Lettres (page 30)

François de Sales · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Lettres, tomes 1 à 11 (édition d'Annecy) · 55 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

MCCXCV bis (lettre MCCCXL du volume XXI reclassée)-

A LA PRéSIDENTE DU FAURE - Souhait paternel à une âme que la Bonté divine a " saysie ". - Bonheur pour elle d'être toute à Dieu. - Pourquoi elle ne doit pas s'attrister…………………………………………………227

MCCXCVI - A Mme COTTIN (Inédite). - Assurance de paternelle affection. – " Se mortifier et faire tontes choses selon la volonté de Dieu " ……………………………………………………227

MCCXCVII - Au PRéSIDENT FAVRE (Inédite). - Une aspirante à la Visitation. - Mortalité à Chambéry …………………………………………………………………………………..228 MCCXCVIII - A M. MILLETOT. - Le Saint prie son ami d'appuyer une requête fondée " sur la pieté et la justice. " - M. de Charmoisy grand maître de l'artillerie. - Engagement pour le prochain Carême à Grenoble………………………………………………………………………………….229

MCCC - A LA COMTESSE DE SAN SECONDO. - A quelles âmes François de Sales dédiait volontiers son service. - Envoi des Règles de la Visitation. - Une instance en Cour de Rome.- Assurance de prières pour la Maison de Savoie…………………………………………………………..231

MCCCI - A LA PRéSIDENTE LE BLANC DE MIONS. - Agir et parler sans regard sur le qu'en dira-t-on. - Est-ce hypocrisie " de ne pas faire si bien que l'on parle ? " - Marcher " par le milieu des belles vertus, " et non " par les extremités " des subtilités. - Différents conseils sur quelques points particuliers et sur l'oraison. - La vocation de Mlle de Gérard. - Pourquoi les livres du Saint "ont treuvé de l'acces " en l'esprit de la Présidente. -Salutations à plusieurs dames de Grenoble. - Une triste affaire. -Folie des enfants du monde ………………………………………………...233

MCCCIII - Au Duc DE SA VOIE. - Indifférence de l'Evêque de Genève pour le choix de la ville où il doit prêcher. - Le bon plaisir de son souverain décidera entre Paris et Grenoble …………..237

MCCCIV - A Mme DE LA FLéCHèRE. - La grâce d'un trépas.-

Difficultés au sujet d'un mariage. - Une pénitente du Saint. - Messages et nouvelles…………………………………………………237

MCCCV - A Mme DE GRANIEU. - Ce que François de Sales aimait " passionnement " dans l'âme de la destinataire. - Une vérité connue des enfants de Dieu avant la dernière heure. - Le repos dans la patrie ………………………………………………………………………………………..238

MCCCVI - Au CARDINAL BELLARMIN (Minute inédite). – Désirs et démarches du saint Evêque pour l'érection d'un Séminaire………………………………………………………………239

MCCCVII - A LA MèRE DE CHANTAL (Fragments inédits)

Lettre placée p. 45

APPENDICE I

LETTRES ADRESSéES A SAINT FRANçOIS DE SALES PAR QUELQUES CORRESPONDANTS

A - LETTRE DE MGR DENIS-SIMON DE MARQUEMONT, ARCHEVêQUE DE LYON ……242

B - LETTRE DE MGR PIERRE-FRANçOIS COSTA, NONCE APOSTOLIQUE A TURIN ……242 C - LETTRE DE MGR DENIS-SIMON DE MARQUEMONT, ARCHEVêQUE DE LYON……..243

D - LETTRES DE LA MèRE DE CHANTAL

1……….245 2……….246 3……….246 E - LETTRE DU MARéCHAL DE SAINT-GéRAN ………………247 F - LETTRE DU PèRE AIGNAN MOREAU, DE LA COMPAGNIE DE JéSUS……248 G - LETTRE DU MAIRE ET DES éCHEVINS DE MOULINS …………………….249 H - LETTRE DE MGR. DENIS-SIMON DE MARQUEMONT, ARCHEVêQUE DE LYON…..249

I - LETTRE DE M. CLAUDE BOUCARD ………………………………………….250

J- LETTRE DE M RENE GROS DE SAINT-JOYRE………………………………251 K - LETTRE DU CARDINAL ROBERT BELLARMIN …………………………….252

M - LETTRES DE LA MèRE FAVRE SUPéRIEURE DE LA VISITATION

DE LYON 1………..254 2………..255 3………..257 4………..258 N - LETTRE DU P. LOUIS DE LA RIVIèRE, MINIME ……………………….259

0 – LETTRE D'UNE DAME ……………………………………………………….259

II

RENé GROS DE SAINT-JOYRE AUX AMANS DE L'AMOUR PARFAICT ……..260

___________________

Glossaire des locutions et des mots surannés ……….261 Index des correspondants et des principales notes historiques de ce volume ……..267 Fin………………………287. www.JesusMarie.com

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www.JesusMarie.com Saint François de Sales

docteur de l'église catholique

1567 - + 28 décembre 1622

Lettres - tome 8 1617 - 1619

Tome XVIII de l'édition d'Annecy. Notes ( mode d'emploi) : p.7 Glossaire : p.259 Index historique : p.267

AVIS AU LECTEUR

Des Lettres publiées dans ce volume, un grand nombre ont été revues sur les originaux. La provenance indiquée à la fin de chaque pièce, est celle qui nous était connue au moment où elle nous a été communiquée. Lorsqu'un Autographe provient d'une Communauté française exilée ou dispersée, nous donnons l'ancienne adresse de celle-ci. Les Lettres qui ne sont suivies d'aucune indication sont celles dont, à défaut d'Autographes ou de copies authentiques, on a dû emprunter le texte à des publications antérieures. Les Editeurs sont seuls responsables de l'adresse et de la date qui précèdent chaque pièce ; l'une et l'autre sont répétées à la fin quand elles figurent sur l'original, ou qu'elles sont authentiques, quoique fournies par les textes imprimés. Les points remplaçant quelque énumération de la date indiquent que cette partie de la date est donnée, mais fautivement, par l'édition à laquelle notre texte est emprunté. Quand la date attribuée à une lettre n'est pas absolument sûre, elle est insérée entre []. Ces signes sont également employés pour les mots qu'il a fallu suppléer dans le texte. Les divergences qui existent entre quelques minutes et le texte définitif sont données au bas des pages. Le commencement de la variante est indiqué par la répétition en italique des mots qui la précèdent immédiatement au texte ; la fin est régulièrement marquée par la lettre de renvoi. Les passages biffés dans les Autographes sont enchâssés entre ? ?. Des points placés au commencement ou à la fin des lettres Indiquent un texte incomplet. Quand les Autographes ont subi quelque mutilation, nous l'indiquons chaque fois. A la suite du Glossaire se trouve un Index, dans lequel il a été jugé à propos de fondre les noms des destinataires avec les titres des principales notes historiques et biographiques. Toutes les notes concernant le clergé de l'ancien diocèse de Genève sont tirées des Registres de l'époque,. elles sont désignées par les deux initiales R. E. Sauf indication contraire, tous les renseignements relatifs à la noblesse savoisienne sont empruntés au monumental ouvrage du Comte Amédée de Foras, si dignement continué par le Comte de Mareschal de Luciane : Armorial et Nobiliaire de l'ancien Duché de Savoie.

Indications sur "Sigles, Notes" : p.6

NOTES ET RENVOIS Les chiffres en italique renvoient aux numéros de lettres ou de sermons ; les chiffres ordinaires renvoient aux numéros des notes de bas de page , exemples : "S1, 25, XX" = Sermons 1 (vol 7), note de bas de page 25, sermon n XX

"L4, 210, 247, 390, 401" = Lettres 4 (vol 14), notes de bas de page 210 et 247 , lettres n 390 et 401 LETTRES DE SAINT FRANCOIS DE SALES

ANNEE 1617 (Suite) MCCCVIII A M. éTIENNE DUNANT, CURé DE GEX (L4 note 85) Zèle du Saint pour la discipline ecclésiastique. - Il soutient avec fermeté ses droits d'Evêque dans toute l'étendue de son diocèse, et impose sa volonté pour la gloire de Dieu et l'honneur de l'Eglise.

Annecy, 11 mai 1617.

Monsieur,

Je ne retarde d'aller a Gex que pour y aller plus a propos . Mays en attendant, je vous prie d'advertir tous nos ecc1esiastiques de dela de faire retirer promptement les femmes quilz ont peut estre en leurs maysons. Et je dis peut estre, parce que je sçai que nul n'en avoit ci devant sinon M. Jaquin , auquel j'en ay parlé, et m'asseure quil y aura mis ordre. Que sil ne l'a pas fait il a tort, car il sçait bien ce que je luy en ay dit. Ni ne veux pas croire quil soit si outrecuidé de dire, comme quelques uns, qu'il est en l'Eglise gallicane en laquelle les prestres sont privilegiés ; car je pense qu'il sçait que l'Eglise gallicane est un membre de l'Eglise universelle, et que les anciens canons des Conciles y sont receuz, et que les Evesques ne sont pas moins Evesques en France qu'ailleurs, et, qu'en particulier, je ne suis rien moins dela le Rosne que deça, ains j'affectionne d'establir la discipline ecc1esiastique de dela, et sur tout a Gex, avec plus de soin que de deça, par ce qu'icy les adversaires de l'Eglise sont moins puissans et moins praesens. .Mays, de tout ceci, communiques en avec le P. Commissaire qui est, je m'asseure, maintenant vers vous, affin quil fortifie mon intention de ses remonstrances, sil y escheoit. Or, mon intention est que nul praestre n'ayt en sa mayson aucune femme qui y habite, sinon les meres, bellemeres, seurs, belleseurs, tante (c'est a dire seur du pere ou de la mere) et niece, fille de frere ou de seur, selon l'ordre porté par le Concile de Nicee (Can 3). Et ce soit asses dit quant a ce point, auquel je veux estre obei absolument, sachant combien il importe a lhonneur de. l'Eglise. Toutefois, si ledit M. Jaquin n'avoit pas obtemperé et quil demandast quelques quinze jours de delay, vous le luy pourres donner.

Je dis de mesme de la distribution des saintes Huiles, en quoy tous nos confreres doivent suivre l'ordre mis au Sinode . Il n'est pas expedient pour encor que .M. Jaquin aille faire residence ; car, comme pourroit il faire commodement la charge de l'aeconome que vous luy aves remise ? Il a promis de faire reparer la mayson presbiterale de sa cure et accommoder les choses requises a l'exercice, ce qu'attendant il pourra bien suppleer. Le P. Commissaire estant la, je m'asseure, employera sa prudence a discerner ce qui sera expedient, affin que, quand j'y iray avec luy, nous puissions trancher nettement et ordonner a chacun son office et ce quil devra faire. Atant, me recommandant a vos bonnes graces et prieres et saluant humblement le P. Commissaire avec tous les Peres et nos confreres Mrs les curés, je demeure,

Monsieur,

Vostre tres humble confrere,

François, E. de Geneve.

XI may 1617, Annessi.

Monsieur

Monsieur du Nant, Curé de Gex.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme la comtesse d'Asnières de Sales, à Metz (Annecy).

MCCCIX A MADAME DE LA VALBONNE Double renoncement. - Délicate charité de François de Sales à l'égard de ceux qui n'approuvent pas ses avis. - Quand la perte des Communions n'est pas dommageable à l'âme.

Annecy, 15 mai 1617.

Il n'y a remede, ma chere Fille: nous avons renoncé aux consolations mondaines, et, non contens de cela, encor nous faut il renoncer aux spirituelles, puisque telle est la volonté de Celuy pour lequel nous devons vivre et mourir.

Pensés si nostre Mere eust fait une grande feste de vous voir a la Visitation, et si vostre consolation m'en eust donné une excellente. Mais puisque le mary ni le confesseur ne l'ont pas treuvé bon , il faut demeurer en paix, comme aussi aux retranchemens des Communions. Je ne sçai leurs motifs en cela, et ne les sachant pas, il ne faut pas que j'en die autre chose. Ilz ne sçavent peut estre pas aussi les miens, et c'est pourquoy ilz ne les jugent pas dignes d'estre suivis. En cela, chacun a son goust particulier ; mais pour vous, je vous asseure bien que vous ne perdres rien, car ce que vous ne gaigneres pas en la suavité de la Communion, vous le treuveres en l'humilité de vostre sousmission, si vous acquiesces simplement a leurs volontés.

Mays de cette crainte qu'on vous donne que vos frequentes Communions vous pourroyent tourner a mal, je pense que vous ne vous en deves point mettre en peine, et qu'on ne vous a pas dit cela par discernement de l'estat de vostre cœur, mays pour vous mortifier, ou peut estre simplement par maniere de desfaite, comme quelquefois il arrive aux personnes mesme fort sages de ne peser pas bien toutes choses.

Quand madame la Presidente viendra , au moins alhors nous verrons-nous; et ce pendant, vivés toute humble, toute douce, toute passionnee de l'amour sacré de l'Espoux celeste. Je suis en luy, ma tres chere Fille, tout parfaitement vostre.

D'Annessi, le 15 may 1617.

MCCCX A M. PHILIPPE DE QUOEX Amour maternel que doivent avoir les ministres de Dieu pour les âmes. Aimable réponse à une filiale inquiétude. - La " petite ruche " et les " pauvres abeilles. " - Ce qui affligeait l'Evêque de Genève et ce qui le consolait. - Dissension dans un prieuré.

Annecy, 16 mai 1617.

Monsieur,

Sans offencer ou quasi sans offencer une fille, on la jugeroit peu sage et n'avoir pas la cervelle bien arrestee si, au milieu de la ville, elle ouvroit son sein et exposoit ses mammelles a la veuë de chacun es rues et aux eglises ; mais on ne murmurera jamais, et l'on ne le doit pas faire, de voir qu'une mere nourrice ouvre son sein, monstre et donne sa mammelle a son poupon, pour ce que l'on sçait bien qu'elle est nourrice, et que son devoir de mere nourrice l'oblige a donner le lait a son cher petit poupon en quel lieu et place qu'elle connoist qu'il en a de besoin. Je dis ceci et pour vous et pour moy; car il faut tous-jours faire ce que nous devons, pour le service de nostre doux et bon Maistre, envers ceux qui sont veritablement en luy nos enfans, et leur ouvrir en tout lieu, ou leur necessité le requiert, le sein maternel de nostre affection a leur salut et leur donner le lait de la doctrine. Je dis maternellement, a cause que l'amour des meres est tous-jours plus tendre envers les enfans que celuy des peres, pour ce, a mon advis, qu'il leur couste plus. Soyons-le pourtant l'un et l'autre; car c'est le devoir que le Souverain nous a imposé. Au reste, je vous asseure que j'ay ri, mais sçaves vous, de bien bon cœur, quand j'ay veu, sur la fin de vostre lettre, que l'on vous avoit dit que je m'estois mis en grande cholere, et avois dit tout ce que vous me marques. Et de plus, vous me dites : Mon Pere, ne caches point la verité a vostre filz, qui est perplexe sur ce sujet.

Et je vous dis donq que veritablement, mon Filz, mon cœur va rendre a vostre cœur l'hommage de la verité. Si celuy qui vous a fait un narré de ma cholere, n'en eust pas eu davantage que moy, vous ne series pas en peine de ce chetif Pere. Mays je vous supplie, quand il retournera a vous, embrassés-le de ma part, et luy donnes double charité, car je vous confesse qu'il n'a pas tout a fait tort. Je suis un chetif homme, sujet a passion ; mais, par la grace de Dieu, depuis que je suis berger, je ne dis jamais parole passionnee de cholere a mes brebis. Il est vray que, sur la resistance de ces bons NN., je menaçay celuy ci de son Superieur et l'autre de N.; mais je ne fis rien en cela que ce que je doys faire et que je feray tous-jours en tel cas . Je fus esmeu a la verité, mais je retins toute mon esmotion, et confessay ma foiblesse a nostre Mere, qui, en cette occasion, n'eut, non plus que moy, aucune parole de passion ; et je vous diray bien de plus : il semble que ces bonnes gens la se plaisent a luy donner des frequens sujetz de mortification, qu'elle boit insatiablement.

Mais dites moy, Monsieur mon cher Confrere, quel tort avons nous fait a ce bonhomme ? Helas ! nostre Mere ni moy ne pretendons qu'a dresser une petite ruche, mediocre et conforme a nostre dessein, pour loger nos pauvres abeilles qui ne se mettront en peine que de cueillir le miel sur les sacrees et celestes collines, et non de la grandeur ou embellissement de leur ruche. Il est vray que, quand je considere nostreMere et ses filles, gratias ago ei qui me confortavit, Christo Jesu Domino nostro, quia fidelem me existimavit, ponens in ministerio (1 Tm 1,12), a l'occasion de cette Congregation. C'est asses dire la dessus pour vous oster de peine, mon tres cher Frere, mon ami ; priés seulement pour nous, et tout va bien.

Pour le regard de ces bons gentilzhommes , pour Dieu, Monsieur mon tres cher Confrere, absolves de tout ce que je puis absoudre, sans reserve ; car, pourquoy vous reserverois-je aucune authorité que je puisse communiquer, puisque vous ne reserves aucune peine que vous puissiés prendre pour le bien de mes cheres brebis ?

Helas ! Monsieur mon cher ami, j'ay quelquefois les larmes aux yeux, quand je considere ma babilonique Geneve calviniste : (Lam, fin) Hœreditas nostra versa est ad alienos ; le sanctuaire est en derision (Ez 22,8), la mayson de Dieu en confusion;

et qu'en diray-je ? Je ne puis bonnement autre chose:que pleurer sur ses ruines.

Quand je considere nostre pauvre, petite et humble Visitation qui apportera tant de gloire a Dieu, encor ay je quelque consolation d'estre Evesque de ce diocese ; au moins y auray je fait ce bien. Mais si cet evesché avoit un Hilaire, un Augustin, un Ambroyse, ah ! ces soleilz dissiperoyent les tenebres de l'erreur. Toutefois je m'arreste, et dis comme les gens de nostre Evangile (Mc 7, 37) : Dieu a tout bien fait. Et vous, mon parfait ami et tres cher Confrere, vous feres bien, si vous me croyes incomparablement

Vostre tres humble frere et serviteur,

(a peu s'en faut que je ne die filz) FRANçs, E. de Geneve.

D'Annessi, le 16 may 1617.

(note 17) J'ay esté vivement touché d'apprendre qu'au prieuré de [Talloires ] l'on n'y voit plus la face de la sacree dilection et union, sans laquelle la Religion n'est qu'une veritable illusion. Le pire est que la dissension est entre les bons, dont elle est plus dangereuse ; et, comme dit saint Bernard parlant des Religieux qu'il estime estre les yeux de l'Eglise, espouse de Jesus Christ, non est dolor sicut dolor eorum (Lam 1,12). Vostre œil doit discerner ce qui sera propice pour remedier a ce mal ; vostre moderation paternelle doit dissiper les humeurs peccantes ; vostre zele, vostre justice et vostre force, doit terminer ces discordes.

MCCCXI A MADAME DE LA FLéCHèRE (INéDITE) Quelques nouvelles. - Intérêt de saint François de Sales pour les enfants de la destinataire. - Messages. - "Une carrossee de dames " arrivant de Grenoble. - Les exercices spirituels de Mme de la Thuille.

Annecy, 20 mai 1617

Nous ferons ce que nous pourrons pour ce pauvre bonhomme affin quil demeure icy, quoy quil me sera malaysé, le P. François qui sçait tout, estant absent. Dieu accompaigne monsieur le Marquis de Saint Damian , avec lequel nous avons esté bien doucement icy, et croy qu'il soit de bonne nature. Puysque monsieur de Charmoysi, nostre cousin , a esté d'advis que l'on ramenast le filz , il ne peut estre que bon. Vous aures sceu comme nous avons gouverné l'Anthoine qui, avec un peu de soin, deviendra brave fille, ayant l'esprit bon comme ell'a, et vous pouves penser si je luy souhaite du bien. Je vous salue mille et mille fois de tout mon cœur, du quel je suis tres parfaitement tout vostre.

F. E. de G.

Annessi, le xx may 1617.

Je vous supplie de saluer Mlle de Beaufort , que je cheris et honnore infiniment, et Mme de Mirebel , et madame de Monthouz un peu a part . Nostre Mere est en affaire pour la reception d'une vertueuse damoyselle de Grenoble qui est venue ce matin, avec une carrossee d'autres dames qui l'ameynent ; car il vous faut tenir advertie des particularités de la Mayson, et que Mme de la Thuille partit hier, ayant fait sa revëue a la Visitation, ou ell'a esté cachee environ sept ou huit jours, avec beaucoup de consolation pour son cœur.

A Madame

Madame de la Flechere.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Harrow (Londres).

MCCCXII AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er (L1, note 175) Droits de la ville d'Annecy aux bienfaits du souverain.

Annecy, 26 mai 1617.

Monseigneur, Cette ville d'Annessi recourt a la debonaireté de Vostre Altesse pour avoir la confirmation des privileges que Messeigneurs ses praedecesseurs luy ont donné . Je jointz ma tres humble supplication a la sienne, protestant que jamais Vostre Altesse ne gratifiera aucuns peuples de sa sujettion qui ayt (sic) plus de cœur, d'honneur, de fidelité et d'obeissance a vostre coronne, Monseigneur, que celuy ci qui, au reste, a un extreme besoin d'estre revigoré par telz bienfaitz, tandis qu'incessamment avec moy il leve les mains et les yeux au Ciel pour la prosperité de Vostre Altesse, delaquelle je seray a jamais, Monseigneur,

Tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

XXVI may 1617, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

MCCCXIII AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE (L7, note 129) Recours à l'intervention du prince pour obtenir la confirmation des privilèges de la ville d'Annecy.

Annecy, 26 mai 1617.

Monseigneur,

Cette petite ville d'Annessi recourant a Son Altesse pour la confirmation de ses privileges, a toute son esperance en vostre bonté. C'est pourquoy elle l'implore de toutes ses forces ; et moy, Monseigneur, j'accompaigne d'autant plus hardiment sa supplication, que Vostre Altesse me tesmoigna lhors qu'elle estoit de deça , qu'elle nous favoriseroit tous en cett'occasion. Et je le croy, Monseigneur, puisque vostre debonaireté se plait aux bienfaitz, et particulierement envers les peuples fideles, obeissans et affectionnés a la coronne de Son Altesse, tel que je puis attester estre celuy ci, qui, outre cela, a grand besoin d'estre en quelque sorte allegé. Ainsy nous prions tous Dieu qu'il benisse, conserve et prospere Vostre Altesse, delaquelle je vivray a jamais, Monseigneur, Tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, 26 may 1617.

MCCCXIV A M. CLAUDE DE BLONAY (L2 note 148) Pourquoi François de Sales retarde volontiers son voyage en Chablais. Sa douleur et sa résignation au sujet de la maladie de son frère Bernard.

Annecy, 28 mai 1617.

0 Dieu, mon tres cher monsieur de Blonnay, mon ami, que je retarderay volontier mon voyage, puisque monsieur le Marquis le desire ; car aussi bien estois-je prest de vous escrire, ou a monsieur l'Abbé : Dimitte me, ut plangam paululum dolorem meum (Jb 10,20). Helas ! j'attens tous les quartz d'heure la nouvelle du trespas de mon frere de Thorens, qui partit d'icy il y a trois semaines, et le jour de la Trinité estoit a Thurin, abandonné des medecins, et hors de toute esperance d'eschapper ; et desja, de Chamberi, le bruit vient qu'il est mort . Penses si j'auray besoin de 15 jours pour consoler sa pauvre vefve et toute cette fraternité, et pour rasseoir un peu mon cœur, qui est certes grandement esmeu. Or sus, je dis neanmoins de tout mon cœur a Dieu : Je me tais, et n'ouvre point ma bouche, car vous l'aves fait (Ps 38,10). J'adore les decretz de sa providence et embrasse la croix quil luy plait nous presenter. Oüy, Pere aeternel, car il a semblé ainsy bon devant vous (Mt 11,26). Je le recommande a vos prieres, et de tous nos amis generalement. Vostre tres humble confrere,

FRANçs, E. de Geneve.

Le 28 may 1617.

Je salue tres humblement monsieur le Marquis, et suis son serviteur fidele.

Monsr Monsr de Blonnay, Praefect de la Ste Mayson.

Revu sur l'Autographe qui appartenait à M. le chanoine Jean-Marie Chevalier, à Annecy.

MCCCXV A LA MèRE DE BRéCHARD SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE MOULINS Le Saint console la Mère de Bréchard de la perte de son père. - Quel douloureux message il doit porter à la baronne de Thorens. - Gloire humaine et saint trépas du frère de l'Evêque de Genève.

Annecy, 29 mai 1617.

Ma tres chere Fille,

Hier nostre Mere me fit voir vostre derniere lettre et la nouvelle du trespas de monsieur vostre pere . Ne doutes point que je ne prie pour luy, car c'estoit le pere de ma tres chere Fille, qui m'est, je vous asseure, infiniment chere, et aux desplaysirs et playsirs de laquelle mon cœur participe affectionnement. Mais icy, hors le sentiment naturel, il y a occasion de sainte consolation, puisque ce bon gentilhomme s'en est alle en une bonne viellesse, et, ce qui importe, en une bonne disposition spirituelle.

Donq, ma tres chere Fille, demeures consolee, et nous rendes la pareille par vos prieres pour mon pauvre tres cher frere de Thorens, lequel estant alle en Piemont avec un regiment de mille hommes, y fut enseveli mardy passe , comme on me vient d'escrire, et comme je m'attendois, il y a trois jours, sachant la qualite de la maladie. Or, penses, ma tres chere Fille, ou cette affliction me touche, et voyes si la mienne n'est pas surchargee de celle de sa pauvre petite et de nostre Mere, a qui il faut que ce matin j'aille oster le peu d'esperance qui leur estoit restee apres les premieres nouvelles de cet accident, sur lesquelles nous avons mille et mille fois adoré le decret de la Providence divine, et avons jetté nos cœurs entre les mains de Dieu avec esprit de sousmission, repetant : Ouy, Seigneur, car ainsy il a esté aggreable devant vous (Mt 11,26). Et nous n'avons aussi a dire autre chose en tout ce que Dieu fait, sinon : Amen.

Ce pauvre garçon est mort le premier jour de son arrivee en ce païs-la, d'une fievre pestilentielle, dans le sein de l'Eglise, muni des Sacremens receus avec grand sentiment de religion, sous la direction du bon Pere D.Juste . Helas, qu'il est heureux ! ce me semble; mais il est pourtant impossible que je ne pleure sur luy. Vous ne sçauries croire combien il estoit accomply, combien il s'estoit rendu aymable a chacun, combien il s'estoit signale aux yeux du Prince en l'occasion de l'annee passee ; et sur cela, le voyla emporté. Mais Dieu est bon, et fait toutes choses en sa bonté (Ps118,65 ; Ba 2,27).

A luy soit honneur, gloire et benediction (Ap 4,9 ; 5,12).

Le pauvre chevalier est encor la, qui aura esté spectateur de ce triste trespas, et peut estre en sera-il le sectateur .

Dieu soit beni en la vie et en la mort des siens. Amen.

Vostre tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Cette lettre, ma tres chere Fille, a esté escritte a trois reprises, et je la ferme ce jourd'huy, 29 may 1617.

MCCCXVI A MADAME DE CORNILLON, SA SOEUR Cris de douleur et larmes de tendresse au sujet de la mort de Bernard de Sales. - Détails sur ses derniers jours. - La vertu de sa veuve.

Annecy, 30 mai 1617.

0 Dieu, ma pauvre tres chere Seur, que j'ay de peine pour le desplaysir que vostre cœur souffrira sur le trespas de ce pauvre frere, qui nous estoit a tous si cher ! Mays il n'y a remede : il faut arrester nos volontés en celle de Dieu, qui, a bien considerer toutes choses, a grandement favorisé ce pauvre defunt, de l'avoir osté d'un siecle et d'une vocation ou il y a tant de dangers de se damner.

Pour moy, ma chere Fille, j'ay pleuré plus d'une fois en cette occasion, car j'aymois tendrement ce frere, et n'ay sceu m'empescher d'avoir les ressentimens de douleur que la nature m'a causés ; . mais pourtant, je suis maintenant tout resolu et consolé, ayant sceu combien il est trespassé devotement entre les bras de nos Peres Barnabites et de nostre chevalier , apres avoir fait sa confession generale, s'estre reconcilié trois fois, avoir receu la Communion et l'Extreme Onction fort pieusement. Que luy peut on desirer de mieux selon l'ame ?

Et selon le cors, il a esté assisté en sorte que rien ne luy a manqué. Monseigneur le Prince Cardinal et Madame la Princesse l'envoyerent visiter, et les dames de la cour luy envoyerent des presens pour sa bouche; et en fin, Monseigneur le Prince Cardinal, apres son trespas, envoya douze flambeaux avec les armoiries de Son Altesse, pour honnorer son ensevelissement.

Dieu donq soit a jamais beni pour le soin qu'il a eu de recueillir cette ame entre ses esleus ! car en somme, que devons nous pretendre autre chose ?

Il ne se peut dire combien sa pauvre petite vefve a tesmoigné de vertu en cette occasion. Nous la garderons encor icy quelques jours , jusques a ce qu'elle soit bien rassise. Jamais homme ne fut plus generalement regretté que celuy ci.

Or sus, ma tres chere Fille, consolons nos cœurs le mieux que nous sçaurons, et tenons pour bon tout ce qu'il a pleu a Dieu de faire ; car aussi, tout ce qu'il a fait est tres bon (Eccli 39,21).

Je rens cette lettre commune a mon tres cher frere et a vous, avec esperance de vous voir bien tost. Dieu benisse a jamais vostre cœur, ma tres chere Seur, ma Fille, et je suis sans fin tres parfaitement tout vostre, et

Vostre plus humble frere et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve. .

MCCCXVII AU BARON AMéDéE DE VILLETTE Deuil profond. - Pleurs et résignation de Marie-Aimée. - Adhésion au vouloir de Dieu.

Annecy, 30 mai 1617.

Monsieur mon Oncle, Helas ! il n'est que trop vray que vous aves perdu un tres humble neveu et fidele serviteur, et moy mon tres cher frere que j'aymois incroyablement pour plusieurs bonnes raysons, outre celle du sang. C'est quasi un songe de gens qui veillent, de sçavoir ce pauvre garçon mort aussi tost qu'arrivé en ce païs-la , et sans avoir eu le loysir d'avoir veu le Prince auquel il alloit consacrer sa vie et son courage.

Or, apres toutes les idees que le desplaysir me donne, je conclus que Dieu l'ayant voulu, ç'a esté le mieux. Que son nom soit beni (Jb 1,21), et les decretz de sa volonté adorés es siecles des siecles. A men.

Certes, je croy bien que M. de Giez, mon cousin , M. le Baron de Bonvilaret et mon neveu du Vuaz auront ressenti grandement cette perte, comme sçachant que ce pauvre trespassé les cherissoit et honnoroit tres particulierement, selon que la nature et plusieurs considerations l'y obligeoyent ; mais s'il leur manque, ce n'est pas par son eslection, ni par sa faute. Dieu, par sa bonté, les veuille proteger et conduire parmi les hazars ou cette guerre les porte.

Ma pauvre chere seur tesmoigne entre ses pleurs et regretz la plus aymable, constante et religieuse pieté qu'il est possible de dire : en quoy elle nous contente extremement, pour le desir que nous avons qu'elle conserve l'enfant que nous croyons, par bonnes conjectures, avoir esté laissé en ses flancs par le defunt, comme pour quelque sorte d'allegement a ses freres.

Que vous diray-je plus, Monsieur mon cher Oncle ? Ce pauvre garçon decedé s'estoit destiné a la vie militaire, et pouvoit mourir de cent façons plus lamentables que celle de laquelle il est mort. Beni soit Dieu qui l'a ravi devant les duelz, les mutineries, les desespoirs, et en somme devant ces innombrables occasions d'offencer Dieu que cette espece de vacation donne en ce miserable aage.

Et pour tout, je ne puis dire autre chose, sinon : !ta, Pater, quoniam sic placitum fuit ante te (Mt 11,26). J'acquiesce et dis Amen, non seulement sur les paroles, mais aussi sur les œuvres de Dieu, le suppliant qu'il vous conserve, et demeurant pour jamais, Monsieur, Vostre tres humble neveu et fidele serviteur,

FRANçs. E. de Geneve.

Le 30 may 1617.

MCCCXVIII A MADAME DE MONTFORT Réponse à des condoléances.

Annecy, .3 juin 1617.

Madame ma Cousine,

Vous pouves aysement vous imaginer quelle est nostre affliction pour la perte que nous venons de faire, ayant connoissance comme vous de l'amitié qui a tous-jours esté, graces a Dieu, entre ceux de cette mayson. Je vous remercie tres humblement du soin que vous aves pris de nous tesmoigner le ressentiment que vous aves de nostre mal. Je vous supplie de recommander a la misericorde de Nostre Seigneur le repos de l'ame de nostre pauvre defunt et de nous tous-jours aymer. Je fay la mesme requeste a monsieur de Montfort , auquel, comme a vous, je suis tres certainement, Madame ma Cousine, Vostre tres humble cousin et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, 3 juin 1617.

MCCCXIX AU PRéSIDENT ANTOINE FAVRE (L1, note 50) ( INéDITE) Décès du président de Sautereau. - Un cœur où se mélangent l'amour, l'amertume et la constance. - Prochain voyage à Thonon et à Gex.- Départs répétés pour l'éternité.

Sales, 21 juin 1617.

Monsieur mon Frere,

Je regrette extremement la perte que nous avons faite par le trespas du bon monsieur le President de Sautereau , qui vous honnoroit certes plus quil ne se peut dire, et me favorisoit d'un'amitié extraordinaire, a vostre consideration. Et donques, comme je voy, c'est presque sans intermission que nos amis se vont separant de nous tous les jours ; et partant, il se faut resoudre de bonn'heure de n'esperer plus es consolations de cette vie, pour attendre plus doucement celles de l'autre vie, en laquelle nostre societé sera inseparable.

J'escris la ci jointe (lettre 1320) a madame la Presidente de Sautereau , non pour la consoler, mais pour luy tesmoigner que je conserveray a jamais la memoire des infinies obligations que j'avois a son defunt ; tandis que je me treuve icy a Sales, aupres de nostre jeune vefve, qui me fait tout estonné de voir en son ame tant d'amour de son mari trespassé et tant de constance a supporter l'amertume du desplaysir de son trespas.

Je passeray vandredi a La Roche pour planter la premiere pierre de l'eglise des Capucins , et dela je m'en vay a Thonon, parti (sic) pour consacrer l'eglise que les mesmes Peres y ont dressee , avec le grand autel des Peres Barnabites , partie pour appayser, si je puis, quelques noyses, lesquelles par tentation humaine sont survenües en la Sainte Mayson . Dela je passeray a Gex, ou je suis desiré pour pareilles affaires , et, Dieu aydant, me rendray a Annessi pour nostre reste de Saint Pierre aux liens .

Une chose en tout ceci me donne de la peine : c'est que je laisse mon frere de Boysi fort malade d'une fievre tierce, et que sil est vray que Monseigneur l'Archevesque de Lyon aille ambassadeur a Rome, il se pourroit faire quil passast les mons pendant ce tems-la ; ce que toutefois m'est difficile a croire, puisque, comme je pense, il voudra voir le Roy son maistre avant son depart .

J'ay perdu un bon et cordial amy en monsieur de Chanal, qui ayant esté appellé de Dieu a la vie devote des quelques annees en ça, sera mort en tel estat, je m'asseure, que nous avons occasion de benir l'heure de son trespas ; et moy particulierement, qui ay une invincible rayson de l'estimer heureux, par le conte de sa conscience et de ses bonnes intentions quil me rendit avant son depart d'Annessi . Comm'au contraire, je regretterois infiniment monsieur de Bourgeois et monsieur de la Pierre , s'ilz s'estoyent entreservis de bourreau l'un a l'autre, pour s'abismer en la damnation par le duel ; mays, tandis que je le puis, je me veux abstenir de croire une chose si malheureuse. C'est dommage de monsieur de Passier ; et Dieu sçait sil y en aura point d'autres que nous ayons a regretter en cette rencontre.

Je supplie de tout mon cœur sa divine Bonté qu'il vous conserve, avec madame ma tres chere seur et toute vostre compaignie, et vous saluant tous tres humblement, je demeure a jamais, Monsieur mon Frere, Vostre tres humble et tres obeissant frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Ma seur vous bayse tres humblement les mains, et a madame vostre chere Presidente, et est vostre tres humble servante.

A Sales, le XXI juin 1617.

A Monsieur Monsieur Favre, Baron de Peroges, Premier President de Savoye, commandant generalement deça les montz pour S. A.

Revu sur une photographie de l'Autographe, conservée à la Visitation d'Annecy.

MCCCXX A LA PRéSIDENTE DE SAUTEREAU François de Sales s'afflige avec la destinataire du décès de son mari.- Comment se préparer à " la vie ou il n'y a plus de mort. " - Pour l'amour du défunt, sa veuve doit modérer sa douleur.

Sales, 21 juin 1617.

Madame, Vous ne sçauries croire combien m'est sensible l'affliction que vous aves. J'honnorois avec une affection toute particuliere le cher seigneur trespassé , pour plusieurs respectz ; mais celuy de sa vertu et pieté tenoit lieu de fondement. Quelle pitié qu'en une sayson en laquelle il est si grande disette de telles ames parmi les gens de ce rang la, nous voyons et souffrons ces pertes si dommageables au public! Neanmoins, ma chere Dame, toutes choses considerees, il faut accommoder nos cœurs a la condition de la vie en laquelle nous sommes : c'est une vie perissable et mortelle, et la mort qui domine sur cette vie ne tient point de train ordinaire ; elle prend tantost ci, tantost la, sans choix ni methode quelcomque, les bons emmi les mauvais et les jeunes parmi les vieux. .

0 que bienheureux sont ceux qui, vivans en continuelle desfiance de mourir, se treuvent tous-jours prestz a mourir, en sorte qu'ilz puissent revivre eternellement en la vie ou il n'y a plus de mort ! Nostre bienaymé trespassé estoit de ce nombre la, je le sçai bien. Cela seul, Madame, est suffisant pour nous consoler ; car en fin, en peu de jours, ou tost ou tard en peu d'annees, nous le suivrons en ce passage, et les amitiés et societés commencees en ce monde se reprendront pour ne recevoir jamais de separation. Ce pendant, ayons patience, et attendons courageusement que l'heure de nostre depart sonne pour aller ou ces amis sont ja arrivés ; et puisque nous les avons aymés cordialement, perseverons a les aymer, faysons pour l'amour d'eux ce qu'ilz ont desiré que nous fissions et ce que maintenant ilz souhaitent pour nous. Sans doute, ma chere Dame, le plus grand desir que monsieur vostre trespassé eut a son depart fut que vous ne trempassies pas longuement dans le regret que son absence vous causeroit, mais que vous taschassies de moderer, pour l'amour de luy, la passion que son amour vous donnoit ; et maintenant, en son bonheur dont il jouit, ou qu'il attend en asseurance, il vous souhaite une sainte consolation et que, moderant vostre tribulation, vous conservies vos yeux pour un meilleur sujet que les larmes, et vostre esprit pour des plus desirables occupations que celles de la tristesse.

Il vous a laissé des gages pretieux de vostre mariage : conservés vos yeux pour regarder a leur nourriture, conservés vostre esprit pour relever le leur. Faites cela, Madame, pour l'amour de ce cher mari, et vous imagines qu'il vous en a prié a son depart et qu'il vous demande encor cet office ; car en verité, il l'eust fait s'il eust peu, et il desire cela de vous a present : tout le reste de vos passions peut estre selon vostre cœur, qui est encor en ce monde, mais non pas selon le sien, qui est en l'autre.

Et puisque la vraye amitié se plaist a complaire aux justes aggreemens de l'amy, pour complaire a monsieur vostre mari, consoles-vous vous mesme, soulages vostre esprit et relevés vostre courage. Que si ce conseil, que je vous donne avec une sincerité nompareille, vous est aggreable, prattiqués le, vous prosternant devant Nostre Seigneur, acquiesçant a son ordonnance, et considerant l'ame de ce cher defunt qui desire a la vostre une vraye et chrestienne resolution, et vous abandonnant du tout a la celeste providence du Sauveur de vostre ame, vostre protecteur, qui vous aydera et vous secourra, et en fin vous reunira avec vostre trespassé, non point en qualité de femme avec son mari, mais d'heritiere du Ciel avec son coheritier et de fidele amante avec son fidele amant. J'escris ceci, Madame, sans loysir et presque sans haleyne, vous offrant mon tres affectionné service qui vous est de long tems acquis, et celuy encor que les merites et la bienveuillance de monsieur vostre mari envers moy pouvoyent exiger de mon ame. Dieu soit au milieu de vostre cœur. Ainsy soit il.

FRANçs, E. de Geneve.

MCCCXXI A LA MèRE DE CHANTAL Une novice de la Visitation malade à la mort ; ce qu'il faudrait faire pour ses funérailles. - Le cœur du Saint pour ses filles. - Conseils à la Mère de Chantal.

La Roche, 24 juin 1617 ,

En verité, ma tres chere Mere, et moy et tout suis grandement touché de la maladie de cette pauvre chere fille, digne certes d'estre bien aymee . Il faut attendre ce que Dieu fera, et non seulement l'accepter, mais, autant que nous pourrons, il faudra l'accepter aggreablement et amiablement. J'espere quil la nous laissera ; il y en a tant d'autres qui sont eschappees apres avoir jetté le tac, et qui ont esté moins assistee (sic) qu'elle ne sera. Toutefois je replique : Ainsy que la volonté de Dieu sera au ciel, soit fait en terre (Mt 6,10).

Si ell'estoit preste a passer, on pourrait luy faire faire la profession simplement, en luy lisant, devant, l'oblation et les vœux, qu'elle confirmeroit, sinon qu'elle mesme la peut prononcer. On la pourroit enterrer en l'eglise, car ell'est asses benite en la benediction des fondemens que nous fismes en la position de la premiere pierre . Il faudroit faire venir le vicaire de Saint Maurice , et trois ou quatre prestres avec luy pour faire l'Office, et mettre simplement 4 cierges blancz au (sic) quatre coins du cors. Vous pourries donner audit vicaire un ducaton, et aux autres prestres a chacun 8 solz d'aumosne affin quilz dissent Messe pour elle. Pour le reste, vous vous conseillieries. Mays, qu'elle vive ou meure, je luy donneray en la sainte Messe que je vay dire, la sacree benediction de Dieu et de son Eglise.

O ma tres chere Mere, mon cœur, mes espritz et mon ame s'esmeuvent en disant ceci, car j'ayme toutes nos filles tres cordialement, et celle-la avec une speciale tendreté. Mays sur tout, en pleurant descharges bien vostre cerveau, reposes vous convenablement, et vous divertisses le plus doucement que vous pourres ; prenes bien souvent des raysins un peu amollis au vin et eau chaude, et en somme ayes soin de vous conserver la, car icy, ne doutes point; je suis un certain homme quil ny a rien a craindre, sinon quand je le diray moymesme.

Ma tres chere Mere, salues et benisses mille fois cette chere fille de ma part, et ma Seur Marie Michele . Dieu soit a jamais nostre tout, et sa volonté nostre amour. Amen.

A La Roche, jour saint Jean.

On ne peut partir que le tems ne s'accoise, a cause des ruisseaux, mais soudain quil sera remis je feray porter la presente.

A ma tres chere Mere en N. S.

A la Visitation.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

MCCCXXII AU PèRE RENé AYRAULT, DE LA COMPAGNIE DE JéSUS Compliments affectueux à un ancien " compaignon d'escole. "- Deux prises de voile à la Visitation.

La Roche, [24-28 juin ] 1617.

Mon Reverend Pere, J'ay receu a beaucoup d'honneur la lettre que Mlle Favreau et Mlle d'Albamé m'escrivirent de vostre part ; car, outre la douceur que je prens a me ramentevoir le tems auquel nous estions compaignons d'escole , vos merites me font grandement estimer tous les tesmoignages quil vous plait me donner de vostre bienveuillance, laquelle je vous conjure de me vouloir continuer par vostre courtoysie, bien ayse de sçavoir que vous soyes arresté en nostre voysinage, sous l'esperance que, par ce moyen, il se pourra bien faire que j'are encor un jour lhonneur de vous revoir. Et cependant, je cheriray de tout mon cœur tout ce quil vous plaira de me recommander, comme je fay le sujet d'avoir soin plus particulier de ces deux damoyselles, desquelles l'une, madamoyselle Favreau, est desja voylee, et l'autre le sera soudain que je seray de retour d'un voyage que je vay faire a Thonon ; et espere que l'un'et l'autre donneront [et recevront ] reciproquement de l' edification et consolation en la Congregation en laquelle elles ont esté appellees, puisque a ce commencement Dieu leur en donne de si bonnes arres. Playse a la divine Bonté de vous conserver et prosperer de plus en plus en son saint service, et je suis de tout mon cœur, Mon Reverend Pere, Vostre plus humble, tres affectionné confrere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve

1617, a La Roche.

Revu sur l'Autographe conservé à Beaufort, chez les Sœurs Hospitalières de Saint- Joseph. MCCCXXIII A LA MèRE DE CHANTAL ( INéDITE) Paternelle sollicitude pour la santé de la Mère de Chantal. - Ne pas se contenter d'attendre les âmes, mais leur aller au-devant. - La pureté en ce monde. - Désirs d'une sainte mère pour sa fille.

Viuz-en-Sallaz, 29 juin 1617 .

Je suis tous-jours bien brave homme a me porter bien icy et par tout, et n'y a rien a craindre, ma tres chere Mere. Mais, comme me pourrois-je empescher d'estre en peine de ce que je suis la, quant a la santé ? Pour Dieu, ne parles pas beaucoup, soulages vous, et vous tenés un peu tranquille tant d'esprit que de cors; car le premier accident vous arriva apres le traitté avec M. de la Roche , ou vous ne fustes pas sans parler avec affection, et puis le tracas des malades fit venir le second. Travailles, ma tres chere Mere, mais tout bellement, tout doucement, tranquillement.

Je suis consolé que nos pauvres filles soyent un peu allegees, car je les cheris d'un cœur plus que paternel toutes, et vous sçaves que j'ayme particulierement cette pauvre Marie Gasparde de tous tems, et, maintenant qu'elle est malade, encor plus tendrement (note 81). Nous continuerons a faire prier pour elles.

J'ay pensé sur cette chetifve fille dont je vous escrivis ; et en fin, si elle veut faire une retraitte pour se resoudre, il faut non seulement la recevoir, mais, sil se pouvoit, luy aller au devant . Qui sçait si Dieu aura pitié d'elle et luy pardonnera ? Son mauvais naturel ne m'estonne point, car Nostre Seigneur fait quelquefois les enfans d'Abraham des pierres (Mt 3,9). La conversion ne depend pas de la nature, mais de la grace. Je voy que cette venue apportera de l'incommodité, mais, peut estre, bienheureuse incommodité, qui se prend pour recueillir l'estranger par l'hospitalité spirituelle. Saint Pierre, prince des pœnitens, est devant mes yeux, qui fut si doux aux pecheurs apres quil ne le fut plus.

Je suis bien en peine de l'autre chere fille, que nous cherissons tant en suite de la dilection de sa mere ; car je ne sçai bonnement comme en parler a sa mere, qui en recevra bien du desplaysir, estant bien esloignee de cette humeur-la. Je m'essayeray de l'attirer en confession et de la faire bien confesser , car de la depend sa delivrance. Il est vray, ma tres chere Mere, il y a peu de pureté en ce monde, sinon celle que la pœnitence opere et la vie devote. Or bien, je vous escriray a toutes occurrences, ma tres chere Mere, mon cœur et ma vie ne pouvant subsister avec consolation que par l'unité quil a pleu de faire a Dieu de nous, affin qu'aeternellement nous fussions siens.

Madame de la Flechere de ce pais , qui vint hier faire sa reveüe, vous bayse mille fois les mains. C'est une sainte ; elle a grand desir de vous aller voir et de vous mener une sienne brave fille a mon gré, laquelle est aagé (sic) de 19 ans, et, par ouï dire, est un peu touchee d'estre de la Visitation ; et cette bonne mere, qui en brusle, estime que la veüe la fera resoudre .

Dieu vous conserve,.ma tres chere Mere, et remplisse a jamais nostre unique ame de son tres pur amour. Amen.

A Viu, le jour des deux saints amans, saint Pierre et saint Paul.

A ma tres chere Mere. A la Visitation.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de San Vito al Tagliamento (Italie).

MCCCXXIV A LA BARONNE DE THORENS, SA BELLE-SOEUR Les consolations d'un " frere et Pere tout ensemble. " - Rien de précieux ne s'acquiert sans peine. - Une joie de la Mère de Chantal.

Viuz-en-Sallaz, 30 juin 1617.

Vous pouves penser, ma tres chere Fille, ma Seur, et je croy que vostre cœur vous le dit asses, que j'ay une extreme consolation dans le mien quand vous m'escrives de vos nouvelles ; car, puisqu'il a pleu a Dieu, je suis le cher frere et le Pere tout ensemble, mais le plus affectionné et sincere que vous sceussies imaginer. Or, faites donq bien, ma chere ame, vos petitz effortz, doux, paysibles et amiables pour servir cette souveraine Bonté qui vous y a tant obligee par les attraitz et bienfaitz dont elle vous a favorisee jusques a present, et ne vous estonnes point des difficultés ; car, ma chere Fille, que peut on avoir de pretieux sans un peu de soin et de peine ? Il faut seulement tenir ferme a pretendre la perfection du saint amour, affin que l'amour soit parfait, l'amour qui cherche moins que la perfection ne pouvant estre qu'imparfait. Je vous escriray souvent, car vous sçaves le rang que vous tenes dans mon esprit, le tout joignant nostre Mere, a laquelle je vous prie de me recommander ; car, bien que je luy escrive, si est ce qu'il faut un peu employer vostre entremise pour la recreer et res-jouir, d'autant qu'elle prend playsir a sçavoir que vous estes tres parfaitement ma tres chere fille et que vous me cherisses en cette qualité la. Dieu soit au milieu de vostre cœur et de celuy de nostre chere seur , qui est certes ma fille de tout mon cœur ; au moins je le croy et le veux tous-jours croire pour mon contentement.

FRANçs, E. de Geneve.

Le 30 juin 1617.

MCCCXXV A MADAME LOUISE DE BALLON RELIGIEUSE DE L'ABBAYE DE SAINTE-CATHERINE La chose la plus étonnante et douloureuse qui se voit tous les jours. - Malgré les épreuves intérieures, aimer Dieu et lui rester fidèle.

[Juin 1617 .]

Ma chere, mais vrayement tres chere Fille, ma Cousine, Il la faut certes retirer, cette pauvre ame, du hazard, car la molle façon de vivre du lieu ou elle est, est tellement perilleuse, que c'est merveille quand on eschappe de la meslee. Helas ! ma pauvre Fille, vous aves rayson de vous estonner qu'une creature veuille offenser Dieu, car cela surpasse tout estonnement ; mais pourtant cela se fait, comme par malheur on voit tous les jours. Et l'infortunee beauté et bonne grace que ces pauvres filles faineantes se font accroire d'avoir, parce que ces miserables le leur dient, est cela qui les perd, car elles s'amusent tant au cors, qu'elles perdent le soin de l'ame. Or sus, ma Fille, il faut faire ce qui se pourra et demeurer en paix.

Et pour vostre regard, ma chere Cousine, ma Fille, il ne faut perdre courage ; car vous deves estre si amoureuse de Dieu, qu'encor que vous ne puissies rien faire aupres de luy et en sa presence, vous ne laissies pas d'estre bien ayse de vous y mettre pour seulement le voir et regarder quelquefois. Et quelque peu avant que d'aller en l'orayson, mettes vostre cœur en paix et en repos, et prenes esperance de bien faire ; car si vous y alles sans esperance et des-ja toute degoustee, vous aures peine de vous remettre en appetit.

Courage donq, ma petite Cousine, dites a Nostre Seigneur que vous ne le laisseres jamais, encor qu'il ne vous communiqueroit jamais aucune douceur ; dites luy que vous demeureres devant luy jusques a ce qu'il vous aye beny (Gn 32,26). Quand vostre cœur s'esgarera ou se distraira, ramenes-le tout doucement a son point, remettes-le tendrement aupres de son Maistre ; et quand vous ne feries autre chose tout au long de vostre heure que de reprendre tout bellement vostre cœur et le remettre aupres de Nostre Seigneur, et qu'autant de fois que vous l'y remettries il s'en destourneroit, vostre heure seroit tres bien employee, et feres un exercice fort aggreable a vostre cher Espoux, auquel je vous recommande du mesme cœur que je suis tout vostre.

MCCCXXVI A UNE DAME Combat et liberté. - Moyen de triompher. - Le principal devoir de la vraie dévotion. - Particulières facilités de la destinataire pour la vie chrétienne et pieuse. - Témoignages d'honneur et de sainte affection. - Pourquoi la fécondité est une bénédiction de Dieu.

[Juillet 1617 ou 1604 ?]

Madame,

La lettre que vous m'aves escrite le 16 may et laquelle je n'ay receuë que le 27 juin, me donne grand sujet de benir Dieu de la fermeté en laquelle il conserve vostre cœur pour le desir de la perfection de la vie chrestienne, lequel je descouvre bien clairement par la naïfveté sainte avec laquelle vous representes vos tentations et le combat que vous faites ; et je voy bien que Nostre Seigneur vous assiste, puisque pied a pied et jour a jour vous conqueres vostre liberté et affranchissement des imperfections et infirmités principales qui vous ont ci devant affiigee. Je ne doute point que dans fort peu de tems vous n'en soyes entierement victorieuse, puisque je vous voy si courageuse au combat et si pleyne d'esperance et de confiance de vaincre par la grace de nostre bon Dieu. La consolation que vous aves en cette entreprise est sans doute un vray presage qu'elle vous reuscira tres heureusement.

Fortifies-vous donq, Madame, en ce bon dessein, duquel la fin est la gloire eternelle; n'oublies rien au logis de ce qui est requis pour en chevir. Continues vos Communions et confessions frequentes, ne passés point de jour sans lire quelque peu dans un livre spirituel, et, pour peu que ce soit, pourveu que ce soit avec devotion et attention, le prouffit en sera bien grand. Faites l'examen de conscience au soir ; accoustumes-vous aux prieres briefves et oraysons qu'on appelle jaculatoires, et le matin, en sortant du lict, mettes-vous tous-jours a genoux pour saluer et faire la reverence a vostre Pere celeste, a Nostre Dame et a vostre bon Ange; et quand ce ne seroit que pour trois minutes, il n'y faut jamais faillir. Ayés quelque image bien devote et la baysés souvent.

Je suis consolé dequoy vous aves l'esprit plus gay que ci devant. Sans doute, Madame, tous les jours vos contentemens croistront, car la douceur de Nostre Seigneur se respandra de plus en plus en vostre ame. Jamais personne n'a gousté de la devotion, qui ne l'ayt bien treuvee souëfve. Je m'asseure que cette gayeté et consolation d'esprit s'estend et rend son odeur pretieuse sur toutes vos conversations et particulierement sur la domestique, laquelle, comme elle vous est la plus ordinaire et selon vostre principal devoir, aussi s'en doit elle ressentir plus que nulle autre. Si vous aymes la devotion, faites que tous luy portent honneur et reverence; ce qu'ilz feront s'ilz en voyent des bons et aggreables effectz en vous.

Mon Dieu, que vous aves de grans moyens de meriter en toute vostre mayson ! Indubitablement vous la pouves rendre un vray paradis de pieté, ayant monsieur vostre mari si propice a vos bons desirs. Hé, que vous seres heureuse si vous observes bien la moderation que je vous ay dite en vos exercices, les accommodant le plus que vous pourres a vos affaires domestiques et a la volonté de vostre mari, puisqu'elle n'est point desreglee ni farouche. Je n'ay guere veu de femmes mariees qui puissent estre devotes a meilleur marché que vous, Madame, qui partant estes fort obligee a vous y avancer.

Je voudrois bien que vous fissies l'exercice de la sainte meditation, car il me semble que vous en estes fort capable. Je vous en dis quelque chose pendant ce Caresme, je ne sçai si vous y aures mis la main ; mays je desirerois que vous n'y employassies pas sinon demi heure chasque jour et non plus, au moins de quelques annees ; je pense que cela serviroit bien fort a la victoire de vos ennemis.

Je suis pressé d'escrire, et neanmoins je ne sçai finir, tant je suis consolé de vous parler sur ce papier. Et croyés, Madame, je vous supplie, que le desir que j'ay une fois receu de vous servir et honnorer en Nostre Seigneur, croist et s'augmente tous les jours en mon ame, marri que je suis d'en pouvoir si peu rendre d'effectz. Au moins ne manque-je point de vous offrir et representer a la misericorde de Dieu en mes foibles et languissantes prieres, et sur tout au saint Sacrifice de la Messe ; j'y adjouste tousjours toute vostre mayson, que je cheris uniquement en vous, et vous en Dieu.

J'ay appris que vous esties grosse ; j'en ay beni Dieu qui veut accroistre le nombre des siens par l'augmentation des vostres. Les arbres portent les fruitz pour les hommes, mais les femmes portent les enfans pour Dieu ; c'est pourquoy la fertilité est une de ses benedictions. Faites vostre prouffit de cette grossesse en deux façons : offrant vostre fruit a Dieu cent fois le jour, comme saint Augustin tesmoigne (Confess 1,11 ; IVD, part 3, ch 38) que sa mere, estant enceinte de luy, avoit accoustumé de faire ; puis, es ennuis et afflictions qui vous en arriveront et qui ont accoustumé de suyvre la grossesse, benissés Nostre Seigneur de ce que vous souffres pour luy faire un serviteur ou servante, qui, moyennant sa grace, le loüera eternellement avec vous. Dieu en fin soit en tout et par tout glorifié en nos peines et consolations.

FRANçs, E. de Geneve.

MCCCXXVII A UNE PERSONNE INCONNUE (FRAGMENT INéDIT) Deshonorée devant le monde ; en estime devant Dieu.

[Mai-juillet] 1617 .

………………………………………………………………………………. sa femme et l'Abbé de la [Mente ]. C'est une famille gastee et des ames perduës, et l'unique fille de cet homme-la, qui est une bonne fille, deshonnoree devant le monde, bien que devant Dieu, estant devote comme ell'est, elle ne laisse pas d'estre d'estime. Or cett'…………………………….

Revu sur l'Autographe conservé au le Monastère de la Visitation de Marseille.

MCCCXXVIII A M. MICHEL FAVRE (BILLET INéDIT) Demande de nouvelles de deux chers malades.

Thonon, 2 juillet 1617 .

Monsieur Michel, mon ami, Salues, je vous prie, mon frere de ma part, et faites moy sçavoir a tous propos de ses nouvelles, comm'aussi de ma Mere . C'est tout ce que je vous puis dire cette matinee de la tressainte Visitation, vous donnant le bon jour et demeurant Vostre plus humble confrere, FRANçs, E. de Geneve. A Monsieur Michel Favre, A la Visitation.

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Turin.

MCCCXXIX AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er ( MINUTE ) François de Sales sollicite l'indulgence de Charles-Emmanuel pour un homme plus malheureux que coupable. - Les deux ailes de la renommée des bons princes.

Thonon, 7 juillet 1617.

Monseigneur, Je demande tres humblement pardon a Vostre Altesse, si, en un tems auquel elle est environnee de tant d'affaires de consequence , je prens la confiance en sa douceur de luy presenter cette supplication, a laquelle je suis forcé par le devoir que ceux de ma condition ont de compatir aux miserables et soulager les desolés, lors mesme qu'ilz sont abandonnés de tout autre secours.

Apres, donq, avoir bien sceu que l'estrange accident advenu au sieur [Président Crespin] estoit procedé de malheur, plustost que d'aucune malice ou deliberation ; voyant qu'en une si extreme tribulation il recouroit a moy pour obtenir, par ma tres humble intercession, l'acces aux pieds de Vostre Altesse, je ne l'ay peu ni voulu esconduire, de peur d'offencer Celuy qui jugera les vivans et les mortz selon l'assistence qu'ilz auront. faite aux affligés (Mt 25,34), puysque mesme les deux personnes qui ont esté les plus touchees en ce desastre semblent conspirer au desir de la consolation de celuy auquel il est arrivé : car la fille ne souhaite rien tant que d'avoir son pere, puisqu'elle a perdu sa mere ; et quant a monsieur [l'Abbé de la Mente ,] soit qu'il ayt eu compassion de ce pere et de cette fille, soit qu'il ayt esté animé de ce divin Esprit qui nous fait vouloir du bien a ceux qui nous font du mal (Mt 5,44), il a des-ja protesté qu'il ne vouloit procurer aucune punition, ni faire partie.

Reste l'œil du publiq qui, je m'asseure, regardera avec edification la grace d'un homme qui a tant de raysons et de justes excuses, ainsy que Vostre Altesse jugera bien, si elle commande que rapport luy soit fait de cette desadventure, selon qu'il en resultera des procedures de justice. Et partant, Monseigneur, la faveur que Vostre Altesse fera a cette calamiteuse famille sera egalement ornee de justice et de misericorde, qui sont les deux aisles sur lesquelles l'aggreable renommee des bons princes vole et au Ciel et en terre, parmi mille benedictions et de Dieu et des hommes. Playse donq a vostre debonnaireté, Monseigneur, de tendre sa main secourable a ce pauvre desolé, et d'excuser la liberté avec laquelle je luy propose ce bon œuvre, protestant que c'est avec toute la tres humble reverence que je doys a Vostre Altesse, a laquelle je souhaite le comble de toute sainte prosperité, demeurant a jamais, Monseigneur, Son tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Le 7 juillet 1617, a Thonon.

MCCCXXX AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE (FRAGMBNT INéDIT) Deux offensés qui souhaitent la grâce de l'offenseur.- Plus d'infortune que d'iniquité.

Thonon, 7 juillet 1617.

…………………………………………………………………………. la fille ne craint rien tant que de se voir privee de son pere, a mesure qu'elle se treuve avoir perdu sa mere; et quant a monsieur l'Abbé de la Menthe, soit quil ayt eu compassion du pere et de la fille, soit quil ayt esté animé de l'Esprit celeste qui nous fait souhaiter du bien a ceux mesme qui nous font du mal, il a protesté qu'il ne vouloit en façon quelcomque faire partie, ni procurer aucune punition. Reste le publiq lequel, je m'asseure, ne sera nullement scandalisé si, sur forces (sic) raysons justificatives d'un tel accusé, il plait a Son Altesse d'ouctroyer la grace, laquelle affin de pouvoir plus aysement obtenir, j'addresse a vostre charité, Monseigneur, cette tres humble requeste, fondee partie sur la justice, partie sur la misericorde; d'autant que, comme on ne peut pas nier qu'il ny ayt en cet accident quelque sorte d'apparence de coulpe, puisqu'il y a des mortz et blessés, aussi faut il confesser qu'il y a beaucoup d'innocence en effect, et plus de grande infortune que de grande iniquité. Playse donq a Vostre Altesse de gratifier de sa faveur ce calamiteux demeurant de famille, affin que, par le pardon fait a son chef, elle puisse aucunement subsister apres un si funeste esbranlement.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mlle Angéline Gavard, à Ville-en-Sallaz (Haute-Savoie).

MCCCXXXI A LA MèRE DE CHANTAL Une postulante attendue à Sainte-Catherine et qu'il faut recevoir à la Visitation. - Madame du Puits-d'Orbe en route pour Annecy. - Trempe d'esprit de l'Abbesse. - Le Saint offre son logis pour la voyageuse. - Malades corporelles et malades spirituelles.

Thonon, vers le 8 juillet 1617 .

Ma tres chere Mere, M. le Premier et M. de la Valbonne m'escrivent d'un'affection si extraordinaire pour Mlle de Beauvilars, que j'ay creu ne pouvoir ni devoir l'esconduire , attendu que ce bon seigneur peut et veut tant favoriser nostre mayson d'Annessi en toutes les occurrences esquelles la Congregation en pourra avoir besoin. Vous verres, sil vous plait, la lettre que j'escris et celles que j'ay receues, par lesquelles, je pense, vous connoistrés que nous ne pouvons pas gauchir.

Je voy bien qu'a Sainte Catherine , ou on gardoit la place, j'auray a m'excuser, puisque mesme la chere fille s'estoit desfaite de tout autre besoigne pour avoir le soin de cette fille ; mays j'auray plus tost accommodé cela que mon esprit, si en chose qui se peut j'avois despleu a monsieur le premier Prcesident. Dieu, ce crois-je, convertira ceci en bien, et si la fille sçait lire et escrire, et qu'elle soit si bien conditionnee qu'on dit, l'incommodité ne sera pas si grande. Monsieur le Curé de Bons , qui connoit M. de Beauvilars , en dit beaucoup de bien. Maysvoyla un' autre affaire. Mme du Puys d'Orbe vient , et je ne puis nullement quitter les affaires que j'ay icy sur les bras, qui sont publiques et pour ma charge. Et encor, si un jour suffisoit a voir cette fille, je m'efforcerois de courir jusque la et revenir; mays, comme vous sçaves, cet esprit est malaysé a s'ouvrir, il y va des jours et des jours. Ma pauvre tres chere Mere, ma vie (je vous asseure que je pensois escrire ma mie, mais il ne va pas mal ainsy) ; je dis donq, ma tres chere Mere, escrives moy ce que je pourray et devray faire, a vostre advis. Mays, mon Dieu, cette pauvre fille que j'ayme tant , a grand tort, ce me semble, d'avoir veu M. de Sauzea a Lyon ; car, quand il seroit un saint, puisque M. le Premier et M. le Baron d'Origni l'aborre (sic) si fort, ne failloit il pas s'abstenir de cette veüe ? Or bien, il ny a remede; c'est pour cela que Dieu donne ces affections paternellement maternelles, affin qu'on se degouste point de servir ces enfans emmi leurs enfances.

Au reste, serves vous absolument de nostre logis pour la recevoir et de tout ce qui y est, sil vous semble bon de la faire loger la. En somme, je ne sçai que vous dire ; vous sçaves mon cœur comme le vostre propre, faites ce que vous verres. 0 si la petite mayson de M. le fiscal estait desembarassee, il y aurait commodité ; au moins, moins d'incommodité.

Voyla aussi cett'autre fille de Bons qui peut estre viendra : voyla bien du tracas. Tout se convertira en bien, et la peine de l'enfantement estant passee, on se res-jouira du bien qui demeurera. La multitude des occasions de bien faire tient quelquefois lieu de croix, mais cet (sic) pourtant la croix la plus douce. Les convulsions des enfantemens, les tranchees, les douleurs sont fascheuses; les steriles, pourtant, les prefereroit (sic) a la tristesse de la sterilité.

Nos malades m'ont fait une grande consolation de guerir (note 94), et ces malades spirituelles nous en feroyent encor un (sic) plus grande si elles guerissoyent. On ne peut pas aymer sans travail, mais le travail est aymable quand on ayme (S.Aug De bono Viduit 21).

…………………………………………………………………………………..

Ce qui me tient en peine pour le fait de la fille de la petite seur , c'est que je l'ay oüie en confession et la fille de chambre aussi, et bien que de ce coste la je ne sache chose au monde de ce qu'on dit, si est ce quil faut eviter qu'on le puisse penser. Dieu me conduira, car j'ay cela bien a cœur.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation du Mans,

MCCCXXXII A MADAME BOURGEOIS, ABBESSE DU PUITS-D'ORBE Bienvenue à l'Abbesse. - La société des âmes pleines d'amour divin allège les afflictions.

Thonon, 15 juillet 1617.

Ma tres chere Seur,

Je sçavois vostre venue de deça par un advis que monsieur le Premier, vostre beaufrere , m'avoit envoyé, et par un billet receu des que je suis icy de madame la Premiere, nostre bonne seur . Et bien que je sois attaché icy encor pour quelque jours, si n'avois-je pas laissé de donner ordre que vous fussies receu (sic) Annessi, comme vous seres, Dieu aydant, a vostre arrivee (lettre 1331), laquelle je suis infiniment marri avoir esté retardee par cette ……ntion. 0 Dieu, que………vous a causé de desplaysirs ! Venes, ma tres chere Seur, et venes bien disposee a suivre mes conseilz, qui partiront d'un esprit qui cherit vostre ame nompareillement. Que ce rencontre n'[ébranle] point vostre courage; Dieu convertira tout cela en bien. La bonne madame de Chantal vous attend impatiemment; vous seres, ce me semble, toute alegee du fardeau de vos afflictions quand vous aures esté un jour avec elle et avec ses :filles, qui sont, a la vèrité, toutes pleines du divin amour et de douceur . J'escris a monsieur le lieutenant qui, je [m'assure,] suivra mon advis. Dieu vous benisse, ma tres chere Seur, ma Fille, et je suis en luy,

Vostre plus humble frere et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

A Thonon le 15 (?) julliet 16 I7.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. l'abbé Gustave Chevallier, Missionnaire apostolique, à Fixin (Côte-d'Or).

MCCCXXXIII AU CHANOINE JEAN-FRANçOIS DE SALES, SON FRèRE Un empressé départ.

Thonon, 19 juillet 1617.

Mon cher Frere, Ces deux motz sont escritz sur le plus empressé depart que je fis onques ; M. le Collateral vous le dira , et tout le reste. Vives joyeux avec Nostre Seigneur.

A Thonon, le 19 julliet 1617.

A Monsieur Monsieur de Boysi.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy. MCCCXXXIV A LA MèRE DE CHANTAL Annonce de retour.

Thonon, 19 juillet 1617.

A nostre Mere.

Ma tres chere Mere,

Ces trois motz vous annonceront ma santé et l'esperance de vous revoir bien tost. J'escris sur le depart pour Evian, ou je vay le plus empressement que jamais j'allay en lieu du monde ; M. le Collateral vous le dira. Je suis, ma tres chere Mere, comme vous sçaves vous mesme, tout vostre.

19 julliet 1617.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

MCCCXXXV A MADAME' DE GENèVE, ABBESSE DE BAUME-LES-DAMES ( INéDITE) Consécration d'une chapelle mortuaire. - Compliments affectueux et saints conseils.

Thonon, 24 juillet 1617.

Madame ma tres chere Mere, Je pars, certes, accablé de mill'affaires, ayant aujourdhuy consacré la chapelle de monsieur vostre frere, qui sera bien belle, certes, et la tumbe aussi . Vous pouves penser si nous avons souvent parlé de vous, mays non pas toutefois si souvent comme j'y ay pensé. Ma tres chere Mere, vives tous-jours toute a Dieu, auquel vostre ame est de si long tems consacree. Sa Passion soit vostre refuge, sa Croix vostre appuy, sa mort vostre vie et sa vie vostre gloire ceternelle. Je suis sans fin, Madame ma tres chere Mere, Vostre tres humble filz et serviteur, FRANçS, E. de Geneve.

24 julliet 1617, a Thonon.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Nancy.

MCCCXXXVI A LA MèRE DE CHANTAL Des fermiers retardataires à payer. - Fine et aimable proposition du Saint à la Mère de Chantal.

Gex, 26 juillet 1617.

A nostre Mere. J'envoye prendre des chevaux pour vous aller revoir, ma tres chere Mere. Ce billet donq n'est que pour vous saluer en attendant, et vous dire que les fermiers de Monseigneur vostre frere ne me veulent point donner d'argent, par ce, disent ilz, qu'ilz ne peuvent faire vostre somme que d'icy a 15 jours . Voyes si vous voules que, pour attendre cela, je retarde icy. Vous aymeres mieux que je vous voye lundi, si ce n'est dimanche . Dieu soit a jamais au milieu de nostre unique cœur.

A Gex, le 26 julliet 1617.

Et a ma tres chere petite seur, ma fille tout uniquement tres aymee , que j'ay grande envie de revoir.

Revu sur l'Autographe qui appartenait à M. Mercier, chanoine de la cathédrale d'Annecy.

MCCCXXXVII A LA MêME Retour de l'Evêque à Annecy. - Pourquoi il veut le lendemain se lever de bonne heure.

Annecy, .30 juillet 1617 .

Me voyci donq arrivé, ma tres chere Mere, en tres bonne santé, graces a Dieu. Je dormiray bien cette nuit, sil luy plait, et vous obeiray fort soigneusement. Mais je ne pense pas que demain je puisse ne me lever pas matin, car il y a trop de playsir a jouir de cette douce partie du jour ; et puis, ne faut il pas aller dire vostre Messe, puisque le reste du jour sera pour l'Office de nostre grande feste ? Aussi ay-je un desir extreme de vous revoir, et ma tres chere petite seur , avec nos Filles. Dieu soit a jamais au milieu de nostre unique cœur. Amen.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation du Mans.

MCCCXXXVIII AU PRéSIDENT JEAN-GEORGES CRESPIN (FRAGMENT INéDIT) Raisons d'un retard à écrire.

Annecy, [commencement d'août] 1617.

J'estais en Chablaix quand je receu la premiere lettre quil vous pleut de m'escrire, et j'attendais response de la supplication que j'avais faite a Son Altesse (lettre 1329), pour pouvoir m'asseurer de celle que j'avais a vous faire. ……………………………………………………………………….

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Casa Cottolengo. MCCCXXXIX AU PRéSIDENT RENé FAVRE DE LA VALBONNE Félicitations au destinataire. - Joie du Saint, et 'celle qu'il promet au nouveau président du Conseil de Genevois. - Le petit Antoine et son grand-père.

Annecy, 6 août 1617.

Monsieur mon Neveu,

Nul ne vous est icy ce que je vous suis, et nul, ni icy ni ailleurs, ne vous veut honnorer et cherir plus que je souhaite de le faire. Pensés donq, s'il vous plait, quel est mon contentement sur vostre venue en cette ville, pour y posseder la qualité que si souvent je vous avois desiree et laquelle vous est arrivee avec tant d'honneur . Le bien est doublement heureux quand il nous arrive heureusement, et doublement honnorable quand il nous vient honnorablement. Venes donq, Monsieur mon cher Neveu, venes vers nous et vivés avec nous joyeusement et suavement, jusques a ce qu'apres longues annees vous suivies monsieur vostre pere au siege souverain, avec autant de consolation publique comme vous venes luy succeder en ce siege subalterne .

Je salue tres humblement ma tres chere niece , et me res-jouis avec elle, si elle se res-jouit de venir; et si elle ne se res-jouit pas, je m'en res-jouis neanmoins, augurant que tout son cœur, que vous aves et qu'elle a, s'en res-jouira quand elle y verra chacun en feste autour de vous et d'elle, pour le contentement general de vostre venue et de la sienne. Dieu soit a jamais au milieu de vostre esprit pour faire justice et jugement ( Ps 98,4), et pour vous combler de douceur et consolation celeste. Je suis sans fin, Monsieur mon Neveu, Vostre tres humble oncle et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Je suis seulement en peine de la separation de monsieur vostre pere et de son petit Anthoyne François , si vous l'apportes, ou de celle de ma niece et de luy si vous ne l'apportes pas ; mays vous l'apporteres, je m'asseure, car, comme separerait-on ma niece de ses entrailles ? et moy j'auray charge de le caresser souvent de la part de ce grand grand pere.

Revu sur une copie conservée à la Visitation d'Annecy. MCCCXL A LA PRESIDENTE DU FAURE (FRAGMENT INEDIT) Un mot du cœur – Prière du Saint pour la destinataire.

Annecy, 7 avril 1617.

Je m'imagine que vous estes sur votre depart pourLanguedoc, ma tres chere Fille (car c'est le mot du cœur), et avant que vous soyes en chemin je vous resalue mille et mille fois, priant Dieu qu'il vous accompaigne et vous tienne tous-jours de sa sainte main, puisque par sa bontéil vous a saysie, affin que vous fussiez a jamais tpoute sienne. Quel bonheur, Madame, d'estre toute a Dieu ! car il ayme les siens, il les protege, il les conduit, il les met au port de la desirable eternité. Demeurés donq ainsy, et ne permettes jamais a vostre ame qu'elle s'attriste ni vive en amertume d'esprit, ou en scrupule, puisque Celuy qui l'a aymee et qui est mort pour la faire vivre, est si bon, si doux, si amiable. Il a voulu, ce grand Dieu, que vous fussies sienne, et vous l'a fait vouloir, et vous l'aves voulu, et il vous a fait prendre tous les vrays moyens pour le devenir. Vous restes donq sans doute, ma tres chere Fille, dont je me res-jouis infiniment et en benis sa misericorde, comme estant en elle sans fin, Madame, Vostre plus humble et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, le 7 aoust 1617.

MCCCXLI AU PèRE PIERRE DE BéRULLE (L2, note 165) L'Evêque de Genève propose au fondateur de l'Oratoire un établissement dans son diocèse.

Annecy, 11 août 1617.

Monsieur,

J'ay bien sujet de vous remercier tres humblement pour l'offre qu'il vous a pIeu de me faire par l'entremise de monsieur de Forax ; mays j'attens de vous rendre ce devoir jusques a ce que je sache si j'auray occasion de me prrevaloir de la grace quil vous plait me faire.

Cependant vous sçaves, comme je pense, quelle estime j'ay tous-jours faite de vostre Congregation , et pour cela, des qu'il a pleu a Dieu par sa bonté de la faire esclorre, j'ay tous-jours desiré d'en avoir une Mayson en ce diocrese; ce que je n'ay sceu faire jusques a present, qu'a mon advis je puis reuscir de ce dessein. C'est en une ville ou nous aurions un prieuré de huit cens escus d'or de revenu fort liquide, l'eglise toute faite et presque ameublee, et le lieu beau, amene, pres de Geneve et Losaline, et auquel on vit presque pour neant, c'est a dire a fort bon marché. Reste qu'il vous playse de me faire sçavoir si vous voudries accepter le parti, et si nous pourrions y avoir d'abord huit prestres, puisque la fondation requiert cela, et si il se pourroit pas faire que l'un des huit exerçast la charge des ames, aydé par les autres ; car cela estant, je n'auray plus a faire que d'obtenir le consentement de Son Altesse qui, je m'asseure, l'accordera volontier .

J'attendray donq de vos nouvelles pour ce regard, et vous conjurant de me recommander souvent a la misericorde de Dieu, je demeureray a jamais, de toute vostre Congregation en general, et de vous en particulier, Monsieur, Tres humble confrere et tres affectionné serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

XI aoust 1617, Annessi.

A Monsieur

Monsieur de Berule,

en la Congon de l'Oratoire. A Paris.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Reims.

MCCCXLII A LA MèRE DE CHANTAL ( INéDITB ) Que faire contre les bruyantes réclamations de deux femmes.

Annecy, vers mi-août 1617 .

Ma tres chere Mere,

Voyci madame la fiscale qui crie tant qu'elle peut misericorde , et la verve crie aussi de son costé . Il m'est advis que vous n'aves rien a faire en ceci, sinon de prendre ce que selon justice et rayson messieurs les deputés vous bailleront, en le bien payant. Et quant au reste, la vefve ne sçauroit garder ce qu'elle prœtend ; car, quand pour avoir ce qui vous est necessaire de sa mayson on la luy aura payee, il se treuvera asses de gens qui feront tenir sequestré l'argent. Mais je ne puis bonnement m'expliquer par escrit ; ce sera demain matin, Dieu aydant. Cependant il faut renvoyer le tout a ce que messieurs les deputés feront ; ce que je vous dis par ce que je crain (sic) que ladite madame la fiscale n'aille encor vous parler et crier alarme. Et bon soir de tout mon cœur, ma tres chere Mere de tout mon cœur.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. le chanoine Robert, doyen du Chapitre de Belley. MCCCXLIII A MADAME DE LA FLéCHèRE Une dame " un peu brune " sur le Saint. - Pourquoi son protégé n'a pas été pourvu au concours.

Annecy, 28 août 1617.

Ma tres chere Fille, Je le croy que cette bonne dame sera un peu brune sur moy, par ce que ell' affectionne fort les serviteurs de sa mayson, et l'un d'iceux s'estant presenté au concours dernierement sous sa recommandation, ne fut pas prouveu, quoy qu'il soit certes fort capable. Mays a la premiere commodité, je luy feray sçavoir qu'il m'est impossible de le gratifier tandis quil ne sera pas prestre ni lié aux Ordres sacrés ; car, quelle apparence de donner les charges ecclesiastiques de telle consequence a un qui n'est encor point ecclesiastique, au prœjudice de plusieurs honnestes ecclesiastiques qui ont des-ja fait longuement l'exercice et qui ont bien servi l'Eglise ? Je laisse a part qu'il n'est pas du diocœse, car en cela je me puis dispenser. Voyla, ma tres chere Fille, tout le sujet qu'elle peut avoir. C'est grand cas comme l'esprit humain est ami de sa volonté, et comme chacun suit l'amour propre sans regarder ce qui est plus au service de Dieu ! Sur cela je luy escris l'advis requis pour l'affaire de monsieur le Prieur ; je ne sçai si cela accommodera son cœur, mais il me tardait que je le fisse. Au reste, Mlle de Chantal ne peut ne vous honnorer et cherir cordialement, puisqu'ell'est la fille de sa mere, et la mienne certes, car je l'ayme bien. Et je suis parfaitement vostre, mais je dis tres absolument, et Jesus soit a jamais nostre vie. Amen.

XXVIII aoust 1617, Annessi.

A Madame

[Madame] de la Flechere.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

MCCCXLIV A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET éVêQUE DE MONTPELLIER (L4, note 11) (INéDITE) Paris et Grenoble en attente de l'Evêque de Genève pour le Carême. - Mince bagage de science qu'emporte d'Annecy le jeune des Hayes. - Un engagé militaire en congé. - Souvenir douloureux de la mort de Bernard de Sales. - Capitulation devant une " batterie de pleurs ". - La tyrannie du péché.

Annecy, 30 août 1617.

Monseigneur,

Je vous rens graces tres humbles de lhonneur que vous me faites, qui m'est certes infiniment prœtieux; et pleut a Dieu que je peusse correspondre par autant de services comme j'ay de desirs !

Je suis encor incertain si j'iray a Paris ou si je retourneray a Grenoble, Son Altesse, laquelle m'a commandé l'un et l'autre, ne m'ayant encor voulu determiner auquel des deux je m'attacheray .

Monsieur Garin vous dira toutes nos nouvelles et que nous renvoyons le jeune M. des Hayes , doux, amiable, courtois, a M. son pere , mais non pas fort sçavant, ains seulement instruit d'un peu de latin et de quelques parties des mathematiques. Je m'asseure que monsieur son pere s'en contentera, puisque il ne s'est rien peu faire davantage, quoy que nos Peres Barnabites, ayent cooperé de tout leur pouvoir.

Vous m'aves renvoyé M. de Barraux , affin quil eüt quelque sorte de refuge vers moy en ce qui regarde son bonheur, c'est a dire vostre grace. Pour cela, suis je obligé de vous asseurer que tous les jours il va de bien en mieux, s'estant rangé a la compaignie de M.le Marquis d'Aix , duquel il eut congé, apres la miserable prise de Verceil (note 109), de venir icy, pour toutefois retourner dans peu de jours en Piemont, ou je ne vous diray point quelle perte vous et moy avons faite : vous, d'un serviteur fort asseuré, moy, d'un frere tres aymable et qui entroit fort honnorablement en la connoissance et bienveuillance de son Prince . Je me suis tû, Seigneur, et je n'ai pas ouvert ma bouche, parce que c'est vous qui l'avez fait. (Ps 38,10). La playe est des-ja a moytié soudee, apres trois moys.

La femme du sieur Gautier m'a forcé par ses larmes de vous supplier, Monseigneur, de recommander sa misere a son mari, ou plus tost la misere de ses filles, car quant a la sienne, elle ne nie pas de l'avoir meritee . Il ny a moyen de resister a cette batterie de pleurs, et cela m'excusera dequoy je prens cette confiance.

M. de Bellerive avoit renvoyé en Piemont sa Marguerite, sur mes exhortations; mais comme ce sont des diablesses familieres dont on ne se peut defaire apres qu'on leur a fait hommage, on m'a dit qu'ell' est retournee d'elle mesme, comme philtree et transportee de la passion de l'amour de cet homme ; mais quant a la vouloir espouser, il proteste de ny avoir jamais pensé. Je le vis l'autre jour passant a Gex , et croyois, quelques jours apres, de les assembler, ouïr et accommoder, mays je ne fus pas si heureux de la voir ni le revoir ; encor veux je pourtant m'en essayer. La tyrannie du peché est cruelle ; elle oste le jugement, oüy mesme a ceux qui n'en ont point. Je prie Dieu quil vous conserve et comble de toute sainte prosperité, demeurant a jamais, Monseigneur,

Vostre tres humble et tres obeissant

frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

30 aoust 1617, Annessy.

A Monseigneur

Monseigneur l'Evesque de Monpelier, Conseiller d'Estat de Sa Majesté.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Montpellier.

MCCCXLV AU PRéSIDENT ANTOINE FAVRE (INéDITE ) Une distraction de François de Sales. - Démarches de Mme de Thorens. pour recouvrer les armes de son mari. - Inquiétudes au sujet de la santé de la présidente de la Valbonne.

Annecy, 30 août 1617.

Monsieur mon Frere,

Hier, parmi un tracas importun, escrivant a monsieur de Charmoysi mon cousin , et ayant volonté de vous escrire, je fermay sa lettre comme si c'eust esté a vous, sur le sujet de la maladie de madame la Presidente de Genevois ma niece . Je croy que vous m'excuseres aysement, et mon cousin aussi, qui connoisses asses mon esprit sujet aux evagations. Maintenant, c'est au nom de ma seur de Thorens que je vous escris, et vous presentant son tres humble baysemain, je vous supplie de la favoriser en ce qui se pourra bonnement faire pour le recouvrement de certaines armes de feu mon frere son mari, dont ce porteur vous declarera les particularités ; vous remerciant tres humblement encor de la part de cette seur du soin quil vous plaist d'avoir es occurrences des affaires de feu mon frere, que nous allons demeslant le mieux que nous pouvons, pour payer cinq ou six cens escus de debtes quil a laissés, en attendant de voir ce que la providence de Dieu fera naistre de sa vefve enceinte. Au reste, je vous supplie tres humblement de commander que nous soyons advertis de l'estat de la maladie de nostre Presidente, car en verité nous en sommes en peine jusques a l'inquietude inclusivement, et les Dames de la Visitation n'oublient pas a prier Dieu, comme aussi que sa bonté vous veuille conserver. Je suis, Monsieur mon Frere, Vostre tres humble et obeissant frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, 30 aoust 1617.

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Turin.

MCCCXLVI A MADAME DE BLANIEU Comment ne pas dévier du chemin des ordonnances divines.

Annecy, 30 août 1617.

Que faites-vous, ma tres chere Fille ? car voyla le mot que vous voules. Mon cœur pense souvent au vostre et, si vous entendies son langage, il vous demande si vous estes tous-jours au pied de la Croix, ou je vous laissay, c'est a dire tous-jours attachee a la tressainte volonté de Dieu, pour ne fourvoyer ni a droitte ni a gauche (ni aux contentemens ni aux afflictions, ni entre les amis ni entre les ennemis) du chemin de ses ordonnances (Ps 118, 32 ; Pr 4,fin). Je le croy, . certes, ma tres chere Fille, et je vous en conjure. Ces jours s'escoulent, l'eternité s'approche : passons si droit qu'elle nous soit heureuse. Ce sont les souhaitz que je fay sur vous, ma tres chere Fille, a qui je suis fort affectionnement Vostre tres humble serviteur en Nostre Seigneur, FRANçs, E. de Geneve.

Ce 30 aoust 1617, Annessi.

MCCCXLVII A LA MèRE DE CHANTAL Attente et désir du saint Evêque.

Annecy, 5 septembre 1617 .

Helas, ma tres chere Mere, si j'osais j'irais ; quand il sera a propos, faites le moy sçavoir. Certes, mon ame est en peine. Dieu, par sa bonté, nous veuille donner l'ame de cet enfant et la vie de la mere, que j'ay dedans mon cœur comme ma pauvre tres chere petite fille .

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives Barolo.

MCCCXLVIII A LA MêME (FRAGMENT INéDIT) Visite différée.

Annecy, 5 septembre 1617 .

Ma tres chere Mere, J'ay esté sur le point de vous aller [voir] et dire la Messe en vostre eglise; mais ce qu'on m'a dit [du] mauvais chemin m'a arresté, outre que j'ay quelque [opinion] que je ny doive pas aller encor maintenant. Pour …………………………

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Fribourg. MCCCXLIX A M. LAURENT SCOTTO (L7, note 723) (INéDITE EN ITALIEN) Un bénéfice prét à vaquer.

Annecy, 7 septembre 1617.

Illustre et très Révérend Seigneur, Par ces quatre lignes, je dis en hâte à Votre Seigneurie que M. Nicolas Clerc (L1, note 322) n'a jamais voulu résigner la chapelle ni aucun autre bénéfice, quoiqu'il soit malade depuis longtemps. C'est pourquoi vous ferez très bien de profiter du temps et de tâcher d'en obtenir la nomination par ceux qui ont le droit de patronage, car les médecins assurent que M. Nicolas mourra bientôt , Aussi, n'ayant pu mieux faire, j'ai pensé devoir en avertir Votre Seigneurie, à qui je suis de tout cœur,

Très affectionné serviteur et frère,

FRANçOIS, Evêque de Genève.

Annecy, 7 septembre 1617.

A l'Illustre et très Révérend Seigneur,

M. Laurent Scotto, Chapelain de Son Altesse.

Revu sur l'Autographe conservé à Milan, Archives du prince Trivulzio

MCCCL A MADAME DE MONTFORT Nouveau deuil et nouvelle douleur. - Saintes dispositions de la baronne de Thorens à son lit de mort.

Annecy, 10 septembre 1617.

Madame ma tres chere Cousine, Nous n'avions encor achevé nos plaintes pour la perte que nous avions faite en Piemont , que voyci la seconde arrivee, laquelle, je vous asseure, nous est infiniment sensible, cette chere ame ayant tellement vescu parmi nous, qu'elle nous avoit rendus tous parfaitement siens, mais moy plus particulierement, qu'elle regardoit avec un amour et honneur filial ; et puis, le contrecoup receu par l'affliction de sa digne mere donne surcroist a nostre desplaysir. Mais pourtant, a l'imitation de cette defunte, nous embrassons, aymons et adorons la volonté de Dieu, avec toute sousmission de tout nostre cœur, car c'estoyent presque ses dernieres paroles ; vous asseurant que jamais je n'ay veu un trespas si saint que celuy de cette fille, quoy qu'elle n'eust que cinq heures pour le faire . Je vous remercie cependant humblement, et M. de Montfort, mon cousin , de l'honneur de vostre souvenance, et suis a jamais, Madame ma Cousine, Vostre tres humble cousin et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Le 10 septembre 1617.

MCCCLI A UN GENTILHOMME (FRAGMENT) Sainte mort de la baronne de Thorens.

Annecy, vers le 12 septembre 1617 ,

…………………………………………………… Il a pleu encor, ces jours passés, a Dieu de me visiter en nostre mayson, retirant a soy nostre nouvelle vefve, ma seur de Thorens, femme des plus sages, vertueuses et aymables qu'on eust sceu desirer. Il m'estoit advis que mon frere ne fust pas du tout mort tandis que cette femme vivoit. Elle s'estoit vouee a la Visitation des l'instant de sa viduité et avoit des-ja fait ce projet au despart de son mari ; et Dieu luy a fait la grace qu'elle est morte en cette mayson, d'une mort marquee de sainteté extraordinaire ; elle demanda l'habit et fit les vœux avant que de mourir. Monsieur, il me fait grand bien de vous dire mes douleurs, puisque vous me faites l'honneur de me vouloir du bien……………………………

Revu sur le texte inséré dans la Vie manuscrite de Marie-Aimée de RabutinChantal, baronne de Thorens, conservée à la Visitation d'Annecy.

MCCCLII A LA MèRE DE BRéCHARD SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE MOULINS (FRAGMENT) Suprême transformation d'une âme. – " Un amour infiniment plus que fraternel. "

Annecy, vers le 12 septembre 1617.

…………………………………………………………… Au reste, que dires vous de nos afflictions domestiques ? Ce n'est pas l'aymable belleseur de Thorens que vous avies veuë, c'est une seur toute autre que nous avons veu trespasser ces derniers jours ; car, des un an en ça, elle estoit tellement perfectionnee qu'elle n'estoit plus connoissable, mais sur tout despuis sa viduité, qu'elle s'estoit voüee a la Visitation. Aussi, mon Dieu, quelle fin a elle faite ! certes, la plus sainte, la plus suave et la plus aymable qu'il est possible de s'imaginer. Non, je la cherissois d'un amour infiniment plus que fraternel ; mais, ainsy qu'il a pleu au Seigneur, ainsy doit il estre fait : son saint nom soit beni (Jb 1,21) ! Amen. ………………………………………………………..

MCCCLIII A LA MèRE FAVRE SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON Une baronne qui promettait de devenir une autre Mère de Chantal.- Sa mort douloureuse et sainte.

Annecy, 12 septembre 1617.

Vous vous imagineres bien de quelle sorte nous avons esté touchés ces jours passés, ma tres chere Fille. Ce n'est pas la madame de Thorens que vous aves veuë, quoy que celle-la fust fort aymable : c'est une madame de Thorens toute dediee a Dieu, toute relevee au desir de ne vivre qu'a Dieu, toute pleine de clarté es choses spirituelles et de la connaissance de Dieu et de soy mesme, et telle que l'on pouvait esperer que dans peu de tems elle serait une autre nostre Mere . Je ne vous diray rien de sa fin tressainte; on vous l'escrira de chez nos Seurs. Entre ceux qui la virent en cette derniere maladie, il y en eut qui, le jour suivant, me vindrent demander congé de l'invoquer, et d'autres qui vindrent renouveller leurs bons propos, esmeus du spectacle de cette mort toute pleine de douleurs extremes, et douleurs toutes parsemees de : " VIVE JESUS ! Seigneur Jesus, tirés moy (Ct 1,3) a vous. 0 Passion et Mort de mon Jesus, je vous embrasse, je vous ayme, je vous adore, vous estes mon esperance. VIVE JESUS et MARIE, que j'ayme plus que ma vie ! " et semblables, prononcés si suavement que merveilles. Or sus, ma tres chere Fille, il m'a fait grand bien de vous dire ces quatre motz qui sont un eschantillon de la pieté de cette mort. Cette chere ame est trespassee Seur et Fille de la Visitation tout ensemble. Je suis infiniment vostre.

FRANçs, E. de Geneve.

Le 12 septembre....

Revu sur le texte inséré dans la Vie manuscrite de Marie-Aimée de Rabutin Chantal, haronne de Thorens, conservée à la Visitation d'Annecy.

MCCCLIV AU CARDINAL ROBERT BELLARMIN (L7, note 622) (EN LATIN) Un heureux transfuge de l'hérésie. - Pour lui, le Saint réclame le paiement d'une pension promise. - Souhait ardent d'avoir, de la main du savant Cardinal, l'explication de quelque Epître de saint Paul. - Les princes en guerre et le Pacificateur à venir.

Annecy, 12 septembre 1617.

Illustrissime et Révérendissime Seigneur, objet de ma constante vénération dans le Christ,

M. Louis Desplans (L7, note 521), né en pleine cité de Genève, a été élevé au milieu d'un peuple au cœur et aux lèvres souillés.(Is 6,5) Mais il y a de longues années déjà que, converti au Christ, Evêque et Pasteur de nos âmes, (1 P 2,25) il est venu, ou plutôt revenu, à sa très douce Epouse, l'Eglise catholique, dans la communion de laquelle il a été rétabli à Rome même, et par l'ordre du bienheureux Pontife Clément VIII. Plus tard, il reçut de notre Très Saint-Père le Pape Paul V - que Dieu conserve ! - un canonicat de notre Eglise de Genève, ainsi qu'une pension qui devait tant bien que mal subvenir à sa pauvreté ; car, en ce qui concerne le canonicat, personne assurément, si économe soit-il, ne peut vivre de ses revenus : à peine s'élèvent-ils a quarante écus, et encore, le plus souvent, ils n'atteignent pas même vingt-cinq pièces d'or.

Mais voici que son titulaire ne peut en aucune façon toucher la pension. Dans ces conditions, il lui est désormais difficile, ou plutôt impossible de vivre, étant par ailleurs privé de patrimoine et de tout autre bénéfice ecclésiastique.

C'est pourquoi il a de nouveau recours à la source Apostolique pour obtenir que cette pension lui soit confirmée et les revenus assurés, ou bien qu'on lui octroie quelque autre pension ou bénéfice. A sa prière, je le recommande très volontiers et en toute humilité à Votre Seigneurie Illustrissime .

Je saisis cette occasion pour vous féliciter vivement de vos deux derniers livres, pleins de piété, par lesquels vous avez ranimé le cœur des fidèles et les avez excités à poursuivre une perfection plus haute . Mais je dirai encore un mot à mon seigneur. (Gn 18,27) Combien je voudrais, ô Dieu de bonté ! combien souhaiteraient aussi la plupart des gens de bien, que nous eussions, sinon toutes, au moins l'une ou l'autre des Epîtres de saint Paul, fût-ce des plus courtes, expliquée au triple sens historique, dogmatique et mystique, que signale Votre Illustrissime Seigneurie. Ce serait un spécimen et un type pour un commentaire analogue des autres Epitres. Il suffirait d'avoir, exposée d'après cette méthode, l'Epître si brève à Tite, ou même celle à Philémon, ou encore tel ou tel chapitre de quelque autre . Demander l'explication de toutes, l'attendre de la main illustre de Votre Seigneurie, serait indiscret et excessif. N'est-il pas permis de craindre, à un âge si avancé, après tant de labeurs supportés dès la jeunesse pour les intérêts de la chrétienté, qu'une pareille œuvre ne soit audessus, non de la vigueur de votre esprit, grâce à Dieu, mais de vos forces corporelles ? Frayer cette voie nouvelle dans le champ des Ecritures, à la tête de jeunes recrues à peine en état de vous suivre, serait assurément une œuvre très utile.

En attendant, tout en formulant ce vœu de tout cœur, je supplie le Dieu très bon et très grand de garder une vie florissante le plus longtemps possible à Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime, dont je suis Le très dévoué, très obéissant et très humble serviteur, FRANçOIS, Evêque de Genève.

Annecy en Genevois, 12 septembre 1617.

Hélas ! Illustre Seigneur, combien de maux, et quels maux sont suspendus sur nos têtes, si la paix ne se conclut par la vertu du Seigneur (Ps 121,7), Dieu des armées ! (1 R 15). Plût au Ciel que les princes catholiques n'eussent qu'un seul cœur ! (Ac 4,32) Mais leur cœur est divisé, donc ils périront! (Os 10,2). Où est-il le Pacificateur ? (Is 45,7). Oui, venez, Seigneur Jésus ! (Ap 22,20).

Revu sur une copie conservée à Rome, Archives du Postulateur général des Causes des VVbles et BBx S. J., dossier Bellarmin, carton 4 .

MCCCLV AUX RELIGIEUX DU MONASTèRE DE SIXT ( INéDITE) Encouragement à la réforme.

Annecy, 12 septembre 1617.

Mes Reverens Freres,

Ayant sceu par monsieur le Prieur, monsieur Jean Moccand , la bonne disposition en laquelle vous [vous] treuves pour remettre vostre Monastere et Congregation au train de l'ancienne pieté de vostre Ordre, j'en ay loué Dieu de tout mon cœur et m'en suis grandement res-jouy, comme de chose qui importe extremement au service de Dieu, et a vostre salut et consolation, et a l'edification des fideles. C'est pourquoy je vous exhorte de toutes mes forces de prendre au plus tost entre vous la resolution de commencer ; pour a quoy vous servir et assister, je vous envoyeray homme bien instruit et de bonne qualité, quand vous me feres sçavoir qu'il en sera tems, et moy mesme, s'il est requis, je m'y achemineray tres volontier, et m'estimeray bien heureux si je puis estre utile a faire reuscir un dessein si honnorable et pieux . Prenes courage, Dieu sera parmi vous, qui fera l'œuvre, si vous l'en supplies ; il ne vous a pas donné cette bonne disposition, qu'il ne veuille vous acheminer a la perfection de l'œuvre. J'attendray cependant de vos nouvelles, et vous desirant toute sainte consolation, je demeureray, mes Reverens Freres, Vostre plus humble et tres affectionné frere en Nostre Seigneur, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, le XII septembre 1617.

A Messieurs

Messieurs les Reverens Chanoynes reguliers

de St Augustin et Chapitre du Monastere de Sixt

Revu sur le texte inséré dans le 1er Procès de Canonisation.

MCCCLVI A UN GENTILHOMME Quelques points qui doivent servir à justifier les Religieuses de la Visitation. - Les Sœurs ne manquent ni aux lois civiles, ni aux lois ecclésiastiques dans la construction du monastère.

Annecy, vers 10-15 septembre 1617 .

Monsieur,

Je prens la confiance en vostre charité de vous prier que les pointz suivans soyent bien remonstrés, en sorte que, s'il est possible, l'audiencier les escrive .

1. Que les Dames de la Visitation ayant acheté au veu et sceu de toute la ville la mayson en laquelle elles sont a present , pour y servir Dieu, et s'y estant logees sans opposition ni contradiction de personne, ni mesme des Peres de Saint Dominique, ains au contraire le Reverend Pere de Bollo, Superieur de l'Ordre , ayant favorisé leur Congregation et leur sejour en ce lieu la de plusieurs saintes exhortations faites par luy en leur oratoire, elles n'avoyent nul sujet de penser que lesditz Peres eussent pris en si mauvaise part leur demeure en ce quartier.

2. Que despuis, ayant pleu a Dieu de donner accroissement a leur Congregation, elles se sont treuvees en necessité d'eslargir leur habitation et s'accommoder des maysons voysines, par traittés legitimes faitz avec les possesseurs d'icelles et, par mesme moyen, elles se sont treuvees en necessité de bastir et former leur mayson en monastere pour pouvoir observer la clausure et la bienseance de l'habitation ……..Et partant, ayant besoin d'avancer leur bastiment sur le canal, il a pleu a la pieté de Sa Grandeur , a laquelle il appartient, de la leur accorder, ainsy qu'il appert par ses patentes ; et ce, les gens de Sa Grandeur, Messieurs de cette ville, et le Reverend Pere nostre Maistre le Prieur ouys en toutes les remonstrances qu'il leur pleut de faire .

3. Qu'elles sont extremement marries de ne pouvoir eslever leur bastiment sans donner quelque ombre au jardin desditz Peres : que si en cela elles donnent quelque nuisance, c'est a leur regret et sans leur coulpe, puisque la necessité de leur edifice les contraint ; en sorte que si elles font quelque incommodité, si ne leur font elles point de tort, estant des incommodités que les voysins, par disposition de droit et la coustume generale des gens, doivent souffrir des voysins.

4. Que neanmoins, bien qu'en cela elles ne fassent rien que selon leur droit et avec legitime authorité de Sa Grandeur et de l'Ordinaire du lieu, elles ont tousjours desiré pouvoir en quelque façon accommoder leur necessité urgente de bastir en ce lieu la avec l'utilité desditz Reverens Peres: ayant a ces fins supplié M. Rousselet et M. le President des Comptes , et quelques autres personnes d'honneur, de vouloir moyenner quelque accommodement qui peust contenter lesditz Peres ; s'offrant, icelles Dames, de faire tout ce qu'il plairoit auxditz seigneurs Rousselet et President, ou mesme a telz autres qu'on choisiroit, de marquer et ordonner. A quoy elles perseverent, et prient lesditz Reverens Peres d'en venir a expedient amiable par les voyes qui seront advisees plus propres ; et ce, en consideration de la charité religieuse qui doit regner entre des personnes qui, par commune vocation, ont quitté le monde pour servir Dieu, lesquelles se pouvant entr'ayder, le doivent faire, et non pas s'empescher l'une l'autre.

5. Qu'en ce qui regarde la bienseance et la juste distance qui doit estre entre les monasteres des femmes et ceux des hommes, elles s'en sont rapportees au jugement du Reverendissime Evesque de ce lieu, lequel est chargé par les Canons et par le Concile de Trente (Sess XXV de Regul, 5) de prouvoir a tout ce qui regarde la clausure et asseurance des monasteres des filles. De sorte qu'iceluy, toutes choses considerees, les ayant authorisees en ce bastiment, elles sont hors de tout reproche et en droit de bastir en ce lieu la ; lequel, au reste, n'est ni proche ni en veuë du monastere desditz Reverens Peres, ains seulement d'un jardin qui leur appartient, escarté de leur monastere et hors l'enclos d'iceluy, lequel, avant que la Congregation de la Visitation fust, estoit exposé a la veuë des femmes et filles, et au bruit [de celles qui] faisoyent la lessive, [là où] maintenant il semble [ que] la condition desditz Reverens [Pères est améliorée,]

puisque lesdites Dames…….[et] que les Seurs ne regarderont ni ne seront aucunement [regardées.] Mais sur tout [elles auraient prié lesdits] Reverens Peres, avant que de passer aux ameres et peu edificatives poursuites de proces, de convenir de gens d'honneur et de qualité qui fissent essay d'accommoder la necessité qu'elles ont de bastir au lieu que Sa Grandeur leur a accordé, avec l'utilité du monastere de Saint Dominique auquel elles desirent porter respect et honneur .

Monsieur, je laisse a part les procedures faites, les cautions prestees et ce qui resulte des pieces ; mais ayant veu les Canons, les Conciles et les elucidations du Concile de Trente (Sess XXV, de Regul.5,8), il me semble qu'elles doivent rejetter sur moy l'article de la bienseance, comme chose dont je suis chargé. Et qu'il faut encor bien noter la difference qu'il y a entre le monastere et le jardin du monastere, sur tout en cette occurrence en laquelle le jardin est hors de l'enclos du monastere et de sa propre constitution, sujet a la veuë de tout le voysinage; de sorte que l'on n'empire pas sa condition, ains on l'ameliore, puisqu'on leur ostera la veuë des [femmes] qui seront la aux fenestres de……..deront point la…………….

MCCCLVII A MADAME DE LA FLéCHèRE Visite au milieu d'un appointement. - L'avis de François de Sales au sujet des études de Charles de la Fléchère.

Annecy, 15 septembre [1617 .]

J'ay veu ce cher filz , mais si peu que c'est presque ne l'avoir pas veu, mesme aujourdhuy quil est venu tandis que j'estois en un appointement. Mays pourtant, je le voy plein de bon visage et bien marqué. Je suis d'advis qu'il retourne a Lyon (note 27), puisque il s'y porte si bien et quil est de si bon naturel quil ne refuse pas l'estude auquel il commence a prendre goust, ainsy que son maistre m'a dit. Mays avant son retour nous aurons bien le contentement de le revoir, et vous aussi, ma tres chere Fille, a qui je souhaite mille et mille benedictions, qui suis infiniment vostre et Vostre tres humble serviteur, compere et Pere, sans loysir.

xv septembre.

A Madame Madame de la Fleschere. A Rumilly.

Revu sur une copie déclarée authentique. conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MCCCLVIII A SA SAINTETé PAUL V ( L3, note 97) (MINUTE EN LATIN) L'Evêque de Genève implore une dispense pour les pauvres Clarisses de son diocèse. - Sou but est de leur faciliter l'observance de la Règle et la vie de prière.

Annecy, 17 septembre 1617.

Très Saint-Père,

Il y a dans ce diocèse de Genève deux Monastères de l'Ordre de Sainte-Claire, transférés, depuis plus de soixante ans, l'un de la cité de Genève en celle d'Annecy (L3, note 101), l'autre de la ville d'Orbe en celle d'Evian , lorsque l'injustice et la violence des hérétiques chassèrent les Religieuses de leurs couvents. Les Sœurs de ces Monastères ont pu, jusqu'à ce jour, tant bien que mal, traîner et soutenir leur vie au milieu d'épreuves diverses et nombreuses, conséquence de la pauvreté et de la mendicité. Mais désormais, ce diocèse, cruellement appauvri par les fréquentes incursions des hérétiques et les ravages de longues guerres, ne peut plus répondre à leurs demandes de secours. Humblement prosternées aux pieds de Votre Béatitude, elles adressent à Votre providence Apostolique les vœux les plus ardents pour qu'elles puissent, sous son bon plaisir et avec sa dispense, posséder en commun des biens fonds et autres immeubles . Cette dispense a déjà été accordée, à Grenoble, par la paternelle charité du Saint-Siège, à d'autres Sœurs du même Ordre, moins pauvres que celles-ci . Tous les justes appréciateurs des choses spirituelles ont loué cette mesure.

En effet, libres et affranchies par ce moyen des pénibles anxiétés qui, dans un si grand dénuement de toutes choses, semblent presque étouffer l'élément spirituel, elles se rendront avec ardeur parfaites observatrices des autres règles de leur Ordre; et, avec plus de joie, de facilité, d'attention et de persévérance, elles s'adonneront à célébrer les louanges de Dieu et à prier pour l'Eglise.

…………………………………………………………………..

FRANçOIS, Evêque de Genève.

Annecy en Genevois, 17 septembre 1617.

MCCCLIX AU CARDINAL ROBERT BELLARMIN (MINUTE EN LATIN) La misère des Clarisses du diocèse de Genève. - Ce qu'apprend l'expérience sur la trop grande pauvreté des Monastères de femmes. - Sollicitude du Saint pour des Religieuses exemptes de sa juridiction. - Il dénonce des manquements aux décrets du Concile de Trente.

Annecy, 17 septembre 1617.

Illustrissime et Révérendissime Seigneur, très vénéré dans le Christ, Nous avons, l'un ici, l'autre à Evian, deux Monastères de Sainte-Claire, où les Sœurs, par les jeûnes, les veilles, la nudité des pieds et beaucoup d'autres macérations corporelles, s'efforcent de servir le Dieu très bon et très grand. Jusqu'à présent, avec des aumônes mendiées de côté et d'autre, elles ont vécu tant bien que mal, quoique très difficilement, au milieu de nombreuses et très fréquentes afflictions . Finalement, les choses en sont venues maintenant à un tel point qu'il n'y a plus du tout moyen de pourvoir à leur subsistance, si le Siège Apostolique ne daigne leur donner la dispense nécessaire pour qu'elles puissent posséder en commun des biens fonds et autres biens immeubles.

En effet, après trente années d'une guerre cruelle, après les fréquentes et désastreuses incursions des hérétiques, on ne peut plus trouver dans ce diocèse de Genève, des aumônes suffisantes pour soutenir et entretenir ces Monastères. Je passe sur ce qu'une expérience convaincante nous apprend de la mendicité des femmes : elle est toujours accompagnée de préoccupations pénibles, de soucis immodérés et continuels, de pensées mélancoliques, d'industries dangereuses sur les moyens de demander et d'obtenir, et des plus troublantes inquiétudes.

Aussi, voyant cette pauvreté extrême nuire beaucoup à leur vie intérieure et rendre ces Religieuses incapables de persévérer plus longtemps dans leur vocation, si le Siège Apostolique ne pourvoit d'un remède opportun, j'ai tenu - bien que le soin de ces Sœurs incombe, non à moi, mais aux Frères Mineurs - à appuyer les demandes et les supplications qu'elles se proposent d'adresser à Sa Sainteté, par mes très humbles prières à la bonté de Votre Seigneurie Illustrissime, que je souhaite beaucoup leur être favorable, Je l'informe en passant que dans ces Monastères de femmes de notre province, on n'observe nullement les très salutaires décrets du Concile de Trente sur le confesseur extraordinaire à donner deux ou trois fois l'année aux Religieuses, et sur l'examen que l'Evêque doit faire des filles ou femmes avant leur profession. Bien plus, alors que, pour le Jubilé, il est permis à chacun de choisir un confesseur à son gré, pourvu qu'il soit approuvé par l'Ordinaire, ce moyen de soulager leur conscience leur est interdit par une cruelle injustice , Qu'il me suffise de signaler ces faits à Votre Illustrissime Seigneurie.

Dieu veuille la garder en santé très longtemps encore ! En lui baisant très humblement les mains, je demeure, De Votre Illustrissime et Révérendissime Seigneurie, Le très obéissant et très humble serviteur, FRANçOIS, Evêque de Genève.

Annecy en Genevois, 17 septembre 1617.

MCCCLX A DON JéROME BOERIO, GéNéRAL DES BARNABITES (L7, note 930) (EN ITALIEN- voir la minute p.63) Eloge du P. Baranzano. - Prière de le renvoyer au collège d'Annecy.

Annecy, 23 septembre 1617.

Révérendissime et très honoré Père dans le Christ, Le P. D. Redento retourne où la sainte obéissance l'appelle. Il a de très bonnes qualités et nous a donné à tous beaucoup d'édification . Je sais qu'il a failli en faisant imprimer ses livres sans l'autorisation requise , mais je sais aussi que la cause principale de cette faute est une certaine simplicité et inadvertance; sans doute, grâce à la correction paternelle et pleine de bonté qui lui sera faite par Votre Paternité Révérendissime, il se tiendra désormais sur ses gardes. C'est pourquoi, à moins qu'elle ne le juge pas à propos pour quelque raison que j'ignore, j'ose dire à Votre Paternité qu'il serait bon de le renvoyer ici ; car ayant appris la langue et étant fort goûté en ces quartiers, il me semble qu'il s'y rendrait très utile . Cependant, je me remets pour tout à votre grande prudence. Que Dieu comble de bonheur dans la participation de la grâce et de la gloire céleste Votre Paternité, dont je veux demeurer toujours Le très humble et très dévoué serviteur et frère, FRANçOIS, Evêque de Genève.

23 septembre 1617, Annecy.

Au Révérendissime et très honoré Père dans le Christ,

Le Père Général des Clercs réguliers de Saint-Paul. Milan.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat. MCCCLXI A DON JUSTE GUéRIN, BARNABITE (L7, note 461) Départ précipité du P. Redento. - François de Sales ne sait pas encore s'il prêchera à Paris ou à Grenoble. - Le jardin des Barnabites. - Pourquoi le Saint garde une lettre sans l'envoyer.

Annecy, 23 septembre 1617.

Mon Reverend Pere,

C'est sans loysir que je vous escris, car le P. Redento part a l'improviste aujourd'huy, duquel j'attendois le despart seulement a lundi. Vous recevres un paquet ou sont les livres de l'Introduction et les nouvelles desplaysantes de nostre perte recente de nostre pauvre et tres aymable vefve . Madame la Marquise d'Urfé a receu le paquet des mains de monsieur le premier President , et s'est chargee, de sa grace, de le vous rendre.

Je vous supplie de me faire office vers Monseigneur le Reverendissime Cardinal , affin que je puisse sçavoir si ce sera a Grenoble ou a Paris que j'iray cet Advent et ce Caresme; car Son Altesse a promis a monsieur le Mareschal que j'iray a Grenoble, et a d'autres que j'iray a Paris, et je ne sçai auquel des deux son intention est que je m'attache. Or, il est tems que je le sçache, et selon qu'elle me fera entendre, je me resoudray (note 169). Je vous supplie, mon Reverend Pere, de me faire cette faveur que ce soit au plus tost.

Nostre Mere se porte bien, Dieu merci, et toute joyeuse de la belle croix . Nous tascherons d'eschapper en toute façon d'avoir besoin du jardin des Peres , puisque je voy que cela en offence grandement quelques uns, qui m'ont dit que vous avies escrit que vous avies fait toutes les sollicitations. J'espere que Dieu nous aydera.

0 mon tres Reverend cher Pere, je suis incomparablement tout vostre et de tout mon cœur : c'est ce que je puis dire pour le present, allant celebrer les Ordres , Je salue la signora dona Genevra et dona Bona . J'ay receu une lettre de la premiere qui estoit addressee a Vostre Reverence, et en vostre absence, a moy, en laquelle j'ay plus de part que je ne merite ; c'est pourquoy je ne vous la renvoye pas.

Je suis donq infiniment, mon Reverend Pere, Vostre tres humble et fidele serviteur, [FRANçs, E. de Geneve.]

Annessi, le 23 septembre 1617.

MCCCLXI bis (lettre MCCCLX du volume XXI reclassée) (1)

A DON JéROME BOERIO, GéNéRAL DES BARNABITES (L7, note 930) (MINUTE EN ITALIEN de la lettre MCCCLX p.60) Raisons qui demandent le retour en Savoie du P. Baranzano.

Annecy, 23 septembre 1617 (2).

Très Révérend et très honoré Père dans le Christ,

Le P. D. Redento part pour l'Italie, et je devine, par conjecture, ce que Votre Paternité désire de lui (3) ; après quoi, si votre grande prudence le juge à propos, peut-être serait-il bon que vous le fissiez revenir ici. Je ne dirais pas cela à Votre Paternité si les Pères de ce collège n'en témoignaient le désir et si je ne voyais que lui-même, ayant appris la langue, incline à servir ce pays, auquel il se rendra d'autant plus utile qu'il aura reçu les instructions de Votre Révérendissime Paternité. Il est d'ailleurs bon, pliable, simple et, de plus, orné de plusieurs dons de science. Toutefois, Votre Paternité saura mieux discerner ce qu'il conviendra de faire. Aussi, implorant pour elle le comble des grâces de Dieu notre Seigneur, je demeure enfin et sans fin, Son très humble frère et serviteur,

FRANçOIS, Evêque de Genève.

Annecy. (1)Lettre découverte tardivement et reclassée à la date voulue (2) Cette lettre n'est certainement qu'une minute de celle du 23 septembre 1617 que nous avons donnée L8, lettre 1359. L'absence de date vient s'ajouter à l'identité des pensées pour le prouver. (3) Le Général des Barnabites appelait devant lui Je P. Redento Baranzano pour le réprimander de la publication de certains livres. (L8, notes 222,223).

MCCCLXII A M. GUILLAUME DE BERNARD DE FORAS (L6, note 541) Le " Pré Lombard " demandé au duc de Nemours pour la Visitation.

Annecy, 27 septembre 1617.

Monsieur mon Frere, Vous recevres par M. Rousselet une de mes lettres, par laquelle je vous supplie de nous assister vers Monsieur pour obtenir le Pré Lombard en faveur des Seurs de la Visitation , et nous vous ouvrons un expedient : qu'au moins il luy playse de permettre que les susdites Dames en eussent la moytié pour donner en eschange aux Peres de Saint Dominique (note 213), gardant l'autre moytié pour en faire ce que Sa Grandeur voudroit. Mais me doutant que ces Peres de Saint Dominique ne voudront pas lascher ce dont nous avons besoin si on ne leur donne tout le susdit pré, je vous supplie de faire ce qui sera bonnement a faire, affin que Monsieur se contente que nous leur puissions donner le tout. Que s'il ne se peut, alhors on pourra parler de la moytié . Vous voyes, Monsieur mon Frere, comme je traitte avec vous, car j'escris ceci furtivement sans que personne le sçache, parce que le porteur ne me donne nul loysir. Mon cœur salue et embrasse le vostre, et je suis invariablement, Vostre tres humble et tres affectionné frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

27 septembre 1617, Annessi.

A Monsieur Monsieur de Foras, Gentilhomme de la Chambre de Monseigneur le Duc de Nemours. A Paris.

MCCCLXIII A MADAME DE GRANIEU Le courage appuyé sur la confiance. - Joie inaltérable des âmes données à Dieu. – " Religieux entre les soldatz " et " sainte entre les Religieuses. "

Annecy, fin septembre ou octobre 1617 .

Je croy fermement, ma tres chere Fille, que vostre cœur reçoit de la consolation de mes lettres, qui vous sont aussi escrites d'une affection nompareille, puisqu'il a pleu a Dieu que ma dilection envers vous fust toute paternelle, selon laquelle je ne cesse point de vous souhaiter le comble de toutes benedictions.

Tenes bien vostre courage relevé, je vous supplie, ma tres chere Fille, en la confiance que vous deves avoir en Nostre Seigneur, qui vous a cherie, vous donnant tant d'humbles attraitz a son service, et vous cherit en vous les continuant, et vous cherira en vous donnant la sainte perseverance. Je ne sçai, certes, comme les ames qui se sont donnees a la divine Bonté ne sont tous-jours joyeuses, car y a-il bonheur esgal a celuy la ? Ni les imperfections qui vous arrivent ne vous doivent point troubler, car nous ne les voulons pas entretenir et ne voulons jamais y arrester nos affections. Demeurés donq bien en paix, et vivés en douceur et humilité de cœur.

Vous aves bien sceu, ma tres chere Fille, toutes nos petites afflictions, lesquelles j'aurois bien sujet de nommer grandes, si je n'eusse veu un amour special de Dieu envers les ames qu'il a retirees d'entre nous ; car mon frere mourut comme un Religieux entre les soldatz, ma seur, comme sainte entre les Religieuses . C'est seulement pour les recommander a vos prieres que j'en touche ce mot.

Monsieur vostre mary a bien rayson s'il m'ayme, car je le veux a jamais honnorer ; et vous, ma tres chere Fille, je m'imagine que vous m'affectionnes tous-jours cordialement, et vostre ame vous respondra pour moy que je suis vostre, puisque Nostre Seigneur et Createur de nos espritz a mis cette liaison spirituelle entre nous. Qu'a jamais son saint nom soit beni et vous rende eternellement sienne, qui est le souhait continuel, Ma tres chere Fille, de Vostre tres humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

MCCCLXIV A UNE RELIG IEUSE L'arbre de vie et la rosée qui le féconde. - Un désir qui sera sûrement satisfait.

Annecy, mai-octobre 1617 .

Ma tres chere Fille,

Il me semble, certes, que je le voy, ce Sauveur crucifié, au milieu de vostre ame comme un bel arbre de vie, qui, par les fleurs des bons desirs qu'il vous donne, vous promet les fruitz du divin amour qu'il produit ordinairement es lieux ou sont la rosee d'humilité, douceur et simplicité de cœur. Vives donq bien ainsy, ma tres chere Fille : ce sont mes vœux et mes souhaitz continuelz, comme vous cherissant d'une affection singuliere, et me confiant que reciproquement vous souspireres souvent devant sa divine misericorde pour l'amendement de mon cœur, dont je vous conjure ardemment, ma tres chere Fille. Si je puis retourner a Saint André , ce sera de toute mon affection: vous aures vostre desir. Que si je ne puis, vous aures plus que vostre desir, puisque le bon Pere que j'ayme et honnore si cordialement , y fera cent fois mieux le service de nostre commun Maistre que moy.

FRANçs, E. de Geneve.

MCCCLXV A MADAME DE GRANDMAISON ( INéDITE) Retour douloureux et résigné sur les deuils multiples de l'année qui s'achève. - Le Saint prépare la destinataire à celui qui doit la frapper bientôt. - Où se transforment nos amertumes.

Belley, 5 octobre 1617.

Je vous puis dire, Madame ma tres chere Seur, que toute cett'annee j'ay vescu parmi les mortz ; car, outre une quantité d'amis et parens que j'ay perdus pour ce monde , j'ay veu ecclipser en trois moys mon frere, son filz unique et sa femme , que je cherissois incomparablement. Mays, graces a Dieu, tout cela s'est passé a leur salut ; car mon frere, qui estoit allé au service de Son Altesse en soldat, y est mort en Religieux ; son filz est passé en innocence, et sa femme en sainte, apres avoir demandé et obtenu l'habit de la Visitation et fait les vœux au lit de la mort. En somme, ma tres chere Seur, ma Fille, tel a esté le bon playsir de Dieu, auquel nos volontés doivent estre toutes soumises.

Et je voy bien que dans peu de jours vostre bon naturel recevra une pareille attaque ; car je vis hier madame nostre bonne Mere , et la trouvay sur les confins de cette vie mortelle, ou sa maladie, et principalement son aage, l'ont conduit, et a mon advis, pour lent que soit son passage, elle ne peut pas beaucoup tarder de l'achever. Or sus, ma tres chere Seur, il faudra bien tenir vostre cœur ferme, affin quil ne chancele point a cette secousse, mais qu'attaché a la Providence divine, apres les premiers eslans de douleur qui sont inevitables, il demeure doucement en paix, en attendant avec une sainte esperance le tems auquel, par le mesme passage, nous irons revoir ceux qui nous prœcedent. Ma tres chere Seur, nous avons a remercier Dieu qui nous a si longuement laissé cette mere, et n'est pas raysonnable que nous treuvions mauvais sil la reprend, puis que c'est pour luy donner une meilleure vie.

Je sçai que vous irés digerer ce desplaysir au pied de la Croix de Nostre Seigneur ou toutes nos amertumes deviennent douces. C'est pourquoy je n'ay plus rien a vous dire, sinon que je ne cesse jamais de souhaiter mille et mille benedictions a vostre chere ame que j'ayme de tout mon cœur, estant a jamais, Madame ma tres chere Seur, Vostre plus humble frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

V octobre 1617.

Revu sur une photographie de l'Autographe, couservée à la Visitation d'Annecy.

MCCCLXVI A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUlLLET éVêQUE DE MONTPELLIER (INéDITE) Pourquoi le duc de Savoie désigne Grenoble à François de Sales pour les prédications de l'Avent et du Carême.- Une ambition de l'apôtre au sujet de Lesdiguières ; son peu d'espoir de la voir satisfaite. - Joies qu'il aurait eues à Paris, avantage qu'il trouve en Dauphiné. - La paix sans les effets de la paix. - Doute sur la validité d'une dispense.

Annecy, 19 octobre 1617.

Monseigneur,

En fin, apres plusieurs incertitudes sur le lieu ou je devois prescher ces Advens et Caresme prochains, Son Altesse me commande de retourner a Grenoble pour complaire a monsieur le mareschal de Lesdiguieres , qui, prié par la cour du Parlement, en a tesmoigné un tres grand desir . 0 sil playsoit a Dieu de le toucher, l'attirer et gaigner ! car c'est bien la coustume de sa divine providence d'employer les choses basses et infirmes pour les grans effectz de sa Bonté (1 Co 1,27). Mais ce souhait, entre vous et moy, qui serois estimé homme d'ambition excessive si quelqu'un l'entendoit ; et neanmoins, j'y ay certes aussi peu d'ambition que d'esperance, a cause de l'exclamation du Sauveur (Mc 10,23 ; Lc 18, 24) : 0 quam difficile est hominem divitias habentem, etc.

Cependant, je confesse que, comme d'un costé ce m'eut esté un contentement indicible de jouir de la presence de cet amy incomparable qui me souhaitoit a Paris et de la conversation de plusieurs autres qui me font lhonneur de m'affectionner, aussi m'est-ce un grand soulagement de m'esloigner si peu de ma residence quil semble presque que je ne m'en esloigne point ; car en somme, ma femme, mes enfans, mon devoir et mes affaires sont icy, puisque Dieu a voulu que j'y fusse pere de famille et son œconome.

Je fus l'autre jour dire a Dieu a mon tres cher, tres aymable et tres digne voysin Monseigneur de Belley , qui s'en reva en son Paris et pais prescher a Saint Severin ; et outre mille qualités qui m'obligent a l'honnorer, je le vis si plein d'amour, de respect et d'estime pour vos merites quil ne se peut rien adjouster, et partant vous fustes une grande part de nos plus doux entretiens.

Nous avons la paix, mais non pas encor les effectz de la paix, car l'execution du traitté est, ce dit on, en quelque sorte de difficulté . Qui cœpit bonum opus, perficiet solidabitque (Ph 1,6 ; 1 P 5,10) par sa misericorde.

M. le juge mage Arpeaud et messieurs Fenouillet m'ont parlé du mariage de M. Garin , et m'ont demandé si je recevrois la dispense requise venant de Monseigneur le Legat d'Avignon . C'est la verité que nous n'avons jamais rien veu de cette authorité, ce pais estant hors de la legation ; si neanmoins le diocœse luy estant marqué il dispense, j'auray tout sujet de croire quil ne fait rien quil ne puisse ; mais en chose de telle importance et qui tire consequence, j'aymerois mieux que l'expedition vint de Rome, pour mettre tout en asseurance. Vous commanderes, et vous seres obei de tous eux, et de moy en verité . plus affectionnement que de tout le reste, puisque, vous baysant tres humblement les mains et vous souhaitant toute sainte fœlicité, je suis, Monseigneur, Vostre tres humble et tres obeissant frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, 19… 1617.

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Montpellier.

MCCCLXVII AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE L'Evêque de Genève implore la charité du Prince en faveur d'un ancien converti.

Annecy, 24 octobre -1617.

Monseigneur,

Il pleut a Son Altesse, il y a plusieurs annees, d'ordonner quelques commodités au cappitaine Henry de la Rose, homme lequel meshuy n'est pas seulement viel, ains decrepite ; et bien que la liberalité de saditte Altesse fut excitee par diverses considerations, si est ce que celle de la conversion de cette ame en fut le fondement. Et c'est celle qui me fait en toute humilité supplier Vostre Altesse de l'avoir en recommandation, si toutefois il peut asses vivre pour avoir besoin de ce qu'il recherche ; car il part, ce me semble, a moytié mort, tant il a desir d'avoir moyen de vivre. Dieu, par sa bonté, veüille conserver et prosperer la personne de Vostre Altesse, Monseigneur, de qui je suis Tres humble, tres obeissant et tres fide (sic) orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, le XXIIII octobre 1617.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

MCCCLXVIII AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er Un pauvre capitaine converti, solliciteur de Son Altesse.

Annecy, .30 octobre 1617.

Monseigneur,

Le pauvre cappitaine La Rose, sur le bord de sa fosse, recourt a la bonté de Vostre Altesse pour en obtenir le moyen de passer avec quelque soulagement cette extremité de sa vie. A quoy je joins tres humblement ma recommandation, avec mille et mille souhaitz que je fay deyant Dieu quil comble Vostre Altesse de fœlicité, demeurant, Monseigneur, Vostre tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, le xxx octobre 1617.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

MCCCLXIX A LA MèRE DE CHANTAL Béatitude des crucifiés. - Le testament de la baronne de Thorens. - Murmures faits au sujet d'un projet de mariage pour Françoise de Chantal.

Annecy, [15-31 octobre] 1617 .

Ma tres chere Mere, Je ne puis m'empescher d'estre un peu en peyne de vostre tracas survenu si mal a propos; mais il faut estre constant et ferme aupres de la croix, et sur la croix mesme, s'il plait a Dieu de nous y mettre. Bienheureux sont les crucifies, car ilz seront glorifies. J'ay cuyde connoistre que M. Colom venoit a double intention. Hier il me demanda comme ma seur avoit dispose, et je le luy dis franchement; et il tesmoigna de le treuver bon, hormis qu'il eust voulu que Mlle de Chantal eust eu les trois mille escus, ce dit-il. Je ne luy parlay point des mille escus de la legitime . Que s'il faut defendre au notaire de n'en rien monstrer, je vous prie d'en prendre la peyne, car je m'en vay dans demi heure au college . Il me parla du mariage de M. de Foras en termes extremement extravagans, et me dit qu'il avoit charge de vous en par1er et a ma fille ; mais ces paroles procedent d'un mauvais fondement, car ilz croyent que l'on vous ayt fait la demande, et a Mlle de Chantal, pour qu'on veuille mespriser le consentement du frere et de l'oncle . Je dis que l'on n'avoit fait aucune demande, ains quelques significations par ci par la, lesquelles ne requeroyent point de responce, laquelle aussi on n'avoit point faite. Soulagés-vous, ma tres chere Mere, au mieux qu'il se pourra. Je vous iray voir sans faillir. Dieu soit a jamais au milieu de nostre'cœur. Amen.

MCCCLXX A UNE PERSONNE INCONNUE (FRAGMENT INéDIT) Douceur de la main divine. - Affliction et consolation.

Annecy, [septembre-novembre] 1617 .

Il est vray, Dieu a affligé nostre mayson en la mort de mon frere et de ma seur de Thorens ; mais sa main divinement paternelle nous force d'adorer sa suave bonté qui ne nous a touchés que doucement, puisque mon frere est mort saint entre les soldatz, ou il se treuve si peu de saintz, et ma seur, sa chere espouse et mon unique fille, est morte sainte entre les servantes de Dieu et dans le cloistre, qui est ordinairement un seminaire de sainteté. Elle a fait profession, et est enterree dans l'habit de la Visitation. Le medecin qui la servoit en sa derniere maladie disoit que si les Anges pouvoyent mourir, ilz voudroyent mourir de la sorte.

Revu sur le texte inséré dans l'Histoire de la Fondation du 1er Monastère de la Visitation d'Annecy. MCCCLXXI A M. JEAN DE LACURNE Lettres perdues. - Eloge des PP. Barnabites; la seule chose qui leur manque. - Fruits qu'on peut espérer de leur établissement en France. - La divine origine des afflictions. - Souvenir du baron et de la baronne de Thorens.

Annecy, 6 novembre 1617.

Monsieur,

Je n'ay point receu de vos lettres des quil vous pleut de me faire sçavoir que vous desiries des miennes pour ces messieurs de la cour , en recommandation de vos droitz. Et je vous prie de croire que je vous ay neanmoins escrit plus d'une fois despuis, et que je suis bien marri quand je sçay que vos addresses me manquent, car je fay beaucoup d'estat de vos escris, esquelz j'apprens ordinairement et treuve une particuliere consolation. Mays disons un mot de nos Barnabites, puisque je suis pressé et ne puis pas m'estendre. Ce sont des gens de fort solide pieté, doux et gratieux incomparablement, qui travaillent incessamment pour le salut du prochain ; en quoy ilz [se] rendent admirables egalement et infatigables. Une chose leur manque, que nous supportons facilement icy : c'est qu'encor qu'ilz ayent des excellens prcedicateurs, nous ne pouvons pas jouir pour encor de leur talent en cela, d'autant qu'ilz n'ont pas encor l'usage parfait du langage françois, ains seulement autant quil faut pour se faire entendre es cathechismes, petites exhortations et conversations spirituelles ; mays ilz le vont aquerant tous les jours. Et il est arrivé encor ces jours passés un malheur, en la perte qu'ilz ont faite d'un Pere Parisien qui deceda . Pour moy, je pense qu'ilz seront un jour de grand service a la France ; car ilz ne font pas seulement proffit en l'instruction de la jeunesse (aussi n'est il pas si requis ou les Peres Jesuites font si excellemment), mais ilz chantent au chœur, confessent, cathechisent voire mesme es villages ou ilz sont envoyés, preschent et en somme font tout ce qui se peut desirer, et fort cordialement, et ne demandent pas beaucoup pour leur entretien. Voyla ce que je vous puis dire, et ce qui me feroit desirer leur introduction es lieux ou les Peres Jesuites ne sont pas. Vostre prudence discernera ce qui se pourra faire pour les attirer en vostre Autunois .

Je voy, ce pendant, madamoyselle vostre femme , que je cheris a la verité tres cordialement, sur la croix, entre les clouz et les espines de plusieurs tribulations qu'elle sent et que vous ressentés, Que vous dirois je sur cela, Monsieur mon tres cher Frere ? Interroges souvent le cœur de Nostre Seigneur, d'ou cett'affiiction procede, et il vous fera sçavoir qu'elle a son origine dans le divin amour. C'est bien fait de jetter nostre pensee sur la justice qui nous punit, mais c'est mieux fait encor de benir la misericorde qui nous exerce, Toute cett'annee nous avons vescu parmi les adversités, et je croy que vous aures sceu le trespas inopiné de mon frere et de ma seur , que j'appelle inopiné, car, qui l'eut pensé ? mais trespas tres heureux pour le genre et la sainteté du passage ; car, particulierement ma chere petite seur, fit sa (sic) depart avec tant de pieté et de suavité, qu'un docte medecin qui le vit me dit que si les Anges estoyent mortelz ils desireroyent cette sorte de mort. Mays en somme, que pouvons nous dire en toutes ces occurrences ? Il est mieux de ne rien dire, ains acquiescer, Obmutui, et non aperui os meum, quoniam, Domine, tu fecisti (Ps 38,10).

Et a la verité, pour parler cœur a cœur avec vous, je n'ay presque jamais osé adjouster ce qui s'ensuit : Amove a me plagas tuas (id).

Je prieray Dieu quil sanctifie sa volonté en nous et nous en sa volonté. Quil soit vostre consolation, et de madamoyselle que je vous prie treuver bon que je nomme ma chere fille. Sic state in Domino, charissimi (Ph 4,1), et diligentem diligite. Je suis, Monsieur, Vostre tres humble et cordial serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

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