoir si, toutes choses considerees, c'est une praetention digne d'estre relevee. Je vous escrivis il ny a que trois jours, et a Mme de Charmoysi, qui me retiendra de vous entretenir davantage, estant mesmement pressé du depart de ce jeune gentilhomme qui, par sa courtoysie, m'offre bien de retarder, mais il n'est pas raysonnable. Je suis a jamais, et par mille sorte de devoir (sic), Monsieur,

Vostre tres humble serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

XVII mars 1614.

Monsieur, je salue tres humblement madame vostre femme et suis son tres humble serviteur. Monsieur de Charmoysi est a Chambery, ou il est rendu pour le passage du Cardinal d'Est , et se porte fort bien ; qui est tout ce que je pourrais dire de plus aggreable a Mme de [Charmoysi sa femme, ma cousine,] que je salue icy [avec vostre permission .] A Monsieur

Monsieur des Hayes, Maistre d'hostel du Roy,

Gouverneur de la ville et chasteau de Montargis.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Chartres.

CMLXIII A LA MèRE DE CHANTAL Le texte des Litanies de saint Joseph, revu, corrigé et accentué par le Fondateur de la Visitation.

Annecy, 19 mars 1614.

Ma tres chere Fille, Voyla les Litanies du glorieux Pere de nostre Vie et de nostre Amour . Je croyois de vous les envoyer escrittes de ma main ; mais, comme vous sçavés, je ne suis pas a moy. J'ay neanmoins pris le loysir de les revoir, de les corriger et d'y mettre les accens, affin que nostre fille de Chastel ayt plus de facilité a les chanter sans y faire des fautes. Mais vous, ma Fille, qui ne pourrés pas chanter les louanges de ce Saint de nostre cœur, vous les ruminerés, comme l'Espouse, entre vos dens (Ct 7,9 ; TAD liv 6, ch 2); c'est a dire, que vostre bouche estant close, vostre cœur sera ouvert a la meditation des grandeurs de cet Espoux de la Reyne de tout le monde, nommé Pere de Jesus (Lc 2,48), et son premier adorateur apres sa divine Espouse .

Revu sur un ancien Ms. de l'Année Sainte de la Visitation, conservé au 1er Monastère d'Annecy.

CMLXIV A MADAME DE LA VALBONNE (FRAGMENT) Pourquoi l'intercession de saint François de Paule est propice à l'espérance des mères.

Annecy, [2 avril] 1614.

………………………………………………………………………… J'ay mille fois pensé pourquoy les fideles invoquent cet admirable vierge et austere hermite pour avoir des enfans, et en fin j'ay creu que, parce qu'il a tant aymé la simplicité, la petitesse et les petitz, Dieu accorde ordinairement des petitz enfans a ses devotz, quand ilz les demandent dans l'esprit du Saint, pour la gloire de Dieu, le salut des ames et la paix des familles. ………………………………………………………………………….

Revu sur un ancien Ms. de l'Année Sainte de la Visitation, conservé au 1er Monastère d'Annecy.

CMLXV A UN GENTILHOMME (BILLET INéDIT) Remerciements pour un envoi de venaison.

Annecy, 12 avril 1614.

Monsieur,

Je vous remercie humblement de vostre souvenance et de la venayson, loüant Dieu de vostre guerison, que je vous souhaiteray tous-jours longue et heureuse, puisque de tout mon cœur je suis, Monsieur,

Vostre plus humble tres affectionné,

FRANçs, E. de Geneve.

XII avril 1614.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. le comte de Menthon, au château de Menthon (Annecy).

CMLXVI A MADAME DE LA FLéCHèRE Une lettre recommandée.

Annecy, 12 avril 1614.

Cette lettre, ma tres chere Fille, vous est recommandee, ne sçachant a qui mieux en faire l'addresse a cause du passage du cousin . Je n'ay encor peu voir la bonne Mere , ni presque respirer . Dieu vous comble de son tres saint amour, et je suis, Ma tres chere Fille, Plus que vostre tres humble ,

12 avril 1614,

CMLXVII A LA MèRE DE CHANTAL (INéDITE) Deux plans proposés pour la première église de la Visitation, - Le saint Fondateur désire " une petite eglisette bien façonnee. "

Annecy, [vers le 14 avril] 1614 .

L'eglise serait plus belle dehors, le cœur (sic) estant sur la riviere, avec le presbitere ; la faysant dedans, il faudra chercher place ailleurs pour une cave pour retirer le bois et pour toutes les commodités que le bas estage de la tour pouvoit fournir , Vostre cœur sera dautant moins propre a la santé quil sera plus bas, et faudra une grande descente pour y venir des le dortoir. Vostre dortoir ne sera pas de plain pied, et en somme, il me semble qu'il y aura bien de la peyne d'egaler la bienseance et commodité de l'un des desseins a l'autre. Il est vray que le dernier proposé sera d'abord de moindre despense et plus promptement executé. Je dis d'abord, par ce qu'en fin il faudra despendre pour faire les commodités domestiques hors de la tour, qu'on avoit projetté de faire dans icelle. Pour moy, j'aymerois mieux une petite eglisette bien façonnee dehors, que ce grand et inutile vaste dedans . Toutefois il n'est pas raysonnable que mon opinion soit suivie, car je n'entens rien en tout cela ; ouy bien a cherir pretieusement ma tres chere et tres bonne Mere comme moy mesme. Que Dieu soit a jamais emmi son cœur et le mien. Amen. C'est pour obeir que j'escris ceci.

Revu sur l'Autographe conservé chez les RR. PP. Missionnaires de Saint-François de Sales, à Annecy.

CMLXVIII AUX CHANOINES DE LA COLLéGIALE DE SAINTE-MARIE DE SAMOENS Les statuts du Chapitre de l'église cathédrale d'Annecy doivent servir de type à la collégiale de Samoëns.

Annecy, 22 avril 1614.

Messieurs,

Conferant avec M. vostre Doyen sur le reglement du service et affaires de vostre eglise, j'ay jugé quil falloit que vous eussies une copie des statutz de nostre cathedrale pour, sur iceux, former les vostres entre vous, et par apres en venir icy traitter avec moy. Il vous expliquera plus amplement mon intention, qui me fera finir la presente me recommandant a vos prieres et disant, Messieurs,

Vostre plus humble tres affectionné confrere,

FRANçs, E. de Geneve.

22 avril 1614.

A Messieurs

Messieurs du Chapitre de Samoen.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. Riondel, à Samoëns (Haute-Savoie).

CMLXIX A MADAME D'ESCRILLES Compassion et consolation du Saint. - Etre sur la croix, grâce insigne pour les âmes dédiées à Dieu.

Annecy, 30 avril 1614.

L'autre jour que la bonne madame de Treverney fut icy, je sceu plus amplement la varieté des travaux parmi lesquelz vous vives, ma tres chere Seur, ma Fille, et certes, j'en eu de la compassion, mais plus de consolation encores, sur l'esperance que j'ay que Dieu vous tiendra de sa main et vous conduira (Ps 72,24), par ce chemin qu'il a frayé, a beaucoup de perfection; car je veux croire, ma chere Seur, que vous voulés demeurer eternellement liee a la tressainte volonté de cette divine Majesté et que vous luy aves consacree toute vostre vie. Et cela estant ainsy, quelle grace d'estre non seulement sous la croix, mais sur la croix, et au moins un peu crucifiee avec Nostre Seigneur ! Ayes bien courage, ma chere Seur, convertisses la necessité en vertu, et ne perdes pas l'occasion de bien tesmoigner vostr'amour envers Dieu parmi les tribulations, ainsy quil tesmoigna le sien envers nous parmi les espines. Mon ame souhaite le comble de toute sainteté a la vostre, et suis d'un'affection invariable, Vostre humble, tres affectionné frere et serviteur, F., E. de Geneve.

xxx avril 1614.

Ce porteur va prendre M. de Charmoysi a une journee de Mascon.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Reims.

CMLXX AU ROI DE FRANCE, LOUIS XIII (MINUTE) Remerciement au Roi pour une aumône promise à l'église de Gex.

Annecy, [février-mai] 1614 .

Sire,

Rien n'est caché a la chaleur du soleil (Ps 18,7) en ce monde; rien n'est non plus esloigné du soin des bons Rois en leurs monarchies. C'est pourquoy Vostre Majesté a regardé l'eglise de Gex, qui est sur le fin bord du royaume, et la voyant extremement miserable, luy a ordonné aumosne de trois cens escus ; pour laquelle je vay maintenant en esprit, avec tous les Catholiques de ce lieu-la, en faire action de graces a vostre charité royale, Sire, laquelle nous supplions en toute humilité nous vouloir donner la jouissance de ce bienfait duquel nous avons des-ja la concession, pour laquelle nous implorerons a jamais la souveraine bonté de Nostre Seigneur qu'elle conserve et prospere Vostre Majesté en l'abondance des graces celestes. C'est le souhait perpetuel, Sire, De vostre tres humble et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

CMLXXI A LA MèRE DE CHANTAL Impressions rétrospectives de l'Evêque de Genève à propos de l'ostension du saint Suaire. - Ce qui lui vint au coeur de dire au Cardinal de Savoie. Une recette de :Mm. de Boisy. - La mort, source de la vie nouvelle.

Annecy, 4 mai 1614.

En attendant de nous voir, ma tres chere Mere, mon ame salue la vostre de mille et mille souhaitz. Que Dieu la remplisse toute de la vie et mort de son Filz Nostre Seigneur !

J'estois il y a un an, et environ ces heures, a Turin (note 5), et monstrant le saint Suaire parmi un si grand peuple, plusieurs gouttes de la sueur qui tomboit de mon visage rencontrerent dedans le saint Suaire mesme (note 5) ; et nostre cœur, sur cela, fit ce souhait: Hé, playse vous, Sauveur de ma vie, mesler mes indignes sueurs avec les vostres, et destremper mon sang, ma vie, mes affections dedans les merites de vostre sacree moiteur !

Ma tres chere Mere, le Prince Cardinal se cuyda fascher dequoy ma sueur degouttoit sur le saint Suaire de mon Sauveur ; mais il me vint au cœur de luy dire que Nostre Seigneur n'estait pas si delicat, et qu'i1 n'avait point respandu de sueur ni de sang que pour les mesler avec les nostres, affin de leur donner le prix de la vie eternelle. Ainsy puissent nos souspirs s'allier aux siens, affin qu'ilz montent en odeur de suavité devant le Pere eternel.

Mais dequoy me vay-je souvenir ? J'ay veu que quand mes freres estoyent malades en leur enfance, ma mere les faysoit coucher dans la chemise de mon pere, disant que les sueurs des peres estoyent salutaires aux enfans. 0 que nostre cœur se couche, en cette sainte journee, dans le Suaire de nostre divin Pere, enveloppé de ses sueurs et de son sang;

et que la, il soit, comme [à] la mort mesme de ce divin Sauveur, enseveli dans le sepulchre d'une invariable resolution de demeurer tous-jours mort en soy mesme jusques a ce qu'il resuscite en la gloire eternelle. Nous sommes ensevelis, dit l'Apostre (Rm 6,4), avec Jesus Christ en la mort d'iceluy, affin que nous ne vivions plus de la vielle vie, mais de la nouvelle. Amen.

FRANçS, E. de Geneve

Le 4 may 1614.

CMLXXII A MADAME DE LA FLéCHèRE Etre toute sainte : ce que renferme ce bref souhait. - La valeur d'une once de douceur durant un procès. - Une heureuse naissance.

Annecy, 5 mai 1614.

Je vous escris un billet par ce que c'est sans loysir, a cause quil me faut escrire en beaucoup de lieux. C'est seulement aussi pour vous saluer cherement, ma tres chere Fille, que mon cœur souhaite toute sainte, et par consequent toute tranquille, toute juste, toute douce en la poursuite que vous aves a faire maintenant , sachant bien qu'une once de douceur et de charité emmi le soin d'un proces en vaut dix mille parmi les ordinaires occupations. La chere niece est accouchee heureusement d'un gros garçon, bien nourri et fort vif , et delivree de sa fievre et de ses autres incommodités. Nostre seur la Religieuse la doit venir voir, elle sera bien ayse de treuver tout fait. Ma tres chere Fille, je suis parfaitement tout vostre. Je n'oublieray pas le rafraischissement de la recommandation que le cher mari desire.

Le 5 may 1614, a Neci.

A Madame

Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

CMLXXIII AU COMTE PROSPER-MARC DE TOURNON Gratitude et félicitations. - Un Théatin célèbre du temps, orateur et écrivain.

Annecy, 10 mai 1614.

Je vous remercie tous-jours parce que tous-jours vous me favorisés, et je vous remercieray encor tous-jours parce que je ne veux estre tout a fait ingrat, ni je ne puis autrement tesmoigner que je ne [le] veux pas estre. Je loüe Dieu de l'heureux retour de Leurs Altesses et du contentement que vous receves de leurs faveurs, qui sont donnees a vostre zele pour vostre service et dont vous aves rendu de si bonnes preuves ci devant. Vous me rendes trop glorieux, Monsieur, de me promettre l'honneur de la bienveuillance de ce rare ambassadeur de Dieu, qui a si bien traitté des affaires celestes a Saint Jean le Caresme passé , et de me faire esperer la veuë de son Ajo deI Christiano, livre qui, par le nom de son autheur et par son tiltre, ne promet rien moins que la perfection de son espece . Cependant vous nous laissés entre l'attente et la crainte de vostre retour soudain et de vostre plus long sejour. Comme que ce soit, Dieu vous comble de prosperité, avec madame ma cousine et tout ce qui vous est plus cher, et j'ay l'ordinaire honneur, Monsieur, d'estre Vostre tres humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

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