Lettres (page 31)

François de Sales · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Lettres, tomes 1 à 11 (édition d'Annecy) · 55 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

6 novembre 1617.

A Monsieur

Monsieur de la Curne,

Lieutenant general au balliage d'Arne-Ie-Duc.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Nancy.

MCCCLXXII A LA MèRE DE CHANTAL Attente de nouvelles de la Fondatrice malade.

Annecy, 22 novembre 1617 .

Ma tres chere Mere,

La glorieuse sainte Cecile m'appelle au chœur pour ouïr les louanges de son Seigneur, que les musiciens, par devotion particuliere, veulent chanter de sa part. Mays si faut il pourtant sçavoir des nouvelles de ma pauvre malade avant disner. Commandes donq, je vous prie, que de la main de madamoyselle de Chantal , ma fille bienaymee, ou de ma chere Seur de Chastel , me soit envoyé quelque petit billet qui m'en apporte, ou du moins quelque message d'honneur. Cependant, bonjour, ma tres chere Mere ; Dieu soit nostre medecin et nostre guerison luy mesme.

Revu sur une copie conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MCCCLXXIII A DON JéROME BOERIO, GéNéRAL DES BARNABITES ( MINUTE EN ITALIEN) Action de grâces pour le retour d'un Religieux. - Les desseins du prince de Piémont et de l'Evêque de Genève sur Contamine ; pour les faire réussir, l'intervention de D. Juste auprès des cours de Savoie et de Rome est nécessaire. - Deux autres affaires importantes demandent ce voyage. - Litige au sujet d'un étang sans poissons ; équité et charité du Saint.

Annecy, vers la fin de novembre 1617.

Révérendissime et très honoré Père dans le Christ, Je remercie humblement Votre Paternité Révérendissime pour la bienveillance avec laquelle elle a renvoyé en ce pays le P. D. Redento qui, je l'espère, fera des fruits dignes de sa vocation et agréables à Votre Paternité.

Voici cependant la sainte paix tant désirée (note 259) ; aussi est-ce le moment de voir comment nous pourrons faire réussir les pieux desseins du Sérénissime Prince de Piémont pour consolider la fondation de ces deux collèges d'Annecy et de Thonon. Lorsque j'en traitai avec Son Altesse , elle agréa que, dans ce but, on prit tout le revenu du monastère de Contamine, supprimant les moines pour plusieurs raisons (L7, note 890), et attribuant leurs prébendes, partie au collège de cette ville, partie à celui de Thonon, à condition, cependant, de placer dans ces collèges autant de Pères Barnabites qui puissent célébrer les Messes auxquelles les moines étaient tenus. Quelques autres conditions seront expliquées à Votre Paternité par le P. D. juste , car je les ai mises au long par écrit. Toutefois je crois avec le P. D. Jean-Baptiste, supérieur de ce collège, homme judicieux et qui donne beaucoup de satisfaction à la population , que cette affaire doit se traiter par le P. D. Juste non seulement en notre cour auprès du Sérénissime Prince (ce qui, si je ne me trompe, sera chose facile), mais encore à Rome, où le Père la poursuivrait auprès de l'Ambassadeur de Son Altesse , laquelle, par exprès commandement, en ferait faire la sollicitation. Mais cette sollicitation ne pourra jamais être bien faite que par ledit Père qui est très au courant de la situation locale, non moins que des motifs et des circonstances qui peuvent engager Sa Sainteté à accorder la faveur implorée. C'est pourquoi il me semble nécessaire qu'il aille tout de suite d'une cour à l'autre. J'ai moi-même deux autres bonnes et louables affaires à traiter en Cour de Rome : l'érection d'un Séminaire en ce diocèse , et le compte à rendre au Saint-Siège de l'état de mon Eglise. De toutes manières, je devrai y envoyer exprès une personne bien qualifiée; aussi serais-je très obligé à Votre Paternité et à la Congrégation si je pouvais employer le P. D. Juste.

Je me chargerais des frais du voyage, de sorte que la Congrégation n'en éprouverait aucun dommage.

Par ce même moyen, le Père pourrait s'occuper encore de deux autres choses : il ménagerait l'union de certains bénéfices non conventuels pour l'établissement du Noviciat à Rumilly , et il obtiendrait l'approbation des Sœurs de la Visitation, à l'expédition de laquelle on s'emploie, mais très lentement, comme l'écrit le Révérend Père Procureur , parce que les Règles sont en français ; le P. D. Juste achèverait rapidement l'affaire. Je supplie donc au nom de Notre-Seigneur Votre Paternité Révérendissime de vouloir bien autoriser ce voyage .

Et puisque j'ai parlé des Sœurs de la Visitation, je dirai encore quatre mots sur le dernier point de la lettre que vous m'avez envoyée par le P. D. Redento. Je supplie Votre Paternité de croire fermement que je n'aurais jamais songé à demander la pièce de terrain du collège où se trouve l'étang sans poissons, si j'avais vu que cette cession dût porter préjudice aux Pères, surtout en ce qui touche leur récréation ; car leur santé et leur agrément me sont chers comme les miens propres . Je sais d'ailleurs dans quelle mesure on doit avoir égard soit à la maison des Religieux, soit à celle des Sœurs ; aussi ne voudrais-je point incommoder celle-là pour accommoder celle-ci. Mais, pour le dire librement et sincèrement, si le prix de cette place de l'étang est employé comme il convient, il sera bien plus utile au collège que la place elle-même ; voilà pourquoi j'ai été étonné des préventions de nos Pères, auxquels néanmoins je n'en ai point parlé ; car voyant que la seule idée de cette affaire les refroidissait avec moi, je n'ai pas voulu passer outre. Toutefois, bien qu'au commencement le Père Supérieur actuel fût prévenu par l'opinion des autres, je pensai que la chose le regardait comme chef du collège, et je me crus obligé de lui en parler, non pour lui persuader de se ranger à mon sentiment, mais seulement pour lui donner à entendre que mon avis n'était pas aussi extravagant que quelques-uns le disaient. En effet, il a maintenant touché du doigt que j'ai raison ; car, dans tout le jardin du collège, il n'est pas une place plus stérile et moins propre à la récréation : deux fenêtres des Pères Dominicains y ont vue directe, et le Père Prieur prétend bâtir son Noviciat contre le mur qui donne juste sur cet endroit-là, avec des fenêtres du même côté. Je ne sais vraiment comment on peut nier qu'ils aient sur celui-ci jus luminis et fenestrarum, puisque par ces deux fenêtres ils en ont de fait la possession. Votre Paternité Révérendissime verra maintenant si l'abandon de cette place porterait grand préjudice au collège. J'ajoute même que si on n'exhausse pas de ce côté les murs qui s'étendent vers l'autre partie du collège, celui-ci demeure presque tout entier découvert aux regards des Dominicains. C'est pourquoi, étant aussi affectionné au collège et au bien de la Congrégation qu'aucun autre peut l'être, j'estimerais qu'il serait expédient de faire cette vente ; et sans doute, Votre Paternité Révérendissime, après avoir vu le plan, jugera que j'ai raison, comme l'ont enfin avoué le P. Supérieur et le P. D. Simplicien .

Je supplie de nouveau Votre Paternité Révérendissime d'autoriser le voyage du P. D. Juste, qui me sera de moindre dépense, et à la Congrégation de plus grande utilité. Et puisque je n'ai pas le temps d'écrire plus longuement, ou plutôt, ayant sujet de vous faire agréer mes excuses pour m'être trop étendu, je souhaite à Votre Paternité Révérendissime tout saint bonheur dans le service du Seigneur, et je demeure Son très humble et très affectionné frère et serviteur, FRANçOIS, Evêque de Genève.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

MCCCLXXIV AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er Supplique en faveur de ceux qui s'occupent de " l'art de la soye ".

Annecy, 29 novembre 1617.

Monseigneur,

Vostre Altesse a des le commencement favorisé l'establissement de l'art et traffiq de la.soye en ces cartiers de deça comme une œuvre de grande utilité au païs et de grande importance pour la gloire de Dieu, affin de divertir les artisans et ouvriers d'aller perdre leurs ames dans Geneve. Playse donq a Vostre Altesse de confirmer les privileges des-ja accordés aux maistres et apprentifz, et autres personnes qui font profession de cet exercice. Je l'en supplie tres humblement, et ne cesse jamais de luy souhaiter toute sainte prosperité, comme je suis obligé de faire, puisque j'ay lhonneur d'estre, Monseigneur, Tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur de Vostre Altesse, FRANçs, E. de Geneve.

XXIX novembre 1617, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat. MCCCLXXV A LA MèRE DE CHANTAL Salutation affectueuse.

Grenoble, 4 décembre 1617.

Dieu, par sa bonté, vous conserve, ma tres chere Mere. Mon cœur vous salue infiniment et a tous-jours le vostre au dessus de toutes ses affections. Qu'a jamais soyes vous benie ma tres chere Mere. VIVE JESUS !

4 decembre 1617, a Grenoble, sans loysir.

A ma tres chere Mere.

MCCCLXXVI A LA MèRE FAVRE SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON Inquiétudes du Saint au sujet de la Mère de Chantal. Nouvelles et salutations.

Grenoble, 4 décembre 1617.

Que vous diray je, ma tres chere Fille ? Certes, je me porte bien, mais tous-jours en peyne de nostre Mere, que je laissay un peu mieux qu'elle n'estoit il y a dix ou douze jours, mais tous-jours en danger . Et pensés si, ayant demeuré despuis la veille de saint André sans sçavoir en sorte que ce soit de ses nouvelles, je dois estre peyné ! La volonté de Dieu soit a jamais l'unique refuge de la nostre, et son accomplissement, nostre consolation. Je suis icy receu avec joye , et ne nous manque que nostre seur Barbe Marie , laquelle sachant vers vous je ne requiers point. Ma tres chere Fille, je vous salue de tout mon cœur et suis tres parfaitement vostre. Nostre pere se porte bien ; le frere et la seur vont a Nessi , trop heureux que sera ce peuple de les voir. Je salue nos cheres Seurs, et ma Seur Marie Aymee tres parfaitement, avec ma Seur Jeanne Françoise , et ma Seur Marie Catherine et ma Seur Françoise Hieronime , en somme, toutes sans reserve, et ma Seur Colin , Dieu soit a jamais au milieu de leurs ames. Amen.

4 decembre 1617, a Grenoble.

MCCCLXXVII A LA MèRE DE CHANTAL Un chant de joie du saint Evêque. - Ses souhaits pour lui-même et pour la destinataire.

Grenoble, 8 décembre 1617.

Au nom de la tressainte Trinité, trois paroles a ma tres chere Mere. Je suis allé tout gay comme un petit oyseau, dans ma chaire, ou j'ay chanté plus joyeusement que l'ordinaire a l'honneur de ce grand Dieu, qui a racheté ma vie de la mort , et qui me couronnera en sa misericorde et miserations (Ps 102,4). Ouy, ma chere Fille, car saint Paul disoit bien a ses enfans : ma joye et ma couronne (Ph 4,1) composee des misericordes divines. Soyons a jamais tout a Dieu, benissons son saint nom, et exaltons le throsne de son amour sacré dans nostre ame ; elle vivra jusques au siecle des siecles. Dieu donq soit a jamais beni, qui nous console en toutes nos tribulations (2 Co 1,3). Dieu soit a jamais beni, et veuille de plus en plus establir l'esperance qu'il nous donne de la guerison de ma tres aymee Mere et Fille. Dieu soit beni, et me donne la grace de luy rendre quelque service icy, et par tout ou il luy plaira de m'appeller, sur tout en mon diocese, puisqu'il luy a pleu de m'en charger, et du costé duquel, ou que j'aille, mon cœur s'y tournera a tous momens. La glorieuse Vierge soit a jamais honnoree, qui est nostre Dame et Reyne de dilection (Eccli 24,24). C'est aujourd'huy sa premiere feste, qui m'est signalee , et je viens de l'eglise des Peres Recolletz qui est dediee au mystere qui se celebre (L7, note794).

0 Dieu, Sauveur de nostre ame, qui estes le jour de la clarté eternelle, donnés ce jour temporel et dix mille apres, bons et utiles, saintz et aggreables, a la Fille bienaymee qu'il vous a pleu rendre mienne et pretieuse a mon cœur comme moy mesme. FRANçS, E. de Geneve.

Jour de la Conception Nostre Dame, 1617.

MCCCLXXVIII A LA MêME (FRAGMENT) Messe d'action de grâces pendant laquelle la Sainte Vierge a regardé François de Sales de " bon œil ".

Grenoble, 9 décembre 1617.

……………………………………………………………… Je ne pouvois mieux faire recevoir mon remerciement au celeste Medecin qui vous a guerie, que par les mains de ma Dame sa Mere, Marie conceuë sans peché, nostre chere et souveraine Maistresse. C'est pourquoy, aussi tost apres mon pauvre petit sermon, je me suis venu reposer en son eglise des Recolletz pour celebrer la Messe, durant laquelle cette sainte Dame, de sa grace, a bien daigné me voir de si bon œil, que j'espere d'y retourner quelquefois pour la supplier de conserver long tems la tres chere Mere de laquelle sans doute elle m'a obtenu la guerison…………………….

Revu sur le texte inséré dans un ancien Ms. de l'Année Sainte, conservé à la Visitation d'Annecy.

MCCCLXXIX A MADAME DE CHAILLIOL Un heureux mariage. - Exhortation à l'humilité. - Les avantages de la dévotion. - Quelle vertu il faut "soigneusement nourrir. "

Grenoble, 27 décembre 1617.

Madamoyselle, Les marques d'une vraye vertu et pieté que j'ay veuës en vostre ame et l'estime que je fay de vostre merite ne permettront jamais que je cesse de vous honnorer et cherir parfaitement. C'est pourquoy, bien que par les projetz de l'annee passee je devais m'imaginer que vous n'esties plus icy, si est ce que je n'ay peu m'empescher que d'abord mon cœur ne vous cherchast autour de madame vostre mere . Et je ne vous ay [cherchée que] pour premierement me res-jouir avec vous de vostre heureux mariage, car on m'en dit beaucoup de bien; que vous aves tant de contentement et que vous en rendes tant, que monsieur vostre mari est si vertueux , et que le lien d'une sainte et forte amitié vous tient unis ensemble ; en somme, que vous aves toute occasion de loüer Dieu, qui vous a fait rencontrer si favorablement le soin de monsieur vostre pere et de madame vostre mere.

Et puis, me resouvenant que vous aves esté un peu ma fille spirituelle, je vous supplie de vivre bien conformement a la grace que Nostre Seigneur vous a faite, et de correspondre fidelement a la lumiere qu'il vous a envoyee par tant d'instructions qu'il vous a fait donner.

Souvenés vous, Madamoyselle, de vivre tous les jours en humilité, affin que Dieu vous benisse en toute vostre mayson, puisqu'il est certain que Dieu resiste aux superbes et vains, et donne aux humbles sa grace (Jc 4,6). Rien ne vous honnorera tant que cette humilité, car Dieu exalte les humbles (Lc 1,52). Elle vous acquerra ………………………………………………… [Il n'y a rien] qui face tant arriver d'honneur, de reputation et de bonheur sur nous que de ne point s'amuser.

Je ne vous dis rien de la sainte devotion, qui est desirable en tous tems et tous lieux ; car, comme vous sçaves, parmi les joyes et contentemens, elle modere nos espritz ; entre les adversités, elle nous sert de refuge et nous delasse ; et, quoy qu'il nous arrive, elle nous fait benir Dieu, qui est meilleur que tout. Elle rend la jeunesse et plus sage et plus aymable, et la viellesse moins insupportable et ennuyeuse. Voyés, je vous supplie, ce que j'ay marqué au livre de l'Introduction a la Vie devote (part 3, ch 38), de la douceur et suavité que l'on doit soigneusement nourrir au mariage ; et pour bien apprendre a prattiquer les enseignemens que vous y treuveres, il faut commencer des maintenant d'en essayer, en faysant faire l'exercice du matin et du soir (part 2, ch 10,11).

Et quand vous seres quelquefois en priere, priés, je vous supplie, un peu pour moy, qui de tout mon cœur vous souhaitte, et a monsieur vostre mari que je veux honnorer de toute ma force, mille et mille benedictions, demeurant, Madamoyselle, Vostre tres humble et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Le jour de saint Jean l'Evangeliste 1617.

A Madamoyselle [Madamoyselle] de Chaillol. A Briançon.

MCCCLXXX A LA SOEUR DE GéRARD, NOVICE DE LA VISITATION La plus grande austérité. - L'école de l'abnégation de la propre volonté.- Quelle mortification il faut rechercher.

[Grenoble, décembre 1617.]

J'ay veu les suggestions que l'ennemy de vostre avancement fait a vostre cœur, ma tres chere Fille, et voy d'ailleurs la grace que le tressaint Esprit de Dieu vous donne pour vous maintenir forte et ferme en la poursuite du chemin auquel il vous a mis. Ma tres chere Fille, ce malin ne se soucie point que l'on deschire le cors, pourveu qu'on face tous-jours sa propre volonté ; il ne craint pas l'austerité, ains l'obeyssance.

Quelle plus grande austerité y peut-il avoir que de tenir sa volonté sujette et continuellement obeyssante ?

Demeurés en paix. Vous estes amatrice de ces volontaires penitences, si toutefois penitences se doivent nommer les œuvres de l'amour propre. Quand vous pristes l'habit, apres plusieurs prieres et beaucoup de considerations, il fut treuvé bon que vous entrassies en l'escole de l'obeyssance et de l'abnegation de vostre propre volonté, plustost que de demeurer abandonnee a vostre propre jugement et a vous mesme. Ne vous laisses donq point esbransler, mais demeures ou Nostre Seigneur vous a mis. Il est vray que vous y aves des grandes mortifications de cœur, vous y voyant si imparfaite et digne d'estre souvent corrigee et reprise ; mais n'est-ce pas ce que vous deves chercher, que la mortification du cœur et la connoissance continuelle de vostre propre abjection ?

Mais, ce dites vous, vous ne pouves pas faire telle penitence que vous voudries. Or dites moy, ma tres chere Fille, quelle meilleure penitence peut faire un cœur qui fait faute, que de subir une continuelle croix et abnegation de son propre amour ?

Mais je dis trop : Dieu luy mesme vous tiendra de la mesme main de sa misericorde avec laquelle il vous a mis en cette vocation, et l'ennemy n'aura point de victoire sur vous, qui, comme la premiere fille de ce païs-la , deves estre bien espreuvee par la tentation (Eccli 2,1), et bien couronnee par la perseverance (Ap 2,10).

Je suis tout vostre, ma tres chere Fille.

FRANçs, E. de Geneve.

MCCCLXXXI A LA MèRE FAVRE, SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON Force des vœux dans l'Institut de la Visitation. - Un procédé que le monde n'approuve pas. - Légitimité de l'expulsion dans les Ordres religieux, et de la prolongation du noviciat. - Douce plainte du saint Fondateur.

Grenoble, décembre 1617 .

Vos vœux, ma tres chere Fille, sont aussi fortz que les vœux de tous Ordres de Religion pour obliger la conscience des Seurs a leur observance. Il est vray neanmoins qu'une fille qui voudra perdre son ame et son honneur se pourra marier apres les vœux, comme feroit la plus grande professe de France si elle se vouloit perdre et se servir de l'Edict de pacification . Le formulaire de vos vœux est fait selon ceux des pareilles Congregations d'Italie, et exprime beaucoup plus la force de l'obligation que ne font la pluspart des formulaires de la Regle de saint Benoist. Le vœu de chasteté est fondamental, selon les anciens Peres , es monasteres des femmes, et les autres ne laissent pas d'estre essentielz.

Il est vray, on peut estre dispensé des vœux simples, et des autres aussi ; plus facilement toutefois de ceux la que de ceux ci, mais non sans grande occasion, et lhors qu'il est expedient : dont les Peres Jesuites se treuvent extremement bien, maintenant en partie le lustre de leur tres illustre Compaignie par ce moyen, lequel le monde n'appreuve pas, mays ouy bien Dieu et l'Eglise. Et toute l'antiquité des Religions a esté comme cela, la solemnité des vœux ayant esté establie despuis peu de centaines d'annees .

L'expulsion a tous-jours esté parmi les anciens Religieux. C'est une chose rigoureuse que pour ne vouloir pas observer le silence on mist une fille dehors. Ce ne seroit pas faute d'observer le silence, mays pour vouloir obstinement troubler et renverser l'ordre et la Congregation, et mespriser le Saint Esprit qui a ordonné le silence es Maysons religieuses. Que si on n'expulse pour l'obstinee desobeyssance et le mespris affecté de l'ordre, je ne sçai pourquoy on expulsera. En fin, les Religieux, mesme les plus solemnelz, expulsent ; au moins voit-on des Religieux expulsés de l'Ordre de Saint François, voire mesme des Capucins ; et les Peres Jesuites, qui sont si avisés et prudens, expulsent pour les desobeyssances, pour peu qu'elles soyent affectionnees et entretenues (Const. SJ pars 2 ch 2, 4)

La prolongation du noviciat se faysant pour cause, n'est pas contraire au Concile (Conc. Trident. Sess XXV, ch 15,16), comme ont declairé ceux qui ont la charge des declarations d'iceluy, et les docteurs mesmes l'entendent ainsy , De fait, les Carmelines la font selon qu'il semble a propos.

Si ces bons Messieurs eussent autant estudié et pensé pour censurer comme nous avons fait pour establir, nous n'aurions pas tant d'objections. Or, Dieu soit loüé ! J'espere que bien tost chacun s'accoysera par la conclusion qu'on y mettra a Rome .

Ma tres chere Fille, pour Dieu, ayes bon courage ; c'est aussi pour luy que vous vives et travailles. Il soit, a jamais beni et glorifié. Amen.

FRANçs. E. de Geneve.

Si ceux qui font cette objection sont gens d'estude, ilz pourront lire Leonard Lessius, Jesuite (De Just. et Jure 2, 41 De statu religioso dub 14), ou ilz treuveront ce qu'il leur faut.

MCCCLXXXII A MADAME DE LA VALBONNE Deux vertus essentielles. - Le plus sûr moyen d'acquérir l'honneur. - Les sécheresses spirituelles et leurs remèdes. - Avis pour la confession.

[1615-1617 .]

Dieu vous benisse, ma tres chere Niece, ma Fille, dequoy vous perseveres tous-jours au soin de luy garder les plus pretieuses affections de vostre cœur. Que vous seres heureuse, si cette perseverance dure jusques a la fin de cette miserable vie ! car ainsy cette fin sera le sacré commencement d'une belle et tressainte eternité.

Il faut bien tous-jours tenir ferme en nos deux cheres vertus, la douceur envers le prochain et la tres aymable humilité envers Dieu ; et j'espere qu'il sera ainsy, car ce grand Dieu qui vous a pris par la main (Is 41, 13 ; Ps 72,24) pour vous tirer a soy, ne vous abandonnera point qu'il ne vous ayt logee en son tabernacle eternel (Ps 26, 5 ; 42,3). Il faut arracher tout. a fait le soin des preseances, puisque mesme on ne possede jamais tant l'honneur qu'en le mesprisant (IVD part 3, ch 4), et que cela trouble le cœur et nous fait faire des eschappees contre la douceur et l'humilité.

Ne vous estonnes nullement de vos distractions, froideurs et secheresses, car tout cela se passe en vous du costé des sens et en la partie de vostre cœur qui n'est pas entierement en vostre disposition ; mays, a ce que je voy, vostre courage est immobile et invariable es resolutions que Dieu nous a donné. Vrayement, ma chere Fille, il ne faut pas laisser la tressainte Communion pour cette sorte de mal ; car rien ne ramassera mieux vostre esprit que son Roy, rien ne l'eschauffera tant que son soleil, rien ne le destrempera si souëfvement que son bausme.

Et ne vous troubles point dequoy vous ne remarques pas toutes vos menues cheutes pour vous en confesser ; non, ma Fille, car, comme vous tombes souvent sans vous en appercevoir, aussi vous vous releves sans vous en appercevoir. Aussi n'est-il pas dit au passage que vous m'aves allegué (Pr 24,16), que le juste se voit ou sent tomber sept fois le jour, mais qu'il tombe sept fois ; aussi il se releve sans attention a ses relevees. Ne vous mettés donq pas en peyne pour cela, mais allés humblement et franchement dire ce que vous aures remarqué ; et pour ce que vous n'aures pas remarqué, remettes le a la douce misericorde de Celuy la qui met la main au dessous de ceux qui tombent sans malice, affin qu'ilz ne se froissent point (Ps 36,24), et les releve si vistement et doucement qu'ilz ne s'apperçoivent pas, ni d'estre tombés, parce que la main de Dieu les a recueillis en leurs cheutes, ni d'estre relevés, parce qu'elle les a retirés si soudain qu'ilz n'y ont point pensé.

A Dieu, ma tres chere Fille, ma Niece ; conservés tousjours bien vostre ame bienaymee, et ne tenes pas grand conte de ces annees qui passent, sinon pour gaigner la tressainte eternité.

FRANçs, E. de Geneve.

MCCCLXXXIII A LA MèRE DE BRéCHARD SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE MOULINS (FRAGMENT) Pourquoi les premières Mères de la Visitation doivent être très humbles et unies à Dieu.

Septembre 1617-mars 1618 .

…………………………………………………….. Mon Dieu, ma tres chere Fille, que vous autres qui estes les premieres Meres et comme les colomnes de cette petite Congregation, deves estre grandement humbles, vertueuses et unies a l'esprit de Dieu, puisque vous voyes que de toutes partz l'on vous desire, par tout l'on cherche des greffes et plantes de vos pepinieres ; car voyla Grenoble , Turin , Montpellier, Valence, Clermont, Le Mans , en somme par tout il semble que l'on vous veüille a l'envi, sans que par nul artifice on recherche ces recherches……………………………

Revu sur le texte inséré dans l'Histoire de ta Fondation du Ier Monastère de la Visitation d'Annecy.

ANNEE 1618

MCCCLXXXIV AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er Prochain voyage du Cardinal de Savoie en France. - L'Evêque de Genève se dispose à l'accompagner.

Annecy, 4 janvier 1618 .

Monseigneur,

Comme Vostre Altesse Serenissime pouvoit choysir mille et mille personnes plus capables de servir dignement Monseigneur le Prince Cardinal au voyage de France , aussi ne pouvoit elle donner le commandement de ce faire a homme qui vive, qui, avec plus de fidelité et de cœur, receut cet honneur, ni qui, avec plus d'affection, se veuille essayer de correspondre par son tres humble service a la faveur et gloire que je sens d'y estre appellé. Et attendant un nouveau commandement pour le jour auquel je me rendray a ce devoir, je demeure, Monseigneur, Vostre tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

MCCCLXXXV AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE ( INéDITE ) Reconnaissance et soumission au sujet d'un commandement honorable.

Annecy, 4 janvier 1618.

Monseigneur,

Je reçois a grand bonheur le commandement que Vostre Altesse me fait de suivre Monseigneur le Serenissime Cardinal en France, et le feray, Dieu aydant, avec tant de fidelité et sujettion, que je ne demeriteray point lhonneur que je possede d'estre, Monseigneur, Vostre tres humble, tres fidele et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçs E. de Geneve.

4 janvier 1618, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Biblioteca Civica.

MCCCLXXXVI A DON JUSTE GUéRIN, BARNABITE Raisons pour lesquelles on sollicite le privilège du petit Office pour les Sœurs de la Visitation. - Demande d'Indulgences pour les Monastères. - Traiter toute cette affaire avec prudence. - Nouvel effort du Saint pour l'établissement d'un Séminaire.

Annecy, [commencement de janvier] 1618 ,

Mon Reverend Pere,

…………………………………………………………………………….

L'affaire des Dames de la Visitation a Rome consiste en ce point: qu'il playse a Sa Sainteté leur permettre de n'estre point obligees a dire le grand Office, pour les raysons suivantes :

Premierement, il n'y a nation au monde ou les femmes prononcent si mal le latin qu'en celle de France, et notamment icy ; et seroit presque impossible de faire bien apprendre la prononciation de tout le grand Office, la ou il sera aysé de la leur apprendre pour le petit Office de Nostre Dame, comme elles le prononcent en effect fort bien des a present. Secondement, en cette Congregation on desire recevoir les filles de petite complexion, et lesquelles, faute de forces corporelles, ne peuvent estre receuës es Religions plus austeres. Or, celles qui sont obligees au grand Office, si elles le veulent dire distinctement et posement, ne le peuvent faire sans effort ; et si elles le veulent dire viste et couramment, elles se rendent ridicules et indevotes. C'est pourquoy il est plus convenable que celles-ci qui, faute de forces corporelles, ne le pourroyent pas dire posement, ne disent que le petit Office. Troysiesmement, il y a exemple a Paris, ou les Seurs de Sainte Ursule, Religieuses des trois vœux solemnelz, ne disent que le petit Office . Quatriesmement, les Seurs de la Visitation font plusieurs exercices spirituelz qu'elles ne pourroyent pas faire en disant le grand Office. Je pensois vous marquer les autres pointz ; mais je me resouviens que le P. Procureur general les a bien au long. Il faut que je vous die que les Regles dont on demande l'approbation sont toutes conformes a la Regle de Saint Augustin, hormis en la clausure absolue, que saint Augustin n'avoit pas establie, a laquelle neanmoins les Seurs se veulent astreindre, selon le sacré Concile de Trente (Sess XXV, de Reform ch 5). Peut estre que le Saint Siege commettra quelqu'un de deça, quelques Prelatz de Religions et autres theologiens pour les revoir, corriger et appreuver. Je ne voy pas qu'il soit besoin de vous advertir d'autre chose sur ce sujet, sinon que, quant au Monastere de cette ville, attendu que l'eglise d'iceluy est consacree sous le tiltre de la Visitation de Nostre Dame et du glorieux saint Joseph, il serait desirable que l'on obtinst Indulgence pleniere pour ces jours la, et pour les jours des tiltres des autres Maysons et Monasteres de cette Congregation, outre l'Indulgence du jour de la Visitation, qui est le tiltre general de la Congregation .

Monseigneur de Lion est la, auquel s'il plaist de favoriser l'affaire, il peut infiniment en cela. Or, je croy qu'il luy plaira, puisqu'il a en sa ville metropolitaine une Mayson de la Visitation ou Dieu est grandement honnoré.

Mais, mon Reverend Pere, il faut traitter toutes choses doucement et avec circonspection. Ce que je dis, parce que quelques ecclesiastiques austeres et exactz en leurs personnes ont rendu quelque signe qu'ilz n'estoyent pas satisfaitz dequoy en cette Congregation il y avoit si peu d'austerité et de rigueur de peynes ; mais il faut tousjours regarder a la fin, qui est de pouvoir recueillir les filles et femmes debiles, soit en aage, soit en complexion.

Je desire encor obtenir une lettre de la Congregation des Evesques (L6, note 349) a moy et au clergé de ce diocese, par laquelle il me soit enjoint d'eriger un Seminaire de ceux qui pretendent a l'estat ecclesiastique, ou ilz puissent se civiliser es ceremonies, a catechiser et exhorter, a chanter, et autres telles vertus clericales ; car, quant aux petitz enfans, nous en avons de reste qui veulent estre ecclesiastiques et qui n'estudient pour autre fin.

Or, je desire que le clergé ait part a la lettre, affin qu'on puisse imposer pour cela quelque petite cotisation sur les benefices . Le Concile de Trente (Sess XXIII, de Reform ch 18)

suffiroit, mais pour le faire valoir plus efficacement, la susdite lettre seroit requise.

………………………………………………………………………..

Je suis

Vostre frere et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

MCCCLXXXVII A M. BéNIGNE MILLETOT Aimable réponse à la demande d'une cédule d'amitié. - Le voyage de l'Abbesse du Puits-d'Orbe; ce que le Saint blâme et regrette. - Une âme que l'amertume trouble démesurément. - Nouvel ami de l'Evêque de Genève. - Tristesses et difficultés au sujet du testament de la baronne de Thorens.

Annecy, 13 janvier 1618.

Monsieur mon Frere,

Je receu a Grenoble la lettre quil vous pleut m'escrire le 6 decembre 1617 ; mays que vous diray-je ? Ni moy et tout je ne le croy pas que jamais vous puyssies entrer en opinion que je varie et chancele en la sincere et solide affection que j'ay de vous honnorer et cherir a jamais, sans reserve ni exception quelcomque. Non, Monsieur mon tres cher Frere, vous n'aures jamais cette cogitation, et ce n'est pas cela qui vous fait demander une cedule de moy pour vostre asseurance ; car je suis certain que l'amitié dont vous me favorises est si parfaite qu'elle est au dessus de toute desfiance. Et comme m'eussies vous peu tant aymer si vous n'eussies eu le sentiment de l'invariable nature de mon ame en cette passion d'amitié ?

Vous le sçaves donq bien, je m'en asseure, je suis exempt de ses vicissitudes, et mesme mon affection ayant rencontré un object si invariablement aymab1e comme vous estes, mon tres cher Frere ; mays il ny a remede, il faut que vostre amour s'esgaye a me demander des certitudes du mien, dont toutefois il ne peut douter. Nous sçavons bien cette douce importunité des amans, qui se playsent d'ouïr mille et mille fois repeter qu'on les ayme, non pour s'asseurer, mays pour se complaire en l'asseurance quilz ont, qui semble estre mieux savouree quand ell'est plus souvent repetee. Que si vous voulies neanmoins une cedule de mon cœur, comme vous me le signifiés, envoyes moy donq le vostre sur lequel je l'escriray, car nul autre papier n'est capable de cette sorte d'escriture. Or sus, c'est asses dit pour cette verité que jamais vous ne revoqueres en doute.

Je viens a l'accessoire de vostre lettre. Je vis, de vray, Mme du Puis d'Orbe , et, autant que j'ay sceu connoistre et discerner, son voyage estoit exempt d'aucun mauvais dessein ; car elle venoit, ainsy qu'elle et madame la Premiere , ains monsieur le premier President mesme, m'avoyent adverti au paravant, seulement pour me venir voir et descharger, comme elle me dit, son cœur de cet amas d'ennuys qu'ell'avoit accueillis des qu'elle ne m'avoit veu. Voy1a ce que j'en croy, quoy que j'ay treuvé tres mauvais le rencontre et la suite de celuy qui estoit si odieux a tant de gens de respect , et qui devait, par tant de raysons, ne jamais approcher cette trouppe.

Mays quant a ma chere niece vostre fille , j'en demeuray fort satisfait ; je vous supplie de vous en asseurer. Pleut a Dieu seulement qu'elles eussent poursuivi leur voyage jusques icy, ou madame de Chantal leur avoit prœparé une douce retraitte pour tant qu'elles eussent valu (notes 125, 131) ; je m'asseure qu'elles s'en fussent retournees fort consolees de voir la devotion qui se prattique en la Mayson de la Visitation, ou maintenant nostre fille est portiere pour la seconde fois, tant on estime sa vertu que de luy donner cette charge, l'une des plus importantes, affin que je vous die encor ce mot de consolation.

Je fis tant par mes remonstrances, que l'esprit de Mme du Puis d'Orbe, qui estoit aux abboys a cause de tant de troubles et de regretz dont il estoit accablé, reprit un [peu de vigueur ] pour s'en aller en paix et vivre en paix en [son abbaye.] Mays elle m'escrit despuis son retour, qu'elle a de rechef treuvé tant de mauvais traittemens, qu'ell'a perdu presque toute esperance de jamais avoir la paix. Or, je suis au bout de ma science pour cela. Il y a la des bons Peres Jesuites qui pourront mieux que moy discerner ce qui est requis pour le bien de ce Monastere. Quant a moy, je pense que la douceur gaigneroit plus sur cett'ame qu'aucune autre chose ; au moins vois-je bien que l'amertume la trouble demesurement. Le bon Pere Dom Pierre a rayson de m'aymer, puisqu'il vous honnore si fort et que je suis vostre cher frere. Vous l'aves conduit a prœjuger pour moy : et comme pourroit il autrement juger ? Je n'ay pas le bonheur de le connoistre, mais ouy bien de connoistre sa Congregation que j'ay au milieu de mon cœur, et de laquelle je respecte et le General et plusieurs autres grans personnages qu'elle reunit, auxquelz donq je joindray celuy ci et le luy tesmoigneray a la premiere commodité qui s'en presentera. Que sil se treuve a Paris le moys suivant, j'auray peut estre le bien de l'y voir, car je pense que Monseigneur le Cardinal de Savoye s'y en va, que j'y accompagneray, Son Altesse me l'ayant. ainsy commandé sans reserve (lettre 1384).

Vous aures sceu combien l'annee passee nous a esté dure par le trespas de mon frere, de son filz et de sa femme qui en moins de quatre moys ont esté emportés . Mais, oserois-je vous dire un surcroist de desplaysir qui m'est arrivé en cett' occasion ? Je le feray, Monsieur mon tres cher Frere, mais c'est en confiance, vous suppliant que si il ne vous en est parlé, il vous playse n'en rien tesmoigner a personne.

Ma pauvre belle seur nous fut ravie a l'improveu trois jours apres qu'elle fut accouchee, et n'eut loysir qu'environ de cinq heures a mettre ordre a ses affaires. En cette presse, on ne vid jamais un esprit si clair, si doux, si paisible, ni plus de marques d'une vraye sainteté, car jusques au trespas elle souspira des [affections] si extremement devotes qu'elle nous ravissoit tous en admiration. Or, parmi cela et soudain qu'elle vid qu'elle mourroit de cet accident, elle voulut tester, laissant a madame sa mere, a monsieur son frere et a sa seur sa dote, hormis un legat qu'elle fit encor d'environ 900 escus ; et pour le reste, elle me fit son heritier, a la charge que je laisserois l'heritage entier a mes freres . Sur quoy je m'apperçois que [Mg, de Bourges et les autres] proches de M.

le Baron de Chantal ont opinion que j'aye procuré l'advantage et commodité que cette pauvre defuncte a laissé a mes freres.

Cela, certes, me fait de la peine, car je prevoy bien que la bienveuillance que ce Praelat et ces messieurs avoyent envers moy s'en rafroidira. Et neanmoins, Monsieur mon tres cher Frere, je vous dis le cœur ouvert et devant le Scrutateur des cœurs (Ps 7, 10 ; Sg 1,6), que ni directement. ni indirectement, ni par moy ni par entremise d'aucun, onques je ne parlois a cette chere seur ni de tester, ni de rien faire de tout ce qu'elle fit pour mes freres. Madame sa mere, qui fut presente a cette action, et pour le moins vingt personnes d'honneur m'en seront tesmoins asseurés. Mays il est vray que ceux qui ont veu avec quel amour, quel honneur, quelle douceur cette pauvre fille estoit cherie de tous nous, ne treuvent pas si estrange qu'elle n'ayt pas volu tirer de nostre mayson que ce qu'elle y avoit apporté, sans que par autre voye nous luy ayons ni donné ni pensé a luy donner cette volonté.

Je n'ay sceu me retenir, Monsieur mon Frere, de vous dire ce petit mal de cœur, sachant a qui je le dis ; car d'en escrire a M. de Bourges, qui ne. m'en a point escrit, je ne le juge pas a propos, et me contente de sçavoir en mon ame que suis exempt de ces viles prattiques, ne sçachant mesme pas ce que les testemens de mes pere et mere contiennent, sinon pour rayson des legatz pieux. Mais c'est trop d'une chose que j'escris par eschappee. Dieu, par son infinie bonté, vous conserve et comble de bonheur, Monsieur mon Frere, avec madame ma chere seur , et suis Vostre tres humble frere et tres asseuré serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

XIII janvier 1618, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Lyon-Fourviere. MCCCLXXXVIII A LA MèRE DE CHANTAL L'embarras du Saint à l'arrivée de voyageurs dauphinois.

Annecy, 13 ou 14 janvier 1618 .

Ma tres chere Mere,

Nos amis de Grenoble doivent arriver demain. Je les recevray avec playsir, a condition que vous vous chargeres des femmes, car en fin, qu'en ferois-je ?

MCCCLXXXIX A M. BéNIGNE MILLETOT Recommandation en faveur d'un ami engagé dans un procès.- Voyage du Prince Cardinal de Savoie différé.

Annecy, 15-17 janvier 1618 .

Monsieur mon Frere, Vay-je point trop souvent a vostre porte ? Vous importune-je point par mes si frequentes supplications ? Certes, je ne dois, ni ne puis, ni ne veux manquer au devoir que j'ay a monsieur le Marquis d'Aix , qui me fait la faveur de m'aymer tres particulierement et que pour ses rares qualités j'honnore parfaitement. Or, il a un'affaire devant la cour et, de bonne fortune, en la Chambre de la Tournelle en laquelle vous estes ; et je vous supplie donq tres humblement, Monsieur mon Frere, de la (sic) gratifier de vostre appuy au soustenement de son bon droit, puisque mesme il implore mon intercession aupres de vous, sachant le bien que j'ay d'estre advoüé vostre frere. Le voyage du Prince Cardinal de Savoye estant differé pour quelque tems et, comme je croy, jusques a carneval , je suis par consequent d'autant esloigné de l'esperance que j'ay que par quelque rencontre ce voyage me pourra donner le bonheur de vous voir. Mays ce pendant je ne laisseray pas de vous avoir present a mon ame, ni de prier Nostre Seigneur qu'il vous comble, et madame ma seur , de toute sainte prosperité, qui suis, Monsieur mon Frere, Vostre tres humble et tres affectionné frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve. [A Monsieur]

Monsieur Milletot, seigr de Villy,

Conseiller du Roy au Parlement de Bourgoigne.

Revu sur l'Autographe qui se conservait au Grand Séminaire de Besançon.

MCCCXC A MADAME DE BLANIEU Le prix de la paix; sa récompense. - Deux moyens de la conserver.

Annecy, 18 janvier 1618.

Madame,

Conservés-le donq bien, ce cœur, en ce juste contentement qu'il a de se sentir en paix avec son Dieu ; paix de laquelle le prix n'est point au monde, non plus que la recompense, puisqu'elle vous est acquise par le merite du sang de nostre Sauveur, et qu'elle vous acquerra le Paradis eternel, si vous la gardes bien. Faites-le donq, ma tres chere Fille, et ne fuyes rien tant que ce qui la vous peut oster. Et vous le feres, je le sçai bien; car vous invoqueres Dieu, affin qu'il vous en continue la grace. et prendres soin de bien prattiquer ce que je vous ay conseillé, que j'espere de confirmer par mon retour, puisque, comme j'ay opinion, le voyage de ce Prince que je devois accompaigner est retardé (note 338). Ce pendant, faites-moy part a vos prieres, puisque je ne cesseray jamais de vous souhaiter toute sorte de bonheur, et seray toute ma vie, Ma tres chere Fille, Vostre tres humble et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Le 18 janvier 1618, Annessi.

MCCCXCI A LA PRéSIDENTE DE BOUQUéRON Comment le respect règle les témoignages de l'affection. - Souhaits des gens de bien et contradictions au sujet de la fondation du Monastère de Grenoble.- Le service de Dieu, unique bonheur en ce monde.

Annecy, 18 janvier 1618.

Madame,

Si jamais ma bouche a refusé de vous nommer ma fille, ç'a esté sans le consentement de mon cœur, qui des le premier abord du vostre sentit bien que Dieu luy donnoit une forte et invariable affection, toute vrayement paternelle pour vous ; mais on n'ose pas tous-jours parler comme on desireroit, sur tout quand on doit du respect a ceux qui portent les mesmes tiltres que nous voudrions avoir. Certes, puisque vous le voules, je ne sçaurois aussi plus me priver de ce contentement.

Et vous diray donq, ma tres chere Fille, que je suis bien ayse que ces filles soyent venues icy faire l'apprentissage du sacré mestier que par apres elles iront exercer, comme j'espere, dedans le païs de leur naissance et de mon affection : pour moy, je n'en puis plus douter, voyant cette generale concurrence des souhaitz qu'en font tant de gens de bien. Cependant il est fort certain, comme vous dites, que ce bon œuvre ne se fera pas sans quelques contradictions ; car, comme seroit-il bon autrement ? Mais pour cette dame, je ne croy pas qu'elle la face longue, puisqu'elle est vertueuse et de bon esprit; et puis, Dieu dissipe les cogitations humaines (Ps 32,10) par sa science celeste .

Or sus, ma tres chere Fille, continués tous-jours a servir ce divin Maistre et Sauveur de vostre ame en pureté et douceur d'esprit: c'est l'unique bonheur que nous pouvons pretendre, et l'infallible asseurance de le posseder eternellement consiste a l'aymer en ce monde fidelement et confidemment.

Je ne suis pas hors d'esperance de vous revoir ce Caresme, et de vous dire de vive voix, comme je le dis de tout mon cœur, que je suis, Ma tres chere Fille, Vostre tres humble et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Le 18 janvier 1618.

MCCCXCII AU ROI DE FRANCE, LOUIS Xlll (L6, note 416) (MINUTE) L'avis du Saint pour le rétablissement des Carmes à Gex. - Impossibilité de leur assigner le revenu destiné au service des paroisses. - Travail et dévouement des Capucins. - Deux moyens de hâter l'entière conversion du pays.

Annecy, 21 janvier 1618.

Sire,

Pour obeir au commandement que Vostre Majesté me fait par sa lettre du dernier jour d'aoust 1617, que je n'ay receu sinon quatre mois apres, je diray ce qu'il me semble sur la proposition que le Pere Provincial des Carmes de la province de Narbonne luy a faite, pour le restablissement du couvent que ceux de son Ordre avoyent jadis a Gex (L5, note 592) ; et attendu qu'il y a quelques restes des edifices et des biens dudit couvent, je croy bien, Sire, qu'il seroit bon qu'ilz fussent remis en l'Ordre duquel ilz dependent, a la charge que le service y fust fait selon la proportion du revenu qui en proviendroit. Et parce que maintenant il n'y a pas suffisamment pour entretenir une seule personne, s'il plaisoit a Vostre Majesté leur ordonner les cent cinquante livres sur les tailles, que ledit Pere Provincial luy a demandees en aumosne, il pourroit par ce moyen y colloquer quelque habile et discret Religieux, qui, par les voyes ordinaires de la justice et des loix publiques, retireroit petit a petit les pieces esgarees dudit couvent, sans que pour cela aucun eust occasion de se plaindre, ni que personne en fust grandement incommodé. Mais quant aux trois cens livres que ledit Pere Provincial demandoit sur les autres revenus ecclesiastiques remis entre mes mains pour le restablissement de l'exercice catholique es eglises du balliage dudit lieu, je ne voy pas que cela luy doive ni puisse estre accordé ; veu que tout est requis pour estre employé aux services et offices divins et a l'entretien et reparation des edifices sacrés, sans qu'on en puisse rien oster, ainsy que j'ay clairement fait voir audit Pere Provincial par les contes de ceux qui, de la part de Vostre Majesté, ont esté establis et commis a la recette desditz revenus. Outre que, s'il y avoit quelque chose de plus, il devroit plustost estre destiné a l'accommodement des Peres Capucins qui, des plusieurs annees en ça, resident audit lieu de Gex et y travaillent avec beaucoup de zele et d'incommodités. Et quant a ce que Vostre Majesté veut sçavoir, s'il seroit point plus a propos d'introduire en la ville dudit Gex quelque compaignie de Religieux reformés, je pense, Sire, qu'il n'y a point de doute, puisque les desvoyés ne sont pas moins attirés a la connoissance du bon chemin par les bons exemples que par les bonnes instructions. Mais le reste des biens du couvent des Carmes estant si petit, serviroit de peu a cela, qui ne peut estre fait que par le dessein expres de Vostre Majesté et par union de quelque benefice riche, quand il viendroit a vaquer, ou par quelque autre liberalité royale. Et lhors, Sire, si Vostre Majesté me commandoit de nommer quelle compaignie j'estimerois plus propre pour ce lieu la, je nommerois celle des Prestres de l'Oratoire, bons a toutes sortes de services spirituelz et qui plus aysement peuvent se mesler parmi les adversaires .

Que si d'abondant Vostre Majesté me commandoit de luy marquer un autre moyen grandement utile a l'avancement de la foy catholique en ce balliage de Gex, je dirois, Sire, que ce seroit d'y mettre des officiers catholiques ; et sans ce moyen icy, les autres n'opereront que foiblement et lentement. .

Je prie Dieu, ce pendant, qu'il comble de benedictions Vostre Majesté, vostre couronne et vostre royaume; qui suis et seray a jamais, Sire, Vostre tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, le 21 janvier 1618.

MCCCXCIII A LA MèRE DE CHANTAL Départ d'une belle âme pour le Ciel - Une demeure toute de paix.- Confiance en Dieu, et regrets sur les morts.

Annecy, 24 janvier 1618 .

Ma tres chere Mere,

Quand on m'a osté d'aupres de vous, ça esté pour monsieur de Sainte Catherine , mais je pensois que ce fust un accident comme l'autre fois ; et voyla que ça esté pour luy faire saintement dire dix ou douze fois : VIVE JESUS ! et protester qu'il avoit toute son esperance en la mort de Nostre Seigneur : qu'il a prononcé avec beaucoup de force et de vivacité, et puis s'en est allé ou nous avons nos pretentions, sous les auspices du grand saint Paul . Dieu qui nous l'avoit donné pour son service, le nous a osté pour sa gloire: son saint nom soit beni (Jb 1,21) ! Demeures cependant en paix, avec mon cœur, au pied de la providence de ce Sauveur pour lequel nous vivons et auquel, moyennant sa grace, nous mourrons. Dieu reparera cette perte et nous suscitera des ouvriers en lieu de ces deux qu'il a pleu retirer de sa vigne pour les faire asseoir en sa table (Lc 22,30). Mais tenes vostre cœur en paix, car il le faut ; et, comme dit l'Escriture (Eccli 22,11), Pleures un peu sur les trespassés, mais pourtant loües Dieu en consolation, puisque nostre esperance est vivante. Amen.

FRANçs, E. de Geneve.

MCCCXCIV A LA MèRE FAVRE, SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON (FRAGMENT) Mort de deux grands serviteurs de Dieu. - Admirable acquiescement du Saint

Annecy, 24 janvier 1618 .

Ma tres chere Fille,

……………………………………………………………………………… Il faut demeurer coy en ce que Dieu dispose et ordonne ; nous l'avons mesme fait ce jourd'huy. A 7 heures du matin, nous avons perdu pour cette vie le P. D. Simplicien, et a trois heures le bon monsieur de Sainte Catherine, deux grans serviteurs de Dieu, sans qu'il y aye presque aucun malade en cette ville. O Providence celeste ! sans esplucher vos effectz, je les adore et embrasse de tout mon cœur, et acquiesce a tous les evenemens qui en succedent par vostre volonté. ………………………………………………………………………..

MCCCXCV A LA BARONNE DE MENTHON ( INéDITE ) Vacance d'un bénéfice. - Trois raisons d'en pourvoir sur-le-champ Benoît de Chevron.

Annecy, 26 janvier 1618.

Madame,

En la vacance de la chapelle de Sainte Catherine par le trespas du bon et devot M. de Quoëx, j'ay rencontré par mon desir le choix que monsieur vostre mari et vous aves fait ; et je n'avois garde de faillir, puisque monsieur le Doyen vous est si proche en toutes façons, que vostre bon naturel ne vous eut pas permis de faire autrement . Il m'a dit tout ensemble, et l'obligation qu'il vous en avait, et la difficulté, ou plustost la consideration pour laquelle il n'avait pas l'acte de la nomination: qui estait que monsieur vostre mari aurait quelque sorte d'opinion de pouvoir un jour luy mesme la deservir.

Mays, Madame, il faut que je vous die trois choses en confiance. L'une est, que quand monsieur le Baron serait en estat (dont Dieu le garde) de deservir cette chapelle, en estant le nominateur il ne pourrait pas la prendre pour soymesme, car nulle (sic) ne peut estre nominateur de soymesme. L'autre est que laiqs ne peuvent en conscience tenir les benefices, ni les nominateurs ne peuvent non plus les tenir en suspens sans offencer Dieu et les ames des fondateurs. Et la troysiesme, c'est que, si cette chapelle demeure quelque tems sans recteur, elle n'est pas si petite quil ne se treuve des courans qui l'impetreront a Rome ; et elle sera bien impetree, attendu la negligence de ceux qui doivent nommer. Sur cela, Madame, il me semble que vous deves des maintenant gratifier ce neveu qui vous appartient en tant de façons, et luy donner la nomination, affin de conserver vos droitz et l'intention des praedecesseurs .

Pour [ce ], je vous escris ainsy librement et sans art, sachant que vous m'aymes franchement, et croires aysement que je parle selon le devoir et l'affection que je vous ay et qui me rend, Madame,

Vostre plus humble tres affectionné serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

XXVI janvier 1618, Annessi.

A Madame

Madame la Baronne de Menthon.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. le comte de Menthon, au château de Menthon (Annecy).

MCCCXCVI A MADAME BOURGEOIS, ABBESSE DU PUITS-D'ORBE Très sage avis du Saint au sujet du transfert de l'abbaye du Puits-d'Orbe. Devoir de l'Abbesse pour maintenir ses filles en union et charité. - Humble démarche qu'elle doit faire.

Annecy, 30 janvier 1618.

Dieu, qui a fait vostre cœur pour son Paradis, ma tres chere Fille, luy face la grace d'y bien aspirer. Je vous escris sans loysir, comme je fay presque tous-jours en cette multiplicité d'affaires qui m'accablent. Je vous ay des-ja escrit qu'il ne failloit nullement penser a transplanter vostre Monastere a Lion ; car, a quel propos oster une si notable fondation d'une province et d'un diocese pour la porter en un autre? Ni le Pape, ni l'Evesque, ni le païs, ni le Parlement ne le permettront jamais. Demeurés donq ferme en la resolution de le transferer des chams a la ville, mais en une ville de la province et du diocese ; s'il se pouvoit, a Langres, ou a Chastillon, ou a Dijon, et icy il seroit mieux. Et ne faut point craindre que vos parens vous y faschassent, car y vivant en une bonne et sainte reformation, chacun vous y reverra avec un amour nom pareil ; et puis, il ne faut pas tant regarder a vostre personne particuliere qu'au public et a la posterité. Mais si vous ne pouves ranger vostre esprit a cet advis, du moins que ce soit a Chastillon .

Je n'appreuve nullement que vous separies vos filles, tenant les unes comme vos affectionnees et partisanes, et les autres comme distraittes de l'affection qu'elles vous doivent, ni qu'on leur remette leurs pensions ou autres particularités. Il faut que vostre courage surnage a tout cela; et croyes que si vous estes bien resolue de vivre en charité avec elles, leur monstrant un cœur de douce mere, qui a oublié tout ce qui s'est passé jusqu'a present, vous les verres toutes revenir a vous dans bien peu de moys .

Madame la Premiere vous escrira. Je vous prie, escrivés luy en esprit de douceur et d'humilité, et, sans faire conte des choses passees, tesmoignés que vous estes fille de Nostre Seigneur crucifié. Et non seulement a elle, mais escrivés aussi a M. le President et a monsieur d'Origny , leur disant qu'apres tant de tourmens que vous aves souffertz, en fin Nostre Seigneur et vostre vocation vous convient de les prier de vous assister au dessein qui a tous-jours esté en vostre ame, de reduire vostre Monastere a quelque perfection de la vie religieuse, et qu'es occasions vous les advertires des moyens requis a cet effect, a ce qu'ilz vous aydent; car en fin, ma tres chere Fille, il faut avoir la paix, et la paix naist de l'humilité. De renvoyer ce point a eux, il n'est pas raysonnable ; il faut que ce soit vous qui commencies. En somme, il faut amollir et briser ce cœur, ma tres chere Fille, et convertir nostre fierté en humilité et resignation.

Je salue toutes nos Seurs , et particulierement madame la Prieure . Dieu, par sa bonté, vous comble de son Saint Esprit, affin que vous vivies en luy et a luy.

30 janvier 1618.

MCCCXCVII A LA MèRE DE CHANTAL Discrétion que garde le baron de Chantal et qu'il faut garder avec lui.

Annecy, 16 janvier-février 1618 .

Ma tres chere Mere, Vostre Baron ne me parla point de son cousin M. de Rabutin , ni moy a luy; mais je croy qu'il ne desire pas que vous luy parlies, comme en effect, aussi bien sera-ce chose inutile, sinon en general, et dissimulant la particularité. J'iray, si je puis, cet apres disné voir Mlle de Colombier . Ce pendant, je vous donne le bon jour de tout mon cœur.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MCCCXCVIII AU PèRE CLAUDE-LOUIS-NICOLAS DE QUOEX PRIEUR DE TALLOIRES Doux reproche à un ami trop affligé. - Aimer le bonheur de ceux qui nous ont quittés pour aller à Dieu.

Annecy, fin janvier-février 1618 .

Mon cher Frere (car je suis en la place de celuy que nostre bon Dieu a retiré pres de luy), on me vient de dire que vous pleures continuellement pour cette veritablement bien sensible separation. Il ne faut nullement que cela soit, car, ou vous pleures sur luy, ou pour vous. Si c'est sur luy, pourquoy pleurer, que nostre Frere est en Paradis ou les pleurs n'ont plus de lieu (Is 25,8 ; Ap 7, 17 ; 21,4)? Que si pour vous, n'y a-il point trop d'amour propre (je parle avec vous ainsy franchement), d'autant qu'on jugera que vous vous aymes plus que son bonheur, qui est incomparable ? Et voudries vous que, pour vous, il ne fust pas avec Celuy (Ac 17,28) in quo movemur et sumus, tous tant que nous sommes qui acquiesçons a son saint playsir et divine volonté ? Mais venes nous voir, et souvent, et nous convertirons les pleurs en joye (Ps 29,12), nous souvenant par ensemble de celle de laquelle nostre bon frere jouit et laquelle jamais plus ne luy sera ostee (Lc 10, 42). Et en somme, pensés souvent en elle et en luy, et vous vivres joyeux, comme je le souhaite de tout mon cœur, avec lequel je me recommande a vos prieres et vous asseure que je suis vostre.

FRANçs, E. de Geneve.

MCCCXCIX AU PèRE ANGE CALCAGNI, CORDELIER (EN ITALIEN) Consolation à un prisonnier.

Annecy, 4 février 1618.

Très Réverend et très honoré Père dans le Christ,

M. Roch votre frère se rendant vers vous, je vais aussi en esprit avec lui saluer Votre Révérence et la prier de demeurer joyeuse, autant qu'elle le pourra, en cette tribulation. Grâce à Dieu, elle finira bientôt, puisque dès l'arrivée de Son Excellence, qui doit venir dans quelques jours , Votre Paternité sera mise en liberté . Ainsi, vous souhaitant toute vraie consolation après cette épreuve, je me recommande de tout cœur à vos prières. De Votre très Révérende Paternité, Très affectionné comme frère et serviteur, FRANçOIS, Evêque de Genève. Au très Révérend [Père] dans le Christ, Le Père Ange Calcagni, Gardien de Notre-Dame de la Campagne de Plaisance .

Revu sur l'Autographe appartenant à M. le comte Morandi, à Plaisance (Italie).

MCD A M. JEAN DE CHATILLON ( INéDITE) Décisions pour le service de quelques paroisses.

Annecy, 6 février 1618.

Monsieur,

En l'état de la question, je pense que cette attestation soit suffisante, laquelle pour cela je vous renvoye, affin qu'elle serve au suppliant. J'ay donné verbalement charge a M. le curé de Vualier , de dire a monsieur le curé des Alinges et a M.. le curé d'Orcier , qu'en secourant Draillans , jusques a ce que nous y puissions mettre autre ordre, et eux et le vicaire des Alinges pourront celebrer deux fois a cette contemplation, car il faut faire ce que l'on peut. Madame d'Orlier me prie qu'elle puisse avoir la chapelle de Saint François, qu'elle dotera. Je vous prie de voir que c'est et m'en tenir adverti, bien que je ne laisseray pas d'en parler avec monsieur de Blonnay , puisque il vient de deça, a ce quil m'escrit. Je suis, Monsieur, Vostre tres humble confrere, FRANçs, E. de Geneve.

6 febvrier 1618, Annessi.

D'après une copie de l'Autographe qui appartenait à M. Griolet, et qui a été vendu à Genève en 1910, par M. Thury.

MCDI AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE Supplique pour l'installation des Chartrenx à Ripaille.

Annecy, 11 février 1618.

Monseigneur,

Entre les saintz projetz que Dieu inspira a Vostre Altesse tandis qu'elle fut icy, pour restablir le lustre du service divin en ces païs de deça, l'un estoit de mettre les Peres Chartreux a Ripaille (L6, note 432), qui de tous tems ont une tres particuliere obligation et fidele affection a la coronne de Savoye, et desquelz la vie et les offices sont d'une merveilleuse edification. C'est pourquoy, Monseigneur, le P. Don Laurens de Saint Sixt estant par dela , j'ay creu que ce seroit a propos d'en ramentevoir Vostre Altesse, a ce qu'elle oye avec confiancè ce qu'il luy en representera, puisque non seulement il a pour ce sujet la creance de son General , mais aussi une speciale fidelité au service et a l'obeissance de Son Altesse, delaquelle il est nay sujet et vassal. Et ce pendant, je prieray Dieu qu'il comble de ses graces Vostre Altesse, a laquelle faysant tres humblement la reverence, je suis, Monseigneur, Tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, le XI febvrier 1618.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

MCDII

A LA SOEUR DE BLONAY, MAITRESSE DES NOVICE:S A LA VISITATION DE LYON La foi en la Providence au milieu des sécheresses spirituelles. - Quel examen il faut faire. - Le grand acte d'amour de Notre-Seigneur sur la croix.- Profit que nous devons tirer de nos imperfections. - Vivre joyeuse sous le regard de Dieu. - Saluts paternels.

Annecy, 18 février 1618.

Ce m'eust esté une consolation sans pair de vous voir toutes en passant , mais Dieu ne l'ayant pas voulu, je m'arreste a cela; et ce pendant, ma tres chere Fille, tres volontier je lis vos lettres et y respons. 0 Nostre Dame ! ma tres chere Fille, si Nostre Seigneur pense en vous et s'il vous regarde avec amour ? Ouy, ma tres chere Fille, il pense en vous, et non seu lement en vous, mais au moindre cheveu de vostre teste (Mt 10,30 ; Lc 21,18) : c'est un article de foy, et n'en faut nullement douter. Mays je sçai bien aussi que vous n'en doutes pas, ains seulement vous exprimes ainsy l'aridité, secheresse et insensibilité en laquelle la portion inferieure de vostre ame se treuve maintenant. Vrayement, Dieu est en ce lieu, et je n'en sçavois rien, disoit Jacob (Gn 28,16)

; c'est a dire, je ne m'en appercevois pas, je n'en avois nul sentiment, il ne me sembloit pas. J'ay parlé de ceci au livre de l'Amour de Dieu, traittant de la mort de la volonté et des resignations; je ne me souviens pas en quel Livre (TAD 9, ch 3-11-13).

Et que Dieu vous regarde avec amour, vous n'aves nul sujet d'en douter ; car il voit amoureusement les plus horribles pecheurs du monde, pour peu de vray desir qu'ilz ayent de se convertir. Et dites-moy, ma tres chere Fille, n'aves vous pas intention d'estre a Dieu ? ne voudries vous pas le servir fidelement ? Et qui vous donne ce desir et cette intention, sinon luy mesme en son regard amoureux ? D'examiner si vostre cœur luy plaist, il ne le faut pas faire, mais ouy bien si son cœur vous plaist ; et si vous regardes son cœur, il sera impossible qu'il ne vous plaise, car c'est un cœur si doux, si suave, si condescendant, si amoureux des chetifves creatures, pourveu qu'elles reconnoissent leur misere, si gracieux envers les miserables, si bon envers les penitens ! Et qui n'aymeroit ce cœur royal, paternellement maternel envers nous ?

Vous dites bien, ma tres chere Fille, que ces tentations vous arrivent parce que vostre cœur est sans tendreté envers Dieu ; car c'est la verité que si vous avies de la tendreté vous auries de la consolation, et si vous avies de la consolation vous ne series plus en peyne. Mais, ma Fille, l'amour de Dieu ne consiste pas en consolation ni en tendreté autrement, Nostre Seigneur n'eust pas aymé son Pere lhors qu'il estoit triste jusques a la mort (Mt 26,38) crioit : Mon Pere, mon Pere, pourquoy m'as-tu abandonné (Mt 27,46) ? Et c'estoit lhors, toutefois, qu'il faysoit le plus grand acte d'amour qu'il est possible d'imaginer.

En somme, nous voudrions tous-jours avoir un peu de consolation et de sucre sur nos viandes, c'est a dire avoir le sentiment de l'amour et la tendreté, et par consequent la consolation. Et pareillement, nous voudrions bien estre sans imperfections ; mais, ma tres chere Fille, il faut avoir patience d'estre de la nature humaine et non de l'angelique. Nos imperfections ne nous doivent pas plaire, ains nous devons dire avec le saint Apostre (Rm 7,24) : 0 moy miserable !

qui me delivrera du cors de cette mort ? mais elles ne nous doivent pas ni estonner ni oster le courage. Nous en devons voirement tirer la sousmission, humilité et desfiance de nous mesmes ; mais non pas le descouragement ni l'affliction du cœur, ni beaucoup moins la desfiance de l'amour de Dieu envers nous ; car ainsy Dieu n'ayme pas nos imperfections et pechés venielz, mais il nous ayme bien nonobstant iceux. Ainsy, comme la foiblesse et infirmité de l'enfant desplaist a sa mere, et pourtant, non seulement ne laisse pas pour cela de l'aymer, ains l'ayme tendrement et avec compassion, de mesme, bien que Dieu n'ayme pas nos imperfections et pechés venielz, il ne laisse pas de nous aymer tendrement ; de sorte que David eut rayson de dire a nostre Seigneur (Ps 6,3) : Aye misericorde, Seigneur, parce que je suis infirme.

Or sus, c'est asses, ma tres chere Fille. Vivés joyeuse: Nostre Seigneur vous regarde, et vous regarde avec amour, et avec d'autant plus de tendreté que vous aves d'imbecillité. Ne permettes jamais a vostre esprit de nourrir volontairement des pensees contraires ; et quand elles vous arriveront, ne les regardés point elles mesmes, destournés vos yeux de leur iniquité, et retournés devers Dieu avec une courageuse humilité, pour luy parler de sa bonté ineffable par laquelle il ayme nostre chetifve, pauvre et abjecte nature humaine, nonobstant ses infirmités.

Priés pour mon ame, ma chere Fille, et me recommandés a vos cheres filles novices , lesquelles je connois toutes, fors que ma Seur Colin Je suis entierement vostre en Nostre Seigneur, qui vive a jamais en nos cœurs. Amen.

Annessi, ce XVIII febvrier 1618.

MCDIII A LA MèRE FAVRE SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON Les mères poules et leurs poussins, - Une école de charité et de patience. - Conseils au sujet de Novices. - Le filet imperceptible de la Providence. - Parure de ce monde et parure du Ciel pour les épouses du Christ. Humilité du saint Evêque.

Annecy, 19 février 1618.

Je vous voy, ma tres chere Fille, toute malade et dolente sur les maladies et douleurs de vos filles . On ne peut estre Mere sans peyne. Qui est celuy qui est malade, dit l'Apostre (2 Co 11,29), que je ne le sois avec luy ? Et nos anciens Peres (Jn Chrys. Hom 47 in Mt ; S.Aug Enarrat in Ps 58,10 ; Beda Enarrat in Mt) ont dit la dessus, que les poules sont tous-jours affligees de travail tandis qu'elles conduisent leurs poussins et que c'est ce qui les fait glosser continuellement, et que l'Apostre estoit comme cela. Ma tres chere Fille, qui estes aussi ma grande fille, le mesme Apostre disoit aussi, que quand il estoit infirme, alhors il estoit fort (2 Co 12,10), la vertu de Dieu paroissant parfaite en l'infirmité (2 Co 12,9). Et vous donq, ma Fille, soyes bien forte parmi les afflictions de vostre Mayson. Ces maladies longues sont des bonnes escholes de charité pour ceux qui y assistent, et d'amoureuse patience pour ceux qui les ont ; car les uns sont au pied de la croix avec Nostre Dame et saint Jean, dont ilz imitent la compassion, et les autres sont sur la croix avec Nostre Seigneur, duquel ilz imitent la Passion. Quant a la Seur de laquelle vous m'escrives, Dieu vous fera prendre le conseil convenable. Cette douceur es souffrances est un pronostic de la future faveur abondante de Nostre Seigneur en cette ame, ou qu'elle aille ou demeure . Salués, je vous supplie, ces deux filles tendrement de ma part, car je les ayme ainsy.

Au demeurant, s'il est treuvé convenable de renvoyer cette Novice, il le faudra faire avec toute la charité possible, et Dieu reduira tout a sa gloire. Dieu garde et benit les sorties aussi bien que les entrees (Ps 120) de celles qui font toutes choses pour luy, et qui n'occasionnent pas leurs sorties par leurs mauvais deportemens. Sa providence fait vouloir le sacrifice qu'elle empesche par apres d'estre fait, comme on voit en Abraham (Gn 22,10); et me semble que je dis je ne sçay quoy de ceci au livre de l'Amour de Dieu, mais je ne me souviens pas ou (TAD 9,6).

Dilatés cependant vostre cœur, ma chere Fille, mon ame, parmi les tribulations; aggrandisses vostre courage, et voyes le grand Sauveur penché du haut du Ciel vers vous, qui regarde comme vous marches en ces tourmentes, et, par un filet de sa providence imperceptible, tient vostre cœur et le balance en sorte qu'a jamais il le veut retenir a soy. O ma tres chere Fille, vous estes espouse non pas encor de Jesus Christ glorifié, mais de Jesus Christ crucifié : c'est pourquoy les bagues, les carquans et enseignes qu'il vous donne et dont il vous veut parer sont des croix, des clouz, des espines, et le festin de ses noces est de fiel, d'hyssope, de vinaigre (Mt 27, 34 ; Jn 19,29). La haut nous aurons les rubis, les diamans, les esmeraudes (Ap 21,19), le moust, la manne (Ap 2,17)

et le miel. Je ne dis pas ceci, non, ma chere grande Fille, vous tenant pour descouragee, mais vous tenant pour adoloree, et m'estant advis que je dois mesler mes souspirs avec les vostres, comme je sens mon ame meslee avec la vostre.

Voyes vous, ne me dites point que vous abuses de ma bonté a m'escrire des grandes lettres ; car en verité, je les ayme tous-jours suavement. Ce bon Pere dit que je suis une fleur et un vase de fleurs, et un phœnix ; mais en verité, je ne suis qu'un puant homme, un corbeau, un fumier. Mais pourtant, aymés moy bien, ma tres chere Fille, car Dieu ne laisse pas de m'aymer et de me donner des extraordinaires desirs de le servir et aymer purement et saintement. En somme, apres tout, nous sommes trop heureux d'avoir pretention en l'eternité de la gloire, par le merite de la Passion de Nostre Seigneur, qui fait trophee de nostre misere pour la convertir en sa misericorde, a laquelle soit honneur et gloire es siecles des siecles. Amen.

Je suis vostre, ma tres chere Fille, vous le sçaves bien, mais je dis vostre d'une façon incomparable.

FRANçs, E. de Geneve.

Le 19 febvrier 1618.

MCDIV AU PèRE JEAN-MATTHIEU ANCINA DE LA CONGRéGATION DE L'ORATOIRE ( INéDITE - EN ITALIEN) Envoi d'un mémoire sur les vertus de Juvénal Ancina.

Annecy, 23 février 1618.

Très Révérend et très honoré Père,

Je regrette infiniment que Votre Paternité n'ait pas encore reçu l'éloge que j'ai fait en témoignage de l'estime en laquelle j'ai toujours tenu notre Révérendissime Monseigneur de Saluces, de très heureuse mémoire . Voici donc que j'en envoie un double, sorti de mon lourd entendement, et écrit à la hâte; aussi ne sera-t-il pas digne d'être mis sous les yeux du public. Il est cependant fait par un cœur qui honore grandement et chérit le souvenir de notre Monseigneur. J'ai dit peu de chose, parce que je n'ai pas eu le temps de voir en lui la pratique des vertus en détail; Votre Paternité pourra allonger, corriger, abréger et changer comme bon lui semblera. Faites-moi la grâce d'avoir toujours une constante dilection pour mon âme, surtout dans vos saints Sacrifices, puisque je demeure à jamais, de Votre très Révérende Paternité,

Le très assuré et très affectionné serviteur,

FRANçOIS, Evêque de Genève.

23 février 1618, à Annecy.

Revu sur une copie conservée à Milan, à la Bibliothèque Ambrosienne.

MCDV A DONA GINEVRA SCAGLIA Remerciements pour une lettre et un présent. - Sur la demande de la destinataire, l'Evêque de Genève lui offre une occasion d'aider les Sœurs de la Visitation. - Nouvelles de la Congrégation.

Notre-Dame de Myans, 27 février 1618.

Très illustre Madame, très honorée dans le Christ, Je n'étais pas à Grenoble quand Son Excellence monsieur votre père y vint , mais il ne laissa pas de m'envoyer à Annecy la lettre de Votre Seigneurie lllustrissime. I1 y a peu de jours, je reçus de la part du bon Père D. Juste un chapelet avec la croix du bois de saint François , qui, à ce qu'il m'écrivit, m'est aussi offert par vous. Je le garderai précieusement, et en remercie humblement le cœur et la main qui me l'ont donné. Si mes prières sont exaucées par le Seigneur notre Dieu, ce cœur recevra le comble de la perfection de l'amour céleste, et cette main l'anneau des éternelles épousailles avec le Rédempteur de nos âmes, afin que, suivant les désirs de Votre Seigneurie Illustrissime, elle vive toute pour le Christ, dans le Christ et au Christ. Le Père m'écrivit aussi que si quelque occasion d'aider le monastère des Sœurs de la Visitation se présentait, je le fisse savoir à Votre Seigneurie qui servirait d'intermédiaire auprès de la Sérénissime Infante . Et voilà que ces Sœurs ont justement, ces jours passés, acheté un certain moulin de Monsieur le Duc de Nemours ; or, si le prince venait à mourir sans enfants, il serait à craindre que la Chambre de Son Altesse, non seulement s'emparât de ces moulins, mais qu'elle fit encore perdre aux Sœurs leur argent. C'est pourquoi on demande à Son Altesse de daigner faire en faveur de cette œuvre de piété ce qu'elle a fait en de semblables occurrences, ratifiant le contrat passé avec le Duc de Nemours ou avec ceux qui contractent en son nom ; et les Sœurs supplient la Sérénissime Infante de vouloir bien recommander cette affaire, et Votre Seigneurie Illustrissime, d'intercéder pour elles, par charité.

Pour vous y encourager, je vous assure que cette Congrégation croît toujours plus dans la perfection religieuse et répand une telle odeur [de vertu], que de plusieurs côtés on demande des Sœurs pour fonder des Monastères (note 333).

Mais on attend les dépêches de Rome; ayant maintenant pour les obtenir un solliciteur aussi habile que l'est le P. D.Juste, et de si nombreuses recommandations, il faut espérer qu'avec la grâce de Dieu nous les recevrons bientôt, d'autant plus qu'il s'agit du service et de la gloire de sa divine Majesté, et du salut des âmes rachetées par le sang du Rédempteur. A lui soit honneur, gloire et bénédiction éternelle, (Ap 4,9 ; 5,12) et à vous, Madame, toutes les grâces que vous souhaite, De Votre Seigneurie Illustrissime, Le très humble et très assuré serviteur dans le Christ, FRANçOIS, Evêque de Genève.

Au monastère de Notre-Dame de Myans ,

le 27 février 1618.

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation d'Annecy

MCDVI AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE Les nécessités de la Sainte-Maison de Thonon. - Appel à la bonté du prince.

Notre-Dame de Myans, 28 février 1618.

Monseigneur,

La Sainte Mayson de Thonon ne peut subsister che (sic) par la bonté et liberalité de Son Altesse, qui en est la fondatrice, et laquelle partant est suppliee maintenant sur divers articles desquelz la resolution et execution est necessaire pour maintenir laditte Mayson, ainsy que le sieur Gilette , present porteur, representera . Playse a Vostre Altesse Serenissime d'estre favorable a ce bon œuvre, comme elle l'est ordinairement a toutes ; c'est la supplication seule que pour le present je luy fay, et qu'elle me face la grace de m'advouer tous-jours, Monseigneur, Son tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

A Nostre Dame de Myans, le 28 febvrier 1618.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat. MCDVII A MADAME DE VIGNOD RELIGIEUSE DE L'ABBAYE DE SAINTE-CATHERINE Un bouquet mystique à offrir aux Saints; de quelles fleurs il faut le composer. - Saint Thomas d'Aquin. - Quel est l'ennui le plus importun. -. Les menues tracasseries exercent l'amour de la propre abjection. - Avis pour supporter et corriger une petite fille d'humeur difficile.

Annecy, [février 1606-1618 .]

Vous me demandes, ma tres chere Fille, quel bouquet vous pourres donner a vostre Valentin ? Il doit estre fait de quelques petites actions de vertu, que vous prattiqueres expres en faveur de ce Valentin celeste, et au bout de la meditation du matin, vous le luy presenteres, affin qu'il le consacre a vostre cher Espoux. Vous pouves aussi en cueillir quelquefois au jardin des Olives, sur le mont de Calvaire (je veux dire ces bouquetz de myrrhe de vostre saint Bernard), et supplier le celeste Valentin de les recevoir de vostre cœur et d'en loüer Dieu, qui est comme s'il en respandoit l'odeur, puisque vous ne pouves ni asses dignement flairer ces divines fleurs, ni asses hautement en loüer la suavité. Vous le pourres encor prier, ce brave Valentin, qu'il prenne aussi ce bouquet, et que de sa main il le vous face odorer, et mesme qu'il vous en rende quelqu'autre en eschange ; qu'il vous donne des gans parfumés, couvrant vos mains d'œuvres de charité et d'humilité, et vous donne des brasseletz de corail, deschaisnes de perles ; et ainsy faut il exercer des tendresses d'amour avec ces heureux gentilzhommes de ce Roy de gloire.

Il me semble que ce fut saint Thomas d'Aquin que vous tirastes pour le mois: le plus grand Docteur qui aye jamais esté. Il estoit vierge, et la plus douce et humble ame qu'on sçauroit dire.

Or, parlons un peu de ce cœur de ma tres chere Fille: s'il estoit a la veuë d'une armee d'ennemis, ne feroit-il pas des. merveilles, puisque la veuë et le rencontre d'une petite fille maussade et escervelee le trouble si fort ? Mais ne vous troubles pas, ma tres chere Fille, il n'est point d'ennuy si importun que l'ennuy qui est composé de plusieurs petites, mais pressantes et continuelles importunités. Nostre Seigneur permet qu'en ces petites rencontres nous demeurions courtz, affin que nous nous humiliions, et que nous sçachions que si nous avons surmonté certaines grandes tentations, ce n'a pas esté par nos forces, mais par l'assistance de sa divine Bonté.

Je le voy bien, que par ces menuës tracasseries il y a force sujetz d'exercer l'amour ou l'acceptation de nostre propre abjection : car, que dira-on d'une telle fille qui n'a point fait proffiter et n'a point bien dressé ni donné bonne action a cette petite fille ? Et puis, qu'est ce que nos Seurs diront de voir que pour la moindre importunité qu'une creature nous fait, nous nous desbattons, nous nous plaignons, nous grondons ? Il n'y a remede, ma tres chere Fille. La fille de saint Athanase eust acheté cette condition au prix de l'or (Collat Patrum 18, 14 ; IVD part.3, ch 1), mais ma fille n'est pas si ambitieuse : elle aymeroit mieux que l'occasion luy fust ostee que d'entreprendre de la faire valoir. Recourés bien a l'humilité, et pour ce peu de tems que cet exercice durera, essayés-vous de la supporter en la presence de Dieu, et d'aymer cette pauvre chetifve pour l'amour de Celuy qui l'a tant aymee qu'il est mort pour elle. Ne la corriges pas, si vous pouves, en cholere; prenes la peine qu'elle vous donne a gré, et me croyes tout vostre.

FRANçs, E. de Geneve.

MCDVIII AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er Témoignage et intercession en faveur du P. Ange Calcagni.

Grenoble, 8 mars 1618.

Monseigneur,

Le Pere Frere Angelo Calcagnio, Gardien des Observantins de Playsance (note 394), est prisonnier des il y a trois moys a Chamberi ; et par ce que je l'ay souvent veu a Annessi, ou il a quelquefois demeuré les moys entiers avec son frere , et n'ay jamais rien reconneu en luy contraire a la pieté et religion, je l'ay visité en sa prison, ou je l'ay treuvé comme un homme que le tesmoignage de sa conscience tient asseuré. Et par ce qu'il m'a demandé pour l'amour de Dieu mon intercession aupres de Vostre Altesse, je ne la luy ay peu refuser ; c'est pourquoy, croyant fermement que rien ne se treuvera en cette occasion contre son innocence, je fay tres humble supplication a Vostre Altesse de luy vouloir departir sa faveur pour sa briefve sortie et son renvoye en son cloistre . Dieu face de plus en plus abonder ses graces sur la personne de Vostre Altesse, a laque (sic) je suis, Monseigneur, Tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

A Grenoble, le 8 mars 1618.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

MCDIX A DON JUSTE GUéRIN, BARNABITE (INéDITE) Louange à Dieu pour le bon et le mauvais succès de divers évènements.- Confiance en la Providence et courage pour agir. - Pourquoi il faut tout tenter et tout sacrifier afin d'obtenir aux Sœurs de la Visitation le privilège du petit Office.

Grenoble, [vers 5-10] mars 1618 .

Mon Reverend Pere, que je cheris comme mon ame propre,

J'ay receu il y a 4 jours vostre lettre du 14 febvrier. Or, Dieu soit loüé de vostre arrivee en bonne santé et des peines que vous aves souffertes en chemin, comme encor du mauvais estat auquel vous aves treuvé l'affaire de la Visitation , contre l'esperance en laquelle on nous avoit nourri. (Jb 2,10) Si bona suscepimus de manu Domini, mala etiam cur non sustinemus ? Mays je sçai si asseurement que nos prœtentions tendent a la plus grande gloire de Dieu, que je ne puis perdre l'esperance de les voir reuscir, apres que sa divine Majesté aura un peu espreuvé nostre courage. Mays pourtant, affin que de nostre costé nous attirions le bon succes par toute la sousmission quil nous sera possible, je vous diray, mon tres cher Pere : premierement, que si vous voyes du jour qu'avec un peu d'importunité nous puissions obtenir les trois articles que nous demandons (L7, note 622), je vous supplie de faire tout effort (2 Tm 4,2) opportune, importune.

2. Mais toutefois, si vous voyes qu'on ne les puisse pas obtenir tous trois, qu'au moins on tienne bon en la poursuite de celuy du petit Office ; car le grand Office dissiperoit et le lustre et la fin de cette Congregation, puisqu'on ne pourroit pas le dire avec la gravité requise, ni avec la bonne prononciation, et que plusieurs femmes et filles foibles de veüe ou d'estomac, quoy que grandement devotes d'ailleurs, ne pourroyent estre receües. Et je sçai en verité que cet article fait une notable attraction des ames. Ainsy, pourveu qu'on obtienne cet article, nous serons asses contens, encor qu'on refusera les autres, quoy que grandement desirables.

3. Et plus tost que de mettre le grand Office en cette Congregation, j'aymerois mieux accepter le parti que Monseigneur de Lyon propose, pourveu qu'on le puisse impetrer du Saint Siege : a sçavoir, que cette Congregation demeurast en tiltre de simple Congregation, avec les vœux simples, et qu'il pleut neanmoins a Sa Sainteté d'annuller et casser, ou declarer nulz et de nulz effectz, tous les mariages que les Seurs (ce que Dieu ne veuille jamais permettre) voudroyent contracter apres avoir faitz lesditz vœux simples, tout ainsy que Gregoire 13 a fait en faveur des Jesuites estudians , Ains, si cela se pouvoit obtenir, je l'aymerois mieux que toute autre chose, car toutes les difficultés cesseroyent ; mars j'ay grand peur que cela ne fut encor plus difficile a impetrer du Saint Siege, quoy que l'exemple des Peres Jesuites serviroit de beaucoup pour faciliter l'affaire.

4. Que si en fin on ne peut mieux faire, il faudra au moins tascher d'obtenir que cette Congregation soit mise en tiltre de Religion, mais avec remission de l'obligation de dire le grand Office, tant en particulier qu'en general, pour le plus long tems que se pourra, comme pour cinquante ans ou soixante ; car au bout du dit tems on obtiendroit peut estre bien une prolongation, quand le Saint Siege auroit veu par experience que cette dispense reusciroit a plus grand bien. Enfin, cet article du petit Office est si important, que pour l'obtenir il faut se sousmettre a toute sorte d'autres rigueurs .

Je sçai que si Monseigneur de Lyon affectionne le bon evenement de cette negociation, il le fera reuscir heureusement ; et bien que je ne luy escrive pas, respectant ses occupations, si ne laisse je pas de luy faire la reverence et vous supplier de l'asseurer de ma fidelité tres humble a son service. Et quant a vous, mon Reverend Pere, vous sçaves ce que je vous suis, c'est a dire que je suis vostre, sans reserve ni condition, et Vostre serviteur et frere tres humble, FRANçs, E. de Geneve.

Au très Révérend et très honoré Père, Le P. D. juste Guérin,

de la Congrégation des Clercs réguliers de Saint-Paul.

Rome.

Revu sur l'Autographe conservé à l'évêché d'Asti (Piémont).

MCDX A M. CLAUDE DE QUOEX (L2, note 95) Dévouement aux Religieux de Talloires en mémoire d'un ami défunt.- " Multitude de bonnes occupations. "

Grenoble, 10 mars 1618.

Monsieur,

Voyla les deux lettres pour l'affaire des Religieux de Talloire , que je veux servir, cherir et honnorer comme leur pieté et les desirs de mon pauvre aysné requierent; car les desirs de ce defunct et sa fidele amitié vivront a jamais en ma memoire et en mes affections. Que si je n'ay pas escrit plus tost, ça esté sans ma coulpe, a cause de la multitude des bonnes occupations qui m'environnent, outre la principale des sermons . Faites moy cependant lhonneur, je vous supplie, de perseverer a m'aymer, puisque je seray toute ma vie, et de vous et de celle qui est toute vous mesme , Monsieur, Plus humble, tres affectionné frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

X mars 1618, a Grenoble.

A Monsieur [Monsieur] de Quoex, Conseiller [de S. G.] et Collateral premier au Conseil de Genevois.

Revu sur l'Autographe conservé à Chambéry, Archives du Sénat de Savoie.

MCDXI A MADAME DE LESCHERAINE Une visite manquée.

Grenoble, 10 mars 1618.

Madame,

Je n'ay point servi monsieur de Lescheraine vostre filz , ains je ne l'ay mesme pas veu, ni hier quil prit la peine de venir ceans tandis que je me praeparois au sermon, ni aujourd'huy qu'il m'a apporté vostre lettre, par ce qu'il n'a pas fait sçavoir son nom a celuy a qui il a parlé et que sa discretion a esté trop grande a s'en retourner, me sachant en occupation. Mays, Madame, ne laisses pas, je vous supplie, pour cela de croire qu'en toutes occurrences je ne le serve de tout mon pouvoir avec particuliere affection, comme estant de tout mon cœur, Madame, Vostre plus humble, tres affectionné serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

x mars 1618, a Grenoble.

A Madame

Madame de Lescherayne.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme Denarié, à Chambéry.

MCDXII A LA MèRE DE CHANTAL (FRAGMENT) A quelle condition Dieu bénit les entreprises. - Sorti" d'" avettes ".

Grenoble, 11 mars 1618.

En fin, ma chere Fille, nous venons de conclure avec nos bonnes dames l'establissement de nostre Monastere . Tout le monde applaudit a ce dessein ; nostre bonne dame la Presidente Le Blanc a une sainte ardeur pour cela, et moy j'ay une esperance tres douce que Dieu benira ses intentions, si nous sommes si heureux que de nous humilier comme il faut devant luy, qui veut bien se glorifier en nostre petitesse. Je vous prie, ma tres chere Mere, de preparer doucement nos petites avettes pour faire une sortie au premier beau tems, et venir travailler dans la nouvelle ruche pour laquelle le ciel prepare bien de la rosee ……………………………………………………..

MCDXIII A LA MêME (FRAGMENT INéDIT) Pronostic sur une Novice.

Grenoble, 15-fin mars 1618 .

Il faut que la Seur Anne Françoise face abnegation du desir qu'elle a de demeurer a Annessi , parce qu'elle sera un bon pilier d'observance et mesme, un jour, une bonne Superieure de la Mayson de Grenoble.

Revu sur le texte inséré dans l'Histoire de la Fondation de la Visitation de Grenoble.

MCDXIV A LA MèRE DE BRéCHARD SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE MOULINS Espérance d'un prochain revoir. - Projets de fondations â Bourges et à Paris; celle de Grenoble va se faire. - Un bienfaiteur de la Maison de Moulins. - Œuvres dont Dieu " tiendra bon comte ".

Grenoble, 29 mars 1618.

Ma tres chere Fille,

Accablé des sermons et de mill'autres surcharges, je vous diray que vous pouves, a mon advis, recevoir ces filles pour soulager vostre Mayson et gratifier ceste damoyselle d'honneur qui le desire , puisqu'il ny a nul inconvenient, les personnes estant si discrettes que la discipline n'en sera point incommodee. Encor me confirme-on que cett'esté se fera le voyage de Monseigneur le Cardinal ; qui me donne esperance de vous voir. Monseigneur de Bourges, a la verité, veut faire une Mayson a Bourges, mais ce ne sera pas si tost ; cependant on en fait une en cette ville, ou nostre Mere sera dans huit jours , et on travaille a Paris pour un 'autre . Dieu soit loué de tout. Asseures monsieur le general de Palierne que je suis fort humblement son serviteur, honnorant de tout mon cœur la grace que Nostre Seigneur luy fait de le tenir en son saint amour et service. Et de toutes les assistences quil vous fait, sa divine Majesté luy en tiendra bon comte ; comm'il fera aussi de la patience et du courage que vous prattiqueres a maintenir et avancer cette Mayson là, laquelle reuscira un jour dautant plus grande qu'elle semble croistre plus lentement. Dieu soit au milieu de vostre cœur et de vostre chere trouppe. Mays je salue a part ma Seur Marie Avoy , ma Seur Françoise Gabriele et ma Seur Jeanne Marie, ma niece , et suis vostre tres absolument, ma tres chere Fille.

A Grenoble, le 29 mars 1618.

A Madame Madame de Brechard, Superieure des Seurs de Ste Marie la Visitation. A Moulins.

Revu sur un fac-simile de l'Autographe, conservé à la Visitation d'Annecy.

MCDXV A DON JUSTE GUéRIN, BARNABITE A quoi les Sœurs de la Visitation emploieront-elles le temps si elles ne disent le grand Office ? - Deux réponses à cette objection.

Grenoble, 16 avril 1618.

Mon Reverend Pere, …………………………………………………………………..

Quant a la demande que fait le bon seigneur duquel vous m'escrives, sur l'occupation des Seurs de la Visitation en cas qu'elles ne disent le grand Office, il y a deux raysons.

La premiere, que les Seurs disant le petit Office gravement et avec pauses, elles y employent autant de tems comme la pluspart des autres Religieuses en mettent a dire le grand Office, sans autre difference, sinon que les unes le disent avec plus d'edification et meilleure prononciation que les autres (note 339). Certes, il y a huit jours, qu'estant en un monastere pres de cette ville , je vis des choses qui pouvoyent bien faire rire les huguenotz ; et des Religieuses me dirent qu'elles n'avoyent jamais moins de devotion qu'a l'Office, ou elles sçavoyent de faire tous-jours beaucoup de fautes, tant faute de sçavoir les accens et quantités, que faute de sçavoir les rubriques, comme encor pour la precipitation avec laquelle elles estoyent contraintes de le dire ; et que ne sachant ni n'entendant rien de tout ce qu'elles disoyent, il leur estoit impossible, parmi tant d'incommodités, de demeurer en attention. Je ne veux pas dire pourtant qu'il les faille descharger, sinon quand le Saint Siege, ayant compassion d'elles, le treuvera bon ; mais je veux bien dire pourtant qu'il n'y a nul inconvenient, ains beaucoup d'utilité, a laisser le seul petit Office en la Visitation. En somme, mon Reverend Pere, ce petit Office est la vie de la devotion en la Visitation. La deuxiesme responce est qu'en la Visitation il n'y a pas un seul moment qui ne soit employé tres utilement en prieres, examen de conscience, lecture spirituelle et autres exercices.

Je m'asseure que le Saint Siege favorisera cette œuvre, qui n'est ni contre les loix, ni contre l'estat religieux, et qui luy acquiert beaucoup de maysons d'obeissance en un tems et en un royaume ou il en a tant perdu ; et puisque mesme il n'y a pas tant de considerations a faire pour des maysons de filles, d'autant qu'elles ne font nulle consequence pour les autres Ordres, ni ne peuvent estre occasion de plaintes aux autres fondees sous autres statutz. La seule consideration de la plus grande gloire de Dieu me donne ce desir, et l'utilité de plusieurs ames capables de servir beaucoup sa divine Majesté en cette Congregation, avec la seule charge du petit Office, incapables autant de pouvoir suivre le grand Office. Sera-ce pas une chose digne du Christianisme qu'il y ait des lieux ou retirer ces pauvres filles qui ont le cœur fort, et les yeux ou la complexion foible (note 438) ?

Pour le reste, mon Reverend Pere, travailles diligemment a faire reüscir l'entreprise de nostre Seminaire, car j'ay opinion qu'il sera meshuy necessaire (note 344)………………….

Vostre frere et serviteur, FRANçs E. de Geneve.

Le .. avril 1618.

MCDXVI A LA PRéSIDENTE LE BLANC DE MIONS Aimable et ferme correction de François de Sales à une de ses filles spirituelles excessive en ses témoignages d'estime et d'affection.

Annecy, 22 avril 1618.

Ma tres chere Fille de mon cœur,

Sçaches que j'ay une fille laquelle m'escrit que mon esloignement a fait approcher ses douleurs ; que si elle ne tenoit ses yeux, ilz verseroyent autant de larmes que le ciel jette des gouttes d'eau, pour pleurer mon despart; et semblables belles paroles. Mais elle passe bien plus avant, car elle dit que je ne suis pas homme, mais quelque divinité envoyee pour se faire aymer et admirer, et, ce qui importe, elle dit qu'elle passeroit bien plus outre, si elle osait.

Que dites vous, ma tres chere Fille ? Vous semble-il qu'elle n'ayt pas tort de parler ainsy ? Ne sont ce pas des paroles excessives ? Rien ne les peut excuser que l'amour qu'elle me porte, lequel est certes tout saint, mais exprimé par des termes mondains. Or, dites luy, ma tres chere Fille, qu'il ne faut jamais attribuer, ni en une façon ni en l'autre, la divinité aux chetifves creatures, et que penser encor de pouvoir passer plus outre en louange, c'est une pensee desreglee, ou au moins de le dire ce sont paroles desordonnees ; qu'il faut avoir plus de soin d'eviter la vanité es paroles qu'es cheveux et habitz ; que desormais son langage soit simple, sans estre frisé. Mais pourtant, dites-le luy si doucement, amiablement et saintement, qu'elle treuve bonne cette reprimande, laquelle part du cœur plus que paternel que vous connoisses, comme fille certes tres chere de mon cœur, mais fille en laquelle j'ay mis toute confiance. Dieu soit a jamais nostre amour, ma tres chere Fille, et vives en luy et pour luy eternellement. Amen.

Le 22 avril 1618.

MCDXVII AU DUC ROGER DE BELLEGARDE (INéDITE) Un converti fugitif qu'il faut accueillir favorablement. - L'audace des hérétiques et le remède à y opposer.

Annecy, 25 avril 1618.

Monsieur, Ce porteur, jeun'homme de Gex , quitte son pais et la mayson de son pere pour eviter les inhumaines et continuelles persecutions qu'il y a rencontrees des qu'abjurant l'hceresie il a embrassé la foy catholique; et c'est un grand cas, Monsieur, que cette faction de prcetendus reformés, toleree par l'indulgence du Roy, est si insolente que de vouloir, par des voyes extraordinaires, empescher aux sujets de la coronne la liberté de servir Dieu selon la religion du Roy et du royaume, en laquelle l'Estat a esté et laquelle a tous-jours esté en l'Estat, il y a, graces a Dieu, environ douze cens ans.

Monsieur, c'est pour cela que je vous ay supplié de nous faire avoir des magistratz catholiques en ce balliage de Gex , qui, par l'authorité qu'ilz possederont, pourront donner le contrepoids a la multitude et malice des ennemis de la religion du Roy et du royaume, qui sont si hardis au mal et si pleins d'artifices pour l'executer que, s'ilz ne sont retenus de main forte, ilz ne cesseront d'empescher par toutes sortes de moyens violens le progres de la conversion des ames. Cependant, le favorable accueil et les graces qu'il plaira a Vostre Grandeur de faire a ce jeun'homme qui recourt a vostre bonté, Monsieur, comme a son asyle, serviront de promesse a ceux qui sont si heureux d'estre appellés a la conversion, d'estre protegés envers ceux qui les voudroyent travailler et vexer pour ce sujet.

Au reste, Monsieur, c'est meshuy chose superflue de repeter les vœux de mon service, que j'ay fait a Vostre Grandeur, puisque lhonneur que j'ay de vous oser regarder et considerer comm'un pere tres affectionné fait son tres aymable filz, met hors de doute le parfait respect et infini amour que mon ame a pour la vostre, que je supplie incessamment Nostre Seigneur de vouloir combler de sa grace, et demeure invariablement, Monsieur, Vostre tres humble et tres obeissant serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

25 avril 1618, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à Tours, chez les Religieuses du Saint-Esprit. MCDXVIII AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE Reconnaissance pour la protection accordée à de pauvres curés; prière de la continuer.

Annecy, 26 avril 1618.

Monseigneur,

Je fay en toute humilité action de graces a Vostre Altesse de la lettre qu'ell'a escritte a monsieur le Marquis de Lans affin qu'il mit ordre a faire payer les curés d'Armoy , de Draillens , qui de si long tems estoyent en extreme disette et prestz a quiter leurs charges si je ne les eusse soulagés (L3, note 62). J'espere, Monseigneur, que ledit seigneur Marquis effectuera l'intention de Vostre Altesse, ainsy qu'il m'a asseuré a mon retour de Grenoble ; et ne me reste qu'a la supplier tres humblement de vouloir tous-jours ainsy proteger les affaires du service de Dieu, qui en suite multipliera ses graces sur la vie et la personne de Vostre…

(Cliquer dans la page suivante pour faire apparaître le fac-similé de cette lettre au Prince de Piémont, Victor-Amédée)

Altesse Serenissime, a laquelle je fay tres humblement la reverence, et de laquelle Monseigneur, je suis Tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

XXVI avril 1618, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat,

MCDXIX A LA MèRE DE CHANTAL, A GRENOBLE Charmantes nouvelles de la Communauté d'Annecy. - Comment employer le nous et nostre. - Avis sur une dispense. - " Un peu de consideration humaine " dans des désirs paternels. - Difficultés du mariage de Celse-Bénigne. - La pensée du Saint sur la Communion dans son Institut. - Craintes pour le voyage de la Mère de Chantal à Lyon. - Lettres aux dames de Grenoble; recommandations à ce sujet.

Annecy, 30 avril 1618.

Il me tardoit bien fort, ma tres chere et plus que tres chere Mere, de vous escrire des icy, ou je suis arrivé, grace Dieu, en bonne santé . Mais quel moyen, je vous prie, a cet abord, parmy ce flux et reflux de visites, et quelque affaire que j'ay treuvé pour Piedmont et Italie ? Certes, je n'ay esté que deux fois voir nos cheres Seurs, qui font fort bien. Ma Seur Anne Marie est fort devotement sage, comme vous n'en doutes pas ; ma Seur Paul Hieronime, a ce qu'on me dit, fait merveille , et vostre Econome fait des miracles, hormis que ma Seur Anne Jacqueline luy parle tous-jours savoyard et de la monnoye de Savoye, et elle ne l'entend pas ; il faut des truchemens .

Hier je permis a la Seur Loüise Marie d'aller voir sa mere en compaignie de ma Seur Anne Marie, parce qu'on ne la pouvoit faire resoudre de se confesser, quoy qu'elle fust en tel danger que les medecins croyoient qu'elle deust mourir cette nuit ; ce qu'elle n'a pas encor fait, bien qu'a ce qu'on dit elle ne puisse pas aller loin. On luy a parlé des huit cens florins qu'elle avoit promis a la Mayson, mays elle a remis a le faire quand elle pourra au desceu de son mary ; on court donq fortune de les perdre . Les Peres de Saint Dominique semblent vouloir m'obliger de leur jardin sans nous contraindre de vouloir le jardin des Barnabites; toutefois je ne voy encor rien d'asseuré (notes 213, 296).

Le nous et nostre ne me deplaist pas, et toutefois il faudra le moderer en sorte que par trop grande habitude de parler ainsy on ne rende pas les defautz, pechés, imperfections communs et les confessions inintelligibles aux confesseurs estrangers ; et partant, il semble quil suffiroit de dire nous et nostre de tout ce qui est vrayement commun, comme : nostre chambre, nostre chapelet, nostre travail, nostre Seur, nostre Mere, nostre exercice ; car on peut bien dire .: Je n'ay pas fait nostre exercice du matin, je n'ay pas esté a nostre disner, j'ay pensé dans nostre lict, et semblables .

Si pour ne point differer de donner l'habit a nostre Seur de Collesieu jusques apres vostre despart , Monseigneur de Calcedoine veut dispenser du tems du premier essay, il faut accepter la dispense pour cette fois , et le supplier par apres de n'en point dispenser que pour des dignes sujetz, attendu que la regle de cet essay est fort utile et salutaire a la Congregation.

J'ay envoyé a ma Seur Anne Marie pour avoir le double du contract de monsieur le premier President .

Et a propos de monsieur le premier President, madame la Premiere m'a fait entendre, en passant a Chamberi, quil desiroit bien que sa fille fust employee a Turin, si on la peut bonnement retirer de Lion ; ce que je ne pense pas . M. de la Roche m'en dit autant de la sienne , et par consequent vous voyes, ma chere Fille, quil y a un peu de consideration humaine en ces bons peres ; neanmoins je vous dis tout, affin que vous le consideries et ruminies pour vostre retour, et peut estre que l'on ne demandera des Seurs de deça que pour un court emprunt. Mais laissons cela.

Je parlay a M. Carra , qui ne presse nullement la reception de sa fille, et luy est indifferent que ce soit ou un jour ou un autre . Ma Seur Françoise Marguerite, ce me semble, n'aura achevé son annee de probation que la veille de saint Claude, avec ma Seur Michel et ma Seur Claude Jacqueline .

Je seray bien marry si le mariage de monsieur de Chantal ne reuscit au gré de ceux quil regarde, et ne m'estonne pas toutefois si la bonne madame Liotart va un peu moins rondement que nous n'avons pas fait de nostre costé, car elle n'a pas peut estre encor bien despouillé la robbe du monde, ni perdu la coustume de parler selon la sagesse du monde. Je serois partant bien ayse de sçavoir en gros comme cela se sera passé, ne me pouvant empescher de cette curiosité, a cause du contentement que je souhaite a vostre Celse Benigne, et certes, encor a cette fille, que j'ayme pour l'amour de ma tres chere Mere, comme si c'estoyent mes frere et seur .

Je consens tres librement que nostre tres chere Seur Peronne Marie communie trois, voire quatre et plus encor de fois la semaine jusques a l'edition des Regles, et que tous-jours une des Seurs communie avec elle ; et quand elle ne communiera pas, qu'une Seur communie, en sorte que tous-jours quelque Communion se face tous les jours ; car je me confirme tous-jours plus au desir que je vous ay communiqué, qu'en cette Congregation la Communion y soit quotidienne de quelques unes des Seurs a tour, pour le souhait que le sacré Concile de Trente fait de voir que quelqu'un communie a chaque Messe (Sess XXII de sacrif Missae, 6), ainsy que je le declareray plus a plein aux . Regles (Const XXI).

Je croy fermement que ma Seur Barbe Marie , m'ayme singulierement, et n'a pas tort, ni aussi madame de Granieu , qui m'est a la verité precieuse.

J'ay envoyé a ma Seur Françoise Marguerite pour faire arrester les mille ducatons a Dole . On me tourmente fort icy a l'occasion de vostre passage a Lion, d'autant, dit on, qu'il vous pourroit causer du mal : a quoy je vous supplie de prendre soigneusement garde, car penses si rien m'est si cher, apres la sainteté de nostre ame, que la santé de ma Mere (note 482). Je pense que j'ay tout dit quant aux affaires.

Faites vous hardiment communiquer les lettres que j'ay escrit a ma Seur Barbe Marie, car il y en a, a mon advis, qui sont bien bonnes (L7, lettres 1294, 1301).. Puisque vous voules tout avoir, j'en ay escrit une bonne une fois a madame de Vissilieu , et si j'ay du loysir, j'en escriray une autre a madame de la Baume et vous l'envoyeray a cachet volant (lettre suivante) ; mais il la faudra bien cacheter, car je ne sçay pourquoy, mais il est vray que les advis secretz frappent mieux le cœur jusques a ce que l'on soit fort avancé au renoncement de son propre amour.

Je salue d'un cœur incomparablement paternel toutes nos cheres Filles , que j'ayme tous les jours plus, m'estant advis que je dois cela a l'affection qu'elles ont de bien servir Dieu. En somme, je me repose en vous comme a moy mesme pour bien faire mes honneurs et mes amours envers ces benites ames qui m'ayment pour l'amour de Nostre Seigneur.

Il faut remettre les lettres que j'escriray a madame de la Baume et a madame de Pisançon et a madame Odoyer , a M. d'Urme , affin quil les rende, car il le desire. Madame la conseillere Le Maistre me pria de la vous recommander, et sans doute elle a besoin qu'on asseure son ame, pleine de bonne volonté, mais un peu sujette aux abattemens de courage et melancholie : ce pourquoy il la faut encourager et un peu prendre par la main .

Vives toute en la vie et en la mort de Celuy qui vit pour nous faire mourir a nous mesme, et est mort pour nous faire vivre a luy mesme (2 Co 5,15). Ainsy soit il, ma tres . chere et tres unique Mere. Amen. Je ne vous dis rien de madame de Bouqueron et de ses filles , car vous sçaves asses de quel cœur je suis pour elles et pour mesdames de Saint André . Or sus, vive Jesus ! Amen. Cachetes bien ces lettres apres que vous les aures veuës, et les remettes au bon M. d'Urme auquel j'escris quil les donne. J'abonde un peu en dilection et es paroles d'icelle en ce commencement; vous sçaves que c'est selon la verité et la varieté de ce vray amour que j'ay aux ames. Maintenes moy bien es bonnes graces de celles que Dieu veut estre plus de mon soin.

C'est le 30 [avril] 1618.

Je ne vous envoye pas le contract , d'autant que jen'ay peu le faire copier, et si il me semble quil ne soit pas trop bien fait ; mais je vous en escriray plus amplement. Dieu soit beni eternellement dans le cœur de ma tres chere Mere comme dans le mien propre. Aymes bien madame de Granieu, car quant a madame Barbe Marie, il y a si long tems quil ne le faut plus dire. J'ay receu la lettre que vous m'escrives, du 22 de ce mois, allant donner la derniere benediction a madame la procureuse fiscale qui a perdu tout sentiment . Faites bien secher les cachetz volans, affin qu'on ne s'apperçoive que les lettres ayent esté veuës.

Revu en partie sur une ancienne copie conservée au 1er Monastère de la Visitation de Marseille.

MCDXX A MADAME DE LA BAUME Baser sa dévotion sur de fortes maximes. - Le " grand artisan de misericorde. " - Quel doit être le seul souci des enfants de Dieu. - Confiance et abandon en la Providence. - Qu'importe le temps à qui regarde l'éternité ? - Moyen de transformer en roses toutes les croix.

Annecy, 30 avril 1618 .

VIVE JESUS !

Playse au Saint Esprit de m'inspirer ce que j'ay a vous escrire, Madame, et s'il vous plaist, ma tres chere Fille. Il n'est besoin, pour vivre constamment en devotion, que d'establir des fortes et excellentes maximes en son esprit. La premiere que je souhaite au vostre, c'est celle de saint Paul (Rm 8, 28) : Tout revient au bien de ceux qui aymen Dieu. Et a la verité, puisque Dieu peut et sçait tirer le bien du mal, pour qui fera-il cela, sinon pour ceux qui, sans reserve, se sont donnés a luy ? Ouy, mesme les pechés, dont Dieu par sa bonté nous defende, sont reduitz par la divine Providence au bien de ceux qui sont a luy. Jamais David n'eust esté si comblé d'humilité s'il n'eust peché, ni Magdeleine si amoureuse de son Sauveur s'il ne luy eust remis tant de pechés, et jamais il ne les luy eust remis si elle ne les eust commis.

Voyés, ma chere Fille, ce grand artisan de misericorde : il convertit nos miseres en graces, et fait la theriaque salutaire a nos ames, de la vipere de nos iniquités. Dites moy donq, je vous prie, que ne fera-il pas de nos afflictions, de nos travaux, des persecutions qu'on nous fait ? Si donq il arrive jamais que quelque desplaysir vous touche, de quel costé que ce soit, asseures vostre ame que, si elle ayme bien Dieu, tout se convertira en bien. Et quoy que vous ne voyes pas les ressortz par lesquelz ce bien vous doit arriver, demeures tant plus asseuree qu'il arrivera. Si Dieu vous jette la boüe de l'ignominie sur les yeux, c'est pour vous donner la belle veuë (Jn 9,6)

et vous rendre un spectacle d'honneur. Si Dieu vous fait prendre une cheute, comme a saint Paul qu'il jetta en terre (Ac 9,4), c'est pour vous relever a gloire.

La seconde maxime, c'est qu'il est vostre Pere; car autrement il ne vous commanderoit pas de dire: Nostre Pere qui estes au ciel (Mt 6,9). Et qu'aves vous a craindre, qui estes fille d'un tel Pere, sans la providence duquel pas un seul cheveu de vostre teste ne tombera jamais (Lc 21,18 ; 12,7) ? C'est merveille qu'estant filz d'un tel Pere, nous ayons ou puissions avoir autre soucy que de le bien aymer et servir. Ayes le soin qu'il veut que vous ayes en vostre personne et en vostre famille, et non plus, car ainsy vous verres qu'il aura soin de vous. " Pense en moy, " dit il a sainte Catherine de Sienne, de laquelle nous celebrons aujour, d'huy la feste , " et je penseray en toy (Raym de Cap. Vita Sta Cath. Ia, 10). " 0 Pere , eternel, dit le Sage (Sg 14,3), vostre providence gouverne tout.

La troysiesme maxime que vous deves avoir, c'est celle que Nostre Seigneur enseigna a ses Apostres : Qu'est ce qui vous a manqué (Lc 22,35) ? Voyes vous, ma chere Fille, Nostre Seigneur avoit envoyé les Apostres ça et la, sans argent, sans baston, sans souliers, sans besace, revestus d'une seule soutane (Mt 10,9), et il leur dit par apres : Quand je vous ay ainsy envoyés, quelque chose vous a-elle manqué ? Et ilz luy dirent : Non (Lc 22, 35). Or sus donq, ma Fille, quand vous aves eu des afflictions, mesme du tems que vous n'avies pas tant de confiance en Dieu, estes vous perie dans l'affliction ? Vous me dires : Non. Et pourquoy donq n'aures vous pas courage de reüscir de toutes les autres adversités ? Dieu ne vous a pas abandonnee jusques a present ; comme vous abandonnera-il des a present, que, plus qu'auparavant, vous voules estre sienne ? N'apprehendes point le mal a venir de ce monde, car peut estre ne vous arrivera-il jamais, et en tout evenement, s'il vous arrive, Dieu vous fortifiera. Il commanda a saint Pierre de marcher sur les eaux; et saint Pierre voyant le vent et l'orage, eut apprehension, et l'apprehension le fit enfoncer, et il demanda secours a son Maistre, qui luy dit: Homme de peu de foy, pourquoy as-tu douté ? Et luy tendant la main, il l'asseura (Mt 14,29). Si Dieu vous fait marcher sur les flotz de l'adversité, ne doutés point, ma Fille, n'apprehendes point. Dieu est avec vous ; ayes bon courage, et vous seres delivree. La quatriesme maxime, c'est celle de l'eternité. Peu m'importe qui je suis parmi ces momens passagers, pourveu qu'eternellement je sois en la gloire de mon Dieu. Ma Fille, nous allons a l'eternité, nous y avons presque des-ja l'un des pieds ; pourveu qu'elle nous soit heureuse, qu'importe-il que ces instans transitoires nous soyent fascheux ? Est il possible que nous sçachions que nos tribulations de troys ou quatre jours operent tant d'eternelles consolations (2 Co 4,17), et que nous ne veuillions pas les supporter ? En fin, ma tres chere Fille,

Ce qui n'est pour l'eternité Ne peut estre que vanité.

La cinquiesme maxime, c'est celle de l'Apostre (Ga 6,14) : Ja n'advienne que je me glorifie, sinon en la Croix de mon Jesus. Plantés en vostre cœur Jesus Christ crucifié, et toutes les croix de ce monde vous sembleront des roses. Ceux qui sont piqués des espines de la couronne de Nostre Seigneur, qui est nostre chef, ne sentent guere les autres piqueures. Vous treuveres tout ce que je vous ay dit, es troysiesme, quatriesme ou cinquiesme et dernier Livres de l'Amour de Dieu (TAD 3, 2 et 3 ; 4, 11 ; 12, 9). Vous treuveres beaucoup de choses a ce propos en la grande Guide des pecheurs, de Grenade (L2, note 201). Il faut que je finisse, car on me presse. Escrives moy confidemment, et me marques ce que vous jugeres que je puisse pour vostre cœur, et le mien le contribuera tres affectionnement; car je suis en toute verité, Madame, Vostre tres humble et asseuré serviteur, FRANçs, E. de Geneve. Quand madame de Vicillieu sera de retour, je luy escriray ; cependant, s'il vous vient en commodité, dites luy que je suis sien.

Le .. avril, Annessi.

MCDXXI A DON JUSTE GUéRIN, BARNABITE (FRAGMENT) Esprit conciliant et condescendant du Saint. - Pourquoi les Sœurs de la Visitation se contenteront d'être logées " avec incommodité. " - Pèlerines en route vers la cité permanente, hôtesses d'une nuit.

Annecy, [fin avril] 1618 .

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Quant au jardin, mon tres cher Pere, je n'y pense plus; non que je ne voye bien que le projet que nous avions fait n'incommodoit pas le [collège,] ains l'accommodoit par le moyen de la recompense que nous eussions donnee ; mais, par la grace de Dieu, je n'eus jamais desir de me rendre contentieux, ni de blesser l'esprit de personne .

Nos Filles de la Visitation feront leur bastiment avec incommodité, mais elles s'en contenteront tres volontier, ains, je puis dire, elles en seront tres contentes, puisqu'il ne se peut mieux. Et puis, elles sçavent qu'il n'est pas hors de propos que les fideles espouses de Celuy qui n'eut jamais ni logis ni ou reposer son chef en ce monde (Mt 8,20) ne soyent pas logees a leur commodité. Comme vous sçaves, mon cher Pere, la Mere qui gouverne cette nouvelle trouppe a si bien appris a loger au mont de Calvaire, que tout autre logis terrestre luy semble encor trop beau. Elle n'a donq nul sentiment du refus, sachant bien que les pelerines qui devront avoir retraitte en ce logis (He 11,13), n'y devant habiter que la nuit de cette petite vie, seront, Dieu aydant, si attentives a tirer païs dans le beau sejour de leur cité permanente (He 13,14) que le reste leur sera indifferent.

En fin, mon tres cher Pere, nous sommes enfans de la Providence celeste; Dieu aura soin de ses servantes selon son bon playsir. Il faut avoir patience : (Ps 125,5) Qui seminant in lachrymis, in exultatione metent. Ainsy les rosiers produisent premierement les espines, puis les roses.

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Revu sur le texte inséré dans l'Histoire de la Fondation du Ier Monastère de la Visitation d'Annecy.

MCDXXII A MADAME COTTIN ( INEDlTE ) Recommandation à la destinataire de soumettre sa volonté à celle de Dieu.

Annecy, [fin avril ou mai 1618 .]

Ma tres chere Fille,

En fin, le bon mary m'a prié de vous recommander ce que vous sçaves vous avoir esté non seulement recommandé, mais commandé au nom de Dieu, a la volonté duquel il faut joindre et lier inseparablement la vostre. Or, faites le donq courageusement et pour l'amour de Celuy qui, pour vostre amour, a bien souffert la mort. Atant, je suis

Vostre plus humble,

FRANçs, E. de Geneve.

A Madle

Madle Cottin.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Amiens.

MCDXXIII A LA MèRE FAVRE, SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON Espoir d'aller à Lyon. - Le premier Président de Savoie et sa famille attendus à Annecy.

Annecy, 2 mai 1618.

Il faut tous-jours tesmoigner a ma tres chere grande Fille que j'ay une continuelle memoire d'elle, et un mot suffit pour cela. Me voicy de retour , ma tres chere Fille, et, parmi l'esperance.de la paix , je nourris celle de vous voir en l'occasion du voyage de M. le Prince Cardinal, s'il est vray qu'il se face, comme nos courtisans m'asseurent (note 338). Si moins, je feray mon voyage a Saint Brocard , et allant ou revenant, je prendray la consolation de voir cette grandement tres chere Fille, que mon ame ayme tres singulierement, et avec elle, ces autres cheres filles qui l'environnent. Ce pendant, le bon pere viendra icy faire les Rogations avec nous, et madame la Presidente et les freres , ou nous ne serons pas sans parler de vous. De vous dire des nouvelles de Grenoble, ce seroit chose superflue, car nostre Mere vous en fera part suffisante . De celles d'icy, que vous diray je, sinon que tout y va tres bien. Reste que vous continuies aussi comme vous faites, que vous m'aymies tous-jours cordialement, et que vous priies Dieu pour mon cœur, affin qu'il vive tout a luy. Le vostre sçait bien que je suis sien.

D'Annessi, le 2 may 1618,

MCDXXIV A LA MèRE DE CHANTAL, A GRENOBLE (FRAGMENT) Petites violettes à transplanter en divers jardins.

Annecy, [commencement de mai 1618 .]

………………………………………………………… L'esprit humain ne peut comprendre comment nos pauvres, basses et petites violettes de la Visitation sont desirees en plusieurs jardins , Revenes donq, ma chere Mere, pour tirer d'icy de ces petites plantes de benediction et les transplanter ailleurs, a la gloire de nostre doux Jesus, que je supplie de vous benir. ………………………………………..

MCDXXV A LA MèRE FAVRE, SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON ( INéDITE) Deux visites promises à la Mère Favre. - Lettres envoyées et reçues.

Annecy, 9 mai 1618 .

Ma tres chere Fille, Je vous respons a petitz pointz, estant extremement pressé. Je croy que nostre Mere vous donnera le contentement que vous desires , car je la layssay resolue a cela, comm'une Mere tres amoureuse de sa tres chere fille ; et si ses forces et les necessités de cette Mayson d'icy le permettoyent, je croy mesme qu'ell'iroit volontiers a Moulin. J'espere que, quant a moy, j'iray et vers vous et a Moulin, passant a Paris, puisque on tient asseuré le voyage du Prince Cardinal pour cet esté, lequel ne reuscissant pas, au moins iray je vers vous, prendre la consolation de vous voir, et vostre chere trouppe, exceller en la sainte devotion, comme l'on me dit que vous faites. Qu'a jamais Dieu en soit loüé.

Il est certain que je vous escrivis des Grenoble une fois par monsieur de Bauvillars, gentilhomme de Cremieu , et l'autre, ce me semble, par monsieur Orlandini, ecdesiastique, frere de l'une de nos Seurs .

J'escris a Mlle de la Moutiere, que j'honnore grandement pour plusieurs raysons , et a monsieur l'Aumosnier . Je salue nos Seurs pour vous, et donneray vostre lettre a monsieur de Boysi quand il sera de retour des chams ou il est. La chere belle et bonne seur se porte bien, et nous tressaillons desja d'ayse en l'attente de monsieur le pere et madame la Presidente dans dix jours (note 523).

Dieu soit au milieu de vostre cœur, et je suis de tout le mien, tout invariablement et tres parfaitement vostre, ma tres chere grande Fille, ma bien aymee Fille. Amen.

Vive Jesus !

IX may.

A ma tres chere grande Fille,

Sup. de Ste Marie.

Revu sur l'Autographe conservé chez les Sœurs Bénédictines de Santa Cecilia, à Rome. MCDXXVI A LA MèRE DE CHANTAL, A GRENOBLE ( INéDlTB ) Encore l'affaire des jardins. - Les lettres de M. de Granier. - Difficultés au sujet d'un contrat de mariage. - Roses changées en épines. - La clarté dans les affaires.

Annecy, 10 mai 1618 .

Ma tres chere Mere, Je vous ay escrit ce matin avant que de prendre le gelap (sirop) du bon monsieur de Granieu , et ay respondu a vos deux lettres du 1e, et 7e de ce moys. Tout maintenant je reçois celle du 5 et j'adjouste ces deux motz.

Les Peres de Saint Dominique m'ont offert un parti pour avoir ce morceau de jardin dont nous avons besoin, sans toucher a celuy des Peres Barnabites (note 480), mais parti si impossible et, si je ne me trompe, desraysonnable, qu'en fin ce n'est rien. Dieu y mettra sa main, sil luy plait, et nous en fera treuver d'autres.

Vous vous resouviendres bien de ce que vous me dites de M. de Grenier et de ses lettres ; j'ay sceu que c'est, et m'est advis que c'est si peu de chose, que si vous n'en pouves parler fort doucement et imperceptiblement, il ne seroit presque pas bon d'en rien dire, de peur d'effaroucher cette pauvre fille qui se promet tant de consolation de vostre veue (note 528) ; et peut estre les termes generaux suffiront, sil ne se presente d'autre biais bien propre pour venir aux particuliers.

Si vous voyes quil y ayt quelque messeance de manger en mesme table avec vostre conducteur, vous pourres bien manger dessus vostre lit, comme lasse, et y faire manger aupres de vous vostre conducteur.

Vrayement, je seray bien ayse de revoir M. de la Gran, que j'honnore cherement pour la bonté de son cœur au service de Dieu . Nous avertirons affin qu'on face la profession au tems que vous desirés .

Que je suis en peine, ma tres chere Mere, de crainte que nostre mariage, dont nous nous promettions tant de consolation, ne se rompe ; car de ne pas communiquer tres clairement et sans replys toutes les difficultés quil y a, a M. de Chantal et a Monseigneur de Bourges , il ny a point d'apparence ; et de les leur communiquer, il y a toute apparence que Monseigneur de Bourges se rebutera de voir que cette terre dont on avoit parlé ne soit pas terre, ains une mayson seulement ; que mesme on ne la veuille donner que pour apres le trespas, et non aux noces ; que l'argent n'est pas exigeable pour estre colloqué a propos des affaires que l'on a, et que l'on veuille tant de pompe, que deux ou trois mille escus ne suffiront pas : de sorte que rien ne demeure qui puisse bien contenter son esprit que vous connoisses, sinon la fille, que tout le monde avoüe estre digne d'amour. Et puis, cette methode de se desfaire du gentilhomme que vous sçaves , engendrera elle pas indubitablement des querelles, puisque il s'est declairé de sa pretention a M. de Chantal et a moy, a qui mesme il a monstré l'escrit ? En somme, il arrive souvent en ce monde que les roses se convertissent en espines.

J'ay pensé que je devois escrire un mot a Mme Lyotart (Lettre suivante), laquelle je ne nie pas qu'elle ne me dit qu'elle ne vouloit pas donner cette piece, qu'ell'appelloit terre, qu'hors du contract de mariage : dequoy je me remis, comme des autres particularités, a ce qui seroit avisé entre vous, comme peu expert en telles affaires. Ce sera pourtant grand domage si ce mariage ne se fait, car a mon advis, les parties se fussent fort entr'aymees, et les parens contentés de cette aymable fille. Pour moy, je faisois conte de quinze mille escus bien revenans en argent, et quinze mille en la terre ; car si ell'eut esté terre de cinq cens escus de revenu, elle les valoit fort bien. Et neanmoins, si on fait 24 mille qui soyent franchement et clairement asseurés et recevables, quant a l'argent, selon la necessité des affaires de M. de Chantal, je pense que l'on devra passer outre. C'est une belle chose que la clarté es affaires. J'ay a contre cœur tout ……………………………………………. ……………………..En somme, je recommande…….supplie d'accroistre en………crainte filiale et parfaite……..ces dames : ma Seur Barbe Marie , ………. madame de Granieu, avec toutes……en esprit continuellement…………

A ma tres chere Mere

Madame de Chantal.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Chambéry.

MCDXXVII A MADAME LIOTARD Regrets du Saint en apprenant les obstacles qui s'opposent à la conclusion d'une alliance. - Prière de la faciliter.

Annecy, 10 mai 1618.

Madame,

J'ay sceu par une lettre de madame de Chantal, que le desirable mariage qui fut conclu en mon logis se treuvoit plein de difficultés en l'esclaircissement des articles particuliers ; et je confesse que, le croyant si convenable et propre au contentement des parties et de leurs amis, je ne puis m'empescher d'en estre en peyne (note 493). En suite de quoy, comme je conseille a madame de Chantal de ne point s'arrester a la diminution des esperances que nous avions des biens, aussi vous conjure-je, Madame, d'apporter de vostre costé tout ce qui peut faciliter et rendre douce et aggreable l'execution d'une si bonne oeuvre, et de prendre la methode la plus claire et franche. Et ce pendant, je demeure tres asseurement, Madame,

Vostre plus humble serviteur

FRANçs, E. de Geneve.

10 may 1618, Annessi.

Je souhaitte mille et mille benedictions a Mesdamoyselles vos filles, que je cheris et honnore de tout mon cœur, et suis leur serviteur .

MCDXXVIII AU DUC DE NEMOURS, HENRI DE SAVOIE Recommandation en faveur d'un avocat.

Annecy, 11 mai 1618.

Monseigneur, En cette vacance de l'estat d'advocat de Vostre Grandeur en ce Conseil de Genevois, advenue par la promotion de monsieur Ouvrier a celuy de senateur , je croy que le sieur Mottier sera proposé a Vostre Grandeur ; et je puis dire que si elle luy fait la grace de le recevoir en cette charge, ell'en sera extremement bien servie, non seulement par ce que c'est l'un des plus dignes advocatz que nous ayons en ce païs, mais aussi par ce qu'il affectionnera ardemment son devoir . Et les effectz de ce veritable tesmoignage en seront mes garens ; qui me fait le proferer hardiment, priant au reste la divine Bonté qu'elle face abonder Vostre Grandeur en benedictions, et demeurant, Monseigneur, Vostre tres humble et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçS, E. de Geneve.

XI may 1618, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à Paris, Bibliothèque Nationale, Fonds français, 3809, fol. 80.

MCDXXIX A MADAME DE LA FLéCHèRE Un mal moins grand qu'on ne pensait. - Prochain retour de la Mère de Chantal.

Annecy, 15 mai 1618 .

J'ay esté bien en peine d'abord, mais en fin j'ay sceu, ma tres chere Fille, que ce n'estait que les attaques ordinaires. Dieu soit loüé ! Du reste, nous en parlerons avec un peu plus de loysir quand vous viendres icy ; et cependant, voyla un billet de nostre Mere, que j'ay ouvert comm'addressé a [ma] fille et tres chere fille. Elle sera icy de vendredi en huit jours .Dieu, par sa bonté, vive et regne en nos cœurs. Amen.

XIIIII may.

A Madame

Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat. MCDXXX A M. GUILLAUME DE BERNARD DE FORAS Témoignage d'amitié. - Ombre à la joie du saint Evêque au sujet du mariage de Henri de Nemours.

Annecy, 18 mai 1618.

Monsieur mon Frere,

Quelle apparence y auroit il de laisser partir ce porteur, de mes amis et confreres, sans luy donner ces quatre motz ? car ne faut il pas, le plus souvent que l'on peut, ramentevoir cette juste et inviolable affection plus que fraternelle que mon cœur a envers vous ? Il est vray, Monsieur mon tres cher Frere, plus l'honneur et le bien de vous revoir m'est differé, plus ce sentiment va croissant en moy. Au reste, on nous a annoncé de toutes partz le mariage de Sa Grandeur ; mais j'attens que vous me le facies sçavoir, avant que j'en tesmoigne ma joye, comme je dois, a sadite Grandeur, avec laquelle je me res-jouirais bien davantage si on ne nous asseuroit pas, par la mesme nouvelle, qu'elle se resoult de ne venir plus icy. Or sus, la Providence divine sçait ce qu'elle a a faire de nous. Cependant, aymes tous-jours constamment, Monsieur mon Frere, celuy qui, ajamais, sans cesse et sans reserve, est et veut estre Vostre tres humble frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Ce 18 may 1618.

On dit tous-jours que Monsieur le Cardinal fera son voyage, et que je l'accompagneray (notes 338, 452, 522) A Monsieur [Monsieur] de Foras, Gentilhomme de la Chambre de M. le Duc de Nemours. A Paris.

MCDXXXI A M. CLAUDE DE BLONAY Union de joies et de peines. - La Mère de Chantal est à Lyon et se dispose à rentrer à Annecy.

Annecy, 19 mai 1618.

Monsieur,

Je participe a tous vos contentemens et a tous vos desplaysirs, selon nostre reciproque, ancienne et invariable amitié; c'est pourquoy je regrette la perte de la presence de monsieur vostre beaufilz , et prie Dieu quil console sa chere vefve, a laquelle je voudrais bien pouvoir rendre du service. La Visitation vous attend, et Mme de Chantal me conjura a son depart, ou par une lettre, de vous conjurer de les assister a present . Ell'est maintenant a Lyon avec nostre fille , et sera icy dans huit jours pour recevoir la profession de Mme de Vallon et de Mlle Carra le dimanche entre les octaves de l'Ascension. Monsieur nostre Prieur vous dira les nouvelles tousjours plus asseurees de la paix . Je suis, Monsieur, Vostre tres humble confrere,

FRANçs, E. de Geneve.

XVIIII mai 1618.

A Monsieur

Monsieur de Blonnay,

Prefect de la Ste Mayson.

Revu sur l'Autographe qui appartenait à M. l'abbé Pettex, curé de Marignier, près Bonneville (Haute-Savoie).

MCDXXXII A MADAME DE GRANlEU Quelles consolations donner à la Mère de Chastel après le départ de la Mère de Chantal.

Annecy, 20 mai 1618 .

Pour moy, ma chere Fille, je n'escris a ce coup qu'a vous, car je m'imagine que la bonne Mere sera partie, et ce porteur est un personnage qui fait profession d'estre des grandes connoissances de monsieur vostre mary et ne me donne que ce moment pour vous escrire. Mais que vous diray-je ? Ceux qui n'ont qu'une volonté et qu'un cœur, c'est a dire, ceux qui pour tout ne cherchent que le divin amour celeste et que la volonté et le cœur du Sauveur regnent, ilz sont inseparables. C'est pourquoy, ma tres chere Fille, prenes la peyne, je vous prie, de dire cela de ma part a ma Seur Peronne Marie , laquelle, au depart de cette chere Mere, sera, je pense, un peu attendrie. Mais qu'elle soit asseuree que Dieu l'assistera en sa besoigne; et a la premiere commodité je luy escriray moy mesme. Ce pendant, vivés toute a ce cœur et pour ce cœur du Sauveur, ma tres chere Fille, et je suis, certes, vostre tres parfaitement, et Vostre serviteur plus humble, FRANçs, E. de Geneve.

.. may 1618, Annessi.

Madame la Presidente Le Blanc sçait bien ce que je luy suis, et pressé de donner vistement ce billet, je ne luy puis escrire ; je la salue neanmoins de tout mon cœur.

MCDXXXIII A MADAME DE LA FLéCHERE Sollicitude paternelle. - Visites consolantes.

Annecy, 22 mai 1618.

Que faites vous, ma tres chere Fille ? car je suis en peine de ce violet que vous avies l'autre jour, bien que ce porteur m'a dit que vous vous porties bien, graces a Dieu. Oh ! ce grand Dieu qui est propice aux cœurs de bonne volonté (Lc 2,14), soit a jamais la vie du vostre, ma tres chere Fille, et du mien, qui est vostre et ne cesse jamais de vous souhaiter cette sainte vie de l'amour celeste. Nous sommes icy parmi les consolations que cette bonne compaignie nous donne , attendans pour compliment de bonheur la venue de nostre chere Mere (note 553). Vives, ma tres chere Fille, et soyes toute a Dieu, qui m'a rendu et fait vivre tout vostre.

Annessi, le XXII may 1618.

A Madame

Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MCDXXXIV A LA PRéSIDENTE LE BLANC DE MIONS (INéDITE) Un petit signe du cœur. - Messages affectueux.

Annecy, 23 mai 1618.

Ce n'est pas escrire, ceci, ma tres chere Fille ; c'est seulement, comme par un petit signe, vous faire sçavoir que ce cœur duquel vous estes la fille a receu vostre lettre avec beaucoup de joye et ne cesse point de vous desirer la perfection de l'amour cceleste. Vives ainsy, ma tres chere Fille, de cette vie divine, toute remise es mains de Nostre Seigneur. A la venue de nostre Mere j'apprendray toutes vos nouvelles, et puis j'escriray a la premiere commodité. Cependant, salues cherement tout ce qui est plus cher a mon ame dans vostre Grenoble. Mays vous sçaves que la nouvelle Mere est ma fille ; si est bien madame de Granieu ; salues les donq comme il faut. Dieu vous sauve toutes. Amen.

XXIII may, sans loysir et presque sans voir du tout. 1618.

A Madame

Madame la Presidente Le Blanc.

Revu sur l'Autographe conservé à Florence, dans l'oratoire privé de Mgr Donat Velluti-Zati, duc San Clemente, Archevêque titulaire de Patras (Grèce).

MCDXXXV A UNE TANTE Condoléances et consolations. - Le chemin de la félicité future. Rempart contre le torrent des adversités.

Annecy, 29 mai 1618.

Madame,

J'ay regardé avec compassion l'estat de vostre cœur, des que j'ay sceu le desplaysir qu'il a receu ces jours passés ; car encor que je sache bien que, graces a Dieu, l'experience et accoustumance que vous aves faite des quelques annees en ça a souffrir les mescontentemens, aura affermi vostre ame et animé vostre courage pour n'estre plus si extraordinairement sensible a ces coups inevitables de nostre condition mortelle, si est ce que d'ailleurs je crains que ces recharges si frequentes n'estonnent vostre resolution.

Mais toutefois, Madame, je ne laisse pas d'esperer qu'apres tant de remises de vostre volonté a celle de Dieu, apres tant de considerations que vous aves faites sur la vanité de cette vie et sur la verité de la future, apres tant de protestations de vouloir estre irrevocablement attachee a la suite de la Providence celeste, vous ne treuvies une solide consolation au pied de la croix de Nostre Seigneur, ou la mort nous a esté rendue meilleure que la vie ; et cette illusion de la vie de ce monde n'aura pas eu le credit, je m'asseure, de vous faire desmarcher des resolutions que Dieu vous fit prendre sur les evenemens d'autrefois.

En somme, Madame, il faut s'accommoder a la necessité et la rendre utile a nostre felicité future, a laquelle nous ne devons ni pouvons aspirer que par ce chemin de croix, d'espines, d'afflictions. Et en verité, il importe peu (ains il importe beaucoup) a ceux que nous cherissons, que leur sejour soit court parmi le tracas et les miseres de cette vie ; et quant a nous, cela ne nous toucherait point, si nous sçavions considerer que c'est la seule eternité a laquelle nous devons dresser tous nos desirs.

Pour Dieu, ma tres chere Tante, et certes, pour parler selon mon cœur, ma tres chere Fille, ne vous laisses pas emporter au torrent des adversités, ains attachés vous aux pieds de Nostre Seigneur et dites luy que vous estes sienne ; qu'il dispose de vous et de ce qu'il a voulu estre vostre, a son gré, en vous asseurant, et a vous et aux vostres, la tressainte eternité de son amour. Ces momens ne meritent pas qu'on y pense, sinon pour parvenir a ce bien.

Je suis, Madame, Vostre tres humble neveu et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Ce 29 may 1618, Annessi.

MCDXXXVI A UNE DAME La souffrance des séparations. - Par quelle pensée s'en consoler. Encouragement paternel il écrire souvent.

Annecy, 30 mai 1618.

Je vous diray, Madame, mais aussi, s'il vous plait, ma tres chere Fille, qu'il est impossible de n'avoir pas des ressentimens de douleur en ces separations ; car, encor qu'il semble que les unions qui ne tiennent qu'au cœur et a l'esprit ne soyent point sujettes a ces separations exterieures, ni aux desplaysirs qui en procedent, si est ce que, tandis que nous sommes en cette vie mortelle, nous les sentons, d'autant que la distance des lieux empesche la libre communication des ames, qui ne peuvent plus s'entrevoir ni s'entretenir que par cet office des lettres. Mays pourtant, ma tres chere Fille, il y a bien dequoy vivre content en la tressainte dilection que Dieu donne aux ames unies a mesme dessein de le servir, puisque le lien en est indissoluble, et que rien, non pas mesme la mort, ne le peut rompre, demeurant eternellement ferme sur son immuable fondement, qui est le cœur de Dieu, pour lequel et par lequel nous nous cherissons. Et vous voyes, ce me semble, des-ja en ces paroles le desir que j'ay que vous vous servies de mon ame avec toute confiance et sans reserve. Que si de m'escrire souvent de ce qui regarde la vostre vous sert de consolation, comme vous me le signifies, faites le confidemment, car je vous asseure que la consolation sera bien reciproque. Et que cela soit dit une fois pour toutes.

Certes, je le dis en verité, je vous cheris tres particulierement des que je vis en vostre cœur les arrhes du saint amour de Dieu envers vous, tesmoignees par les attraitz qu'il vous fait a son service. Bienheureuse que vous seres, si, comme vous estes resolue de faire, vous les receves humblement et les prattiques fidellement, ainsy que de toute mon affection je le souhaite, demeurant a jamais, ma tres chere Fille, et d'un cœur vrayement paternel, Vostre tres humble et invariable serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Ce 30 may 1618.

MCDXXXVII A LA MèRE DE CHANTAL Conséquence d'un accablement d'affaires. - Annonce d'un mariage.

Annecy, fin mai ou commencement de juin 1618 .

Vrayement le serein d'hier ni le vent ne m'ont fait aucun ennuy, ma tres chere Mere; mais ouy bien l'accablement d'aujourd'huy qui m'a empesché d'aller saluer vostre cher cœur en presence, nonobstant le juste empressement du mien ; je veux dire de vous aller voir moy mesme, qui en avois tant de desir. Or sus, il n'y a remede; ç'a esté le beni mariage de madamoyselle de Chavannes, qui en fin reüscira, comme je pense . Conservés-vous bien parmi cette fievre salutaire. Oh ! Dieu vous conserve, ma tres chere Mere, et vous comble de benedictions par tout ou vous estes, et moy aussi. Vive Jesus ! Amen. Voyla la lettre de madame de Gouffier .

MCDXXXVIII A M. GUILLAUME DE BERNARD DE FORAS Les étoiles pâlissant devant le soleil. - Une nouvelle apprise " a tastons. " -Souhaits de bonheur au duc de Nemours. - Aimable plaisanterie.

Annecy, fin mai-juin 1618.

En somme il est donq vray, Monsieur mon Frere, que les estoilles ne sont plus en veuë quand le soleil l'est sur nostre horizon, et qu'ainsy ce grand contentement que vous contemples au mariage de Monsieur vous vaut tellement que nous ne sommes plus en memoire. Or sus, nous nous res-jouissons, certes, avec vous, et de tout nostre cœur, de ce mesme bonheur que nous estimons grand; mais nous avons sceu cette heureuse nouvelle a tastons, ramassant ça et la les asseurances que nous en avions parmi le bruit qui s'en faysoit ; car ni Monsieur, ni aucun de sa part, ni nul homme du monde ne nous en a donné aucun advis. Mais Dieu soit loüé, et veuille multiplier ses benedictions sur cette sainte liayson. Et vous, Monsieur mon Frere, passé ces premiers ravissemens que la grandeur de vostre joye vous donne, vous vous demettres, je m'asseure, a nous vouloir encor un peu gratifier de vostre bienveuillance. Ce pendant, croyés que, quant a moy, je demeure immobile en l'affection que j'ay de vivre a jamais

Vostre plus humble et affectionné frere et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve. A Monsieur

[Monsieur] de Foras, Gentilhomme ordinaire

de la Chambre de Monseigneur le Duc de Nemours.

MCDXXXIX A LA MèRE DE CHANTAL (FRAGMENT) Comment se disposer à recevoir le comble du saint amour. - D'où procède la souveraine unité dans une âme.

[Mai ou juin 1614-1618 .]

Or sus, Dieu ne donne pas tant de desir a nostre tres unique cœur, qu'il ne nous veuille favoriser de quelque effect correspondant. Esperons donq, ma tres unique Mere, que le Saint Esprit nous comblera un jour de son saint amour ; et, en attendant, esperons perpetuellement, et faysons place a ce sacré feu, vuidant nostre cœur de nous mesmes tant qu'il nous sera possible. Que nous serons heureux, ma tres chere Mere, si nous changeons un jour nostre nous mesme a cet amour qui, nous rendant plus un, nous vuidera parfaitement de toute multiplicité, pour n'avoir au cœur que la souveraine unité de la tressainte Trinité, qui soit a jamais benite au siecle des siecles ! Amen.

MCDXL A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET éVêQUE DE MONTPELLIER La vanité d'un chef de guerre. - La vanité d'un portrait.

Annecy, 3 juin 1618.

Monseigneur,

Ce digne porteur vous dira ce que nous sommes et ce que nous faysons. Nous sommes tous-jours esperant et attendant la reddition de nostre Verceil, laquelle devroit il y a long tems estre faite, selon la rayson et les promesses, mais qui ne devroit pas estre si tost attendue, selon l'honneur de celuy qui tient la ville , qui expres, dit on, ne la veut pas faire selon les articles et a point nommé, affin que l'on ne puisse pas dire que c'est par l'authorité du Roy qu'il fait ce dernier accomplissement de la paix . En somme, la vanité prevaut. Ouy mesme, je le puis dire, sur le sujet de l'image qu'on vous porte , laquelle, vuide d'ame et de cœur, et n'estant que vaine representation d'un homme qui n'est que vanité (Ps 38,6), prevaut sur moy, qui desirerois bien d'aller en presence aupres de vous pour vous offrir de vive voix mon tres humble service et jouir de l'honneur de vostre veüe. Mais ne pouvant pas encor, je demeure, et suis de plus en plus desireux d'estre reconneu et advoué de vous, Monseigneur, Vostre tres humble et tres obeissan t frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Ce jour sacré de la Pentecoste 1618, a Annessi.

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Toulouse. MCDXLI A MADAME DE GRANIEU Les " empeschemens " dn saint Evêque et sa paternelle bonté. - Envoi de deux portraits. - " Le secret des secretz en l'orayson. " - Quelle est la meilleure prière. - Double travail de la " petite mouche a miel. " - Messages de père et d'ami.

Annecy, 8 juin 1618.

Par cette si asseuree commodité, je vous diray, ma tres chere Fille, que nostre Mere dit la verité : je suis extremement accablé, non tant d'affaires comme d'empeschemens, mais d'empeschemens dont je ne puis me desprendre. Neantmoins je ne voudrois certes pas, ma chere Fille, que pour cela vous laissassies de m'escrire quand il vous plaira ; car la reception de vos lettres me delasse et me recree beaucoup. Seulement faut-il que vous me soyes un peu bonne, en m'excusant quand je seray un peu tardif a respondre, puisque je vous puis asseurer que ce ne sera jamais que par necessité que je differeray, mon esprit prenant bien playsir a visiter le vostre.

Je ne vous sçaurois rien refuser, ma tres chere Fille, et partant, les deux portraitz que vous desires se feront . Que n'ay-je desiré de conserver l'image de nostre Pere celeste en mon ame, avec l'integrité de sa ressemblance (Gn 1,26) ! Ma tres chere Fille, vous m'ayderes bien a demander la grace qu'elle soit reparee en moy. Vostre sorte d'orayson est tres bonne, ains beaucoup meilleure que si vous y faysies des considerations et discours, puisque les considerations et les discours ne servent que pour exciter les affections ; de sorte que s'il plait a Dieu de nous donner les affections sans discours ni consideration, ce nous est une grande grace. Le secret des secretz en l'orayson, c'est de suivre les attraitz en simplicité de cœur. Prenes la peine ou de lire, ou de vous faire lire si vos yeux ne peuvent fournir a cela, le septiesme Livre, du Traité de l'Amour de Dieu, et vous y treuveres tout ce qui vous sera necessaire de connoistre de l'orayson. Je me resouviens fort bien qu'un jour en la confession vous me dites comme vous faysies, et je vous dis que cela alloit fort bien, et qu'encor qu'il falut porter un point, si toutefois Dieu vous tiroit a quelque affection soudain que vous series en sa presence, il ne falloit point s'attacher au point, ains suivre l'affection ; et quand elle sera plus simple et plus tranquille, elle sera meilleure, car elle attache plus fortement l'esprit a son object. Mays, ma tres chere Fille, estant une fois resolue de cela, ne vous amuses point, au tems de l'orayson, a vouloir sçavoir ce que vous faites et comme vous pries ; car la meilleure priere ou orayson, c'est celle qui nous tient si bien employés en Dieu que nous ne pensons point en nous mesmes, ni en ce que nous faysons. En somme, il faut aller la simplement, a la bonne foy et sans art, pour estre aupres de Dieu, pour l'aymer, pour s'unir a luy. Le vray amour n'a guere de methode. Demeures en paix, ma tres chere Fille, marches fidelement au chemin auquel Dieu vous a mis ; ayes bien soin de contenter saintement celuy quil vous a associé et, comme une petite mouche a miel, en faysant soigneusement le miel de la sacree devotion, faites encor bien la cire de vos affaires domestiques ; car si l'un est doux au goust de Nostre Seigneur, qui estant en ce monde mangea le beurre et le miel (Is 7,15), l'autre aussi est a son honneur, puisque il sert a faire les cierges allumés de l'aedification du prochain.

Dieu, qui vous a pris par la main pour vous mettre au chemin de sa gloire, vous conduira (Ps 72, 24 ; 138,10), ma tres chere Fille. Je ne cesseray jamais de l'en supplier, car croyes, ma tres chere Fille, que je cheris tendrement et plus que paternellement vostre ame et vostre cœur, que Dieu veuille de plus en plus rendre siens. Amen. Vive Jesus !

VIII juin 1618.

Je vous supplie, ma chere Fille, de saluer la bonne Mere et nos Seurs de la Visitation, puisque je n'ay nul moyen d'escrire davantage : ce sera au premier loysir, Dieu aydant. Elles sçavent bien, comme je pense, de quelle sorte je suis a elles. Cette Mere m'est grandement a cœur ; Dieu l'assistera et benira ses bons desirs. J'ay un monde de lettres a escrire, mais je ne puis presentement. Je salue tres humblement monsieur vostre cher mari et suis fort asseurement son serviteur. Je doy une response a M. d'Aouste, vostre bienaymé et bien aymable cousin , mais je payeray la debte, quoy qu un peu plus tard, Dieu aydant ; dites le luy, je vous supplie, ma tres chere Fille. A Madame

[Madame] de G[ranieu] .

Grenoble.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Chambéry.

MCDXLII A DON JUSTE GUéRIN, BARNABITE (FRAGMENT) Un serment inutile. - Protestation d'amitié.

Annecy, 11 juin 1618.

Mon Reverend Pere, Je vous respons bien courtement, mais c'est par force, n'ayant autre loysir que pour cela. Vrayement, mon Pere, il n'est nul besoin de serment pour me faire croire la verité de vostre sincere, cordiale, intime et invariable amitié envers moy ; car je la croy, je la sçai, je la voy, je la sens, je la touche, et il faudroit que mon ame fust inanimee et mon cœur insensible, s'il en doutoit. Mays croyes bien reciproquement, mon tres cher Pere, que mon esprit correspond tres exactement au vostre pour ce regard, et que je suis tres indissolublement et invariablement vostre, sans reserve ni exception quelcomque ; mais voyes vous, je dis vostre, en sorte que mon cœur en cela n'a point de sentiment qui n'y consente. ……………………………………

Annessi, 17 juin 1618.

MCDXLIII A MADAME DE LA FOREST RELIGIEUSE DE L' ABBAYE DE BONS ( INéDITE) Comment apaiser, par humilité et douceur, un cœur mécontent.-Nul déshonneur à pardonner.

Annecy, 20 juin 1618.

Ma tres chere Seur,

Je voy bien es lettres que vous m'aves envoyees, le cœur de cette chere seur tout gros d'ennuy et de mescontentement ; il faut avoir patience avec son naturel et ne point s'estonner. Nostre seur de la Flechere m'a dit comme tout estoit passé, car je n'en sçavois autrement chose quelcomque. Il me semble que vous pourres luy respondre en peu de paroles quant a ce qui regarde la grace, en luy disant que en la grande presse qu'on vous a donnee, pour laquelle vous n'avies nul loysir d'attendre sa response, vous aves pris advis de ceux que vous aves jugé vous le pouvoir donner ; et que, en fin, selon leur conseil, vous aves fait ce que vous aves fait, marrie que vous seres si elle l'a a contrecœur ; et qu'elle excuse vostre simplicité, et n'impute toute cette procedure qu'au manquement d' experience es telles occurrences (car en somme, ma tres chere Fille, il faut affoiblir la passion de cette seur ainsy par humilité et douceur) ; qu'il ny a d'empesché que ceux qui se treuvent en la meslee, et les filles n'auront ni honneur ni deshonneur en tout ceci, car on sçaura tous-jours que ce sont des filles. Et puis en fin, il faut revenir au point: il ny a point de deshonneur a pardonner, ou sil y a de deshonneur, ce n'est que devant le monde. Je suis sans loysir, et suis Vostre tres humble frere et serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

Vous treuveres Monseigneur de Belley revenu .

xx juin 1618.

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Turin.

MCDXLIV A MADAME DE LA FLéCHèRE Deux mots écrits en allant à Vêpres. - Ne pas se mettre en peine après avoir fait ce que l'on a cru être bon.

Annecy, 21 juin 1618

Ma tres chere Fille, Allant a Vespres et faire la benediction et procession, je vous escris ces deux motz. Vous verres ce que j'escris a nostre chere seur de Bons (lettre 1444). Pauvre fille, ell'est bien en peine, mais il n'y a pas de quoy, car elle a fait ce qu'ell'a cuydé estre bon. Je croy que nostre seur qui est en Piemont n'eut pas fait ainsy, mays elle ne peut pas gouverner tout ; la pauvre chere seur Religieuse a fait selon sa condition. Tout cela reviendra a bien, moyennant la grace de Dieu, a laquelle je recommande vostre ame qui m'est chere comme la mienne propre.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MCDXLV A LA MèRE DE CHASTEL SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE GRENOBLE (FRAGMENT) Un homme " tout spirituel et tout de Dieu. " - Avis du Saint pour la conduite intérieure.

[Annecy, juin-juillet 1618 ]

Je vous dis, ma chere Fille, que non seulement vous pouves, ains que vous feres parfaitement bien d'ouvrir vostre cœur tout candidement au Pere Isnard ; il est non seulement docte et religieux, mais il est tout spirituel et tout de Dieu ; vostre cœur bienaymé aura de la consolation et du proffit a recevoir ses advis . Il faut que je vous die, ma chere Fille, que, gardant nostre liberté, je treuve qu'en plusieurs rencontres il y peut avoir un incomparable advantage (sans s'attacher toutefois a des directions particulieres) de faire passer le jugement de quelqu'un par dessus le nostre pour nostre conduite interieure : ainsy le divin Espoux renvoyoit son amante aux tabernacles des pasteurs (Ct 1,7). …………………………….

Revu sur le texte inséré dans la Vie manuscrite de la Mere de Chastel, par la Mère de Chaugy, conservée à la Visitation d'Annecy.

MCDXLVI AU DUC ROGER DE BELLEGARDE Inquiétudes au sujet de la santé du destinataire et action de grâces pour sa guérison. - Que faire pour le bien de la vie conservée. - Recommandation en faveur d'un nouveau converti.

Annecy, 9 juillet 1618.

Monsieur mon tres cher Filz,

Je ne vous sçaurois dire de combien d'afflictions mon cœur a esté tourmenté parmi les incertitudes de vostre santé. Que de divers advis j'ay receus il y a environ deux mois ! Mais Dieu soit loüé, qu'apres avoir pleuré et amerement regretté sur vostre trespas, qu'on m'avoit annoncé, je benis sa divine Majesté et la supplie avec une incomparable consolation pour vostre vie que, certes, vous deves meshuy cherir, Monsieur mon tres cher Filz, puisque vous voyes combien elle est desiree, comme tres utile, par tant de gens de bien ; car on m'escrit de Gex que parmi tout vostre gouvernement on a fait des actions de graces publiques a la divine Bonté pour vostre guerison. Et en ce païs mesme de deça, si on ne les a fait publiques, on les a fait generales, et moy je les ay fait tres particulieres, comme ayant receu en vostre conservation un des plus singuliers bienfaitz que j'aye receus il y a long tems. Aymés-la donq vostre chere vie, Monsieur mon tres cher Filz, et faites ensuite deux choses pour son bien. L'une sera de la conserver soigneusement par les moyens convenables, estayant et appuyant l'infirmité d'icelle et le penchant que l'aage et les maladies luy ont causé, par le repos et reglement propre a cela.

L'autre, et la premiere, sera que, si jusques a present vous aves eu intention de dedier tous les momens de vostre vie presente a l'immortalité et eternité de la future, vous en redoublies la resolution et les vœux, contant les jours et les heures, et les employant affectionnement a vostre advancement en l'amour divin, a l'amplification de la pieté parmi les mondains, et en somme, a l'execution des saintes vertus que la grace de Dieu et vostre bon naturel vous ont fait aymer et desirer il y a long tems. Pour moy, je ne cesse point, certes, de prier a ce dessein, que par un asseuré pressentiment je voy des-ja, ce me semble, tout executé, avec un surcroist de contentement. indicible de sçavoir combien monsieur vostre frere fraternise heureusement pour ce regard. Au demeurant, Monsieur mon Filz, le jeune Bursal, de Gex , s'estant converti a la foy catholique par la bonté de Dieu, a tant receu de mauvais et indignes traittemens en sa patrie par ses bourgeois et mesme par ses proches, qu'il a esté contraint de se retirer a Paris, ou il a pensé de pouvoir treuver quelque condition de service pour s'entretenir ; et nos ecclesiastiques de Gex m'asseurent qu'il est fort bon enfant. Ce qui me fait vous supplier tres humblement, Monsieur mon Filz, d'avoir quelque soin de luy, affin que l'on voye que ceux qui abandonnent cette fause religion pour embrasser celle du Roy et du royaume, qui est la seule vraye religion, ne sont pas abandonnés de ceux qui tiennent les meilleurs rangs au service du Roy et de la coronne.

Vivés longuement, heureusement et saintement ; c'est le souhait personnel, Monsieur mon Filz, de Vostre tres humble et tres obeissant serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Ce 9 julliet 1618, a Annessi.

MCDXLVII A LA MèRE DE BRéCHARD SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE MOULINS (INEDITE) Envoi d'une lettre pour Mme des Gouffiers. - Comment vivre au-dessus du monde et de ses embûches.

Annecy, 18 juillet 1618.

Ma tres chere Fille, Je vous supplie de faire donq seurement tenir cette response que je fay a madame de Gouffiez , puisqu'elle desire tant de l'avoir. Le parti qu'elle propose pour vous est incomparable, sil reuscit, et pourra mesme fort facilement obtenir de Rome le petit Office a perpetuité. Courage, ma tres chere Fille, tenes vostre esprit haut eslevé au dessus de ce monde et de toutes les embusches qu'il nous tend. Je veux dire, ma tres chere Fille, que vostre cœur ayant toute sa confiance en la bonté de celuy de Nostre Seigneur, vous deves vivre joyeusement, paysiblement et genereusement en vostre charge, que sa divine providence fera et portera avec vous. Ainsy soit il.

Vostre, tres parfaitement vostre, ma tres chere Fille, croyes le bien, car ainsy est il.

F. E. de Gen.

18 julliet 1618.A ma tres chere Fille.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme Gaulard, à Auxonne (Côte-d'Or).

MCDXLVIII AU CHANOINE JEAN-FRANçOIS D'ULME Contradictions suscitées à la Visitation. - Le vaisseau " prest a singler et a faire voyle. " - Pourquoi les Sœurs de Grenoble sont heureuses. - Fleurs de suavité.

Annecy, vers le 18 ou le 19 juillet 1618 .

Monsieur, Je ne m'estonne point de l'empressement que ces bons personnages ont a destourner les ames que Dieu appelle a la Visitation (note 369) ; car encor me semble-il que cette bienaymee petite Congregation est quitte a bon marché des persecutions et contradictions que l'ennemi de son progres luy suscite et a accoustumé de susciter en toute pareille occasion. Certes, je croy pourtant qu'il n'en peut plus, car, comme un plaideur qui a mauvaise cause, il ne sçait plus que faire, sinon caler et prendre des delais.

J'ay receu de Rome commission d'eriger cette Congregation en tiltre de Religion, avec tous les privileges, preeminences, immunités et graces qu'ont toutes les autres Religions, et ce, sous la Regle de saint Augustin Dites a cette bonne ame qu'elle entre asseurement a Sainte Marie ; bien qu'elle ne soit pas encor Religion, elle le sera bien tost, et j'oserois dire que, devant Dieu, elle l'a tous-jours esté, puisque, par sa grace, l'on y a tous-jours vescu religieusement. Certes, asses entre sur la mer qui entre dans un vaysseau qui est a l'emboucheure du Rosne, prest a singler et faire voyle.

Nostre Mere ira cet hiver faire une Mayson a Paris , et, comme je prevoy, avec tant de bonheur, d'advantage, de protection et d'assistance, qu'apres cela je m'asseure que tout demeurera calme et en paix.

J'estime nos Seurs de vostre ville trop heureuses de jouir, comme elles font, des effectz de vostre charité, soin et affection. O quelle suavité a mon chetif cœur paternel, de sçavoir que mon frere tres aymable est tout charitablement cordial a mes Filles bienaymees ! Je vous en fay mille tres humbles actions de graces, Monsieur mon tres cher Frere, et vous proteste que, recevant vostre lettre, il me semblait cueillir des fleurs de suavité incomparable sur le coupeau d'une de nos montaignes, ou j'estais alhors . C'estoit en l'octave de nostre grand saint Jean, ou, me souvenant que l'Evangeliste de nostre Princesse (Lc 1,15) dit de luy : Et vinum et siceram non bibet, j'admiray la douceur de Dieu, de m'abreuver, moy chetif homme, du vin de la charité que le Saint Esprit a respandu en nos cœurs (Rm 5,5).

Vivons ainsy, mon tres cher Frere, et croyes que, tant que je vivray, je porteray la qualité de Vostre tres obeissant frere et serviteur, tout inutile et tout affectionné, FRANçs, E. de Geneve.

MCDXLIX A MADAME DE GRANIEU Heureuse occasion d'avoir de mutuelles nouvelles. - Ce que dit un portrait au cœur filial. - Conseils au sujet du confesseur et de la confession. Salutations paternelles.

Annecy, 19 juillet 1618.

Je vous escris, ma tres chere Fille, a mesme que je vay monter sur le bateau pour aller visiter un monastere de Religieux reformés desquelz pour le present j'ay charge ; mais ce gentilhomme, qui est et mon parent et mon grand amy , allant vers M. le Mareschal , il faut a quel prix que ce soit qu'il vous porte de mes nouvelles, puisque mesme il reviendra et m'en pourra rapporter des vostres. Or, je respons a vos deux derniers billetz, lesquelz, comme tout ce qui vient de vous, m'ont donné une consolation nom pareille.

Vray Dieu, ma tres chere Fille, que sera ce quand nous verrons aeternellement la face du Pere eternel en elle mesme, puisque le portrait mort et muët d'un chetif homme res-jouit le cœur d'une fille qui l'ayme ? Mays, ce me dites vous, ce portrait n'est pas muët, car il parle a vostre esprit et luy dit des bonnes paroles. Or bien, c'est a vos seules aureilles, qui escoutent si delicatement, que sans dire mot il parle, vous remettant en imagination ce que je disois lorsqu'en chaire je vous representois la volonté de Dieu, qui est vostre sanctification (1 Th 4,3). Mays laissons cela.

Communies tous-jours comme vous faites ; confesses vous hardiment a monsieur d'Aouste : en ce parquet la, il ni a point recusation a craindre. Vrayment, il faut que je die a ma tres chere fille, que ma mere, avant que mourir, fit sa confession generale a moy (note 393), et me rendoit despuis tous les ans conte de sa vie avec une grande humilité ; et ma pauvre belleseur, de la sainte mort de laquelle ma Seur Peronne Marie vous tesmoignera , en fit de mesme. Il ny a donq point de danger en ce que vous faites devant un tel cousin. Vous pourres neanmoins rendre conte a vostre ancien confesseur de tems en tems, pour luy tesmoigner que vous le respectes tous-jours.

Ne vous mettes nullement en peine de n'avoir pas la memoire si tenante en la recherche de vos fautes, car ce n'est pas le manquement de memoire qui desplait a Dieu, c'est le manquement de volonté ; et, graces a sa Bonté celeste, vous ne manques pas en ceci.

Il est vray, je suis debiteur a monsieur d'Aoste et a monsieur de la Gran de je ne sçai quoy que je leur promis, mais je ne tarderay pas de m'en aquiter a mon premier loysir.

Vives tous-jours toute en Dieu, ma tres chere Fille, et je vous asseure que puisqu'il luy plait, et je sens bien qu'il luy plait et luy plaira tous-jours, je suis tres parfaitement vostre, et de tout mon cœur. Je salue la chere Mere de dela, qui est bien ma fille, et nos Seurs et nos Novices , et toute cette Mayson la. Mays, ma tres chere Fille, recommandes tous-jours mon cœur a la misericorde de Nostre Seigneur, que je supplie vous combler de sa benediction, avec monsieur vostre cher mari et toute vostre famille .

Annessi, le 19 jullet 1618.

A Madame

[Madame] de Granieu.

Grenoble.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Chambéry.

MCDL A MESSIEURS DU CONSEIL DE LA SAINTE-MAISON DE THONON (L7, note 720) Projet d'une assemblée pour le bien de la Sainte-Maison.

Annecy, 23 juillet 1618.

Messieurs,

Outre l'extreme desir que j'ay tous-jours eu de voir une resolution au maniment des affaires de la Sainte Mayson, par laquelle tous ceux qui y servent a Dieu puissent vivre avec plus de tranquillité qu'on n'a pas fait jusques a present, monsieur le Marquis de Lans me convie a m'employer a cela, s'offrant de son costé de contribuer toute son authorité et son pouvoir. C'est pourquoy, toutes choses considerees, j'ay creu qu'il estoit requis de faire un'assemblee a cett'intention et qu'il seroit a propos qu'elle se fit icy, affin que nous fussions plus pres de Son Excellence, pour, en cas quil fut necessaire, recourir a elle . Pour cela, j'ay prié ce Pere de procurer de dela une assemblee praeparatoire, en laquelle vous deputeres ceux qu'il vous semblera plus propres a laditte resolution; et pourveu que le jour de Saint Pierre aux liens et celuy de Nostre Dame ad Nives soyent exceptés, tout autre tems m'est indifferent, vous priant seulement, sil se presentoyt commodité, de m'en advertir. Cependant, je demeure, Messieurs, Vostre tres humble confrere, FRANçs, E. de Geneve.

XXIII julliet 1618, Annessi.

A Messieurs

Messieurs du Conseil de la Ste Mayson.

A Thonon.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Lyon-Fourvière.

MCDLI A LA MèRE FAVRE, SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON (INéDITE) Estime que l'on fait du crédit du Saint; celle qu'il en fait lui-même.

Annecy, vers le 26 juillet 1618 .

Cette lettre vous est estroittement recommandee, ma tres chere Fille, par celuy qui l'a escritte en chemin, allant d'icy en Bornand ; car quant a moy, je ne vous dis rien pour le present, sinon que je feray response a ces bons Peres desquelz vous m'envoyastes les lettres , Et ne laisse pas d'admirer comm'ilz desirent que j'escrive au Roy de leurs affaires, moy que le Roy ne sçait pas estre au monde ; car, quel credit puis je avoir en chose de cette consequence ? Neanmoins, puis que le P. de Lesseau le veut, je le feray et vous envoyeray la lettre (lettre 1452) par ma Seur Barbe Marie, nostre tres chere fille . Cependant, demeures tous-jours toute en Dieu, qui, a la verité, a conduit nostre esprit pour le sujet de la bonne Mme Liotard . Qu'en soit il beni a jamais. Amen. Je salue cherement nos Seurs.

Revu sur l'Autographe conservé à l'évêché d'Alexandrie (Piémont).

MCDLII AU ROI DE FRANCE, LOUIS XIII Petite mer agitée. - Eloge des PP. Célestins. - Double sentiment de l'Evêque de Genève en approchant le trône de France.

Annecy, 31 juillet 1618.

Sire, La Congregation des Cœlestins, agitee maintenant en France de quelque contention , espere que la venue de son Abbé general, qui est de plus commis expressement par nostre Saint Pere le Pape, calmera et accoysera aysement leur petite mer ; mais sur tout, si l'œil de Vostre Majesté en favorise le dessein . C'est de quoy, Sire, vostre justice et pieté est suppliee tres humblement par cette trouppe de tres fideles sujetz et tres devotz orateurs que Vostre Majesté a en cet Ordre, tous-jours jusques a present de grande edification, et mesme sous vostre couronne royale, laquelle les a aussi tous-jours gratifiés de sa speciale protection. Et puisque il a desiré que j'adjoustasse ma tres humble recommandation a leur demande , je le fay, Sire, avec toute reverence, quoy que je me sente tres indigne d'approcher le trosne de Vostre Majesté, parce que la renommee de vostre debonnaireté et devotion me promet autant d'acces aupres de vostre esprit royal que ma bassesse me donne de juste sujet de respect et de veneration. Playse a la souveraine misericorde de Dieu de vous benir, Sire, d'une tres longue et tres heureuse et tressainte royauté, souhait continuel que je fay pour Vostre Majesté, comme estant Son tres humble et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçOIS, Evesque de Geneve.

Annessi, le XXXI julliet 1618.

Revu sur l'Autographe conservé à Paris, Bibliothèque Nationale, Fonds français, 17362, p. 157.

MCDLIII A LA MERE DE CHANTAL (INEDITE) Vraie cause du peu de santé d'une Novice. - Que faire en face de caprices inguérissables.

Annecy, 31 juillet 1618 .

J'escrivoys au Roy (lettre précédente), ma tres chere Mere, quand ma Seur Anne [Jacqueline ] est arrivee. Je ne voy pas qu'il y ayt autre chose a dire en l'affaire de nostre chere Seur, sinon qu'il faut au plus tost faire le renvoy de cette pauvre fille . Madame [de] Brochenu, sa tante , me dit a Grenoble qu'elle desiroit [qu'on] la renvoyast en la Mayson de Grenoble, estimant [que l'air] luy serait plus propre ; c'est pourquoy il ny [aura pasJ grande difficulté de la renvoyer, en disant [que ce] n'est pas l'air, mais la volonté de cette fille [qui l']afflige. Il faudra pourtant luy faire sçavoir a [bon ]n' heure son renvoye, et le faire charitablement. [Ce n']est pas mauvais signe, mais bon, quand il se fait ainsy quelque petite purgation; et comme ce seroit cruauté de renvoyer les filles par nos caprices, aversions ou inclinations, aussi seroit ce cruauté de les retenir contre les leurs, quand ilz ne sont pas guerissables. Bon jour, ma tres chere Mere ; apres disné j'auray le bien de vous voir, car j'ay donné parole a nostre seur d'Aiguebelette .

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Caen.

MCDLIV AUX CONSULS DE CHABEUIL Le Saint congratule les consuls de l'établissement projeté des PP. Barnabites dans leur ville.

Annecy, 10 août 1618.

Messieurs,

Je me res-jouis de voir que nos bons Peres Barnabites prennent resolution d'envoyer a Milan vers leur General pour pouvoir satisfaire a vos desirs, et prendre vostre petit college, lequel, a mon advis, deviendra grand, s'ilz sont secondés de vostre assistence, comm'ilz ont occasion d'esperer. Pour moy, je vous asseure que ce me sera tous-jours de la consolation quand je sçauray que vous aures du contentement en ce sujet, auquel, et en tout autre, je vous offre de rechef tout ce que je puis et que. je suis, vous souhaitant, et a vostre ville, toute sainte benediction, et demeurant de tout mon cœur, Messieurs, Vostre tres humble et tres affectionné serviteur en Nostre Seigneur, FRANçs, E. de Geneve.

x aoust 1618, Annessi.

Je pense, Messieurs, que Monseigneur de Valence, vostre Evesque , pourra tout et voudra tout pour cette affaire, et que ces Peres luy seront fort agreables, et que par consequent il sera a propos que de bon'heure on l'advertisse, affin qu'il coopere aupres de Sa Majesté et puis aupres de messieurs du Parlement.

A Messieurs

Messieurs les Consulz de Chabeul.

Revu sur l'Autographe conservé aux Archives communales de Chabeuil (Drôme).

MCDLV A LA PRéSIDENTE DU FAURE Réponse à des témoignages de confiance et d'affection. - Prières et souhaits pour la destinataire.

Annecy, 10 août 1618.

Madame, Ce porteur m'a fort obligé par la peine qu'il a prise de me venir voir, mais encor plus par le soin qu'il a eu de me dire de vos nouvelles, puisqu'elles sont toutes bonnes, et qu'avec cela, pour me donner plus de gloire et de contentement, il m'a dit que vous avies souvent memoire de moy ; car je confesse franchement que ce bonheur m'est grandement praetieux, selon l'extreme affection que je sens en mon ame a cherir et honnorer singulierement la vostre qui m'est tous-jours presente, je vous asseure, au moins en mes principales prieres, qui sont celles de la sainte Messe. Et aussi, certes, serois-je extremement ingrat si je ne correspondois de tout mon cœur a la sainte confiance que le vostre a pris en moy. Dieu, par sa bonté, vous veuille combler de ses plus desirables benedictions, ma tres chere Fille, et vous rendre de plus en plus toute parfaitement sienne. En cette esperance vives joyeusement, et en fin eternellement sans fin, ma tres chere Fille, selon le souhait continuel de

Vostre tres humble et tres affectionné serviteur,

FRANCs, E. de Geneve.

x aoust 1618, Annessi.

A Madame

Madame la Presidente du Faure.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. Ganduel, à Grenoble.

MCDLVI A MADAME DE GRANIEU L'obéissance et le pain quotidien. - Explication d'un avis mal compris.- Comment la confiance restreint le nombre des lettres. - L'amour céleste exercé ici-bas. - Préparation d'un sermon,

Annecy, 14 août 1618.

Vous le voyés bien, ma tres chere Fille, si l'obeissance est aymable : vous allies avec un peu de repugnance , et vous y aves treuvé la permission de recueillir force manne celeste. Or ainsy soit il et a la tres bonne heure, que tous-jours, quand vous obeires, vous vous treuvies de plus en plus unie a nostre Sauveur.

Vous aves donq extremement bien fait d'obeir a vostre confesseur, et vostre confesseur a bien fait de vous imposer l'obeissance en un sujet si agreable. Je ne seray jamais celuy qui vous ostera vostre pain quotidien (Lc 11,3) tandis que vous seres bien obeissante.

Je veux dire, ma tres chere Fille, que vous communiies hardiment tous jours, quand ceux a qui vous vous confesses diront oüy, outre les Communions ordinaires que je vous ay marquees.

Quand je vous escriyis que vous rendissies comte de tems en tems a vostre ancien confesseur (note 610), je ne voulois pas dire que vous fissies des revëues, car il suffit que ce soit d'annee en annee a celuy que vous voudres ; mais je voulois dire que vous allassies vous representer a luy pour luy faire connoistre la continuation de vostre sousmission, partie pour vous humilier, partie pour le consoler. Je suis bien ayse que vous ayes une parfaite confiance a la Mere de dela , car je croy qu'elle vous sera utile, et c'est une Mere qui est toute ma tres chere fille et en laquelle j'ay toute confiance aussi ; et sans cette confiance je luy escrirois plus souvent, mais je m'en dispense, comme je feray de vous a qui j'escris maintenant par rencontre, et j'en suis bien ayse. Mon Dieu, ma tres chere Fille, que l'amour cœleste est aymable, voire mesme quand il est exercé icy bas parmi les mysteres de nostre mortalité ! la distance des lieux, ni rien du monde ne luy peut oster la suavité. Ainsy me semble il que je suis tous-jours avec vostre cœur et avec celuy de cette chere Mere, et que nos cœurs s'entretiennent les uns aux autres, ains ne sont qu'un cœur qui, de toute sa force, veut aymer Dieu, et ne s'ayme qu'en Dieu et pour Dieu. La tressainte Vierge, nostre Dame et Maistresse et nostre sainte Abbesse, soit a jamais nostre Mere et Directrice.

Et je cesse de vous escrire davantage, malgré mon inclination, pour aller penser comment elle mourut d'amour et comme ell'est coronnee de son amour au Ciel, pour en parler demain a mon cher peuple de cette ville qui s'y attend .

Je ne pense pas que nostre Mere d'icy vous escrive, mais elle vous a bien escritte au milieu de son cœur. Dieu soit a jamais nostre tout. Amen.

XIIII aoust 1618.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. le baron d'Yvoire, au chàteau d'Yvoire (Haute-Savoie).

MCDLVII A DON JéROME BOERIO, GéNéRAL DES BARNABITES (EN ITALIEN) L'offre d'un collège aux PP. Barnabites, - Réponses à des objections.

Annecy, 16 août 1618,

Révérendissime et très honoré Père, On propose à Votre Révérendissime Paternité d'accepter un collège dans la province du Dauphiné . A la vérité, il est petit, mais néanmoins très propre à faire connaitre votre Congrégation en ce pays, et par conséquent à la faire goûter dans le royaume de France et s'y étendre. C'est pourquoi, nos Pères d'ici ayant traité de cette affaire avec moi pour en avoir mon sentiment, j'ai cru devoir les encourager à s'employer pour que l'offre de ce collège fût acceptée. Je ne laisse pas cependant de voir que Votre Paternité pourra trouver à cela quelques difficultés. 1. Que la commune ne donne pas assez pour établir un nombre suffisant de Pères. Mais il y a bon espoir d'une augmentation de revenu, d'autant plus que Mgr l'Evêque de Valence , Prélat vraiment de grand mérite et très zélé, aidera volontiers, je le sais, au succès de l'affaire et protègera la Congrégation avec une particulière sollicitude.

2. Peut-être semblera-t-il dur que la commune exige l'admission au collège des fils des hérétiques pour y apprendre les lettres. Toutefois, outre que nous avons l'exemple des collèges des Pères Jésuites, cette condition, loin de nous faire hésiter, doit au contraire nous exciter à accepter ; car peut-être n'y a-t-il pas de voie plus facile pour convertir les hérétiques que celle-ci, et ce moyen employé avec adresse aura un merveilleux succès.

3. Les Messes pourront se réduire facilement par l'autorité de l'Ordinaire, et, avec le temps, les revenus étant augmentés, la Congrégation aura de moins lourdes charges.

4. Si bien il semble dur à nos Pères que la commune veuille les astreindre à ne pas accepter d'autres classes en cette province dans un rayon de sept lieues autour de Chabeuil, cela ne me paraît pas un inconvénient ; car la Congrégation peut s'étendre en prenant des églises pour les desservir. De plus, l'enseignement de la théologie et de la philosophie sera excepté. Quant au reste, je m'en remets à la grande prudence de notre Père Prévôt, présent porteur ; je remercie aussi Votre Paternité de nous l'avoir donné et de nous avoir envoyé ces nouveaux Pères qui sont si aimables . Priant Dieu notre Seigneur d'accorder tout vrai contentement à Votre Paternité Révérendissime, je la salue humblement. De Votre Paternité Révérendissime, L'humble et très affectionné frère et serviteur, FRANçOIS, Evêque de Genève.

Annecy, le 16 août 1618.

Au Révérendissime et très honoré Père dans le Christ,

Le Père Général des Clercs réguliers de Saint-Paul.

Revu sur l'Autographe conservé à Rome, dans les Archives des RR. PP. Barnabites.

MCDLVIII A LA MèRE DE CHASTEL SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE GRENOBLE (FRAGMENT) Tenir son cœur au-dessus des variations de la dévotion sensible.

Annecy, 19 août 1618.

Dites moy, ma tres chere Fille, vostre cœur que fait il ? Il est, je m'asseure, plus brave que l'ordinaire en cette sainte octave en laquelle on celebre les triomphes de nostre Reyne, en la protection de laquelle nostre esprit repose et nostre petite Congregation respire. O ma Fille, il le faut tenir haut eslevé ce cœur, et ne permettre point qu'aucun accident de secheresse, d'empressement ou d'ennuy l'estonne, puisque, encor que cela le puisse esloigner de la consolation sensible de la charité, il ne le peut toutefois esloigner de la veritable charité, qui est la souveraine grace de Dieu envers nous pendant cette vie mortelle. Nos imperfections a traitter des affaires tant interieures qu'exterieures sont un grand sujet d'humilité, et l'humilité produit et nourrit la generosité et confiance. ………………………………………………

Annessi, le 19 aoust 1618.

MCDLIX AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE Insuccès de précédentes démarches. Nouvelles instances en faveur de deux pauvres curés.

Annecy, 25 août 1618.

Monseigneur, Quoy que Vostre Altesse Serenissime ayt souvent commandé, comme la justice et pieté requeroit, que les curés d'Armoy et de Draillens fussent payés de leurs pensions (note 470, 471), neanmoins il (sic) n'ont jamais peu retirer un seul liard despuis quatre ans en ça, quelle sollicitation qu'eux et moyen ayons sceu faire, et qu'elle (sic) remonstrance que nous ayons proposee de l'extreme necessité que ces parroisses ont d'estre assistees. C'est pourquoy, Monseigneur, je suis forcé de recourir de rechef a l'œquité et bonté de Vostre Altesse, affin qu'il luy playse d'user de sa providence en cett'occasion et d'ordonner ces payemens, en sorte que meshuy ces pauvres ecclesiastiques puissent en paix faire le service de Dieu en leurs eglises ; et cette divine Majesté en benira de plus en plus Vostre Altesse, Monseigneur, de laquelle je suis Tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçS, E. de Geneve.

xxv aoust 1618, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

MCDLX A M. JEAN CARRON (INéDITE) Premier témoignage d'honneur et d'estime, - L'insuccès des démarches et la vanité des promesses faites en faveur des curés d'Armay et de Draillant. Triste état de leurs paroisses. - Financiers à court d'argent. - Moyen proposé par le Saint pour remédier au mal.

Annecy, 25 août 1618.

Monsieur, Je ne vous rendis onques aucun tesmoignage de l'honneur que je vous porte, ni de l'estime que je fay de vostre amitié ; mais la faveur que vous m'aves faite de m'asseurer de vostre assistance es occasions, me promet que vous me la departires au sujet qui s'en presente. Quand Monseigneur le Serenissime Prince estoit icy il y a deux ans (note 36), je luy representay la justice de la demande des curés d'Armoy et de Draillens, selon la requeste ci jointe ; et Son Altesse commanda, et par escrit et de bouche, quïlz fussent payés, en consideration de ce que leur payement estoit de droit divin et humain.

Despuis, sadite Altesse l'a de rechef commandé par lettres fort expresses, que vous, Monsieur, escrivites environ les festes de Pasques a monsieur le Marquis de Lans (note 468), auquel je les rendis moy mesme ; et ne se peut dire de quelle asseurance il me promit que j'en verrois les effectz. .Mays pour tout cela, non plus que pour trente pareilles promesses, rien ne se fait, ains finalement Son Excellence a declaré qu'il n'y avoit pas moyen ; qui me fait de rechef hurter a la providence de sadite Altesse (lettre précédente).

Et si elle sçavoit la necessité qu'il y a que ce payement se fasse, je m'asseure qu'elle le presseroit grandement ; car, Monsieur, il n'y a rien en ces parroisses (je dis rien pour tout) pour l'entretenement du service de Dieu et des ames, Son Altesse ayant voulu d'authorité souveraine, contre les arrestz du Senat, que tout le revenu que l'Eglise y possedoit fut relasché a ceux de Geneve, assignant seulement a chaque curé cinquante escus pour son entretien . Et il n'y a moyen d'en rien avoir, ains faut qu'ilz despensent beaucoup par empruntz, pour solliciter inutilement ce qui est deu si justement.

Or, si Son Altesse nous renvoye aux tresoriers, gabelliers, financiers, nous n'en aurons jamais chose du monde, car ilz se treuvent tous-jours courtz d'argent pour nous. Nous la supplions donq d'assigner nostre payement sur les tailles ordinaires des mesmes parroisses, avec commandement a la Chambre de faire descharger les païsans d'autant, et jusques a la concurrence de ce qui nous est deu. Et les parroisses en seront soulagees, car elles payeront plus a commodité, et les curés asseurés, tant de ce qui leur est deu et qu'ilz doivent reciproquement ailleurs ou ilz ont emprunté, que de ce qui leur doit ci apres estre payé pour leurs pensions.

Mais encor, s'il n'y a de bonnes clausules derogatoires, courrions nous fortune de n'avoir rien, tant sommes nous favorisés en nos poursuites, pour justes qu'elles soyent ! Ce que je dis, non pour me plaindre de la Chambre, qui est certes marrie de nous voir maltraitter non obstant les arrestz qu'elle a rendus pour nous contre les gabelliers, mais pour vous supplier, Monsieur, de ne rien oublier es depesches, affin que nous vous soyons, et ces curés et moy, de plus en plus obligés . Comme, me promettant vostre assistance, je me confesse des maintenant estre et vouloir estre toute ma vie, pour me dire et tenir, Monsieur, Vostre plus humble et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

25 aoust 1618, Annessi.

Monsieur, je n'ay pas creu de devoir importuner monsieur Boschiz par une lettre en cette occasion, estimant de devoir en cela espargner son loysir et me contenter de le supplier, par vostre entremise, de [me] tenir pour son tres obligé serviteur, qui se promet sa faveur et en cette occurrence et es autres, pour sa. bonté.Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Turin.

MCDLXI AU PèRE LéONARD LESSIUS, DE LA COMPAGNIE DE JéSUS (EN LATIN) Pourquoi le Saint aime et vénère le P. Lessius.- Trois livres du docte Jésuite; appréciation de François de Sales.

Annecy, 26 août 1618.

Très Révérend Père dans le Christ, Notre cher maître Gabriel m'a apporté la lettre de Votre Paternité, dont j'ai été charmé autant qu'honoré. Depuis longtemps j'aimais, bien plus, je vénérais votre personne et votre nom, mon Père ; non seulement à cause de l'estime que je fais toujours de tout ce qui tient à votre Compagnie, mais encore à cause des œuvres remarquables de Votre Révérence, dont j'ai d'abord entendu parler, et qu'ensuite j'ai vues, examinées, admirées.

En effet, j'ai lu, il y a quelques années, ce traité si utile De la Justice et du Droit , dans lequel, avec autant de concision que de clarté, vous résolvez excellemment, et mieux qu'aucun des auteurs que je connaissais, les difficultés de cette partie de la théologie.

J'ai vu depuis le conseil que, par votre intermédiaire, l'Ange du grand conseil (Is 9,6) donne aux pauvres mortels touchant le choix de la vraie Religion . Enfin, passant à Lyon, j'ai vu dans la bibliothèque du Collège, votre Traité de la Prédestination . Comme il arrive en ces occasions, je n'ai pu qu'y jeter rapidement les yeux ; cela m'a suffi pour me rendre compte que Votre Paternité y embrasse et soutient cette doctrine, qui a pour elle l'antiquité, le charme propre et le pur sens de l'Ecriture, de la prédestination à la gloire en suite de la prévision des œuvres. Cette constatation m'a été d'autant plus agréable, que moi-même j'ai toujours regardé cette opinion comme plus vraie et plus aimable, en tant que plus digne de la grâce et de la miséricorde divine . Ainsi l'ai-je indiqué dans mon petit livre de l'Amour de Dieu. (TAD 3,5).

Ayant de tels sentiments pour vos mérites dont vos œuvres ont fait depuis longtemps l'éloge auprès de moi, mon Père, est-ce merveille si je me suis réjoui en voyant à mon tour l'amitié dont vous voulez bien m'honorer ? Pour que vous me la continuiez toujours, je tiendrai maître Gabriel pour très recommandé, et je n'épargnerai rien, à l'occasion, de ce que je saurai vous être agréable.

En attendant, j'envoie à Votre Paternité tous mes souhaits de santé. Que Dieu, jusqu'à la vieillesse et au dernier déclin de l'âge,(Ps 70,18) ne retire jamais de vous sa main protectrice, et que les bénédictions du Ciel, dont je le prie de vous combler, soient l'ornement de vos cheveux blancs, Je suis, de Votre très Révérende Paternité, Le très humble et très dévoué frère et serviteur dans le Christ, FRANçOIS, Evêque de Genève.

Annecy en Genevois, le 26 août 1618.

Au très Révérend Père dans le Christ, Léonard Lessius,

Eminent théologien de la Compagnie de Jésus.

Revu sur deux fac-simile de l'Autographe, conservés à la Visitation de Nancy et à celle de Fribourg.

MCDLXII A DON JUSTE GUéRIN, BAR!'\ABITE Chant de victoire avant le triomphe. - Un contrat rompu - Désir d'avoir quelques livres.

Annecy, 27 août 1618.

Je ne vous escris jamais qu'avec precipitation, mon Reverend Pere, maysilfaut (sic) mieux pourtant quelque chose que rien. Je chantay, l'autre jour, la victoire avant le triomphe, quand je vous escrivis que nous estions d'accord avec les Peres de Saint Dominique ; car, comme le contract a esté dressé, il (sic) n'ont pas volu tenir parole, de sorte quil faudra marcher dans les termes de la justice, laquelle si ell'est un peu bien administree, ilz se repentiront d'avoir refusé dix mille florins de ce qui n'en vaut pas cinq cens. Or, je voy bien que, quoy qu'on leur donnast, ou un autre jardin, ou autre chose, il sera impossible de les ranger, car ilz s'obstinent par pure tentation. La rupture du contract se fit hier seulement, et je n'ay encor pas eu loysir de penser a ce qu'il faut faire sur cela ; mays, y ayant pensé, je le vous escriray . Cependant, tenes moy continuellement en vostre cœur, comme un homme qui est parfaitement vostre et ne sera jamais que vostre, et vostre d'une façon nompareille. Je seray bien ayse si je puis avoir la Regle de saint Augustin, d'Italie , car j'ay celle des Augustins de France , outre la latine qui est en ses Œuvres (lettre 109) ; et . qui pourroit avoir les Constitutions des Angeliques , elles serviroyent beaucoup. - Je suis ce que je viens de dire, plus que vostre.

XXVII aoust 1618.

Au R. Pere en Nostre Seigneur,

Le R. P. Don ]uste Guerin, Prevost en la Congregon des Clercz de SI Paul. A Thurin, aux Barnabites.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mlle Adélaïde Vu , à Carouge (Genève).

MCDLXIII AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er Les victimes d'un désastre aux pieds de Son Altesse. - L'Evêque joint ses supplications aux leurs pour obtenir la pitié du prince.

Annecy, 30 août 1618.

Monseigneur, Ces pauvres gens de la Vald'Aux, comme esperdus d'une ruine presente qui les accable, n'ont sceu ou se jetter a refuge qu'aux pieds de Vostre Altesse . Et certes, je ne voy nullement qu'une main moins forte et un (slc) providence moins paternelle que la vostre, Monseigneur, les puisse garentir ; car je pense qu'ilz n'ont a se plaindre principalement que de leur malheur, contre lequel rien ne peut leur donner allegement que le bonheur d'estre regardés en pitié de Vostre Altesse, a laquelle Dieu, qui void leur extreme misere, inspirera, comm'ilz esperent, quelque moyen favorable pour les retirer de ce gouffre. C'est ce en quoy j'implore avec eux la grace de Vostre Altesse, a laquelle faysant tres humblement la reverence et souhaitant le comble de toute sainte prosperité, je demeure, Monseigneur, Tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

xxx aoust 1618, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

MCDLXIV A DON JUSTE GUéRIN, BARNABITE (FRAGMENT) Affectueux reproches à un ami qui ne prend pas assez de soin de sa santé.

Annecy, 30 août 1618.

0 mon cher Pere, vous aves donq esté malade deux fois en si peu de tems ? C'est signe que vous n'aves pas asses soin de conserver vostre santé, et neanmoins vous estes obligé d'avoir ce soin la, pour servir tant mieux nostre grand Maistre et ses enfans, puisque vostre vocation vous y astreint. Faites le dores-en-avant, mon tres cher Pere ; mais je vous le dis tout de bon, et avec tout le cœur que j'ay pour vous et de tout le credit que j'ay envers vous. …………………………………………

MCDLXV A UN RELIGIEUX (FRAGMENT) Course rapide d'une âme vers le sommet de la perfection. - Le mystère d'un nom.

Annecy, 15-fin août 1618 .

Mon Reverend Pere, En fin vostre bonne Niece a surmonté genereusement toutes les difficultés et tous les obstacles qu'on opposoit a son dessein. Elle est dans le noviciat, et je vous asseure que si elle persevere a courir, comme elle commence, dans les voyes de Dieu, elle se treuvera bien tost au sommet de la montagne du Seigneur . Elle ne m'a pas caché que la grace divine luy avoit fait remarquer que ces trois noms de Marie, Marguerite, Michel, luy imposoyent l'obligation d'estre une fille d'orayson, de mortification et de victoire. Je ne doute point qu'elle n'en vienne la, et qu'elle ne soit un jour une grande servante de Dieu………………………..

MCDLXVI AU CHANOINE HONORé DES éCHELLES L'inconstance, loi des choses de ce monde; les amitiés saintes en triomphent. - Désir de quelques jours de repos à Belley. - La demeure des Filles de la Visitation ici-bas, leur demeure dans l'éternité. - Eloge de la Mère de Chantal.

Annecy, [août-septembre 1618.]

Entre les incertitudes du bienaymé voyage qui nous devoit assembler pour plusieurs moys, Monsieur mon tres cher Frere, je ne regrette rien tant que de voir differer le bonheur que nos cœurs se promettoyent de se pouvoir entretenir a souhait sur leurs saintes pretentions ; mais le monde et tous ses affaires sont tellement sujetz aux loix de l'inconstance, qu'il nous en faut souffrir l'incommodité, tandis que nos cœurs disent : (Ps 29,7) Non movebor in œternum . Non, rien ne nous esbranlera en l'amour de la Croix et en la chere union que le Crucifix a fait de nos espritz. Mais voyci le tems qu'il faut employer l'advantage que nostre amitié a au dessus de celle des enfans de ce monde, et la faire vivre et regner glorieusement, nonobstant l'absence et division des sejours ; et cela, a cause que son autheur n'est point lié au tems ni au lieu. Certes, mon tres cher Frere, ces amitiés sacrees que Dieu a fait sont independantes de tout ce qui est hors de Dieu. Oh ! si j'estois veritablement Theophile, comme vostre grand Prelat m'appelle (plus selon la grandeur de sa charité que selon la connoissance qu'il a de mes infirmités), que je vous serois aggreable, mon tres cher Frere ! Mays si vous ne me pouves aymer parce que je ne le suis, aymes moy affin que je le sois, priant nostre grand Androphile qu'il me rende par ses prieres son Theophile. J'espere d'aller faire dans quelques jours un peu de saint repos aupres de luy, qui est nostre commun phœnix, pour odorer les bluettes de cinnamome dans lesquelles il veut mourir, pour plus heureusement revivre parmi les flammes de l'amour sacré duquel il escrit les saintes proprietés dans une histoire qu'il compose .

Mays, qui vous a peu dire que nos bonnes Seurs de la Visitation ont esté traversees pour leurs places et bastimens (notes 19, 213) ? 0 mon cher Frere, (Ps 89,1) Dominus refugium factus est nobis * : Nostre Seigneur est le refuge de leurs espritz, ne sont elles pas trop heureuses ? Et comme nostre bonne Mere, toute vigoureusement languissante, me dit hier, si les Seurs de nostre Congregation sont bien humbles et fideles a Dieu, elles auront le cœur de Jesus, leur Espoux crucifié, pour demeure et sejour en ce monde, et son palais celeste pour habitation eternelle.

Il faut que je dise a l'oreille de vostre cœur, si amoureusement aymé du mien, que j'ay une suavité d'esprit inexplicable de voir la moderation de cette chere Mere et le desengagement total des choses de la terre qu'elle a tesmoigné parmi toutes ces petites traverses. Je dis ceci a vostre cœur seulement, car j'ay fait resolution de ne rien dire de celle qui a entendu la voix du Dieu d'Abraham: (Gn 12,1)) Egredere de terra tua, et de cognatione tua, et de domo patris tui, et veni in terra quam monstravero tibi. En verité, elle le fait, et plus que cela. Or, il me reste de la recommander a vos prieres, parce que les frequens assautz de ses maladies nous donnent souvent des assautz d'apprehension, bien que je ne cesse d'esperer que le Dieu de nos peres multipliera sa devote semence comme les estoilles du ciel et le sablon qui se void sur l'arene des mers (Gn 22,17).

Mais, mon Dieu, c'est trop dire en ce sujet, ou je ne voulois rien dire. Toutefois c'est a vous, a qui toutes choses sont disables, puisque vous aves un cœur incomparable en dilection pour celuy qui, avec un amoureux respect, vous proteste qu'il est incomparablement, Monsieur, Vostre tres obeissant et tres aymant serviteur et confrere en Jesus Christ,

FRANçs, E. de Geneve.

MCDLXVII A M. FRANçOIS FYOT DE BARAIN Grande union des chanoines de Saint-Pierre de Genève avec leur Evêque.- Celui-ci soutient leurs droits dans un procès avec la ville de Seyssel.

Annecy, .3 septembre 1618.

Monsieur,

J'ay un Chapitre autant bien qualifié qu'il se peut dire ; c'est pourquoy, outre le devoir que j'ay au service de Dieu et de l'Eglise, j'en ay un bien particulier a mes Chanoynes, qui, par un asses rare exemple, ne sont qu'un cœur et qu)un) ame (Ac 4,32) avec moy au soin de ce diocœse. Pour cela, Monsieur, j'implore avec eux vostre justice et pieté pour la conservation de leur droit en l'affaire qu'ilz ont avec messieurs les scindiqs et habitans de Sessel , lesquelz, si je ne suis grandement trompé, ont bon besoin d'estre rangés et remis en devoir, tant envers les ecclesiastiques qu'envers le magistrat . Mays de cela, Monsieur, vous en discerneres et jugeres, tandis que priant Dieu qu'il vous face de plus en plus abonder en sa grace, je veux estre a jamais de tout mon cœur, Monsieur,

Vostre...………..

FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, 3 septembre 1618.

A Monsieur [Monsieur] Fiot [de] Barain,

Conseiller du Roy au Parlement de Bourgoigne.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Amiens.

MCDLXVIII A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET éVêQUE DE MONTPELLIER Remerciements pour l'accueil fait an président Crespin. - Naufragé abordant au havre de grâce. - Le voyage du Cardinal de Savoie est toujours incertain.

Annecy, 4 septembre 1618.

Monseigneur, On ne remercie pas le soleil dequoy il fait le jour, ni la lune dequoy elle esclaire la nuit, parce que c'est leur nature. Ni je ne vous remercieray pas du bon accueil que vous aves fait a monsieur le President Crespin , soit que vous l'ayes fait selon la generosité de vostre esprit, qui vous est naturelle, soit que vous l'ayes fait selon la bienveuillance que vous me portes, de laquelle l'habitude est passee meshuy en nature par la multitude de l'exercice que vous en faites continuellement. Seulement vous diray je que je prie Dieu d'en estre le remunerateur, luy qui en est l'autheur en vous.

Au demeurant, comme je loue le desir que ledit sieur President a de finir ses jours en nostre vocation ecclesiastique, comme dans un havre de grace pour passer au havre de gloire apres cette si rude tempeste et l'essay des plus cruelz orages du monde, aussi suis je de vostre advis, que ce soit apres s'estre enrayé pour un peu du naufrage duquel il sort.

Nous sommes icy en paix, mays non pas du tout exemptz des ressentimens de la guerre passee ; playse a Dieu qu'ilz ne degenerent pas en recheute. Pour moy, je ne sçay encor si j'iray a Paris ou non, cette incertitude dependant de celle du voyage de Monseigneur le Prince Cardinal et de celle qui est ordinaire es cours ; ou, pour ne point mentir, je ne dis rien, sinon peut estre qu'il est vray, et peut estre que non. Mais je dis toutefois qu'il est vray, et ne sera jamais autrement, que je suis de tout mon cœur invariablement, Monseigneur, Vostre tres humble et tres obeissant frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve,

4 septembre 1618, a Annessi.

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Toulouse.

MCDLXIX A LA PRéSIDENTE DU FAURE (INéDITE) Lettres qui soulagent au lieu de surcharger. - Demande et promesse de prières.

Annecy, 22 septembre 1618. Vous ne sçauries, je vous asseure, Madame, m'escrire trop souvent, ni donner du divertissement a mes

occupations par vos lettres, qui plus tost me soulagent par la consolation que j'ay de sçavoir des nouvelles de vostre cœur qui m'est extremement cher, et que je prie de tout le mien de vouloir continuer sa charité envers mon ame, la recommandant souvent a Nostre Seigneur ; comme de mon costé je ne cesseray jamais de vous souhaiter la tressainte perseverance, avec un continuel accroissement en l'amour celeste de sa divine Majesté, qui est le comble de tout bonheur. Demeurés en paix, ma tres chere Fille, et benisses de plus en plus la Bonté divine qui vous veut toute pour elle. Je suis sans fin, d'un cœur nompareil, Madame, Vostre plus humble, tres fidele serviteur, FRANçs, E, de Geneve.

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